ET LA
Il ne s'agit pas pour nous de soutenir une thèse de philosophie sociale, ni de formuler un droit abstrait, et cela d'autant moins que Ton peut considérer la cause de la liberté religieuse comme gagnée devant l'opinion. Il s'est fait à cet égard un grand progrès dans les esprits, et, sur ce terrain, la religion et la philosophie libérale tendent dé plus en plus à opérer une réconciliation sérieuse. Le courant de la pensée moderne indépendante emport
2 UL Il^Eltré tVtU6tBU9$
comme un flot puissant les objections mesquines que Ton opposait naguère i la pleine émancipation de la conscience, et les représentants les plus distingués des croyandas religieuse*, dans toutes les Eglises, se plaisent à reconnaître que, selon une parole du Christ, là où est Vesprit divin, là est la liberté. Ils trouvent qu'il vaut mieux se concerter pour établir victorieusement le droit de la conscience que de se livrer à des récriminations passionnées, et qu'il est plus utile de préparer l'avenir que de chercher dans le passé les moyens de se nuire dans le présent. Ils savent d'ailleurs que plus on remonte au grand passé qui domine toute notre histoire religieuse, plus on se persuade que la liberté de conscience et de culte a été au fond la vraie pensée du christianisme, et que si elle a pour elle la polémique généreuse de la philosophie moderne, elle peut encore s'appuyer sur la plus imposante tradition.
N'est-ce pas Athanase, le champion par excellence de l'orthodoxie , qui a écrit ces nobles paroles : « Quand vous employez la force et que vous con-
traignez les hommes contre leur volonté, vous montrez que vous n'avez aucune conGancé dans vos croyances. Le Christ est si miséricordieux, qu'il parle ainsi aux hommes : « Quelqu'un veut-il me suivre ?» La vérité ne s'avance pas avec l'épée et la violence, ni avec une armée , mais en exhortant et en suppliant. Elle n'use pas de contrainte, mais de persuasion (i). »
ce Prenez garde, disait Tertullien dans sa grande Apologie dans laquelle il était encore le représentant authentique de l'Eglise, prenez garde que ce ne soit autoriser l'irréligion que d'ôter la liberté de la religion et le choix de la divinité, de ne pas me permettre d'adorer qui je veux pour me contraindre d'adorer qui je ne veux pas. Où est le Dieu qui aime les hommages forcés (2) ? souveraine impiété, honte sans égale ! On a usé pour défendre l'honneur de la divinité, de l'arbitraire et des caprices des volontés humaines, de telle sorte qu'il n'est permis d'être Dieu que sur délibération du
(1) Hist. jdrian., c. 5.
(2) Jpologie t c. 23*
sénat ! Rien de plus irréligieux que la contrainte religieuse (l). » Plus les études historiques se développent, plus ces grands principes se dégagent des nuages dont les ont enveloppés des luttes trop passionnées, et ils apparaissent toujours davantage comme inhérents à l'essence du christianisme. Ils sont d'ailleurs honorés aussi bien par leurs adversaires que par leurs défenseurs, car la grandeur d'une cause se révèle tout autant par les inimitiés qu'elle provoque que par les sympathies qu'elle excite. Dites-moi non-seulement qui vous aime, mais aussi qui vous maudit, et je saurai ce que vous valez. Il est donc certain que la liberté religieuse a conquis sa place dans la conscience moderne. A part d'infimes exceptions, qui confirment doublement la règle par leur petit nombre et par leur nature, tous les partis la proclament.
C'est précisément cette unanimité qui nous inquiète. Nous ne craignons pas ceux qui méconnaissent ouvertement le droit de la conscience ; ils provoquent au contraire d'utiles réactions en sa fa-
(t) Aux nations, 10.
veur. Notre inquiétude commence quand nous entendons des hommes partisans et apologistes du despotisme sur tout le reste, parler avec componction de la liberté religieuse et s'en déclarer les défenseurs et les protecteurs. Combien de fois, dans des luttes judiciaires où ce droit sacré était directement en jeu, n'a-t-on pas vu des jurisconsultes parler, les larmes aux yeux et en mettant la main sur leur cœur, de la liberté de conscience et même se déclarer prêts à mourir pour elle, s'il le fallait; ce qui ne les empêchait pas, en attendant, de la tuer doucement, avec toute sorte de bons procédés. N'oublions pas en outre que ce qui fait à la fois l'honneur et le péril de la liberté, c'est qu'elle est indivisible, c'est qu'elle ne peut exister sur un point tout en étant abolie sur un autre, c'est qu'elle meurt ou ressuscite tout entière et que nulle préoccupation exclusive et sectaire n'est possible dans la cause libérale. Si vous ne songez qu'à la liberté spéciale qui vous tient le plus à cœur, vous ne l'aurez pas ; vous n'aurez votre liberté que quand votre pays aura la liberté. Partout où celle-ci sera restreinte
ou supprimée, la liberté particulière qui vous intéresse le sera dans la même mesure.
