‹ La Ligue à Abbeville, 1576-1594 (volume 3)Chapitre 2 sur 27 · DUMOULIN. LIBRAIRE · texte numérisé non relu

DUMOULIN. LIBRAIRE

Quai des ÂugnstiDS, 13 1 8 T 3

iS92-IS93

(Il

ICBoaTellemeiit de la loi. — Incidents des élections. — Renouvellement de tons les maieors de bannières. — La guerre occupe toujours la yille. — Confection de pics, de pelles, de hottes. — Règlement pour rétablissement de quatre compagnies de gens de pied. — Réponses et remontrances diverses au due d'Âumale. — Il sera supplié de ne pas mettre garnison dans la ville et même d'en faire sortir a plusieurs gens.de guerre quy y sont ad présent; » ete. — On ne peut avancer d'argent, etc. — Les troupes du roi ï Rue. — Prise de l'abbaye de Forestmontiers par les soldats de l'Union. — La compagnie de M. de Rambnres à la solde de la ville. — M. de Rambures demande à faire montre et à recevoir de l'argent. — On se procurera 4 tout prix les deniers nécessaires. — Redoublement de précautions, rondes. — Lettres du duc d'Âumale et révocation des passeports accordés pour aller aux villes tenant parti contraire. — Remontrances au duc à propos de quelques injonctions aux laboureurs. — Questions discutées : comment rendra-t-on libres les biens saisis par les deux partis ? comment •Murera-t-on la paix du laboureur? comment rendra-t-on la liberté au trafic? — L'Echevinage repousse un impôt sur le sel et s'opposera à Tem-

(1) Maieiir : Charles Manessier , etc. — Nous avons relevé in 1

prisonnement dans la Tille des paysans poursuivis pour la taille ou poar la gabelle.. — Mëmoires dresses sur ces questions. — On ira trouver les ducs d'Auniale et de Mayenne. — Députes envoyés à Eu pour une conféreoce proposée par le gouverneur de Dieppe. — Convocation à Soissons des députés des trois ordres. — Siège de Saint-Valery par le duc d'Âumale. —■ Le duc demande à FEchevinage des canons et de la poudre. — Négociation à ce sujet. — Témoignages, de nos registres municipaux sar le siège. — Prise de Saint-Valery. — Lettres du duc de Mayenne avertissant Abbeville de dangers. — Mesures prises par PEchevinage. — Demandes du duc d'Aumale pour la conservation de Saint-Valery. — La ville réclame la poudre qu'elle a déjà fournie. — Nouvelles demandes pour la garnison de Saint-Valery, nouveau refus de la ville. — Abbeville sollicitera des ducs le démantèlement de Saint-Valery, proteste contre l'établissement de taxes qui gênent le commerce de la Somme et s'opposera à la perception de quelques-unes, poursuivra la main-levée des bien saisis par l'ennemi» la liberté du commerce, etc. — Abolition d'impôts. — Députation de l'Echevinage d'Amiens à l'Echevinage d'Abbeville.

La question de la guerre, de la défense de la ville continue à occuper d'une manière assez monotone l'Echevinage.

Le onzième jour de septembre, « led. Pottier, esche-

nous-même, tout au long, dans le registre aux délibérations, le renouvel leoient de la loi pour cette année.

Les trois « hommes suftisans et capables » présentés au choir des maicurs de bannières par les échevins furent :

Noble homme M* Jbhan de Maupin, S' de Bellencourt, conseiller au siège de Ponthieu ;

M' JossE Beauvarlkt, aussy conseiller aud. siège ;

Honorable homme Charles Manessieb, marchand bourgeois de lad. ville (i).

Lecture de ces noms étant faite et avant le port aux maieors de bannières, le sieur Beauvarlet remontre que, par une or-

(1) Les qualifications donne'es à ce mayeur par Waignart ont ëtë effacées par une main autre que la sienne. Parmi ces qualifications, je crois lire eello d*ëcuyer. On a mis simplement au-dessus u seigneur des Vasseors anssy Espagnette. » M. Louandre dit « seigneur de Vadicourt, d'Epagnette et des Vasseurs. » Charles Manessier mourut, suivant Waignart, le 18 décembro 1596, à l'âge de soixante-trois ans; il avait donc cinquante-neuf ans lorsqu'il fut élu maiear.

vio, commis à la garde des munitions de la ville, a faict entendre quUl est^de nécessité défaire faire despicqs, pelles, hottes et aultres choses quy sont très-nécessaires

poor ce qa^il n'y en a point au magasin de la ville ;

mesmement que les pouldres quy sont au magasin de cest Eschevinaige sont en très- mauvais estât. «» —On décide « de faire en diligence cent picqs et deux cents

donnance rendue, celui qui sort de la charge de maieur n'y peat être porté Tannée suivante; il déclare donc appeler de lad. nomination et élection.

