‹ La lignée des poètes français au 19e siècleChapitre 38 sur 42 · VERHAEREN · texte numérisé non relu

VERHAEREN

A VEC la grasse et forte ampleur d'un tableau flamand, dans l' halludnation des fonds empourpres, comme en un de Groux, M. Verhaëren dépeint r Epoque et le Pays — noirs :

(~\a les quartiers rouilles de pluie et leurs grand'rues !

^^ Et les femmes et leurs guenilles apparues,

Et les squares, où s'ouvre, en des caries

De plâtras blanc et de scories,

Une flore pâle et pourrie.

Aux carrefours, porte ouverte, les bars :

Étains, cuivres, miroirs hagards,

Dressoirs d'ébène et flacons fols

D'où luit l'alcool

Et son éclair vers les trottoirs.

Et des pintes qui tout à coup rayonnent.

Sur le comptoir, en pyramides de couronnes ;

Et des gens soûls, debout.

Dont les larges langues lappent, sans phrases,

Les aies d'or et le whisky, couleur topaze.

Ici : entre des murs de fer et de pierre,

Soudainement se lève, altière,

La force en rut de la matière :

Des mâchoires d'acier mordent et fument ;

De grands marteaux monumentaux

VERHAÈREN

Broient des blocs d'or, sur des enclumes, Et, dans un coin, s'illuminent les fontes En brasiers tors et effrénés qu'on dompte.

Là-bas : les doigts méticuleux des métiers prestes,

À bruits menus, à petits gestes,

Tissent des draps, avec des fils qui vibrent

Légers et fins comme des fibres.

Au long d'un hall de verre et fer,

Des bandes de cuir transversales

Courent de l'un à l'autre bout des salles,

Et les volants larges et violents

Tournent, pareils aux ailes dans le vent

Des moulins fous, sous les rafales.

Un jour de cour avare et ras

Frôle, par à travers les carreaux gras

Et humides d'un soupirail,

Chaque travail.

Automatiques et minutieux,

Des ouvriers silencieux

Règlent le mouvement

D'universel tictacquement

Qui fermente de fièvre et de folie

Et déchiquette, avec ses dents d'entêtement,

La parole humaine abolie.

[Les Usines. Les Villes tentactdaires.)

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