Il y a donc lieu de rechercher si en France f pour ce qui concerne le droit de la conscience, la pratique répond à la théorie. Les progrès de la théorie, quand ils ne se traduisent pas en laits positifs, sont plus dangereux qu'utiles. En effet , ils imposent à tout le monde un certain langage libéral très-élastique, très-vague, dont les adversaires de la liberté savent user avec un art perfide, et ils parviennent ainsi à la supprimer tout en l'invoquant avec fracas. Quand on n'obtiendrait d'autre avantage pour la première des libertés que 1$ mort sans phrase, partout où l'on tend à la supprimer, ou n'aurait pas accompli une œuvre inutile. N'est-ce pas mourir deux fois que d'être immolé et couronné par les mêmes mains ?
Qu'on ne s'imagine pas que notre intention soit de courir le monde pour redresser ce qui va mal chez nos voisins. Ces voyages en dehors de notre pays sont sans doute des voyages d'agrément; U est très-agréable de perdre de vue son propre mal
ET là. LEGISLATION KT0ILLB. V
ou ses propres fautes pour signaler lçs foutes d'au* trui. Les peuples sont comme les individus et ilf ressemblent plus ou moins à cet avare qui, en as* listant à la comédie qui le peignait au vif, jetait un regard de pitié sur un ami assis à côté de lui. Ne nous étonnons pas si les affaires du dehors priment volontiers chez nous celles de l'intérieur. Pour peu que cette tendanee soit favorisée, elle erée un danger mortel pour l'esprit public, c*r l'optimisme à faux pour une nation malade et qui pourrait se guérir est le pire des maux : il rend tous les autres incurables.
Nous ne nous occuperons done pas de la liberté religieuse en Espagne ou en Suède, mais de la liberté religieuse en France. Nous voulons chercher dans quelle mesure elle est consacrée dans notre législation actuelle; nous nous demandons si les garanties valent les promesses, si les bonnes paroles et les bonnes intentions ne sont pas contrariées par certain es dispositions de nos lois. Nous avons ld au frontispice de toutes les constitutions qui nous oàt régi dépuis plus de soixante ans ées mots admira-
Mes : Liberté des cultes. Mais il est arrivé quelquefois que quand on entrait dans le monument, on y rencontrait tout le contraire de ce que l'inscription du dehors avait fait espérer. N'oublions pas que rien n'est plus pompeux qu'une épitaphe, et qu'il ne faut jamais, surtout dans notre pays, se payer de mots sonores. Nous ne faisons ici aucune application préliminaire à la constitution de l'Empire. Le législateur a été évidemment préoccupé du désir de consacrer avec éclat le plus auguste de tous les 'droits et il en a confié la garde au plus auguste de nos corps politiques; au sénat. Mais ne se pourrait-il pas que par suite de quelques malentendus qu'il serait injuste d'imputer exclusivement au régime actuel, il fût difficile de savoir précisément ce que le sénat est chargé de garder, surtout si Ton ne confond pas l'égalité des cultes devant la loi— principe définitivement gagné — avec la liberté des cultes. Ne seraitil pas alors permis de souhaiter, ne fût-ce que par jalousie pour la dignité d'un corps si important, que ses attributions à l'égard de la liberté religieuse s'élevassent i la hauteur de son rang dans le pays?
Evidemment plus le trésor à garder est considérable, plus on voit grandir la mission de ceux à qui il est confié. Rien n'est plus loin de notre pensée que de mettre en cause la constitution de 1852, nous nous renfermons strictement dans ses limites. Reconnaissons du reste qu'à partir d'un certain point en deçà duquel tout est suffisamment défini, ces limites semblent flotter dans un nuage brillant qui permet de tout attendre de l'avenir, car s'il est une liberté garantie dans la constitution de l'Empire, c'est bien celle d'espérer une liberté plus grande. Elle nous ouvre les plus flatteuses perspectives, en nous parlant de l'achèvement possible de l'édifice. Nous ne venons pas apporter notre pierre pour cette grande œuvre, nous savons trop la modestie qui nous convient dans un Etat fortement centralisé qui est pénétré d'une si touchante sollicitude pour ses subordonnés qu'il leur épargne la peine de se réunir, de se concerter, de pétitionner en commun, comme dans les pays où l'on a du temps à perdre ; nous n'appartenons ni à l'oisive Angleterre ni à la république paresseuse des Etats-
40 U ïfIBI»TÉ RELIGIEUSE
Unis, Ce n'est donc pas, nous le répétons, notre pierre, que nous apportons, mais simplement notre plan dans ce concours d'architecture politique ouvert à tous ceux qui se préoccupent de l'achèvement de Tédiflce. Nous voudrions signaler l'un des compléments les plus nécessaires à sa solidité et à sa beauté. Nous le ferons avec d'autant plus de liberté que nous combattons un mal ancien, invétéré dans ce pays; ce qui empêchera qu'on nous accuse de faire une œuvre de parti. Ce mal, nous le montrerons sans doute aggravé par certaines circonstances du moment, mais il tient à une cause plus profonde que telle ou telle révolution politique, et en le signalant avec franchise nous nous attaquerons à la racine de tous nos maux.
