‹ La Ligue à Abbeville, 1576-1594 (volume 3)Chapitre 5 sur 27 · SUÉGE DE RUE. — SIEGE ET PRISE DE SAINT-VALERT · texte numérisé non relu

SUÉGE DE RUE. — SIEGE ET PRISE DE SAINT-VALERT

Les détails nous manquent sur le siège de Rue, mais la place fut si vigoureusement défendue par Rubempré que Hansfeld dut croire bientôt de son honneur de se raccrocher au second vœu des habitants d'Abbeville et de prendre une revanche sur Saint-Valery.

On voit, par une délibération du 29 juin (1), que

(I) « Du XXIX* jour de juing 1593, Jehan Griffon, argentier de la ville, ayant refusé de recevoir de quatre sergeans royaulx la somme de cent cincquante escus provenant de Texécution par eaix fuicte à la requeste du procureur de la ville sur M' Alexandre Gaillard, cy-devant commis à la recepte des nouveaulx imposts, pour une année et demie de rente deube à lad. ville sur lesd. imposts escheus au XXIII' aoust V IIII" XII , pour emploier lesd. deniers en la confection du pain pour la munition de Tarmée dr M** le comte de Manchefer estant de présent devant Sainct-Wallery, ladicte munition ne se poeult continuer, mesme

que sur la poursuite faicte par les sieurs , commissaires

des TÎvres pour M' de Rossieulx, et lettres de M' de Rossieuix receues cejourd'huy aftin d^accélérer la livraison de pain, led. Griffon, mandé par lesd. sergeans (royaulx), a faict récit, comme ils ont présentement rapporté, qu'il ne bailleroit led. acquit et

Mansfeld est « de présent devant Saint-Valery. •» Il eî question de deniers qui doivent payer la confection d pains pour son armée. La délibération du 29 juin nou montre d'ailleurs de grandes difficultés en l'Echevinag pour quelques faits de finances. L'argentier de l'année

quMI n'avoit que faire de retourner en sa maison (1), d'aultant qi eulx partis, ils ne le trouveroient plus. * Après avoir mis le fa en délibération en la présence d'un des commissaires des vivn u etaultres poursuivans la dellivraiice desd. munitions, » PEchi vinage décide ainsi : a attendu que led. Griffon a ja receu Toi donnance de recepvoir lad. somme comme deniers appartenai à la ville et quy doibvent tomber entre ses mains, qu'il nous promis d'en bailler l'acquit, etc., led. Griffon baillera dans le joi son acquit d'icelle somme de cent cincquante escus aud. Gailiai ou ausd. sergeans exécutteurs pour la mettre à Tinstant < mains du sieur Dachery (entrepreneur de la fourniture d( vivres pour la ville), et qu'à faute de ce faire, etc., contrainci sur ses biens et emprisonnement, « attendu la conséquence d la matière. »

^L'affaire se représente le lendemain entre plusieurs autr< rapportées dans notre texte supérieur.

Ce lendemain, XXX juin, au milieu de la réunion échevinal ou vient annoncer à l'assemblée que> « quelques dilligences (^ se soient faictes de recouvrer de la personne de Jehan Griffe: argentier de la ville, pour bailler quittance de la somme de escus à M' Alexandre Gaillard, etc., il n'y a eu moien de le f.s comparoir céans. » Les sergents n'ont pu le trouver chez lui ^ a répondu à leur demande qu'on ne savait où il était. La né^ site exige cependant qu'on fasse arriver lad. somme entr& mains de M' Jehan Tillette, sieur d'Achery, pour la fournil: des munitions et vivres, « pour crainte que, faute de cette Ho* niturc, il n'advienne désordre et inconvénient à l'armée. » ( décide que « pour les refuictcs et subterfuges dud. Griffon, ai gentier, lad. somme sera mise entre les mains dud. Til/e(t

(1) Je copie exactement. La rédaction n'est pas claire. Je comprendrait mieax si je pouvais lire: qu'ils n'avoient que faire, etc.

Jehan GrifTon, a refqsé de recevoir une somme perçue à la requête d'Alexandre Gaillard, ci-devant commis à la recette <• des nouveaux impôts» *» somme destinée par PËchevinage au service des fournitures nécessaires au comte de Mansfeld. Jehan Griffon n'entend pas que les deniers passent par ses mains et l'obligent à reconnaître le trajet par sa signature. La somme était due pour des rentes échues avant qu'il fût en charge ; il repousse obstinément la responsabilité. Il fuit sa maison et disparait pour se soustraire aux mises en demeure de donner la quittance. L'Ëchevinage décide que la somme sera néanmoins versée entre les mains de l'entrepreneur des fournitures concédées au comte, et que Griffon, activement poursuivi, sera contraint à donner quittance « par emprisonnement de sa personne et saisie de ses biens. •» L'affaire s'arrange peu après. Griffon recevra la somme que les sergeans royaux ont perçue a la requête d'Alexandre Gaillard et en donnera acquit. Les délibérations de PËchevinage^ et quelques articles k registre des argentiers (1) établissent que Mansfeld

^uycn baillera quittance auscl. sergeans pour leur valloir comme

Celle dud. argentier, etc et, au surplus, a esté ordonné

que led. Griffon sera, d'abondant, poursuivy pour donner la quittance à la dilligencé' dud. Tillette, procureur (iscal, et, à ctslefin, il y sera contrainct par emprisonnement de sa pcr- ^nne et saisie de ses biens. » L'argentier Griffon se présente alors et expose ses raisons: la somme était due pour des rentes «chues avant qu'il fût en charge, etc. L'affaire s'arrange à peu

pKs, mais Griffon recevra la somme des mains des sergents

et en donnera acquit.

(1) « À Pierre Michault, la somme de soixante-quinze escus, poor trois baricques de vin de luy achettées, et desquelles prépr^^'l sentauroit esté faict au comte Charles quy avoit siégé Sainctui 4

poarsaivait simuItanémeDt les sièges de Rue et de Saini Valéry. Les détails sont plus nombreux, du moins dan le registre aux comptes, pour le siège de Saint- Vaier que pour le siège de Rue. Nous voyons seulement dan la délibération du 2 juillet et par une ordonnance d compte du lendemain , qu'en ces premiers jours di

Vailery et aux et cappitaines estans en son armëi

suivant la dellibëration pour ce faicte aud. Eschevinage le vingt sixiesme jour de juing dud. an IIIPMIÎ, cy rendue avec Toi donnancedu XXVIIl* dud. mois dejuing lixiT**.

« A Jehan Le Roy et Jehan du Bos> charpentiers, Jacque Quennemont et aultres, pour avoir suivy le canon aud. siège d Sainct-Vallery faict par led. comte Charles, la somme de treiz escus; ordonnance dud. XXIIl* juing, cy xm*'%

a  Nicolas Troulle, huict escus vingt-cinq sols, pour I nourriture de quelques chevaulx et chartiers arrestés pou servir aud. siège; ordonnance du vingt- neufiesme dud. moi de juing, cy vm"* xx'.

a  trois couvreurs de thuiiles, quatre escus vingt sols, pot: eschelles par eulx vendues pour fournir aud. siège; ordor nance du XXX" juing, cy un"* xx'.

« A Nicolas Fuzellier, la somme de quatre escus, pour aval esté, durant led. siège, à Mantes et Meullain [?] pour congnoisLi les deportemens de Fennemy, comme apert par ordonnance c dernier jour dud. mois de juing, cy inr**.

« A un certain nombre de manouvriers, douze escus trcnt six sols, pour voiages, ouvrages et vaccations par eulx fai&t aud. siège, tant durant qu'après icelluy; ordonnance du demi jour de juing, cy xir- xxxvi*.

« A plusieurs gribenniers, la somme de six escus quaran sols, pour avoir passe, par deux divers jours, les compagnie d'infanterie dud. comte de Mensfel par dehors lad. ville pou aller aud. siège de Sainct- Vailery; ordonnance dud. dernier jou de juing, cy vr* n*.

« A Simon Sauvage, Jehan de la Motte et six aultres char pentiers envoies aud. siège de Sainct-Vallery pour y travaille! de leur mestier, la somme de seize escus pour trois jours quMh

mois Mansfeld était en personne devant Rue, et que, pour diriger les opérations contre celte place, il avait établi son quartier-général à Foreslmontiers. Les comptes nous font saisir, au contraire, toute l'activité,. tout le bruit, tout le va-et-vient du siège de Saint-Valery : passage des compagnies d'infanterie de Mansfeld sur des gribannes,

auroient travaillé, à raison de quarante sols par jour; ordon-

DaDce du dernier jour de juing, cy xv!***.

• A Jehnn Dclf, maistrc du Cerf de lad. ville, la somme de cÎDqescus sept^sols six deniers, pour la despencc faicle en sa Misonpar le prevost de Tarmée du comte Charles; ordonnance

4u premier jour de juillet, cy v*"* vu' vi*.

« A plusieurs gribenniers, neuf cscus, pour avoir mené et ramené, avec leurs gribennes, plusieurs munitions aud. siège ;

•^«ionnance du premier jour de juillet, cy ix"*.

« A d^autres, pour même cause, troi*? escus trente sols ; ordonnance du 2 juillet m*" XXX'.

' A Jehan Leroy et Jehan Dupuis , maistres charpentiers , pour avoir conduict quatre canons menés aud. siège, la somme "l* quatre escus; ordonn. du premier jour de juillet, cy. ini***. » Je néglige quelques autres sommes que la ville paie encore en Juillet pour des voyages et pour des vaccations que l'argentier 'apporte, mais sans explication, au siège de St- Valéry. ' A Nicolas Fuzellier et Micolas de la Chaslaingnères , la ^nuDe de douze escus vingt-cinq sols, pour les frais du voiage '^^ I fcct à Forestmontier par trois eschevins deppultés pour aller '-^ I veoir led. comte de Mansfel; ordonnance du troisicsme jour

rc:

ir

«•se 'v-wr*

H mois de juillet, cy xu

*A M' Louis de Dourlens, cschevin, la somme de six escus,

Pwrla despence par luy faicte aud. siège de St-Vallery pour

^ûdre aux munitions envoyées par lad. ville (d'Abbeville);

W'ionnance du cinquiesme jour de juillet, cy vi*-.

« A Nicolas Dupont, envoyé exprès à Paris vers Monsieur

^ Maienne, la somme de six escus ; ordonnance du septiesme

i«tf de juillet, cy vi'".

Nicolas de Beauvillé, marinier, demeurant an faubourg de

^wroy, reçoit six escus pour une cause relative au siège, mais

« par dehors la ville -, •• transport de munitions par de gribanniers ; hébergement, à Thôtel du Cerf, du prévo de Mansfeld ; envoi de canons, de poudre, d'échelles, d bêches, de serpes, de cognées, de pics, de mannes; d charpentiers, de charretiers, de maçons, de manou

qui n'est pas dite par Targentier; « ordonnance du 7 Juillet cy • vi^.

D'autres gribenniers reçoivent la somme de trois escus di sols, pour avoir conduit les massons et charpentiers aud. St Vallery après la reprinse d'icelle; ordonnance du huictiesm jour de juillet, cy iii^ x*.

Deux tonneliers reçoivent quatre escus seize sols, pour avoj fourni et disposé vingt barils où s*est mise de la pouidre canon envoiée aud. siëge; ordonn. du 12 juillet, cy. iiii*~ xvi'.

Des matelots et manouvriers reçoivent onze escus quarant sols, pour avoir recherché et rapporté à Abbeville, après « 1 prinse » de St- Valéry, « plusieurs balles (boulets) à canon ;

ordonnance du 13 juillet xi*^ xl*.

' M* Loys de Dourlens, eschevin, reçoit neuf escus pour soi remboursement des frais du voyage fait par lui et par le procureur de la ville vers le comte de Mansfel, après la prise d( Beauquesne; ordonnance du 16 juillet, cy ix*".

