SIEGE ET PRISE DE SAINT-VALERY
Saint-Yalery est, depuis quelque temps, pour nous, dans la rédaction de ce travail, un grand sujet d'em-
barras. Nous avons indiqué sous forme très-dubitative sa prise par Henri lY (1591-1592, chap. Y), sous une forme non moins dubitative sa réoccupation par le duc d'Aomale (même chap.), nous retrouvons maintenant cette ville bien certainement au roi. Des peines assez sévères punissaient les Âbbevilloisl qui s'y rendaient sans autorisation (1). Non moins certainement encore 0008 allons la voir assiéger et prendre par le duc d'Aornale.
Le dernier jour d'octobre, le maieur expose que «Monseigneur d'ÂumalIe a dict à M® Moictié» eschevin, garde de Tartillerie et munitions de ceste ville, quMl Youlloit enlever cincq canons et une bâtarde de ceste ville pour aller à Sainct-Wallery , mesme qu'il demandoit six milliers de pouldre, encores qu'il y en ait fort petit nombre en ceste ville. >»
La « conséquence de l'affaire » et la sûreté de la ville «de plus grande conséquence » que la ville de St-Yalery, font réfléchir. On suppliera mond. seigneur « de vouloir prendre et lever seullement de ceste ville trois canons et quelque moienne pièce, et, quant aux pouldres, attendu le petit nombre insuffisant pour la défense même de la ville, d'en voulloir mander en celle d'Amiens. » On Taidera d'ailleurs de cette ville de ce que l'on pourra.
Muni de cette délibération , le maieur va saluer ib d'Aumale (alors dans la ville sans doute) et lui
(1) « Le dixiesme jour du mois d'octobre (1592), Simon Henry, pour avoir esté à Sainct-Vallery tenant party contraire sans passeport, est condampné en deux escus, cy ii'
expose toutes les raisons de rEchevinage. « A qooy iDond. seigneiA* luy a dict qu*il n'engageoit son honneur mal à propos et qu'il ne povoit aller àud. lieu qu'il n'eust lesd. pièces et pouldres sans en vouUoir aucune chose relâcher , quelques raisons et remonstrances qu'il (1) luy ait sceu faire et mesme offert deux milliers de pouidre , et luy a dict qu'il faisoit lad^ entreprinse à ses despens et avoit achepté de ses deniers lesdictes pouldres. *»
L'Ëchevinage décide de nouveau « que mond. seigneur sera supplié très-humblement de se contenter de l'offre quy luy a été faicte, et que, pour estre lad. ville (2) frontière à l'Anglois quy y poeult aborder en vingt-quatre heures, environnée d'ailleurs de touttes parts de l'ennemy, et quy est une clef et bouUevert du roiaulme, ce seroit une chose de conséquence trop périlleuse de la desgarnir <j[e touttes munitions de guerre et dont l'on pourroit instamment estre blâmé par Monseigneur (de Mayenne) et par tous les Estats de ce roiaulme. »
Ces premiers témoignages concernant, dans nos registres échevinaux, le siège de Saint-Yalery, vont être confirmés et éclaircis par les historiens de nos villes de la Somme.
« Vers la fin d'octobre, le duc d'Aumale vient luimême assiéger Saint- Valéry. » — Journal historique de Jehan Patte, bourgeois d* Amiens, publié par M. /• Garnier, Mém. des Antiq. de Pic.^ 2« série, t. IX, p. 26!. — « En octobre, nous dit le P. Daire, les Amiénois envoient des
(1) Le niaieur.
(2) D'Abbeville.
poudres au duc d'Aumalé campé alors devant Saint- Valerj, mais le duc en ayant demandé quatre milliers pour faire le siège de Pont-Remy (i), TEchevinage d^Amiens s'excuse d'en envoyer davantage. »» — Hist. d'Amiens, t. I^r^ p. 399. « Les Ligueurs, nous dit enfin M. Louandre, — Hist. d'Abbeville, t. II, p. 74, — prennent Saint-Valery le 2 novembre. » Si cette dernière date est tout-à-fait exacte, ainsi que nous avons lieu de le croire, la nouvelle du succès n'arriva pas très-rapidement à Amiens. M. Garnier a relevé dans les registres de l'Echevinage d'Amiens : « Le 5 novembre 1592, Messieurs ont ordonné, adfin qu'il plaise à Dieu bien tost réduire la ville de St-Yallery en Tobéissance de l'Union, laquelle est à présent siegée par Me' le duc d'Aumalle , gouverneur de ceste province , Monsieur l'evesque d'Amiens sera supplié de faire faire quelques prières et dévotions publicques et autres. » — Mèm. des Antiq. de Pic, 2® série, t. IX, p. 25 j. — Quoi qu'il en soit, aux opérations devant Saint-Yalery se rapportent sans doute les indications que je rassemble ci-dessous (2).