De récents événements donnent à cette question une importance particulière. On ne peut nier qu'un conflit d'opinion n'ait surgi entre une portion considérable du clergé et le gouvernement, au sujet des conditions d'existence de la papauté. Nous n'avons point à entrer dans ce débat spécial, mais il a mis en lumière une situation très-grave dont une
m LA LiiISLATTOir AGTVtLlt* ti
partie do l'Eglise catholique ne s'était peut-être pas aases préoccupée. Jusqu'ici on a surtout parié de la liberté religieuse au nom des minorités. Il semblait qu'elles seules eussent quelques réclamations à foire valoir ; il n'en est plus de même aujourd'hui. Le culte de la majorité a pu s'apercevoir que si ses chaînes étaient plus longues, plus couples et mieuj: dorées, elles n'en existaient pas moins et qu'il suffisait qu'il éprouvât un jour le besoin de se mouvoir librement pour que ces chaînes se tendissent de nouveau avec une grande force. Nous croyons que, sans revenir aux déplorables confusions d'un autre âge ni à de vains rêves théocratiques et tout en respectant la distinction du temporel et du spirituel, immortel héritage de la Révolution de 1789, on est en droit de penser que d'une manière générale la religion est maintenue en France dans une dépendance regrettable vis-à-vis de l'Etat, et que les événements auxquels nous avons fait allusion ont manifesté cette situation avec plus d'évidence que jamais. Ce n'est pas qu'il y ait eu innovation proprement dite de la part de l'Etat, mais le même frein suivant la
main qui le manie peut être plus ou moins senti, et le môme joug s'allège ou s'allourdit suivant les circonstances, et aussi selon les progrès des lumières et des besoins de liberté. La cause de la liberté religieuse s'est donc agrandie et élargie. Elle est devenue la cause de tous et jamais il n'y eut de moment plus opportun pour la plaider sérieusement dans ce pays. v
Cette opportunité ne tient pas seulement à des circonstances récentes, mais encore à la situation actuelle de la France. Si nous prenons les choses de haut, c'est-à-dire en mettant de côté tout ce qui est question de forme gouvernementale, nous reconnaîtrons que nous sommes dans une période d'élaboration et de préparation. S'il est des hommes parfaitement satisfaits et qui croient que nous ayons atteint le but idéal, il faut qu'ils sachent que leur contentement est inconstitutionnel, puisque la constitution déclare que comme l'ancienne ailliance judaïque elle fait notre éducation pour une nouvelle ère de liberté. Qu'on ne s'étonne pas si nous
14 LA LIBERTÉ EKLKHEUSB
revenons souvent à ce bienheureux article ; c'est par là que peuvent s'échapper nos aspirations légales. Sera-ce la porte d'ivoire par laquelle passent les rêves trompeurs? Cela dépend de nos progrès dans l'intelligence et l'amour sérieux de la liberté. Ce qui importe actuellement, ce n'est pas de savoir si la France s'étend ou s'étendra géographiquement, mais si la France s'instruit, si elle apprend ce qu'elle doit apprendre et oublie ce qu'elle doit oublier. Elle s'est donnée à elle-même les leçons les plus rudes } elle a fait la faute et s'est administré le châtiment* Pénitente exemplaire, elle s'est privée de tout ce dont elle avait mésusé avec ijne rigueur qui serait admirable si elle exprimait plus son repentir et moins sa lassitude, tfais la privation n'est salutaire que quand elle enseigne l'usage légitime, sinon l'ascétisme devient du suicide. Il est certain que si la France ne redevenait pas capable de cette liberté qu'Qn lui fait espérer du développement de nos institutions actuelles et si elle y renonçait définitivement, elle aurait ce^sé 4e vivre moralement»
, Yjvre pour une grande n&tiorç qui * ébranla fe
ET U WtO|$^TM^ actoll*. it
inonde avec des idées, ce n'est pas faire U guerrp avec éclat, ce n'est pas étendre son industrie et féconder son sol. Vivre, pour un peuple comme peur un individu, c'est agir en être libre et responsable, c'est vouloir, c'est délibérer, c'est se gouverner soimême. La liberté est le ressort intime de l'activité nationale dans les temps modernes, et d'il se détend ou se brise définitivement, on verra bientôt toute vie s'alanguir, oui, même la vie industrielle et agricole, car grâce à Dieu les intérêts matériels ne se suffisent pas à eux-mêmes et ils dépérissent quand la vie supérieure s'éteint dans un pays. Partout où le despotisme a régné sans partage et peur toujours , le désert et sa stérilité ont marché avec lui. C'est la triste histoire que l'Orient raconte sans cesse à l'Occident. Nqijs supposons ici un cas extrême et nous savons bien que le despotisme absolu est impossible t* notre époque et dans notre race. Mais il n'en est pw ipojus vrai que la diminution de la liberté est une diminution d# vie, La liberté est un si grand bien que, même quand elle a disparu, elle laisse après $lle un lumineux sik
16 LA. UBEETÉ BELMHBU8B
Ion et des forces généreuses; elle profite encore pendant un certain temps à ses successeurs immédiats et c'est à elle qu'ils doivent les idées dont ils se servent pour accomplir quelques grandes choses. Ces idées sont semblables à un capital qu'on ne vivifie plus par une gestion habile et qu'on se borne à dépenser largement, il sert pendant quelques années à faire grande figure, mais l'éclat momentané qu'il procure rejaillit en définitive sur un passé qu'il est plus facile de décrier que de continuer et qui ne serait que trop vengé par l'affreuse indigence qui pourrait le suivre.