« A Claude de Vienne et Jehennc Gauduin, futailliers, la somme de seize escus, pour douze douzaines de bouteilles de verre couvertes (d'osier sans doute), dans lesquelles auroit esté offert le vin devant mentionné au nom de lad. ville ; ordonnance du 15 juillet, cy xvf*.

« A Anthoine et François Chariot, Jehan Huré et I^icoiai Frette, taillandiers, la somme de quatre-vingt-quinze escai quarante-cinq sols, pour avoir fourny et livré plusieurs louchet9 serpes et congnées emploiées aud. siège et reprinse de St-Vallerf ordonn. du seiziesme jour de juillet, cy. . . nii"xv"* xlv'.

« A Jehan Darras, serrurier, et Pierre Gorenflos, mareschal dix- sept escus vingt-trois sols, pour soixante-cinq picqs par eut fournis, emploies aud. siège; ordonnance du seize juillet cy , xvir* xxm*.

Un manouvrier du nom de Jacques Prévost paraît avoir été 1

vriers; de nourriture pour des chevaux; réparations aux affûts et aux roues des canons; voyages d'échevins; prises de renseignements au loin, à Mantes, à Meullaia [?]; expéditions nombreuses de commissionnaires ; m envoyé en présent à Mansfeld ; montre ou horloge offerte à un intendant des vivres. — Voyez les notes

GOfflmissioDnaire de la ville pendant le siège de Saint-Valery. Il reçoit quatre escus quarante sols, pour plusieurs voiages par luy faicts à Forestmontier, Noielles, Auxy, Sainct-Ricquier et ailleurs; ordonnance du 19 juillet. — Il reçoit un escu' trente sois pour un voiage vers le comte Charles à Bouquemaison ; ordonnance du 30 juillet. — Il reçoit soixante sols pour un autre voyage à Maîlly ; ordonnance du à août.

« A Jacques Bouifeau, maistre charron, la somme de trente- Denf escus cinquante-deux sois six deniers, pour plusieurs ouvrages par luy faicts de son mestier pour monter de rouages les quatre doubles canons quy auroient esté emploies à la reprinse deSt-Yallery; ordonn. du20 aoust, cy. . . xxxix"* lu* vi*.

> A Nicolas Sauvage, M* mareschal, quarante escus cinquantelieax sols neuf deniers, pour ferrures par luy fournies et ouvrages par luy faicts aux affûts et rouages desd. quatre canons ; , ordonnance du vingliesme jour d'aoust, cy xl*^ lu'.

< A Jehan Lavernier, futaillier, la somme de sept escus quarante sols, pour avoir fourny et livré plusieurs mandes (mannes) flDploiées à porter terre pour emplir les gabions; ordonnance du ÏXI d'aoust, cy vii*^ XL*.

■ A Nicolas Planlart, M* orloger, demeurant en lad. ville, la somme de trentê-six escus à luy ordonnée pour une montre sonnante de luy achettée, et de laquelle auroit esté faict présent par lad. viUe au sieur de Boisseu [?], secrétaire et intendant général des vivres en Tarmée pour Monsieur de IMaienne, pour les expéditions qu'il auroit faictes pour lad. ville, tant pour la composition du gouvernement , remboursemens des parties deabes à lad. ville pour munitions comme aultrement, et dont appert par dellibération dud. Eschevinage du vingtiesme jouf <Ie juillet audict an lUl" treize, ordonnancée du vtngt-troisiesme jour d'aoost aud. an, cy xxxvi~*. »

qui courent sous ces pages. Sauf, peut-être, l'envoi c Nicolas Dupont à Paris vers le duc de Mayenne, toi le mouvement représenté par ces extraits se rappor au siège de Saint-Valery. Le vin au comte et la monti à l'intendant étaient des marques d'attention gracieus( pour les deux sièges.

Les demandes adressées à Amiens pour des munitioi prouvent aussi cette simultanéité des deux sièges (i).

Suivons cependant les réunions de Tbôtel-de-ville.

L'Echevinage décide, le XXX juin, - qu'on enverra a camp de Sainct-Wallery, suivant les lettres de M' c Bellenglise, ung millier de pouldre à canon des deu milliers cejourd'buy acheptés de Gabriel Seguin (ma cband d'Auxy-le-Chasteau) , avec les eschelles et v quy luy ont esté envoies la nuict passée et qu'il lei sera baillé escorte, et qu'à ceste fin, Jeban Pottic maistre de l'artillerie en ceste ville, sera mandé, afi d'assister et dellivrer les munitions s'il voit qu'il < soit besoing. »

(1) • Le 1*' juillet, le sieur de Berengiise (Bellenglise) demani aux ÂmiéDois de la poudre pour le siège de Saint- Valéry. » - Dom Grenier, paquet XIV, no 8. -~ Histoire de cinq villes, Sain Valéry, p. 102.

tt Le premier juillet, nous dit de son côté le P. Daire, les hab tants d^Abbeville demandent à Amiens des poudres pour faire siège de Saint- Valéry, mais TEchcvinage d'Amiens s'excuse sur nécessité d'arrêter les royalistes qui viennent de piHer le viila^ de Camons. Amiens se dispense aussi de contribuer à la déinol tion de Saint-Valery comme l'ont demandé ceux d'Abbeville p leur lettre du 3 du même mois. » -— Histoire d'Amiens, tome L p. 313.

II faudrait confronter, sur ces négociations, les témoigoag des deux échevioages d'Abbeville et d'Amiens.

Mais Jehan Pottier, malgré son titre de maistre de Tartillerie d'Abbeville, chargé d'aller au camp de Saint- Yalery, « affin d'avoir le soing de faire ramener (1) le canon et pour dellivrer le roilier de pouldre (2), refuse défaire led. voiage. » Rumeur très-certainement. Le procureur de la ville est oui en ses conclusions et, •• en advis de l'assemblée, *• led. Pottier est d'abord admonesté par plusieurs fois « pour la conséquence du faict, et, finablement refusant, a esté dellibéré escheoir en l'amende de cent escus pour laquelle la contraincte a esté encoramencée contre luy, et qu'à ceste fin et jusques ao plain paiement, il demeurera prisonnier (3) , et cependant, affin qu'il n'arrive inconvénient au canon et aoltres munitions envoies, qu'il sera depputté ung aoltre en son lieu , sans préjudice aux protestations faictes par le procureur de la ville allencontre d'icelluy de tous despens, dommages et intérests dont il a appelle.

(1) J'aurais compris : de faire mener, mais nous voyons dans les dépenses de l'argentier une somme payée, dès le 23 juin, h des charpentiers et autres qui ont suivi le canon à Saint-Valery. lls*agit donc bien, dans ia mission refusée par Pottier, du soin de ramener le canon.

(î) Cette poudre était envoyée à M. de Bellenglise.

(3) L'affaire de Téchevin Pottier reparaît le 12 juillet. Led. Pottier ne faisait estât de se rendre prisonnier à TEchevinage (condition à laquelle il avait été condamné jusqu'au paiement de cent escus). L'Echevinage décide « que led. Pottier sera contrainct eteiécutté par touttes voies deubes et raisonnables, sans préjudice à son appel ny aultres appellations ou oppositions quelconques, pour la somme de cent escus, attendu la conséquence de la mattière, le péril et préjudice que pourroient apporter telles difiicultés et roffus, et qu'il sera contrainct à faire et exécutter

sa charge à Tadvenir, à peine arbitraire. »

<« Et, instamment, a esté nommé pour faire led. voiage led. de DouUens, eschevin, lequel, après plusieurs excuses, a entreprins ce faire, et luy a esté promis, au cas qu'il soit prisonnier ou qu'il luy arrive inconvénient, qu il en sera indempné et desdommagé par la ville comme il est accoustumé en pareil cas^ mesme que, pour son estât de notte (1), rescompense sera donnée à ses enfans au cas qu'il ayt mal. »

On décide que, pour satisfaire à plusieurs menus frais qu'il convient faire pour l'armée de M' le comte Charles, la somme de cent écus sera mise entre les mains du sieur du Gandas, premier échevin.

Je pense que Saint- Valéry était, trois jours après (2), au pouvoir de Mansfeld. Voyez plus loin l'ordonnance donnée par ce général, le 3 juillet, à Fores tmontiers, pour le démantèlement de la ville et du château que nous devons certainement supposer pris.

Ici doivent trouver place quelques assertions de Formentin que je ne reproduis qu'avec les plus grandes réserves. Formentin me parait quelquefois traiter nos annales comme le Tasse traitait l'histoire de Godefroy

(1) Notaire évidemment. Doullens est écrit dans ces délibérations pour Dourlens. Louis de Dourlens figure parmi les auditeurs à Âbbeviile au moins depuis 1584 jusqu'en 1593. —Voyez les Garde-scel^ Auditeurs et Notaires d*Abbevilîe^ 1333-1867.

(2) La ville ou le château tenait encore le 2 juillet, ou la nouvelle de la prise n'arriva que tard à Âbbeviile (voyez la délibération échevlnale du 2 juillet); mais la délibération du 4 nous apprend que, la veille, trois échevins ont été députés vers Mansfeld a pour le remercier au nom de la ville et le supplier de vouloir continuer la délivrance du pays par la prise de Rue. » C'est alors que les délégués lui ont demandé le démantèlement de Saint- Valéry.

de Bouillon. S'il n'y a pas danger pour la poésie à vouloir faire beau, il y a très-grand péril en histoire, pour la vérité, à transporter l'idéal religieux, politique ou patriotique d'un temps dans un autre temps. Il y a daos l'histoire de Formentin , antérieurement de quelques mois à la date où nous sommes, certaine prise d'armes des bourgeois de Saint-Valery au cri de Vive le roi! qui me parait fort suspecte. J'ai eu le tort de reproduire le fait autrefois sans trop d'examen (i) et m'en repens. Au dix-huitième siècle, aucun historien -Formentin, Devérité, ou l'auteur d'un mémoire sur l'histoire de Rue, Loisel, — ne pouvait admettre que sa ville eût été ligueuse cent cinquante ou deux cents ans auparavant, ou du moins n'eût pas subi une tyrannie f odieuse sous laquelle le cri de Vive le roi ! éclatait dès qu'il le pouvait. On ne saurait trop refaire l'histoire avec les correspondances du temps, avec les délibérations mêmes qui montrent les honnêtes bourgeois plus souvent en inquiétudes qu'en emportements, plus prudents qu'aventureux, l'œil à leurs affaires, même lorsqu'ils prennent le mousquet, et ne prenant guères volontiers le mousquet que pour garder leurs murs comme les Abbevillois et se soustraire aux garnisons.

Voici, néanmoins, comment Formentin raconte la prise de Saint- Valéry et quelques faits qui suivirent :

« Les assiégés se défendaient avec tant de courage, quoique en petit nombre, qu'après avoir tué bon nombre d'Espagnols et de Flamands, le général ennemi se vit encore trop heureux de leur accorder une capitulation

(f) Histoire de cinq villes et de trois cents villages ^ etc.., Saint- Valéry, p. 103.

honorable. Les Espagnols laissèrent partie de leoi bagages en cette ville, avec leurs malades; de là, let. armée, montant à dix mille hommes, se mit en rou. pour venir passer le pont de Talance à Abbeville. L< gardes des portes les laissèrent entrer dans cette villi mèche allumée. Ces troupes étaient déjà au milieu d'iLl beville quand le maieur en fut averti ; sa surprise c fut point petite ^ cependant il fut trouver le jeac Mansfeld qui lui fit un accueil gracieux et lui promit c ne rien attenter contre la ville. Il s'acquitta de sa pn messe, car ses troupes sortirent aussitôt de la ville q lui donna un superbe festin où ses principaux officie: furent invités. Cette armée, s'étant rafraîchie quelqu* jours près de cette ville, prit sa route pour Montreuil < fut prendre Etaples. «•

Je dois dire que jusqu'à présent je ne vois rien d tout cela dans nos registres. Au lieu de traverser Abbe ville, Mansfeld reçoit à Forestmontiers les envoyés d l'Echevinage le jour même où il apprend sans doute I reddition de Saint- Valéry (4), et rien n'indique qu'il i dispose à prendre le chemin d'Etaples.

