‹ La lignée des poètes français au 19e siècleChapitre 37 sur 42 · HENRI DE RÉGNIER · texte numérisé non relu

HENRI DE RÉGNIER

On les a vues;

C'était sur des mers lointaines . . .

Elles ne sont pas revenues.

Mais parfois je crois les entendre

Qui rient et chantent

Et qui reviennent,

Quand le flot est calme et le ciel clair,

Car moi je sais toute la mer !

Elles ont des cheveux d'algues et des lèvres

Peintes selon le pourpre des coraux ;

Une parfois rit et élève

Ses seins de femme au-dessus de l'eau,

Et tend les bras . . .

On dit qu'elles n'existent pas

Ou que leurs torses vils se terminent en queues

D'écaillcs que le flot fait bleues,

Tandis que leur chevelure semble de l'or,

Au soleil ; on prétend encor

Qu'elles sont méchantes, et que

Leur mystérieux rire endort

En les grottes roses et noires

Avec elles, joue contre joue,

À jamais . . .

Qu'il est mieux de ne pas y croire

Et de les fuir les yeux fermés.

Et qu'il faut clouer à la proue

Leurs figures d'émail et d'or,

En simulacres à la proue !

(Fragment, VHomme ci la Sirène.')

Page 1