Les trois noms sont portés aux maieurs de bannières, mais un nouvel incident se produit. — Les maieurs de bannières ne veulent recevoir ces noms ; ils les font reporter en disant que le siear Beauvarlet « ne doibt estre comprins en Tellection pour ce que il est encores en charge ; » conséquemment on ne porte que deux noms au lieu de trois. Ils persistent. — L'assemblée échevînale cependant ordonne qu'ils procéderont à l'élection, et les trois noms leur sont reportés.

Les maieurs de bannières, renonçant à contester plus longtemps, nomment :

Maieur :

Honorable homme Chables Manessier, bourgeois de lad. ville.

Échevins des quatre :

Honorable homme Jacques du Candas (1) ; ^

Honorable homme Nicolas Moictibr (2j ; Honorable homme M' Wlfban Papin (3) ; Honorable homme Jehan Pottiek.

Échevins des huict :

Nicolas de Dompierbe ; Cuude Calippe ; Gabuel Briet, le joeune ; Jacques Briet ; Thomas Duchesne ;

(i) Maistre des oavrages de Ponthieu, ajoute Waigaart.

(2) Maistre da canon poar le roy. — Waignart,

(^) Procureur et notaire royal en Ponthieu. — Waignart.

pelles et deux cents hottes, et qu'il sera faict aussy si lanternes de blancq feu. »

Le XXI® jour de septembre, assemblée générale deux cloches, par-devant J. Bernard.

Le lieutenant général propose « le règlement baill

Jehan Goubdin ;

M* Lois DE DOURLENS ;

Jehan Lefetbe.

Argentier de la Ville :

Honorable homme Estibnne Leault; Du Val :

Honorable homme Lois Sanson, Taisné.

Les deux argentiers appellent de leur nomination, ayant éi ëchevins des quatre en Tannée précédente. On fera droit à lei réclamation.

Le dernier échevin nommé était boulanger. Le procureur de ville proteste contre son élection, la profession de boulang étant, dit-il, « mécanique, peu convenable à la charge d^chev et soumettant chaque jour le nouvel élu à la surveillance de police pour le poids du pain. » Sur cette protestation, et séan tenante, il est décidé « que Philippe de Coubchelles, quy plus de voix après le sieur Lefevre, sera appelé pour comprendi lad. charge d'échevin. »

Le XXV* jour dud. mois d'aoust, Philippe de Courchellei après quelques difficultés, fait le serment.

Ce faict, lesd. échevins ont advisé de faire le recoeul d( douze eschevins, à quoy ils ont à Tinstant procédé en la m; nière qu^il ensuit :

Échevins de recoeul :

Jean Gallbt ;

noel âsselin ;

Nicolas Sanson, fils de Wlfran ;

Nicolas Mohel ;

ÂNTHOINE SaNSOI^ ; ^

Fbancois Poultieh; Nicolas Fboissabt ; Ollivieb Gallbt ;

par Monseigneur d'Aornalle pour Testablissement de Ilil compaignies de gens de pied et des moiens de les soldoier. •» — L'importance du fait engage l'assemblée à envoyer copie dud. règlement « par les chambres, affio d'en adviser et consulter meurement, et en rapporter leurs advis chacun particuUièrement en pareille

CuuDB Cahpaigni; guxes ândassi ; Nicolas Lodbdel ; Nicolas Tboullb.

Le XVIl" jour d'août, les maieurs de bannières sont invités à procéder à nouvelle élection des argentiers. « Du depuis ^r l?s difficaitës proposées par lesd. maieurs de bannières de procéder îlad. ellectîon, il a esté ordonné que le procureur de la ville prendra le faict et cause desd. maieurs de bannières^ au cas <|a'il survienne aulcune opposition ou appellation de leur nouvelle Domination, sans que, pour ce, ils puissent souffrir aucuns fapens, domaiges et intérests, à la charge qu'ils s'acquittent bien et deubment de leur serment, et qu'ils feront lad. renontioD» suivant leur sentence [?], de personnes suffisans et capables, d'âges et quallités requises. »

Les maieurs de bannières nomment alors pour argentier de la Ville Jban Gbiffon, et pour argentier du Val, Nicolas Prévost. Le collège des maieurs de bannières n'avait pas été renouvelé depuis cinq ans. — On sonne, le pénultiesme jour d'aoust, les deux cloches pour assembler les deux collèges, et il est procédé au renouvellement des quatre maieurs de toutes les enseignes.