Revenons maintenant vers Rue.

Le deuxième jour de juillet, assemblée générale pa devant J. Bernard, lieutenant général, le maieur, doyen de Saint-Vulfran et des chanoines, etc.

Le lieutenant général expose que « Ms' le com Charles de Mansefeldt, estant es environs de la vil de Rue avecq son armée, se disposant à reprendre la

(i) Les nouvelles du siège de Saint-Valery pouvaient et d valent même être apportées de la Ferté aux abords de Rue travers la Somme , en avance sur les nouvelles passant | Abbeville.

ville de Rue et celle de Sainct-Wallery tenans de présent party contraire (i), désiroit estre fourny par ceste ville le nombre de yii°>v° pains par chacun jour, pour la nourritore de son armée, durant dix à douze jours qu'elle poorroit estre à ce occupée, oultre ce que lad. ville a cj-devant fourny, ce que led. seigneur auroit faict entendre ausd. sieurs maieur et escbevins par Monsieur de Rossieulx , secrétaire d'estat et intendant de ses fioances, estant pour le présent en ceste ville (2), quy auroit semblablement certioré la volunté dud. seigneur comte Charles estre telle d'emploier ses forces à la reprise desd. villes de Rue et Sainct-Wallery pour le bien du pais, pourveu que ceste ville s'efforce de faire lad. fourniture de pains, moiennant quoy il asseuroit icelle de faire bailler bonne assignation pour le remboursement de la somme à quoy se pourront monter lesd. munitions de pains, et, partant, qu'il estoit besoÎDg d'y adviser promptement, parce que cessant cela, led. seigneur ne povoit emploier son armée à l'effect que dessus. »

(1) Ainsi le 2 juillet, dans la journée, ou la ville de Saint-Valery n'était pas encore prise, ou la nouvelle n'en était pas encore arrivée à Âbbe ville.

(2) La ville contracte envers M. de Rossieulx quelque dette de reconnaissance que TEchevinage acquitte la veille même du renouvellement de la loi:

« Du XXIII' jour (l'aoust. Pour aulcunement recongnoistre M' de Rossieulx, secrétaire d'estat et intendant général des vivres de France, des services qu'il a faicts pour la ville, il luy sera faict présent d'une orloge de la valeur de xxxvi escus. • — Reg, aux délib.y 1592-1593. — Le don figure aussi, bien entendu, au registre de rargeutier. (Voyez plus haut, à la fin des notes relatives aux opérations du siège de Saint-Valery).

Toute l'assemblée, d'an avis unanime, décide que « pour le bien du pais, la ville fournira lad. quantité de vii°^v*' pains chacun jour, durant dix à douze jours. ».

La ville est obligée, pour subvenir à cette nouvelle charge, de faire publier au rabais, à son de trompe, la fabrication des pains, en demandant aux adjudicataires le prêt à la ville pour six mois et s'engageant au paiement sur tout le bien et revenu de la ville.

Nous assistons aux dernières associations de la ville à des efforts de guerre. En toutes ces conventions avec le comte de Mansfeld et malgré des promesses de remboursement de la part des chefs de la Ligue, il y a bien, du côté de la ville» spontanéité de résolution, engagement libre. On peut donc bien dire qu'Abbeville fait la guerre elle-même, non sans doute en envoyant hors de ses murs un seul homme de ses milices, mais à la façon des républiques italiennes, par des prêts, des avances, des fournitures aux armées qui passent. Le jeune Mansfeld ressemble assez à un condottiere. Abbeville s'allie donc d'elle-même au général étranger allié de la Ligue, et, une fois dans cette voie, s'y obstine, tient bon. C'est elle qui encourage le général espagnol et l'excite à certaines mesures. Il faut qu'un voisinage inquiétant disparaisse à Rue; il ne faut pas qu'il se rétablisse à Saint-Valery.

Les échevins du Candas, Briet et Doullens ont été envoyés, le 3 juillet, vers M^ le comte Charles pour le remercier au nom de la ville et le supplier de vouloir continuer la délivrance du pays par la prise de Rue et d'autres places occupées par l'ennemi, pour le supplier encore de bien vouloir mettre , par démolition , par

démantèlement ou autrement, la ville de Saint-Valery et le château •• en tel estât que l'ennemy ne s^en puisse plus emparer et, de celte position, ruiner le pays. »» lis rapportent le lendemain (4 juillet) une ordonnance dud. seigneur comte du 111^ jour de ce mois et conforme au vœu exprimé. Telle était la teneur de l'ordonnance :

< D'aultant qu'il convient au service de la saincte Ligue et

an bien de la province de Picardie et des circonvoisins de la

ville de Sainct-Wallery que lad. ville et chasteau soit desraolie

etruyne'e pour empescher les excursions et courses des soldards

de la garnison que des deux partys qu'on y a mis par cy-devant,

Avons ordonné et consenty» comme ordonnons et consentons

parceste (1), que lad. ville et chasteau de Sainct-Wallery soit

desmolie et abastue pour empescher tels désordres et obvier

que Tennemy n'y loge plus au détriment du povre poeuple. —

Faictau camp de Forestmontier, le HP juillet 1593. — Signé en

bas: Charles de Manchefbb (2); et au costé est apposé le

cachet dud. seigneur. •

Les envoyés rapportaient aussi des lettres envoyées du camp de Forestmontier à M»' de Mayenne et à Ms' d'Aumale, « affin d'y interposer leur auctorité. »

La ville décide donc qu'elle écrira de sbn côté à nosdits seigneurs. — Délibération du IIII^ jour de juillet

Le siège de Rue traîne. Rien ne prouve que l'armée assiégeante fasse de grands progrès, au contraire.

14 juillet 1593. — Le matin, le sieur Guignons (3),

(1) Présente sans doute.

(3) Je lis encore ainsi du moins.

(3) C'est ainsi que je lis. Ne pourrait-on rapprocher ce nom de celui d'une famille Quignon domiciliée depuis à Abbeville, du moulin Quignon, etc.?

commissaire des vivres de Tarmée de Mc' le comte Charles, vient trouver le maieur. Il est chargé par M. de Rossieulx, dont il apporte des lettres, de prier la ville de continuer la fourniture des pains pour trois ou quatre jours. — Dans la réunion échevinale convoquée pour décider sur ce point , le procureur de la ville (1) rapporte que le comte Charles, vers lequel il a été la veille député, lui a « de rechef protesté qu'il est encores en sa première résolution de reprendre la ville de Rue, et n'esloingnera ses quartiers jusques à ce qu'il aura ce faict. » — La réunion décide que l'on continuera la fourniture « jusques à vendredy prochain (on était au mercredi), suivant le marché et adjudication quy en a esté faicte au rabais à W* Philippe Delestoiile et Elloy Tillette, sieur de Brancourt, ausquels sera nottiffiée la présente dellibération. «»

Le 15 juillet, assemblée au son des cloches. Cinq pages blanches dans le registre attendent encore le procèsverbal de cette réunion.

Je ne vois pas, dans nos registres, d'opinion émise vers ce temps chez nous, ainsi que cela eut lieu à Amiens, sur l'élection du duc de Guise comme roi.

Le XXl^ jour de juillet, une simple assemblée échevinale reçoit une communication importante.

Le maieur expose qu'il a reçu la veille des lettres de Monsieur de Caumartin du XYll» de ce mois, par lesquelles ledit sieur « mande avoir esté envoyé par le roy de Navarre affin de nous apporter quelque lettre de sa part et faire entendre, qu'il dict debvoir estre

(I) Tillette.

agréable comme estant désirée (I) pour le bien du pays, et, qu'à ceste fin, désiroit qu'il iuy fut envoyé passeport, affin de venir icy en seureté pour exposer sa crédence. *• — La réunion décide qu'on répondra aud. sieur de Caumartin <• qu'encores que désirions, après Phonneur de Dieu et conservation de nostre relligion, le bien et repos du pays, touttcfois ne povons Iq; bailler le passeport et seuretté qu'il désire ny l'entendre et conférer avecq luy que n'.en aions donné advis et eu permission de nos supérieurs , ausquels nous en escriprons u cest effect. *•

Cest vers ce temps sans doute, mais je ne puis préciser encore , que le siège de Rue fut levé par Hansfeld ('2). Le séjour du général étranger dans le Pontbieu, ses deux entreprises, Tune heureuse, l'autre malheureuse, contre Saint-Yalery et Rue, avaient pesé finaocièrement sur notre ville. Quelques mois plus tard, en l'année écheyinale suivante, nous voyons, dans une délibération du XXIX novembre ^593, que la ville a précédemment fourni « pour la nourriture de l'armée du comte Charles, lorsqu'il a séjourné dans ces quartiers et qu'il fi reprins la ville de Sainct-Wallery , JQsqnes à la somme de cincq mil escus, pour le remboursement de laquelle il est besoing d'adviser. — Le sieur d'Achery (Tillette) s'acheminera en la ville de Paris, où est M' de Rossieulx, affin de poursuivre l'assignation du remboursement de lad. somme. >*

(1) Quelle proposition? Les scribes de TEchevinage. abusent ainsi souvent des sous-entendus. Les idées du temps pouvaient être nettes; la langue n'est pas toujours claire.

(2) Nulle trace, en aucun lieu de nos registres, du passage de Mansfcld à travers la ville mentionné et dramatisé par Formeutin.

Le 25 juillet a lieu Tabjuration de Henri IV. Gest une date qui fait osciller le fléau de la balance dans l'histoire de ces troubles. De grands cbangements vont s'accuser bientôt dans la force relative des partis.

Le maieur a reçu, le 6 août au soir, les articles de la trêve (4). 11 les communique le lendemain à rEchevinage avec les lettres de Mr de Mayenne et de Me' d*Aumale. La trêve sera publiée à son de trompe. — Délib. du VII août 1593.

Cette trêve n'établit pas complètement la paix autour d'Abbeville, du moins du côté de Rue (2).

(1) 11 s'agit de ia trêve de trois mois, signée à la Villette le 31 juillet, entre le roi et ia Ligue. Par cette trêve, le roi désirait donner temps à sa conversion d'agir sur les catholiques, Mayenne rendre vaine les menées espagnoles en faveur de Tinfante. Cette trêve, dit Waignart, « fut publiée à Paris le premier d'août, et huit jours après en les villes d'Amiens, Âbbeville et autres. Elle donna moyen aux peuples de gouster la liberté des champs et la douceur de la paix. »

(2) Et peut-être du côté de Saint-Valery; mais, ici encore, je suis forcé de citer Formentin avec la prudence que j'ai reconnue trop nécessaire :

il Quelques jours après la rentrée des Espagnols en Flandres, dit cet historien, les bourgeois de Saint-Valery avertirent Rubempré que leur garnison ne faiéoit pas une garde exacte. A cette nouvelle, il passe le gué de Blanquetaque durant la nuit, et, au point du jour, il paroit en bataille à la vue de la place ; à l'instant la bourgeoisie prend les armes, s'empare d'une porte par laquelle les troupes royales sont introduites ; la garnison espagnole fut faite prisonnière, et le bagage de l'armée du jeune Mansfcld fut pillé. » Ce qui suit dans Formentin est complètement faux, et le serait simplement même chronologiquement. Je suis heureux de faire cette constation ici, ayant reproduit les assertions de Formentin, en lui en laissant avec soin la responsabilité.

