LAMARTINE
T^N haut de Varbre, des feuilles balayées degrands souffles, comme un écho de chaînes brise'es, de traditions rompues : c'est hzmarime à la grande allure rêveuse, au bercement mou au point que parfois son cadre rhythmique se disjoint dans l'attnosphère nébuleuse. Avec des rappels de Chénier — la jeunesse en tnoins — sa poésie, d'élans en élans, se dissout. Cest la ' Chute d'un ange,' mais tombé dans les nuages. Si vague lui-même, pouvait-il créer une lignée ; à peine si cette corde de lyre usée se gonfle encore en Laprade ou Brizeux. Un seul accent se répercute : l'éminente dignité du poète.
T L est, parmi les fils les plus doux de la femme,
Des hommes dont les sens obscurcissent moins l'âme, Dont le cœur est mobile et profond comme l'eau. Dont le moindre contact fait frissonner la peau, Dont la pensée, en proie à de sacrés délires, S'ébranle au doigt divin, chante comme des lyres, Mélodieux échos semés dans l'univers Pour comprendre sa langue et noter ses concerts :
ALFRED DE VIGNY
C'est dans leur transparente et limpide pensée Que l'image infinie est le mieux retracée Et que la vaste idée où l'Eternel se peint D'ineffables couleurs s'illumine et se teint ! Ceux-là, fuyant la foule et cherchant les retraites, Ont avec le désert des amitiés secrètes ; Sur les grèves des flots en égarant leurs pas, Ils entendent des voix que nous n'entendons pas :
****** Écoutez-les prier, car ils sont vos prophètes.
{Chute d'un Ange. Huitième Vision.)
ÇAINTE-BEUyE, chercheur de routes intellec- *^ iuelles, avait discerne' avec son flair subtil ' au sein de la fraternité première ' du cénacle les deux courants qui allaient se séparer. Plutôt le fluide discret., la vibration dernière et étouffée de la lyre de Lamartine, que sa pensée pauvre, vont produire, diamants tombés dans l'eau, des cercles légers avec des scintillations de lune. Cette faillie trace de lumière discrète résiste par sa fluidité même et sa souplesse au contact du monde; on pourra la suivre, discrète et blanche apparition, dans les oeuvres premières <f Alfred de Vigny. Cest le ruisseau qui coule, loin des regards des foules, en des vallées choisies, frais asiles. Plus tard ce miroir exquis
ALFRED DE VIGNY
reflétera des pensées hautes et sombres, mats à sa source il {t'est qu'eau pure et argentée. En Eloa —
'T^OUTE parée, aux yeux du Ciel qui la contemple, ■*■ Elle marche vers Dieu comme une épouse au temple, Son beau front est serein et pur comme un beau lis, Et d'un voile d'azur il soulève les plis ; Ses cheveux, partagés comme des gerbes blondes, Dans les vapeurs de l'air perdent leurs molles ondes, Comme on voit la comète errante dans les cieux Fondre au sein de la nuit ses rayons glorieux ; Une rose aux lueurs de l'aube matinale N'a pas de son teint frais la rougeur virginale ; Et la lune, des bois éclairant l'épaisseur, D'un de ses doux regards n'atteint pas la douceur. Ses ailes sont d'argent ; sous une pâle robe, Son pied blanc tour à tour se montre et se dérobe, Et son sein agité, mais à peine aperçu. Soulève les contours du céleste tissu.
C'est une femme aussi, c'est une ange charmante; Car ce peuple d'esprits, cette famille aimante. Qui, pour nous, près de nous, prie et veille toujours, Unit sa pure essence en de saintes amours : L'archange Raphaël, lorsqu'il vint sur la terre. Sous le berceau d'Éden conta ce doux mystère. Mais nulle de ces sœurs que Dieu créa pour eux N'apporta plus de joie au ciel des Bienheureux.
{^Eloa, Fragment)