(1) Il y a là une erreur. Le Pont-Rcmy appartenant à la Ligue, le duc d^Âumale n'avait pas besoin d'en faire le siège. 11 y avait, au contraire, un quartier. Dans son e'dition du Journal de Jehan Faite, M. Garnier nous fournit un extrait exact de la délibération de TEchevinage d'Amiens. Le duc avait écrit a dn camp devant Saint- Valéry qu'on lui envoyât promptement au Pont-de-Reray 4000 de poudre. > 11 n'est aucunement question de siège de Pont- Remy. L'Echevinage d'Amiens répond le 6 novembre.
(3) Nous pouvons suivre, dans le registre aux comptes de 1592-1593, une partie des opérations; beaucoup des paiements sont faits assez longtemps après le siège :
« Payé à (deux noms peu faciles à lire), la somme
de quatre escus, sur et tant inoings du voiage qu'ils ont faict à St-Yahcry avec leurs gribennes porter des fagots et planches
Le duc de Mayenne et le duc d'Aumale ont à cœur, on le voit ensuite, de conserver la ville récupérée. Ils s'attachent à tenir en éveil Abbeville en l'avertissant de dangers qui la menacent elle-même, disent-ils.
au camp estant aud. lieu; ordonnance du troisiesme jour de novembre (1592), cy iiii*"*.
« Â Jacques de Machy, Lienard de Vismes et aultres gribenniers, la somme de quatre escus, pour avoir faict deux Toiages et porté au camp à St-Vallery quatre cacques de pouldre à canon et cincq mils pains ; ordonnance du sixiesme jour de novembre, cy un**.
« Â Pierre Larcher, gribennier, la somme de deux escus, pour avoir mené au camp devant St-Vallery des pouldres et aultres choses nécessaires pour le siège; ordonnance du douziesme dud. mois (de novembre), cy. . ir".
« A Jacques de Machy, Nicolas Lamiré et Lienard de Vismes, helletiers [?^, la somme de six escus, pour avoir faict trois voiages avec leurs basteaux aud. lieu (St-Valery) et avoir raporté des balles à canon après la redition de lad. ville ; ordonnance du 12 novembre, cy vi"*=.
« Aux maistres brouttiers, la somme de soixante-quatre sols, pour avoir porté du pain de TEchevinage au basteau ; mandement du 12 novembre, cy Lxnii'.
a A Nicolas Fuzelier et Estienne du Preel, six escus, pour avoir reconnu et faict rapporter dud. camp (de St-Valery) plusieurs balles à canon et aultres choses; 13 nov., cy. . vi^.
« A Loys Morgant, M* charpentier, la somme de cinq escus vingt-quatre sols, pour ouvrage de son mestier faict aud. siège de St-Vallery; ordonnance du 13 novembre, cy. . v^ xxim*.
« A Nicolas Sauvage, M* mareschal, la somme de vingt- trois escus quarante -trois sols, pour ferrures par luy fournies à Tattellage du canon mené aud. siège; ordonnance du 16 novembre^ cy. xxni'" XLui*.
« A Jacques Boufifeau (ou Bruffeau), charron, vingt-six escus cinquante- trois sols, pour ouvraiges de son mestier faicts aud. canon ; 13 novembre, cy xxvr^ un*.
« A Gilles du Bos, Pierre Morel et Honoré Le Roy, gorreliers,
Le maieur reçoit , le XII novembre, des lettres de H<' de Haienne datées du YllI de ce mois. — Le duc de Mayenne avertit d'une entreprise « quy se doibt faire sur Abbeville par Monsieur de Longueville et le sieur
poor marchandises et ouvrages de leur mestier pour ratlcllage dud. canoD, soixante->six escus; ordonnance du 1*' décembre,
cy Lxvr•^
« A Nicolas et Guy de Vinchenoeul, M" cordiers, demeurant en lad. ville (d'Âbbeville) , soixante-dix escus , pour cordages emploies à Tattellage dud. canon; ordonnance du 5 décembre,
cy Lxx*"*.