Les broits de guerre, les nouvelles de rapines bceopent encore l'assemblée générale du XYII^^ jour d'août. La garnison de Rue vient, dit-on, « jusques aux portes et barrières, arrester tous les vivres et marchandises arrivans en icelle (à Abbeville) pour contraindre d*aller acquitter aud. lieu de Rue. ^ — Autre fait : la veille, • aoeans de la garnison de DouUens, retournèrent et emmenèrent prisonnier ung marchant qui conduisoit de la marchandise en ceste ville, fautte d'avoir acquitté aod. lieu de Doullens, chose inaudite. » — On décide qu'on enverra deux hommes à Rue, vers le sieur de Rubempré, afin de savoir son intention sur l'exécution de la trêve ou s'il entend que ses gens « faccnt les arrests et exactions, pourquoy faire seront dressés mémoires pour ceulx de Doullens et aultres de nostre party (i) quy continuent d'arrester ce quy vient en ceste ville. » On en informera pour en faire plainte à îiv de Kayenne et à Ms' d'Aumale.

En cette même assemblée générale du Wll^ jour d'août, une autre question importante est traitée pardevant J. Bernard, G. Manessicr, des chanoines, etc.

Pour perpétuer les impôts, dit-on, • mis en ceste province à raison des troubles pour un an seulement,

il fst vrai, dans VHistoire de cinq villes et trois cenls vittages, etc., SaStU-Valery, p. 104.

Eo cette histoire, les ëvëuements qui intéressent Saint-Valery sont toujours ceux qui me donnent ie plus de tracas. Le 19 août, b habitants de cette ville si souvent prise et reprise, demanderoot la permission de rester neutres, n — Le P. Daire^ Histoire iÉrnîms.

(1) Allusion peut-être à Gribova! et à la garnison de Pontde^siDT.

in 5

Messieurs les généra ulx vœullent ester toutte la con gnoissance desd. imposts aux communaultés qui les ont mis sus pour un an seulement et les vouUant faire recepvoir par leurs recepveurs ordinaires des tailles et aides contre le règlement accordé entre les commanaultés lors de Testablissement dMceux. » À y a pis, « la garnison estant à Sainct>Wallery a commencé à les recepvoir aud. lieu, pervertissant le règlement. *• Le bruit court cependant que ceux de Beauvais et autres villes ont mis bas les impositions « par eulx mises sas, pour leur liberté. » — On décide qu'il sera délibéré sar cette question « par les chambres. » Pendant cette discussion, M. de Maupin pourra revenir de l'assemblée des estats, et Ton pourra prendre de lui quelques informations « sur plusieurs particularités à ce propos. »

Le lendemain, XYIII® jour d'août, assemblée nombreuse, mais à une cloche.

M. de Maupin est de retour; il fait un rapport de sa mission de député en l'assemblée des estats pour le comté de Ponthieu ; il a déposé sur le bureau les « lettres de l'union du gouvernement de ceste ville à l'Eschevinaige, *> lettres revêtues (un peu par ses soins) de toutes les formalités qui leur donnent force.

FAITS DIVERS

Un oubli. — Encore les sièges de Rue et de Saint-Valery. — Les babiUnls de Saint-Valery réfugiés à Abbeville. — Extraits des comptes, recette extraordinaire. — Argent emprunté par la ville pour la solde des gens de guerre. — Témoignages d'un registre des trésoriers de France sur la jouissance des biens détenus par les deux partis.— Le collège. — Entretien

^réfètli — Nomioation d'an principal. — Sollicitations diTenet da priodpal et des régents. — La jastice municipale exercée sar les troupes logMs dans la Tille. — La milice ecclésiastique suivant Formentin. — La nigoear des pestiférés.

Je dois d'abord réparer un oubli en rejetant cidessous (4) quelques extraits des comptes qui regardent le siège et la prise de Saint-Valery par le duc d'Âunale en octobre-novembre 4592, extraits qui sont à rapprocher de ceux qui courent plus haut sous les pges 15-20.

(I) • Quatre escus quarnnte-cinq sols payes k Jacques Brlet, dcheriD, commis ayec ledict deffunct du Candas pour la vënffication des frais du siège et prinsc de Sainct-Vallery, signée iod. Briet, datée du sixiesme jour de novembre V* quatrewjgtet douze, cy nn"" xlv".

* A Anlhoine Le Sueur, Jacques Darras et aultres matelots (B nombre de douze, la somme de deux escus, pour avoir esté KCrotoy âffin de fortiffier (de servir de renfort) et entrer dans bgribeone y estant esquipée en guerre; paiement du diz- Mofiesme jour de novembre mil V * quatre-vingt et douze ,

< A Pierre Bocquillon , maistre des broutiers de lad. ville (d'Abbeyille), la somme de six escus, pour voitures et aultres YaccatioDs par eulx faictes pour raison dud. siège (de Saint- ^>lery), dont apert par acquit du vingtiesme jour du mois de BOTcrabre, cy vr*.

« A Féglise de Sainct-André en lad. ville (d'Abbeville) ,. la lomine de trois escus, pour huict escbelles prinses en lad. église ^or servir à lad. entreprinse; quittance du dernier jour de awembrc, cy m'**. •

k néglige un assez grand nombre de paiements faits à des Utefiers pour nourriture de chevaux et des charretiers em- Jfojh pour le siège de Saint-Valery. — Les quittances de ces Ncsents sont dat^s du dernier jour de novembre et du prc* ■ier jour de décembre.

> A Pierre de Ribeaucourt, marchant tanneur, la somme de

Je dois dire aussi qu'il est plusieurs fois question, dans les registres du bureau des finances d'Amiens, des frais faits par l'Echevinage d'Âbbeville pour les sièges de Rue et de Saint-Valery, mais je ne puis mieux faire que de rassembler ici les quelques notes tirées de ces registres par Dom Grenier :

Rue. — « Dans une expédition du 23 avril 4593, il est fait mention du remplacement des frais faits pour le siège de Rue, pris sur les nouveaux imposts, qu'il sera besoin de remplacer par une nouvelle levée. » — Dom Grenier, t. C, f^ 61{.

Rue et Saint-Valéry. — « Le d4 mai 1593, il est fait mention de frais faits par les maieurs et eschevins d'Abbeville pour les sièges de Rue et de Saint-Valery. » - Ibid.

iSAiNT-YALERY. — a Lcs habîtauts de Saint-Valery» réfugiés à Abbeville, demandent au bureau des finances

deux escus cinquante-huict sols six deniers, pour poil par luy livré pourledict siège (de St-Valerj); quittance du quatriesme jour du mois de décembre^ cy ii** Lvm' vf*.

« A Pierre Gorenflos, mareschal, trois escus» pour des picqs employés au siège de Sainct- Valéry ; quittance du dernier jour de décembre, cy iiT*.

« A Jehan Becqoin , laboureur , demeurant à Mouflièr^ » la somme de quatre escus, pour la valleur d^une charrette de luy prinse et employée pour led. siège, laquelle auroit esté perdue; quittance dud. Becquin du cinquiesme jour de février .1593» cy , ..un*".

« A Jacques du Candas, la sommç de cinquante-huict escus quarante-cinq sols qu'il auroit maintenu et montré luy estre deube pour plusieurs voiages faicts durant les sièges de ForesmoDtier (sic) et Sainct-Vailery» tant pour la prinse que pour le secours, et dont apert par ung brevet arresté le dixiesme jour de février V quatre-vingt-treize» cy ..... . LViir* xlv*. »

(TAfflieDS qu'en ampliation de l'avis déjà donné , ils leoillent déclarer qu'il convient de les deschargef à perpétuité de toutes tailles, taillon, etc. L'avis, qui est do 2 août, est en partie favorable, n — Ibid. y f^ 522.

Je rejetterai ensuite, en ce dernier chapitre des faits divers, quelques extraits intéressant les finances de la Tille qui n'ont pu se ranger spécialement en tel ou tel mois de l'année échevinale ; ainsi cette recette extraordinaire qui (du moins par l'emploi des deniers perçus) se rapporte à ceVtains événements de l'année précédente comme au remboursement de M. de Hucqueville :

• Aultres receptes extraordinaires faictes par ledict Griffon en lad. année (4592-1593).

• Premièrement, a ledict comptable receu par ordonnance des maieur et eschevins de lad. ville, de Claude GaignereU commis durant icelle année à la recepte des imposts généraulx, la somme de deux mils quatre eens vingt neuf escus cinquante sols sur et en tant looings de la somme de trois mils quatre vingts douze ttCQS cinquante sols deube à lad. ville et babitans d'icelle pour les frais faicts pour raison des sièges, prinse, reprinse et secours de la ville de Sainct-Wallery, •dkm Testât quy en auroit esté dressé et vériffié par le sieur ducq d'Aumalle le vingt-huictiesme jour de décembre mil cincq cens quatre vingt et douze, laquelle somme de n"* inr* xxix*** l* a esté receue par led. Griffim, partie comptant et pour fournir à l'acord faict ivecq Monsieur de Hucqueville pour son gouvernement et paiement de la somme de trois mil escus quy luy fareot lors payés pour partie du pris et composition 4*1061107 911e en ùrdoimmices et parties acquittées et payées par led* Gaignerel pour raison desdicts siège.

prinses et secours de Sainct - Wallery , employés efl faisans partie de la despence dudict estât des frais desquelles (sic) ledict comptable proteste de fair< mise et despence cy- après» ensemble de plusieurs sommes par ledict comptable payées et acquittées au mesme efTect par Tordonnance desd. maieur et eschevins, cy n» mf xxix"* l». •

£t cet autre relatif encore au paiement de M. de Hucqueville :

« Faict aussy recepte ledict argentier de la somme de neuf cens huict escus dix-huict sols quatre deniers faisant moictié de la somme de xvm^'xvr'^ xxxvi* viii^ pour les sommes deubes en ladicte année par lad. ville, tant à la recepte généralle à Amiens que aux receptes particullières des aydes et du taillon en lad. ville quy luy auroient esté accordées par Mons' le ducq de Maienne pour fournir à Paccord faict avecq ledict sieur de Hucqueville pour sondict gouvernement» desquelles parties les acquicts desd. receptes auroient esté dellivrés suivant led. accord et édict de réduction de lad. ville confirmatif d'icelluy par ordonnances de Messieurs les trésoriers généraulx ausdicts maieur et eschevins sur le récépicé qu'ils en auroient faict bailler, par le comptable ausd. recepveurs généraulx, encores que aulcune chose n'en aist esté par luy payé ny receu, de laquelle somme de xviii*' xvr** xxxvi> viu^ partant ledict comptable quy n'en avoit aucune chose payé et en avoit néantmoings faict mise en son compte dei octroys, seroit chargé de au proufiit de lad. ville comme auroit faict Isabeau du Val sa vefve et legateresse do depuis par son récépicé estant en bas de la copie col- y lationnée desd. acquicts du sixiesme jour de décembrafl

mil Y« quatre-vingt-dix- neof cy-rendo, et suivant lequel & esté employé en la recepte du compte des octroys de kid. ville par elle rendu à Paris, pareille somme de a*vinr« xvm* im^ faisant Taultre moictié de ladicte somme de xvnr xvr** uxvi* vin*' comme il appert par ledict compte, cy. ...... . ix*vni^ xviii» uii'*, »

Ce que je n'ai pas trouvé dans la lecture, assez attentive cependant, que j'ai poursuivie des registres de PEchevinage, c'est ce fait rapporté, sur des preuves sans doute, par M. Traullé, que Jean Tillette, procureur iseal, prêta six mille écus à la ville, en 1593, pour la solde des gens de guerre. — Jf. Traulli, Inventaire des titres, etc. — Le fait pourrait, à la rigueur, appartenir à TaDoée 1593-1594; je pense pourtant, en raison des événements, qu'il appartient u l'année 1592-1593.

