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quence de la matière, que, avant aulcunes choses oyr, dellibérer et résoudre , copie desdictes lettres seroit envoiée au collège des maieurs de bannières représentant le poeuple, à messieurs de S'.-WIfran pour Testât ecclésiastique, à messieurs les conseillers et officiers du roy, à messieurs les antiens maieurs, à messieurs grainetier et conseilliers, juges et consuls, pour eulx assembler et en conférer en leur chambre, » afin de rapporter les sentiments et les avis des différents ordres à l'assemblée générale des estats (I) »
Jamais, en aucune grande circonstance, le sentiment du pays ne fut plus consciencieusement consulté et plus loyalement demandé.
L'assemblée des états n'eut pas lieu cependant le Vi, mais le 25.
L'assemblée est très-nombreuse. On pourrait relever dans le procès verbal presque tous les noms notables de la ville à cette date Les hommes du seizième siècle ne craignaient ni les réunions nombreuses, ni les discussions publiques (2).
(1) La formule de l'invitation envoyée aux différents corps était:
« Plaise à messieurs , eulx assembler en leur chambre
pour conférer sur le contenu des lettres de messieuis le prevost des marchans et esehevins de la ville de Taris du XVII jour du présent mois de juing Ve 1111" VIII, dont coppie est cy-attachée, et en rapporter leurs advis en l'assemblée généralle des estats de ceste ville d'Abbevillequy sera faicte pour en dellibérer et résoudre vendredy prochain XXllli* dud. mois de juing, une heure de rellevée, au son des cloches, au grand Eschevinagede lad. ville. »
(2) Le procès-verbal ne donne cependant qu'une faible partie des noms. Il est certain que toute la ville était convoquée: « Après que lecture a esté faicte à toute l'assemblée généralle des
Quatre ou cinq cents personnes sont accourues au son des deux cloches; lecture est faite « à toute l'assemblée généralle des habitans » des lettres du prévôt des mar chands et des échevins de la ville de Paris. Les deux députés de Paris sont entendus ensuite : ceux de la ville de Paris, disent-ils, « n'entendent, en ce qu'ils poursuivent et demandent lad union, obliger les habitans d'Abbeville à aulcune contribution et levées de deniers ou prests d'avant, seulement que pour l'advenir nous soions unis avec eulx et aultres villes catholicques en ce qui concerne l'honneur de Dieu , manutention (le maintien) et deffense de la rclligion catholicque, apostolicque et romaine, soubs l'obéissance du roy et pour le repos publicq •>
Nous sommes à l'heure décisive, à l'entrée définitive et souveraine de la Ligue chez nous, à un nouveau point de départ des esprits. La résolution la plus grave du temps va être prise. Nous devons, surtout ici, citer scrupuleusement les paroles de l'historien de l'Lchevinage. « Il a esté dellibéré par lad assemblée à la pluralité des voix (1) que les habitans de ceste ville d'Abbeville se uniront, tant comme ceulx de lad. ville de Paris et aultres villes catholicques de la province que aultres de ce roiaulme en requeste qu'ils entendent présenter à Sa Majesté, tendans à la conservation de nostre relligion catholicque, aposlolicque et romaine, le service et
habitans de ceste ville où se sont trouvés jusques à quatre ou cinq cens personnes, des lettres de messieurs les prevost des marchans et eschevins, etc. »
(1) Ces mots : à la •pluralité des voix, ont été ajoutés à la ligne déjà écrite. Y eut-il réellement quelque partage des voix, ou pluralité signifie-t-il ici vote ou acclamation?
tidellité que nous debvons à nostre roy très-chrestien, le bien public et soullagement du paouvre poeuple.
« Et pour dresser le mémoire des remonstrances et supplications très-humbles à Sa Majesté, tant pour le faict général que pour le bien particulier de ceste ville, seront depputtés gens de conseil.
« Et ce faict, » il est délibéré encore « que l'on se transportera versceulx de la ville de Paris pour entendre plus particullièrement leur intention et comme ils entendent eulx gouverner au faict général, etc. »•
Pour ce qui regarde les privilèges et franchises, de « très humbles requestes et suppliques » seront présentées à Sa Majesté, et « à cest effet » deux députés sont nommés, savoir: le lieutenant criminel et l'échevin Rohault (l).
« Et pour oster toute occasion de division et deffiance contre les habitans, tesmoignons encore nostre fidellilé. »
Ici le procès-verbal, assez difficile à lire, constate que « tous les habitans assemblés, ensemble led. seigneur gouverneur, comme led- sieur Bernard lieutenant général, et Le Roy, maieur, ont solempnellement et unanimement juré par serment, sur le péril et dampnation de leurs âmes, de vivre tous et mourir en la
(1) Cette rédaction pourrait faire croire que les députés envoyés directement vers le roi furent MM. Le Boucher et Rohault. Il n'en est rien. Nous voyons plus loin (assemblée échevinalé du 27 juin et assemblée générale du 7 juillet) que les députés qui allèreut trouver le roi furent les sieurs de Maupin, Gaillard et Le Devin; par contre, nous trouvons (30 juin) que les députés envoyés vers la ville de Paris furent monsieur le lieutenant criminel et Anthoine Rohault. Il s'agit, dans l'extrait que nous éclaircissons, des suppliques à rédiger de concert avec la ville de Paris au moyen des députés envoyés à Paris même.
relligion catholicque, apostolicque et romaine, soubs la seulle obéissance de nostre roy très chrestien. »
Le pauvre maieur Le Roy ne devait pas survivre longtemps à ce serment que, malgré les termes irréprochables, il put regarder comme une trahison.
Le roi avait écrit cependant de Paris, le 22 juin, une lettre de dernière ressource. Cette lettre qu'on peut croire autographe, — elle n'est pas contresignée, — arriva quelques heures trop tard. Le roi avait pourtant fait hâte; sa signature isolée en fait foi :
« Monsieur le maieur, je ne puis assez louer le tesmoignaige
que vous m'avez rendu vous (t) particullièrement et ceulx
de ma ville d'Abbeville, ainsy qu'il m'a esté rapporté, ayant rejette à signer quelque ligue que ceulx de Paris et quelque autre ville vous avoient envoie pour cest cffect, et vous estre maintenus comme vous faictes très-vertueusement et fidellement en mon obéissance, vous faictes bien paroistre combien vous retenez et suivez la trace de vrais et antiens Picars, lesquels ont esté tousjours loués d'une très-grande lidellité et obéissance envers leur prinee naturel et souverain, comme. . . . (2) vous n'en povez attendre que très-grande rémunération en l'autre monde, et de vostre roy particullièrement, je ne vous diray point que vous et ceux de madicte ville continuiiez vostre lidellité, car j'en suis très-asseuré, mais je vous diray seullement que vous aiez plus que jamais l'œul ouvert à vous opposer aulx artifices et mensonges de ceulx qui vouldroient soubs beau semblant et faulces persuasions s'attirer la bienveillance de mes subjects, laquelle n'est deube que à moy, priant Dieu vous avoir en sa saincte garde. — De Rouen, ce XXII juing 1588. Ce mot de ma propre main sera pour vous dire que vous aiez à faire le contenu d'icelle comme je le promets de vostre fidélité ; signé eu bas : Henry; et au dos :
(1) Mot que je ne peux lire.
(2) Mot que je ne peux lire.
A monsieur Le Roy, maieur de ma ville d'Abbeville, et aulx eschevins de lad. ville. »
Cette lettre arrivait à Abbeville le soir même du jour où nous avons vu prendre des résolutions si importantes (25 juin). Tombant quelques heures plus tôt au milieu même des délibérations, n'eût- elle pu contrebalancer l'influence des lettres du prévôt des marchands de Paris et l'éloquence des députés de l'Echevinage parisien ?
Le lendemain 26, le maire expliquait devant une petite réunion des échevins convoquée par une seule cloche, qu'il avait la veille, sur les sept heures du soir, reçu des lettres du roi. Il a, en conséquence, convoqué la présente assemblée afin de les faire entendre et d'en délibérer. Lecture est donc faite ^ mais le gouverneur ne s'étant pas trouvé à la réunion, on advise qu'il sera prié de se rendre à la convocation nouvelle, afin de conférer.
En cette première réunion, le scribe de l'Echevinage remarque que la lettre du roi est sans cachet et fermée « d'un tiret tiré de la marge » de la missive même.