« A Jehan Gourdin et Loys de Doullens, cschevins de lad. ville (d* Abbeville), depputtés pour mener led. canon devant lad. ville de St-Yallcry et donner ordre, rexpédilion [?] faicte, que led. canon et ce qui resteroit de munitions fussent ramenés, la somme de quarante et ung escus quarante- trois sols par eulx fraiée et despencée durant led. voiage, comme appert par Testât desd. frais vérifiés aud. Echevinage , le quatriesme jour de
février, cy xli'" xxxiir {sic).
« A Gilles Andassé, marchant de vin, douze escus, pour deux cens de chimeau ou mesche à harquebuze par luy livrés et emploies aud. siège; ordonnance du VI novembre, cy. . xii*"%
« A Claude Mallet, quinze escus, pour pouldre à canon par ioy livrée et portée aud. siège; ordonnance du 5 novembre,
cy XV*.
« A Jehanne Michelle, plombière, cinq escus quarante sols, pour balles de plomb pour le siège; ordonnance du 12 novembre, cy . . V* XL'.
« A plusieurs chartiers de la ville^ banlieue et fauxbourgs^
emploies avec leurs chevaulx à la conduicte du canon, où ils
inroient esté occupés depuis le premier jour dud. mois de no-
?| Tembre josques au quatriesme dMcelluy, la somme de vingt et"^
nng escus; ordonnance du quinziesme jour dud. mois de no-
'=■ îembre, cy xxi"'.
« Jehan et Nicolas Gruel, Estienne du Preel, Jehan de Bailloeol, Adrien Briet, Jehan de Liarcourt, Jehan Ernoult, Nicolas ftegnanlt, Jehan Oblet et Eustache de Cailly (habttans d'Abbe- III 2
de Humières quy se sont à ceste fin deppartis d'avecq le roy de Navarre avecq les trouppes de Picardye. »— L'Ëchevinage arrête (XII novembre) que Ton doublera les gardes et que « Ton fera sortir de ceste ville tous et chacuns des estrangers et gens de guerre, et .'j
ville, leur professiou n*est pas indiquée), reçoivent trente écm .' pour avoir vacqué chacun par l'espace de douze jours and. si^ I et pour raison d'icelly; ordonnance du XXIIII* du mois de . novembre, cy . , • xxx"*.
« Â Claude de Vienne, quatre escus et quarante- huict sob, pour lanternes par luy livrées et portées aud. siège ; ordonnaate du unziesme jour de novembre, cy iiii^ XLvm'*
« A divers boulangers de la ville (d*Abbeville), quarante-sept escus cinquante-sept sols six deniers, pour pain de munitioa employé aud. siège ; appréciation faicte dud. pain, par les eschevins à ce commis, du vingt-sixiesme nov., cy. . XLVir** Lvn'.
« A Jehan Darras, serrurier, trente-neuf escus cinquante-cinq sols, pour picqs et pelles ferrées par luy, fournies et livrées pour led. siège, et pour ferrures aplicquées au canon, setloD qu*il est arresté par les esr.hevins commis à la vérifGcation des frais dud. siège, le pénuitiesme jour dud. mois de novembre, cy xxxix^ LVV
a A Bertrand Gaignerel, marchant linger, quatre escus cinquante-quatre sols, pour toilles par Juy livrées à faire sacqs pour porter aud. siège; ordonnance du 28 nov., cy. . iiir*^ luu'.
« A Estienne Du Frien, cinq escus, pour plusieurs voiages et vaccations par luy faictes durant led. jour; ordonnance da deuxiesme jour de janvier 1593, cy v**.
« A Jehan Guenard, François Dupuis et aultres gribenniers, six escus deux tiers, pour avoir, avec huict gribennes, passé la rivière aux troupes de Lorraine pour éviter qu'ils entrassent en ia ville; ordonnance du quatriesme jour dudict mois de janvier 1593, cy vr* II*.