11 a souvent été question, dans le courant de cette année échevinale, de négociations pour « le repos du labooreur » et pour la liberté à rendre par réciprocité aax biens détenus par les deux partis. Les négociations aboutirent peu, mais on pouvait arriver à l'avantage désiré • par la neutralité. » Un registre des trésoriers généraux de France fournit des exemples des arrangements qui furent alors faits : « François Rohault, seigneur chastelain de Gamaches, avait obtenu du duc d'Âumale, gouverneur de la province, des lettres de neutralité, ce qui emportait la main-levée de ses biens saisis; il en demande l'exécution contre le receveur général. 12 janvier 1594. 11 devait jouir de son revenu pour 1592. » — Extrait d*un registre aux expéditions ordinaires de AT" les trésoriers généraux de France, com* mençant au i9 mars \ 590. — Dom Grenier ^ totSM C^ f^ 617.

L'Echevinage garde toujours en main la direction et l'entretien du collège.

%Le 3 octobre 1592, la ville se voit forcée « par le malheur du temps » de refuser une. augmentation de pension à J Macquet, principal de ce collège.

Le dernier jour de décembre de la même année, « sar l'instance faicte par les règens du collège à ce qu'il soit pourveu à leur nourriture attendant quMl soit mis ung principal aud. collège au lieu de W Jehan Hacquet, naguaire dèceddè, il est dellibèré qu'il sera baillé aai susdicts règens la somme de cincquante livres pour leur nourriture attendant qu'il soit prouveu d'un principal, laquelle sera prise par forme d'emprunt sur la ville. »

Les bourgeois n'entendaient pas absolument comme nous la liberté d'enseignement , mais ils admettaient encore moins l'enseignement hors de l'œil de l'Echevinage.

Le lundi premier jour de février 4593 , les deux cloches appellent à l'Echevinage le lieutenant général J. Bernard, le maieur Manessier, le doyen et des chanoines de Saint-Vulfran, les anciens maieurs, les échevins et probablement aussi tout le peuple. Il s'agit de pourvoir d'un principal le collège de la ville. Pour cette place ne s'est présenté encore que « M® Antboine Clugnet, du pais du Boullenois. **

Ledit Clugnet est interrogé et répond « tant sur la théologie que philosophie et lettres grecques au contentement d'un chacun. » II est alors délibéré et ordonné que led. Clugnet sera reçu et admis en lad. charge.

Le y® jour de février 1593, le maieur, assisté de

plasieurs échevins, de Le Devin, siéger, et de Tillette, procureur de la ville, se transporte au collège et en met en possession Ant. Glugnct comme principal, en présence de «Messieurs Sommon (i), Petit et Demay, régens. «* Le nouveau principal prête le serment « de garder et observer les réglemens quy ont esté faicts et observés avec son prédécesseur et aultres quy pourront estre cy-après faicts pour la pollice et direction dud. collège. »

Le XXIII (2) , assemblée générale uniquement pour cette affaire du collège.

Le principal et les régents demandent qu'on augmente leur pension insuffisante, afGrment-ils , en raison de la Tcherlè des vivres ; ils prient en outre « que, pour entretenir la joeunesse en meilleure discipline , Ton advise de achever de fonder une messe par chacun jour dedans la chapelle dud. collège. »> — La ville , parlant par toutes les voix de l'assemblée générale, accorde, « pour la malice du temps, xxxiii escus ong tiers aud. principal pour surplus ou deffault pour ceste demye année et sans tirer à conséquence. ...,>» et elle décide en outre, « quant au regard desd. messes, que, pour achever la fondation, Ton fera xlire aud. collège celles quy se disent en Thospital des Repenties (3) quy

(1) Saumon, sans doute.

(s) J'ai oublie de prendre le mois qui doit être de la première moitié de 1593 ; la demande rappelée dans l'extrait ne put, dans tons les cas, précéder Finstallation du principal.

(3) Je vois dans le registre aux délibérations de Tannée échevioale suivante, au neuvième jour de novembre 1593, que les menbles servant au culte dans la maison « où naguaires les Repenties faisoient leur demeure » seront déliwés au principal du

se disoient au précédent aud. collège où elles estoient fondées et celles quy se soulloient dire au chasteau, et, à ceste fin, Ton luy fournira du revenu de lad. chapelle dud. chasteau. «*

La justice municipale s'exerçait librement sur les troupes momentanément logées dans la ville.

Le dernier jour du mois d'août 1592, « le sergeant du cappitaine (un nom que je lis mal), pour avoir frapé le maistre du Signe (du Cygne sans doute), est condampné en xx% sols. *•

Après ces faits d'importance diverse, dont le lien, pour beaucoup, est dans les chapitres précédents, et que nous assurons constants, ayant été rencontrés par nous en lieux sûrs, il nous sera permis de hasarder quelques fragments des récits de Formentin , fondés peut-être, mais uû peu arrangés, je le crains, et dont il serait téméraire d'assumer la garantie.

<• La milice ecclésiastique de la ville, dit notre historien, continuait exactement de monter la garde et de s'exercer aux armes; l'esprit de licence qui en suit ordinairement s'empara d'un grand nombre de ces soldats du pape , — le mot est de Formentin ^ — un certain Jean Le Comte, chapelain de Saint-Yulfran, se battit avec quelques-uns de ses confrères en un cabaret où ils firent carillon; ces désordres contraignirent le maieur de les emprisonner; le 9 juillet, on les renvoya au Chapitre sur la revendication qui en fut par lui faite;

coII(^ge tf pour servir au sainct service quy s'y dict. » Le surplus de ces meubles servant au culte serviront à Tautel de FEchevinage.

— Tôle nombre de ces matios s'accrut aa point que le lendemain, 10 juillet, Messieurs de Saint-Vulfran supplièrent le corps de ville de leur prêter leurs prisons» celles du Chapitre étant remplies, n *— Formeniin.

Un dernier fait étranger à la politique, mais celui-là pris dans nos registres. .

Philippe de Bordeaux , le saigneur des pestiférés ,

est mort. — UEchevinage choisit pour le remplacer

dans cette fonction « Jehan Proville [?], chirurgien de

la ville de St-Ricquier, joeune homme à marier. » —

Assemblée échevinale du XXVII août 1592.

C'est avec soulagement que nous quittons cette année

1592-1593. Nous allons, en Tannée qui suit, entrer,

soucieux et misérables encore, dans une période de

négociations , de trêves , de conventions , à travers

lesquelles nous entreverrons cependant bientôt la pre->

fflière aube de la paix. Si toutes ces suites un peu

sèches (sentant la main de Targentier), de combats, de

sièges, d'attaques, de surprises, de troupes levées, de

munitions de guerre ou de bouche exigées, mal rem-

i)oursées sans doute, fatiguent, par une incessante et

souvent monotone répétition, le lecteur, il faut vivre

soi-même dans un temps de guerre (2 septembre 1870)

et souffrir des plus cruelles incertitudes pour se rendre

compte de Tintolérable existence qu'infligeaient, depuis

tant d'années, aux habitants d'Abbeville, les alertes

continuelles, les gardes sur les murs, les mauvaises

nouvelles venues parfois des villes les plus voisines,

Saint-Valéry^ le Grotoy, Saint-Riquier. De quel grand besoin de repos devaient être saisis la plupart des esprits après tant et de si longues heures sans sommeil! Quelle aspiration au travail régulier, au commerce libre, à la sécurité, après les campagnes ravagées, les rivières fermées aux navires, les ports déserts, les villes murant leurs portes !

RenoQYelIement de la loi. — Le maieur J. de Maapin. — Le dac d'Aamale à AbbeYÎlle. — Demande qui lai est présentée par les habitants à reffet d*être exemptés dn paiement des tailles aaxqaelies tent les assajétir le gouverneor de Rue. — Satisfaction que leur donne le duc. — Abbetille désire Tobservation de la trëye, Taliégement des impôts. — On enverra des députés à une conférence projetée entre le dac d'Âumale et M. de LoDgaeTille. — On ne peut satisfaire à an paiement demandé par des

(1) Les trois « hommes dignes et capables, » offerts au choix des maieurs de banaières, furent :

Noble homme M' Jehan de Maupin, licentié ès-loix, sienr de Bellencourt, conseiller du roy en la séneschaulcée de Ponthieu;

Honorable homme M* Jossb Bbauyablet, licentië ès-Ioix, conseiller aud. siège ;

Honorable homme Jehan de CANTELLEUy conseiller du roy elleu en Ponthiea.

£t longuement après, les maieurs de bannières rapportèrent les élections ainsi faites :

Pour maieur :

M** Jrhan de Maupin, escuier, s' de Bellencourt, conseiUer du roy au siège prèsidial de Ponthieu (1).

(1) Ce sont les seules qualifications après son nom dans le procès-yerbal d*âection où je les relère. Waignart nous donne: a escoier, seignearde Bellencourt, Moufflières, Gorenflos, Beaolieu, etc., conseiller du roy en la sénécbanssée de Pontbieu et controllear du domaine dudict Pontbieo, maieur poor la quatrième fois, n

capitaines du régiment da siear de Grëboval. — On s'oppose à la lerëe de quelques impôts abolis. — Les députés nommés pour la conférenee avec M. de Longueville ne partiront que sur l'assurance qu'ils seront indemnisés, en eux-mêmes ou en leur famille, des accidents de voyage. — Retour de ces députés avec les articles arrêtés dans la conférence de TrcoTille. — Soucis pour des droits qu*entend percevoir l'ennemi. — On opposera k M. de Robempré les conventions de Trouville et de Milly — Correspondances diverses poui^ l'observation des articles de Trouville et de Milly et l'abolition des nouveaux impôts. — Nouvelles inquiétudes de guerre. — On apprend que le roi amasse des forces et se rapproche.* — Mesures de précaution. — On apprend qu'il est à Dieppe. — Autres mesures. — On a avis d'une surprise projetée. — Nouvelles mesures. — Exactions persévérantes de la garnison de Rue.— On réclamera auprès de M. de Longueville. — Quelques assertions de Formentin. — Correspondance de TEchevinage et du duc d'Âumale pour la conservation de Saint-Riquier. — Correspondance pour la conservation du Pont-de-Remy.

En cette année échevinale qui verra la soumission d*Abbevilie au roi , nous retrouverons le maieur de 15SS, autre fois député aux Etats de Blois, (député

Pour les quatre premiers ëchevins :

M'* Fbançois Rdmet, escuier, s* de Beaucourroy (t) ; Honorable homme M' ÂNTHOiiifi' Manessibr (3) ; M'* Jehan de Gantelled, conseiller du roy, elleu en Tellection de Ponthieu; Honorable homme Charles de Cocquebel.

Pour argentier de la Ville :

MiGOLAS Lataignant;

Du Val :

Anthoine Goullon (3).

Escheyins des huîct :

Lots Sanson, le joeune ; Sanson Wauqubt ; Jehan Lherminieb; François du Val ;

(1) Waignart ajoute : advocat au siège présidial de Ponthieu, ancito maieur.

(2) Waignart ajoute : seigneur de THermitage, ancien maieur.

(3) Waignart ajoute : seigneur de Hanchies. /

encore dernièrement aux Etats du Louvre), dont la magistrature a été marquée en i589 par l'adhésion jurée de la ville à la Ligue. Ainsi le nom de Maupin a OQvert et va fermer la période véritablement active et guerroyante de TUnion chez nous. L'ardent ligueur de 1589 deviendra le sujet empressé de 4594. 11 ne

Pierre du Maisnibl ;

M" Lois Lesage(]);

Gilles Lardé;

Nicolas Bohault, s' de Condé.

