‹ La librairie de Charles d'OrléansChapitre 56 sur 224 · XLIV LA LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

XLIV LA LIBRAIRIE

Il reste à étudier la composition de la librairie de Charles d'Orléans dans son état le plus complet, à dire d'après elle ses propres connaissances et ses goûts.

Cette librairie, dans son ensemble, était assez variée et représentait ce que l'on savait alors dans les lettres comme dans les sciences. Elle se composait assez heureusement de livres de tous genres, comprenant les mauvais et les bons.

On aime à croire que Charles d'Orléans les tenait tous pour bons, car il lisait surtout pour se désennuyer. Telle n'était pas alors l'opinion d'un religieux célèbre et instruit, sévère aux ouvrages d'imagination, indulgent toutefois à ceux qui parlaient de la Croisade.

Philippe de Mézières recommande en effet de ne pas trop se délecter à lire ou entendre lire ces livres qui sont appelés apocryphes, spécialement les livres et les romans remplis de bourdes qui poussent souvent le lecteur à la chimère (« à impossibilité », comme il dit), et l'induisent à la folie et au péché. Il cite parmi eux le roman de Lancelot; le Vœu du Paon naguère composé par un léger compagnon auteur de chansons et de virelais ; les Enseignements d'Aristote composés en rimes par des bourdeurs; la vaillance mondaine d'Arthur, remplie de bourdes; une partie des œuvres d'Eustache Deschamps; parmi les livres de science, les traités de nécromancie, le Livre Sacré, le Livre du Jugement d'Astronomie et la Seconde Partie d'Astrologie. Il s'élève contre les ménestrels et auteurs de ditics (poésies) qu'il estime compagnons légers et faiseurs de bourdes. Par contre, il recommande la Bible où se montrent souveraine prouesse et vaillance véritable; le livre des Éthiques et celui de Politique, traduits par Nicole Oresme; Tite Live, les histoires des Romains qui sont authentiques, Valère Maxime, Sénèque et Boèce de Consolation ; les Enseis^nements d'Arisio'e dans le texte original, mais non les traductions en vers qui sont bien différentes ; l'Histoire scholastique; Josèphe, l'histoire des Juifs; la belle et véridique histoire de la vaillance du très vaillant duc Godefroy de Bouillon ; la Cité de Dieu du benoît Augustin ;

le PoHcraticiis àe Jean de Salisbury; les ditiés vertueux d'Eustache Deschamps ' .

Ces livres se rencontrent dans la bibliothèque de Charles d'Orléans, les bons comme les mauvais. Elle se composait ainsi qu'il suit :

Les ouvrages théologiques étaient naturellement les plus nombreux. L'Ecriture Sainte comprenait quatre exemplaires de la Bible en français ^ et trois en latin. Notons encore les Concordances de la Bible en latin; le recueil d'historiettes édifiantes nommé Composition de la Sainte Écriture ; une Chronique de la Bible; l'Histoire Scholastique de Pierre le Mangeur, que l'on nommait encore Bible Historiale ou les Histoires Écolâtres dans la version de Guiart des Moulins ' ; la Création des âges en français; les Commandements de Dieu en français ; divers Psautiers glosés ; la Glose sur le Psautier et les Distinctions ^ ; les Méditations de Pierre d'Ailly sur les Psaumes de la pénitence ; le Livre des Rois > ; deux exemplaires des Epîtres de saint Paul ; l'Apocalypse figurée, qui n'était guère qu'un livre d'images; la Postille de Nicolas de Lire.

Parmi les écrits des Pères, nous rencontrons ceux de saint Jérôme, de saint Augustin (suivis de divers traités de Césaire, d'Eusèbe, d'Origène, de Hugues de Saint- Victor, de saint Chrysostome, de Hilton, du dominicain Nicolas Bocher et de frère Thomas, mineur de Londres) ; trois exemplaires de la Cité de Dieu, deux en français et un en latin ; l'Exposition sur le psaume ii8 par saint Ambroise de Milan; deux exemplaires de saint Grégoire ; les œuvres de saint Athanase, de saint Chrysostome et de saint Hilaire de Poitiers.

Parmi les théologiens plus récents, nommons saint Anselme, Hugues de Saint-Victor, Ives de Chartres et saint Bonaventure, Pierre Lombard, Hugues du Fouilloy. De Guillaume Durand, le Rational; la Somme le Roi ; la Somme Ray-

1. Cité par Champollion-Figeac, p. 254-255; j'ai rajeuni le texte.

2. Cf. S. Berger, La Bible en français au Moyen- Age, étude sur les plus anciennes versions de la Bible écrites en prose de langue d'oil. Paris, 1884, in-8.

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