« A Gabriel Le Yasseur, escuier, sieur d'Ouville, la somme de treize escus vingt sols, pour deux chevaulx quy luy auroient esté prins et emploies à i'attellage du canon conduict aud. siège, lesquels auroient esté perdus ; estimation faicte desd. chevaulx
fn'à ceste fin les cappitaines des quartiers se transporteront chacun en leur quartier pour en faire recherche; nesmement que l'on donnera tout promptement advis a Monseigneur d'Aumalle estant en la ville d'Amiens dod. avertissement. *»
pir lesd. eschevins et ordonnaDce du treiziesme mars aud. an,
cy xni*^ XX'.
« A Gaillaumc Buiret, hostellain, la somme de deux escus quarante-sept sols six deniers, pour la nourriture de quelques dKfaulx arrêtés et mis à la fourrière en sa maison pour servir aad. siège; ordonn. du XVIII* de mars, cy. . . u"'' XLVii* vi**.
« A Gilles Morel, Pierre du Bos et Honoré Le Roy, gorreliers, trente-quatre escus vingt sols, pour colleaux, bassets, brides (taaitres enharnachures par eulx fournies pour les cheyaulx de Fattellage dud. canon; ordonn. du 2 janv., cy. xxxiiii'*^ xx*.
« A six gribenniers, la somme de trente-six escus à eulx ordoBiiëe et taxée par Monsieur le général [?] de Herte [?], pour volages par eulx faicts avecq leurs gribejines pendant led. siège, coflime apert par leur requeste et ordonnance dudict sieur de lierts estant en fin d'icelle du XXXI et dernier jour de décembre
wdict an V'' lUI" XII, cy xxxvi*".
« A Nicole (ou Nicolas) Levesque et vingt pionniers envoies aod. siège de Sainct-Vallery avec led. canon pour servir à faire In tranchées, et aultres manoeuvres requis pour placer la battene, la somme de quarante-trois escus vingt sols, assavoir à dttcoD desd. pionniers deux escus, et aud. Levesque, leur condocteur, la somme de ti^ois escus vingt sols; ordonnance du
troisiesme jour de juillet, cy xuiV^ xx'.
«A Nicolas deCampaigae, cinq escus vingt ^ols, pour pouidrc i canon par luy livrée au gouverneur de lad. ville de Sainct- >t 4 TiUery; ordonnance du XV* jour de janvier, cy. . . v*"' xx*. 3^1 • A ledict Griffon payé et mis es mains de M* Jacques du Caitdas, eschevin de lad. ville en lad. année, et soubs son récé- N, la somme de cent escus d'une part et trois escus d'aultre, foor emploier au paiement des frais dudict Sainct-Vallery, et tet led. Ducandas auroit promis faire bailler mandement en ^ome forme aud. Griffon ou le faire rembourser par led. Gai-
On reçoit, le vendredi XIII novembre, des lettre du duc d^Aumale , gouverneur de Picardie , alors J Amiens.
Le duc d'Aumale mande «. que l'on envoie en toutte dilligence en la ville de Sainct-Wallery, pour la conservation de la place (I), trois cacques de pouldres delà pesanteur de deux cens livres avecq promesse de les faire remplacer. ♦» — On répondra au duc « qu'on ni poeult fournir lesd. pouldres pour le peu qu'il yenc en ceste ville, en aiant esté tout freschement tirés di magasins d'icelle pour la reprinse de Sainct-Wallery U nombre de quatre milliers et pour aultres considéra, tions quy luy seront représentées. •» — .On le suppliera même « de faire remplacer les quatre milliers pov crainte que l'ennemy tournant devers, comme il y apparence, la ville n'en demeure desgarnie. •»
Le duc d'Aumale ne se lassait pas de demander, maî il remboursait peu.
Lecture est donnée, dans l'assemblée échevinale à
gnerel, commis à la receple des nouveaux imposts, comme appert par led. récépicé datte des dix et XXlll jours de févri diidict an (1593), cy rendu, avec la sommation faictc a la veii dud. Ducandas, le troisiesme jour de septembre VMIlI"dix-s«I
de fournir à lad. promesse, etc., cy cni*^*
Malgré toutes ces explications, le procureur du roy et le pr» cureur de la ville s'opposèrent, lors de Taudition des comptes* la réception de Farticle ci- dessus. Que la somme ait été 910^^ allouée ou non à Targentier Griffon, peu nous importe pour©* annales.