Dans une nouvelle assemblée réunie le 27 juin, au son de la cloche seulement, le gouverneur et M. Bernard, lieutenant général, présents, on lit les lettres du roi datées du 22, et on persiste dans les résolutions prises. La preuve cependant que la lettre du roi arriva quelques heures trop tard seulement, c'est que, lorsqu'on recevra, le 7 juillet, la nouvelle lettre royale du 3 juillet, on fera courir après les députés qui sont déjà à Paris pour les rappeler en toute hâte, et que l'on s'empressera encore de satisfaire aux désirs du roi sur quelques autres points. (Voyez plus loin, assemblée générale du Vil juillet.)
On répondra à Sa Majesté, voit-on dans la présente assemblée du 27 juin. Les lettres suivantes sont cependant rédigées à l'adresse de M. le prévôt des marchands et de MM. les échevins de Paris :
« Messieurs, nous avons receu vos lettres par vos depputtés et après les avoir oy et leur créance en assemble'e ge'néralle des estats de cette ville quy, à ceste iin, ont été tenus en l'hostel commun, a esté trouvé bon debvoir escripre la présente pour vous remercier très-affectueusement du bon zelle qu'apportez à nostre relligion crestienne, apostolicque et romaine, au service du roy et à l'utillitc publicque, ayant de nostre part tousjours dressé nos intentions pour vivre et morir soubsung mesme Dieu, une mesme foy, ung mesme roy et mesme loy, à laquelle lin et soubs ces considérations nous avons del libéré nous unir avecq vous et aultres villes catolieques pour la conservation de nostre relligion, le service et tidellité que nous debvons à nostre roy très-chrestien, le bien publicqet soullagement du paouvrepoeuple et avons depputé deux personnaiges de ceste ville pour aller vers vous avecq nos mémoires, aflin de conférer et adviser ensemble des moiens pour parvenir à nos remonstrances et supplications vers Sa Majesté, de laquelle nous entendons, voulions et désirons demeurer très-humbles subjects et serviteurs, sur quoy nous prirons Dieu vous avoir, messieurs, en sa saincte et digne garde. — De TEschevinaige d'Abbeville, le vingt-septiesme juiug mil cincq cens quatre-vingts et huict. Vos affectionnés frères et serviables amys, les maieur, eschevins et habitans de la ville d'Abbeville. »
Il est « dellibéré, de l'advis de toute l'assemblée, que Nicolas Lebel seignera la présente, en !a délibération desEstatsdud. XXVe juing(l). » — Vient la lettre au roi :
(t) La clarté ne sort pas toute seule de cet extrait pris dans le procès-verbal de la réunion du 27 juin. D'abord, sur le registre communal, la lettre que nous venons de voir est bien datée du 27, mais celle qui suit est datée du 30. Puis les termes mêmes de
« Sire, « Ayant receu vostre lettre du XXIIe de ce mois, nous avons faict assembler en l'hostel commun de ceste ville affin de publier et faire entendre vostre volunté et le contentement que montrez avoir de nous tous tant en général que particullier, laquelle veue en lad. assemblée et Tes remonstrances faietes à ce propos par nous maicur d'icelle vostre ville, il a été advisé sur ce que aulcuns disoient que lad. lettre n'estoit contresignée d'un de vos secrétaires des commandemens, cachetée de vostre cachet, ains fermée d'un tiret prins en la marge d'icelle, et qu'il y avoit des ratures en la suseription , que lad. lettre sera représentée à Vostre Majesté avec lesdictes considérations, par maistre Jehan de Manpin, antien maieur, maistre Claude Gaillard, premier eschevin, et maistre Grégoire Le Devin, siéger, quy ont à ceste fin esté à l'instant depputés ensemble pour représenter à Vostre Majesté ladiete. dellibération faietc en assemblée générale de ceste ville, le vingt-cinequiesme de ce mois, portant ce que aurions faict avecq ceulx de la ville de Paris pour supplier trèshumblement Vostre Majesté, par voies de requestes et trèshumides supplications, d'avoir pitié de ses paouvres subjects que nous estimons qu'elle aura pour agréable comme estans l'aides pour la conservation de nostre religion aposlolicque et romaine, et qu'elle n'a jamais refusé ny rejette les plaintes et admonestations que luy avons cy-devant addressées, comme aussi la prolestation faicle par serment solempnel lors de lad. dellibération de vivre et mourir soubs la seulle obéissance de Vostre Majesté, affin de le tesmoigner à chacun et on rendre, asseurance à Vostre Majesté, priant Dieu le Créateur, Sue, vous
cet extrait, à l'endroit que nous annotons, nous reportent en arrière au 25. Faudrait-il comprendre : il a été délibéré en l'assemblée des Etats du XXV que IS. Lebel signera la présente; ou bien (et plus vraisemblablement): il a été délibéré en cette actuelle réunion du 27 que N. Lebel signera la présente, arrêtée quant à l'intention, sinon quant à l'expression, dans l'assemblée des Etats du 25?
donner en parfaicte santé très- longue et heureuse vie. — De vostre ville d'Abbeville, le XXX juing 1588; vos très-humbles et très-obéissans subjects et serviteurs, les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »
A la suite d'une assemblée du XXX juin, je trouve un mémoire transcrit alors, mais probablement de rédaction antérieure; ce mémoire appartient d'ailleurs nécessairement à la députation qui va trouver le roi avec la lettre (en date du XXX juin) du maieur et des éclievins ( l) :
« MÉMOIRES ET ARTICLES PARTICULIERS SUR LESQUELS MON- SIEUR le Lieutenant criminel et Anthoine Rohault, eschevin
DE LA VILLE D'ABBEVILLE, DEPPUTÉS PAR ASSEMBLEE DES ESTATs D'iCELLE, REIGLERONT LA REQUESTE ET SUPPLICATION QUE L'ON PRÉTEND ESTRE FAICTE A Sa MAJESTÉ , ET JOINCTE A CELLE DE
la ville de paris et aultres villes catol1cques de ce roiaulme:
« Premièrement, que tous les habitans de ceste ville d'Abbeville désirent et voeullent vivre et mourir en la recongnoissance de Dieu, d'une foy et d'une loy en l'église catolicque, apostolicque et romaine, soubs la seulle obéissance de nostre roy très-chrestien, supplient Sa Majesté les y voulloir maintenir comme ont faict ses prédécesseurs, et ne permettre en son roiaulme aultre exercice d'aultre relligion que de la catolicque, en faisant pugnir et chastier tous hérétiques et leurs fauteurs rigoureusement comme Dieu le commande.
« Que pour la direction de l'église, les saincts concilies et constitutions ecclésiastiques soient observés, tant pour la collation des bénéfices et dignités ecclésiastiques quy se confèrent à personnes indignes et incapables, la multiplicité de bénéfices en
(I) Et c'est probablement pour cela que je ne la trouve transcrite qu'à cette date dans le registre municipal. Très-évidemment elle avait été, sinon rédigée textuellement, au moins arrêtée quant aux idées dans l'assemblée du 25.
une seule personne contre les sainets décrets et canons de nostre mère saincte esglise.
« Qu'il plaise à Sa Majesté continuer aulx habitans de lad. ville leurs previllèges et authorités antiennes, et en ce faisant leur leur laisser l'ellection libre des maïeur et eschevins et officiers de ad. ville.
« Qu'il luy plaise aussy continuer et remettre le previllege et exemption de gabelle tant pour lad. ville et banlieue que pour touttes la séneschaussée de Ponthieu,dont ils ont esté seullement interrompus deppuis l'an Ve LVII, et en conséquence de l'impost
mis sus par teste [? | en lad. conté à la poursuitte et par 1'
des partisans et officiers, deppuis quatre à cincq ans seullement, et touttes aultres impositions en deppendans abolis et abbattus, et qu'il soit permis de faire scel (sel) au lieu où il s'en est tousjours faict par cy-devant en lad. conté de Ponthieu.
« Que les aultres previllèges de lad. ville et habitans d'icelle, comme la justice civille qu'ils tiennent à tittres onéreulx de Sad. Majesté, provisions d'offices tant pour le faict de lad. justice que
pour et aultres auctorités quelles qu'elles soient, droicts
et previllèges antiens dont ils ont joy par cy-devant seignament deppuis quarante ans, leur soient rendus pour en jouir comme ils soullaient faire par le passé, nonobstant touttes lettres, entreprises et choses à ce contraires.
« Que les impositions nouvellement mises sus, sçavoir deppuis dix ou douze ans, sur touttes marchandises venans de Flandres et aultres endroicts du pais bas en la France soient levés et ostés.
« Que tous les imposts de la traicte domanialle, idjpusil.ou
foraine, et aultres en deppendans soient remis à la raison
qu'elles estoient du temps de la première institution d'icelles, et tous nouveaulx offices concernans en faict l'admiraulté et maistrise des ports et aultres supprimés, la justice attribuée aux juges quy en ont eu premièrement la congnoissance et le droict recoeully aux extrémités du roiaulme et non en ceste ville quy en est distante de cincq à six lieues, et en laquelle le tralicq est fort empesché par l'incommodité du bureau quy y est de présent.
