‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 32 sur 43 · LES ATELIERS DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

LES ATELIERS DE CHARITÉ

Une assiette d'impôt (elle produisit deux mille trois cent six écus un sol) fut d'abord établie sur les habitants de la ville en vertu de l'arrêt du Parlement du 2 janvier, pour fournir à la vie et au travail des pauvres (1).

par dellibération dud. eschevinage le quatriesme jour de janvier

aud. an xnM*. »

— Reg. aux comptes , 1586-1587.

(I) A la fin des divers chapitres qui divisent ordinairement la receptes de la ville, l'argentier de 1586-1587 e'crit :

« Aultre recepte faicte par ledict Godemont, comptable, à cause de certaines cottes et levées faictes en ladicte année sur les habitans de lad. ville, pour la nourriture et entretenement des paouvres , à raison de l'extrême cherté de touttes sortes de vivres, suivant l'odonnance et arrest pour ce donnés par Nosseigneurs de la court du Parlement à Paris, ensemble des deniers récens des commissaires du bureau des paouvres de lad. ville pour employer au mesme effect.

« Ledict Godemont, comptable, est contraint de faire ici recepte pour esclarcir et éviter que l'on luy en puisse rien imputer de faulte à Padvenir, de plusieurs sommes et parties cy-après déclarées, combien que la vérité soit telle qu'il ne les ait en effect touché ni receu et que la distribution et despence mesme n'en ait esté par luy faicte, comme chose n'estant deppendant de sa

Dans la délibération du XIXe jour de janvier 15S7, lecture est faite de lettres du roi, données à Paris le Ve janvier 1587 et adressées à monsieur le procureur du roy en la séneschaussée et siège présidial de Ponthieu à Abbeville. Le roi veut que l'on nourrisse et entrecharge d'argentier des deniers et revenus ordinaires de lad. ville seullement, et dont 1 administration anroit esté faicle ainsy et par ceulx quy y auroient esté ordonnés et commis par ledict sieur Rohault, lors maieur, sellon les estats qu'il en auroit faict dresser, ledict Godemont absent, et qu'il auroit faict signiffier et mettre es mains d'icelluy longtemps après ladicte charge expirée, comme il sera dict et plus amplement déclaré cy-après, et dont, partant, il proteste faire remise et n'estre, par ce moien, nullement saisi [Y] des difficultés ou débats qui pourront estre faicts tant sur ladicte recepte que, sur les mises et despences.

« Premièrement sera cy faict recepte, ausdictes protestations, de la somme de deux mil trois cens six escus cinq sols provenant d'une cotte et assiette faicte sur les habitans de ladicte ville en l'année Ve quatre-vingt et sept pour entretenir, nourrir et faire travailler à l'atellier des ouvrages et réparations de ladicte ville les paouvres vallides, estans en très-grand nombre à cause de l'extrême cherté et famine qui auroit régné en ladicte année en tout ce pays, et ce en vertu et conséquence de l'arrest pour ce donné par Nosseigneurs les gens tenans la court de Parlement à Paris le deuxiesme jour de janvier audit an Ve quatre-vingt et sept, et sentence depuis donnée par monsieur le séneschal de Ponthieu ou son lieutenant le trentiesme jour de m a y audict an, reprius et inséré |?J en ung compte ou estât rendu tant de ladicte recepte que despence desdictes cottes et aultres deniers par ledict Rohault, maieur, et de luy signé et de plusieurs eschevins, lequel il auroit faict signiffier et mettre es mains dudict comptable comme dessus est dict , sans aultre justilication , lequel estât contenant deux cens deux feuillets escripts et non escripts en long volume rellié (i). »

Arrivons aux « mises employées audict estât et compte signé

(1) Je supprime quelques préliminaires obscurs des comptes. Le langage de Jehan Godemont est assez barbare.

tienne les pauvres à cause de l'extrême cherté des vivres Ces lettres sont transcrites tout au long dans le registre.

La simple assemblée de l'Echevinage (convoquée au son d'une cloche), le 21 janvier, est fort curieuse :

et arresté de chapitre en chapitre ; dont la clôture et estât final est datte du dix-huictiesme jour de juillet mil Ve quatre vingt et huict, signé desdicts sieur maieur et eschevins y rendu cy (1), pour ladicte première cotte, ladicte somme de nm mc viesc i\

« Item de la somme de huict cens trenle-huict escus trente-sept sols six deniers tourno's, receue comme il est porté par ledict compte ou estât devant rendu, au foeuillet quarante-troisiesme, de messieurs les commissaires du hureau des paouvres de ladicte ville, sur et tant moings de la somme de mil escus qui debvoient estre prins sur ledict bureau, suivant la dellibération des eslats de ladicte ville du jour de audit an, pour estre employé à la nourriture et pour faire travailler lesdicts paouvres vallides, ladicte somme receue desdicts commissaires par les mains de Claude Broeillet, lors receveur dudict bureau, et procédant d'aucunes ventes d'icelluy vendues suivant ladicte dellibération pour fournir lad. somme, scavoir quatre cens escus de la vente faicte à nions, de Maupin de cent livres de rente que avoit ledict bureau sur lad. ville, six vingt quatorze escus trente-sept sols dix deniers de rembours faict par le sieur des Essars de dix escus quarante-cinq sols de rente, deux cens escus de la vente faicte à l'église Sainct-Gilles de cinquante livres de rente sur lad. ville, et cent quatre escus de la vente faicte à lad. église Sainct- Gilles de vingt-six livres de rente sur Robert Carbonnier, sellon qu'il est plus au long déclaré au texte dudict compte rendu sur l'article précédent, icelles parties montans ensemble à ladicte somme de vinc xxxvm"c xxxvn' vr\

« Item de la somme de mil deux cens quatre-vingts escus deux sols tournois proceddans d'une aultre seconde cotisation et levée faicte sur les habitans de lad. ville en lad. année, pour continuer à nourrir et faire travailler lesdicts paouvres vallides,

(i) Même remarque sur l'obscurité et la barbarie du langage.

« Sur ce qui a esté proposé par led. sieur maieur (Rohault) que il est besoing de faire cejourd'huy délibération céans pour demain en assemblée des Estats dire et proposer les moiens qui seront trouvés pour avoir deniers adfin de faire travailler les pauvres valides à quelques ateliers ou œuvres publicques en ceste ville et oster la mendicité.

« Lesdicts sieurs eschevins ont dit leurs avis particuliers, scavoir les sieurs Briet (1), Cocquerel (2) et Roiel (3) de lever la somme de quatre mil cinquante escus sur les habitans plus riches et autres de ceste ville qui seront distincts et séparés: cinquante qui paieront à chacun xx escus la somme de mil escus; cinquante autres à xv escus, viicl escus; cent autres à x escus chacun, mil escus; cent à quatre escus, unc escus 5 cent à deux escus, 11e escus, et cent à un escu, cent escus, selon que les moiens et facillités seront à chacun ; oultre de vendre 11" l livres tournois de rentes des acquêts du bureau des pauvres pour trouver autres mil escus, de faire la levée au plus tost par gens que l'assemblée sera requise nommer; et les sieurs Danzel (4), J. De le gor-

à quoy lesdictes sommes ne povoient satisfaire et fournir ,

suivant lesdicts arrests de la court et sentence devant reprins et dellibération pour ce faictes en assemblée des estats de ladicte ville, qu'il est plus amplement déclaré par ledict compte et estât

devant rendu, cy lad. somme de nm nc un""" n», »

— Reg. aux comptes, 1586-1587.

(1) Gabriel Briet Taisné, le premier échevin des quatre.

(2) Charles Cocquerel, le second échevin des quatre.

(3) Jehan Roiel, le troisième échevin des huit.

(4) Eustache Danzel, le premier des échevins des huit.

gue (1), Violette (2), Le Blond (3), La Fresnoye ('«), Loingtier (5), Poilly (6), R Delegorgue (7), Bevet (8), Roussel (9), Prévost (10), Levesque (11), Vaillant (12), Lempereur (13) estoient d'avis qu'il estoit bon de faire lever les imm escus sur les habitans de ceste ville, le fort portant le foible, et non en la forme susdicte, déclarant qu'ils se conformoient au surplus des advis prédicts pour l'exécution de ladicte levée, comme de vendre deux cens livres tournois constituées au proftit du bureau des pauvres pour en tirer mil escus à emploier oultre les imm escus à l'effect que dessus. »—Reg. aux délib.

La séance des Estats a lieu le lendemain, vingt deuxiesme jour de janvier, au son des cloches, par devant noble homme Jacques Bernard, licentié ès-loix, sieur de Moimont, lieutenant général en la conté et siège de Ponthieu, et honorable homme Claude Rohault, sieur d'Espagne, maieur ; sont présents deux chanoines

(1) Jacques De le gorgue l'aisné, le second des échevins des huit.

(2) Jehan Violette, le cinquième des échevins des huit.

(3) François Le Blond, le sixième des échevins des huit.

(4) Claude de la Fresnoye, le dernier des échevins des huit.

(5) Jacques Loiutier, le second des échevins de. recocul.

(6) Pierre de Poilly, le troisième des échevins de recoeul.

(7) Robert De le gorgue, le quatrième des échevins de recoeul.

(8) Jehan Bevet, le cinquième des échevins de recoeul.

(9) Firmin Roussel, le sixième des échevins de recouel.

(10) Nicolas Prévost, le huitième des échevins de recoeul.

(11) Nicolas Levesque, le neuvième des échevins de recoeul.

(12) Jehan Vaillant, le dixième des échevins de recoeul.

(13) Pierre Lempereur, le dernier des éclievinsde recoeul.

Il semble, par cet ordre, que les échevins votaient d'après Tordre de leur préséance, ou du moins que leurs noms, lors des votes, étaient inscrits dans cet ordre.

de Saint-Vulfran , deux religieux de Saint-Pierre, les gens du roy ou conseillers au présidial , les anciens maieurs, quatre commissaires du bureau des pauvres, les échevins, le siéger, le procureur fiscal, le scindic du bureau des pauvres, les maieurs de bannières.

A l'ouverture de la séance, le lieutenant Bernard de Moimont rappelle l'injonction faite aux villes, par le roi, de nourrir leurs pauvres tant valides qu'invalides, « soit par contribution ou collecte. »

Un des chanoines présents prend la parole au nom des doyen, chanoines et chapitre de Saint-Vulfran, et remontre que le roy les a, cette année même, « cottisés a grande somme. » Le procureur du roy ayant sommé alors le représentant du chapitre de faire connaître la résolution des chanoines et non leurs excuses, ce délégué déclare que les chanoines offrent de contribuer personnellement, avec les autres habitants, suivant la cotte qui sera faite.

Les délégués du prieuré de Saint-Pierre parlent à leur tour ; ils n'ont pu encore avertir leur prieur et ignorent son avis ; ils remontrent cependant que les religieux qu'ils représentent font « plusieurs aumosnes particulières sur ce [au-delà de ce] qu'ils baillent au bureau. »

Messieurs les gens du roy produisent à leur tour un mémoire écrit pour ce qui les regarde.

Le procureur fiscal lit quelques autres remarques au nom de messiers les échevins.

Le sieur Rumet donne lecture du mémoire de messieurs les commissaires du bureau des pauvres.

Les maieurs de bannières donnent aussi « leur advis par escript. »

La diversité des avis est telle qu'on ne peut s'entendre

dans l'assemblée de ce jour. On décide donc que messieurs les juge et consuls feront assembler leur collège et « bailleront leur advis par escript dans le jour, » pour que tous les advis soient déposés le lendemain, à sept heures du matin, sur le bureau.

Le lendemain donc, XXIli janvier, nouvelle assemblée des Estats

Tous les avis sont déposés sur le bureau, y compris ceux des juge et consuls, et des délibérations du prieuré de Saint-Pierre et du chapitre de Saint-Vulfran, l'état des octrois de la ville, etc

On décide alors, « par advis commun, » qu'il sera pourvu à la nourriture des affamés Les invalides seront nourris gratuitement^ il «leur sera baillé rnoiende vivre par les commissaires du bureau des pauvres. » Les valides trouveront un travail forcé dans l'atelier qui sera ouvert « au premier jour de febvrier prochain pour besongner à approfondir les fossés de la ville et porter les terres aux lieux qui seront advisés. Et adfin d'oster et faire prendre fin (sic?), »• tous les pauvres des villes circonvoisines (ou villages circonvoisins) qui se sont, depuis peu de temps, réfugiés dans cette ville, recevront ordre d'en sortir « dans trois jours, à peine du fouet. » Il est deffendu aux mêmes peines, à tous pauvres de cette ville, tant valides qu'invalides, de plus eulx mendier par les rues, portes des habitans et es églises en premier jour de febvrier, et aux habitans de ne plus iaire l'aumône, à peine d'un écu d'amende.

Suivent les moyens de se procurer de l'argent. On voit qu'on cherche surtout à l'obtenir d'abord des deniers des octrois, du patrimoine et des revenus de la maison du Val. En outre, on vendra, au mois d'avril, la

somme de nc livres tournois de rente « de celles acquises par le bureau des pauvres, et non celles de fondation et érection. »

Pour le mois de mai, on lèvera sur les habitans aisés, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, par forme de dons gratuits, « la somme de deux mils écus qui sera emploiée à paier les pauvres qui auront manouvré durant led. mois. »

Au mois de juin, les malheureux valides et travaillant » seront paies des deniers qui se trouveront assignés pour la fortii'fication de ceste ville» — Reg. aux délib.

Les résolutions prises furent mises à exécution, et les travaux de charité, commencés le 2 février, furent entretenus jusqu'au 16 août (1).

(1) Le registre aux comptes nous vient ici en aide pour les sommes de'pensées comme pour la durée et la nature des travaux.

« Aultres mises et paiements faicts sur les deniers levés sur les liabitans de ladicte ville en conséquence de Tan-est de la court et sur ceulx prins sur le bureau des paouvres pour employer à entrenir aux ouvrages et nourrir les paouvres valides, desquels denieis ledict comptable a cy-devant tenu recepte, encore que la vérité soit telle qu'il ne les ait receus, comme en effet les paiements n'ont esté par luy faicts, ains par ledict sieur Rohault, maieur, et ceulx qu'il luy auroit pieu (plu) y employer, etc. » Suit l'emploi des mises :

« Premièrement a esté payé aux charpentiers et manouvriers, lesquels auroient esté emploies a faire les ponts dressés pour travailler à réunir et porter terres sur les remparts de lad. ville, à quoy faire ils auroient commencé à travailler le lundy second jour de février et continué jusques au XIII* dud. mois dud. an Ve quatre-vingt-sept, la somme de quarante-sept escus neuf sols quatre deniers Xi.viie"c ix' un".

« A esté payé aux ouvriers picquiers, pelliers et bottiers emploies audict ouvage en la première sepmaine que ledict atteilier

M. d'Estrées, lieutenant pour le roi en Picardie, fit son entrée à Abbeville, le 20 février 1587. Il lui fut présenté une horloge.— Waignart.

Le lendemain, les maîtres et capitaines des cinquanteniers se présentent à l'Echevinage et demandent qu'il

fut ouvert, commencée le lundy seiziesme jour dud. mois et finie le XXI' jour d'icelluy, la somme de cent soixante-sept escus dix-huict sols six deniers clxvh"c xviii" vid. »

Nous trouvons ensuite :

« Aux mêmes paouvres manouvriers et hottiers employés aud. ouvrage, pour la seconde semaine finie le dernier jour dudit mois de février, deux cens quarante-huict escus deux sols, cy iicxlvui"c ii'.

« Pour la troisième semaine finie le 7 mars, deux cens écus huit sols deux deniers \\c°" vms nd.

« Pour la quatrième semaine finie le 14 mars, a esté payé et distribué auxdits ouvriers, le dimanche quinzième dudit mois, la somme de trois cens soixante-cinq écus deux livres quinze sols sept deniers ihclxv"c ii1 xv' vnd.

« Pour la cinquième semaine finie le 21 mars, la somme de 358 écus 24 sols 2 deniers mc LViiiesc xxims nd.

« Pour la sixième semaine finie le 28 mars, 241 écus 16 sols 4 deniers ncxi"c xvi' un4.

« Pour la septième semaine, la somme de ceut quatre-vingttreize écus trois sols cinq deniers ciiii"xiu"c m* vd.

« Pour la huitième semaine, du 6 au 1 1 avril (toujours aux mêmes ouvriers employés aux mêmes ouvrages), la somme de 232 écus 50 sols 6 deniers ncxxxirc l' vid.

« Pour la neuvième semaine finie le dix-huitième jour d'avril, 260 écus 31 sols 9 deniers hclx"c xxxi' ixd.

« Pour la dixième semaine finie le 25' d'avril, la somme de 181 écus 6 sols CHU"!"* VI*.

« Pour la onz ème et dernière semaine des ouvrages faicts audict atellier par lesdicts paouvres vallides sur lesdicts deniers levés en ladicte première cotte et à eulx provenans du bureau desdicts paouvres, a esté despencé et distribué le dimanche troi-

plaise à la ville de faire à la compagnie quelques gra cieusetés pour avoir été la veille, en armes, à l'entrée de monseigneur Destrées, lieutenant au gouvernement de Picardie. On décide qu'il ne sera rien accordé aux cinquanteniers parce qu'ils sont obligés, comme habi-

siesme jour de may, la somme de cent cinquante-huict escus

vingt-cinq sols deux deniers clviu"c xxv* nd. »

Je trouve plus loin :

« A esté aussy despensé et payé des deniers de ladicte seconde cotte, dont est pareillement cy-devant faict recepte et sellon qu'il est amplement déduict et reprins par ledict estât devant rendu, assavoir pour les ouvrages faicts aux attelliers des réparations de ladiete ville par lesdicts paouvres ouvriers, manoeuvres, picquiers et hottiers, en la sepmaine commençant le quatriesme jour de may et finissant le neufviesme dudict mois audict an mil Ve quatre-vin^t et sept, la somme de deux cens trente-quatre rscus dix-huict sols neuf deniers, laquelle somme auroit esté distribuée ausd. ouvriers par M" Jacques Loingtier et Firmin Roussel, eschevins, en la présence dudict sieur Rohault, maieur, et aultres eschevins, cy irxxxmr" xviii' ixd.

« Pour la deuxiesme sepmaine faicte sur les deniers de lad. seconde cotte et levée, semaine Unie le XVI* du mois de mai, la somme de trois cens quatre-vingl-huict escus quarante-cinq sols six deniers. mc iiii"vnrc xlv* vid. »

Ces sommes sont toujours distribuées par des échevins, en présence du maieur.— De même habituellement pour les semaines payées sur la première cotte.

« À esté payé à François Facquier (ou Jacquier), bouHenger, pour vingt-quatre cens de merelles par luy receues des paouvres ayant travaillé aud. attelier pour argent, pour vente de pain, la somme de ung escu i"c.

« Pour la 3* sepmaine finissant le XXI11" de may, 233 écus 28 sols iicxxxiii"c xxvui'.

« Pour la i* sepmaine finie le penultiesme dudict mois de may, 256 écus il sols 3 deniers ncLvr,c xi* m*.

« Pour la 5e sepmaine finie le 6 juin, 217 écus 50 sols 9 de-

tants, d'aller faire lad. salve (!)• - Reg. aux délib., 21 février 1587.

En mars, quelques gentilshommes, ligueurs évidemment et des environs d'Amiens sans doute, font courir le bruit que le roi veut établir une citadelle à Amiens et à Abbeville « pour y introduire ceulx de la nouvelle religion. « Le roi détrompe les magistrats d'Amiens. — Voyez la Ligue, par A. Dubois, p. 22.

Je ne vois pas d'ailleurs que le bruit soit venu jusqu'à Abbeville.

Le voisinage et les prétentions du duc d'Aumale posté au Pont Remy et nouvellement maître, par surprise, de Doullens et du Crotoy, vont donner de nouveaux embarras à l'Echevinage, comme en témoigne la délibération du XXllll mars.

Ce jour-là, quand la cloche sonnait déjà « pour pour-

niers h'xvii3" l' ixd.

« Pour la 6e sepmaine finie le 13 juin, 235 escus 45 sols 1 denier, tant aux rnanouvriers, picqirers, pelliers, que aux hottiers et boullengers qui leur auroient baillé du pain sur leurs merelles etjourne'es ncxxxv"c xlV id.

« Pour la 7e sepmaine finie le 20 juin, 249 escus 23 sols 5 deniers iicxlix"c xxm' vd.

« Pour la 8e sepmaine finie le 9° jour d'aoust, 302 escus 2 sols 1 denier inciiC5C n' id.

« Pour la 9e et dernière sepmaine finie le XVI* d'aoust, 95 escus 44 sols 3 deniers iiii"xvcsc xlihi' md. »

(1) Nous trouvons cependant dans les registres aux comptes: « Aux cinquanteniers, arbalestriers, archers et harquebusiers, la somme de dix-huict escus ;i eulx ordonnée le troisiesme jour de mars audict an Vr Ml" VII, pour avoir esté en armes au devant de monseigneur Destrées, lieutenant général pour le roy en ceste province, faisant son entrée en ceste ville, comme il appert par ordonnance dudict jour, cy xviir. »

veoir aux affaires quy s'offroient à raison des troubles et remuemens que l'on voit en ceste province, » un gentilhomme se présenta dans la ville de la part de M?r le duc d'Aumalle et porteur de lettres pour Péchevinage. On décide aussitôt que M. le gouverneur de la ville et MM les anciens maieurs seront priés de se rendre sans délai en la chambre du conseil pour entendre la lecture de ces lettres. Le duc avait écrit :

« Messieurs, craignant que ne pensiez ma venue, en ce lieu pour aultre occasion qu'elle n'est, je vous envoie ce gentilhomme pour vous la faire entendre, lequel croirez de ce qu'il vous dira de ma part, vous assturant que n'avez voisin quy emploie plus librement sa vie pour la manutention de la religion catholique et pour la conservation de vostre ville que moy comme les effects vous en rendront très-asseuré tesmoignaige, priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il nous aide et nous assiste aflin que nous puissions deschasser ses ennemis hors de nostre province et y rendre l'obéissance à nostre roy telle quy se la (sic dans le registre) promettre (t) de très-humbles et très-obéissants sugets et serviteurs. — Du Pont-de-Remy , ce matin, vostre bien bon et voisin et meilleur amy, ainsy seigné Charles de Lorraine, et à la subscription est escript : Mess" les majeur et eschevins de la ville d'Abbeville. »

Une conversation s'engage alors entre les membres de l'assemblée et le messager du duc d'Aumale. Le gen tilhomme proteste que M d'Aumalle ne prétend rien entreprendre contre la ville, ni attenter contre le service du rov (2). On lui oppose les surprises de Doullens et du

(1) Qu'il se la doit promettre probablement.

(2) Des avis venaient parfois d'Amiens, mais les mentions que nous en trouvons dans les comptes sont si succinctes que nous n'osons parfois les rattacher à une circonstance particulière. Tel est le cas pour ce paiement : « A uug messager envoyé exprès

Crotoy. Le gentilhomme affirme que M. d'Aumale a Pintenlion de faire retirer ses gens du Crotoy. On décide enfin qu'on fera au duc la réponse suivante:

« Monseigneur, nous ne pouvons que nous maintenir (i) en quelque défiance pour la surprise du Pont-de-Remy suivie de l'entreprise du Crotoy, meismement de Doulens nos voisins, quy est comme un moien de nous vouloir priver de la liberté' de commercer et de traficquer librement es aultres villes, au moien de quoy vous ne trouverez cstrange si nous apportons toute la vigilance et bonne diligence qu'il nous sera possible pour nostre conservation au service de Sa Majesté de laquelle nous sommes très-loyaux subjects; vous suppliant, puisque vous désirez nostre bien, qu'il vous plaise laisser le passaige du Pont-de-Remy libre comme il estoit auparavant et faire retirer eux quy sont au Crotoy, selon que le gentilhomme présent porteur nous a dict estre vostre intention, à ceste tin de nous faire pnroistre par effects la bonne affection que par vos lettres nous mandez avoir à nostre bien et repos, vous pouvant asseurer qu'après le service du roy nous vous sommes en nostre particulier très-affectionnés serviteurs, priant en cest endroict le Créateur vous donner, Monseigneur, en très-paifaicte santé, longue et heureuse vie. — D'Abbeville, ce vingt-quatriesme jour de mars mil cincq cens quatre vingts sept, vos très-humbles serviteurs majeurs et éehevins d'Abbeville; et à la subscription : à Monseigneur, Monseigneur le duc d'AumasIe, pair de France. »

Nous voyons cependant, — dans une délibération reproduite plus loin, — que le château du Pont de Remy n'était pas au pouvoir du duc d'Aumale.

d'Amiens en ceste ville aporter lettres d'advis de se garder de surprinses, la somme de cinquante-cinq sols lv". »

La date manque, mais le paiement ligure à la lin d'un chapitre et doit par conséquent appartenir à la seconde partie de l'année échevinale, c'est-à-dire à 1587.