(I) Quelques-unes des dépenses relevées dans la note qui^^ cède peuvent s'appliquer aux précautions prises alors pourjP conservation d'une place si disputée et que le roi ne devait p-
tarder à faire attaquer de nouveau. Is
XUII® jour do Dovenibre» d'une lettre de H. du Candas,
député d'Abbeville eu la ville d'Amiens. M. du Candas
a écrit de cette dernière ville « touchant le refTus faict
par Monseigneur d'Aumalle d*allouer les frais faicts
par la ville d'Abbeville (1) pour la reprise de la ville de
Sainct Wallery. >» — On ne voit pas la résolution de
TEchevinage sur ce point, non plus que *• sur Tcxécu-
cution de ce quy a esté cy-devant pourparlé pour le
repos du laboureur et main-levée des biens saisis, •»
dont il est question aussi dans la lettre du sieur du
Candas.
Le XXYI novembre, le maieur expose que Ms' d*Aumaie désire <• le paiement des cincq compaignies estans dans Sainct-Wallery et de la compaignie de M' de Rambures. » — Le duc d*AumaIe traite aussi la question du nouvel impôt <• de deux escns par tonneau de vin et autres marchandises en la ville de Sainct-Wallery... pour les frais de la reprise de lad. ville, » etc. L'importance de ces affaires les fait soumettre d'abord aux «chambres*» et en fait ajourner la discussion au samedi XXVUle du mois.
Le samedi suivant donc, assemblée générale au son des deu;iL cloches. Tous les avis sont rapportés, •« tant de
messieurs les ecclésiastiques et de la noblesse que de
(0 • Le 22 février 1593, le s' de Drancourt a mis au greffe (du bureau des Onauces d'Amiens) Testât des frais faits par M' le ducd'Aumale au siège et prinsc de la ville de St-Valery au commencement de novembre 1592, outre les, frais des maîcur et échevins d'Abbeville dont i! f.iit estât sëparé, montant ledit estât à la somme de quatre mille quatre cent quatre-vingt-quinze livres cinquante sols, en date du premier jour de décembre ensu'vant dernier passé. » — Dom Grenier, tome 100, fol, 520.
tout le tiers estat> justice, maieurs de bannières représentans le poeuple, communaulté des marchans, enfin Tadvis des maieur et eschevins. **
L'assemblée décide qu'il sera remontré à Jâ^ d'Aninale « que les cinq compaignies des gens de pied quy sont dans Sainct-Wallery et font partie du régiment de gens de pied.de Picardie et la compaignie de Monsieur de Rambures doibvent estre paiées des deniers de la généralité de ceste province (je passe les considérations à l'appui).
« Pour éviter à la despense excessive qu'il conviendroit continuer pour entretenir en lad. ville de Sainct- Wallerjf ung tel nombre de gens de guerre, oultre les oppressions insupportables du plat pais d'allenviron, et oster tout subject à l'ennem^r d'y plus entreprendre et attenter, le duc d'Aumalle et Mv de Maienne seront suppliés de la vouloir faire desmanteler.
« Pareillement seront suppliés nosd. seigneurs ne voulloir mettre sus aucunes nouvelles daces ou impositions sur le vin, marchandises et bleds aud. Sainct- Wallery ny ailleurs pour la conséquence que cela pourroit apporter à toutte la province et estranger (éloigner) les marchans de communicquer ny apporter marchandises en la rivière de Somme, et que» au cas que mond. seigneur d'Aumalle voeuUe exécutter l'establissement qu'il a fait deppuis la prise de lad. vill^ d'un impost de deulx escus sur chacun tonneau de vio^ et aultres marchandises et Y^ sur chacun septier des bled contre les privilléges et libertés de la commu— naulté (ou plutôt des communaultés), que l'on s*^ opposera formellement.
« Quant au regard de la main -levée des biens, repo^
do laboureur et liberté du commerce cy-devant plusieurs fois agitée, mesmement ces jours passés en la ville d'Amiens, sellon les lettres escriptes par mond. seigneur, a esté unanimement advisé que les dellibérations cy-devant faictes pour le repos du laboureur, maio-levée des biens et liberté du commerce seront poursuivies et mises à exécution en toutte dilligence et proroptement, et par mesme moien que Ton envoira ?ers mond. seigneur de Haienne pour Tinformer et luy faire entendre tout ce quy s^est cy-devant passé pour ce faict, et qu'en procurant le repos du laboureur, main-levée et liberté du commerce. Ton s*est conformé à son commandement et ordonnance sans voqlloir auconement préjudicier à la saincte union en laquelle chacun voeult continuer vivre et mourir. »
En cette assemblée encore on revient sur quelques impôts que la ville avait établis elle-même.
