‹ La Ligue à Abbeville, 1576-1594 (volume 3)Chapitre 6 sur 27 · III · texte numérisé non relu

III

de Sainct-Ricquier. *• Le duc « mande (i) ad vis de ce quy est à faire sur ce subject, soit de la raser, la rendre noeutre ou bien la munitionner de gens de guerre et munitions nécessaires. »

' On fera entendre « à ceulx de Sainct-Ricquier *» le contenu de la lettre de mond. seigneur, « pour, leur response venue, rescripre à mond. seigneur bien amplement de ce faict. »

Nous verrons au chapitre suivant (janvier 1594) Saint- Riquier occuper encore l'Echevinage d'Abbeville.

Le duc d'Aumale s'occupe toujours aussi de la con^ servation du Pont-de-Remy ; il mande que la ville veilli^ à la fourniture, par le recepveur du Pont-Remy» d'oa^ certain^ quantité de bled à la garnison de ce lieu. Le recepveur du Pont-Remy, mandé le dernier jour de décembre à l'Echevinage d'Abbeville, déclare n'avoir aucuns grains de sa recepte. On décide qu'il sera répondu en conséquence à mond. seigneur d'Aumale. — Dernier jour de décembre i593.

(1) 11 faudrait lire à la fois mande et demande. La lettre dadsO mandait évidcmmeut des avis, mais non des avis impérieux; dl^' laissait le choix entre plusieurs, en demandait aussi peat-étiOj On voit que le duc répondait à ce qui lui a été déjà « pour la conservation de la ville de Saincl-Riquier. » Les qoesl adressées par TEchevinage d'Abbeville « à ceulx de Sainct-tt*^ quier » avant de « rescripre » au duc mènent à ces explicatloaliF sans autoriser à considérer la correspondance comme une sorii^ de conseil de guerre ouvert sur un pied d'égalité entré la vilb^ et le duc.

it-étIOjb

laptore de la trêve. — Précantions pour la défense. — Délibérations , correspondances, avis pour la conservation de Saint-Riqoier. — Abbeville a l'horrear des garnisons étrangères. — Les Espagnols à Saint-Riqoier. — Correspondances de H. de Longaeviile et de H. de Rubempré avec la ville et de la ville avec les ducs de Mayenne et d*Aamale. — Tentatives de lédaetion, peut-être, par les partisans et les officiers do roi. — L'Echevinage sMnqniète du voisinage des troapes royales, d'un.côté, et, de Taotre, de l'approche des Espagnols alliés de Mayenne. — Abbeville craint pour le fioboorg de Ronvroy. — Le capitaine Ducrocq assemble cent soldats poar il défense de ce faubourg. — Le séjour de Saint-Riquier rendu impossible fw la garnison espagnole. — Les officiers de la justice royale de la prévôté de Saint-Riquier, réfugiés dans Abbeville, demandent à y exercer leurs (ittetions. — AbbcTille hésite enfin dans la Ligue. — Lettres du duc de lijenne et du -prévôt des marchands et des échevins de Paris. — Condam- BitioD de Robert Garbonnier, trop chaud partisan du roi. — Entrée du roi il Paris. — Quelques extraits de Formentin. — Lettres de l*Echevinage d'Amiens à TEchevinage d'Abbeville. — Réponse de TEchevinage d'Abbe- ^e. — Lettre de ce dernier Echevinage au duc de Mayenne. — Abbeville BODtre de la décence en sortant de la Ligue. — Etc.

La trêve nous a donné ou laissé entrevoir quelque répit dans le chapitre précédent ; nous la trouvons rompue dans celui-ci.

Dès le commencement de l'année 1594 — 5 janvier,— il faut songer à l'établissement de la garde qui n'est plos suffisante « en la façon qu'elle se faict de présent, ittendu la rupture de la tresve. » Les capitaines des loartiers sont consultés; les uns veulent cette garde compagnies « comme cela se faisoit au passé, » les Mires qu'on la continue « comme elle se faict ad prélat. » Dans ce désaccord, Messieurs de la ville décideront

Nous trouvons en effet immédiatement les mesures k précaution et de défense.