(I) Je ne crois pas lire ce. mot, mais le sens ne peut être autre que celui de maintenir.

Pont-Remy, station militaire, poste important sur la Somme, était toujours un souci pour Àbbcville. Témoin, à défaut des autres preuves qui se présentent de tous côtés, l'assemblée tenue à lEchevinage le 23 mars 1587, à trois heures de relevée, où se trouvent M. de Hucqueville, Jacques Bernard, sieur de Moimont, lieutenant général au comté de Ponthieu , le maieur Rohault , messieurs Rumet, escuyer, sieur de Ruscamp, Groul, seigneur de la Follie, anciens maieurs, etc. (1).

M. de Hucqueville « propose avoir receu lettres de monseigneur Destrées, lieutenant général en ceste province de Picardie, du XX. de ce présent mois, quy ont esté lues à l'assemblée , par lesquelles led. seigneur Destrées trouve bon la diligence qu'on a faict de mettre quelques soldats au passaige du Pont-de-Remy , et à ceste tin qu'il a envoie, avec son pacquet, une ordonnance au lieutenant dud. Pont-de-Remy, luy enjoignant faire faire la garde aud Pont-de-Remy par les habitans dud. village et des autres circonvoisins et y appendans; et, pour ce que les soldats quy ont esté envoies aud, Pont-de-Remy ont esté nourris jusques ad présent aux despens de la ville, les vivres envoies ausquels soldats sont ad présent faillis, à raison de quoy il estoit besoing d'adviser si on trouveroit bon de continuer la garde faicte par les soldats et les faire nourrir aux despens de lad. ville (d'Abbeville), ou bien si on se doibt contenter de faire la garde que doibt faire faire le lieutenant de Pont-de Remy, suivant les commandemens dud. seigneur Destrées. » —Sans interrompre les citations, nous

(I) C'est une assemblée extraordinaire seulement, non une assemblée générale, encore moins une assemblée des Etats

demanderons grâce pour ce style et cette grammaire. L'assemblée avise que « l'on continuera à faire faire la garde des soldats au lieu de Pont-de-Remy jusques à huict jours, pendant lesquels ils seront nourris aux despens de la ville, saouf, led. temps passé, en adviser autrement, comme il se pourra eslre à faire, oiant le commandement de Sa Majesté, et que led. lieutenant du Pont-de-Remy mettera et fera aller en garde les paisans dud. lieu et des autres villages circonvoisins, à tour de roolle, pour donner forche ausd. soldats, adfln que led. lieu de Pont de-Remy ne soit prins ny occupé par aulcunes personnes au préjudice de Sa Majesté. Sera paie ausd. soldats en nombre de xvm à chacun la somme de x sols et au sergeant xx sols, [ce] quy est par jour, pour eulx tous, la somme de ni escus un thiers. »

Le 23 mars 1Ô87 était la journée aux nouvelles; à peine cette assemblée était-elle levée, qu'une assemblée générale était convoquée à six ou sept heures de relevée « au son des cloches » A cette assemblée assistèrent M. de Hucqueville, le maieur, MM. Rumet, de Saint- Souplis 'fillette, Groul, anciens maieurs, des conseillers du roy, les échevins, les maieurs de bannières, le n aitre des arbalestriers (1), le maître des archers (2), le maître des arquebusiers (3), le siéger, le procureur liscal, etc.

« Sur ce qui a esté proposé que l'on a eu maintenant advertissement que la ville du Crotoy a esté surprinse par ceux tenans le party de monsieur d'Aumasle et que le chasteau dud. lieu est siégé ; d'ailleurs que les gardes

(1) Delehodde.

(2) Lefebure.

(3) Lardé.

commis au Pont-de-Uemy ont mandé avoir esté sommés de rendre la place par quelques compaignies tenans le party de la ligue et que, pour ceste occasion, l'on a convoqué la présente assemblée adlin d'adviser de pourveoir à toutes choses concernant le service de Sa Majesté, soit pour la garde de ceste ville et conservation d'icelle en l'obéissance de Sa Majesté, soit pour pourveoir et apporter quelque remède pour empescher que lesd. places soient occupées par les rebelles et ennemis de Sa Majesté. Après avoir prins advis à l'assemblée pour les raisons et considérations y rapportées, a esté ordonné que l'on doublera ou triplera les gardrs tant de nuict que de jour, tant des habitans que chinquanteniers, et que, pour la seureté de la ville et crainte que en mettant les forches (forces) hors icelle il n'y soit entreprins au préjudice du service de Sa Majesté, considéré l'heure tardive, qu'il ne sera permis pour cejourd'huy de tirer aulcune forche hors lad. ville.

« Que une des portes du Bois ou Sainct-Gilles sera demain fermée, et que celle qui sera ouverte et les autres quy ouvriront, ouvriront plus tard que de tous temps.

« À esté advisé qu'il sera promptement fait recherche par la ville de ceux qui poeuvent estre arrivés en cejourd'huy.

« Que le canon sera mis au rampart es lieux où il est le plus requis, et que les pouldres seront prinses au magasin du roy. »

Le 'là mars, M. de Hucqueville vient à son tour communiquer à Péchevinage une lettre qu'il a reçue du duc d'Aumale :

• Monsieur de Hucqueville, je vous ay desjà man !é, par le

gentilhomme que je vous ay despesché ce matin, l'occasion qui m'a faict acheminer en ce lieu quy sera cause que je ne vous en entretiendrai rien, vous en ayant par la pre'ce'dente satisfaict. Quant à ce que me mandez du Crotoy, je n'en scais que ce que j'en ouys hier parler en ce lieu, quy a esté cause de m'avoir arresté de mon voiage de Rue, craingnant que Sa Majesté pensast que ce fut à mon occasion, et ay soudain faict partir ceste nuict monsieur de Bellenglise pour m'en mander ce quy en est, afbn que si quelqu'ung s'estoit, en ceste occasion, couvert de, mon manteau, pour y raporter (je puisse y rapporter) le remède qu'ung très-Iidèle subject et serviteur doibt apporter au service de son prince et à l'utilité de sa patrie; priant Dieu, sur ce, qu'il vous tienne en sa saincte et digne garde. — Du Pont-de-Remy , ce XXIIIP jour de mars; — au bas: vostre affectionné et meilleur ami, Charles de Lorraine; — à la subscription : à Monsieur de Hucqueville, gouverneur d'Abbeviile. »

Le nouveau service exigé par les circonstances soulève quelques difficultés entre l'échevinage et les cmquanteniers, surtout pour l'ouverture et la clôture des portes de la ville. Le débat occupe les assemblées échevinales du XXX et du XXXI mars. La querelle dut se prolonger, car nous voyons qu'il en est encore longuement question dans l'assemblée du Xllll may suivant, et que le XXVI du même mois on délibère d'envoyer MM. Le Boucher, lieutenant civil et criminel, de Maupin, conseiller du roy, « vers Nosseigneurs du conseil de Monseigneur de iNevers, pour le regard des chinquanteniers et archers. »

La ville doit faire face aux demandes du roi et au soutien des pauvres. — Commencement d'émotion populaire— Une nouvelle levée de deniers sera faite sur les habitants. — Ordonnance contre les mendiants étrangers à la ville.— On remontrera au roi l'impossibilité de répondre à ses appels

d'argent. — Les arrêts pour l'entretien des pauvres, exécutés mieux qu'ailleurs dans Abbeville, y attirent les misères des environs. — Visite des greniers de la ville. — Le duc de Nevers lieutenant général en Picardie. — Une députation lui est envoyée. — Craintes de séditions sur le Marché. — L'Echeviuage d'Abbeville arrête des blés appartenant à l'Échevinage d'Amiens. — Réclamation d'Amiens. — Abbeville persiste dans la saisie de la moitié des blés. — Transaction.— Troubles. — L'argent manque pour l'atelier de charité.

Le dix-huitiesme jour d'avril 1oS7 (samedy), assemblée au son des deux cloches, par-devant le lieutenant général Bernard de Moimont, et le maieur-, gens du roy, échevins, etc., comme de coutume.

Le lieutenant général expose l'objet de la réunion. L'assemblée est laite à deux fins, « l'une pour deux mils escus que le roy demande et vœult estre levés sur les habitans de lad. ville, en vertu des lettres patentes du XV1IIl jour de mars dernier, et l'autre pour adviser par quels voie et moien l'on pourra subvenir à la nourriture et entretenement des pauvres qui sont en grand et effreiant nombre en lad. ville, attendu que la somme de deux mils escus levés sur les habitans à meismes fins que la somme de mil escus prinse sur les deniers du bureau des pauvres sont consommés et despensés, à quoy il est très nécessaire de pourveoir au plustôt; considéré même que joeudy dernier (c'est-à-dire l'avant veille) la nécessité fit enlever lesd. pauvres en émotion et sédition en laquelle furent pillés les marchés, toute la ville en alarmes et que, cessant ( l) le bon et prompt ordre qui y fut mis avecq les armes, lad. ville eust esté pillée et mise en désordre et confusion, etc. »

L'importance de la matière fit remettre la délibération au mardi suivant, 21 avril, à dix heures du matin,

(1) C'est-à-dire n'eut été le bon et prompt ordre, etc.

en assemblée générale composée suivant la règle.

En effet, le mardi, à dix heures du matin, au son des deux cloches, par-devant Pierre Le Boucher, lieutenant civil et criminel, et le maieur Rohau.lt, s'assemblent des délégués du chapitre de Saint -Vull'ran et du prieuré de Saint-Pierre, les gens du roy, les anciens maieurs, les échevins, les maieurs de bannières.

Le lieutenant civil Le Boucher dirige les débats.

« A eslé advisé que, en enssuivant le vouloir et intention du roy reprins en son édict faict pour la nourriture et entretenemenl des pauvres, que les pauvres valides de ceste ville seront entretenus en l'atellier de la ville jusques au mois d'aoust prochain, et que, pour ce faire, les refusans de paier leur cotte de la dernière levée seront exécutés à la diligence et instance de monsieur leprocureurdu roy, dans le jour, nonobstant oppositions quelconques; et ce faict, que au plustôt il sera faict nouvelle cotte et levée de la somme de nm escus sur les habitans de ceste ville, qui sera faicte et cottisée par led sieur maieur, aulcuns des eschevins présens, les maregliers des parroisses appelés, et aulcuns des principaux bourgeois et habitans, soit de parroisse ou de chacune rue-, laquelle cotisation faicte sera coeuillie par ung des eschevins et ung des maieurs de bannières qui iront vers les cottisés leur demander leur cotte. Pour les refusans, ils devront estre exécutés à leurs despens, ainsy qu'il est acoustumé, par ordre du sieur lieutenant et à la diligence du procureur du roy. »

On renouvelle l'ordonnance contre les mendiants étrangers; ils doivent sortir de la ville sous trois jours. L'ordonnance sera publiée à son de trompe; les capitaines des quartiers feront rechercher exactement, dans

la circonscription de leurs compagnies, les pauvres étrangers, et les feront sortir après le délai accordé

Au regard des deux mille escus demandés par le roi, on fera remonstrance à Sa Majesté des charges de la ville et de l'impossibilité qu'il y a de les payer, « lesquelles remonstrances on priera monsieur le lieutenant d'insérer en son procès - verbal -, aussy que on communiquera avecq Messieurs de la ville d'Amiens comme ils se règlent au faict de lad. levée. »

Le procureur de la ville somme ensuite le procureur du roy de tenir la main que l'intention du roy et des arrests de la cour de Parlement, relativement à l'entretien et à la nourriture des pauvres, soit exécutée dans les villes, bourgs et villages du ressort de la séneschaussée de Ponthieu. Si ces villes et ces villages satisfaisaient aux prescriptions du roy et du Parlement, leurs pauvres n'afflueraient pas dans cette ville au point de l'affamer entièrement et de rendre impossibles des secours suffisants à tous. — M. Le Loucher, président de l'assemblée, ordonne alors au procureur du roy d'envoyer des lettres aux baillis royaux de la sénéchaussée, afin de savoir d'eux si les ordonnances sur la nourriture des pauvres sont observées dans l'étendue de leur juridiction, et, si on n'a satisfait à ces prescriptions, des poursuites seront faites en conséquence.

Dans une simple réunion de l'échevinage, le 26 avril, il est rapporté que plusieurs habitants (mal satisfaits sans doute des résolutions prises dans l'assemblée du 2 0 avaient avancé » qu'il seroit meilleur, pour la nourriture des pauvres et leur entretenement >• que chaque habitant en prit dans sa maison un, deux, trois ou quatre, selon ses facultés et moyens. La réunion, pré-

sidée par le maieur , décide que la délibération de l'assemblée générale sera simplement exécutée.

Le 'i mai 15S7, le conseil des échevins nomme des délégués pour visiter les greniers de la ville. Les visites se feront par quartiers-, chaque quartier sera visité par deux délégués. Les habitants seront tenus d'ouvrir leurs greniers, « à peine de x escus d'amende. »

Ces quartiers sont ceux que nous avons déjà nommés dans l'introduction : du Bois , Marcadé , Docquet , Saint Gilles

Le VIe jour de may, lecture est faite à l'Echevinage, où se trouve M. de Hucqueville, de lettres du roi données à Paris le XVIe jour d'apvril, et nommant son très-cher et très-aîné cousin le duc de Nivernois (1) son lieutenant général en la province de Picardie et au pays reconquis. Ces lettres, très-longues, sont transcrites sur le registre.

Le même jour, dans une réunion un peu plus nombreuse, on décide que l'on enverra une députation au nouveau gouverneur de la province; et quelques jours après (XI may), le lieutenant civil, M. Le Boucher, fait rapport du voyage accompli par lui , avec MM. de Maupin, Dehault et Beauvarlet, par devers Monseigneur le duc de Nivernois.

Le mardi 26 mai (c'était la veille d'un franc-marché), les maîtres des compaignies de chinquanteniers et les compagnons d icelles, qui avaient reçu commandement de Téchevinage de se porter en garde au marché, afin d'empêcher les tumultes, séditions et larcins qui « de

(l) Le duc de Nevers, très-actif dans la Ligue en 1584, avait quitté ce parti en 1585 et était devenu l'ennemi des Guise.—

Mézeraxj.

jour en jour » se commettaient audit marché, viennent à l'hôtel de-ville et expliquent qu'ils désirent recevoir des instructions précises et savoir comment ils doivent agir; advenant qu'il y eût blessures, ils veulent être d'avance déchargés des faits et qu'on ne leur en vienne « riens demander. » On leur ordonne d'user de discrétion (1), d'amener prisonniers les coupables « si faire se poeult, >• de faire tant que la force leur demeure pour le service du roy et la conservation de la ville, « à ceste tin frapper sur les auteurs des tumultes avec toute discrétion. »

La réunion qui donnait ces ordres énergiques n'était composée que du maieur Rohault et d'un très -petit nombre d'échevins.

Le XIIIe jour de juing 1587, assemblée des Estats, au son des cloches , au grand Eschevinage , par-devant nobles hommes J. Bernard, lieutenant général, et Rohault, maieur, les gens du roy, etc.

Le lieutenant général conduit la délibération. Il y est question des impôts, d'une somme demandée par le roi, des blés, de la recherche des blés, de la disette.

La misère, on le voit, ne tend pas à diminuer (2).

Un passeport avait été accordé aux maire et échevins d'Amiens pour des blés de Dantzick, la récolte ayant manqué autour d'Amiens. En juillet J 5t>7, les maire et et échevins d'Abbeville délibèrent d'arrêter ces blés,

(l) C'est-à dire d'agir tout à leur aise.

(•2) Le onziesme jour de juillet, il est délibéré que Anth. Dehault, argentier de la maison du Val, « vendera cejourd'huy aux pauvres gens de cesle ville le nombre de douze septiers de bled au pris de buict sols le boisseau. » — Reg. aux délib.

attendu l'extrême disette qui sévissait dans Âbbcviilo. - M. TrauHé, Noies diverse--.

L'Edhèvinage nbbes illuis n'avait pas attendu jusqu'en juillet pour convoiter les ressources d'Amiens Le 9 juin, le maieur Rohault représente à l'échevinage que tous les jours il arrive une grande quantité de grains appartenant à messieurs les maieur et échevins de la ville d'Amiens et à d'autres marchands associés avec eux, et que, en conséquence, ces grains ne l'ont que traverser Abbeville. La nécessité et la cherté étant tort grandes en cette ville, continue le maieur, et le pauvre peuple étant réduit en extrême nécessité, il serait bon de retenir et de vendre une partie du blé de passage pour venir en aide aux indigents et les empêcher de se soulever comme ils menacent de le l'aire.

On décide que la moitié des blés qui passeront dorénavant sera arrêtée pour être vendue aux habitants (I) et pour subvenir « à la nécessité extrême des pauvres, et qu'il sera escript à Sa Majesté pour luy faire entendre lad. extrême nécessité des pauvres de ceste ville. »

Le dix juin, dans une assemblée générale convoquée par les deux cloches et que président le lieutenant général J Bernard et le maieur, le maieur remontre encore « queceulx de la ville d'Amiens l'ont transporter grande quantité de bled par ceste ville, [ce] qui cause ung murmure du poeuple à cause de la permission du transport qui s'en faict; » il demande « à ceste occasion,

(1) N'est-ce pas on cette décision que consista tout sitnploim nt !a précaution prise par les maieur et échevins pour l'approvisionnement, de la ville, mesure de piraterie tianforme'e, après coup, par les historiens, en niesiiîe de prévoyance avec armement de navires pour Dm.tzick?

s'il ne seroit pas bon d'arresler une partie du bled qui se présentera par cy après, ou bien si on le laissera passer en paiant les droicls de la ville. »

On décide que ce bled appartenant à ceux de la ville d'Amiens, étant en huit gribannes, on en arrêtera la moitié, c'est à-dire quatre gribannes, et que le bled sera vendu en cette ville, « attendu l'extresme nécessité, deiïault et carence et pénurie de bled en ceste ville, affin que le pauvre poeuple en soit secouru. »

On ordonne aux boulangers de l'aire deux sortes de pains, scavoir: de seigle pur pour le soulagement du menu poeuple, et d'autres de meilleur blé. Les boulangers devront en outre tenir la ville fournie de pain, « à peine du fouet en cas qu'il s'en trouve faulte. »

Les mesures de saisie soulèvent violemment contre l'Echevinage d'Abbeville les habitants d'Amiens.

Le lendemain, 1 1 juin, arrivent des lettres de Messieurs d'Amiens. Le maieur Kohault assemble l'échevinage. Messieurs d'Amiens priaient que main-levée leur fut faite des blés arrêtés en huit gribannes dans Abbeville. Ces blés, disaient ils, leur appartenaient, ainsi qu'à qu'à quelques marchands leurs associés pour l'approvisionnement de la ville d'Amiens; ils en avaient grand besoin, et expliquaient au long les nécessités d'Amiens dans leurs lettres. L'échevinage d'Abbeville persiste dans ses résolutions de la veille et de Pavant-veille : la moitié des blés a été saisie et sera gardée; on agira de même à l'avenir « tant que la nécessité durera. » L'assemblée nomme quatre éehevins et un maieur de bannière pour faire la vente des blés saisis.

Le même jour, se présentent à l'hôtel-de-ville MM Nicolas de Lessau, greffier de la ville d'Amiens, et Charles

Poullain, au nom et comme procureurs de messieurs maieur, prévost et eschevins de la ville d'Amiens, qui requièrent de l'échevinage d Abbeville main- levée des blés qui leur appartiennent et qu'on a arrêté «< en XXII gribennes. » Ils ont acheté ces blés à l'étranger « par permission du roy; » ils les ont fait « acheminer jusques en ceste ville, suivant les passeports qu'ils en ont obtenus de Sa Majesté, de la reine d'Engleterre, du gouverneur des provinces unies des Pais-Bas et des Estats généraulx desd. Pais Bas, avecq grands frais et despences, pour la provision de lad. ville d'Amiens, laquelle en est du tout dégarnie, et faulte desquels bleds la sédition et esmotion populaire est du tout apparente, etc. »

On répond aux envoyés d'Amiens que, par délibération prise le jour même en conséquence des deux autres délibérations précédentes, il a été résolu, « attendu la grande et extresme nécessité de bled, » nécessité constatée par la revue faite aujourd'hui des greniers des habitants par quatre eschevins et quatre mesureurs, » et pour contenir le poeuple de soy lever comme il menasche de faire, que la moitié dud bled demeureroit arrestée pour estre vendue et distribuée au pauvre poeuple, et que main-levée sera baillée de l'autre moitié, vente préalablement faite de lad. moitié. »

De Lessau et Poullain répondent que « faulte de faire bailler promptement main-levée du total desd. bleds, ny de partir (partager) iceluy , ils protestent de tous despens, dommages et intérests contre le maieur en son nom privé, etc. »

Le maieur répond « qu'en son particulier et privé nom, la chose ne le touche aucunement, et que led. arresté a esté faict tant par l'advis de l'assemblée de

messieurs les gens du roy que des deux collèges de eeste ville »

« Incontinent après, du consentement dud. de Lessau et autres marchans estans avecq luy, qui nous ont accordé de faire descharger et vendre en ceste ville deux gribennes de bled y estans, a esté advisé qu'il leur sera permis enlever et faire passer le surplus montant à XVIII gribennes »

Il a été encore question, le 13 juin, du blé arrêté sur les gribannes des Amiénois; il en est encore question dans une assemblée au son des deux cloches et où viennent les gens du roi, le second jour de juillet; mais nous ne suivrons pas plus loin cette affaire dont les débats, peu intéressants maintenant pour l'histoire de la ville, nous entraîneraient trop loin.

Le XVIIe jour de juin, autre assemblée des Estats par devant J. Bernard et le maieur; J. Bernard préside encore.

On avait reçu, le jour même, « des lettres du roy, obtenues par ceulx de la ville d'Amiens, datées du Xlilie jour de ce mois, afin de leur l'aire main-levée de quatre gribennes de bled qui ont esté arrestées en ceste ville, de XX11 qui y estoient arrivées, etc »

L'assemblée décide que les quatre gribannes ayant été déchargées pour être vendues en ceste ville, il est trop tard pour revenir sur le fait; que, d'ailleurs, « il n'y a moien de plus contenir et nourrir le poeuple, que led blé sera vendu dans la ville, et que l'on advertira Sa Majesté et Monseigneur le duc de Nevers, etc. »

De toutes ces misères et des ateliers de charité même devaient naitre des désordres ; on trouve en effet, dans

le registre des comptes, quelques traces de troubles, mais sans date précise ( i)

Le dimanche vingtième jour de juin, la question pressante des ateliers revient devant l'Echevinage.

Le maieur expose aux six échevins qui se sont rendus à l'appel de la cloche « qu'il n'y a moien de paier cejourd'huy les pauvres aiant travaillé à l'attelier de la ville, pour ce que l'argentier dict n'avoir aucuns deniers d'aultant que les plus riches de ladicte ville ne voeullent paier la cotte et sont espargnés par les sergeans pour le respect de leurs estats et autorité, néantmoins qu'il est très-nécessaire paier lesd pauvres icy assemblés en grandes troubes (foules) demandans leurs sallaires, » et partant qu'il est expédient d'aviser promptement où se trouveront les deniers pour ce faire.

On ordonne que les pauvres « seront paies des deniers procédans de ventes depuis peu laites, » que cet argent sera pris par forme de prêt, et rendu et remplacé des deniers qui sont encore à lever sur les habitants, « et à cesle fia les refusans seront demain exécutés sans opposition et appellation quelconques. »

FAITS DIVERS

Les magasins de Montreuil, de Rue et de Boulogne — Leur approvisionnement à charge à Abbeville— Les acquits du compte de l'argentier pour les octrois sont portés à Paris —Les besognes de l'Echevinage plus lourdes.

En celte année si pleine, tous les événements ont une

(1) « A Marin Grille et Firmin Parenty, sergeans, la somme de trente sols à eulx taxée pour avoir prins et emprisonné Jehan

importance qui les rattache à l'histoire sérieuse, et nous n'avons à relever que peu de faits étrangers au mouvement politique ou à l'administration de la ville. Le seul que nous consignions ici touche même encore à des intérêts généraux ; il s'agit des approvisionnements des villes de Montreuil, de Hue et de Boulogne La ville avait été condamnée à cette occasion On décide, le 20 septembre 15S6, que l'on se portera appelant de la sentence rendue par « monsieur le séneschal de Ponthieu ou son lieutenant au proftit des munitionnaires de Monstreuil, Rue et Uoullongne. ■> — Registre aux délibérations, 5586-1587

L'approvisionnement du magasin de Hue , la plus grosse affaire, obligeait l'Echevinage à se défendre à Paris même (I).

V Paris aussi, en cette année, avaient été portés les acquits du compte de l'argentier pour les octrois (2).