« Que les tailles, taillon et aultres impositions soient remises
à la mesme raison qu'elles estaient du temps feu roy Lois douziesme, par ce qu'il n'est plus possible au poeuple la supporter.
« Que tous offices et estats e'rigés deppuis Tan Ve LU, tant pour la justice, finances comme aultrement, soient supprimés et abolis.
« Singullierement les estais de général surintendant controlleur des deniers communs, patrimoniaulx et d'octroy nouvellement mis sus en ceste province de Picardie, au préjudice et à la diminution des deniers et de la fortifiication et réparation des villes et places d'icelles;
« Que touttes citadelles et chasteaux estans es villes soient desmolies pour maintenir les cappitaines et gouverneurs eu paix et union avecq les habitans d'icelles, et que deft'enses soient faictes ausdicts cappilaines et gouverneurs de traveiller (travailler, obliger) les paisans d'aller faire garde ausd. villes et chasteaulx, ny tirer d'eulx aultres services.
« Lesd. depputtés reinonstrout (remontreront) que les gens de guerre eulx dis.ins advoués du gouverneur de Doullens et aultres sieurs tenans mesme party arrestent les deniers roiaulx et font exécutter les paisans pour la taille, lesquels d'ailleurs sont poursuivis et contraincls par les reccpveurs ordinaires, en sorte que c'est pour veoir incontinent le pais entièren ent desploré et ruyné, le labour et terres délaissées et I abandonnées en friebes ( l ), dont poeult arriver la perte, ruyne de tout le pais.
« Qu'il soit deffendu à touttes personnes de faire aulcune levée de gens sans commission vallabe et qu'elle ait esté, premièrement, communicquée aux gouverneurs et magistrats des lieux ou se feront lesd. levées, pour ce que la licence que se donnent touttes personnes de lever gens a remply le pais de volleurs quy ne font aultre chose que d'aller de lieu à aultre avecq toutte impugnité, pillant et ruynant le poeuple avecq plus de rigueurs et île cruaulté que ne voudroit faire ung ennemi naturel du pais (2).
(1) Je ne change rien aux constructions, aux accords des noms et des adjectifs.
(2) Cet aiticle, qui n'ajoute qu'une preuve à tant d'autres se-
« Et sy, oultre les poincts devant touchés, il se prési Hte aultre affaire et difliculté, soit pour le faict général ou particulier, lesd. depputtés, avant aulcune chose résouldre ou advancer, en donneront advis affin d'y prouveoir et en deilibérer en assemblée de ceste ville. »
Ainsi, les députés n'avaient qu'un mandat limité, un mandat impératif. Le peuple, en définitive, devait, pour les questions non prévues, décider à Abbeville dans une nouvelle convocation des Etats.
Les députés partirent dans des directions différentes La réponse du roi ne se fit pas attendre une semaine. Le roi, la députation à peine reçue, l'avait chargée d'une lettre, d'une sorte de manifeste qui n'est pas seulement adressé à l'Lchevinage, mais à tous les habitants de la ville, comme en témoigne la suscription :
« De par le roy, « Très-chers et bien aînés, nous avons receu vostre lettre du trentiesine du passé, et entendu ce que vos depputés, quy en ont esté porteurs, nous ont déclaré de vostre part sur l'entière affection que vous vouliez porter à nostre service, sans deffaillir en riens du debvoir auijuel tous bons et loiaulx subjects sont naturellement obleigés envers leur roy, [ce] quy est tout ce que nous nous sommes tousjours promis de vous, et nescaurait riens nous advenir de plus agréable que de veoir que vous soiez bien fermes et constans en une telle résolution, digne de subjictsquy ont esté de tout temps fort recommandés par plusieurs bons tesmoignaiges qu'ils ont rendus d'une singulière lidellilé à l'endroict de nos prédécesseurs roys, mais nous ne povons vous celer que nous trouvons de tant [dus estrange et contraire à cela la dellibération quy a esté prise en vostre assemblée de ville, le
niées dans ce travail même, suffirait à nous donner une idée de l'étal misérable des eau. pagnes desulées par le vagabondage et le brigandage en armes.
XXVe jour de juing dernier passé, en laquelle il a esté conclud que vous vous uniriez tant avecq ceulx de nostre ville de Paris, des aultres villes catolicques de nostre province de Picardie que aultres villes de nostre roiaulme, et requestes qu'ils entendoient nous présenter et seroient dellégués gens de conseil pour dresser les mémoires des remonstrances et supplications trèshumbles qui seroient à faire tant pour le faict général que pour le bien particulier de vostre ville et de la province, auctorités, previllèges et franchises d'icelle, quy se transporteroient par après vers ceulx de nostre ville de Paris pour se confondre ausdictes remonstrances et supplications, car en premier lieu, chers et bien amés, aultant que vous debvez scavoir qu'il ne se poeult faire aulcune union et association entre nos subjects, bien qu'elle fut nottoirement pour le bien de nostre service et du publicq de nostre roiaulme, sans qu'ils en aient eu une permission particullière de nous, vous avez deu congnoistre que c'estoit à nous et non à a ni très à quy vous vous debviez addresser pour les particallières plaintes ou remonstrances qu'avez à faire soit pour vostre soullagement ou aultres causes , aians assez esté esprouvé tant par vous que tous nos aultres subjects, combien nous avons tousjouis donné d'aise et facile accès à tous ceulx quy ont désir parler à nous (i) et nous faire leur remonstrance, que nous avons receues jusques des moindres et plus infimes personnes quand ils nous les ont voullu présenter, et y avons faict la plus gratieuse responce quv nous a esté possible, laquelle nous vous eussions moings desniée que à nuls aultres pour l'affection particullière que vous avons tousjours assez démonstrée davantaige , nous vous dirons que aiant faict convocquer les estats généraulx de nostre roiaulme pour ce quinziesme de septembre prochain, ausquels chacun sera receu à remonstrer ce qu'il congnoistra eslre du bien général de nostre roiaulme et de sou soullagement particullier, le temps estoit assez bref pour attendre a faire en cela ainsy qu'il est accoustumé, sans prendre
(H Ces mots font naturellement songer aux circonstances de la mort prochaine du roi qui écrit.
uug chemin extraordinaire H; non usité, le(|tiel tant s'en failli qu'il nous poeult davantage induire et inciter à vous accorder vos demandes, qu'au contraire il nous en refroidira plutosl; partant nous vous dirons, pour conclusion de ceste lettre, que, voulions et vous mandons, sy vous avez jà envoie de vos depputés audict Paris sellon que porte vostre susd. delliberation, vous aiez à les révocquer incontinent, en leur contremandarit de donner aulcuns mémoires ou requestes pour nous présenter, à cenlx dud. Paris, ou aulx princes quy se sont ligués avecq enlx, par les mains desquels nous estant présentées, vous pouvez estre asseurés que non seullement elles ne seront pas recenes de nous, mais que nous vous refuserons entièrement tout ce que nous pourriez requérir en icelles pour n'avoir suivy la voie ordinaire et raisonnable qu'isvez deu rechercher en vous adressant directement à nous qui n'avons tant vivement engravé dedans le cœur que la manutention de nostre relligion catolicque. apostolicque et romaine, l'extirpation des hérésies et soullagement de nos suhjeets pour lesquelles choses nous sommes bien dellibérés et rien esparguer de tout ce quy sera en nostre puissance. — Donné à Rouen, le 111e jour de juil et 1 5 8 s ; signé: Henry; et, plus bas: Brulart; tt au dos: A nos très-cheis et bien amés les maieur, eschevins, manans et habitans de nostre bonne ville d'Abbeville. »
Le Vil juillet, une assemblée générale a lieu où se trouvent monseigneur de Hucquevilie, gouverneur, J. Bernard, lieutenant général, J Le Koy, maieur, deux chanoines de Saint-Yullran, deux religieux de Saint Pierre, les échevins.
Le gouverneur semble présider.
« Led. seigneur gouverneur» explique « ia présente assemblée avoir este t'aicte pour oyr le rapport desd. sieurs de Mauppin, Gaillard et Ledevin, depputtés, pour aller vers le roy, suivant la delliberation du XXVli juing dernier, ensemble la lecture des lettres du rov adressantes tant aud. seigneur gou\erneur que ausd. sietfrs
maieur et eschevins, en date du IIIe jour de ce mois, quy ont esté à ceste fin représentées à lad. assemblée, par lesquelles Sa Majesté commande que Ton ait à révocquer les depputés envoies à Paris touchant l'union faicte avecq les prevost et eschevins des marchans d'icelle, et que les gentilshommes bons catolicques et non suspectés de la nouvelle oppinion, mis hors de ceste ville, soient receus à y entrer pour y faire leur résidence comme auparavant, comme est plus amplement déclaré esdictes lettres cy-après transcriptes.
