Ibid., III
bE CHARLES D ORLEANS XXXÎ
prières à des saints qui se récitaient surtout en Angleterre, comme la prière à sainte Frideswide, aux saintes Ethelride et Edithe, à saint Osmont, à saint Thomas de Cantorbéry et l'oraison pour ses pèlerins. Et, sans doute, des saints anglais eux-mêmes Charles espérait sa délivrance, comme de Dieu le père-:
Briefment voye le temps venir
(J'en prie à Dieu du Paradis)
Que chascun puist vers son Désir
Aler sans avoir sauf conduis '...
Il se prit, pour passer le temps, à transcrire des cantiques et des oraisons : nous ne possédons plus ces deux livres -. C'était là coutume de prisonniers ' et Jean d'Angoulême, son frère, rapporta d'Angleterre les transcriptions qu'il fit des Distiques de Caton, des Méditations de saint Anselme, de la Consolation de Boèce ■^.
Charles lut aussi ce dernier ouvrage. Le sort de Boèce prisonnier, consolé par les Muses et la philosophie, n'était pas sans présenter une certaine analogie avec sa situation. On lui a même longtemps attribué une traduction française du poète latin : c'est là une erreur'. Et que de différences entre la victime du Goth Théodoric et le prisonnier du roi Henri VI d'Angleterre. Charles d'Orléans lisait la Consolation, comme tout le monde la lut de son temps; et bien malgré lui il était le nourrisson de la philosophie et il ne parait guère avoir éprouvé la félicité qui résulte de la contemplation de l'être immuable. Mais Boèce était alors considéré comme un saint ^ : les miniatures avaient popularisé l'image où, vêtu de la longue robe des clercs et le bonnet des docteurs en tête, le romain enchaîné sur son grabat fut visité par les