Ceci ne s'applique nullement à un gouvernement qui s'est donné comme programme le retour aux conditions de la liberté, mais simplement i ces écrivains maladroits qui s'efforcent tous les jours de nous faire croire que ce programme n'est qu'une ironie et qu'il faut se garder de le prendre au sérieux. A quelle extrémité en serait réduit un pouvoir qui n'aurait d'autre impulsion à attendre que celle qui lui viendrait de ces détracteurs de la liberté ! Ils l'ont flattée hier, quitte i la flatter de-
ET Ik LÉGISLATION ACTUELLE. 17
main s'ils y trouvent leur profit, et ils ont besoin pour grandir de l'abaissement universel auquel ils poussent à l'envi. Si la France les écoutait, si au lieu de se recueillir elle s'endormait, si le bien-être la consolait du bien vivre, si cette période d'élaboration et de préparation passait sur elle sans la modifier, elle serait misérablement déchue, malgré ses chemins de fer, ses télégraphes électriques et les bestiaux les plus magnifiques couronnés dans ses concours agricoles. Les biens inférieurs qu'elle aurait acquis lui seraient ôtés, car on ne vend pas son droit à posséder les biens supérieurs et on perd bientôt avec le droit ce que l'on avait obtenu en échange. Le plat de lentille d'Esaûse renverse de lui-même, juste châtiment d'un honteux trafic.
Pénétré du sérieux redoutable du moment actuel au point de vue de l'avenir de notre pays, nous voudrions contribuer à le faire entrer plus avant dans l'intelligence des principes de liberté en lui présentant l'une de ses applications les plus élevées, car c'est ainsi que nous considérons la liberté religieuse. Nous n'en faisons pas une liberté à part,
{8 u. wnxt Bjawwujrç
mais pou» y voyons simplement la liberté appliquée à la religion. Ce serait une grande chose que de convaincre les hommes plus spécialement préoccupés de la liberté et les hommes plus spécialement préoccupés des intérêts de la religion , que leurs causes sont solidaires. Nous voudrions plus, nous voudrions que la pensée religieuse et la pensée libérale se pénétrassent réciproquement, comme dans les grands pays où la liberté a été définitivement fondée ; mais eu attendant les deux pensées doivent s'associer et se combiner. Nulle alliance ne serait plus salutaire et il serait facile de prouver que qos malheurs peuvent être en bonne partie attribués à ce qu'elle s'est conclue si tard. À ce sujet nous ne saurions trop recommander à la méditation des hommes imbus de fortes croyances religieuses ces admirables paroles que nous lisons dans une lettre de M, de Tocqueville à madame Swetchine.