« Sur ce, après que lecture a esté faicte d'icelles et que les dessus dicts ont fait leur rapport, a esté advisé et dellibéré, suivant l'intention de Sa Majesté, que il sera envoie homme exprès vers messieurs les depputés en la ville de Paris, avecq coppie desd lettres, alfin de les faire retourner instament pour rendre raison de leur négotiation pour, eulx ois et leur rapport, dellibérer sur le faict desd. lettres, et pour le regard des gentilshommes catoliques et aultres que l'on a faict par cy-devant sortir de lad ville, qu'il sera satisfaict à la volunté de Sa Majesté, suivant ses lettres adressantes aud seigneur gouverneur, lesquelles instament luy ont esté rendues. »
L'Echevinage écrivit donc à ses députés déjà à Paris: « Messieurs, deppuis vostre partement de ceste ville, nous avons receu lettres du roy par les depputés qu'avions envoie vers Sa Majesté; desquelles vous envoions coppie, ensemble de la dellihération faicte tant sur lesd. lettres que sur le rapport desd. depputtés ; à ces causes nous vous prions, instament ceste. receue, de vous acheminer pour vostre retour, suivant le voulloir et intention de Sad. Majesté, nous recommandans à vos bonnes grâces, priaus Dieu vous donner, Messieurs, bonne vie et longue. Vos bien affectionnés amis, les maieur et escbevins de la ville
d'Abbeville.— Et au dos est escript: A messieurs les depputtés estans encore à Paris, ce VII juillet 1588. »
La lettre échevinale fut, avec la copie des lettres du roi et la délibération « sur ce faicte, » confiée à Nicolas Cotillon, sieur de Hanchie,- comme nous le verrons dans la délibération du 1s juillet.
Quoi que nous ayons dit plus haut, il nous est difficile de ne pas deviner, dans les circonstances qui précèdent, quoique mollesse de résolution chez M. de Hucqueville. Quant à la mollesse de l'Echevinage, elle est partout visible. Comme il arrive souvent en temps de troubles, les esprits étaient, selon toute vraisemblance, à la fois agités et incertains. L'opinion des plus calmes comme des plus passionnés flottait innocemment sous les souffles contraires.
Les mois qui viennent, en donnant plus d'accentuation aux événements, nous montreront Abbeville sortie de ses dernières hésitations.
Mot anticipé sur l'acte de réunion — Le sieur de Maroeul viont à Abbeville de la part du roi pour i xpliquer les troubles et les moyens d'y reménUr.
— Lettre du roi — M. Demery envoyé par le roi. — Le roi combat encore l'union des villes avec Paris. — Il annonce les Etats de Blois — Les députés envoyés à Paris ont refusé d'obtempérer immédiatement à leur rappel — Délibération sur cette circonstance.— Altitude circonspecte de Jean de Maupin. - On enverra de nouveau vers les députés.— L'édit de réunion.
— Retour des députés —Conduite du maieur J. Le Roy— Sa lettre à M. de Belloy — Elle tombe entre les mains des ligueurs notables de la ville. — Emotion causée par elle.— Assemblée à l'Echevinage.— Maladie du maieur.— 11 déclare ne vouloir désavouer sa lettre — Assemblée des deux collèges eomoqués sans lui et malgré lui — Blâme infligé au maieur.
— Déclaration d'attachement aux anciens privilèges de la ville et résolutions prises.
Le mois de juillet, dans lequel nous sommes entrés,
dm, pendant la surprise d'un moment, tirer les Abbevillois d'un grand souci. Le roi signait, au milieu de ce mois, l'acte de réunion. On pouvait donc encore en toute tranquillité de conscience, s'im;iginèrent sans doute, en un éclair joyeux, les naïfs et les crédules, ne pas séparer dans sa foi et dans son amour les sentiments de la Ligue de la fidélité due au roi Douce quiétude, jouet du premier souffle!
Mais n'anticipons pas. Les nouvelles ne pouvaient encore devancer le galop des courriers, et dans le temps même où le roi préparait et signait son édit, Abbeville, en suspens comme les autres villes de la province de Picardie, en était restée aux émotions de mai.
Le niaieur communique le 12 juillet, à l'Echevinage, la crédence du sieur de Maroeul, conseiller en la cour de Parlement à Paris (1), et les lettres du roy en date
(i) L;i crédence du sieur de Maroeul était datée du XX may : « Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Polongne, à nostre amé et féal conseiller en nostre court de Parlement Me Adrien Dudrat, sieur de Maroeul , salut. Nous vous avons depputé pour vous transporter es gouvernemens de Tlsle de- France et Picardie, et faire entendre à ceulx de nostre clergé, noblesse et auitres nos officiers, maires et eschevins de nos villes, les occasions des troubles et esmotions quy sont survenus en nostre ville de Paris et aultres lieulx de nostre roiaulme, ensemble les moiens que nous avons advisé de tenir pour y prouvoir et remédier; à ces causes vous mandons et commettons par ces présentes que vous aiez à cest effect à assembler lesd. du clergé, noblesse, nos officiers, maires et eschevins des villes, soit en général ou coujoincU-ment et séparément, ainsy que verrez bon estre, pour leur déclarer et l'aire entendre nostre voulloir et intention , comme de faict nous avons donné et donnons plain pouvoir, puissance, auctôrité et mandement spécial, mandons à tous gouverneurs de province, baillif, séntscbaulx, leurs Meute
du XXVIII' jour de may dernier « lesquelles ont esté lues. » On envoie immédiatement vers ledit sieur de Maroeul pour le prier de se présenter au conseil, afin d'exposer ce qu'il a charge de dire de la part de Sa Majesté. Le sieur de Maroeul survient incontinent et dit à l'assemblée « ?voir charge de Sa Majesté de l'aire entendre aulx habitans des villes de Picardie les occasions des troubles survenues tant en la ville de Paris qu'autres lieulx de ce roiaulme et les moiens que Sa Majesté avoit advisé pour y remédier, et aussy que Sa
Majesté désiroit que » (Le reste de la page — le
quart — et tout le verso sont restés en blanc, attendant la fin de la délibération qui n'a pas été rédigée).
La lettre du roi, comme nous l'avons déjà vu par la date, est bien antérieure au rapprochement sincère ou feint que devait sceller l'acte de réunion. Le roi avait écrit :
« De par le roy,
« Très-chers et bien aînés, oultre ce que vous avez peu cydevant entendre des choses quy sont deppuis peu de temps advenues en nostre ville de Paris à nostre très grand regret, connue nous estimons aussy que tous les gens de bien de nostre roiaulme en portent beaucoup d'cnnuy en leur cœur, nous avons voullu despescher es gouvernemens de l'Isle-de-France et Picardie
nans, et tous aultres nos justiciers, officiers et subjeets, de quelque quallité qu'ils soient, qu'ils aient, en ce quy en despend, vous obéir, donner conseil, confort et aide, car tel est nostre plaisir. — Donné .1 Chartres, le XX' jour de may, l'an de grâce 1588. Signé par le roy, Brulart. »
Dans ces sollicitations de réunions générales ou particulières n'y avait-il pas, outre l'appel du roi à la confiance de son peuple, la reconnaissance lorcée du mouvement qui faisait entrer alors le peuple tout entier dans la participation aux affaires publiques?
le sieur de Maroeul , conseiller en nostre court de Parlement, aftin de vous parler de nostie part sur ce subject et de vous déclarer ce que nous désirons de vous et de nos aultres bons subjects desd. gouvernemens, pour l'amour, affection et obéissance que nous debvez naturellement, de quoy vous le croirez comme nous-mesmes, quy nous promettons qu'en cest endroict vous vous montrerez sy lidelles et loiaulx que nous aurons toute occasion d'en demeurer très-cont;ins {sic) et satisf;ucts. — Donné à Chartres, le XXVIII' jour de rnay t588. signé Henry; et plus bas: Brulart; et à ld suscription: A nos Irès-chers et bien aînés les maieur, eschevins, bourgeois, manans et habilans de nostre ville d'Abbeville. »
Les habitants d'Abbeville ignoreront pendant plusieurs jours encore les dispositions faib issantes que consacre l'édit de Rouen, mais déjà le roi, dans l'esprit duquel la revanche des barricades germe peut être, a lancé dans l'hésitation de ses villes le mot des Etats généraux
Ses lettres à dales anri- nnes, apportées par les moyens
ardifs du temps, continuent de combattre l'union de ses
villes de province avec la ville de Paris. Abbiville, qui
reçoit ces instructions arriérées, tergiverse encore au
milieu de juillet.
