STÉPHANE MALLARMÉ
avec le 'garde-foti' de la phrase ' essettsifiee ' mis entre le poète et la foule :
Du sol et de la nue hostiles, ô grief!
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne,
Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur, Que ce granit du moins montre à jamais sa borne Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.
{Le Tombeau d'' Edgar Poe.) Le poète restera pris dans :
' Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui.'
T T N cygne d'autrefois se souvient que c'est lui Magnifique, mais qui sans espoir se délivre Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.
Tout son col secouera cette blanche agonie Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.
Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne, Il s'immobilise au songe froid de mépris ■ Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.
PAUL VERLAINE
Et il ne scveillera que dans la lumière de sou rêve :
O BORDS siciliens d'un calme marécage Qu'à Tenvi des soleils ma vanité saccage, Tacite sous les fleurs d'étincelles, CotUez ' Que je coupais ici les creux roseaux domptés Par le talent ; quand, sur l'or glauque de lointaines Verdures, dédiant leur vigne à des fontaines, Ondoie une blancheur animale au repos : Et qu'au prélude lent où naissent les pipeaux, Ce vol de cygnes, non ! de naïades se sauve Ou plonge . . . '
Inerte, tout brûle dans l'heure fauve Sans marquer par quel art ensemble détala Trop d'hj'men souhaité de qui cherche le la : Alors m'éveillcrai-je à la ferveur première, Droit et seul, sous un flot antique de lumière, Lys ! et l'un de vous tous pour l'ingénuité . . . (^L'Après-midi d'un Faune.)
"pAUL VERLAINE reconstruisit, sous ' le me'cattisme rigide de P/ie.vamètre,' la chaîne légère des échos, subtil dégel qui dessoude la banquise de la syntaxe ; flot gai, puéril, et charmant qui bat la pensée :
AR nous voulons la Nuance encor, Pas la couleur, rien que la nuance I
PAUL VERLAINE
Oh ! la nuance seule fiance Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Prends l'éloquence et tords-lui son cou ! Tu feras bien, en train d'énergie, De rendre un peu la Rime assagie,
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ? *****
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure Éparse au vent crispé du matin Qui va fleurant la menthe et le thym . . ,
Et tout le reste est littérature.
{Jadis.)
BOURNEMOUTH. ****** O OLITUDE du coeur dans le vide de l'âme, *^ Le combat de la mer et le vent de l'hiver, L'orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame, Et cette nuit où rampe un guet-apens infâme, Catastrophe flairée, avant-goût de l'Enfer !
Voici trois tintements comme trois coups de flûtes, Trois encor, trois encor ! L'Angélus oublié
PAUL VERLAINE
Se souvient, le voici qui dit : ' Paix à ces luttes ! Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes, Une vierge a conçu, le monde est délié ! '
Ainsi Dieu parle par la voix de Sa Chapelle
Sise à mi-côte, à droite et sur le bord du bois . . . O Rome, ô Mère I Cri, geste qui nous rappelle Sans cesse au bonheur seul et donne au cœur rebelle Et triste le conseil pratique de la Croix.
La nuit est de velours. L'estacade laissée
Tait par degrés son bruit sous l'eau qui refluait, Une route assez droite heureusement tracée Guide jusque chez moi ma retraite pressée Dans ce noir absolu sous le long bois muet. —
{Amour.')