« Doresnavant, est-il décidé le 5 janvier, et à commencer ce joard'huy, le passaige de la Portelette avecq un basteau sera fermé. » On fait défense à Tadjudicataire de ce passage de passer personne jasques à œ qu'il en soit autrement ordonné ; son bail subira one diminution proportionnelle au temps de la suppresâion du passage.

11 est décidé, — le X janvier, — qu'on fera faire, poor la conservation de la ville, « une chaîne en la chaulcée du Bois, qui traversera la rue et sera attachée à la maison de l'Asne-d'Azur pour s'aller rendre à l^aultre rang. »

D'autres inquiétudes viennent de Saint-Riquier. Il s'agît de conserver cette ville que ses défenseurs payés menacent d'abandonner.

11 est expédient d'aviser, dit le maieur, — XIII janvier, — « ce qui est* à faire pour la conservation de Sainct-Riquier pour ce que les quarante soldards quy y ont esté puis nagaires mis attendant que Hs' d'Aomalle y ait prouveu , ausquels avoit esté baillé par ceste ville la somme de quarante escus, se voeoUent retirer s'il n'est donné ordre à la continuation de leur paiement ; ce faisant, les habitans de lad. ville se résouldent d'babandonner la ville; ce qu'arrivant, l'en* nemy s'en pourra aisément emparer, à la ruyne totaUfi du pays. «> — L'assemblée décide que les habitants de Saint-Riquier seront priés de députer deux d'entre eus « pour adviser à ce quy se trouvera le plus expédient pour la conservation de lad. place, et cependant que la ville advancera encore quelque somme ausd. soldards pour trois ou quatre jours. >»

Mous ne savons comment tes habitants de Saint-

— iM —

Uqoîer répondirent à l'appel d'Abbeville. Quant, à fintérêt en jea, la conservation de Saint-Riqnier même (par troupes françaises, non par des troupes espagnoles), il occupe l'Echevinage pendant les mois de janvier et de février.

Ainsi dans la délibération écbevinale du XX janvier. Le duc d'Aumale est alors à Abbeville. Il désire mettre quelques gens de guerre espagnols en garnison i Saint' Riquier, « pour la conservation de la place et pour empescher les courses de Pennemy. » — Le duc fÂnmale demande, sur ce point, avis au maieur de Kaùpin qui convoque TEclievinage. — Messieurs de la Tille sont unanimement d'avis « de représenter à mond. leigneur l'importance de la ville de Sainct-Riquier au pais et ce quy s'y est passé lorsque les trouppes estranlères y ont esté, et supplier pour le bien du pais et troQver bon qu'il n'y ait aulcune garnison estrangère (a icelle, et qu'au cas qu'il juge nécessaire et insiste CD mettre pour la conservation de la place, que ce soit Ihoçois, desquels le pais puisse tirer quelque souUapeneat et refiance [?], ou bien qu'il luy plaise la faire famanteller. »

Hâtons-nous de le dire, les Abbevillois, quoique bons

igoeors encore, ont l'horreur, la crainte, pro focis

peut-être, des garnisons espagnoles.

Ce même 20 janvier, une inquiétude nouvelle met la

le en rumeur; un bruit court que des troupes étran-

sont près d'Amiens et qu'on prétend les mettre en

iison à Abbeville ou dans les faubourgs « et aultres

fttdroicts des environs. »• — Une assemblée a lieu à

Toccasion de ces bruits ; la, délibération est restée en Manc.

Le duc d'Aumale dut mettre néanmoins ses Espagnols dans Saint-Riquier. Voyez plus loin (au YI février) la délibération à propos du faubourg de Rouvroy menacé par Tennemi.