Le maieur explique le 14, à l'Echevinage convoqué par la cloche, que, le jour même, à deux heures de relevée, il a été mandé par monsieur Demery, « logé au Géant. » 11 s'est, dit-il, rendu à l'invitation, et M. Demery lui a exposé « qu'il avoit charge du roy allant en Picardie (4) de vrsiter ses villes pour faire entendre aux habitans d'icelles le voulloir et intention
(l) Ces mots « allant en Picardie » s'appliquent à M. Demery lui-même.
de Sa Majesté quy estoit de n'entrer (1) en aulcune union avec ceulx de la ville de Paris, et que sy Ton en avoit faict aulcunes(2)que l'on eust instamentà les révocquer, aussy de ne voulloir adjouster fov ny crédence à ce que l'on pourroit nous persuader, mesme que Sad. Majesté vou loit que ses subjects la neongneussent non-seulle-
ment comme roy. mais par (;i), et aussy que sa
volonté estoit que l'on depputa (sic) personnes sans particallités ny pations quy faussent bons catolicques pour l'honneur et advancement de nostre Dieu et bien général de ('Estât, pour soy trouver aux estats que Sad. Majesté a ordonné eslre tenus à Blois le quinziesme septembre prochain, et que sesdicts subjects congnoistroient combien Sad Majesté désire embrasser tout ce qu'elle pourra de sa part. » Le sieur Demery avait donc été requis par le maieur « de soy voulloir transporter jusques en la maison commune de ceste ville, affin de l'aire entendre à l'assemblée ce que dessus. » Le sieur Demery s'était cependant excusé et avait prié le maieur « de le faire entendre en lad. assemblée » Le maieur avait donc fait sonner la cloche pour délibérer. Mais la discussion, à peine engagée, se trouve compliqée par un incident qui grossit les embarras pour les échevins présents
(1) Qu'ils n'entrassent.
(2) Aucunes unions.
(3) Un mot que je ne peux lire. La phrase ainsi tronquée n'est d'ailleurs pas claire. Le sens est-il : S M. veut que, ses sujets reconnaissent son intention ou la lettre de crédence du sieur Demery non-seulement comme venant du roi, etc ; ou bien: S. M. veut que ses sujets le reconnaissent lui-même non-seulement comme roi, etc.?
On annonce « à l instant » que le sieur de Hanchie (1) est de retour de Paris où il a été député par assemblée des estats pour porter lettres à messieurs Le Boucher, lieutenant criminel , et Anthoine Rohault , eschevin , « affin de instament, et lad. lettre receue, retourner en ceste ville pour rendre raison de ce qu'ils avoient charge, suivant le voulloir et intention du roy (2). Nous aurions icelluy sieur de Hanchie envoie quérir, quy seroit comparut (sic) et nous [auroit] présenté lettres desd. depputlés, dattées du XI de ce mois, par lesquelles ils mandent ne povoir retourner sinon en dedans deulx à trois jours, à raison qu'ils attendoient nouvelles de Sa Majesté pour rapporter chose quy soit au prouftit de la communaulté; mesme nous auroit dict, icelluy sieur de Hanchie, qu'il avoit faict entendre ausd. depputtés le commandement verbal que luy avions faict , tel que nostre intention n'estoit d'entrer en aulcune union ; lesquels luy auroient faict response qu'ils n'excéderoient leurs mémoires et donneroient raison de leur voiage lorsqu'ils seroient de retour »
On avise donc, en conséquence de la délibération des estats du VIIe jour du présent mois de juillet, «qu'il sera surcey (sursis) d'escripre à Sa Majesté jusques à ce que lesd. depputtés seront de retour, considéré leur bref séjour (3), altin de sur le tout en escripre et advertir Sad. Majesté plus particulièrement et à la vérité de ce quy se sera passé. »
(1) Nicolas Coullon, sieur de Hanchie.
(2) Le lecteur doit comprendre malgré le rédacteur des procèsverbaux, bs députés n'ont reçu aucune charge suivant le vouloir du roi ; ils doivent revenir au contraire suivant ce vouloir.
(3) C'est-à-dire le peu de temps qu'on a encore à les attendre.
Mais Abbeville rappelle en vain ses députés. Il est évident qu'une fois à Paris, ils ont été attirés par le tournoiement au centre absorbant de la Ligue. Les mandataires ont à lutter contre eux-mêmes pour garder, mal sans doute, la pensée de leurs commettants. La passion des vainqueurs du 13 mai les entraine; la politique des seize les endoctrine et les retient Leur lettre datée du XI et rapportée par le sieur de Hanchie annonçait leur retour pour le XV au plus tard; ils demeurent cependant, comme si leurs pouvoirs s étaient élargis d'eux-mêmes et comme s'ils avaient à remplir une mission supérieure à leur mandat révoqué.
Le maieur, ne recevant pas de nouvelles de ces mandataires oublieux, patiente trois jours, et se trouve enfin obligé de revenir sur la question laissée en suspens le XIV.
Il expose de nouveau , en assemblée ordinaire au grand Echevinage, le XV1I1 juillet, la suite des faits: les lettres du roi datées du IIIe jour du présent mois de juillet et la délibération des états « du joeudy enssuivant, VIII dud. mois, » le rapport fait par Me Jehan de Maupin, ancien maieur « de la charge qu'il avoit de Sa Majesté de faire révocquer les depputtés envoies à Paris, ensemble leurs mémoires et requestes sy aulcunes en avoient présentées; » la responsabilité particulière imposée par Sa Majesté au sieur de Maupin en cas d'inexécution de ses ordres; l'envoi de Nicolas Coullon, sieur de Hanchie, <■< par devers les depputtés avec nos lettres, aftin de retourner instament icelle receue, suivant le voulloir de Sadicte Majesté, avecq coppie des lettres de Sa Majesté et délibération sur ce l'aicte; » le retour dud. Coullon « le joeudy Xlille de ce mois, avecq lettres
d'iceulx depputtés contenans que ils dévoient retourner en dedans trois jours-, • le retard de ces députés aggravé par le bruit commun que, « nonobstant lesd. lettres du roy, ils poursuivent et négocient avtcq ceulx dudict Paris contre le vouloir et intention de Sad. Majesté et de nous quy estoit de retourner instament à lad lettre recelé dud. Coullon. »
On décide que le sieur de Maupin sera « appelle présentement pour luy faire scavoir ce que dessus et le prier de se transporter jusques à Paris, par devers lesd depputtés, pour leur faire entendre plus particulièrement le commandement que luy a faict Sad. Majesté touchant lad. révocquation »
Mais ici va se dessiner l'attitude expectante ou déjà hostile au roi de l'homme qui représentera bientôt la Ligue à Abbeville, du maieur de 1588 1589.
J. de Maupin, mandé, discute d'abord les propositions d'une f.içon qui parait assez louche, si nous en jugeons par les termes seuls qui nous sont parvenus il conteste l'opportunité d'un nouveau rappel des députés par un avis qui peut laisser à ces députés tout le temps nécessaire pour leurs négotialions ou le recueil des instructions de la Ligue Devrions nous cependant nous attacher à voir dans ses paroles — dépouillées de leurs développements par l'écrivain de PEchevinage — des subtilités entièrement dignes des gens trop habiles, plutôt que le jugement décisif, l'accent net d un homme qui couperait toute retraite aux subterfuges : Vous avez révoqué vos députés; ils sont désormais sans pouvoirs. Que vous importe leur absence?
« Pour satisfaire, dit-il. à l'intention du roy et le com-
mandement exprès que messieurs Gaillard et Le Devin (1) avoient receu de Sa Majesté, ils avoient dict par leur rapport que le voulloir de Sa Majesté estoit que l'on révocqua (aie) lesd. depputtés envoies à Paris avecq le mémoire de requestes pour présenter à Sa Majesté, et qu'en ce faisant avecq ce que nous aurions envoie vers lesd. depputtés à ceste fin, il estimoit avoir esté satisfaict aud. commandement de Sadicte Majesté. Pour ces causes, joinct les soupçons que Sad. Majesté et autres pourroient prendre de luy sur les occasions dud voiage, prie d'en estre excusé. »
L'assemblée accepte, de gré ou non, ces excuses, mais n'en persiste pas moins dans sa résolution empressée aux accommodements. Elle advise que « il sera en\oié autre homme exprès par devers lesd. depputtés estans à Paris, avecq lettres missives à eulx adressantes, affin de retourner instament, sans l'aire plus long séjour nv attendre aulcune despèche, suivant le voulloir et intention de Sa Majesté portée par ses lettres dont coppie leur a esté envoiée par cv-devant. »
— Le registre finit à peu près ici; le suivant commence au 8 août 158b (•>.).