c 11 y a ce me semble, dans la morale* écrivait réminent publiciste, deux parties distinctes aussi importantes l'une que l'autre aux yeux de Dieu, mais que, de nés
jours, ses ministres enseignent avec une ardeur trèsinégale. L'une se rapporte à la vie privée : ce sont les devoirs relatifs des hommes comme père, fils, comme femme ou mari. L'autre regarde la vie publique : ce sont le3 devoirs de tout citoyen vis-à-vis de son pays et de la société humaine dont il fait spécialement partie. Me trompai-je en croyant que le clergé de notre temps est très-préoccupé de la première portion de la morale et très-peu de la seconde? Vous me dites, dans votre dernière lettre, des choses aussi vraies que bien exprimée* sur l'obscurcissement inévitable de la notion du devoir en matière politique dans des temps troublés, instables et pleins de révolutions comme les nôtres, et sur la difficulté qui s'y rencontre d'y indiquer aux hommes des règles de conscience. Vous auriez assurément raison s'il s'agissait de conseiller ou de défendre certaines docr trines particulières en fait de gouvernement; ce n'était pas ainsi que je l'entendais. Je crois qu'en ceci, commç en tout ce qui concerne les actions humaines, il y a, en dehors des règles spéciales applicables individuellement i chaque cas, des principes généraux à inculquer, des sentiments h faire naître, une certaine direction à donner aux idées et aux volontés. le ne demande point sans doute au^ prêtres de faire aux hommes dont l'éducation leur est confiée, et sur lesquels ils exercent une influence, je ne leur demande pas de faire à ceux-ci un devoir d'être favorables à la république ou à }a siççarchie;
tO LA LIBERTÉ RELIGIEUSE
mais j'avoue que je voudrais qu'ils leur disent plus souvent qu'en môme temps qu'ils sont chrétiens, ils appartiennent à Tune de ces grandes associations humaines que Dieu a établies sans doute pour rendre plus sensibles les liens qui doivent attacher les individus les uns aux autres, associations qui se nomment des peuples et dont le territoire se nomme patrie. Je désirerais qu'ils tissent pénétrer plus avant dans les âmes que chacun se doit à cet être collectif avant de s'appartenir à soi-même, qu'à l'égard de cet être-là, il n'est jamais permis de tomber dans l'indifférence, bien moins encore de faire de cette indifférence une sorte de molle vertu qui énerve quelques-uns de nos plus nobles instincts ; que tous sont responsables de ce qui lui arrive, et que tous, suivant leurs lumières, sont tenus de travailler constamment à sa prospérité, de veiller à ce qu'il ne soit soumis qu'à des autorités bienfaisantes, respectables et légitimes. Je sais qu'on a inféré de ce qui se trouve dans l'Evangile de l'avant-dernier dimanche, que le devoir du chrétien en matière politique se borne à obéir à l'autorité établie, quelle qu'elle soit. Permettez-moi de croire que ceci est plutôt dans la glose que dans le texte, et que là ne se borne pas pour le chrétien la vertu publique. Oui, sans doute, le christianisme peut exister sous tous les gouvernements et trouver jusque dans les mœurs que les mauvais gouvernements imposent aux hommes la matière d'admirables vertus; mais il ne s'ensuit pas, si je ne
me trompe, qu'il doive rendre insensible ou indifférents à ces mœurs et qu'il n'impose pas le devoir à chacun de les combattre courageusement par les voies légitimes que les lumières de sa conscience lui découvrent. »
Si ces généreux conseils étaient suivis, on verrait bientôt se former parmi nous les mœurs de la liberté, et les droits auxquels les hommes religieux tiennent le plus seraient définitivement consacrés en même temps que tous les autres.
Ne restons pas dans les généralités; précisons nettement ce que Ton doit entendre par le principe de liberté. Si nous ne nous trompons, il s'est fait à cet égard depuis quelques années un grand progrès dans les esprits ; bien des illusions ont été guéries, bien des erreurs nationales redressées, du moins parmi ceux qui aiment leur pays et la liberté d'une manière désintéressée : ce sont les seuls hommes dont l'opinion compte. En digne héritière de la grande nation qui n'a asservi le monde qu'après avoir commencé par s'asservir elle-même, la race française, fidèle aux traditions de la race latine, dont elle était l'un des rameaux les plus yivaces
LA. LIBERTÉ KÛtaiETOK ET IA tÉGISLATHW, ITG. 23
plantés sur la terre là plus féconde, n'a pas eu de trêve ni dé repos qu'elle n'eût restauré l'idée antique de l'Etat et relevé la vieille idole de ce paganisme politique qui se retrouve non-seulement dans les institutions de la Grèce et de Rome, mais jusque dam les fréves les plus hardis de ses philosophes, qu'il* s'appellent Àristote ou Maton. Le citoyen pour l'Etat et non l'Etat pour le citoyen, c'est là le principe fondamental de toutes les constitutions sociales dé l'ancien monde. Le citoyen se doit tout entfer à la chose publique; la propriété, la famille et la retigiôtl sont constituées uniquement en vue de la société, jamais en vue de l'individu. A vrai dire, l'individualité n'existe pas, ou si elle existe un moment, c'est pour être sacrifiée sur l'autel de la patrie. Le mécanisme de gouvernement peut se modifier en tant qu'il peut passer de la démocratie à la monarchie ou de la monarchie à la démocratie, l'âme des Institutions ne se modifie pas pour cela; elle est immortelle et demeure identique dans les formes Rangeantes qu'elle anime tour i tour. Peu importe que la multitude vote tumultueusement dans l'a-
4i LA. LIBERTÉ RELIGIETJ8E
gora ou sur le forum, qu'un sénat aristocratique délibère solennellement ou qu'un maître absolu décrète ses volontés, les droits de l'individu n'en sont pas moins constamment supprimés ; il ne peut rien soustraire à la mise sociale, il appartient tout entier à la communauté ; il lui est livré corps et âme. Aussi doit-on reconnaître un immense malentendu dans la liberté telle qu'elle était conçue dans l'antiquité. Il y a eu sans doute des degrés dans la servitude. C'était quelque chose que de ne pas subir la loi de l'étranger et de ne plier que sous le joug que l'on avait forgé soi-même, au lieu d'être courbé sous le despotisme d'un conquérant ou d'un usurpateur. Nous comprenons et nous admirons les nobles passions que la liberté dans ce sens restreint a enflammées, mais il n'en est pas moins vrai que la liberté au sens réel n'existait pas et que le despotisme de la res publica était universel.