Marchant et aultres séditieux, cy xxx'. »

— Reg. aux comptes, 1587-1587.

(1) • A maistre Michel Duvivier, huissier en la chambre des comptes à Paris, la somme de quatre escus pour ses sallaires d'avoir adjourné la ville pour compte de six vingts muids de vin du magasin de Rue, comme il appert par son exploit du dernier jour d'aoust Ve quatre-vingt six, cy m Ie". »

Au même, une autre somme de six écus pour une assignation donnée à la ville « pour comptes de l'administration du même magasin, ordonnance du XVIII mars (1587), cy vrte. »

— Reg. aux comptis, 1586-1587.

(2) « A Guillaume de Vienne, messager, pour avoir porté les acquits de son compte (du compte la ville) des octrois à son procureur en la chambre des comptes à Paris, deux escus cinquante

SOls h'" |,«. »

— Reg. aux comptes, 1586-1587.

Les besognes du procureur fiscal de la commune, de son substitut et du greffier de la ville avaient été plus importantes que de coutume; les sommes allouées pour les vaccations suffiraient à en faire foi (1).

(t) « A Jossc Beauvarlet, procureur fiscal de lad. ville, la somme de vingt escus à luy taxée et ordonne'e pour plusieurs vaccations par luy faictes aux affaires de lad. ville en lad. année, sellon qu'il est amplement déclaré par la requeste par luy à ccste fin présentée ausd. maieur et eschevins, en fin de laquelle est leur ordonnement (ordonnation ou ordonnance) du XXII* jour d'aoust (1587), cy xx"c.

M* Jehan Delecourt, substitut dud. procureur, reçoit pour la même cause douze écus xif".

Nicolas Lebel, greftier ordinaire de la ville, trente écus,

cy xxxe,c. •

— Reg. aux comptes, 1586-1587.

RenouTellement de la loi. — Désignation par le roi du maieur à nommer. — Six lettres à cette ocasion: du roi, de la comtesse de Ponthieu et du duc de Nevers — Les bruits de la gu rre à AbWville et autour d'Abbeville. — Le roi demande à l'Ecbevinage deux couleuvrines. — L'Echevinage résiste un peu. — Lettres du roi. — Passages de troupes. — Service de la garde plus sévère dans la ville. — Les échevins partagés en escouades. — Processions pour obtenir la victoire au roi.— Bataille de Coutras. — M d'Estrées à Abbeville.— Ordonnance pour l'approvisionnement des villes de Picardie. — Ordonnance de l'Echevinage d'Abbeville. — Levées de grains pour le roi dans l'élection d'Abbeville. — Réclamation de l'Echevinage. -Députation à Amiens. —Mouvements de troupes dans l'Artois et ailleurs. — Conférence de l'Echevinage et des cinquante: iers. — La garde est renforcée. — Perception difficile de l'impôt extraordinaire. — Commission du roi pour l'établissement d'un magasin de blé et d'avoine à Amiens. — L'Echevinage proteste contre la cotisation imposée pour ce magasin à l'élection de Ponthieu. — Deux échevins envoyés à celte occasion vers le roi. — Défaite des reitres. — Te Deum et procession en actions de grâces. — Question de préséance entre le maieur et le président du présidial. — Mma d'Aumule à Abbeville.

Le commencement de notre année échevinale — le dernier tiers de 1587 — est plein, si nous jetons un

(1) Maieur : M' Jacques Le Roy, cscuyer, seigneur de St-Lau, Valûtes, Acquest, etc., conseiller du roy et esleu en IVslection de Ponthieu, maieur pour la quatrième fois.

Les quatre premiers échevins furent : noble homme M' Claude

coup d'oeil sur l'histoire générale, de mouvements de troupes , d'armées en campagne , de batailles et de destructions d'hommes,— Coutras, Àuneau.

Les marches s'annoncent à la ville par quelques exi-

Gaillard , soigneur de Grehaumesnd , conseiller; honorables homir.es Jean Cauppe, Antoine Bohault, et Jean Le Bel, seigneur du Maisnil.

Les argentiers furent: pour la Ville, Jean Clément; pour le Val, Jacques Mourete. — Wiiignart.

Les élections de l'Echevin.ige avaient eu lieu en partie le 24 août. La nomination du maieur paraît cependant être demeurée en suspens. Dans une assemblée du XXV août, convoquée au son des deux clocbes et tenue par-devant J. Bernard, lieutenant général, on décide que « Ton enverra vers le roi et madicte dame la comtesse (de Ponlhicu) les supplier de voulloir conserver lad. ville en ses privilléges et liberté d'ollection et nomination, et en ce faisant, s'il plaist à Sa Majesté, choisir et ellirc l'ung des trois hommes nommés, etc. >i

Les six lettres qui suivent, du roi, de la comtesse de Pontm'eu et du duc de Nevers, jetteront d'ailleurs les meilleures clartés sur les circonstances de cette élection (1).

Le roi écrivait dès le 19 août aux majeurs de bannières :

« De par le roy, « Chers et bien amés, le temps s'approche à ceste sainct Barthélémy que vous avez accoustumé d'eslire ung maieur à Abbeville, et le malheur de la guerre où nous sommes à présent mérite bien d'avoir l'oeul à lad. eslection et de faire choix de quelque personne qny, avecq la lidellité, ait l'expérience pour s'en bien acquitter et conserver lad. ville en nostre obéissance; et pour ce que nous avons bonne congnoissance de l'esleu Le Boy qui a ja exercé lad. ciarge à nostre contentement et s'en scaura encores fort bien acquitter, nous avons advisé de vous escripre la présente pour vous dire que nous voulions que fassiez encores, pour ceste année, eslection de la personne dud. esleu Le Boy en

(1) Ces lettres ne sont transcrites dans le registre aux délibérations qu'à la suite de la séance du VI septembre, et dans un ordre chronologique renversé.

gences; les événements y seront affirmés, suivant l'usage du temps, par des solennités religieuses.

Le roi demande d'abord à Abbeville des couleuvrines pour l'armée qu'il veut conduire en personne.

lad. charge de maieur, en quoy nous estimons que ne ferez faulte d'obéir à nostre volonté', car tel est nostre plaisir. — Donné à Paris, le XIXe jour d'aoust 1587, signé Henry; et plus bas: Brulart; et à la suscriplion : A nos chers et bien amés les maieurs de bannières de la ville. »

Henri écrivait le même jour à son ancien protégé de 1585 : « De par le roy,

« Cher et bien aîné, pour ce que nous avons assurance de vostre lidellité à nostre service et à la conservation de la ville d'Abbeville en nostre obéissance et que, en ce temps de guerre, ne pouvons désirer que autre soit esleu en la charge de maieur que vous, nous avons ad visé de vous escripre la présente pour vous dire que nous voulions que acceptiez encore, pour ceste année, lad. charge de maieur, et que continuiez à nous y faire bon et fidèle service comme avez tousjours faict ; sy n'y faictes faultes, car tel est nostre plaisir. — Donné à Paris, le XIXe jour d'aoust 1587, signé Henry; et plus bas : Brulart; et à la suscription estescript : A nostre cher et bien aîné M* Jacques Le Roy, esleu en l'eslection d'Abbeville. »

Diane de France, nouvellement comtesse de Ponthieu, écrivait enfin assez longuement, mais avec des explications à conserver :

« Messieurs, le malheur de ce temps plein de troubles, de guerres civiles, quy ont faict ruiner une partie des meilleurs estats de ce roiaulme et menassent de pareil désastre les autres ausquels, par une spéciale faveur de Dieu et une prudence des magistrats et chef du poeuple , quy veillent et soigneusement aient l'oeul qu'il ne se fâche rien dedans ny dehors les villes quy puisse troubler le regard des ha bilans, ausquels ce n'est pas une petiie faveur et avanlaige quand ils sont nés |?| avec le moien d'eslire et establir des chefs et directeurs pour conduire es mains la chose publique soubs l'autorité du roy, ainsy que vous avez tousjours faict, suivant les privilèges que vos prédécesseurs vous ont laissés de eslire ung maieur par chacun an, quy, avecq le

Dès le lendemain même des élections échevinales, dans la délibération du XXV août, est enclavée la lettre suivante :

« Chers et bien amés, j'envoye ce porteur en toute dilligence en ma ville de Monstreul pour y prendre des canons et les faire

conseil des eschevins, a le maniement de toutes vos affaires publicques pour la conservation de vous et de vostre dicte ville (t); mais pour ce que le temps s'approche que vous avez accoustumé de faire eslection et quy est ung degré d'honneur et de puissance entre vous quy vous poeult et bien et mal faire, aussy poeult-il estre poursuivy par gens quy en poroient abuzer à vostre ruine, ou bien quy ne s'en scauroient acquitter comme le temps le requiert, auquel il est plus grand besoing que jamais de veilier,

d'avoir l'oeiil (2), autrement vous estes en (3) de tomber en

pareille ruine et désolation que tant de villes ont expérimentées, lesquelles, sy vous estes sages et bien advisés, vous serviront de notable exemple et beau mi rouer pour ne vous conduire légèrement en lad. eslection, en quoy ne debvez avoir autre but, affection, ne intention que la conservation de vous et lad. ville en l'obéissance du roy, à laquelle, pour l'iutérest que je y ay comme vostre dame et maistresse et la mutuelle affection et bienveillance que particulièrement je vous porte et généralement à tous les habitans de la ville d'Abbeville, je y puis apporter quelque chose du mien à vous conseiller; je vous diray qu'il me semble que ne scauriez faire choix et eslection de personne plus à propos et dont vous aiez plus d'asseurance, fidélité et bonne conduite, que de l'esleu Le Roy quy a ja exercé lad. charge bien et dignement à vostre conservation et au contentement du roy quy voeult qu'il soit encores esleu ceste année, comme verrez par les lettres qu'il vous escript. Je ne doubte point que telle eslection sera ung peu trouvée étrange comme répugnante à vos

(1) Il faut espérer, pour l'honneur de la cour de Henri III, que l'on causait quelquefois moins longuement et plus clairement au Louvre et même au bois de Vincennes

(2) Bien pensé, pas mal expliqué, un peu moins mal dit.

(3) Péril, ou quelque autre mot analogue. Je m'aperçois, en corrigeant l'épreuve, que j'ai oublié de copier le mot dans le registre de la ville.

mener et conduire clans ma ville d'Abbeville dans le magasin d'icelle, et en led. lieu y prendre des coulleuvrines de celles y estans, et icelles faire incontinant acheminer en ceste ville, aflin de le monter et équiper de ce quy y sera besoing, pour m'en servir en l'armée à laquelle je délibère aller en personne, à quoy vous tiendrez soigneusement la main, et y donner sy bon ordre

statuts et coustmnes(t), et qn'il y a d'autres fort gensde bien quy désirent estre appelles à ce degré; je les prie avoir passiance (sic) pour ceste fois et souffrir en ce besoing vos statuts et coustumes estre viollés et enfreintes (2). J'ay tarit d'asseurance de vostre lidellité et affection au service du roy, que satisferez en ce regard à sa volonté et à la mienne pour vostre conservation. S'il se présente occasion pour m'einploicr pour le particulier et général de chacun de vous, je le feray de bien bonne volonté (3), priant Dieu noslre Seigneur qu'il vous ait en sa saincte garde.— Du bois de Vinccnnes, le XX" jour d'aoust 1587 ; vostre bonne amye, Diane L. de France; — à la suscription : A messieurs les maieurs de bannières de la ville d'Abbeville. •>

Le candidat royal n'a pas été élu cependant. Les lettres du roi sont-elles arrivées trop tard? L'Eclievinage s'est excusé sous cette raison ou sous ce prétexte. Il est assez probable, en définitive, que les lettres du roi, reçues, soit pendant l'élection même du '21 août, soit peu d'heures après, ont arrêté celte élection quant au maieur du moins, ou empêché l'inscription du vote sur le registre. Le roi accepte l'excuse, mais persiste dans son invitation. Il veut qu'on procède de nouveau à l'élection, qu'on élise J. Le Roy et qu'on l'installe, sans préjudice aux privilèges de la ville pour l'avenir. Il écrit le pénultième jour d'août :

« De par le roy,

« Chers et bien amés, nous avons receu la lettre que nous avez escripte sur le faict du renouvellement du magistrat qui a esté, suivant la coustume, faict le jour Suinct-Barthelemy dernier, en

(1) Mois à noter.

(2) Ces précautions de forme et ces prières sont un véritable hommage à l'esprit public du temps.

(5) Jamais un comte de Ponthicu avait-il parlé avec celte familiarité débonnaire aux habitants de son comté?

qu'il n'y sera use d'aucune longueur ny remise à ce que mon affaire et service n'en soit retarde, car tel est nostre plaisir.— Donné à Paris, le XXIe jour d'aoust 1587, signé Henry; et plus bas : Bbulart; et à la suscription est escript: A nos chers et bien aînés les maieur et eschevins de ma ville d'Abbeville. » On discute dans le reste de la délibération sur cette

quoy, pour n'avoir sceu d'heure [?] nostre intention, vous n'avez esleu pour maieur l'esleu Le Roy, ainsy que l'avions escript par cy devant, et d'aultanl qu'il y a encore lieu de remédier et que nous demeurerons en ceste nostre et mesme volonté, nous voulons et vous mandons que, en procédant de nouveau à l'élection dud. maieur, vous aiez à eslire icelluy Le Roy et l'installer en lad. charge, nous Contentant en cela, sans que nous entendions ucantmoins que la chose tire en conséquence à l'advenir, ny que nous ayons volon'é d'enfreindre vos pi ivilléges cy après, lesquels, au contraire, nous entendons vous conseï ver et maintenir comme par vos bons et lidèles déportemens vous vous en rendez dignes. — Donné à Paris, le pénultiesme jour d'aoust mil Ve llll"VII. Signé Henry, et plus bas: Crulart; et à la suscription est escript: A nos chers et bien aines les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »

Diane de France écrivait aussi le même jour, un peu plus longuement et pour la même cause:

« .Messieurs, par les lettres que m'avez escriptes et ce que m'a dict vostre procureur de ville, j'ay entendu ce quy s'est passé le jour saiuct Barthélémy dernier pour l'eslectiou d'un nouveau maieur, où vous avez différé d'eslire l'esleu Le Roy selon que le roy voeull, pour n'avoir, en temps et lieu, esté informés de sa volonté et de la mienne, qui n'ont autre but et intention que la conservation de vostre ville d'Abbeville et de tous les habitons en ce temps de troubles plein de dangers, où il est bien besoing que Sa Majesté se repose de la garde de lad. ville, quy luy est de grande importance, sur personnes qu'elle conguoisse féables et qui aient de l'expérience ainsy que a led. esleu Le Roy, quy est cy (levant fort bien comporté en lad. charge en laquebe Sad. Majesté espère qu'il fera de bien et mieulx pour son service et vostre conservation ; et pour ce qu'il <st encoivs temps d'oi éyr

lettre, et la \ille envoie des remontrances au roi. M. de Nevers répond de Paris, le 2 septembre, que le roi a pris les observations en bonne part, et que, suivant son ordre, la ville recevra deux canons en échange des deux couleuvrines toujours exigées.

aux commandemens de Sa Majesté, j'ay bien voulu accompaigner celle qu'elle vous escript de la présente pour vous dite que ne me seau riez l'aire chose qui lui soit plus agréable et où il remarque plus vostre obéissance et affection en son service que d'eslire et installer icelluy Le Roy maieur pour ceste année tant seulleinent, vous asseurant qu'il n'entend faire préjudice à vos previ lièges qu'il vous voeult asseurer, conserver, mais seulleinent à cause du temps. Il désire ceste obéissance de vous pour asseurer

lad. ville. Pour mon regard, ma volonté est celle du roy

et sy me trouverez tousjours fort affectionnée

a maintenir vos prcvilléges et m'employer pour le bien de la ville où l'occasion s'offrira, d'aussy bonne volonté que je prie Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa garde. — De Paris, ce dernier jour d'aoust mil Ve 1111" Vil , vostre bonne amye Diane de France; et à la suscription est escript: A Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »

Le 2 septembre, le duc de Nevers, écrivant à l'occasion de deux couleuviines empruntées à la ville, revient encore sur l'élection qui tenait tant au cœur au roi :

« Messieurs, le roy a entendu vos remonslrances pour le faict des deux couleuvrines qu'il a piises en bonne part, mais parce qu'il vous a ordonné deux canons aflin que vostre ville ne demeure inoings desgarnie, la conservation de laquelle et de tons vous aultres il ne désire pas moiugs que vous-tnesmes et qu'il a nécessaires! ent affaire des deux couleuvrines pour son armée, il entend qu'elles soient prises en vostre ville au lieu desd. deux canons quy vous seront délivrés. Sa Majesté a trouvé bon aussy ce que vous avez faict pour la nomination du maieur, encores qu'elle désire que celui qui sera nommé le soit ceste année (t),

(I) Que celui qui sera désigné par Sa Majesté soit nommé? Cette lettre est nu i eu eihbarrassée.

Cet accommodement ne paraît pas satisfaisant encore.

L'Echevinage reçoit et lit, le XIe jour de septembre, des lettres de Me Josse Beauvarlet, procureur de la ville, « estant en court pour les affaires de la ville. » Ces lettres en accompagnaient une autre du roi, adressée à monsieur de Hucqueville. Le roi disait:

« Monsieur de Hucqueville, j'ay veu ce que m'avez escript touchant les pièces d'artillerie que j'avois envoyé quérir à Abbeville pour m'en servir en l'armée où je faicts mon compte d'entrer dedans peu de jours, et pour ce que je n'en puis pas recouvrer d'autres ailleurs, je vous prie que, nonobstant la difficulté que Ton y a faicte jusques icy, vous donniez ordre qu'elles soient délivrées au commissaire de mon artillerie, auquel j'ay donné charge de les faire amener, car je ne m'en puis pas passer, estant bien délibéré après que (1) sera cessée de les renvoyer aud. Abbeville, aflin que la place en demeure tousjours convenablement

ayant advisé le debvoir estre pour l'union et concorde des habitans de voslre dicte ville qu'elle aime comme ses bons et loiaulx subjects que vous luv estes, bien marrie que la misère du temps ne luy permette de vous pouvoir mieux faire paroistre en effet- 1 et non pour aulcunement porter préjudice à vos privilléges, sellon qu'elle a déclaré à vostre procureur fiscal présent porteur, auquel me remettant, après m'estre recommandé de bien bon cœur à vos bonnes grâces, je suppliiay le Créateur vous conserver, M ssieurs, la sienne.— De Paris, ce 11e septembre 15&7, vostre très- humble amy Lodovicq; et à la suscription : A Messieurs les eschevins de la ville d'Abbeville. »

Le maieur m: fut installé que le 4 septembre, je crois; dans tous les cas, pas plus tôt.

La rénovation de la loi ne fut complétée par la nomination des maieurs de bannières, cela est certain, que le 13 septembre. Ce jour (13 septembre) fut aussi publiée l'ordonnance de police, mais cette ordonnance,, très-courte, n'est qu'un résumé des précédentes qu'elle rappelle.

(1) Ici un mot oublié sur le registre.

pourvue ainsy qu'il est bien raisonnable, suppliant le Cre'ateur, monsieur de Hucqueville, qu'il vous ait en sa saincte garde. — Escript à Paris, le IIIe jour de septembre 1587, signé Henry; et plus bas : Brulart; et à la suscriptiou : A monsr de Hucqueville, chevalier de mon ordre. capp"e de cincqle hommes d'armes de mon ordonnance, capp" et gouverneur d'Abbeville. »

Enfin, à la suite de la délibération du 24 octobre (qui parle de toute autre chose), se trouve la copie des lettres patentes « en vertu de quoy se sont enlevées du magazin de ceste ville deux coulloeuvrines suivant la volonté du roy : »

« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Polongne, à noslre cher et bien amé le sieur de Negremont, commissaire ordinaire de nostrc artillerie, salut. Comme pour résister aux forces estrangères quy se préparent pour entrer en nostre roiaulu.e et empescher les desseings d'aucuns nos subjects perturbateurs du repos pubhcq, nous avons résolu mettre sur (sic) une forte et puissante armée en laquelle nous entendons marcher en personne et la fortifier du plus grand nombre de pièces d'artillerie pour campaigner qu'il ne s'en trouve à présent en nostre arsenal et magazin de Paris, quy est occasion que nous avons advisé d'en tirer d'aucunes de nos villes pour, après la rupture de nostre dicte armée, les y faire remplacer, et d'aultant que

pour, etc « — La lettre est fort longue; nous l'indiquons

seulement à ceux qui voudraient recueillir toutes les lettres de Henri 111 dans nos registres. Cette lettre donne ordre de tirer deux canons du magasin de iMontreuil avec les affûts, rouage, etc., et du magasin d'Abbeville deux couleuvrines, « à la charge de les y faire remplacer à l'issue de notre armée. » Le commissaire devra se charger de ces pièces par ses récépissés; il devra les faire, et en la plus grande diligence possible, voiturer et conduire en « notre ar.i.ée de ceste vdle de Paris, » et, comme il sera pour cela besoin de basteaux, chevaux, charretiers, charriots et charrettes, le commissaire reçoit pleins pouvoirs de prendre, faire saisir et arresler tel nombre qu'il trouvera nécessaire, en

faisant payer les bateliers et charretiers selon le prix qui en sera

par lui et de gré à gré avec eux, etc — « Donné à Paris, le

vingtiesuie jour (P.ioust, Tan de grâce mil cincq cens qu;itre-vingt et sept, et de nostre règne le quatorziesine. » Ainsi signé par le roy en son conseil, Brulart.

Revenons un peu en arrière.

Des passages iiiêmes de troupes mettent Abbeville sur le qui-vive, rendent la vigilance plus sévère et tous les services plus pénibles.

Le deuxième jour de septembre, sur les trois heures de relevée, assemblée à l'Echevinage, où se trouvent monseigneur de Hucqueville, gouverneur, et le sieur Gaillard, premier échevin, etc.

Le gouverneur et le sieur Gaillard exposent qu'ils « ont esté advertis que plusieurs troupes de gens de guerre estoient aux environs de ceste ville et que, partant, il estoit besoing de soy garder et avoir loeul que aucun inconvénient n'arrive contre le service du roy. » L'Echevinage décide « que la garde de nuict sera renforcée de deux dizaines, et qu'à ceste fin il sera i'aict communication aux portiers de les semondre promptement d'eulx y trouver — sous certaines peines qu'indique la délibération pour les contrevenants ; — aussy que chacun corps de garde fera une ronde ceste nuict et que les canonniers de ceste ville seront mandés , ausquels il sera enjoinct de passer la nuict pour faire la garde, chacun à leur tour, au corps de garde, pour avoir l'oeul et sy bien faire qu'aucun trouble n'arrive contre le debvoir de ceste charge. »

Le 111 septembre, assemblée au son de la cloche, où se trouvent le gouverneur -de Hucqueville et Gaillard, premier échevin.

Le gouverneur expose que - le sieur de S" Coulombe, de la suitte de Mr de Grillon, retournant du Boullenois, luy a faict savoir cejourd'huy qu'il passera plusieurs gens de pied et de cheval. » — 11 demandait le passage par la ville pour la commodité. — « On advise que l'on permettra passer lesdicts gens de pied au basteau par dehors la ville (I), et quant à la cavallerie que l'on les souffrira passer par la ville XXX au coup (à la fois), et que le bagage et charoyage desd. gens de guerre passerait pareillement par la ville »

On mande les capitaines des cinquanteniers et de la jeunesse ; on leur ordonne de mettre promptement leurs compagnons sous les armes. Une des compagnies des cinquanteniers sera posée à la porte Marcadé, une autre au Marché, la troisième à la porte Docquet, la quatrième et la jeunesse en la place Saint Pierre et au couvent des Cordelliers.

L'inquiétude, à laquelle la ville n'était pas encore habituée, parait assez grande. L'Echevinage lui-même ne s'épargnait pas

Le Xlill* jour de septembre, on partage (si je ne me trompe) les échevins en trois escouades qui doivent se rendre au son de la cloche à PEchevinage, la première le lundi, la seconde le mardi, la troisième le vendredi.

Des excitations du dehors stimulaient enfin l'anxiété tournée vers les affaires générales remises au sort des armes dans le Midi et dans l'Est.

(1) Nous lisons en effet dans le registre aux comptes:

« A quelques bateliers, pour avoir passé les gens de pied de

monsieur de Grillon la rivière à la porte Docquet, la somme de

ung escu quinze sols, dont appert par ordonnance du XXIII0 jour

de septembre (1J87), cj r6c xv\ »

Le maieur expose, le 18 septembre, que monseigneur l'évêque d'Amiens lui a annoncé, en passant par la ville, que dimanche prochain, suivant son ordre, « se fera procession solempnelle où sera porté le Corpus Domini, pour invoquer Dieu ad ce qu'il luy plaise assister le roy et luy donner victoire contre les ennemis de la religion catholique »

On décide que cette procession « sera notiffiée au poeuple à son de trompe, afin que chacun se prépare et dispose pour y assister avec cierges, torses et luminaires, tendre et nettoyer les deventures et rues où passera lad. procession, à peine d'un escu d'amende ; que le palle sera porté par messieurs les quatre premiers eschevins, et que les sergeans de la vingtaine et portiers y porteront chacun une torse (torche) jusques au nombre de douze, aux despens de la ville, etc. ...»