(i) Si nous ne nous en rapportions qu'a l'écrivain de l'Echeviuage, J. de Maupin s'effacerait derrière le s deux autres députés, se retirerait en quelque surlede la mission remplie près du roi.
(:») Nous ne voyons plus, dans les dernières pages, pour tout dire, que Venlête d'une assemblée extraordinaire, convoquée le XX8 jour de juillet, et où se trouvent MM. de Hucqueville, Bernard, Le Boy, le sieur de Frainez, lieutenant du sieur de Hucqueville. Api es tous les noms, une page et demie sont restées blanches, et rien ne transpire pins pour nous de cette réunion.
Nous ne sigualerous pus au XXII juillet une assemblée convo-
Dans cet intervalle du 18 juillet au 8 août arriva évidemment, à Abbeville, la nouvelle ou ledit même de la réunion (l) Dans le même temps, les députés revinrent aussi de Paris, mais nous ne pouvons voir quelle
quée aussi au son dos cloches et tenue par-devant J. Bernard, lieutenant-général, et J. Le Roy, maieur, pour la nomination des nouveaux commissaires du bureau des pauvres.
(i) La nouvelle dut occuper une des assemblées dont les procès -verbaux disparurent sans doute après l'avènement de Henri IV, et qui devaient contenir aussi le rapport des députés envoyés à Paris. Les malhonnêtetés de la prudence sont des crimes qui font souffrir l'histoire
Le registre aux comptes nous conserve le souvenir de la procession et du feu de joie qui fêtèrent la publication de l'édit:
« Aux sergeans à masse, pour l'assistance à la procession faicte après la publication de l'édict du roy sur la réunion de ses sujets, la somme de deux escus, doit appert par leur requeste. IIe".
« A Jehan de Bailleul, Jehan du Val et aultres, pour avoir sonné les cloches de PEsc.hevinage lors de lad procession. . i"e. x".
Je bs ensuite: « A Mariette F. ..., douze sols pour sept jarbées desquelles le feu de joye a esté allumé le trentiesme jour dudict mois de juillet xn'.
« A Richard Robuques et aultres, brouttiers de la ville, pour
avoir broutté le bois dont a esté faict ledit Jeu xvs. »
— Reg. aux comptes , 1587-1588.
« L'édit de réunion, dit Formentin que nous ne citons qu'en note, n'étant pas absolument sûr de l'exactitude de toute ses assertions, fit registre dans toutes les juridictions royales d'Abbeville; le peuple prêta le serment avec une joie dont il donna des marques par des réjouissances publiques.
« Par le traité qui suivit l'édit de réunion, les princes lorrains obtint (sic) pour sa seureté les villes de iMontreuil et de Doullens; celle de Rue fut conlirmée au duc d'Auinale pour six ans. Belloy, gentilhomme ligueur de ce pays, fut établi en office de capitaine du Ootoy dont il avait été dépouillé peu av.mt. Le duc d'Aumale mitde nombreuses garnisons dans toutes ces villes. » -Formentin.
réception leur fut faite en l'Echevinage et dans la ville, ni quelles instructions ils rapportèrent.
Quand la première réflexion se fut saisie de l'édit de réunion, il fut impossible de méconnaître les avantages immenses acquis par le parti de MM de Guise, lin ces circonstances, le maieur Le Roy demeura fidèle au prince qui avait autrefois placé, avec des marques si honorables et si ouvertes, sa confiance en lui. Le maieur Le Roy mourut dans cette fidélité qui peut être, abrégea sa vie par les dernières luttes où elle l'engagea en l'ex trême fin de sa magistrature, et qui fit, au lendemain même des élections nouvelles, injurier ses funérailles.
Le maieur écrit le «s août à M. de Belloy , maistre d'hostel du roy (l):
« Monsieur, ce présent porteur, mon gendre, s'achcminant en avant pour aulcunes de mes affaires, je l'ay accompaigné de ceste pour vous faire certain que, tôt le retour du conseiller Mauppin, et aiant receu les lettres du roy données à Rouen le I1II' jour de juillet, icelle commiinicquée et par PëdVis de l'assemblée en obéissant très-humblement au voulloir et intention de Sad. Majesté, fut instament envoie homme exprès en la ville de Paris pour rappeler, révocquer et faire incontinent retourner le lieutenant criminel, avecq deffense de ne faire auîcune union avecq ceulx de lad. ville ny autres; lequel lieutenant aiant receu nos lettres et coppie de celle de Sa Majesté, il ne délaissa à y séjourner huict jours après, [ce] quy nous a faict doubler que quelque aultre luy avoit escri.pt lettres au contraire, ainsy que nous avons faict plus particuilièremeut entendre à messieurs Demery et Dudrat pour en advertir Sad. Majesté. Nous remercions Dieu que Sad. Majesté a, par son édict du dix-noeiifviesme dudict mois, receu son paouvre poeuple à sa miséricorde et
(1) Cette lettre est transcrite à la suite de la délibération du XVIIIe jour du mois d'aoust.
sauvegarde en l'union de l'église catolicque que nous avons tous jurée et promis par serinent solempnel soul>s nos seignatures. Ne reste que de nommer et eslire entre nous de bons hommes au gouvernement de la chose publicque, sonbs la crainte de Dieu et seule obéissance de nostre bon roy, pour quoy faire nous y rendons touttes les peines à nous possibles ; mais ceulx de l'aultre party, aians encores quelque vieille racque (1) mal digérée, font assemblée et bricgues contraires pour y estre nommé de leur costé; pou à quoy éviter, il me semble, saouf (sauf) vostre meilleur advis, qu'il seroit bon, soubs le plaisir de Sad Majesté, de nous enjoindre et commander, tant à nous maieur et eschevins que maieurs île bannières, en proceddant à nouvelle nomination de maieur et eschevins pour l'année prochaine commenceant le jour de sainct Barthélémy, XXI111' de ce mois, de nommer et eslire des gens de bien, estant bien zellés et affectionnés à son service et obéissance, quy ne soient accusés ou soubçonnés avoir
faict (2) ou adhéré aux ligues ou union particulières contre
l'intention de Sa Majesté. Sur ce , je prie Dieu vous donner, Monsieur, en parfaicte santé, bonne et longue vie, après vous avoir présenté bien humblement mes recommandations à vostre bonne grâce. — D'Abbeville , ce VIIIe jour d'aoust 1588. Vostre bien affectionné amy et serviteur, Jacques Le Roy ; et à la suscripliou est escript : A monsieur monsieur du belloy, M' d'hostel du roy. » Comment cette lettre fut-elle interceptée et vint-elle entre les mains du gouverneur de la ville, du lieutenant général de la sénéchaussée et des habitants les plus importants, conseillers au présidial ou anciens maieurs, qui paraissent prendre la direction de l'esprit public? Nous ne le savons 5 mais le fait seul de la saisie matérielle de cette lettre et de la question (enquête ou poursuite) qu'elle provoqua immédiatement, montre qu'au
(1) Racque, crachat dans le vieux langage d'Abbeville.
(2) Mot que je ne peux lire, mais le mot que je passe doit vouloir diie alliance.
milieu d'août et malgré l'édit fêté en juillet, gouverneur, officiers de la sénéchaussée, habitants notables se trouvaient animés d'un zèle qui n'était pas seulement celui des libertés communales, mais une défiance passionnée de tout ce qui pouvait venir de la main du roi. L'accord même entre des hommes si divisés ordinairement de susceptibilité pointilleuse par leurs fonctions prouverait qu'un intérêt commun étranger à leurs préoccupations habituelles servait de lien entre eux.
En l'Echevinage, le XVïIl août, pendant que le pre mier échevin Gaillard écoutait les comptes de l'argentier du Val, se présentent le gouverneur, le lieutenant général, Tillette, président, Le Boucher, Rumet, de Maupin, etc : « Ils ont esté advertis, viennent ils dire, que Me Jacques Le Roy, maieur de la ville, a escript aud de Belloy lettres missives qui sont tombées en leurs mains et desquelles ils so::t porteurs, souscriptes: vostre bien affectionné, etc., Jacques Le Roy, et cachetées de son cachet domestique, contenant plusieurs fuicts et advertissemens, , partiallités et conseil »
Lecture est donnée de la lettre.