La maieur de Maupin était charge des affaires de M** de Guise. Il allait pour cela à Eu ; il y était lors de son élection de 1593.

H s'excuse à son retour, mais on persiste, et il accepte le 27 août. — On nomme alors les échcvins de receuil qui furent :

André Hocquet;

M" Charles Rorin (2);

Jacques Manessieb ;

Jehan Le Sergeant;

Jacques Crignon;

Jehan Papin;

Jehan Pignier (3) ;

Claude Hoghart;

Jehan Oecilliot, le joeune;

Jehan Fouques;

Jehan Levesque;

QDENnif Beqpet.

Le 29 août, quand les offices sont distribués, le sernOon est fait par Raimbert en la salle dud. Escbevinaige.

Puis les anciennes ordonnances contre les blasphèmes, les défenses de se promener aux églises, etc.

Ce 5ont toujours les mêmes.

{i) Waignart ajoute: procarear et notaire.

(3) Waignart ajoute: procureur.

(3) J'ai lo ce nom avec difficulté dans le registre aux dëlibërations. Waîgoart me donne Jehan Pignier. Jehan Pignier ayant quiuë, peu de temps après Pëlection , Abbeviile pour Montreuil , Jehan Lamt fut nomme ëeberin de recueil le 18 février 4594.

faudrait pas forcer la condamnation. En 4588, le conseiller Jehan de Maupin avait été maieur malgré lui ; il obéit aux événements^ en 4593, il est nommé, sinon malgré lui peut-être, du moins en son absence» et s'il obéit encore à un événement tout contraire, on doit reconnaître que les circonstances ont changé plus que ses opinions probables. Le roi, dont la religion inquiétait les consciences abbevilloises du tempà, a abjuré. Et puis, en 4589 comme en 4594, Maupin, maieur spontanément élu, ne se trouva pas, en définitive, en désaccord avec le sentiment de la ville. 11 sentait sans doute, (un peu plus tôt peut-être), comme l'Echevinage, comme le corps des maieurs de bannières, comme les corporations de la communauté, comme Messieurs du Présidial, comme une partie même du clergé. Excuses de valeur, mais qui laissent subsister une ombre, un regret pour sa mémoire. On craint de se rappeler qu'il ne s'oublia pas ou ne se laissa pas oublier dans les négociations conduites par lui avec le roi pour la soumission de la ville. Et puis encore, un contraste se présente trop naturellement : le pauvre maieur Le Roy de Saint-Lau, fidèle à Henri 111 en 4588, meurt à la peine, et ses obsèques sont outragées par les ligueurs de la ville. L'heureux Maupin , triomphant avec les passions de 4588, triomphera encore dans le mouvement tout opposé de 4594. La liberté municipale ne pouvait sans doute conserver les allures larges, affranchies de toute tutelle, qu'elle avait prises dans la lutte-, elle redevient plus modeste. Elle rentre dans la règle tout au moins de déférence d'abord, mais il faudra au maieur , demeuré important , de nouveaux insignes (délib. du 44 novembre 4593 pour la tasse); on lui

créera presqoe une garde (délib. du \6 février 159'i.— Voyez au ehap. deê faits divers, à la fin de cette année).

n y aurait à faire une étude sur le caractère de ce maieur. Sa vie politique avait été assez remplie. Outre ses députations aux Etats-Généraux de Blois et du Louvre , il avait été envoyé à , Rouen , vers le roi Henri 111, le 30 juin 1588. Nous avons remarqué, au chapitre VI de l'année 1587-1588 , son attitude circonspecte, expectante , probablement déjà hostile au roi, dans les jours qui précédèrent l'arrivée à Abbeville de redit d'union. Maieur en 1588-1589, il avait représenté la Ligue à Abbeville dans sa passion première. Point d'étude mesquine d'où sort un portrait vivant, et J. de Haupin pourrait sortir lui-même devant nous, au son des trompettes municipales, de ses magistratures de 1574, 1581 et 1588.

Le 2& août 1593, le duc d'Aumale était à Abbeville. On ne voit pas qu'il se soit occupé en rien des élections communales.

Seulement, après l'élection, le premier échevin des quatre, représentant le maieur nouvellement élu» mais absent (1), se rend avec tout l'Ëchevinage chez le duc, le salue et lui fait part des élections.

(I) Je dois rendre à Waignart ce résumé de quelques cir-' constances de réiection :

« Ledit sieur de Maupin n^étoit pas alors dans la ville, mais à En; les sieurs de Beaucorroy et Manessier arrivés (eli TEchcvinage), on leur fit entendre que les maieurs de bannières, considérant la malice da temps et des troubles et Taccroissement des charges et aactorités de la ville par le moyen de la réunion du goavemement ai) corps de FEschevinage, les avoient nommés, pour cette présente année, premiers échevins de la ville, encore que par lU 6

M* de Beamrillé, qni a renda par ses poMicatioiit i^ si graods serviees à Phistoire de Picardie, a reprodoit ane demande présentée très-prtdMblement le jour mèDH? du renouvellenient de la loi par les habitants d*Abbe^ ville au duc d'Aamale, • à l'efiet d*ètre exemptés du payement des tailles auxquelles veut les assujétir le gouverneur de Rue : »

« A Monseigneur Monseigneur le duc d'AnmalIe, gouvemenr général de la proTÎnce de Picardie.

« Remonstrent humblement les maire, escherins et habitans de la Tille [d^Abberille'J que, deppais le commencement des

troubles en ce royaolme, ilz se sont sonbz vostre

anctorité maintenuz et conservez an parti de lUnion des cath[oliques sans] avoir aocnnement favorisé ny paie aucune chose a ceulx du parti con[traire, lesquelz] pour caste causse leur ont toujours Diict la guerre, eulx esforçant les [^prendre par] escalades, prendre leurs bestiaulx et ammener lesd. habitans prisonniers payer ransson, et néantmoings le

sieur de Rubempré, gouverneur de [Rue], les veult ad présent contraindre à luy paier les deniers de tailles et les [menace de les y] contraindre par force. De sorte que lesdictz habitans sont

cy-«levant il ait esté interdit d'y appeler des anciens maieurs, et, pour ces considérations, furent requis vouloir en preudre la charge, en quoy faisant ils monlrcroient exemple aux autres anciens uiaicurs à Tadvenir de ne refuser telles charges y estant appelés, ainsi quMl se faisoit anciennement, au grand bien et repos des habitans et seureté de la ville. Le sieur Rumet de Beaucorroy répondit par un discours mêlé de latin, disant « que par la constitution des empereurs romains, il n'est point raisonnable majoribui honoribus functos ad minores revocari; • que, toutefois, leur élection étant faite en intention de mieux et plus dignement former le corps de TEschevinage et rétablir Tancienne coutume qui prouvoit chez les élus plus d'amour du bien public que d'ambition des honneurs, ils acceptoient avec plaisir les charges qu'on leur donnoit. » — Waignart,

rédaictz en aussi» qu'ilz n^ont deniers desdictos

tailles, poarquoy ils ne doibveut estre contrainctz

des Tilles de Monstreul, Doallens, quy sont d'ung mesme party, comme ne font [les autres] villes tenans le parti contraire.

« A ces causes, Monseigneur, les supplians vous requèrent très-hamblement [qu^il vous plaise leur] donner advis de ce qa'iiz ont à faire et doibvent respondre audict sieur de Rubempré sur le paiement qu'il prétend desdictes tailles, et, sur ce,

leur en donner vostre ordonnance et ilz prieront

Dieu pour vostre prospérité et santé.

«Présenté par les suplians, le XXllII* [?] aoust V llll"Xlll. •

Et M. de Beauvillé reproduit également les défenses signées sur la lettre même de la main du duc :

« Expresses deffenses sont faictes ausdis habitans de ladicte

ville de paier rien partie desd. tailles à ceux du parti

contraire contenteront les sergcns ou autres qui

iront pour les y contraindre de la signifiicacion

de ces présentes sans pouvoir passer outre.

Fait à Âbbeville, le XXV* jour d'aoust 1593.

« Le duc d'Aumale.

« Pasquier.

« (Original en parchemin), •

Combien de temps se prolongea à Abbeville le séjour du doc? Je ne le vois pas trop (1), mais il est probable îue pendant ce séjour PEchevinage profita des entrevues et des conférences faciles pour causer de la trêve et des moyens d'en assurer, autant que possible, les Jivantages à la ville (2). Ce qu' Abbeville demande, en

(t) La délibération échevinale du 2 septembre montre que le dnc n'était plus dans la ville et depuis quelques jours déjà probablement.

(2) Non cependant comme le fait entendre Formentin, toujours

somme, et cherche à obtenir depuis quelques mois par tant d'efforts du côté de Saint-Yalery et du côté de Rue » c'est la sécurité pour elle , pour la campagne , pour le commerce, pour la perception des revenus des champs. Elle a poursuivi cet intérêt particulier, avec l'intérêt général de TUnion, par la guerre contre les garnisons ennemies du voisinage; elle va le poursuivre encore en réclamant l'exécution de la trêve. Pour vivre et vaincre, elle a encouragé et aidé la lutte en armes; pour vivre et ne pas être ruinée , elle réclamera le respect des conventions transitoires et l'abolition de quelques impôts.

Le duc d'Aumale a prêté l'oreille à leurs doléances.

L*Echevinage est réuni le 2 septembre. M»' le duc d'Aumale a écrit précédemment « de faire acheminer les depputtés de ceste ville pour la conférence qu'il prétend avoir avec Monsieur de Longueville sur l'exécution de l'édict de la trêve et impositions prétendues. •> L'Echevinage prie M. de Beaucourroy (Rumet) , M" du Candas et Rohault « de s'y acheminer en dilligence, affin de remonstrer et requérir ce qu'ils verront et jugeront plus expédient pour le bien et soullagement de la province, des charges, des imposts que l'on prétend nouvellement establir es villes de Rue, Gorbie et ailleurs,

un peu trop disposé a voir les Abbevillois de 1593 avec les yeux (l^un lecteur de la Henriade :

« Le duc d^Âumale, qui affectoit, dit-il à une date comprise entre le 30 juillet et le 30 août, de ne pas se rendre à la trêve, fut prié par le maieur d'Abbevilie de Fobserver exactement. Ce fut pendant ce temps-là que le duc, se disant toujours comte de Ponthieu , s'engagea envers les Espagnols , avec ceux de Mayenne, de Guise et d'Elbeuf, le cardinal de Pelvé, à ne jamais «^accommoder avec le roi, tel bon catholique qvC'û fût. »

et ensemble sur la prétendae neutrallité de la ville de

Sainct-Wallery (i) et liberté de la rivière de Somme. -

Sur une autre question, « il est advisé qu'on remon*

trera à mond. seigneur et à Messieurs les généraulx

qu'il n'y a aucun moien de satisfaire à lad. partie de

deux cens cinquante escus (pour le paiement prétendu

par aucuns cappitaines du régiment du sieur de Gre-

boval, dont ils disoient avoir ^assignation sur Claude

Gaignerel, cy-devant commis à la recepte des nouvelles

impositions), attendu que led. Gaignerel n'a aucuns

deniers en ses mains desd. imposts ; au contraire, qu'ils

lai sont redebvables, comme il se pourra voir par son

eslat lorsqu'il plaira à Messieurs les généraulx le voir

suivant led. règlement et quant à la levée que

Messieurs les généraulx veulent continuer desd. impositions quy ont esté cy- devant mises sus pour un an seuUement et dont Messieurs les généraulx veulent s'attribuer entièrement la congnoissance comme des aultres deniers ordinaires de leurs charges contre rintérest du poeuple et des communauItés> *» on décide « que pour lesdictes raisons et en ensuivant les lettres pattentes du XYII® jour de mars . • • • , envoiées en cest Ëscbevinaige par Monsieur le séneschal de Ponthieu, Ton a délaissé la levée desd. imposts, lesquels Ton a mis bas , et deffenses faictes à ceulx quy estoient commis à la recepte de s'en plus entremettre ny recepvoir aucune chose, de sorte qu'il ne s'en poeult plus faire estât. »

MM. François Rumet, s»^ de Beaucourroy, l'ancien maieur, alors premier écbevin, Jacques du Candas, et

(1) Voir une note plus loin, au Xi septembre.