Le christianisme a affranchi l'individu ; il l'a rendu membre d'une société morale qui dépasse de beaucoup le cadre de la cité terrestre, d'une société dont on ne fait partie que par un consentement person-
nel. Il lui a donné de grands droits en lui donnant de grands deyoirs. 11 a ainsi basé la notion du droit sur la conscience comme sur un roc inébranlable ; et, en révélant à l'homme qull se doit à Dieu, il Ta relevé du despotisme de l'Etat. Il a ainsi fondé l'indépendance civile sur la dépendance religieuse. Les conséquences politiques des grands principes qu'il avait apportés au monde ne s'en sont pas dégagées de suite, parce que la religion nouvelle se préoccupait avant tout de la réforme des âmes et qu'elle était plus pressée de construire la cité de Dieu que la cité des hommes. Il a fallu des siècles pour que ces conséquences fussent saisies et appliquées, mais elles l'ont été avec éclat, spécialement dans les races jeunes qui ne s'étaient pas formées sous la férule romaine et qui offraient une nature vierge à la culture de l'esprit nouveau. Une race entre toutes s'est distinguée dans l'intelligence et la pratique de la liberté dans le sens moderne et chrétien : c'est la race anglo-saxonne. Après bien des vicissitudes et des expériences douloureuses, sous la pression d'ardentes convictions religieuses
souvent très-mélangées d'erreurs et s'exal tant jusqu'à la passion dans les moments décisifs de son histoire, elle en est venue peu à peu à organiser la liberté d'une manière presque parfaite. Il ne s'agit pas tant ici du mécanisme gouvernemental que de la constitution intime, organique de la société. Là vraiment l'Etat est pour le citoyen et non le citoyen pour l'Etat ; les droits essentiels de chacun sont soigneusement placés en dehors de la mise sociale. Le droit de propager et de pratiquer ses croyances de toute nature, de jeter sa pensée dans le courant d'une publicité indéfinie, de s'associer pour faire prévaloir son opinion, toutes ces* garanties d'une liberté sérieuse sont consacrées à la fois par la loi et par l'opinion. L'Elat ne se substitue point à l'individu pour tout ce que celui-ci peut faire par lui-même; il provoque son activité au lieu de l'amortir, et bien loin de passer son niveau sur toutes les éminences ou les sinuosités du sol, de manière à n'avoir plus devant lui que de la menue poussière, il les maintient avec soin ; une surface plane n'est pas pour loi ce qu'il y a de plus désirable, il connaît l'utilité des
obstacles qui empêchent Faction gouvernementale d'être soudaine et irrésistible. La liberté, dans ces grands pays, ne consiste donc pas simplement dans la souveraineté du peuple, elle consiste encore dans la limitation de cette souveraineté par le maintien des droits de l'individu et le développement de son activité libre dans tous les domaines.
En France nous avons poursuivi jusqu'à ces derniers temps un idéal absolument opposé. Rien ne nous a plus effrayés que l'essor de l'individualité et tout a été admirablement calculé pour l'étouffer ou l'enchaîner. C'est surtout à partir du xvu« siècle, c'est-à-dire du moment où le mouvement contraire était inauguré avec grandeur non loin de nous, que la France s'est souvenue qu'elle était de race latine et qu'elle a restauré l'ancienne notion de l'Etat. Depuis Louis XIV jusqu'à nos jours, cette œuvre de restauration s'est poursuivie avec autant de zèle que d'habileté. La démocratie sur ce point a donné les mains aux monarchies d'ancienne ou de fraîche date, et l'éloquent tribun du xviii* siècle s'est montré le disciple fidèle du roi légitime, Rousseau et Louis XIV
SB kà uBnxt MU«nuti
rot collaboré à la même entreprise. La Révolution française jusque dans ses élans les plus hardis n'a pas brisé cette chaîne qui semblait indissolublement rivée à notre génie national. Elle a formulé les droits de l'homme, mais elle a perfectionné la centralisation, et augmenté en définitive le pouvoir de l'Etat; elle a posé d'immortels principes, mais elle a préparé sans le savoir la machine la plus parfaite de despotisme qui se puisse imaginer; elle a modifié courageusement la forme, mais elle a respecté le fond dans l'état social qu'elle croyait renouveler, et comme on l'a dit avec éloquence, elle s'est contentée de mettre la tète de la liberté sur un corps servilel L'Empire a montré que le corps était plus vWace que la tête, et il a encore perfectionné la machine ; il a supprimé tout ce qui pouvait contrarier les rouages administratifs, il y a fait rentrer de nouveaux rouages, à savoir la religion et l'instruction nationale, et tout cela a reçu l'impulsion d'une seule main ; les croyances comme les frrtérèts, tout a tourné régulièrement, adminislratitement jusqu'à ce que oe mécanisme parfait ait era-
ET LÀ UWISHTÏOK AÛTUÏIXE. »
que tout d'un coup, mais peur être réparé immédiatement après. De réparation en réparation nous en sommes venus à cette perfection administrative qui ne laisse plus aucune place à l'initiative individuelle, qui a tout prévu, tout réglé dans notre vie publique, nous dirige dans le choix de nos représentants, qui se charge du choix exclusif des magistrats de nos grandes villes, qui pressent tellement nos désirs qu'elle nous en invente auxquels nous n'avions pas pensé, arrête ou lance le char de l'Etat sans que nous contribuions en rien à l'enrayer ou à le précipiter, et nous amènera sous peu, comme le disait un homme d'esprit, à penser et à voter en mesure sous une direction unique. Gardons-nous, au reste, de mettre à la charge d'une seule période de notre histoire ee qui est le résultat de la plus longue erreur de notre esprit national.