On requiert le sieur Gaillard de faire sonner la cloche pour assembler les échevins. — Le premier échevin répond qu'il conviendrait de mander d'abord le maieur — Les sieurs Delecourt et Rohault, capitaine du guet, sont députés pour aller vers lui. — Ils reviennent presque aussitôt et rapportent « qu'ils ont trouvé led. sieur maieur en sa maison en son lict malade, » et qui a répondu « qu'il ne pourroit venir pour son indisposition; au demeurant, sur l'ouverture qu'ils luy ont faicle de l'occasion pour laquelle il estoit mandé, [a répondu] qu'il ne voulloit désadvouer la lettre qu'il
avoit escripte aud- sieur de Belloy, et que , quelque
chose que Ton voullut juger estre mal faict pour le service du roy et le bien publicq, on le accusât au roy, que c'estoit au roy à le punir, s'il avoit faulte, et non à nous parlant de l'assemblée. »
Cette réponse ouïe, le gouverneur et le lieutenant général ordonnent de faire sonner la cloche des échevins. Le sergeant de l'Echevinage, appelé, objecte qu'il a porté les clefs du clocher au maieur en sa maison et que le maieur « luy a faict deffense de sonner les cloches sans son ordonnance (ou ordonnement). » — La discussion continue sur cet incident ; enfin , le lieutenant général représente au premier échevin qu'il doit exercer les droits du maieur absent, et le prie de l'aire sonner la cloche pour assembler promptement les échevins. La cloche est sonnée. Bon nombre d'échevins arrivent. Nouvelle lecture de la lettre. Après cette lecture, demande est faite par le lieutenant général « si lad. lettre a esté souscripte par dellibération de cest eschevinaige. » — L'assemblée répond au sieur lieutenant « que lad. lettre n'a esté escripte par 1 advis et dellibération des dessusdicts eschevins , mesme qu'ils n'ont icelle veue, n'en ont eu advertissement ne congnoissance, aussy que ne s'en trouve aulcune chose sur le registre aux délibérations qui a esté à ceste fin représenté par le greffier. »
Tel fut le désaveu, bien permis sans doute par les faits, mais un peu dur, infligé vers la fin de sa magistrature à J. Le Roy et qui prépare le blâme du 22
Au moment de nous séparer du maieur couché sur le lit qu'il ne doit plus quitter que pour le cercueil, des rapprochements lugubres nous poursuivent. C'est aux
mêmes dates d'août aue, ce,.t vingt quatre ans plus tard, C.-F.-J. Le Roy de Valines soutenait les dernières luttes de ses jugements et entendait sa dernière condamnation. Agonies bien différentes de l'honorable ancêtre et de l'indigne descendant! La lumière que les honnêtes gens répandent sur les familles éclaire l'une; la fumée infamante du bûcher s'avance déjà sur l'autre.
La ville, se sentant si près de ses élections annuelles, s'est émue cependant de la lettre écrite par le maieur et dont elle ne connaît pas le texte. Les n.aieurs de bannières désirent en recevoir officiellement lecture, la discuter et en renvoyer l'appréciation à une assemblée des habitants Ne pouvant forcer peut être la résistance inerte du maieur malade, ou plutôt dédaignant de le tenter par une sorte de condamnation anticipée, ils ont porté, au risque d'incliner le droit communal devant un autre droit, leur demande et leur plainte au siège de la sénéchaussée.
Le XXIIe jour d'août, assemblée en conséquence au grand Echevinage au son de la cloche (1).
Le sieur Calippe, échevin, (il remplace le premier échevin Gaillard qui n'assiste pas à l'assemblée peutêtre illégalement réunie sur la requête du lieutenant général et sans 1 autorisation du maieur; on se sent en en plein tumulte ci\il) expose qu'il a été mandé par monsieur le lieutenant général pour se rendre céans, « où estant arrivé, il a trouvé led sieur lieutenant, monsieur le gouverneur, messieurs Le Boucher, de Mauppin, Kohault, antiens maieurs, et aultres (en marge je lis
(1) Cette date, pour continuer nos rapprochements, est celle de la confirmation à Paris de la condamnation de C.-F.-J. de Vaiincs.
messieurs Tillette, ... Mourette), et que led. sieur lieutenant luy a communicqué une requeste pour estre présentée par les maieurs de bannières, tendant affin d'une communicquation de la missive qui s'est trouvée estre escripte par monsieur Le Roy, maieur, pour dellibérer et dire sur icelle, et les estats de ceste ville estre assemblés pour y prouvoir. » L'échevin Calippe s'est défendu de prendre l'initiative : la reqète a été au lieu tenant général, c'est au lieutenant général « de y faire droict et non à nous. -
De son côté, led. sieur lieutenant n'est pas resté en dette d'égards et de discrétion : « Il ne l'auroit voullu faire avant que en avoir communicqué en cest Esche vinage » et avant d'avoir consulté sur l'opportunité « l'assemblée ordinaire représentant le corps et communaulté de la ville »
Ces courtoisies échangées, « sur la requeste faicte
par Pierre Poult'ur, .... Sinson, Jehan de et
aultres maieurs ci • bannière présens aud. Eschevinuige, que les cloches soient sonnées pour assembler les deux collèges pour adviser et dellibérer sur le contenu de la présente lettre dud. sieur maieur, » il est « ordonné et dellibéré que la cloche pour le collège des eschevins sera sonnée •> d'abord « pour leur faire entendre les propositions, adviser et dellibérer >■ sur ce premier point de l'assemblée des deux collèges.
Les formalités arrêtent longtemps cette réunion de l'échevin Calippe et de quelques anciens maieurs, encouragés cependant par le gouverneur, par le lieutenant général de la sénéchaussée et par le président du présidial On dirait que le comité improvisé hésite devant la résolution déjà prise. Les maieurs de bannières, qui
se sont retirés dans leur chambre, sont rappelés pour préciser la question :
« Après que lesd. maieurs de bannières ont esté de rechef mandés en la chambre du conseil pour entendre la cause pour laquelle ils prétendent lad assemblée estre faictc, ils ont dict qu'ils désirent estre advisé et promis que les pnvilléges de lad. ville pour la liberté de l'ellection du magistrat ne soient interrompus et troublés par telles lettres et instigations particullières faictes en dehors des assemblées légitimes (1) et accoustumées »
La sympathie conservée au rnaieur condamné par ce blâme ne peut faire nier que la résolution des différents corps assemblés ne lût juste et dictée en fort bons termes. Bien souvent sans doute les opinions erraient incertaines dans les questions mal connues, mal définies, sous les influences ambitieuses des princes, mais un souffle vi vace et véritablement indépendant se fait sentir en tout ce qui regarde le gouvernement communal. La ville entend rester maîtresse d'elle-même.
11 est délibéré alors que les cloches seront sonnées, et, sous l'ébranlement immédiat de la tour de l'Kchevinage, les deux collég. s « représentant le corps et communaultédela ville » prennent séance par-devant le sieur Calippe, échevin — Suivent les noms des présents.
La délibération de l'assemblée est une déclaration d'attachement aux anciens privilèges « requérans estre conservées et maintenus aux privilléges antiens de la ville quy est [qui sont] de eslirc les rnaieur et eschevins
(I) Je crois bien lire le mot; dans tous les cas, le mot serait analogue.
et argentiers de la ville, chacun an, en la manière accoustumée De laquelle déclaration a esté ordonné qu'ils (les maieurs de bannières) recevront acte et qu'il (le maieur Le Roy) donnera serment led. privillége en tretenir et liberté pour l'ellection et nomination du maieur et eschevins qu'autres, comme ils ont faict de tout temps. »
Ces manifestations étaient, on peut le deviner, excitées plus ou moins ouvertement ou secrètement par les adhérents enhardis de la Ligue. Le futur maieur de Maupin, que devaient trop tenter plus tard, pour sa considération intacte, les faveurs de Henri IV, n'était pas étranger sans doute à ces instigations 11 appartenait d'ailleurs quelque peu aux Guise par les Jonctions qu'il tenait de cette famille sur le domaine d'Eu. Quoi qu'il en soit, remarquons, à la louange de ce ten.ps, qu'on remue surtout et d'abord le peuple au nom de ses franchises à maintenir, au nom des usages protecteurs de son administration par lui-même.
FAITS DIVERS
Assertion contestable de Formentin sur les processions des pénitents de la campagne. — Cotisations imposées aux habitants de la ville — La ville pourrait L'affranchissement ,le la contribution pour les francs fiefs et nouveaux acquêts.— Travaux aux fortifications. Délibération sur les poids. — Mort de Sle Marand le Bailloeul, principal du collège.— Présentation pour son remplacement et nomination de M6 Jehan Macquet.