Anthoine Robault, consentaient bien à se rendre comme dépatés|à la conférence projetée entre Messeigneurs d'Aumale et de Longueville «< pour Tinterprétation et exécution du traicté de la trêve et souUagement général du poeuple, » mais ils faisaient difficulté d'entreprendre le voyage si la ville ne s'obligeait à les indemniser • de tous intérests et inconvéniens quy leur pourroient arriver, mesmement, au cas qu'il arrivast fortune de leurs personnes, à satisfaire à leurs femmes et enfans de leurs justes intérests. » — L'Ecbevinage , convenant « qu'il n'est raisonnable que les habitans de bonne volunté encourent aulcun domaige et intérest exposans leurs personnes pour le service du publicq, » décide <• qu'il sera baillé promesse et obligation ausd. depputlés et à chacun d'eulx, soubs la signature du greffier avecq celle dud. sieur maieur, contenant que la ville s'oblige dès ad présent de les indempner de leurs inléresls et inconvéniens quy leur pourroient arriver aud. voiage, ♦» etc. — Délib. du 2 septembre 4593.

Le XI septembre, les sieurs de Beaucaurroy et du Candas font rapport de leur voyage à Amiens et, de là, à ïrouville, où la conférence s'est faite avec les députés de Monsieur de Longueville et ceux de M»' d'Aumale pour le fait des impôts (J). — Suiyant Tordre de W' d'Au-

(1) Dom Grenier a extrait d'un registre aux expéditions ordinaires de M" les trésoriers généraux de France, commençant au 19 mars 1590:

« Saint-Valery rendu à ]a Ligue, à condition de demeurer neutre, par traité du 9 septembre 1593. — Les trésoriers commettent une personne a la perception des droits et imposts à lever à Saint-Valery, suivant les articles de la neutralité dudit lieu accordez à Trouville le 9« jour du présent mois de sep-

male, les articles accordés dans cette conférence seront publiés dans Âbbeville.

Deux jours après, le lundi XIII septembre, une assemblée générale réunit, sous la présidence du lieutenant général J. Bernard et du maieur de Maupin, le doyen et un chanoine de Saint-Yulfran, des religieux de SaintrPierre, les anciens maieurs, les échcvins, etc. Les articles accordés à Trouville sont lus d'abord, puis l'assemblée décide « que Ton depputera gens pour aller Ters Monseigneur de Mayenne luy remonslrer le trouble quy est au pais à raison des impositions, daces et levées insopportables que Tennemy met sus, plus odieuses et en surcharge que n'estoit le faict de la guerre, et le supplier humblement y voulloir mettre ordre d faire que l'ennemy quitte lesd. impositions, et qu'à ccste fin, il sera dressé mémores bien amples. •>

11 est décidé, le XXVII septembre, qu'on enverra vers M. de Rubempré « pour luy faire entendre ce quy a esté accordé en la conférence tenue à Trouville et en une dultre à Milly en Gatinois, approuvée par les chefs des deulx partis les X et XI de ce mois, pour scavoir quy le meut qu'il ne voeult entrer en l'observation desd. articles, pour, ce fait, sa response oye, se retirer et prouvoir vers les supérieurs (1). •»

tetnbrc. Cette commission est du 20 septembre 1593. • — Dom Grenier, L C, f* ii$,

SaÎDt- Valéry rendu à la Ligue? Que s'étail-il donc passé en effet depuis la prise par Maosfeld ? Nous sommes ramenés à la réoccupation par Rubempré rapportée par Formentiu.

(1) Dans une assemblée présidée par le lieutenant-général et par le maieur (j'ai négligé la date qui doit courir entre septembre et octobre), il est dit que des contraventions se font

Le même jour, il est décidé encore qu'on fera entendre à Ms' d'Aumale des lettres écrites par M"® h comtesse d'AngouIesme (1).— Mais ces lettres font défaut dans le registre.

Le 20 octobre, PEchevinage maintient Tabolition des nouveaux impôts contre une lettre de Mv le duc d'Aumale à qui on fera parvenir les raisons qui donnent ce droit à la ville d'Abbeville (2).

journellement aux articles de la trêve de Troaville et è la trêve de Milly. Ne conviendrait-il pas de députer pour représenter les contraventions et « la misère du paouvre poeuple par le moien de la taille et imposts excessifs quy se lèvent sur icelluy? » —Un b'anc indique la place de la résolution qui nous manque.

(1) Diane, fille naturelle de Henri H, comtesse de Ponthien depuis 1583.

(2) Tous ces faits, toutes ces circonstances prouvent, date par date, comJjicn peu méritent de crédit un grand nombre des pages de Formentin, dans lesquelles de pâles et fausses considérations égarent encore des souvenirs erronés se rejoignant à Taventure.

« La conversion du roi, qui venoit d'arriver comme par miraclo, avait-il dit, et dans le temps qu'on y songeoit le moins, jetoit dans l'esprit de plusieurs des semences de paix. La religion, ajoute-t-il, ne pouvoit plus servir de prétexte à la guerre; les prédicateurs de la Ligue arrêtèrent pour quelque temps le fruit de ces heureuses dispositions. Rambert, gardien des Cordeliors, soutint, en présence du duc d'Aumale, que la conversion du roi était nulle, fausse et hypocrite. Le duc assembla, sous le canon d'Abbeville, sept ou huit cents hommes des communes du pays, avec lesquels il ne (it rien qui yalût. Les sièges de Rue et de Saint Valéry furent tentés en vain. • — Comment, nous contenterons-nous de faire remarquer, ces sièges auraient-ils pu être tentés pendant la trêve conclue le 31 juillet? La lecture la plus attentive de nos registres ne nous laisse rien soupçonner des ces faits .inacceptables. — « Le lieutenant de Ruben^pré tua cin-

Lectare est donné à TEchevinage, le XX octobre, des lettres de M' de Longoeville, en date du XYI du même mois^ écrites par lui, en réponse à celles qui lui ont été portées par le clerc du guet d'Âbbeville, et dans lesquelles l'Echevinage le suppliait « de vouUoir faire entretenir la trêve de Trouville et celle de Milly par ceulx de la ville de Rue. » M. de Longueville mandait que « pour le regard du traité de Trouville, il le fera observer et en a, à ceste fin, escript à Monsieur de Rubempréy gouverneur de la ville de Rue, sans parler de l'exécution du traicté de Milly, » — L'Ecbevinage décide que Ton députera de nouveau vers M' de Longueville en la ville de Gorbie, « affin de le mouvoir, par les remonstrances quy luy seront faictes, à faire exécutter led, traicté de Milly. »»

On reçoit cependant de Paris diverses communications concernant la politique de PUnion.

Le XXll® jour d'octobre, le maieur donne lecture à rEcbevinage de lettres de Ms' de Mayenne, en date du X octobre, et d'autçes de M' le prévost des marchands

qoante hommes et fit autant de prisonniers au duc en une rencontre près du Crotoy.

c Les exploits de cet armement, qui se dissipa bientôt, se réduisirent à la prise de quelques petits châteaux du Vimeu occupés par les royalistes. »

Cest sur des assertions de cette sorte que Devérité, écrivant après Formentin, renchérit encore en montrant les Abbevillois, ligueurs malgré eux, médidant dès 1591 d'ouvrir leurs portes à Henri IV. Ainsi met à néant lui-même ses travaux Thistorien qui oe sait pas se séparer assez de ses passions ou de ses préventions pour consentir à voir juste ou pour renoncer à faire des événements des preuves de thèses ou des témoignages d'honneur pour son pays ou pour sa ville.

et des échevins de Paris, en date du même jour (10 octobre). — Les lettres du prévost des marchands sont transcrites tout au long dans le registre, mais je ne vois pas celles du duc de Mayenne.

La faconde des bourgeois parisiens est abondante, mais plus emphatique et embarrassée qu'on ne serait en droit de l'attendre de Parisiens, même en 4593.

« Messieurs, communicquans ces jours passes ayecq Monseigneur des affaires de notre ville et luy reprësentans les misères qu'elle et les autres de notre party ont souffertes jusques ad présent et supplians son excellence [?] d^y apporter tout le soulagement et repos qu'il pourra, nous aiant faict cest honneur que de s'ouvrir à nous de ce qu'il avoit en l'ame et de ses sainctes intencions, cela nous a causé une fraternelle émulation de vous escripre et advertir qu'il n'a rien en l'esprit ny

(1) d'autre ambition que de nous veoir

Lien tost en bon (2) repos sur notre relligion bien asseurée et soubs ung roy approuvé par Notre Sainct Père et tous les Picars unis avecq nous, ne laissant esconller une seulle minute de temps qu'il ne l'emploie à cest effect, et, pour ce faire, en despêcher une ambassade de personnaiges notables et j)lains de touttes intégrités vers Sa Saiucteté pour ensuivre sa saincte résolution. Cependant, Messieurs, il nous a commandé, ayant esté adverty du désir que nous avons de vous escripre, de vous prier tous en général et en particulier de sa part comme nous faisons encores de la nôtre, que nous estans conservés jusques à huy par la grâce de Dieu, par la force et prudence de mondit seigneur quy n'y espargne sa vie et tous ses moyens, nous continuerons jusques au bout sans nous engaiger d'ailleurs, (3) le

(1) Deux mots que je ne peux lire; je ne suis pas même sûr de lire le mot suivant : d'autre.

(2) Je lis ainsi, sans être bien sûr.

(3) Un mot que je ne lis pas.

repos de nos rilles ny entrer en aullre party que celluy que nous ayons premièrement choisy et que en attendant quelque bonne et saincte résolution et repos asseuré. Â quoy nous touchant du doigt (1) nous ne nous laissions emporter aux séditions passées et remuemens que sçayez estre advenus depuis peu de temps qay sont de mauvais exemple et qu'il n'y ayt ruzes ny artifices humains quy nous puissent esbranler ny faire perdre la gloire qu'avons acquise par la constance et fermeté dont nous avons nsé jusques ad présent et le serment et fidélité qu'avons juré à mond. seigneur [comme Dieu nous ad voue et les courts de parlement (2)] advoué et recongncu pour gouverneur et lieutenant général de cest Estât jusques à ce qu'ayons ung roy catholicque soubs lequel nous puissions veoir notre relligion en senreté et le pauvre peuple soullagé et mis en repos. Il y a six ans entiers que nous souffrons beaucoup de misères et nécessités et que nous avons hasardé et touché [?] de tout jusques ao sang et à la vie, nous particulièrement, Messieurs, quy sçavez qu'ayons esté les plus afiQigés, ayant esté assiégés par deux fois, la dernière plus de cincq mois, pressés de monstrueuse famine, et pendant lesquels nous avons plus paty et enduré qu'en aucun siège quy soit advenu de notre siècle ; et maintenant que nous vous laissioivs périr an port après une si longue et périlleuse navigation, estans prêts de descouvrir une terre ferme et un port de sains, nous eussions envie de faire bris estans près estre saulvés; cela nous serait à jamais reproché de Dieu et de la postérité. Nous approchons de l'endroict oii fortune p planté les boumes (bornes) de nos travaux. C'est la résolution, Messieurs, que nous debvons prendre pour ne vous ennuyer de plus long

discours de de notre fermeté et constance

ou mourir plustost (3) nous en fier à la grâce.

