Dupont-Wbite, p
non plus qu'on soit dans le vrai en disant, que le nombre des lois s'accroît à mesure que l'intelligence et la moralité publique font des progrès, et que l'augmentation du nombre des lois est à la fois le signe et la cause de Tamélioration générale. Ce n'est là qu'un malentendu. Si le monde s'accroît, ce qui est également possible au moral et au phyiiique, la loi s'étend par l'extension des objets; mais, tant que nous restons dans le même cercle, chaque progrès de Tintelligence et de la moralité publiques rend la tutelle de la loi moins nécessaire. Il faudrait donc peut-être retourner la proposition, et dire que, plus les peuples sont parfaits, moins ils ont de lois. En tout cas, il serait juste de distinguer entre les lois qui augmentent les attributions préventives du gouvernement, et celles qui ne font que réprimer des délits. Lorsque la loi française, en 1852, a pour la première fois couvert les animaux domestiques de sa protection, c'est que l'humanité, par le progrès des mœurs, faisait un pas en avant dans un monde nouveau, et elle y entrait avec sa condition ordinaire, c'est-à-dire avecla loi^ Cette loi a dû punir le délit, parce que la philosophie l'avait constaté. De même quand le cri de l'humanité, longtemps poussé en vain, a obtenu l'abolition de la traite^ le pouvoir législatif n'a fait qu'obéir.
Mais au fond, ce n'est ni par l'histoire, ni par l'étude des faits politiques que la question doit être tranchée. Les faits sont comme la cloche de Londres : chaque système les fait parler pour lui. Quoiqu'il paraisse évident que l'histoire donne tort à ceux qui augmentent l'action de l'État au point de gêner et d'annuler l'individu, la méthode la plus sûre est d'interroger le droit, et la nature, toujours d'accord avec le droit. La liberté est-elle un droit? La nature nous fait-elle pour être libres? Si la liberté est un droit, l'État ne peut se développer au point de nuire à la liberté, sans blesser la justice ; si nous sommes faits pour