VERHAEREN
A VEC la grasse et forte ampleur d'un tableau flamand, dans l' halludnation des fonds empourpres, comme en un de Groux, M. Verhaëren dépeint r Epoque et le Pays — noirs :
(~\a les quartiers rouilles de pluie et leurs grand'rues !
^^ Et les femmes et leurs guenilles apparues,
Et les squares, où s'ouvre, en des caries
De plâtras blanc et de scories,
Une flore pâle et pourrie.
Aux carrefours, porte ouverte, les bars :
Étains, cuivres, miroirs hagards,
Dressoirs d'ébène et flacons fols
D'où luit l'alcool
Et son éclair vers les trottoirs.
Et des pintes qui tout à coup rayonnent.
Sur le comptoir, en pyramides de couronnes ;
Et des gens soûls, debout.
Dont les larges langues lappent, sans phrases,
Les aies d'or et le whisky, couleur topaze.
Ici : entre des murs de fer et de pierre,
Soudainement se lève, altière,
La force en rut de la matière :
Des mâchoires d'acier mordent et fument ;
De grands marteaux monumentaux
VERHAÈREN
Broient des blocs d'or, sur des enclumes, Et, dans un coin, s'illuminent les fontes En brasiers tors et effrénés qu'on dompte.
Là-bas : les doigts méticuleux des métiers prestes,
À bruits menus, à petits gestes,
Tissent des draps, avec des fils qui vibrent
Légers et fins comme des fibres.
Au long d'un hall de verre et fer,
Des bandes de cuir transversales
Courent de l'un à l'autre bout des salles,
Et les volants larges et violents
Tournent, pareils aux ailes dans le vent
Des moulins fous, sous les rafales.
Un jour de cour avare et ras
Frôle, par à travers les carreaux gras
Et humides d'un soupirail,
Chaque travail.
Automatiques et minutieux,
Des ouvriers silencieux
Règlent le mouvement
D'universel tictacquement
Qui fermente de fièvre et de folie
Et déchiquette, avec ses dents d'entêtement,
La parole humaine abolie.
[Les Usines. Les Villes tentactdaires.)