— Nous supplirons sa bonté divine, Messieurs, qu'il vous con-

(l)Sîc.

(7) Je ne suis pas sûr de la lecture exacte de tous ces mots.

(3) Je ne puis lire cette fin.

serve tous en généra] et en particulier en ses sainctes grâces après vous avoir présenté nos bien humbles recommandations. — De Paris, le X"* d'octobre 1593. — Vos bien humbles confrères, serviteurs et amys les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris. »

Le délai de la trêve D*est pas encore écoulé } les inquiétudes de guerre reprennent (i).

Le XXVI» jour d'octobre, le maieur annonce à TEchevinage « qu'il a eu advis que le roy de Navarre amasse des forces et tire en deçà, et que, pour la crainte qu'il n'entreprenne quelque chose de deçà et {mrticuUièrement sur ceste ville, il est nécessaire d'adviser à ce quy est le plus expédient pour la t^onservation d'icelie et prévenir les desseings de l'ennemy. » — On députera « aucuns de Messieurs pour voir et avoir Toeul particullièreroent à chacun quartier de la ville, visiter, au moings une fois le jour, chacun la porte de son quartier.

« Deffenses par escript Seront attachées aux portes, portant deffenses aux gardes d'icelles «*

Le scribe de la ville s'est arrêté sur ces mots, laissant en blanc la place de Tordonnance. Je dois faire remarquer d'ailleurs que la page suivante (la p. 11° XVI)

(!) Vers cette date, réclament place quelques assertions de Formentin que je ne trouve nullement vérifiées dans nos registres :

« Les prétendus Etats-Généraux qui se tenoient à Paris re« nouvelèrent le serment de TUnion les 29 et 30 août. Les résolutions prises par ces Etats furent notifiées au clergé et aux magistrats d'Abbeville; il n'y eut que le clergé qui prêta de nouveau ie serment d'union ; les corps de la ville ne tinrent compte des lettres des ducs d'Âumale et de Mayenne qui leur enjoignoient d'en faire de même. »

t ëi enlevée du registre. Dane quelle intention? Par (|iNUe main intéressée dans les temps passés ou eurieuse dans les temps modernes ?

11* jour de novembre 1593. Le maieur a reçu avis, dit-il, • que le roy de Navarre est arrivé en la ville de Dieppe, acoompaigné de sept ou huict cens cbevaalx. «» — Il s'agit d'aviser au plus nécessaire pour la conservation de la ville et prévenir les surprises. Ne conviendrait-il pas aussi de renforcer la garde? L'assemblée —simplement échevinale — décide que Ton fera faire « des escouttes aux faulbourgs de la ville; n que l'on se transportera sur les remparts pour visiter les lieux les plus dangereux et les plus faciles à surprendre et les mettre promptefnent en défense ; les capitaines des quartiers, les capitaines des «• cincquantiniers et de la jœunesse » devront se trouver ce jour même, à deux heures de relevée, au grand Echevinage, où l'on s'entendra avec eux des dispositions de la garde (i); l'arrivée du roi de Navarre et de ses forces en la ville de Dieppe sera annoncée par écrit à Bfs' le duc d'Aumale et à Messieurs d'Amiens.

Peu après, de nouvelles rumeurs déterminent à de plus grandes précautions.

Le cinquième jour de novembre, des avertissements sont reçus « que le roy de Navarre est, dès ce jour, a Dieppe, et qu'il a des trouppes logées tant aud. lieu que es environs, avecq desseing de faire quelque entreprinse

(t) n fut décidé, « attendu la petite garde quy se faict et les abbusqoy s'y commettent, » et le voisinage de Tennemî, a que lad. garde se fera par compaignies, au son de la casse, sellon et CD la mesme forme qu'elle se faisoit par avant le nouvel establisseuient. »

sur les villes de ce party et mesmement sur ceste ville; joioct que d'ailleurs Ton a advis qu'il se faict assemblée de gens de guerre à Corbie, et que quelques soldards dud. lieu ont découvert que l'on prétendoit attenter sur ceste ville par le moien de surprendre, à la faveur de la trêve, quelques pièces fortes (1) et commandans en la ville de dessus le rampart. » — On avise •• que Ton ouvrira par dedans la ville lès tours d'Angoullemortier (2), de Maillefeu, du Ghasteau, Moisnel (3) et aultres, et que l'on en ostera tout ce qui pourroit nuire et offenser le dedans de la ville. » — L'Ecbevinage se transporte alors sur les lieux et examine « ce qu'il faut oster de la tour de la chaîne du chasteau qui commande sur tous les ramparts aux environs. *> — Les maçons, envoyés d'avance en cet endroit (le 4 novembre), demandent, pour les travaux à exécuter à cette tour, cent cinquante écus. — Ils se sont rabattus depuis à deux cents livres. — Il leur a été offert vni" livres. — Les maçons accepteront cette somme pour le travail spécifié et pour •« les

(1) Quelque tour ou bastion.

(2) Je ne saurais donner actuellement la situation de cette tour dont le nom paraît terrible. L'étymologie de ce nom n'est pas si formidable ; elle témoigne seulement du prix ou du travail que la tour avait coûté : Ângoullemortier, engouffre mortier.

(3) Cest ainsi que je crois lire ce dernier nom. Il s^agit trèsvraisemblablement de trois tours du côté ouest de la ville on sur la rive gauche de la Somme exposée aux attaques venant de Dieppe. La tour de Maillefeu existe encore en ruines au delà du canal de Transit. Quant au château de Charles*le-Téméraire, nous voyons (immédiatement plus bas) que le démantèlement en avait respecté de grandes parties et qu^il ne paraissait pas encore suffisamment ouvert du côté de la ville.

ouvertures quMI convient faire au Cacbecornaille (4) et aultres. *» — II sera établi un corps-de-garde sur le lieu • où soulloit antiennement estre la salle du chasteau regardant sur la chaîne et la rivière, ensemble sur le ravellin du chasteau, pour d'icelluy envoier les centinelles sur la poincte dud. ravellin, pourquoy faire sera faicte une descente dans le creux de Tune des croisées estant dans Tantienne muraille de lad. salle, et sera ^ rebouché le reste par hault avecq une cortine, »» etc.

La garnison de Rue continuait cependant ses exactions; on cherchait toujours à invoquer contre elle les conventions de Milly; on les taisait valoir auprès de M. de Longueville.

Le maieur, — ainsi s'explique-t-il dans rassemblée échevinale du XXIX® jour de novembre, — le maieur reçoit journellement des plaintes de plusieurs marchands d'Abbeville et autres qui amènent des commodités en la ville, •• des volleries et exactions quy se commettent par ceulx de la ville de Rue et aultres tenans party contraire, quy ne voeullent aulcunement ensuivre les articles de là conférence tenue à Milly, lesquels aussy contreviennent à plusieurs articles de la trêve. » Le maieur ayant donc reçu avis que M' de Longueville • arrive en la ville de Rue, demande ce qu'il convient faire «• sur lesd. contraventions. *> — La réunion décide qae l'on députera «* quelques personnaiges vers mond.

(1) « Du Y* jour de décembre 1593, sur une publication faicte pour le bail au rabais du comble de bois qu^il a esté adyisé faire à Ja lune de Cacbecornaille , s'est présenté Martin Hérouart , M' charpentier, quy en a faict offre de la somme de xxxvm escus, pour laquelle somme elle luy a esté adjugée par lin de cbandelle. » — fitq. aticv à&Vh.

sieur de Longueville pour lay faire instance de faire entretenir de sa part led. traicté de Milly. » Sont députés Le Devin, siéger, et ***, eschevîn.

A cette date, les deux gouverneurs de Picardie, Tun pour le roi, Tautre pour la Ligue, le duc de Longueville et le duc d'Aumale, pouvaient donc à peu près aussi tranquillement Tun que Tautre parcourir le Ponthieu. La « trêve *» permettait sans doute ces promenades, pourvu que l'on fit éclairer sa route et que Ton fât bien armé.

C'est au moment où nous arrivons que je dois rapporter -quelques assertions de Formentin, très riches de détails, mais auxquelles nos registres échevinaux ne prêtent pas d'appui. Je les rejette ci-dessous (i).

(1) « Sur la fin de l'année (1593), le duc d'Aumale, devenu Espagnol outré, se rendit à Abbeville dans Tespérance de s'emparer de cette ville où il entretenoit deax cents hommes de garnison ; ce prince déclara au maiear, Jean de Maupin de Bellencourt, qu'il avoit résolu de reprendre Saint-Yalery, et demanda , passage pour dix mille hommes dont la plupart ëtoient tirés iàt' garnisons d'Artois. Ce corps de troupes étoit alors campé sur l'Authie, près d'Auxi-Ie-Château ; on résolut d'accorder passage à ces troupes au travers de la ville, avec de si grandes précautions qu'il n'en pût arriver aucun mal. Le duc d'Aumale, sur la parole du maieur, fit avancer ses dix mille hommes. Tandis qu'elles étoient campées vers Saint-Riquicr, le maieur fit monter sur les armes toute la bourgeoisie, la jeunesse, les cent mousquetaires à cheval ; on fit encore monter cent cinquante hommes à cheval. I Les chaînes de toutes les rues aboutissantes aux portes de Saint- Gilles, du Bois et Doket furent tendues et fortifiées par des barricades de tonneaux et de fascines; derrière on posta de nombreux corps de garde; le canon des remparts fut braqué en croisant vers les portes qui furent fermées et les ponts-levis levés; d'espace en espace, on distribua des bourgeois armés

Il 8*agit maintenant — dernier jour de décembre — d'aviser sur des lettres de Mr d'Aumale « touchant co quy luy a esté escript pour la conservation do la ville

dans les maisons; la cavalerie, en quatre escadrons, fat postée sur la Placette, au Préel, et places de Saint-Georges et de Saint- Pierre.

« Le lendemain matin, le duc d'Aumale ayant fait avertir le maienr qu'il Tattendoit en son hôtel où le magistrat se rendit escorté de vingt sergents de ville armés de leurs pertuisanes et SDiri des trois compagnies de cinqaanteniers, Uimbour battant. Le dac, étonné de ces préparatifs de guerre auxquels il ne s'attendoit point, ne dit rien d'abord et sortit avec le mnieur qui lui dédara qu'on ne laisseroit entrer que cinq cents hommes à la fois. Il en falloit passer par-là. Le duc étant passé à la tête du premier bataillon, le premier pont fut levé et puis baissé; les portes furent fermées derrière lui. Étant entré dans les rues, on leyoit la chaîne et on la baissoit incontinent. Dans cette .... (sic, un mot manque) le duc ne put s'empêcher de marquer qu'il appréhendoit qu'on n'en voulût à sa personne, mais le maieur le rassura.

« Les dix mille hommes passèrent ainsi au travers de la ville doot la duc sortit aussitôt après, confus d'avoir manqué son toeh. Les Espagnols, irrités contre les habitants d'Abbeville, ne songèrent qu'à ravager le Vimeu dont ils brûlèrent quelques villages. Ayant repassé la Somme au Pont-de-*Remy, ils exercèrent les mêmes brigandages. Cette conduite aliéna tellement l'esprit des habitans d'Abbeville, que sans les prédications séditieuses des religieux et des curés, ils se seroient peut-être dès lors soumis au roi. Le chapitre de Saint-Yulfran fut même jusqu'à admettre un chanoine nommé par Diane notre comtesse^ » • — PormerUin.

Il est probable que Formentin écrivait sur des fragments de mémoires peu précis ou sur des souvenirs vagues qui avaient traversé le dix-septième siècle pour arriver jusqu'à lui, souvenirs qu'il dramatisait et auxquels il donnait une apparence trompeuse de rigueur historique en y introduisant quelques faits vrais, mais de date inexacte peut-être.

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