Je produirai d'abord en tète de ce petit chapitre un fait qui, s'il était constaté, devrait trouver place plus haut, dans l'histoire religieuse (c'est-à-dire dans This-
toire politique) de ce temps, mais je répéterai que je ne l'ai trouvé vérifié nulle part C'est Formentin que je cite :
« Les processions de pénitents ayant été introduites parmi les paysans, ils venaient chacun avec un cierge et chantaient des psaumes dans les églises de notre capitale, mais les magistrats les en empêchèrent peu après. » — Formentin.
J'ai lu, page par page, toutes les délibérations de cette année, et ma lecture me fait encore, jusqu'à nouvelle découverte, rejeter comme fausse l'affirmation de Formentin.
Nous avons aussi renvoyé à ce chapitre, pour dégager d'autant, plus haut, l'exposition et l'enchaînement des faits de l'histoire, tout ce qu'il nous a été donné de noter sur les impôts en cette année échevinale. Nos extraits auront gagné au renvoi un rapprochement tout simple et s'expliqueront mieux peut-être les uns par les autres en faisant groupe.
Les exigences du roi paraissent dès la fin d'août 1587 (1).
Il est encore question, dans l'assemblée du 17 sep-
(1) « A Jehan Pelletier, sergeant, pour le voiage par luy faiet en ceste ville pour procedder par contraincte pour le paiement des deux mil eseus de la subvention cy-devaut mentionnée, la somme de trois escus, comme appert par l'exploit dud. Pelletier du vingt-huictiesme jours d'aoust (1587), cy mesc. »
Un autre sergeant royal vient pour même cause à Abbeville; on lui donne douze escus dunt appert, etc; du XXe jour de septembre (1587) xn"c.
Ce nouveau sergeant revient encore pour la même cause et reçoit xiii eseus; — 2 novembre (1587) xiii"c.
Une troisième fois, ix escus; — 18 décembre (1587) ix"c. » — Reg. aux comptes, 1587-1588.
tembre lo87, des >< deux mille escus restans de trois mille de subvention à quoy les habitans de la ville avoient été cottisés autrefois. » Un sergent royal au bailliage d'Amiens était venu, disait le maieur, pour contraindre les habitants au paiement de ces deux mille écus L'Echevinage qui ne paraît pas s'émouvoir outre mesure de cette demande , décide qu'il enverra vers messieurs les généraulx, à Amiens, pour obtenir au moins de nouveaux délais.
Le maieur expose le M norembre 16S7, à l'assemblée, que, » suivant la délibération des Estats dernièrement faicte en cest Eschevinage, il auroit esté procédé, par les maregliers des parroisses, à la cotte de la somme de deux mils escus sur tous et ungs chacuns les habitans de ceste ville, suivant et en vertu des lettres patentes du roy, laquelle (cotte) est à présent achevée, partant qu'il ne restoit qu'à iceluy rolle mettre en exécution, à quoy il estoit besoing adviser , ensemble en vertu de quelle commission il sera mis en exécution Sur ce prins advis à l'assemblée, a esté dellibéré que led. rolle sera mis en exécution, sellon sa forme et teneur, en la plus grande dilligence que faire se pourra, pour éviter aux menaces que faict de jour en jour monsieur Dormy, recepveur général, d'envoier ung huissier en ceste ville pour icelle contraindre pour lad. somme, [ce] quy causeroit des frais à lad. ville, et que pour ce faire, il a obtenu commission de monsieur le séneschal de Ponthieu. »
Le maieur annonce effectivement, dans la réurion du XV11 novembre , qu'un huissier est aujourd'hui en cette ville « pour contraindre aucuns habitans au paie ment de la somme de deux mil escus restansd,1 trois mil demandés par le roy dès l'année dernière, etc »
— Nous ne suivrons pas ces débats ni les résolutions de la ville prises pour faire mettre à exécution le rolle. La discussion de ce 27 novembre est curieuse cependant. Sur diverses questions de finances ou d'impôts, on pourrait voir encore les assemblées du 21 avril 1588 et du dernier jour du même mois.
L'assemblée du dernier jour d'avril 1588 discute sur l'affranchissement de la contribution pour les francs fiefs et nouveaux acquests. Le maieur traitera avec monseigneur de Chemerault pour parvenir, si faire se peut, à cet affranchissement perpétuel.
Enfin, je relève cette dernière note à laquelle je ne puis donner de date précise :
.« A Florimont Cochepain, huissier ordinaire au bailliage d'Amiens, pour estre venu en ceste ville pour le faict de la contribution de l'arrière ban demandée aux habitans, la somme de deux escus, cy n"c. »
— Reg. aux comptes, 1587-1588.
On continua, en cette année, à travailler aux fortifications de la ville (i).
La délibération du XXlllle jour d'octobre 1587 porte sur les poids. La discussion est peu intéressante pour nous maintenant. Remarquors seulement que ce rapport
(1) M. de Hucqueville, gouverneur, propose à l'Echevinagc, le 3 janvier 1588, que « suivant la donation faicte par le roy pour la fortiffication de ceste ville du nombre de soixante hestres qui ont été inartellés en la forest de Cressy, pour lesquels estre amenaigés pour le plus grand prouflit, a esté advisé qu'ils se vendront au plus offrant et dernier enchérisseur par lin de chandelle pour les deniers en provenans estre emploiez en. .. . et bricques, les quelles seront mis en œuvre aux lieux qu'il sera advisé et assignation pour faire lad. vente à samedy prochain. » — Reg. auxdélib., 1587-1588.
même de la modification des poids ne manque pas entre la Ligue et la Révolution du siècle dernier. A la date du seizième siècle où nous nous arrêtons, « les poids de toutes les marchandises sont réduits, dans toutes les villes circonvoisines (d'Abbeville) comme à Paris, à quarteron, demi quarteron, cent et demi-cent. » C'est, à proprement parler, une nouvelle manière de compter. — Il est encore question, dans l'assemblée du VI novembre, de la réformation et de la fixation des poids.
Vers la fin de 1587, mourut Me Marand de Bailloeul, principal du collège; il fut remplacé (4 novembre) par Me Jehan Macquet, natif de Buigny-l'Abbé ( I).
(1) « Du III* jour de novembre mil VMM" VII, au son de la cloche, au grand Eschevinage, etc.
o Sur la proposition faicte par led. sieur maieur que depuis peu de temps seroit allé de vie par trespas M* Marand de Bailloeul, en son vivant principal du collège de ceste ville, par la mort duquel il est requis d'y pourvoir d'autre homme de bonne expérience et preudhommie, pour à quoy parvenir se seroit présenté M* Jehan Macquet, bachellier en la faculté de théologie, résidant en la ville de Paris, natif de Buigny-l'Abbé, comté de Ponthieu ; lequel Macquet pour ce présent, assisté de noble homme M* François Rumet, sieur de Beaucauroy, et de honorable homme Nicolas Waignart, qui ont attesté avoir bonne et certaine congnoissance dud. Macquet, ensemble de ses bonnes vies et mœurs, expérience et dilligence, auroit requis qu'il nous pleust le voulloir admettre et installer. »
On décide (pour adviser sur ce sujet) la convocation pour le lendemain à huit heures du matin, au grand Echevinage, « de monsieur le lieutenant du roy, de messieurs les conseillers, de messieurs les chanoines et chapitre de Saint-WIfran, de messieurs les anciens maieurs, de messieurs les juges consuls, de messieurs les commissaires du bureau des pauvres et autres honorables bourgeois de ceste ville. »
Macquet est accepté dans la réunion du MI novembre.
Ainsi nous relèverons d'année en année les faits qui intéressent l'histoire du collège fondé, nous l'avons vu, entre 1583 et 15S6, dans la maison des « paouvres » filles repenties « mises hors » pour donner place aux robes impeccables des graves régents. La direction supérieure du collège était bien alors une part de l'administration même de la ville. Les preuves de la sollicitude des échevins pour cette création dont ils gardent toujours la tutelle remplissent nos registres Nous avons déjà vu acheter des maisons pour agrandir l'établissement primitif; nous avons pu remarquer l'attention apportée par l'Echevinage au choix des maîtres; nous savons à quels sérieux examens étaient soumis devant les principaux corps de la ville les candidats aux chaires, et avec quelle solennité ils étaient installés dans leurs fonctions; nous connaissons les traitements accordés aux régents; et, en rappelant encore les marques de la libérité municipale envers les études classiques, nous n'oublierons pas que du collège ainsi protégé sortirent la plupart des hommes qui honorèrent la ville dans les sciences et dans les lettres, et dont nous nous glorifierons un jour de reproduire les noms et les mérites dans notre Histoire littéraire d'Abbeville