‹ La lignée des poètes français au 19e siècleChapitre 25 sur 42 · GUSTAVE KAHN · texte numérisé non relu

GUSTAVE KAHN

r~^ HANTONNE lentement et très bas . . . mon cœur pleure .

— Tristement, doucement, plaque l'accord mineur; Il fait froid, il pâlit quelque chose dans l'heure . . . Un vague très blafard étreint l'âpre sonneur. Arrête-toi . . . c'est bien . . . mais ta voix est si basse ? . . . Trouves-tu pas qu'il est sourd comme un épais sanglot? Chantonne lentement, dans les notes il passe Vrillante ! l'àcreté d'un malheur inéclos. Encore la chanson s'allanguit . . . mon cœur pleure ; Des noirs accumulés s'estompent les flambeaux. Ce parfum trop puissant et douloureux qu'il meure Chant si lourd à l'alcôve ainsi qu'en un tombeau. D'où donc ce frisselis d'émoi qui me pénètre, D'où, très mesurément, ce rythme mou d'andante? Il circule là-bas, aux blancheurs des fenêtres, De bougeuses moiteurs, des ailes succédantes.

Assez ! laisse expirer la chanson . . . mon cœur pleure ; Un bistre rampe autour des clartés. Solennel Le silence est monté lentement ; il apeuré Les bruits familiers du vague pérennel.

Abandonne . . . que sons et que parfums se taisent ! Rythme mélancolique et poignant ! . . . Oh ! douleur, Tout est sourd et grisâtre et s'en va ! — Parenthèse, Ouvres-tu l'infini d'un éternel malheur? . . .

{Mélopées.')

JEAN MORÉAS

T\ANS cette libre veine devait couler un jeune "^^^ sang; ne Ta-t-on pas, avec une négligence précieuse, dans M. Moréas, rattachée à la littérature romane, chante-fables, cantilcnes, ' ingénues ' inspirations qui se joignent à leur date sptritutlle ?

TIJ'T j'irai le long de la mer éternelle

■^^ Qui bave et gémit en les roches concaves,

En tordant sa queue en les roches concaves ; J'irai tout le long de la mer éternelle.

Je viendrai déposer, ô mer maternelle, Parmi les varechs et parmi les épaves, Mes rêves et mon orgueil, mornes épaves,

Pour que tu les berces, ô mer maternelle.

Et j'écouterai les cri§ des alcyons

Dans les cieux plombés et noirs comme un remords. Leurs cris dans le vent aigu comme un remords.

Et je pleurerai comme les alcyons.

Et je cueillerai, triste jusqu'à la mort, Les lys des sables pâles comme la mort.

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