VI LA LIBRAIRIE
comptait un peu plus d'un millier de volumes, ce qui est fort considérable '.
« Vous avez, lui disait Raoul de Presles, toujours honoré la science, aimé les bons clercs, étudié continuellement en divers livres et sciences, si n'avez eu autre occupation -. »
Cette curiosité était en effet universelle et parfois elle aurait pu passer pour singulière : témoin le désir qu'eut le roi Charles de connaître la recette artificielle du bel azur ' ; la correspondance entretenue avec un clerc spéculatif d'Avignon qui, menant vie de philosophe, ouvrait en l'art alchimique et se disait disciple d'Arnaud de Villeneuve 4; le crédit qu'il accorda à une dame de La Rochelle que l'on pouvait voir dans sa contemplation soulevée en l'air à plus de deux pieds de haut >.
Si le roi venait à se déplacer il retrouvait encore des livres à Melun, au Bois de Vincennes, à Saint-Germain-en-Laye, à Bauté-sur- Marne ^. N'étaient-ils pas des compagnons dont il soignait aussi la livrée ? Il les faisait relier de riches étoffes de soie, envelopper dans des chemises ; leurs fermoirs étaient souvent d'or et de vermeil, leurs sinets fixés à des perles, à des pierres fines ". Enfin, d'une écriture exercée, il traçait parfois sa signature sur leurs feuillets ^, notait la date de leur entrée dans sa librairie, le nombre des volumes qui composaient l'ouvrage, s'il avait été fait, corrigé, historié sur son ordre; et même il savait apprécier leur contenu '^.
1. En 1424, après son pillage par les oncles de Charles VI, après les dons et les prêts non réintégrés, la librairie du Louvre comptait encore 843 volumes prisés 2.525 1. ; M. Delisle estime qu'elle avait pu compter 1.200 volumes (L. Delisle, Recherches..., t. I, p. 158, 141).
2. Prologue de la translation de la « Cité de Dieu » (L. Delisle, Recherches..., t. I. p. 5).