Il est proposé en effet, « tant par la communauté des marchans que aultres, que les impositions mises sus à la fin de la mairie dernière (la mairie de 159i-iô92) ou sur le commencement de la présente, sont cause de rompre et d'arrester entièrement le traiicq en icelle, les marchans, pour éviter la subjection et paiement d'icealx, faisans conduire et passer leurs marchandises par le Pont-Dremy et aillieurs au-dessus et au-dessoubs de ceste ville à laquelle, par ce moien, lesd. imposts sont dé fort petit prouffit et ne servent que pour paier les gaiges de ceulx quy y sont commis. » — On décide donc que les impositions mises sur l'entrée des marchandises au mois de juillet dernier « à l'exemple de l'assiette quy en avoit esté apportée d'Amiens sur l'espérance d'en entretenir quelques gens de guerre,
ce quy ne se seroit peu faire, seront mises bas et n^ se lèveront plus aojourd'hoy pour la liberté de la vill^ et pour attirer plus facilement les marchands et marchandises en icelle. »
Le vendredi XXVUH jour de novembre (i), le sien «* de Famechon, échevin de la ville d'Amiens, est i»-^ troduit en TEchevinage d'Abbeville « avec lettres d^ crédenfie de PEchevinage d'Amiens. >»
Le registre aux délibérations d'Abbeville se tait su^
les lettres qu'il apporte de la part de M«' le duc d'Au^ roale et de Messieurs de la ville d'Amiens, ainsi qu^ sur la conférence qui suivit, dans la chambre du conseil J la lecture de ces lettres et sur la réponse qui y fut faite
rsoaveau siège de Saini-Valery.— Le duc d'Aumale cherche à défendre celle ville el ne peut la sauver. — Les Etals généraux. — Convocalion de ces Elats par le duc de Mayenne. — Indifférence des habitants d'Abbeville pour l'élection de leur député. — Jean de Maupin désigné par hasard « pour comparoir à l'assemblée de Paris » au nom de la ville. — Les habitants d'Abbeville prennent plus à cœur « le repos du laboureur » et l'obtention, par réciprocité, de la jouissance des biens dé^nus par l'en-
(1) Le 19 du même mois, voyons-nous dans le P. Daire, les Âmiénois ayant appris que les habitants d'Abbeville voulaient se renfermer dans la neutralité, leur écrivirent sur-le-champ pour conjurer la défection, « et, le 25 suivant, Pierre Famechon fut député pour détourner ce coup. » — Hist, d'Amiens^ p. 310. — Hâtons-nous de dire qu'il s'agit moins, dans ces craintes, d'une défection politique que de négociations pour « la jouissance des biens des deux partis » et « le repos du laboureur, » question que nous avons déjà rencontrée et que nous rencoutrerons encore.
neaii.-Dépatés envoyés à Beauqoesne pour ce sujet.— Un arrêté de M. de Majenne. — Excès commis par la garnison ligueuse de Pont-Remy. — L^EebeWnage d*AbbeTilIe reçoit la plainte et prend la défense de gens arrêtés et dépouillés par elle. — Le duc de Mayenne demande Renvoi de dépotés aux Etats. — Election, régulière cette fois, de Jean de Maupin. — L'Ecbevinage Teille au paiement des compagnies d^bommes d'armes. — Il repousse les prétentions des religieux de Saint-Valery. — Paiement à H. de Hoc(|aeTille de rindemaité convenue pour son gouvernement. — Toutes les clefs de la ville entre les mains des bourgeois. — La garnison royaliste de Rae pins inquiétante pour Abbeville que celle de Saint-Valery. — Abbeviile demande au comte de Mansfeld d\'ittaquer Rue, puis Saint- Valéry. — Paysans au désespoir. — Ils se réfugient dans la ville où les sergeans pour la taille et le sel les arrêtent. — L'Echevinage les prend iiois sa protection. — Défense de vendre les vivres à prix an-dessus des taxes. — Précautions militaires de la ville.