Un luminaire devait aussi être fait pour le maieur; les maieurs de bannières devaient en porter aux Irais de leurs corporations.

Cette procession eut lieu le 20 septembre (2).

Le o octobre, le maieur annonce qu'il tient d'un envoyé de l'évêque d'Amiens que le roi est sorti de la ville de Paris pour combattre et chasser ses ennemis « à l'intention duquel {'l) se sont faictes plusieurs processions

(1) Le registre aux comptes nous donne:

« A Pierre Bocquillon, Jehan des ..... et aultres, la somme de six livres dix sols à eulx taxée et ordonnée, pour avoir sonné les cloches du grand Eschevinage durant la procession généralle faicte pour la prospérité des affaires lu roy, dont appert par ordonnance, cy vi1 x'. »

(■i) Du roi sans doute. Je ne suis pour rien volontairement dans Ces constructions et dans ce style.

en la ville de Paris, tant solempnelles, généralles et particulières, comme aussy il (lévèque d'Amiens) a en joint estre faict en la ville d'Amiens, en ceste ville et aultres de son diocèse. »

On décide qu'on se comportera et conduira, au fait de lad. procession (1), ainsi qu'il s'est fait en celle du 20 septembre.

Le 20 octobre, après toutes ces processions dans les villes catholiques du royaume, Joyeuse était battu à Coutras par le roi de Navarre.

M d'Estrées, maintenant lieutenant général de Picardie , comme nous l'avons vu , vint de nouveau à Abbeville le 3 novembre (2).

(1) La date ne nous est pas donnée, mais nous lisons dans le registre aux comptes :

« A Jehan Bocquillon et aultres. pour avoir sonné les cloches du grand Eschevinage durant la procession généralle . appert par ordonnance du quatorziesme jour d'octobre l.r»87, cinquante sols ls. »

(2) Nous lisons trois jours après (délibération du VI novembre): « Sur la remonstrance faicte par le procureur de la ville que mercredy dernier, III' jour de ce mois, Monseigneur Désirées (d'Estrées), lieutenant général pour le roy en ce pais de Picardie, arrivant en ceste ville par la porte Sainct-Gilles, il n'en auroil (été) donné anleun advertissement par les chefs et portier de iad. porte, eu contrevenant à l'ordonnance et règlement. Pour ce faict, a esté mandé Jehan Lardé, portier de lad. porte Sainct- Gilles, lequel a dict qu'il est seullement venu céans et en la maison de monsieur le maicur pour nous en faire advertance, requéraut que s;i faulte d'en avoir adverty led. seigneur gouverneur luy fût remise pour ceste fois. Sur quoy, par l'advis dud. sieur gouverneur, lad. faulte et amende pour icHIe luy a esté remise pour cette fois, avecq injonction de n'y faillir à l'advenir, à peine de prison. »

Le guetteur n'avait donné non plus aucun avertissement de l'arrivée de M. d'Estrées; il n'avait pas sonné la cloche du guet. Ce jnjettrur sera mandé.

M. d'Estrées s'occupa à Abbeville même, où il s'arrêta quelques jours, de*la subsistance et de l'approvisionnement des villes de son gouvernement. On lit à la suite de la séance du 6' novembre :

« De par monseigneur Destrées, chevallier des deux ordres du roy, conseiller en son conseil d'Estat, cappttaine de cincqunnte hommes d'armes de ses ordonnances et lieutenant au gouvernement de Picardie,

« On fait assavoir à tous que, pour l'inconvénient quy porroit subvenir en nos villes, il est de besoing et nécessaire de faire battre les grains quy sont aux villages d'allentour d'icelles et les faire amener esd. villes, craignant qu'il nous en arrivast mal, et aussy qu'il nous a esté, expressément commandé île par Sa iMajcsté comme son intention estoit telle, et ainsy ne ferez l'aulte d'y satisfaire, en sorte que les grains soient battus et menés ausd.

villes le plutost que faire se porra, etc en tesmoing de quoy

nous avons faict etcachepté d'un cachet de nos armes. — Faict à Abbeville, le VIIe jour de novembre mil Ve llll" VII, signé Destrées ; et plus bus : Par commandement de mondict seigneur, Vaquaulx. »

Les maieur et échevins d'Abbeville ne voulurent pas demeurer en reste de prévoyance; pour encourager, par des garanties, l'apport du blé dans la ville, ils firent suivre l'ordonnance de M d'Estrées d'un avis tout- à-fait local :

« On faict assavoir aussy à touttes personues qui amèneront grains en ceste ville, qu'ils les pourront librement retirer quant bon leur semblera, en nous certifliant au préalable le lieu et grenier où ils vouldront mettre lesd. grains en garde. »

Ces publications et ordonnances furent lues et publiées au marché de la ville, à son de trompe et - cry public, » le 7 novembre 15S7, à dix heures du matin.

Elles n'eurent pas tout le succès qu'on en attendait, mais il parait que l'obstacle était venu de messieurs

« les généraulx » chargés par le roi de faire quelques levées de grains dans l'élection de Ponthieu.

Le maieur expose, le "il" jour de novembre, que « plusieurs plaintes luy ont esté faicies, tant par aucuns habitans de ceste ville que laboureurs des villaiges circonvoisins d'icelle, que quelques sergeans de la ville d'Amiens alloient par les villaiges l'aire del'fense aux laboureurs d'amener leurs grains aux villes, soit pour vendre, paier leurs mes (maistres?) ou aultrement les transporter aucunement, contrevenant directement aux ordonnances du roy et celle de monseigneur Destrées, lieutenant au gouvernement de Picardie, naguère publiées à son de trompe en ceste ville, portant injonction ausd. laboureurs d'amener leurs grains en toutte dilligence ausd. villes pour éviter à l'inconvénient quy en eust peu arriver; partant, qu'il estoit très-nécessaire de regarder à ad\iser sur ce faict, attendu la conséquence et importance de telle chose qui est contre l'intention de Sa Majesté. » L'assemblée échevinale, ainsi consultée , décide que l'on se transportera en la ville d'Amiens, « par devers la personne dud seigneur Destrées, pour luy remonstrer ce que dessus pour, s'il luy plaist, y voulloir pourveoir et donner ordre, aflin qu'il n'en arrive désordre contre le service du roy; et que cependant, s'il se trouve aulcuns sergeans usans ces commandemens, soit en ceste ville ou ailleurs, qu'ils seront prins et arrestés pour scavoir en vertu de quelle commission ils l'ont telles deltenses »

On députa pour ce voyage de remontrance ML Claude Gaillard, premier échevin des quatre. — Claude Gaillard rendit compte de sa mission le KXlll du mois, c'està-dire le surlendemain : il n'avait pu voir M. d'Estrées,

« parti pour aller trouver sa compaignie à St-Quentin » Claude Gaillard s'était alors transporté chez M. Delau, « l'un de messieurs les généraulx, » auteur des défenses, qui lui avait remis la lettre suivante pour messieurs les maieur et échevins :

« Messieurs, ce porteur estant icy venu pour donner ordre aux deffences quy ont esté faictes de mon ordonnance pour quelques levées de grains que le roy entend faire en Tellection de Ponthieu pour son service, en asseurant le paiement de ceulx quy en feront la fourniture suivant la commission que j'en ay, je vous ay bien voullu dire que mon intention n'a esté de faire plus grand arrest, sinon en chacune (raison de laboureur, de cincq ou six septiers mesure de Paris, jusques à ce que j'aye faict led. département et assiette sur ceulx quy y pourroient contribuer, etc. . . . Ce XXII' novembre (587. »

Nous pouvons toujours suivre de loin, dans les délibérations de la ville, les mouvements de troupes qui occupent la France.

Le maieur expose, ie 12 novembre, à l'Echevinage, que, la veille, M de Hucqueville et lui ont eu avis d'une levée de gens de guerre, « tant de cheval que de pied, que faict le prince de Parme, pour le roy d'Iîspaigne, au long de la rivière d'Authie et pais d'Artbois, et aussy que les reitres estans en France pour le roy de Navarre s'acheminent vers Paris; » il est donc « besoing et nécessaire de renforcer la garde en y faisant aller les cincquanteniers en bon nombre pour la conservation de la ville au service du roy et de nos vies et biens. » Le maieur, à cette fin, « a faict appeller en la chambre les maistres des cincquanteniers, des arbalestries, archers et harquebouziers, pour estre oy et en adviser. » Aussitôt après sont introduits « Anthoine Kriet, maistre

desd. arbalestriers , François Lefebure , maistre des archers, et Nicolas de Campaigne, maistre des harquebouzi^rs , et aultres aucuns anciens maistres desd. cinquanteniers » Le maieur leur soumet les circonstances impérieuses et les requiert « d'eulx préparer à faire la garde de nuict, en nombre suftisant, sur les ramparts de ceste ville, partie à la porte du Bois, auître partie à la tour de briques derrière la court de Ponthieu, et aultre partie à la tour de St Jehan-des Prés. » Maîtres nouveaux et anciens répondent qu'ils offrent bien « faire faction et garde sy avant qu'il est porté par l'arrest contradictoire obtenu et donné par le roy er son conseil d'Estat du huictiesine de juing dernier, er renforceant au préalable les gardes des habitans, tel que de la moictié, d'un tiers ou d'un quart, ainsy que nous (1) verrons bon estre, » et que plus avant ils ne sont tenus Le maieur réplique : « Les habitans estoient fort foullés de la garde ordinaire; » il fallait considérer « la grand mortallité advenue et ad présent régnante, la cherté des vivres que debvoient supporter les artisans et infirmes; » au contraire, les cinquanteniers. « composés par personnaigts riches en facultés et moiens, » pouvaient, etc. . . Entin, « prins advis à mondicl sieur le gouverneur, a esté dict et dellibéré que la garde des portes, pour le jour, sera renforcée d'un tiers de dizaine, et que lesd. cincquanteniers feront garde de nuict es lieux devant déclarés, en nombre de huict hommes en chacun endroict, jusques à ce que le temps le requerera et sera besoing, à commencer ceste nuict. »

(1) Messieurs les maieur et échevins qui sont couses parler dons toutes les délibérations.

Nous trouvons des preuves de la difficulté que rencontrait la perception de l'impôt extraordinaire (1)

Mais une nouvelle réquisition appelle une nouvelle résistance de la part même de l'Echevinage appuyé par une assemblée générale.

Le maieur remontre, le 2 décembre, que le dimanche précédent, invité à aller trouver M Delau, trésorier général de France en Picardie (au bureau estably à Amiens) . alors à Abbeville il s'est transporté vers lui M. Delau lui a communiqué « certaine commission du roy et instruction sur icelle pour lever en la généralité de Picardie (il s'agissait d'établir un magasin en la ville d'Amiens) le nombre de cincq cens muids

(l) On voit, dans le procès-verbal de la séance érhevinale du 27 novembre, qn# le maieur ayant présenté \p. rolle de la cotte à un huissier. « k sommant de le mettre à exécution etluy offrant, pour ce faire, la somme de cinequante escus, l'huissier lui en fait refus, disant qu'il ne voildroil faire pour cent escus, etc. .. » On décide cependant qu'on donnera ordre de faire mettre le rôle à exécution ie plus tôt qu'il sera possible. Il faut, à ceste lin, s'entendre avec quelques sergeans roiaulx ou aultres, selon qu'd s'en trouvera, et convenir de prix avec eux. — Pourquoy faire ont este mandés aucuns sergeans royaulx quy ont faict relus mettre led. rolle à exécution sur messieurs les gens du roy et siège présidial de cesle séneschaussée de Ponthieu, parce que ce sont leurs juges, offrans icelluy mettre à exécution sur les aultres hahitans moyennant sallaires raisonnables. Enfin, deux sergeans a masses, Jacques Lecat et Pierre Dufour, offrent de ce faire sur toutes les personnes dénommées aud. rolle sans aulcun excepter, et de remettre les deniers h l'argentier de la ville par dedans trois scpmaines d'huy, moiennant la somme de deux cens cinequante livres; sur lesquelles offres et après que aucuns ne se sont offerts de mettre led. rolle à exécution à moindre prix, a esté dellibéré que led. rolle sera baillé ausd. Lecat et Diilbui, moiennant et aux charges cy-dessus déclarées.

blé et deux cens soixante-dix muids avoine, mesure de Paris. >• Ce magasin devait subvenir à la nourriture des gens de guerre de Sa Majesté. « Sur led. nombre, les villes, bourgs et bourgades de l'ellection de Ponthieu estoient cottisés à cincquante muids blé et trente muids avoine; partant, M Delau, venu en ceste ville pour en faire le département, priait le maieur d'y assister, mesme luy donner main-forte pour l'exécution de lad. commission, al'tin que le service du roy n'en fût retardé. » Le maieur avait répondu « qu'il en communicqueroit en assemblée généralle qu'il feroit faire en la chambre du conseil du grand Eschevinage. «

Lecture faite à l'assemblée des instructions confiées au maieur par M. Delau, une protestion unanime s'élève; on décide «qu'il sera envoie encores, en la plus grande dilligence que faire se pourra, pour faire poursuite vers le roy, aftin de demeurer deschargés dud. nombre de blé et avoine à quoy lad ellection de Ponthieu a esté cottisée, considéré la petite étendue d'icelle et la paouvreté des laboureurs, et aultres considérations quy seront couchées et mises aux mémoires quy seront baillés aux depputtés; mesme que monsieur de Crèvecœur (I), quy a porté faveur en l'année quatre vingts cinq d'icelle faire descharger de quelque nombre de blé demandé par le roy pour mesme faict, sera supplié et requis de voulloir aider lad ville pour parvenir à la

descharge desd. grains par sa faveur et au cas

que lad descharge ne se poeult obtenir, qu'il sera faict poursuitte aftin d'en avoir une bonne diminution pour

(1) M. de Crèvecœur, on le sait, était alors dans la retraite, mais la ville avait conservé bon souvenir de lui et croyait encore en son autorité.

les considérations qui seront couchées ausd mémoires-, •■> on demandera, en désespoir de cause, « que les blés levés en nostre ellection de Ponthieu soient mis en magazin en ceste ville et non ailleurs, sy faire se poeult. »

Les échevins Gaillard et Hermant sont chargés de cette sollicitation.

Les deux députés rendent compte de leur voyage « en court » dans rassemblée du XXIIe jour de décembre. Ils présentent et mettent sur le bureau les lettres « par eulx obtenues de Nosseigneurs du conseil d' Estât, portant surcéance de faire lad. levée, et deffenses à messieurs les généraulx de mettre é n exécution la commission qu'ils avoient à ceste fin. » — Ces lettres ont été communiquées aux généraulx — On décide qu'elles seront lues et publiées à son de trompe , » joeudy prochain , pour en advertir les gens des champs et laboureuis. »

Le désastre de Contras a eu pour compensation, du côté du roi, le massacre de Auneau.

M. de Hucqueville communique, le i décembre, au maieur et à l'assemblée , des lettres de « monsieur l'évesque d'Amiens - L'évêque avertit M de Hucqueville « de la défaicte des reitres et de la victoire sur iceulx donnée à nostre roy quy les auroit mis en vraie déroute; pour rendre grâces à Dieu de laquelle ceulx d'Amiens auroient chanté le Te Deum et faict procession généralle. » L'Echevinage advise qu'il en sera communiqué avec messieurs les gens du roy, et, l'a\is de ces derniers pris sur-le-champ, on décide que, pour rendre grâces à Dieu de lad. heureuse victoire, « ce jourd'huy après midy se chantera le Te Deum en l'église collégiale de Dieu et de monsieur StWlfran, et, pour y amener

le poeuple, seront toutes les cloches sonnées, et en outre, que dimenche prochain se fera procession solempnelle où se portera le Corpus Domini en la manière accoustumée; à laquelle procession sera porté, scavoir: par nous, cierges ardens, et par les maieurs de bannières et nos sergeans, des torses où seront attachés blazons, scavoir: ausd. maieurs de bannières de leurs enseignes, et ausd. sergeans des armes de la ville ; et à ceste fin sera faict publication de lad. procession, à ce que chacun se dispose d'y assister en toute révérence et dévotion, et de tapisser les rues par où lad. procession passera.

A l'occasion de cette procession, la question du pas ou de la préséance entre le maieur et le président au siège présidial est discutée à l'Echevinage. La délibération la tranche en faveur du maieur:

« Et ledict jour de dimenche sixiesme dud. mois , avant lad. procession, ies cloches sonnées (1) pour assembler messieurs les eschevins en cest Eschevinaige, affln par enssemble de s'acheminer en l'église St-\Vlfran, auroit esté proposé avant que de partir, par led. sieur maieur, que Me Pierre Tillette, président au siège présidial de Ponthieu,se debvoit trouver à lad procession où il prétendoit prendre place au-dessus d'icelluy sieur maieur j et d'aultant que c'estoit chose inaccoustumée et quy pourroit tourner en conséquence pour l'auctorité

(1) « A Pierre Bocquillon l'aisné, Pierre Bocquillon le joeune et au I très (ces autres paraissent changer chaque lois), la somme de cinquante sols, pour avoir sonné les cloches du grand Eschevinage pour la procession et prières l'aides pour la victoire obtenue par le roy contre les reitres, comme appert par ordonnance du IX' décembre M Ve 1111" Vil, cy l*. » —

Reg. aux comptes, 1387-1588.

du maieur, représentant en ceste ville la personne du roy et de tous les habitans par lesquels il a esté esleu pour leur chef et supérieur, joinet que en telle assem blée il n'y va aucunement du faict présidial, aussy que delïunct Mc Philippe de la Kue, lors vivant président, n'attenta jamais en tels cas de précéder le maieur, » le maieur requérait l'assemblée « d adviser sur ce faict. » On délibère que « sy led. sieur Tillette, président, se trouve à lad. procession, led. sieur maieur prendra place au dessoubs et à costé de monsieur de Hucqueville, gouverneur de lad. ville, comme il est de coustu me faire, et au-dessus dud. sieur président; de quoy faire il est advoué de toute l'assemblée. »

Le XXVIIe jour de décembre, le maieur annonce qu'il vient « d'estre présentement adverly de l'arrivée de madame d'Àu malle en ceste ville, et que les gardes de la porte Marcadé luy en avoient faict Padvertance longtemps après icelle estre entrée en ceste dicte ville, [ce] quy auroit esté cause qu'il se seroit transporté en cest Lschevinaige et faict assembler messieurs les esche vins affin d'adviser sy l'on iroit icelle salluer en corps ou bien luy porter le vin de lad. ville Prins sur ce advis à l'assemblée, a esté délibéré qu'il luy sera porté le vin de lad. ville seullement. pour quoy faire a esté mandé led. Le Caron, esche vin et maistre des présens, auquel a esté enjoinct ce faire promptement. »

L'année 1588. — Abbeville disputée par le roi et par les chefs Je la Ligue — Le roi veut faire entrer dans la ville deux compagnies de gens de pied. — Lettres du roi et de la comtesse de l'onthieu à celle occasion. — Réponses de l'Echevinage qui s'efforce d'écarter toute garnison de la ville —Lettre

au duc de Nevers. — Manœuvres des chefs de la Ligue pour s'attacher Abbeville ou s'en emparer. — Correspondance entre eux et l'Echevinage — Tentative secrète et malheureuse auprès des maieurs de bannières. — Le duc de Nevers gouverneur de Picardie. — Le duc de Longue ville.— Nouvelles lettres du roi, de la comtesse de Ponthieu et du duc de Nevers, pour les compagnies à introduire dans la ville. — Nouvelle résistance des habitants d'Abbeville — Ils répondent au roi et députent vers lui. — Le roi leur dépêche un des conseillers de son conseil d'Etat. — Il écrit encore à l'Echevinage, ainsi qu'à M. de Hucqueville. — Abbeville consent à recevoir les deux compagnies.— Logement indiqué à ces compagnies. — M d'Eslourmel, gouverneur de Péronne, apporte à Abb"\ille des lettres du roi. — L'Echevinage le charge d'explications pour Sa Majesté.— Situation politique de la ville.

L'année 1588 s'ouvre sérieusement, sinon sévèrement (l) Nous entrons, s'en doutait on? dans cette importante période de crise qui court de l'impérieuse requête de Guise à Nancy (janvier), par- dessus les barricades de Paris (mai), au passage ensanglanté de Blois (décembre).

Notre humble ville, dans ces grands mouvements, va être disputée avec quelque persévérance par le roi et par les chefs de la Ligue.

Le roi d'abord, tenant en quelque défiance peut-être la force des murs ou l'esprit des habitants, désire faire entrer dans la ville deu\ compagnies de gens de pied.

Le 3 février sont lues, à l'assemblée échevinale, les lettres qui suivent :

De par le ivy,

« Chers et bien an.es, nous avons advisé de despescher en nostre

(1) Le second jour de janvier (1588), Jacques Gallet et Nicolas du Four, jeunes hommes à marier, pour avoir esté porter mascarades contre les dettVnses, condainpnes en trente sols d'amende chacun envers la ville lx\

Le. marchand qui a fourni lis masques est condamné a dix

sols x'.—

Ibg aux comptes 1587-1588.

pais de Picardie le sieur du Belloy, nostre conseiller et maistre d'hoslel ordinaire, pour vous faire entendre que désirant prouvoir à toutes choses quy sont requises pour la seuretté et conservation dud. pays et nesmes de nostre ville d'Abbeville, nous avons résolu de faire entrer en garnison en icclle deux compaignies de gens de pied du régiment quy a accoustuiné eslre en garnison aud. pais, et encores que nous nous asseurions que sel:on l'affection que vous portez au hien de nostre service vous suivrez en cela du tout ce quy est de nostre volonté et intention, neantnioins nous voulions bien vous ordonner par la présente que vous aiez à recepvoir lesd. deulx compaignies en lad. ville, ainsy qu'il y en a eu par cy devant, sans y faire aulcune difficulté, et ce faire tant (1) que craignez nous désobéir et desplaire sellon que vous l'entendrez plus parlicullierement par lerf. sieur du Belloy, que vous croirez connue ferez nostre propre personne.. — Donné à Paris, le XXVIIIe jour de janvier mil Ve llll" VIII, signé en bas: Henry; et plus bas: Bklslard; et au dos est escript: A nos chers et bien aniés les inaieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »

Après cette lettre du roi venait celle de la comtesse de Ponthieu :

« Messieurs, vous entendrez tant par le sieur du Belloy que par les lettres que le roy vous escript, sa volonté sur les compaignies qu'il désire mettre eu garnison en vostre ville, et encores que je ui'asseure assez que vous estes de ses plus lidelles et affectionnés serviteurs quy ne reconguoissez que luy et le bien de son son service, et que comme à tels il ne soit point besoing d'aultre recommandation, néantmoins, aiant intéresten vostre conservation et en la persévérance en ceste lidellité, j'ay bien voullu vous asseurer de l'intention de Sa Majesté, qui n'est pas de vous laisser longuement lesdictes garnisons, mais seulement de se servir de vostre lideliité et obéissance pour exemple à aultres villes de luy

(i) Je lis certainement mal les quatre monosyllabes qui précèdent; je ne les donne que pour établir une liaison quelconque.

obéir et faire le pareil à vostre imittation (ou invitation); je vous prie doucques f;iire paroistreque vous estes bonssubjects à vostre roy ainsy qu'il vous estime ; ce faisant, vous donnerez occasion à Sa Majesté de recongnoistre ce bon service à l'endroict de chacun de vous, comme aussy en mon particullier, je m'emploiray tousjours pour le général et particullier de vostre ville de très-bonne volonté. En cest endroit, je prie Dieu, messieurs, qu'il vous tienne en sa saincte garde.— De Paris, ce XXIX janvier mil Ve DU" VIII- En bas est escript : Vostre bonne amye : Diane L. de France; et au dos: A messieurs niait ur et eschevmsde la ville d'Abbeville. »

L'Echevinage répondit le 5 février :

« Sire, « Nous avons receu lettres de Vostre Majesté par monsieur du Belloy, aflin de recepvoir en garnison en ceste ville deux compaignies de gens de pied du régiment de Picardie, auquel avons faict entendre en assemblée instamment faicte où il a esté présent que nous sommes prests de les recepvoir et obéir en tous vos commandemens comme vos très-humbles et très-obéissans subjects et serviteurs; toutefois, pour la poureté et nécessité où le poeuple est reduict, l'incommodité et surcharge insuportable desdictes garnisons, nous suplions très - humblement Vostre Majesté nous en descharger, ayans à ceste lin et pour en recepvoir vostre commandement plus exprès depputté l'un des antiens maieurs de ceste dicte ville quy est celluy par lequel, au mois de. mars dernier, vous nous avec faict entendre vostre volonté de ne recepvoir ny escouter icy personne (I), de quelque quallité qu'il soit, sans commandement exprès île vostre bouche, suplians Dieu vous donner, Sire, en parfaicte santé, très-longue et bonne vie. -De vostre ville d'Abbeville, le V* l'rebvier 1588, vos trèshumbles et très-obéissans serviteurs et subjects. » — Le fer du relieur a coup4 le reste.