Le pénultiesme jour d'aoust 1592, après le renouvellement de la loi, M" Nicolas Rimbert fait la prédication et exortation accoustumée.

Enfin, après la communication donnée à l'Echevinage de l'élection faite par les maieurs de bannières de leurs offices (aux ouTragp^, au Val, à rartillcrie, aux présents), toutes les cloches dud. Echevinage sont immédiatement sonnées « pour faire entendre au poeuple l'entière rénovation de l'Echevinaige ; puis sont faictes, sur les plombs, les publications qui ensuivent ; » nais ces publications sont restées en blanc.

A ABBEYILLE

ville pour satisfaire à la demande de Ms' d'Aoïnale ^

Mais le dac d'Aumale voudra prendre, nous le ver— rons, sa principale revanche dans le Yimeu» sar Saint— Valéry.

En attendant, jetons les yeax autour de nous dans notre propre ville et écoutons-en quelques instants les rumeurs.

Les bourgeois n^ayant plus trouvé leurs propres milices suffisantes — voyez plus haut, délibération do 31 juillet, — les soldats d'une compagnie appelée do dehors, mais soldée par l'Ëchevinage, parcourent les rues.

Peu après son élection, « le maieur est poursuivy par M^ de Rambures et ses gens, affîn de faire monstre et recepvoir argent, ou bien estre licentiés de sortir hors de ceste ville. »» — L'Ëchevinage décide le VIII octobre, en conséquence des délibérations précédentes, « que la compaignie dud. sieur sera paiée pour ung mois des deniers des nouvelles impositions receues par Gaignerel, et que, au cas qu'il ne se trouve deniers quant ad présent, que Ton prendra, par forme d'emprunt, des deniers que Ton pourra trouver appartenans à lad. ville, de quelque nature qu'ils soient, et que, pour le remplacement, led. Gaignerel et mesme la ville baillera touttes promesses et asseurances nécessaires d'en faire la restitution à ceulx sur lesquels l'on Taura prins. »

Et, loin d'être négligées en l'habitude des alertes, les précautions anciennes et nouvelles redoublent.

On décide, le XI octobre, que les échevins feront alternativement une ronde sur les remparts à neuf heures du soir, et les maieurs de bannières une autre à quatre heures du matin.

fiéoDion échevinale le dimanche XXIIII^ jour d'octobre, à laquelle assiste M. de Hucqueville encore qualifié de gouverneur. On a reçu des lettres de Mi* le duc d'Âumale (datées d'Amiens), « avecq une ordonnance par laquelle mond. seigneur révocque les passeports quy ont esté cy-devant baillés pour aller aux villes tenans party contraire; mesmement enjoinct à tous laboureurs d'amener aux villes les grains qu'ils doibvent aux babitans d'icelles en dedans l'ordonnance» à rigoureuses peynes. » — L'assemblée, convoquée pour écouter la lecture de ces lettres, décide qu'il sera sursis à la publication de l'ordonnance « jusques à ce que l'on aura représenté à mond. seigneur d'Aumalle la conséquence du faict pour le regard de Tinjonction ausd. laboureurs. » Au surplus, que les voyages qu'on doit faire, tant à Eu pour la conférence « avecq M' de Chastes que vers Monseigneur (du Mayne) et Monseigneur d'Aumalle, comme vers Monsieur de Longueville et aultres du party contraire, seront poursuivis et exécutés, n

Remontons de quelques jours dans ce mois d'octobre pour assister à des débats qui nous révéleront la fatigue gagnant les esprits et bien près de détendre peut-être les passions religieuses, politiques et guerrières. Le besoin de vivre et la privation de beaucoup d'aises habituelles ont déjà fait réfléchir. Les nécessités qui s'expriment ne commenceront-elles pas bientôt à amollir les résolutions? Le clergé» les gentilshommes, les gens de justice paraissent tentés de faiblir comme les simples bourgeois.

Le lundi 19 octobre, assemblée générale assez nombreuse; le doyen de Saint- Yulfran accompagné d'un

chanoine; M. de Chepy; H. de Greboval; des gens du roy; des anciens maienrs, etc.