Ces réflexions paraîtront sans doute un lieu con? mun à un grand nombre de nos lecteurs. Rien ne nous serait plus agréable, car ce serait la meilleure preuve pour nous que nous ne nous trompons pas en croyant que la lumière s'est faite dans beaucoup
d'esprits sur les vraies conditions de la liberté. Evidemment une forte réaction se prononce contre notre gloire administrative, et les mérites de notre centralisation en étant moins enviés de l'Europe sont moins goûtés en France. Un grand publiciste dont la mort aurait dû être un deuil national, M. de Tocqueville, a efficacement contribué à cette révolution dans les idées, non-seulement par sa belle étude sur la Démocratie en Amérique, dans laquelle il montrait avec une si invincible logique que la centralisation administrative combinée avec la démocratie devait produire infailliblement un despotisme plus intolérable que celui d'aucune des monarchies absolues de l'Europe, mais encore par son ouvrage, hélas! inachevé, sut Y Ancien Régime et la Révolution. Ces livres, les plus remarquables que la philosophie sociale ait produits depuis Y Esprit des lois, éclairés par le douloureux commentaire des événements contemporains, ont favorisé puissamment une tendance entièrement nouvelle en France. Cette tendance, représentée par les hommes les plus éminents, par les publicistes les plus distingués,
gagne chaque jour du terrain. On comprend de plus en plus que tant que l'on n'aura pas fait circuler la vie et l'activité féconde dans tous les membres du corps social, tant que Von n'aura pas vivifié non-seulement la nation en général, mais chacune de ses fractions, non-seulement une grande capitale, mais chaque commune par le développement des liberté? municipales et locales, tant qu'on n'aura pas ranimé l'initiative individuelle et qu'on ne lui aura pas enlevé l'oreiller si commode de la centralisation administrative sur laquelle elle s'endort , rien ne sera fait dans ce pays et pour ce pays ; la liberté ne sera pas fondée et les plus belles institutions n'auront aucun point d'appui, aucune garantie sérieuse. Tout progrès, tout salut dans l'avenir dépend du triomphe de la tendance décentralisatrice. Si ce triomphe est obtenu, la question du fond, la question vitale sera vidée pour ce pays. Pour nous, nous sommes remplis d'espoir, quand nous voyons des hommes appartenant aux partis les 'plus divers se rapprocher, se rejoindre dans une même pensée i cet égard. Il valait la peine de traverser toutes les
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épreuves, toutes les déceptions de ces temps obscur; pour arriver à une telle conviction et pour distinguer dans le glorieux héritage de 89 ce qui était l'esprit funeste du passé de ce qui doit être rame de la société moderne et de la civilisation chrétienne, la condition et la sanction de la liberté vér ri table.
S'il est un élément qu'il faille soustraire avee un soin jaloux i l'omnipotence administrative, c'est bien l'élément supérieur chez l'homme, l'élément religieux. Comme rien n'est plus puissant chez lui que la croyance religieuse, on peut être assuré que c'est surtout dans ce domaine que les idolâtres de -l'Etat souhaiteront d'exercer une autorité pré* pondérante, parce qu'ils savent bien que si l'homme religieux leur échappe, il ne vaut guère la peine de parler de ce qui leur reste. Rome avait bien compris cette condition nécessaire du despotisme de l'Etat, et, comme nous l'apprend Gieéron, elle m tolérait que le* cultes qui avaient été publique-
ment reconnus. Il fallait un scrutin de ballotage au sénat pour l'admission d'un Dieu nouveau dans l'Empire. C'est pour ne s'être pas soumis à ce scrutin que le christianisme a traversé trois siècles de proscriptions sanglantes. Non-seulement au point de vue antique de l'Etat, nulle religion n'a le droit de s'implanter sans son approbation, mais encore celles qui sont reconnues ou soutenues par lui doivent être tenues dans son entière dépendance. Il ne peut abandonner à elle-même une influence si considérable, une fois qu'il est entendu qu'il est le pasteur des peuples selon l'expression homérique. Il s'ensuit que la première conséquence de la liberté réelle, c'est de soustraire de la mise sociale ce que l'homme n'a pas le droit d'aliéner, la pensée, la croyance, l'adoration. La conscience humaine est niée du moment où on la fait dépendre d'une autre . volonté que de celle de Dieu, du moment où l'on proclame qu'elle se doit à César autant qu'à Dieu ; c'est de fait , proclamer César Dieu, et voilà pourquoi l'omnipotence de l'Etat dans les questions religieuses méritera toujours le nom de paganisme.