Le commencement de la réponse à Diane de France

(i) C'est-à-dire que nous ne recevions et n'écoutions personne,

etc.

n'est qu'une répétition de celle au roi, mais la fin est remarquable comme tableau des désordres commis par les gens de guerre, de la terreur qu'ils inspiraient et de la stérilité même que leur passage infligeait aux campagnes.

« Madame, « Nous avons receu lettres du roy et celle qu'il vous a pieu nous escripre par monsieur de Belloy (l), pour recepvoir en ceste ville d'Abbeville deux comp;iignies du régiment de Picardie en garnison. Nous luy avons faict entendre que comme trèslidelles et très obéissans subjects et serviteurs de Sa Majesté, nous sommes prests de les recepvoir et obéir à ses commandemens; toutefois que nous le suplions très-humblement et vous madame pareillement, par l'un des antiens maieuis de ceste ville que nous avous depputé à ceste tin, de nous descharger desdicles garnisons pour le bien et soullagement de vos subjects ausquels elles apporteront des charges et et incommodités insuportablcs, considéré la paouvreté à laquelle ils ont esté et sont reduicts par le passaige, allé, s et venues des gens de guerre, l'insolence desquels est tellement accrue par la négligence et faulte des prevosts des mareschaulx, leurs lieutenans et aultres quy y doibvent avoir l'oeul et regard, que les laboureurs fuient devant eulx et habandonnent leurs maisons comme devant ennemis, en sorte que la plusparl des terres demeurent en friches et habamlonnées ; vous supplians très-humblement nous vouloir favorizer pour le bien de vos subjects en ladicte descharge, et nous priions Dieu vous donner, Madame, etc. — Le Ve frebvrier 1858. »

La lettre suivante était écrite à monsieur de IXevers :

« Monseigneur, « Nous avons receu commandement du roy pour recepvoir deux compaignies en garnizon en ceste ville, et comme c'est chose qui

(1) J'écris tantôt du Belloy et tantôt île lielioy, selon que je trouve le nom écrit dans les registres.

vient grandement à la foulle (l) non seulement des habitans de ceste ville, paouvres par la cherté extrême quy ne nous faict que quitter, mais aussy de ceulx du plat pais quy sont ruinés et accablés par diverses manières, mais spécialement par les compositions et exactions que ont faict les gens de guerre sur eulx à la veue des prcvosls des mareschaulx quy ne s'en soucient, encores qu'ils soient par eulx soudoies, nous avons depputé l'un des antiens maieurs avecq un eschevin de ceste ville pour luy faire nos très- humbles remonsirances et suplications d'en estre deschargés s'il luy plaist, sinon entendre sur ce sa volonté pour nous y conformer totallement, et congnoissant l'affection dont avez embrassé nos affaires, avons osé vous suplier très-humblement nous favorizer en ladicle requeste et estre cause que nous y puissions estre exaulcés, en quoy faisant nous demeurerons, monseigneur, etc. — Du V frebvrier »588. »

Pendant ces correspondances — elles ne sont pas closes, nous le verrons — pour l'introduction, au nom du roi, des deux compagnies, ou pour la décharge sollicitée de cette garnison, les chefs de la Ligue, postés à Pont-Remy, cherchent à s'emparer de l'esprit des magistrats municipaux d'Abbeville et à prendre pied, s'il se peut, dans la ville. Ils tentent de séduire la masse même de la population intérieure en agissant secrètement sur les maieurs de bannières.

Le XXe jour de février, suivant la délibération de ce jour, on reçoit à l'Echevinage la lettre suivante :

« Messieurs, sur les occureuces présentes, la noblesse de ce pais et moy avons advisé de vous envoier ce gentilhomme exprès qui vous fera entendre le désir que nous avons tous de vous faire plaisir; nous vous prions affectueusement de le croire en ce qu'il vous dira de nostre part et faire estât qu'en particulier je demeure tousjours vostre asseuré amy. Sur ceste vérité, mes-

(1) A l'écrasement.

sieurs, je prie Dieu qu'il vous donne à tous ce que vous de'sirez. — Du Pont-Dreniy,ce XXe frebvier 1588; en bas est escript: Vostre entièrement bien bon voisin et amy : Claude de Lorraine, de Rambures ; et à la suseription est escript : A messieurs les maieur, eschevins et communaultés de la ville d'Abbeville. »

A cette lettre fut faite la réponse suivante :

« Monseigneur, « Nous avons receu la lettre qu'il vous a pieu nous envoier par ce porteur, par la boucbe duquel nous avons entendu Taivertissement que nous donnez et la bonne affection que portez à nostre conservation et repos dont nous vous remercions très-humblement, ensemble messieurs de la noblesse du pais, vous suplians nous continuer en vos bonnes giàces et nous vous demeurerons serviteurs; prians Dieu vous donner, Monseigneur, en toute prospérité, ce que mieulx désirez. — A Abbeville, le XX8 frebvrier mil Ve IIII" VIII. Vos tiès-bumbles et très-obéissans serviteurs les maieur et eschevins d'Abbeville. »

Quelaues soupçons étaient venus cependant à PEchevinage des tei.tatives faites sur l'esprit des maieurs de bannières par les ligueurs du Pont-de-Remy.

Aussitôt après la levée de l'assemblée, le maieur, s'adressant à Pierre Poultier, maieur de bannière, lui dit « qu il est adverty que led seigneur d'Aumalle a escript lettre à ceste fin ausd maieurs de bannières. S'ils en ont aulcunes, il les requiert par lui d'en faire communication à l'assemblée. » Pierre Poultier répond «qu'il n'a receu aulcune lettre dud. seigneur d'Aumalle, ny entendu qu'aucuns de ses confrères en eussent receups »

Deux jours après cependant, le lundi vingt-deux, se présentait devant le maieur J. Le Roy et quelques eschevins, le même Pierre Poultier, assisté de François Sanson , Jehan de Poilly et Jehan Renier, aussi maieurs de bannières. Pierre Poultier venait expliquer

que le samedi précédent, retournant en sa maison, sur les sept heures du soir ou environ, « il luy avoit esté présenté, par sa chambrière, certaine lettre qu'elle disoit avoir receue, sur les quatre heures d'après midy,

du lancquet (laquais) du seigneur d'A (I), logé

au Grand Herculles; voiant lesquelles lettres se seroit à l'instant transporté en nostre hostel pour nous faire entendre ce que dessus. » Le maieur avait donc réuni les échevins, pour faire l'ouverture desd. lettres, en la chambre du conseil Les lettres sont lues en présence des échevins et de M de Hucqueville, « après avoir prins le serment dud. Poullier, quy a affirmé le contenu cy-dessus véritable. »

Telle était la teneur de ces lettres :

« Messieurs, ce gentilhomme présent porteur, que la noblesse de ce pais et moy envoions par devers vous, vous fera entendre le désir que nous avons de vous assister es occasions quy se présentent, lesquelles nous menassent d'un malheur prochain, ainsy qifavecq nous vous povez juger; et pour ce qu'il ne poeult vous arriver inconvénient que nous n'y participions à cause de la proximité du voisinage et de la patrie, nous sommes tous dellihérés de courir vostre fortune, ce que cedict porteur vous asseurera et promettra de nostre part, vous prians affectueusement de le croire tout ainsy que vous-mesmes, et qu'en particullier je vous demeure tousjours amy. Sur ceste asseurance, Messieurs, je prie Dieu que vous donne en santé ce que trop désirez.— Du Pont-Dremy, ce XX frein 1588. En bas est escript: Vos're entièrement bien bon voisin et amy, Claude de Lorraine, de Rambures ; et a la suscription : A Messieurs les maieurs de bannières de la ville d'Abbeviile. »

Ainsi échoua cette première tentative sur la fidélité des habitants d'Abbeviile au roi.

(1) Je ne puis lire le nom.

À cette date, on peut le dire, la Picardie et, par suite, le Ponthieu, étaient fort disputés par les partis qui s'arrachaient la France.

Le duc de Nevers est nommé gouverneur de Picardie le 22 février.— Un peu plus tard, la survivance de cette charge fut donnée au duc de Longueville, son gendre.

Ces nominations sont faites par le roi, mais un parti se forme pour livrer le gouvernement de la Picardie au duc d'Aumale. M de Longueville prend cependant possession de la province. — Recueil des monuments inédits, par A. Thierry, t. h, p. 965.

M. de Crèvecœur, que nous connaissons depuis longtemps, était gouverneur en Tabsense de MM. de Nevers et de Longueville.

Ce coup d'œil jeté sur l'histoire de Picardie liée ici tout-à-fait à celle de l'Etat, revenons aux bruits, aux rumeurs, aux événements de notre ville.

Les deux cloches convoquent, le XXVIe jour de février, une assemblée générale. La réunion est nombreuse au-delà de toutes les proportions ordinaires. Toute une série de noms sous cette légende , notables bourgeois, figure après ceux de l'Echevinage et des officiers du roi. Pourrait-on se refuser à retrouver dans ces concours (1) quelque image des réunions populaires sur l'agora et sur le forum des anciens?

Quel intérêt poussait ainsi dans le palais populaire, au grand Echevinage, toute la ville émue et impatiente?

(1) Non inusités cependant à Abbeville, à différentes époques et pour les affaires où se trouvaient en jeu les grands intérêts de ia commune. L'histoire de la ville de Saint-Riquier, que nous avons ébauchée, offre aussi très-souvent ces réunions de la totalité des bourgeois discutant les affaires de la communauté.

Le sieur de Maupin avait à exhiber des lettres du roi, de madame la comtesse de Ponthieu, de M. le duc de Nevers; et il s'agissait toujours des deux compagnies que le roi persistait à faire entrer dans Abbevile.

Ces lettres furent lues, et probablement dans l'ordre indiqué par le respect :

« De par le roy,

« Très-chers et bien a mes, nous avons esté bien aise d'entendre, tant par ee que nous a rapporté le sieur du Belloy, nostre maistre. d'hostel ordinaire que avons dépesché par devers vous, que le contenu en vos lettres et semblablement ee que nous ont dict verballenient vos confrères que nous avez envoies, la bonne volonté et affection que les corps et babitans de nostre ville d'Abbeville ont d'obéir et faire (ou suivre) entièrement nos commandemens, encores qu'ils eussent bien désiré d'estre deschargés de deux compaignies de gens de pied que nous entendons y estre establies en garnison, de celles du régiment du sieur de Tajain | ?] que nous avons faict acheminer en nostre pais de Picardie; sur quoy aiant assez faict scavoir, de nostre propre bouche, nostre volonté à vosdicts confrères et comment nous entendons que lesd. deulx compaignies y soient receues , monstrans en cella exemple d'obéissance ainsy que nous vous tenons au rang des mieulx zellés et affectionnés au bien de nostre service, nous ne vous en dirons rien davantaige par ce mot, mais seullement vous réitérerons que vous avez à suivre en cest endroict nostre volonté et recepvoir icelles deulx compaignies, lesquelles se présenteront aud. Abbeville, ainsy que l'entenduns du bon debvoir de vostre obéissance, vous asseurant que nous aurons tousjours esgard à vostre soullagement le plus qu'il nous sera possible.— Donné à Paris, le XVe jour de frebvrier mil Ve 1111" Vlll; signé en bas : Henry ; et plus bas : Bruslart ; et à la suscription : A nos très chers et bien aînés les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »

La comtesse avait écrit:

« Messieurs, je suis bien aise d'avoir entendu, par les lettres

que nous avez escriptes, que soiez résolus de suivre la volonté du roy sur les deulx compagnies qu'il désire mettre en garnison en vostre ville. Je me feusse très- volontiers emploiée pour vous en faire exempter, mais c'est chose que le roy a trouvé nécessaire pour son service à cause du temps, et puis son intention n'est pas qu'en soiez longtemps incommodés et voeutt qu'ils vivent de gré à gré en paiant, et, pour ce faire, leur a faict payer le solde et le fera de mois en mois, comme il l'a faict entendre à vos

depputés Sy lesdictes

garnisons vous font quelque desplaisir, je m'empresseray tousjours vers le roy pour vous en descharger, et me trouverez tousjours aymant vostre rep"S et conservation comme je doibts, ainsy que i'ay chargé vos depputés de le vous faire entendre plus particulièrement de ma part, quy (ce qui) me gardera de plus longue lettre, prianl Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa saiucte garde. — Du bois de Vincennes, le XIX8 frebner 1588. En bas est escript : Vostre bonne amye Diane 1. de France; et à la suscription : A Messieurs les maieur, eschevins et habitans de la ville d'Abbeville. »

Le duc de Nevers avait écrit :

« Messieurs, je ne feray pas longue response à vostre lettre que vos depputtés présens porteurs m'ont aportée, parce qu'ils vous pourront faire entendre la response que leur a faict le roy auquel ils auront dict avoir parlé; seullement je vous diray que Sa Majesté m'a envoie dire cejourd'huy, par M. de Villeroy, que son intention estoit que le régiment de Picardie entrast en garnison en ladicte province, et, à cest effet, m'a commandé d'accompaigner ses lettres aflin de faire effectuer sa volonté, à laquelle m'asseurantque vous vous conformerez volontiers pour l'affection que portez à son service, je ne vous en diray davantaige, mais bien vous piieray de croire que là où j'auray moien de m'emploier pour vostre bien et soullagement, je le feray de bien bon cœur, duquel (sic) je me. recommande à vos bonnes grâces et prie Dieu vous donner, Messieurs, la sienne sairute. — De Paris, ce XVIe frebvrier 1588. Et» bas est escript: Vostre bien asseuré amy

Ludovico de Consac; et à la suscription : A Messieurs les maieur, pre'vosl et eschevins de la ville d'Abbeville. »

Les réponses, rédigées conformément aux opinions émises dans l'assemblée, lurent adoptées séance tenante. Les habitants d'Abbeville résistaient, mais en fidèles sujets. Au roi ils disaient :

« Sire, « Les inconvéniens quy nous sont survenus deppuis le parlement de nos derniers depputtés vers Vostre Majesté, après avoir entendu par iceulx et par vos lettres mesmes ce qu'il vous a pieu commander touchant la réception des garnisons en ceste ville, nous ont contrainct vous renvoier autres habitans d'icelle pour vous faire entendre en toutte qualité (1) lesd. inconvéniens et vous supplier très-humblement ne prendre en mauvaise part sy nous n'avons encores receu lesd. garnisons qu'au préalable n'uions receu sur ce vostre volonté dernière (z), vous supplians très-humblement nous tenir tousjours au nombre de vos trèshumbles et très-obéissans serviteurs et subjeets, et nous supplions Dieu le créateur, Sire, vous donner en sancté la jouissance parfaicte de vos saincts désirs. - Ce XXVIe frebvrier 1588. »

A la comtesse de Ponthieu ils écrivaient aussi :

« Madame, « Les occunences survenues pendant le séjour de nos depputtés à l'occasion des lettres receues de la part de monsieur d'Aumalle quy taie séjour et commande gens au Pond-Dremy et es environs, et menaces que l'on a faict couder aux oreilles du pueuple en ceste ville, tant de sa part que de la noblesse du pais, recepvans les garnisons qu'il a pieu au roy envoier en icelle pour causer division et altérer l'union quy y a tousjours esté et sera, à l'aide de Dieu, parfaictement gardée avecq un zelle du service,

(1) Je ne peux mieux lire ce mot.

(2) Les mots que je souligne ainsi sont billes dans le registre et n'ont sans doute pas été envoyés au roi.

obéissance et debvoir deub à Sadicte Majesté, nous ont contrainct envoier de reclnf supplier Irès-humbtement Sa Majesté de nous voulloir descharger desd. garnisons, pour raison desquelles et desdictes menaces, que plus parlicullièrement vous pourront remonstrer les porteurs nos concitoiens, nous voions le poeuple entrer en crainte, suspicions et partiallités quy poeuvent engendrer de niauais eft'ects et dangereulx ausd. repos et conservation, vous supplians en toute qualité (1), Madame, voulloir recepvoir nosd. reuionstrances et supplications de bonne part, et estre occasion, s'il vous plaist, que nous soions exaulcés de £a Majesté, et nous prirons Dieu, Madame, vous continuer ses sainctes et divines grâces - A Abbeville, le XXVIe febvrier 1588. »

Toutes ces protestations d'humilité et d'obéissance n'en aboutissaient pas moins, on le voit, à une résistance bien déterminée.

Le XXVlll février, nouvelle réunion au son de la cloche. En cette assemblée simplement échevinale sont lues de nouvelles lettres du roi :

« De p:ir le roy, « Très-chers et bien amés, ayant sceu que aulcuns désireux de tenir tousjours les cboses en troubles sont après à exciter quelque nouveau mouvement d'armes en nostre pais de Picardie soubs cou Heur des compagnies que nous avons advisé y envoier pour estre mises en garnison en aulcunes des places ainsy qu'elles y ont esté par cy devant et qu'il est requis pour la se are té plus grande dud. pais ou bien soubs quelque aultre prétexte, nous ayons advisé de despescher par délia le sieur d'Albin , conseiller en mon conseil d'Estat, avecq charge de vous faire entendre sur ce aulcunes choses de nostre part, desquelles nous vous prions le croire et luy adjouster foy comme à nous-mesme. — Donné à Paris, le XVIIIP jour de f'rebvrier 1588. Signé en bas : Henry; et plus bas : Bruslart ; et à la suscription : A nos

(1) Le même mot que je copie encore en hésitant. J'hésite cependant à lire humilité

— ùlo —

très chers el bien ame's les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »

« Ensuit la response, » lit-on encore, mais seulement en titre d'attente. Les trois quarts d'une page avaient été réservés pour cette réponse qui n'a pas été transcrite sur le registre

Ne serait-ce pas qu'une nouvelle lettre arriva trop tôt les jours suivants pour rendre opportune la réponse délibérée dans la séance du 28 février?

Le maieur convoque en effet, le 5 mars, une assemblée pour entendre « la volonté du roy sur le faict de la réception de deux compaignies, » etc :

« De par le roy, « Très-cliers et bien aînés, nous avons receu vos lettres et entendu ce que vos depputés nous ont dict de vostre part sur la réception des deulx compaignies que nous entendons estre mises en nostre ville d'Abbeville en garnison , sur quoy nous leur avons amplement déclaré de nostre bouche comme nous voulions et entendons qu'ils recoipvent lesdictes compaignies, sans mettre la chose en aulcune donbte pour ce que leur poeult avoir escript le duc d'Aumalle, à quoy ils ne doibvent avoir esgard, n'ayant aulcun commandement ny auetorité audict pais de par nous quy scaurons bien vous conservt-r et maintenir contre touttes personnes en obéissant à nos commandemens ; vous ordonnant que sy le duc d'Aumalle se présentait pour entrer en nostredicte ville, vous n'aiez à le recepvoir, ny pas ung aultre de son party, ains leur refuser toutte entrée comme à personnes qui sont contraires à nostre service, ce que nous commandons très- expressément et de recepvoir les susdictes compaignies.— Donné à Paris, le dernier frebvrier 1588. Signé en bas: Henry; et plus bas: Brui.abt ; et à la suscriptioh est escript : A nos très-chers et bien amés les maieur, eschevins et habitans de nostre ville d'Abbeville. »

Le roi écrivait en même temps à M. de Hucqueville :

« Monsieur de Hucqueville , j'ay receu vostre lettre par les depputtés d'Abbeville, et trouve, fort estrange que, sur ce quy leur a esté mande' par le duc d'Aumalle , il semble qu'ils aient esté en doubte de recepvoir les deux compaignies que j'entends entrer en garnison en lad. ville, comme s'il avoit quelque commandement et auctorité de moy aud. pais de Picardie et s'ils ne debvoient estre bien asseurés que j'ay les mains assez longues et fortes pour les scavoir maintenir et garder et empescher que pour m'avoir esté obéissans en la réception des susdictes compagnies , ils ne recoipvent aulcun dommaige ny de luy ny d'autres, quels que ce soient, quy ce vouldroient entreprendre; de quoy vous les asseureiez et liendrez la niain que, suivant le commandement très-exprès que portent lesdicts depputtés l'aians eu de ma bouche, lesdictes compaignies soient receues sans plus remettre la chose en doubte, ce que je ne pourrois que très-mal interpréter ; mais je me promets que, par l'affection que ont lesdicts d'Abbeville de m'obéir et du bon debvoir que vous y rendrez de vostre costé, je n'en auray poine.t d'occasion, suppliant le Créateur qu'il vous ait en sa garde. — Escript à Paris, le dernier jour de frebvrier 1588. Signé en bas: Henry; et plus bas: Brulart; et à la suscription : A monsieur de Hucqueville, chevalier de mon ordre, cap" de cincq" hommes d'armes de mes ordonnances, cappitaine et gouverneur d'Abbeville. »

La ville a enfin consenti à recevoir les deux compagnies

Le VIIIe jour de mars, on délibère que « ces deux compaignies seront logées, scavoir : l'une au quartier St- Gilles et 1 autre au quartier du Bois, pour leur donner logis et fournitures à la plus grande descharge et moins d'oppression aux habitans que faire se pourra; que

monsieur de sera requis de se trouver à faire

les recherches avec le capitaine du guet, Sanson Barenque et Jehan Foullon, eschevins. Le capitaine du

guet devra tenir bon papier tant des chambres, noms et surnoms de ceulx quy bailleront fournitures comme aussy des noms et surnoms des soldais à qui lesd. fournitures seront délivrées , afin de les rendre à la levée de la garnison. - 11 sera enjoint ausdiets Barenque et Foullon de se trouver avec led capitaine du guet pour^faire les logis (toutes excuses cessantes) en la plus grande diligence, à peine de cent escus d'amende et punition arbitraire s'il y eschet. »

Le même jour, sur les deux heures de relevée, le maieur expose qu'il y a une heure seulement, " monsieur d'Estourmel, chevalier de l'ordre du roy, gouverneur de la ville de Péronne, lui a annoncé avoir lettres de Sa Majesté à délivrer en la chambre même du conseil. » Le sieur d'Estourmel survient immédiatement et présente les lettres en date du XXVll de février dernier, dont la teneur suit :

« De par le roy, « Très-chers et bien amés, encores que nous vous aiez naguères escript par le sieur d'Alun, conseiller en nostre conseil d'Estat, sur l'occurrence des remuemens que nous voions que l'on voeult exciter de nouveau en nostre pais de Picardie, sy est que s'en retournant le sieur d'Estourmel en sa charge, nous luy avons (ou aurons) commandé de vous veoir et faire entendre aulcuues choses de nostre part sur ce subject, desquelles nous vous mandons le croire et luy adjouster foy comme à nousmesme.- Donné a Paris, le XXVll" frebvrier 1588. Signé en bas: Henry; et plus bas: Brulakt ; et à la stiscription: A nos trèschers et bien amés les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »

Ces lettres lues, le sieur d'Estourmel prend la parole. 11 a charge de Sa Majesté de recommander aux magistrats d'Abbeville d'obéir aux commandements du roi. Les deux compagnies qu'ils ont à recevoir ne demeu-

reront longtemps, et il n'en adviendra grandes charges pour les habitans « pour ce que feroient montre et recepvroient argent au précédent y entrer. » Le sieur d'Estourmel déclarait d'ailleurs qu'on eût, « sur ce, à luy donner response. » — L'assemblée répond que , d'après les termes des lettres mêmes envoyées à Sa Majesté par Mr d'Abin , la ville n'a jamais entendu désobéir aux commandements du roi; elle a, au contraire, offert de recevoir et est prête à recevoir les deux compagnie ; en cette intention il avait été,, ce jour même, délibéré de leur donner logis et fournitures. — M. d'Estourmel répond à son tour qu'il transmettra ces explications à Sa Majesté.

Enfin, dès le jour même (8 mars), les sieurs Barenque et Foullon, eschevins, se présentent avec Bernard Bohault, capitaine du guet. Ils se sont transportés, suivant l'ordonnance de l'Echevinage , » par devers M. de Hucqueville, pour adviser, avec lui ou avec le sieur de Frame, son lieutenant, à prendre heure pour faire la recherche des logis pour les deux compaignies —Ils ont advisé ce faire, avec led. sieur de Frame, à demain neuf heures du matin, après la prédication »

Les avances des chefs de la Ligue avaient été repoussées. La ville était dans les meilleurs termes avec le roi avec le gouverneur de Picardie, avec la comtesse de Ponthieu ; elle allait payer cet accord par une alerte des plus vives.