Il s'agit d'aviser « comme l'on se doibt gonvemer sur la permission requise et demandée par aucuns habitans d'aller demander main-levée de leurs biens saisis par les ennemis, disant n'avoir plus moien de vivre aultrement et proposant que plusieurs seigneurs, ecdésiastîques et aultres quy ont juré et promis l'union comme ceste ville, joissent de leurs biens et revenus par neutrallité ou aultrement, et que Ms^ d'Aumalle l'a trouvé bon en tant qu'il en a luy-mesme proposé les articles à Mons' de Longueville, tant pour le faict que pour le repos du laboureur (4), et aussy sur ce que les marchans de ceste ville , à l'exemple des marchans d'Amiens, désirent traficquer par passeport avecq l'enneniy pour son entretenement et gaing de la vie. •»

L'assemblée advise unanimement » que l'on procurera la main- levée généralle de tous les biens et revenus des habitans de la ville, tant de l'église et noblesse que du tiers-estat ,^avecq la liberté de commercer. Quant à la forme et aux moyens d'y parvenir, on s'assemblera parlicullièrement en chaque collège ou chambre au premier jour, pour, les advis rapportés, en résouidre.

« A esté proposé que par le moyen des rigueurs, contrainctes et empeschemens quy se font journellement

(1) Il est certain que les fermiers, les paysans étaient fort malheureux. On voit, par une délibération du 3 octobre 1592 (refus d'une augmentation de traitement à J. Macquet, principal du collège), que « par le malheur du temps » le revenu de la maison du Val était entièrement perdu et qu'on n'en recevait aucune chose. — 1592-1593.

en ceste ville, des paouvres paysans quy viennent en icelle quérir leurs commodités et nécessités ou appor- (aos quelques vivres et provisions de la ville, plusieurs desquels sont morts es prisons, aultres y sont encore tenus en grand nombre quy ne cessent de faire des plaioctes de leurs misères, l'une desquelles a esté icy représentée, lad. ville demeurera finablement en grande / nécessité et privée de la communicquation de ceulx do plat pays , sans le secours et industrie duquel les villes ne poeuvent subsister; à joindre que le plus souvent, quy est une très-grande injustice, que la pluspart de ceulx quy sont contraincts ou emprisonnés, soit pour 'la taille ou pour la gabelle, ont payé leur cotte part et ne doibvent aucune chose desd. impositions. ^

L'Echevinage ayant préalablement (1) décidé que Ton rournira « opposition et empeschement à la levée tant d'un escu sur minot de sel que de vingt sols mis sus pour l'augmentation du pris du marchant lors du camp de Rue, » décide « que l'on ne permettra les habitans du plat pays estre contraincts ou emprisonnés en la ville pour la taille ou la gabelle. *•

Assemblée encore nombreuse le vingt-troisième jour d'octobre ; on peut la croire générale , bien qu'une

(1) Oo venait de dicuter des lettres adressées aux officiers de la gabelle « affin de augmenter pris du sel d'un escu sur minot pour le paiement des arreraiges des gaiges des cours souveraynes de Paris, > au moyen de laquelle augmentation le boisseau de sel devait valoir soixnute-dix sols, « pris fort excessif et hors de raison, considéré uiesme la nécessité du poeuple et extresme paoovretéoù il est réduict. > *- ^eg. a\KD délib,, 1592-1593.

seule cloche ait sonné. — On reprend la discassiem di 19 octobre.

Messieurs les écbevins sont d'avis d'aller trouver Ms' d'Aumale « pour luy faire entendre lad. dellibérfttion (du 19) et, ce faict, aller trouver Ms' du Mayne et les supérieurs du party contraire, affin de impétrer d'eux respectivement ce quy s'est proposé tant pour le repos du laboureur, révocquation des confiscations, main-levée des saisies de party et d'aultre liberté du labouraige et commerce. »

Tous les autres avis de Messieurs les ecclésiastiques, de la noblesse, de la justice, maieurs de bannières et consuls rapportés et lus en l'assemblée, « a esté advisé que mémoires seront dressés sur iceulx pour ceux qui seront députés pour ce fait. Pourquoy faire, assignation est continuée à ce jourd'huy après midy, pour, ce faict, faire acheminer les députés premièrement en la ville d'Eu, pour la conférence proposée cy- devant avecq M. de la Ghastre, gouverneur de Dieppe. *»

A l'assemblée générale du 19 octobre avaient été communiquées des lettres de Mi' de Maienne du XXVI (ou XXVU) septembre dernier, « affin d'envoyer des dcpputés des trois ordres des estais de ceste province de Ponthieu en l'assemblée des estats continués de la ville de Rains (Rhims) à Soissons en la lin de ce mois ou au commencement de novembre prochain. >•

Le registre n'a pas gardé la réponse à cette ouverture.

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