‹ La lignée des poètes français au XIX siècleChapitre 37 sur 40 · HENRI DE RÉGNIER · texte numérisé non relu

HENRI DE RÉGNIER

On les a vttes ;

C*était sur des mers lointaines . . .

Elles ne sont pas revenues,

Mais parfois je crois les entendre

Qui rient et chantent

Et qui reviennent,

Quand le flot est calme et le ciel clair,

Car moi je sais toute la mer !

Elles ont des cheveux d*algues et des lèvres

Peintes selon le pourpre des coraux ;

Une parfois rit et élève

Ses seins de femme au-dessus de l'eau.

Et tend les bras . . .

On dit qu'elles n'existent pas

Ou que leurs torses vils se terminent en queues

D'écaillés que le flot fait bleues,

Tandis que leur chevelure semble de l'or,

Au soleil ; on prétend encor

Qu'elles sont méchantes, et que

Leur mystérieux rire endort

En les grottes roses et noires

Avec elles, joue contre joue,

À jamais . . .

Qu'il est mieux de ne pas y croire

Et de les fuir les yeux fermés,

£t qu'il faut clouer à la proue

Leurs figures d'émail et d'or^

En simulacres à la proue 1

(Fragment, VHommê it la Sirène»)

VBRHAÈREN

A VEC la grasse et forte ampleur d'un tableau -^^ flamand f élans Fkallucmation des fonda empourprés, comme en un de Groux, M, Verha^ren d^^emt rÉpofue ef le Pays — noirs:

/^H les quartiers rouilles de pluie et leurs grand'nies !

^-^ Et les femmes et leurs guenilles apparues,

Et les squares, où s'ouvre, en des caries

De plâtras blanc et de scories,

Une flore pâle et pourrie.

Aux carrefours, porte ouverte, les bars :

Étains, cuivres, miroirs hagards,

Dressoirs d'ébène et flacons fols

D'où luit l'alcool

Et son éclair vers les trottoirs.

Et des pintes qui tout à coup rayonnent,

Sur le comptoir, en pyramides de couronnes ;

Et des gens soûls, debout,

Dont les larges langues lappent, sans phrases,

Les aies d'or et le whisky, couleur topaze.

Ici : entre des murs de fer et de pierre,

Soudainement se lève, altière,

La force en rut de la matière :

Des mâchoires d*acier mordent et fimient ;

De grands marteaux monumentaux

VERHAËREN

Broient des blocs d'or, sur des enclumes, Et, dans un coin, s'illuminent les fontes En brasiers tors et effrénés qu'on dompte.

Là-bas : les doigts méticuleux des métiers prestes,

À bruits menus, à petits gestes,

Tissent des draps, avec des fils qui vibrent

Légers et fins comme des fibres.

An long d'un hall de verre et fer,

Des bandes de cuir transversales

Courent de l'un à l'autre bout des salles,

Et les volants larges et violents

Tournent, pareils aux ailes dans le vent

Des moulins fous, sous les rafales.

Un jour de cour avare et ras

Frôle, par à travers les carreaux gras

Et humides d'un soupirail,

Chaque travaiL

Automatiques et minutieux,

Des ouvriers silencieux ^

Règlent le mouvement

D'universel tictacquement

Qui fermente de fièvre et de folie

Et déchiquette, avec ses dents d'entêtement,

La parole humaine abolie.

{Les Usines. Les VUUs tintacuImmJ)

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