Occupation du faubourg de Rouvroy par le duc d'Aumale. — Assemblée improvisée au petit Echevinage. — Récit des faits par le maieur. — On se transporte au grand Eibevinage. — Mesures prises pour la sûreté de la ville. — Conseil de guerre tenu pendant la nuit —Députés envoyés vers le

roi avec une lettre.— Deux lettres du roi antérieures à l'occupation du faubourg. — Retour des députés avec une réponse du roi. — Résolution de l'Eclievinage. — Gribanne saisie par l'officier commandant au faubourg de Rouvroy. — Réclamations de la ville. — Nouvelles mesures de défense et d'intimidation prises par l'Echevinage. — Les suspects. — Les premières recherches et poursuites viennent du présidial.— Conduite ferme et louable du maieur. — L'Echevinage mande en sa chambre de conseil le lieutenant criminel et le procureur du roi. — Lettres et instruction* du roi. — Le roi renonce à faire entrer les deux compagnies de pied dans la ville — Reconnaissance exprimée par le roi au maieur. — Mécontentement du gouverneur à cette occasion. — Une députation de l'Echevinage l'apaise. — M. de Chemerault envoyé par le roi à Abbeville — Contribution réclamée en vertu de l'edit de septembre 1587. — Résistance de la ville.

Waignart résume ainsi , avec quelques explications propres à nous guider (1) dans les registres de la ville, les négociations qui précèdent et les événements qui vont suivre :

« Le roy, désirant conserver la ville d'Àbbeville à son service et ayant recogneu que plusieurs ligueurs vouloient la retirer de son obéissance, envoya quelques compagnies de gens de pied pour y entrer. Le sieur de Ligny en advertit son gendre de Rambure, qui y fit donner ordre pour leur empescher l'entrée. Le jour de

, monsieur le duc d'Aumale, qui avait ses

affidés à Rue et Pontdremi, surprint le faubourg Docquet ou de Rouvroi, costé du Vimeu, après disner, barricada le pont Bachelier contre la ville, empescha que lesdites compaignies entrassent dans la ville Le sieur maieur et les bons serviteurs du roy voulurent faire tirer le canon sur ledit seigneur duc (2); mais le gouverneur,

(1) Est-ce bien sûr? Ne devons -nous pas nous tenir quelque peu en garde derrière notre guide? JNous verrons.

(2) Les registres de la ville ne sont pus si explicites, on le verra, et le gouverneur de la ville et le maieur ne paraissent pas avoir été en désaccord dai»s cette circonstance.

seigneur de Hucqueville, et autres partisans de la ligue, l'empeschèrent. L'on envoja en cour pour en advertir sa majesté, qui respondit que l'on avoit bien peu de courage si l'on ne pouvoit empescher le duc d'Aumale d'entrer à Àbbeville, qu'on le laissât là » — Waignart. L'exposition développée des circonstances qui mar quèrent l'occupation du faubourg de ïlouvroy remplira le présent chapitre. La ville, qui n'a pas cédé avec facilité au roi, va résister avec fermeté aux ligueurs.

Le deux compagnies envoyées par le roi ne sont pas encore entrées dans la ville, mais on les a acceptées et on les attend. Un bruit parti de la porte d'Hocquet, le XVII mars, entre trois et quatre heures, parcourt en un instant toutes les lues.

Une assemblée, - improvisée, peut-on croire, — se tient le même jour, au petit Eschevtnage, « à cincq heures après midy » Le groupe, debout sans doute, se compose de: « J. Le Roy, maieur, Gaillard, Rohault, Lebel, Hermant, Daullé et aultres, eschevins. »

En ce lieu tout populaire s'était transporté , dans l'émotion du moment, le maieur entouré des échevins et de « plusieurs autres, tant officiers de la ville que habitans assemblés en grand nombre sur le Marché pour l'émotion estant en la ville à cause de la surprinse du faulbourg de la porte Docquet par monsieur d'Aumalle, assisté de monsieur de Kambures et autres de son party »

Le maieur exposait autour de lui la « surprinse faicte sur les trois heures après midy , en temps pluvieux et obscur. » 11 s'était acheminé, disait il, à l'instant de l'advertissement reçu par lui, à la porte Docquet « pour y mettre ordre» et faire retirer les troupes déjà mai-

tresses du lieu. Dans cette démarche, il avait agi de concert avec le gouverneur, accouru également « à ladite porte. « Ici des corrections chargent le registre, et je ne suis pas sûr de bien deviner. Je crois voir que les cinquanteniers s'étaient transportés assez rapidement à la porte, grâce au commandement donné par le maieur sur un avis du gouverneur. En ce moment de la rédaction, surviennent au petit Echevinage M. Bernard, lieutenant général, MM. Hermant, conseiller, de 3Iaupin, ancien maieur, Waignart, de Canteleu, Delestoille et autres en grand nombre « et tost après M. le gouverneur, assisté de plusieurs gentilshommes. » Le lieu se trouve alors trop incommode , « et le jour estant f'ailly, » l'assemblée se transporte au grand Echevinage. La cloche est sonnée « pour assembler; » MM. les échevins, beaucoup d'autres habitants encore se pressent autour du maieur qui reprend son récit : Le gouverneur et le maieur, « estans à la porte, avoient envoie vers led. seigneurd'Àumalle le sieur de Noully et le cappitaine du guet pour scavoir à quelle intention il estoit entré aud fautbourg et le prier de s'en retirer et s'en depporter. » Noully et le capitaine du guet, à peine dans le faubourg, avaient rencontré « quelques gentilshommes envoies de la part dud. seigneur, aftin de prier led. sieur gouverneur, les maieur, eschevins et habitans de ne trouver de mauaise part son armée aud. lieu, et qu'il y estoit venu pour le bien et conservation de lad. ville et empescher que les Gascons que y voulloit mettre monsieur d'Espernon n'y entrassent. » Noully et le capitaine du guet de retour, « sur l'advertissement que led. sieur d'Aumalle faisoit faire quelques deffenses et baricquades près le pont Bachellier vers lad. ville, -

le maieur et le gouverneur avaient encore « envoie vers led. seigneur ung autre gentilhomme et ung eschevin de lad. ville, afifn de le sommer de se depporter desd. entreprises et retirer lesd. baricquades, aultrenient que l'on y pourvoieroit ainsy que le service du roy le requéroit. » Nouvel échec. Le duc avait tenu aux nouveaux envoyés « pareils propos que ceulx portés cy dessus et davantaige. 11 creveroit plutost , avait-il dit, luy et les siens, que lesd. Gascons entrassent en la ville, et il n'osteroit lesd. baricquaddes que, au préalable, on ne luy baillât asseurance que du costé de la ville il ne seroit aulcune chose sur luy entreprins, comme de sa part il offroit bailler ostaige pour seureté, voire son frère, qu'il n'entendoit et ne voulloit aulcune chose entreprendre au préjudice de la ville et des habitans » Cette réponse reçue, le maieur et le gouverneur, « l'heure estant tardive et la porte fermée, s'estoient retirés aud. Eschevinaige aflin de prouvoir à la conservation de lad. ville, adviser de desplacer ou faire retirer led. sieur d Aumalie et ses gens dud. fautbourg, et par quelles voies et moiens. »

L'assemblée, qu agitent « ces propositions et difficultés, » délibère et advise, attendu la conséquence du fait:

« Premièrement, que le roy sera adverty de tout ce que dessus et supplié y voulloir pourvoir parle sieur de Frame, lieutenant dud. sr gouverneur, qu'il envoie de sa part, et par Sanson Waucquet, eschevin de la ville, lesquels partiront sur les douze heures de la nuit; que la garde sera renforcée et doublée, tant aud. quartier Docquet que aultres endroicts, et qu'à ceste fin l'on se transportera sur les murailles où sont maintenant plusieurs descompaignies à cause de lad. émotion, pour

disposer de l'establissement d'icelle sellon les lieux et endroicts où l'on congnoistra le besoing le requérir; et ce faict, que l'on retournera, pour adviser du surplus, sur les onze heures de la nuict aud. Eschevinaige, où seront appelles les quatre anciens maieurs et les quatre premiers eschevins , et quatre des principaulx de la noblesse estans en ceste ville. »

Toutes les rondes faites, toutes les précautions prises, le gouverneur et le maieur se retrouvent en effet à 1 Echevinage à onze heures, avec « le sieur Bernard, lieutenant général; monsieur de Bours, monsieur de Langle, le sieur de Noully, le sieur de Cornehotle, de la noblesse; messieurs Le Boucher, de St-Souplis, de "Waconsins , de Ma u pin , anciens maieurs; Gaillard, Rohault, Lebel, Herman, eschevins-, Devin, siéger, o

C'est un vrai conseil de guerre dans le pacifique palais de la bourgeoisie.

L'objet de la délibération est : « comme l'on pourroit desplacer et faire sortir led. sieur d'Aumalle dud. fautbourg Docquet et les trouppes que l'on dict qu'il y a faict loger (puisque à l'instant il n'a peu estre deslogé faulte que les forces pour ce faire n'ont peu assez tost estre amassées pour la distance de la porte et l'esloingnement du fautbourg , et par quelles voies mesmement sy l'on les deslogera avecq le canon des logis qu'ils ont aud. faulbourg et des baricquades qu'ils y ont faict. »

La réponse à ces questions belliqueuses est, dans tous les cas, prudente:

« A esté advisé et dellibéré, pour la conséquence qu'il pourroit arriver au service du roy , jettant au hazard la force de !a ville, sy elle n'cstoit bastante pour faire sortir lesd. trouppes dud. t'c;utbourg, (ce quy est à

craindre, attendu l'assiette advantageuse d'icelluy, n'est que l'on soit aidé et appuie des compaignies quy viennent, de par Sa Majesté, en garnison en ces quartiers,) que, avant aulcune chose entreprendre en ce faict, l'on attendra le commandement de Sad. Majesté-, et néantmoins, sy led. sieur d'Au malle ou les siens se ingèrent de passer plus oultre et entreprendre quelque chose davantaige sur lad ville, que l'on le repoussera par le canon et aultres voies dhostillité ; cependant que les gardes seront redoublées affin de prévenir tous inconvéniens, et qu'il ne sera permis à aulcuns soldards et gens de guerre d'entrer dans la ville et de ne (1) les aider d'aulcune munition. »

A minuit part la lettre écrite au roi :

« Sire, « Nous avons receu vos lettres du XI de ce mois pour recepvoir la compaignie du cappitaine Collomban en garnison en vostre ville d'Ahbeville au lieu de la compaignie collonelle de vostre régiment de Picardie, ce que ne faudrons et de satisfaire du tout à vostre commandement et nous acquitter du très-humble service que debvons à Vostre Majesté; et voianl deppuis le parlement du sieur de Belluy que monsieur d'AumalIe renforce de jour à aultre ses trouppes, tant de chevaulx que de pied, approchant vostre dicte ville de plus près jusques aulx faulxbourgs, se saisissant des chasteaulx et maisons fortes, contraignant la noblesse de ce pais à tenir son party, ayant ce jourd'huy aussy mandé par devers luy les officiers de vos tailles et taillons de vostre eslection de Ponthieu, et à eulx enjoint de leur (2) fournir argent pour le paiement de ses trouppes, sellon que plus à

(i) Qu'il ne sera permis de les aider

(2) Leur pour lui évidemment. Uur sous-entend peut-être les agents du duc.

plain vous pourra certiflier ce présent porteur, supplians (1) trèsbumblement Vostre Majesté d'y voulloir prouvoir en toulte diiligence pour la conservation de vostre pais, prians Dieu vous donner, Sire, etc. (l'etc. est dans le registre). — Du XVII' mars 1588. »

Le 19 mars, l'Echevinage reçoit ce mot royal antérieur encore aux derniers événements rapportés. Le roi remercie les habitants d'Àbbeville de leur bonne volonté et les encourage ainsi dans leur résistance à ses ennemis.

« De par le roy,

« Très-chers et bien amés, despcschant le sieur de Chemerault vers le duc d'AumalIe, nous luy avons donné charge de vous veoir et vous tesmoigner le grand contentement que nous avons receu d'entendre par le sieur d'Abin la bonne volonté que vous avez de respecter en tout et partout nos commandemens pour vous y conformer entièrement, quy est ce que nous nous sommes tousjours promis de vostre loiaulté et lidellité quy vous a de tout temps rendus sy recommandés, en quoy nous vous admonestons de persévérer, avecq asseurance que nous vous ferons congnoistre à touttes occasions nostre bonté et bienveillance, et combien nous désirons de vous maintenir et conserver. — Donné à Paris, le XVI8 mars 1588, signé Henry; et plus bas : Bbuslabt; et à la suscription : A nos très-chejs et bien amés les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »

Le 22 mars, le sieur d'Abin remet au grand Echevinage une autre lettre du roi, lettre datée du jour même de l'occupation du faubourg de Rouvroy, mais discrète déjà, comme si l'on pouvait craindre qu'elle tombât en des mains hostiles; précaution qui pouvait

(I) Sic. La contexture de la phrase demanderait cependant supplii.ns.

ne pas être inutile, ainsi que nous le verrons plus loin par la lettre du roi du 6 avril.

« De par le roy, « Très-chers et bien aînés, entendant que l'on continue tousjours d'essaier, par plusieurs mauaises praticques, de troubler le repos de nostre province de Picardie et à la précipiter en quelque grande confusion de mal, usant à cest effect de tous les pernicieux artilices quy se poeuvent excogiter, nous avons esté meu de vous despescher de nouveau le sieur d'Abin, chevallier de nos ordres , conseiller en nostre conseil d'Eslat et cappitaine de cinq" hommes d'armes de nos ordonnances, avecq charge de vous dire aulcunes choses de nostre part, desquelles nous vous mandons le croire et luy adjouster foy comme à nostre propre, personne. — Donné à Paris, le XVIIe jour de mars 1588, signé Henry; et plus bas: Brulard; et à la suscription : A nos trèschers et bien amés les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »

Ainsi, la mission du sieur d'Abin était surtout verbale, et rien ne transpire dans le registre des ordres qu'il peut donner ou des recommandations qu'il peut faire à l'Echevinage.

Enfin, le XXU11 mars, dans une assemblée convoquée au son des deux cloches, les députés expédiés à Paris dans la nuit du 17 au 18 rendent compte de leur voyage; ils rapportent à l'Echevinage une lettre dans laquelle le roi, en exhortant les habitants d'Abbeville à persister dans leur loyauté, se déclare disposé à venir lui-même en Picardie pour leur prêter « tous bons secours. »

« De par le roy, « Très-chers et bien amés, aiant veu vostre lettre du XVII de ce mois, par laquelle nous asseurez que vous estiez près (sic) à recepvoir le cappitaine Collomban, sellon ce que nous vous en avions cy-devant mandé, nous avons esté bien esmerveillé d'entendre, par mesrnc moien, les mauais depportemens du duc

d'Aumalle, et que, les accroissant de jour à aultre, il se soit logé avecq fores en l'un de vos faulbouigs pour empescher l'entrée de ladicte compaignie, de laquelle Dieu scait sy nous avons eu intention de la faire loger pour donner aulcune foulle (charge trop lourde) et surcharge, à nos bons et loiaulx subjects les habitans d'icelle \ille, et sy ce a esté à nostre volonté que, pour après y avoir séjourné peu temps, l'en retirer avecq (un mot passé ici sans doute) de marcher, avecq le reste du régiment, du costé de Poictou où nous dellibérions de nous acheminer bien tost; dont puisque nous sommes maintenant divertis par ces nouveaulx mouvemens excités du costé de nostre pais de Picardie, nous persévérons en nostre première, résolution de nous y acheminer en personne incontinent après ceste feste Nostre-Dame, aflin de nous faire rendre par led. duc d'Aumalle et ceulx quy lui adhèrent l'obéissance quy nous est deuiie; cependant nous vous admonestons de vous tenir tousjours au debvoir de vostre loiaulté et adviser à vous conserver, pur tous bons moiens, allencontre de luy cl desd. adhérans, à ce qu'ils ne puissent rien entreprendre contre vous à quy nous ne defiauldrons en tous bons secours, aide et assistance, comme à ceulx que nous avons en singulière recommandation pour leur remarquable loiaulté et tidellité. — Donné à Paris, le XX* mars 1588, signé Henry ; et plus bas: Brulart ; et à la suscription est escript : A nos très-chers et bien a mes les maieur et eschevins de noslre ville d'Abbeville. »

L'Echevinage décide donc, suivant les lettres de Sa Majesté, que l'on continuera de faire bonne garde « pour prévenir et empescher que soit aulcune chose entreprise contre la seureté de lad. ville et le service du roy » Je crois voir qu'on ne tentera rien contre le duc « en attendant que Sa Majesté, par sa venue, y pourra prouvoir, » à moins que le duc ou ses gens ne s'avancent davantage qu'ils ne sont à présent, « auquel cas l'on se deffendra par les voies de la force et hostillité »

Une autre question occupe celte assemblée; on vient

d'apprendre que « M. de Rambures(1), estant au faubourg de Rouvroy, a arresté ou faict arrester une gribanne chargée de marchandises, et a faict responce à celuy quy en a demandé la main levée qu'il ne la pouvoit rendre qu'il n'en eust adverty le sieur d'Aumalle, et qu'il arresteroit tous les basteaux quy viendroient en ceste ville, etc. » — On décide que l'on enverra vers le sieur de Rambures pour lui demander la restitution de la gribanne en l'invitant à ne plus entreprendre rien contre la ville, ou que « l'on usera contre eulx de voie d'hostillité- •>

On décide aussi que l'on mettra des piques du magasin du roy en tous les corps-de-garde, tant du Marché que des ramparts, et que tous les canons contenus aud. magasin seront posés « es lieux plus nécessaires pour s'en deffendre davantaige , et que sera prins de la pouldre à canon pour s'en servir à ceste fin. »• On mande donc le garde des munitions ; parmi les ordres qu'on lui donne est celui de délivrer et mettre au corpsde-garde du Marché « jusques au nombre de deux cents piques, » et de délivrer aussi aux maîtres de l'artillerie « trois caissons de pouldre. »

Vers le milieu d'avril se produit, dans la ville, le premier signe d'une situation que nous pourrons, en raison d'analogies faciles à saisir, appeler plus tard la terreur; déjà la défiance politique menace des suspects; messieurs du présidial ordonnent des enquêtes ; des arrestations prochaines sont à craindre.

La conduite du maieur J. Le Roy fut très-belle dans ces circonstances. Sous l'émotion des premières pour-

(I) M. de Rambures commanda au faubourg de Rouvroy pendant tout le temps de l'occupation — deux mois et onze jours.

suites, il s'explique, le 12 avril, avec une énergie toutà -fait louable, dans une assemblée composée d'une dixaine d'échevins. Il a été, le jour même, « adverty, expose - 1- il, que plusieurs habitans se murmuroient de ce que monsieur le lieutenant criminel avoit faict adjourner grand nombre d'habitans pour depposer contre ceulx quy avoienl mal parlé de la Ligue, [ce] quy causoit grande division entre lesd. habitans, et qu'à ceste occasion ils s'estoient transportés ce jourd'huy matin, assistés dud. Gaillard, de Sanson Barenque, eschevins,

encores du greffier et de Marin , sergeant à mace,

par devers led. sieur lieutenant criminel, pour luy faire entendre que le roy et madame d'Angoulesme, comtesse de Ponlhieu, nous avoient cy-devant escript et corn mandé de tousjours maintenir les habitans en union et concorde pour les raisons qu'il (le maieur) auroit alléguées aud. sieur lieutenant criminel , et qu'à ceste occasion il (le lieutenant) ne debvoit faire lad. information pour l'inconvénient quy en eust peu arriver contre le service du roy ; lequel sieur lieutenant criminel luy auroit faict response que ce qu'il en avoit faict avoit esté à l'instigation du procureur du roy, ne pouvant dénier justice, sa charge estant criminelle, et aultres excuses par luy alléguées. •> Le maieur s'était donc transporté immédiatement par devers le procureur du roi, « auquel il auroit proposé pareilles raisons, le priant de nommer son instigateur, ce qu'il (le procureur) n'auroit voullu faire ; pourquoy il (le maieur) auroit, de tout ce que dessus, faict faire son procèsverbal, et qu'à ceste occasion il auroit faict sonner la cloche pour assembler messieurs les eschevins, al'lin de dellibérer sur led. procès-verbal. »

La discussion et la résolution qui suivent sont remarquables à plus d'un titre.

« Considéré la conséquence du faict, ladicte information estant généralle, aussy que led. sieur maieur est adverty que plusieurs habitans voeullent imputer nous maieur et eschevins, estre instigateurs d'icelle, . .

a esté advisé, attendu la conséquence

du faict, que auparavant rien dellibérer sur icelluy, qu'au cas que lesd. sieurs lieutenant criminel et procureur du roy continussent de faire lad. information, que messieurs les anciens maieurs seront appelles pour leur en communicquer et, en leur présence, mander lesd. lieutenant criminel et procureur du roy pour les sommer de déclarer l'instigateur desd. informations', pour, ce faict, adviser ce qu'il se trouvera le plus expédient sur ce faict. »

Cette délibération du 12 avril 1588 ne nous donnet-elle pas une bonne idée encore de l'importance des magistratures communales, gardiennes de la vie, de la liberté, de la sécurité des habitans de la ville confiée à leur vigilance, à leur devoir, à leur droit de vieille date? Fort de ses obligations et de son autorité, l'Echevinage parle de mander le procureur du roi et le lieutenant criminel pour les sommer de déclarer l'instigateur d'une information ou de quelques commencements de poursuites. Les bourgeois ont encore un peu le sentiment de leur indépendance des douzième et treizième siècles, de ce temps où sous leur tour, sous leur cloche, dans leur maison commune, tous les droits seigneuriaux étaient réunis, exercés jusqu'à la corde du bourreau; à leurs yeux peut-être encore, les droits de la justice séparée de leur échevinage par le roi ne sont que des dé-

membrements, des distractions de leur propre autorité demeurée la première, dans leur ville, en antiquité et en honneur.

Remarquons même l'esprit politique. L'Echevinage était, dans cette circonstance, un organe de modération et de justice; l'intérêt communal, le vrai sentiment — à sauvegarder — de l'accord traditionnel demandait en effet qu'on ne travaillât pas à diviser les habitants, qu'on ne les obligeât pas à déposer les uns contre les autres.

Le 13 avril, le sieur de Belloy, introduit dans le conseil échevinal où se trouve le gouverneur de la ville, dit que Sa Majesté l'a chargé de lettres pour le sieur de Hucqueville et les maieur, eschevins et habitans d'Abbeville, « et de leur porter parole concernant le l'aict des troubles et mouvemens de guerre nouvellement excités en ces quartiers. »

Les lettres sont immédiatement lues, ainsi que les mémoires et instructions qui les accompagnent :

« De par le roy, « Très-chers et bien amés, renvoiaut, il y a quelques jours, le secrétaire du sieur d'Abin vers son maistre qui estoit encores lors à Abbeville, nous luy avons donné des lettres pour vous, lesquelles, ainsy qu'avons sceu, luy feurcnt prises etostées avecq celles quy estoient pour sondict maistre, par aulcuns de ceulx quy se sont enlevés en armes es environs de nostre ville d Abbeville à la faveur du duc d'Aumalle; cella est cause que n'avez reci'u les I. lettres. Deppuis nous n'avons laissé de penser soigneusement de vous et d'adviser aux moiens que nous pourrions tenir pour vous dellivrer doulceinent de l'incommodité que ressentez de l'aprocht'inent desd gens de guerre et vous guarantir de touttes injure et molesté, de quoy vous serez advertis par le sieur de Belloy, nostre conseiller et maistre d'hostel ordinaire,

que vous despeschons exprès, vous asseurant que vostre conservation nous est tellement recommandée que sy la voie amiable que nous avons faict tenter comme la meilleure pour y parvenir venoit à desfaillir contre nostre espérance, nous ne vous défaudrons poiuct de tout bon secours, forces et assistance quy seront requis pour vous maintenir soubs uostre obéissance avecq la dévotion et affection que vous portez au bien de nostre service, en laquelle nous vous admonestons de persévérer tousjours constamment, croyans au surplus ce que vous dira le sieur de Belloy comme nous-même. — Donné à Paris, le VI' jour d'apvril 15S8, signé Henry ; et plus bas: Bbulart; et à la suscription : A nos très-chers et bien amés les maieur, eschevins et habitans de nostre ville d'Abbeville. »

On voit, par les instructions, que le roi renonce à faire entrer les deux compagnies dans Abbeville; le duc d'Aumale est donc arrivé, par sa position retranchée dans Rouvroy, aux tins déclarées par lui dès le début de sa.démonstration :

■ Le sieur de Belloy, s'en allant à Abbeville, fera entendre au sieur du Pont-St-P>erre, quy en est gouverneur, et aux maieur et eschevins, que Sa Majesté désirant, pour le bien de lad. ville et du pais, dissiper avecq toute la plus grande doulceur qu'il sera possible le commencement de mal quy se voit, mesme es environs de cestc ville, à l'occasion des gens (le guerre quy se sont eslevés et logés en ung des faulbourgs d'icelle, pour tousjours soullager davantaige sa province, a faict en sorte que les trouppes susdictes se retireront, dedans ce noeufviesme de ce mois au plus tard, des environs d'icelle ville et laisseront les choses en Testât qu'elles estoient auparavant; et que cependant led. duc d'Aumalle s'en ira trouver monsieur le duc de Guise à Soissons pour, là, adviser enseniblement a contenter Sa Majesté sur les mouvemens nouveaux advenus audict pais de Picardie et les places quy y ont esté cy-devant occupées affin d'asseurer davantaige ung bon repos et tranquillité, ce que Sadicte Majesté se promet de veoir exécuter, faisant cependant demeurer les compaignies du régi-

ment au lieu où elles sont, sans qu'elles s'advancent plus avant dans le pais, pour plus aisément parvenir au bon effect; duquel (1), s'il ne réussissoit ce qu'Elle se promet et de'sire pour le bien de lad. patrie, led. sieur de Belloy asseurera les dessusdicts qu'Elle les seeourera et aidera de toutes ses forces et moiens, mesme de sa pre'sence, pour les maintenir sous son obéissance et conserver, sellon qu'ils en sont très-dignes et qu'ils luy en donnent beaucoup de subject et d'occasion pour la lidellité, affection et grande dévotion qu'ils ont de longtemps monstre porter au bien de son service et nottamment en ce dernier mouvement, dont il leur tesmoignera qu'Elle demeurera fort contente.