11 n'y a rien dans ces vérités qui soit en opposition avec le droit de haute surveillance en faveur de Tordre public qui appartient à tout Etat bien ordonné , ni même avec la possibilité d'un contrat nettement défini passé entre lui et tel ou tel culte. Ce qui est absolument écarté à ce point de vue, c'est tout ce qui ressemble de près ou de loin à une religion d'Etat. Une fois la liberté des âmes mise en régie et abandonnée au pouvoir central, la liberté n'a plus d'asile, le ressort le plus intime de la personne morale est brisé, et on ne sait après cet abandon du premier des droits ce qui pourra être soustrait à l'omnipotence de l'Etal. Cette omnipotence peut s'exercer d'une manière brutale et violente, ou bien avec douceur et ménagement. Elle est au fond plus dangereuse sous la forme douce que sous la forme violente. Ainsi sous l'empire romain, la répression était foudroyante et terrible, mais elle était intermittente; elle ne frappait pas partout à la fois ; l'administration impériale n'avait pas un réseau si finement ourdi qu'il enveloppât toutes les existences sur tous les
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points. En attendant que le proconsul eût été averti, l'apôtre ou l'évêque, profitait des facilités de te yie antique, annonçait rEvangile à toute ime multitude curieuse. Saint, Paul, chassé de Tbessalopique, prêchait à l'Aréopage d'Athènes, et s'il jouait tous les jours sa tête, les occasions d'un enseignement retentissant n'en étaient pas moins fréquentes pour lui. Supposez un Etat moderne fortement centralisé, ayant l'œil et la main partout, appliquant la contrainte religieuse de l'antiquité avec la modération relative, mais aussi avec les ressources de notre époque , il châtiera moins, mais il entravera bien davantage, et la conscience religieuse, enveloppée des mille liens d'une administration parfaite, ne pourra se mouvoir librement un instant Le despotisme de l'Etat sera à la fois plus complet et plus modéré, et l'âme, énervée par une tyrannie douce et minutieuse, sera rongée d'une sourde douleur qui ne produira pi scandale, ni réaction, mais qui sera plus pénible que la résistance ouverts à un despotisme cruel.
ET U LÉGISLATION «4CTÎJBLLE. $T
Ne bous fions donc pas aux apparences ; allons au fond des choses. L'oppression religieuse subsiste tant que la religion n'est pas libre 4& se pép^drç ou de s'administrer elle-même, sous la réserve qu'elle se renfermera dans ses propres limites et n'empiétera en rien sur le domaine de l'Etat. L'égalité des cultes n'équivaut pas à leur liberté, car ils pourraient être favorisés d'une égale servitude. Il faut qu'ils soient libres, libres pour la propagande comme pour la direction intérieure. S'il était un pays où ils rentrassent dans les cadres de l'administration au même titre que tel ou tel grand intérêt matériel, où il suffit d'une volonté du pouvoir central pour restreindre ou étendre leurs franchises, pour empêcher ou tolérer l'action de leur gouvernement intérieur, il faudrait reconnaître que ce pays pourrait se vanter de tout, excepté de posséder la liberté religieuse ; et si l'on était convainc comme nous que l'avenir de ce pays dépend de ses progrès dans la voie de la décentralisation, ce serait à la décentralisation des consciences et des croyances
qu'il serait nécessaire de s'attacher tout d'abord. La première chose à faire serait d'étudier et de signaler franchement le mal qu'il s'agirait de guérir : c'est ce que nous tenterons dans les pages qui vont suivre.
n est entendu pour nous que la liberté de religion n'existe qu'à une double condition : c'est d'abord que les croyances religieuses puissent se répandre librement; c'est ensuite que chaque culte puisse s'administrer lui-même sans entrave, sous la réserve expresse du respect des lois. Je ne suis libre dans ce domaine supérieur de ma vie, que si je puis propager et pratiquer ma croyance sans aucune immixtion d'un pouvoir étranger; je ne possède tout mon droit, que quand rien ne m'empêche d'accomplir tout mon devoir : or mon devoir comme homme religieux c'est de proclamer ma foi ; la parole apostolique : Tai cru, c'est pourquoi