«. Et pour ce que le maieur s'y est montré entr'aultres fort zellé et affectionné, il luy dira que Sad. Majesté luy en scait beaucoup de bon gré et qu'Elle recongnoistra le bon service quy (qu'il) luy a faict en cella aux occasions quy se pourront présenter pour l'advancement de luy et des siens. — Faict à Paris, le VU* jour d'apvril 1588, signé Henry; et plus bas. Brulart. »

Les remerciements du roi au maieur excitent immédiatement une tempête dans la chambre même du conseil.

Le gouverneur, tout en émotion, proteste « avoir faict pour le service du roy ce qu'il luy a esté possible et pour le repos et honnetteté de la place, estant asseuré n'y avoir homme plus serviteur du roy et fidel que luy, » et toutefois, ajoute t-il en s'adressant directement à J. Le Roy, c'est le maieur qui en a « l'honneur et le prouffit »

M. de Hucqueville se lève alors pour partir. Le maieur, désireux de bon accord, cherche à le retenir et à l'apaiser:

« 11 seroit très-marry de luy avoir donné occasion de

(1) Je copie textuellement. Etait-il nécessaire cependant que ces instructions du roi portassent, dans la langue même, la marque des embarras du temps?

malconlentement. et que s'il y avoit quelque honneur en ce quy a esté faict pour la conservation de ceste ville, il recongnoissoit qu'il appartenoit aud. sieur gouverneur comme ayant l'auctorité et commandement, et non à luy, le suppliant de ne prendre ce quy faict mention de luy par lesd. mémoires et instructions en mauaise part, pour ce qu'il n'y a rien de sa faulle. »

Le gouverneur quitte cependant la compagnie, et, comme on reconnaît « quelque malcontentement luy estre demeuré sur la remonstrance et prière dud. sieur maieur et pour le bien du service de Sad Majesté et conservation de lad. ville en son obéissance , repos et union des habitans, il est advisé et dellibéré, affîn de maintenir l'union et bonne intelligence quy aestéjusques icy entre led. sieur gouverneur et le corps et communauté de la ville, que l'on se transportera vers luy pour le supplier de continuer en lad. union et ne voulloir prendre aulcun subject de malcontentement sur lesd. mémoires quy ne viennent du mouvement dud. sieur maieur ny des eschevins, comme il poeult juger, voiant que toultes les lettres escriptes de la part desd. maieur et eschevins à Sad. Majesté luy ont tousjours esté communicquées, cachetées et données au porteur en sa présence. » Le sieur de Belloy, les sieurs Groul et Rohault, anciens maieurs , et les sieurs Gaillard et Anthoine Rohault, échevins, sont choisis pour cette démarche.

L'Echevinage attend leur retour; ils ont fait entendre au gouverneur, reviennent- ils dire, la délibération ci-dessus. M. de Hucqueville, redevenu maître de luimême et non sans malice dans ses retours, leur avait répondu « qu'il ne portoit aulcune inimitié aud. sieur maieur, et qu'il ne laisseroit pour cella ny pour toute

aultre chose à faire le service du roy comme il a tousjours faict, et que ce qu'il eu a dict n'estoit pas pour son regard, mais pour ce qu'il luy sembloit que les antiens maieurs, eschevins et aultres quy ont travaillé et travaillent pour la conservation de la ville méritoient d'estre aussy recongneus, ausquels et aux eschevins il touche plutost que à luy. »

Malgré les lettres et les instructions du roi, communiquées sans doute au duc d'Aumale, le troupes de ce dernier occupèrent le faubourg de Rouyroy jusqu'au 28 mai. Les habitants d'Abbeville supportèrent bien à contre cœur ces troupes sous leurs murs, comme on en pourra juger plus loin par une lettre de l'Echevinage à M de Crèvecœur ("2 juin).

Les relations se poursuivent assez actives, pendant ce temps, entre le roi et l'Echevinage, mais sans que nos registres nous gardent toujours des explications suffisantes On reconnaît cependant que le roi fait travailler à débarrasser la ville du voisinage inquiétant.

« Le 22 avril, le sieur de Chemerault, chevalier des ordres du roy, grand mareschal de ses logis, fait entendre à l'assemblée la crédence qu'il a de la part de Sa Majesté, suivant ses lettres du XVe jour du présent mois, adressantes tant aud. sieur de Hucqueville que ausd. sieurs maieur et eschevins, lesquelles sont cyaprès escriptes. » (Le scribe a en effet laissé blanches deux pages et demie, mais les lettres du roi n'ont pas été transcrites). M de Chemerault s'employa, pendant la fin de ce mois et pendant presque toute la durée de l'autre, à l'évacuation du faubourg de Rouvroy (1).

(I) Le registre aux comptes conserye quelques preuves des

Le 26 avril, la ville envoie probablement vers le duc d'Aumale (1).

Le sieur Le Picard, président trésorier et général de France au bureau estably à Amiens, vient à Abbeville et sollicite de l'Echevinage l'exécution de l'édit du mois de septembre 1587 (2).

Dans la délibération du dernier jour d'avril, l'Echevinage s'appuie, pour échapper à la contribution, sur la pauvreté des habitants de la ville; « il n'est » en conséquence « possible faire lever lad. somme, d'aultant que, pour les empeschemens aportés par ceulx quy ont occupé les faulbourgs de la ville, la liberté du commerce a esté premièrement ostée à ceulx quy se meslent de marchandise quy font (ou sont) la meilleure partie de la ville 5 consécjuemment que, parle séjour que ont

services rendus par M. de Chemerault et de la reconnaissance de la ville :

« A Batazart Desgardins, la somme de trente sols, pour deux journées d'ung cheval baillé à monsieur de Chimerault pour aller à Aumalle xxx\

« A Meon Ternisien et Jehan Beauvarlet le joeune, la somme de six escus quarante-huict sols, pour la despence au disner faict à monsieur de Chimerault, envoyé exprès par le roy en ceste ville avec plusieurs gentilshommes, assavoir: aud. Ternisien, pour viande, 4 escus, et aud. Beauvarlet, pour vin, 2 escus; appert par ordonnance du VIe jour de juing aud. an M. Ve quatre-vingthuict, cy vrc xlviii'. »

— Reg. aux comptes, 1587-1588.

(1) « A deux messagers, pour avoir esté à Aumalle et au Pondremy le XXVIe jour d'avril audict an (1588), la somme de trente-cinq sols xxxv*. »

— Reg. aux comptes, 1587-1588.

(2) La commission du roy au sieur Le Picard est tout au long dans le registre; elle est très-longue et inutile pour notre sujet.

faict et font encore de présent, comme il (I) poeult congnoistre et juger à l'oeul, les gens de guerre allentour lad. ville, ceulx du plat pais sont tellement ruinés qu'ils ont esté contraincts laisser leurs fermes , maisons et labouraiges pour l'insolence des gens de guerre, en sorte que les principaulx de lad. ville ont maintenant leurs terres habandonnées et en friches, et sont privés entièrement de leurs moiens et revenus.

« 11 sera aussy remonstré aud. sieur Picard qu'il n'y a aulcune apparence de pouvoir faire assiette et levée des deux mil escus que Sa Majesté a demandés puis naguaires et voeult estre levée et assise (2) capitallement sur les habitans, considérant Testât et condition en laquelle est réduicte lad. ville assiégée de toutes parts, ne ressentant aulcune commodité du pais circonvoisin entièrement ruiné et désolé, les principalles rues et chaulcées d'icelle désertes par le moien qu'il n'y a que une seule porte ouverte, et que les habitans, de quelque condition et quallité qu'ils soient, sont contraincts, de jour à aultre, faire garde tant de jour que de nuict pour maintenir et conserver lad. ville à Sa Majesté. -

Journée des barricades.— Effet de cette journée dans Abbeville. — Les suspects plus vigoureusement pressés. — Assemblée générale réunie contre eux. — Accusations anonymes. — Les suspects divisés en deux catégories: ceux qu'on met dehors et ceux qu'on admoneste.— Ils sont mandés à l'Echevinage.— Leur défense. — Protestation énergique de Robert Caibounier. — Il ne veut d'ailleurs reconnaître pour juges que le maieur et le lieutenant général en la sénéchaussée de Ponthieu. — Uiscussion vive entre lui et H. de Hucqueville. — Emportement du gouverneur. — Carbonnier

(1) Le sieur Le Picard.

(2) Sic. Les rédacteurs ont sous-entendu ladite contribution,

fera une sorte d'amende honorable adoucie que M. de Hucqueville viendra entendre à l'Echevinage même. — Lettres de M. d'Estrées sur la journée des barricades.— Lettre du roi sur sa retraite de Paris.— Réponse de l'Echevinage à M d'Estrées. — Abbeville se concerte avec Amiens. — Evacuation du faubourg de Rouvroy. — L'Echevinage rend compte au roi de cette libération — Abbeville encore très-fidèle à Henri III. — Lettres du roi et de M. de Crèvecœur. — Abbeville sollicitée par Amiens à s'engager avec Paris.

Waignart nous a fourni le sommaire du chapitre précédent; Formentin nous fournira rapidement le sommaire de celui-ci.

Le duc de Guise se rend à Paris avec une armée. Journées des barricades. Le roi écrit aux magistrats d' Abbeville « pour leur rendre compte des motifs de sa retraite et les exhorter à rester fermes dans son obéissance. » Notre comtesse, retirée à Chartres avec lui, « écrit sur le même ton, mais ces lettres font moins d'impression sur les esprits que celles du duc de Guise et du conseil des Seize de Paris. Les sermons séditieux de Saveuse, curé de Saint-Paul, de Cavillon, curé de Sainte - Catherine , et de Reimbert, gardien des Cordeliers, arcs-boutants de la ligue, avaient déjà corrompu les esprits, débitant en chaire mille impostures contre le roi et Diane de France qui, dès- lors, ne fut traitée que de soi-disante comtesse de Ponthieu » — Formentin (1).

La journée des barricades (13 mai) eut un prompt écho dans Abbeville.

La terreur que nous avons annoncée déjà va se développer ; les suspects seront maintenant des condamnés, et ils ne seront plus poursuivis par le présidial seule

1) Nous citons, mais nous devons dire que jusqu'ici et en toute l'année que nous parcourons, nous n'avons pas encore trouvé, dans les monuments de la ville, trace de cet emportement des prédicateurs. Formentin anticipe peut-être. Nous verrons.

ment, mais par une opinion largement dominante dans la ville.

Le XVIe jour de mai, les deux cloches convoquent en assemblée générale les deux collèges et les « habitans. » A la réunion, que président le gouverneur et le maieur, s'empressent les anciens maieurs, le procureur du roi, toute la viile. L'afÛuence montre l'intérêt nouveau entré dans les esprits, la secousse donnée aux opinions par les derniers événements.

L'inquiétude , la passion , conseillère en tous les les troubles, un mot d'ordre reçu peut-être, font porter la délibération sur les suspects.

On advise que l'on fera sortir ces suspects de la ville « pour éviter aux inconvéniens qui en pourroient survenir au bien public et repos des habitans. »

C'est dans cette assemblée générale qu'est dressée la liste des noms « tant de ceulx qu'ils entendent estre mis hors la ville que de ceulx qu'ils trouvent debvoir estre admonestés. »

Les accusations sont anonymes; des listes de dénonciations sont faites mystérieusement par chacun dans la chambre des maieurs de bannières, puis toutes portées au bureau, « desquelles a esté faict la réduction tant de ceulx qu'ils entendent estre mis hors la ville que de ceulx qu'ils trouvent debvoir estre admonestés. »

Les catégories dressées distinguent donc:

Premièrement, « ceulx qui doibveut estre priés de sortir (1) hors de la ville » — (Suivent une douzaine de noms que je ne puis lire tous, mais qui me paraissent

(1) Eslre priés de sortir; ces mots remplacent sur le registre les mois estre mis hors, biffés sans doute par euphémisme.

être ceux de la noblesse moyenne ou petite des campagnes)-(1).

Secondement, « aultres qu'il semble debvoir estre admonestés de se gouverner modestement, sans eulx mesler des affaires d'Estat, user de menasses, etc. « — (Suivent dix neuf ou vingt noms, dont quelques-uns sont assez difficiles à lire).

Une autre assemblée moins nombreuse (XV1U mai), convoquée par une seule cloche, mais où se trouvent cependant MM. de Hucqueville, J Bernard, lieutenant général, et le lieutenant du gouverneur, nous donne la suite de l'affaire :

« Suivant et en conséquence des dellibérations des XV, XVI et XV11 du présent mois, ont esté mandés en l'Eschevinage Fremin Descaufour, Martin Descaufour, Anthoine Franqmanier, Nicolas Regnault, Robert Car-

bonnier, Nicolas Boucher, Oeulliot, Jehan Hecquet,

Condé, le cappitaine Sanson , Gabriel Le Roy, Jehan Foucquembergue, Martin Formentin, Mathias Boullenger et Jacques du Crocq (2), ausquels a esté remonstré

(1) J'essaie, mais à très-grand'peine et sans grand succès, de déchiffrer les noms de ces gentilshommes expulsés de la ville :

Monsieur (1) Carpentin.

Monsieur de Rogehan? et ses enfans.

Monsieur de et Mr de Lengles?

Jacques Lengles?

Godentin? le .. . .?

Josse Prévost?

Josse Routtier??

Blonchefer??

Le sieur de Behen ?

(2) Tous faisant partie de la seconde liste.

(I) Je ne puis voir si le mot que j'omets est un prénom ou un nom.

par led. sieur gouverneur qu'ils avoient esté mandés, non pour quelque suspicion qu'ils soient aultres que bons habitans et serviteurs du roy, mais à l'occasion qu'ils sont comprins au nombre de ceulx que l'on dict avoir tenu quelques propos malsonnans contre l'union des habitans, affin d'estre admonestés de eulx comporter à Padvenir modestement et en bonne union en continuation du service qu'ils doibvent à Sa Majesté pour le bien et repos des habitans de ceste ville. »

A cette semonce , il est répondu par Oeulliot « et subsécutivement par les aultres susnommés, qu'ils n'ont jamais i'aict ni attenté aulcune chose contre le service du roy, ains faict tout debvoir de bons habitans fidels et catholicques, requérans acte de leurs protestations d'eulx prouveoir, mesmes d'estre mis en la protection et sauvegarde desd. sieurs maieur et eschevins, et ne plus, à l'advenir, aller en garde, attendu la suspection qu'il semble que l'on eust sur eulx. »

Le gouverneur leur réplique : « On les recongnoit pour bons habitans et catholicques; touttefois, ils sont comprins en la liste de ceulx que l'on a trouvés debvoir estre admonestés par l'assemblée solempnelle des Estats faicte le jour de lundy dernier, sans scavoir les noms des dénonciateurs ny la cause de la dénonciation; il leur est enjoint, au surplus, de continuer la garde pour le service du roy et la conservation de la ville, comme leur a esté accoustumé. »

Alors — et c'est là pour nous un mouvement inattendu et vraiment fier en cette séance — se produit une protestation énergique dont Kobert Garbonnier se fait l'organe. Garbonnier ne veut accepter comme juges que

le maieur et le lieutenant général en la sénéchaussée de Ponthieu.

« Adressant la parolle ausd. sieurs lieutenans et maieur, il leur a remonstré , comme à ses juges naturels (I), qu'il avoit esté appelle en cest Eschevinage par ung sergeant à mace , et leur en a demandé la cause. »

Ainsi, les accusés devenaient accusateurs. Abbeville a honoré du nom d'une rue l'héroïsme sans preuves et historiquement invraisemblable du problématique Ringois; ne doit-elle pas au moins garder bon souvenir de la fermeté du défenseur, jusqu'alors inconnu mais avéré désormais, de ses droits mal soutenus en des temps de troubles par un échevinage intimidé ou désorienté? Robert Carbonnier va obliger d'abord le maieur à une déclaration faible et dont l'intention est ambiguë 5 il va rendre à l'assemblée elle-même, comme on le verra plus loin, quelque sentiment de ce qu'elle se doit.

Le maieur, pour toute réponse — embarrassée peutêtre, — dit «qu'il ne scait les noms des dénonciateurs ny \eseuvies pourquoy il (Carbonnier) doibt estre admonesté. » Carbonnier requiert acte de cette déclaration.

On aimerait à deviner le ton et l'attitude du maieur, mais il est clair que le candidat royal du mois d'août précédent n'est plus maître de la situation dans sa ville.

Nous reconnaissons mieux l'accent d'autorité et de colère qui frémit dans les paroles du gouverneur.

M. de Hucqueville demande à Carbonnier « s'il n'avoit entendu la remonstrance qu'if avoit faicte et s'il voulloit

(1) Ne devons-nous pas remarquer ce mot?

recongnoistre l'auctorité qu'il a de Sa Majesté de povoir ce faire (1).

Carbonnier, toujours ferme dans sa résistance, répond « qu'il ne congnoit sinon lesdicts sieurs lieutenant et maieur pour ses juges ordinaires et quy aient à luy commander. » 11 s'avance alors pour sortir « avecq les aultres,» mais le gouverneur requiert qu'il soit « arresté céans tant qu'il aura esté oy sur les propos téméraires et audacieusement par luy prophérés en l'assemblée. » Carbonnier, sans s'arrêter, réplique encore « qu'il ne demeurera point pour le sieur gouverneur, sy led. sieur maieur ne luy commande; » et à l'instant il sort de la chambre. Le gouverneur s'écrie impérieusement et demande qu'il soit céans retenu prisonnier, « tant pour ce que dessus que pour aultres propos qu'il auroit tenu contre le service du roy et repos public. »

L'affaire ne pouvait en rester là cependant. L'assemblée, heureusement incapable de blâmer Carbonnier, mais désirant sortir de difficulté, mande, après le départ du gouverneur, l'orateur des suspects en la chambre du conseil. Carbonnier déclare qu'il est serviteur dud. sBr gouverneur comme il luy a dict lors de l'admonition, mais qu'il ne poeult recongnoistre aultres juges que nous, recongnoissant néantmoins l'honneur et respect qu'il luy doibt. » L'assemblée ordonne « que Carbonnier. ... » Ici la première rédaction s'est trouvée embarrassée ou n'a pas satisfait le conseil, et plusieurs ratures successives indiquent les hésitations du tribunal, forcé d'infliger une humiliation au défenseur même de la dignité municipale et des droits de la justice ordinaire.

(1) Je souligne quelques amphibologies pour ne rien changer au langage.

L'assemblée ordonne enfin « que led. Carbonnier déclarera, comme en la chambre du conseil, aud seigneur gouverneur, qu'il le recongnoit gouverneur pour le roy en ceste ville et qu'il luy doibt tout honneur, respect et obéissance, et jusques à ce, demeurera céans; et pour ce que il est cejourd'huy comparu et souffert l'admonition avec aultres habitans, suivant la délibération généralle, qu'il ne sera informé des choses passées, ce quy instamment a esté prononcé aud. Carbonnier quy a déclaré et s'est soumis satisfaire au contenu cy-dessus; pourquoy avons ordonné que le greffier se transportera par devers led. sieur gouverneur pour luy prier de se trouver céans demain, dix heures du matin, pour luy faire communicquation de lad sentence et oyr lad. déclaration par la bouche dud. Carbonnier. »

On peut reconnaître quelque dignité dans cette fin, du moins nos idées actuelles le font juger ainsi. La satisfaction n'est pas rendue au château, et le gouverneur se dérangera pour venir la recevoir lui même. L'explication est en quelque sorte faite de plain pied (1). Le XXII may, l'assemblée prend communication de cette lettre de M. d'tistrées à M. de Hucqueville :

« Monsieur, lotit présentement il m'est arrivé un courrier quy m'a apporté des lettres du roy, dont je vous envoie coppie, ainsy que Sa Majesté me commande ; vous verrez, par icelle, le discours de ce quy s'est passé a Paris de toutes ces broulleries icy [?] et ce quy a meu Sad. Majesté de s'en retirer, et vous prie les communicquer aux maieur et eschevins de vostre ville pour les

(1) Il est question encore des suspects (de ceux qu'on a priés de quitter la ville) dans la délibération du 18 juin.— Voyez aussi (pour les gentilshommes mis hors la ville et que le roi désire voir rentrer) la lettre du roi du 3 juillet (assemblée du 7 juillet 1588).

contenir tousjours en la vraie et droite obéissance que nous debvons à nostre vray roy et prince, et que ne soient surprins et prévenus d'aucunes impressions, elle (la ville) se laissant aussy escoutter aux inventions de milx quy entreprendront de les esmouvoir, à l'exemple de ceulx de Paris. Sa Majesté leur escript à cest effect. ayant accompagné du roy mot des miennes, que je vous prie aussy leur faire tenir; à quoy n'aiant bien qu'adjouter, sinon de vous souvenir tousjours de vostre bon debvoir accoustumé que j'ay tesinoigné à Sad. Majesté, je ne vous feray ce mot plus long que pour vous dire que je vous tiendra y adverty de

ce quy se passera, priant en cest endroict le Créateur, etc

— D'Amiens, ce XXIe may 1588. En bas est escript: Vostre bon amy à vous faire service, Destrées. A la suscription : Monsieur monsieur d'Hucqueville, etc »

Suit la très-longue lettre du roi à M. d'Estrées, et dans laquelle le roi raconte les événements qui l'ont chassé de Paris. « Escript à Chartres, le XVIe jour de may 45SN. »

M. d'Estrées écrivait aussi aux maieur et eschevins en leur envoyant une autre lettre du roi :

« Messieurs, aiant receu ceste lettre du roy icy pour vous, j'ay bien voullu vous Penvoier et l'accompaigner de ce mot pour vous prier de demeurer tousjours au debvoir et fidelle obéissance que nous debvons à noslre vray roy et prince, et de vivre tellement en union et concorde entre vous aultres que cella soit cause de vostre conservation, laquelle je scay que vous avez en telle recommandation, ainsy que j'ay asseuré Sa Majesté de ce quy s'est passé en vostre ville, comme monsieur de Hucqueville, vostre gouverneur, me l'a escript, que vous ne ferez jamais chose qui soit contraire à vostre debvoir et à vostre propre vie. Ayant envoie coppie des lettres que Sad. Majesté m'a escriptes aud. sieur de Bucqueville pour vous la côinmunicquer, vous verrez par icelle tout le discours de ce quy s'est passé a Paris et ce quy a meu Sadicte Majesté de s'en retirer, quy me gardera de faire ceste plus longue; sur quoy j'attendray de vos nouvelles, n'en

aiant receu aulcunes deppuis que je suis en ceste ville, dont je ne puis celler que je ne m'en plaigne à vous ; et sur ce, je prie Dieu le créateur, Messieurs, vous tenir en bonne, saincte, heureuse et longue vie. — D'Amiens, ce XXIe may 1588. Vostre affectionné et meilleur amy, Destrées. Aux maieur et eschevins, etc »

Mais voici comment le roi lui-même cherchait à conserver l'esprit de ses sujets :

« De par le roy,

« Très-chers et bien amés, vous entenderez du sieur Destrées les occasions qui nous ont meu de partir de nostre ville de Paris le XIII de ce mois, et vous dirons par la présente que ce a esté avecq tous les regrets et desplaisirs qu'un prince qui a tant rendu de proeuves de sa bonté et affection envers ses subjects, comme nous avons faict, poeult sentir et supporter; non taut encores pour le respect de nostre absence et esloignement et la façon de laquelle les choses sont passées que pour avoir recongneu et esprouvé véritablement, contre nostre attente, la raison et la vérité, qu'aucuns ayent eu pouvoir d'imprimer au cœur des habitans de nostred. ville de Paris que nous aions eu volonté de leur donner des garnisons estrangères et que nous soions entré en doubte de la hdellité et dévotion des bons bourgeois d'icelle,

car c'est chose qui n'entra jamais en nostre pensée, etc » Le

roi continue à expliquer ses bonnes intentions et à raconter les événements; puis: « C'est pourquoy nous vous faisons la présente par laquelle nous vous admonestons et prions de n'adjouter

foy à telles inventions et inductions, etc , d'aultant que

nostre vraie intention est de ne riens innover ny changer eu la

garde de vostre ville, etc » Suivent d'autres explications et

justifications. « Nous vous prions et exhortons de rechef de ne donner aulcun lieu aux suedictes impressions et artiftices, etc. . . » Suivent des protestations de la bonne volonté royale. — « Donné à Chartres, le XVIe may 1588, signé Henry; et plus bas : Brulart. A nos très-chers et bien amés les maieur et eschevins d'Abbeville. » Le XXUl may, les maieur et eschevins répondent à M. d'Estrées:

« Monseigneur, nous avons receu les lettres du roy du XVI' de

ce mois et les vostres, et eu communicquatioti, par monseigneur le gouverneur de ceste ville, de celles que Sa Majesté vous escript contenans le discours de ce quy s'est passé puis naguaires à Paris et l'intention connue Sad. Majesté voeult que l'on se gouverne en ces troubles et reinueinens ; lesquclle nous avons à l'instant faict lire et publier en assemblée sur ce faicte au son de la cloche en la maison commune, et icelles faict enregistrer, aftiu de maintenir les habitans en union et affection qu'ils ont tousjours eu an service deube à Sad Majesté et à la conservation de ceste place en son obéissance, à quoy ils sont sy affectionnés et unis, comme nous espérons que led. seigneur gouverneur vous porra certifier que aiez occasion de pouvoir asseurer Sad. Majesté (i),ce que nous vous supplions très-humblement voulloir faire; et, pour ce que il a cy-devant esté faict une conférence en vertu des lettres du roy par monsieur de Chemerault, en la présence dud. Sr gouverneur et aultres, avec monsieur de Rambures estant aux faulbouigs de ceste ville, pour l'en faire sortir, quy a esté portée par led. sieur de Chemerault vers Sad. Majesté dont n'avons deppuis eu aulcunes nouvelles, voians que le pais est par ce moien ruiné et destruict, continuant lad. conférence, en conséquence de lad. lettre, avecq led. sieur de Rambures et monseigneur d'Aumalle auquel il a le tout renvoie, il a esté dressé ung expédient pour parvenir à la dellivrance dud. faulbourg et oppressions qu'en reçoit lad. ville et le plat pais, lequel nous avons chargé les présens porteurs que nous envoions à ceste tin exprès vous communicquer pour ce que nous ne voulions aulcune chose faire quy puisse apporter, en façon que ce soit, préjudice au service de Sad. Majesté et au debvoir et tidellitté que nous luy debvons ; prians Dieu vous donner, Monseigneur, etc. (sic dans le registre).— D'Abbeville, ce XXIIIe may 1588. Vos très-humbles et obéissans serviteurs les maieur et eschevins d'Abbeville. »

Abbeville cherchait à s'entendre avec Amiens sur tous les points. Le 24 mai, r'Echevinage de cette dernière

(1) Cette lettre ne pêche pas ici par une clarté trop grande de rédaction.

ville recevait du nôtre une demande de renseignements « pour se mettre sur le même pied. » — La Ligue à Amiens, par A. Dubois p 26.

Le vendredi XXVIIe jour de mai, au son des deux cloches, assemblée des Estats au grand Eschevinage. Il est question, dans cette réunion très-nombreuse et où assiste le gouverneur, des moyens de délivrer les faubourgs de cette ville des gens de guerre qui les occupent « à la ruine et destruction des habitans. »

M. de Rambures évacue enfin Rouvroy le 28 mai (1).

A la suite du procès-verbal de la réunion (au son d'une cloche) du XXXe jour de mai 158s, est inscrite cette lettre datée de la veille, et dans laquelle l'Echevinage rend compte au roi de la liberté rendue aux abords de la ville et de sa fidélité inébranlable envers la couronne. On était encore dans la ville et avec la même loyauté attaché au roi et à la Ligue.

« Sire, En enssuivant les lettres adressantes à messieurs de Chemerault, de Hucqueville, de Belloy et à nous, dattées du XXVI* jour d'apvril dernier, nous avons conféré avec le sieur de Rambures des moiens pour luy faire quitter le faulbourg de ceste ville qu'il occupoit à la grande oppression de vos paouvres subjects, comme vous a peu déclarer plus amplement ledict sieur de Chemeraull, et d'aultant que deppuis son partement nous n'avons reçu aulcunes nouvelles pour la deschaige de vostrc poeuple, en conséquence de vosd. lettres et soubs le. bon plaisir de Vostre Majesté, nous avons continué et poursuivy ladicte conférence par l'advis et dellibération communs de vos principaulx officiers et habitans de cested. ville, et faict en sorte, avecq led. sieur de Hucqueville, que led. sieur de Rambures a quitté et délaissé led.

(1 Voyez plus loin la lettre des maieur et échevins à M. de Crèvecœur, datée du 2 juin.

faulbourg libre comme il estoit auparavant, aux conditions que les présens porteurs par nous à ceste Un depputés feront entendre à Vostre Majesté, vous supplians très-humblement croire que nous continuions à jamais en la lidellité et obéissance que nos prédécesseurs et nous avons tousjours portée à vostre couronne, supplians Dieu le créateur vous donner, Sire, en toute prospérité, très-heureuse et longue vie. — En vostre ville d'Abbeville, le XXIX" may 1588. Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs et subjects les maieur et eschevins d'Abbeville. »

Cette lettre était déjà partie quand l'iichevinage reçut celle dans laquelle le roi cherchait, en s'appuyant sur son ancien lieutenant général en Picardie, à maintenir, par de bonnes paroles et des encouragements, les habitants d'Abbeville dans une obéissance qui ne leur pesait pas encore, on vient de le voir.

A la suite de la séance du 2 juin 1588, je trouve ces copies :

« De par le roy,

« Très-chers et bien amés, estans jaloux de vostre bien et conservation comme de ceulx qui nous sont particulièrement recommandés, nous mandons au sieur de Crèvecœur qu'il vous aille visiter de nostre part pour scavoir en quel estât sont touttes choses dedans nostre ville d'Abbeville, et exciter ung chacun à la dévotion et affection qu'il doibt au service de son roy , encores que nous aions toutte confiance qu'en cella vous vous trouverez bien accordans pour n'y avoir riens quy puisse plus asseurer vostre repos et tranquillité que de recongnoistre tousjours la révérence et obéissance que vous nous debvez, sans vous laisser transporter à touttes aultns mauaises inductions et persuasions que l'on voultlroit faire pour vous en divertir; de quoy nous asseurans que vous scaurez bien vous préserver, nous ne vous en dirons rien davantaige par ce mot que nous finirons. — Donné à Chartres, ce XXII" jour de may t588, signé Henry; et plus bas : Brulart. A la suscription : A nos très-chers et bien amés les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. .»

Suit la lettre écrite par l'ancien lieutenant général de Picardie. On verra que les excellentes qualités de M de Grèvecœur sont restées les mêmes, mais que son style non plus n'est pas changé :

« Messieurs, par la lettre que le roy m'a adressée pour vous, j'estime qu'il a encore quelque opinion que vous recepvrez volontiers de moy les admonestemens qu'il désire quy vous soient faicts pour demeurer tousjours unis d'affection et de debvoir au seul bien de son service, se ressouvenant peut-estre Sa Majesté de ce que aultrefois vous avez bien receu de moy les advis et ce que j'ay peu emploier d'effect et de bonne volonté (pour ou à) vostre conservation, à quov je veulx bien enenres de rechef vous asseurer sur ceste occasion que vous me trouverez toutte ma vie aussy prompt et disposé que vous le scaurez désirer de vostre plus affectionné, quy aimeray tousjours tant vostre repos et contentement que à tout ce que je pourray vous servir, vous ferez estât de moy et de mon advis et de mon assistance aussy, et lionne volunté, comme de ce quy se poeult souhaiter à vostre mesme recommandation; sur quoy donc, vous ayant convié par

la présente à ce que vous (i ) de l'intention de Sa Majesté

par sad. lettre, j'adjouteray encore ce mot par la présente pour vous prier d'une ferme union et commune bonne intelligence entre vous et vos habitans, à vous maintenir et conserver tousjours soubs l'auctorité et droicte obéissance du roy en nostre saincte relligion catolicque, de laquelle vous avez tousjours esté

sy affectiounés observateurs et soubs cella (2) tousjours sy

fidelles et sy obéissans serviteurs de Sa Majesté que il n'est à doubter aucunement que vous en décliniez jamais, ce que je vous exi.orte encore et d'aultant que je vous ayme qu'en le debvoir vous continuiez d'aimer tousjours et observer aussy ce que vous jugerez et congnoistrez sur ce temps y appartenir droictement au bien du service de Sad. Majesté, à votre repos

(1) Verbe que je ne peux lire.

(2) Mot que je ne peux lire.

et conservation pareillement et au commun bien et soullagement de ceste province, laquelle nous voions estre désolée par nostre division et comme habandonnée aux injures et perversités du temps par certaine mallice contre laquelle il est à croire que une droicte et saincte union pourroit beaucoup pour restablir nostre désordre à ung plus louable succès. A quoy, sy tant est que ma présence vous puisse apporter quelque satisfaction et contentement, je n'en plaindray jamais le voiage, et à tant me rccommanderay tousjours à vos bonnes prières, priant aussy le Créateur vous avoir, Messieurs, en sa saincte et digne garde. — A Crèvecœur, ce premier juing 1588. Vostre entièrement affectionné et meilleur amy, Bonivet. A la suscription : A Messieurs maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »

Ces derniers répondirent; et dans leur réponse nous trouvons un témoignage de PEchevinage même sur les troubles du temps:

« Monseigneur, nous avons receu lettres du roy du XXIIe may dernier et celles dont il vous a pieu les accompaigner, lesquelles nous avons incontinent faict lire et publier en assemblée qu'avons à l'instant faicte, affin de faire congnoistre à chacun l'amour et le soing que a Sa Majesté de nostre repos et conservation ; et comme l'affection qu'avez tousjours eue à nostre commun bien n'est aucunement diminuée et refroidie, mais que aulx toubles et reinuemens dangereulx quy se pratiquent en ceste province vous avez eu mémoire de nous, offrant vous exposer pour le service de Sa Majesté, sans avoir d'esgard à vostre antien aage, de venir participper à nostre fortune, dont nous ne scaurions jamais assez vous rendre giâce, ou pour vous informer de Testât où les choses sont maintenant disposées en ceste ville et vous laisser juger, par là, s'il est expédient que preniez ceste peine de venir par deçà. Estans prests d'obéir à Sa Majesté, nous vous povons asseurer que, encores que nous soions assez et trop resst ntens de l'incommodité, ruyne et oppressions que a apporté l'occupation que ont faict ceulx de la Ligue de nos faulbourgs et du plat pais, sy est que les habitans sont tousjours demeurés

au debvoir et service de» à Sadicte Majesté, n'y en aiant un seul quy n'ait vacqué et travaillé d<> volunté et affection à la conservation de lad. ville en son obéissance, en sorte qu'il n'y a eu et n'a occasion de s'en défier pour l'union quy y est en ce quy concerne l'honneur de Dieu et le service du roy ; au surplus, que le sieur de Rambures et les gens de guerre de son party sortirent desd. faulbourgs et les rendirent libres ie XXVIIIe jour de may dernier, et avons faict commencer et continuons de faire abattre les forliffications qu'ils avoient dressées contre lad. ville, en laquelle de présent l'union est aultant et plus entre lesd. habitans qu'elle n'a esté, sans aulcune particiallité ny apparence de division quy puisse apporter désordre ou altération au service de Sad. Majesté; vous supplians très -humblement, en continuant les faveurs et bons traictemens dont avez çy-devant vers nous [sic), en voulloir advertir et asseurer Sad. Majesté vers laquelle nous avons envoie nos depputtés, aflin de luy faire entendre bien particulièrement ce quy s'est passé et la dévotion que nous avons à son service; vous supplians croire que chacun jour nous sont représentés les biens faicts que nous avons cy-devant receu de vous, quy nous commandent de vous honorer à jamais comme père de la patrie ot à vous porter l'honneur, respect et obéissance que scauriez désirer de nous; prians Dieu de tout nostre cœur vous donner, Monseigneur, en toute perfection de sancté, trèslongue et heureuse vie. — D'Abbeville, ce deuxiesme juing mil Ve 1111" VIII. Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs les inaieur et eschevins d'Abbeville. »

Un mot très-simple, mais que nos révolutions modernes ont rendu significatif au-delà du premier sens, peut caractériser quelques voyages des députés des villes à cette date. Ces députés semblent parfois aller en mission. Vincent Boulanger, avocat d'Amiens, vient à Abbeville (i juin) et va à Montreuil pour engager ces villes à faire le traité avec Paris. — La Ligue à Amiens, par A. Dubois p. 27.

Abbeville, en cédant bientôt à ces sollicitations, s'engagera plus avant dans la Ligue

Le prochain chapitre nous offrira la réponse encore prudente cependant de l'Echevinage.

Les habitants d'Amiens sollicitent les habitants d'Abbeville d'entrer dans l'union — L'évêque d'Amiens appuie ces sollicitations. — Délibération cvasive de l'Echevinage d'Abbeville. — Rapport des députés envoyés au roi.

— Lettres du roi au gouverneur et à l'Echevinage d'Abbeville. — Lettres patentes par lesquelles le roi concède à la ville quatre mille écus à prendre sur ceux de la nouvelle opinion et accorde des décharges aux habitants.— L'Echevinage persiste à tenir hors de la ville quelques suspects.— Letlres do M. d'Estrées pour le roi et du prévôt dos marchands et des échevins de Paris.— Le gouverneur plus avancé dans le parti de la Ligue que l'Echevinage d'Abbeville — Députés de la vilie de Paris — Une assemblée des Etats. — Abbeville adhère à l'union avec Paris et les autres villes catholiques — Dcpulations décidées vers la ville de Paris et vers le roi. — Serment pi été par l'assemblée des Etals.— Lettre du roi. — Lettre de l'Echevinage d'Abbeville au prévôt dès marchands et aux échevins de Paris

— Lettre au roi. — Mémoire donné par l'assemblée dis Etats d'Abbeville aux députés envoyés vers la ville de Paris. — Lettre du roi rapportée par les députés envoyés vers Sa Majesté. — Les députés envovés vers la ville de Paris sont rappelés —Les gentilshommes suspects rentreront dans la ville.

Les habitants d'Amiens, qui sont entrés en union avec ■< ceulx de la ville de Paris,» — délib. de l'Echevinage d'Amiens, III juin, — A Thierry, Doc. inédits, tome II, p. 9G1, — ont écrit dans les premiers jours de juin aux habitants d'Abbeville, pour les exhorter à s'engager comme eux.

Le maieur expose le XVIIe jour de juing, dans une simple assemblée échevinale, que, dans la matinée de ce même jour, « monsieur l'évesque d'Amiens lui a mandé qu'il vouloit luy dire ung mot et que, estant vers luy (1),

(l) L'évêque d'Amiens. Nous devons prendre notre parti de ces

il luy a dit qu'il désiroit que nous facions réponse aux lettres escriptes par messieurs de la ville d'Amiens, affin d'entrer en union comme eulx comme ils ont faict avec la ville de Paris, etc »• Le maieur, autant que je le puis voir, n'a fait qu'une réponse évasive ou dilatoire à l'évêque, et les échevins présents à la réunion où le maïeur expose ces conversations remettent aussi, sans se prononcer, à décider plus tard sur l'union telle qu'elle est proposée dans les lettres d'Amiens, mais décident « qu'il leur sera mandé et fait entendre que aulx affaires qui concerneront l'honneur de Dieu, la conservation de la religion catholique, apostolicque et romaine, le service du roy et le repos et soullagement de ceste province, nous désirerons tousjours d'en conférer les ungs aux aultres, etc. »

Les deux cloches convoquent le XVIIIe jour de juing une grande assemblée générale au grand Echevinage (1). A l'appel se rendent le gouverneur, le lieutenant général, le maieur, deux chanoines députés par Saint-Vulfran, le sous-prieur de Saint-Pierre et le recteur dud lieu, le lieutenant du gouverneur, les anciens maïeurs, les échevins, le siéger, le substitut du procureur de la ville, le capitaine du guet, l'argentier, les maieurs de bannières.

Dans cette réunion, les sieurs de Kernel et Hermant rendent compte de leur mission auprès du roi Ce sont eux qui ont rapporté les lettres de Sa Majesté.

formes grammaticales et nous reconnaître dans ces amphibologies au moyen du contexte.

(l) Comme d'ordinaire. C'est par exception qu'on délibère au petit Echevinage — ainsi lors de l'occupation du faubourg de Rouvroy par le duc d'Aumale. — Toutes les fois donc que je n'indique pas le lieu, il s'agit du grand Echevinage.

De ces lettres, l'une est adressée au gouverneur, l'autre aux maieur et eschevins, en date du 8 juin 45S8, touchant ce que Sa Majesté a eu pour agréable la délivrance du faubourg de Rouvroy (4).

(1) Au gouverneur:

« Monsieur de Huctjiieville, j'ay reeeu vostre lettre de laquelle a este' porteur le cappilaine Ferniel ? vostre lieutenant, et suis bien aise, pour le dommaige et incommodité que r -çoipvent ccnlx d'Abbcvillc de l'occupation du faulbourg de Rouvroy qui estoit détenu par les gens de guerre du duc d'Aumalle, que vous avez trouvé moien de les en faire retirer, au soulagement de lad. ville < t du pais ci rcon voisin : néantmoins, je ne puis avoir agréable qu'il aytesté parlé de l'establissement et acceptation de garnison, d'aultanl que c'est chose quy despend de ma seule auctorilé. et je ne puis aussy trouver bon que l'on ayt mis dehors lad. ville quelques gentilshommes quy s'y csloient habitués, quy sont bons catholicques, et voeulx qu'ils y rentrent, ainsy que je le escript présentement à ceulx de la ville et soient receus, à quoy vous tiendrez la main (l). Quant à l'estatde la ville de Boullongne, etc. (Suivent quelques appréciations et quelques ordres qui ne regardent plus directement Abbeville). — Escript à Vernon, le VIII juing 1588, signé: Henry ; et plus bas: Brulart; à la suscription : à monsieur de Hucqueville, etc. »

Aux maieur et eschevins :

« De par le roy,

« Très-chers et bien amés, pour l'affection que nous avons à vostre bien et soullagement, nous avons esté bien aise d'entendre que le faulbourgde Rouvroy soit maintenant deschargé des gens de guerre que y avoit logés le duc d'Aumalle, desquels vous ne poviez que recepvoir de grandes subjections et incommodités, oultre ce que le pais des environs en souffroit, désirans que vous pourvoie si bien à la conservation d'icelle que n'en puissiez tomber en inconvénient, à quoy vous debvez estre de tant plus soigneux et vigilans que vous avez en vous-mesmes trop esprouvé

(1) Le roi, malgré ses protestations, en vieut donc, contre la ville, à la coercition militaire.

Lecture est donnée des deux, ainsi que « d'autres lettres-patentes du roy du don faict à lad. ville de la somme de imm escus à prendre sur ceulx de la nouvelle oppinion, pour estre emploiée aux fortifications de lad. ville avecq aultres lettres par lesquelles Sa Majesté descharge les habitans de lad. ville de la somme de vim escus que Sad. Majesté avoit cy-devant ordonné estre levée en constitution de rente sur lesd habitans, comme aussy de la somme de mil escus sur la somme de nm qu'il voulloit estre pareillement levée sur lesd. habitans par forme de subvention, lesquelles lettres ont esté pareillement lues à lad. assemblée.

«Ce faict, lesd. sieurs de Fernes? et Hermant ont vcrballement faict leur rapport des remonstrances par eulxfaictesàSa Majesté touchant le faict de !eur légation, et représenté qu'EUe a eu pour agréable la composition faicte pour led. faulbourg, mesmement les asseurer de ne point envoier de garnison en cested. ville et de nous continuer en nos previllèges. » Enfin, l'assemblée, « entendu et oy la lecture des lettres du roi, en ce quy touche la réception de ceulx quy sont sortis de la ville par dellibération des estats, décide qu'avant de recevoir ces gentilshommes l'on fera entendre à Sa Majesté les causes quy ont meu les habitans de faire sortir ceulx qu'ils tenoient suspects. »

le mal et que n'en debvez perdre aisément la mémoire ; au surplus, ayant sceu que vous avez faict sortir de lad. ville des gentilshommes bons catholicques qui s'y estoient retirés, nous voulions qu'ils y rentrent et que vous les y recepviez sur tant que craignez nous désobéir. — Donné à Vernon, le VlU'juitig 1588, signé: Henry; et plus bas: Urulaud; à la suscription : A nos tiès-chers et bien amés les maicur et eschevius de nostre ville d'Abbeville. »

Dans la période où nous entrons, le gouverneur adopte, si nous ne nous trompons, un maintien et un langage plus fermes dans le sens de la Ligue, que la contenance et les paroles de PEchevinage.

Cette attitude se dessine particulièrement dans une réunion à PEchevinage, le XXIIe jour de juing.

Le maieur venait de déposer sur le bureau les lettres esci iptes par monsieur d'Estrée, du XVII de ce mois, avec copie des lettres du roy portant advertissement de son entrée en la ville de Rouen, du X11I dud. mois. Ces lettres sont lues à l'assemblée; comme aussy les lettres de messieurs prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris (1) adressantes aud seigneur gouverneur, et aux maieur, eschevins, habitans et communaulté de ladville (d'Abbeville). Après ces lectures, « led. sieur gouverneur auroit dict qu'il falluit faire assemblée pour commuuicquer lesd. lettres au poeuple. » Les échevins présents, moins résolus sans doute à rompre avec le roi, opinent simplement (plus timidement ou prudemment) qu'il serait bon « de publier au son de la trompe lesd. lettres du roy et dud. seigneur Destrée, pour le faire entendre au poeuple. » Ils laissaient ainsi de côté et tenaient à l'écart de la discussion générale et populaire les lettres de PEchevinage parisien. La proposition échevinale, qui réduit ou déjoue la sienne, satisfait trèsmal M. de Ilucqueville : « Ce que oyant, dit le procèsverbal, il s'est relire et dict qu'il voyoit bien que l'on ne voulloit pas assembler. »

Après le départ du gouverneur, l'affaire est remise

(1) Le registre munici;>nl ne contient aucune des lettres rappelées ainsi.

en délibération et il est advisé que « messieurs les gens du roy et anciens maieurs seront priés d'eulx trouver cejourd'huy, deux heures, au son de la cloche, pour oyr la lecture desd. lettres et entendre la commission des depputés de la ville de Paris; on priera aussi le sieur gouverneur de se vouloir trouver en personne à l'assemblée. »

Sur les trois heures donc de relevée, la réunion a lieu. Lecture nouvelle de toutes les lettres est donnée; puis

Jacques Belle et Nicolas , bourgeois de la ville

de Paris, sont appelés en la chambre où ils exposent « n'avoir aultre charge que ce quy est porté par lesd. lettres, sauf d'asseurer de la part de messieurs de Paris ceulx de ceste ville, concernant le bruit qu'ils ont entendu que l'on fait courir en ces quartiers pour empescher lad. union, que ce n'a esté et n'est l'intention de ceulx de la ville de Paris de la poursuivre pour puis après tirer des villes et communaultés levées de deniers et presls d'avant, mais affin que chacun dresse et apporte ses plaintes et remonstrances particullières pour puis après en estre dressée une queste (1) et la présenter au roy, aftin de soullager son poeuple de la foulle (écrasement) et oppression ('2). »

On délibère alors, « attendu l'importance et consé-

(1) Une plainte écrite.

(2) Les actes et les paroles du temps étudié parlent mieux que toutes les remarques de l'historien, et nous cesserons d'appeler à chaque page l'attention sur tout ce qu'il y a de populaire dans le mouvement parti de Paris, de populaire dans la forme et dans le fond. Comme presque toujours, ne résisterons-nous pas à dire, on rend le roi responsable de tout, et quand on l'a mis dans l'impuissance d'agir, on le somme de trouver des remèdes à tout.

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