Les partisans du roi tentaient-ils cependant de séduire la ville? On serait tenté de le croire si on s'arrêtait à quelques indices inexplicites.

On voit, dans l'assemblée échevinale du XIX janvier, que M. de Longueville et M. de Rubembré ont adressé à l'Echevinage des lettres datées du XYIII janvier (!).. Copie de ces lettres sera envoyée à Ms' de Mayenne et à Ms' d'Aumalle « par bommes exprès, » avec assurance « de ne traictèr ny donner response aud. sieur de Longueville que par l'advis et permission de Ms» de Mayenne et d'Aumalle. »

Toute réflexion faite, je pense qu'il s'agit encore* dans ces correspondances, de discussions de trêves ou de conventions à conclure pour la paix des champs.

M. de Rubempré a écrit, voit-on dans la délibération du 28 janvier; il mande qu'on lui limite un temps dans lequel l'on pourra faire response aux lettres (2) de Monsieur de Longueville et procurer le bien du poeuple a l'exemple d*aultres villes voisines, sinon qu'il sera contrainct de permettre tous actes hostiles par les siens en ces quartiers.

La délibération sur ces lettres manque.

Je ne puis m'empêcher d'entrevoir une certaine prudence de l'Echevinage ou du maieur dans les lacunes de nos registres. Tantôt ce sont des lettres, habilefi

(1) Le registre ne les a pas conservées.

(2) Cy-devant reçues.

^ul-ètre et dictées par la finesse du roi, dont la transcription.fait défaut; tantôt ce sont les avis même de la rSk que le scribe ne consigne pas a la veille du jour où d'autres résolutions vont leur donner tort.

Les sollicitations poursuivent, semblerait-il (1), les magistrats municipaux ; on voit encore, dans la délibération du 3 février, que M^ de Longueville a écrit de nouvelles lettres en date des XXVII et XXVllI janvier, arrivées le II février avec d'autres de M. de Rubempré. -On députera « ung personnaige » vers M»' de Maienne • pour luy représenter la coppie de la première lettre cjf-devant escripte par led. sieur de Longueville. »» Les partisans du roi ne se bornent pas à tenter par lettres (2) la fidélité des habitants d'Abbeville à la Ligue; ils ne négligent pas les moyens de convaincre quéTépée canon mettent en la main des hommes. L'Eche- ,qui parlemente encore avec M. d& Longueville, s'inquiète le YI février du voisinage des troupes royales, Biais non moins, il est vrai, de l'approche des troupes ttpagnoles alliées du duc de Mayenne.

L'eonemi « estant à la campaigne » menace, a-ton appris, « de surprendre le faulbourg de Rouvroy ; •> en outre, « il y a un grand nombre d'Espagnols à Sainct- Hicqnier et es environs, ensemble au pais du Vimeu (jui tirent en deçà. » 11 sera, <• pour la conservation dud. faulbourg, donné charge au capitaine Ducrocq <f} assembler jusques au nombre de cent soldards. *>

(1) Je m'aperçois que, tout en discutant, je nie suis laissé reprendre à Fidée exprimée plus haut des tentatives de séduction delà part des partisans et des ofiiciers du roi.

(!) Même remarque.

Od décide, le IX, que les quarante-cinq hommes qi le capitaine Ducrocq a assemblés au faulbourg Docqu( pour la conservation d'icelluy y seront entretenus poi ungmois** (1).

Ainsi est inquiétée encore la commune d'Abbevilli celle de Saint-Riquier Test peut-être moins, mais 1 garnison espagnole en a rendu le séjour impossible.

Les prevost, procureur du roy, greffier et autn officiers de la justice roialle de la prevosté de Sainci Riquier ont présenté» vers la fin de février, une n queste à ce qu'il leur soit permis d'exercer leur justic en ceste ville où ils se sont retirés pour la misère d temps. — L'assemblée écbevinale d'Abbeville, à qi est adressée cette requête, décide qu'il sera conféi sur la demande avec Messieurs les gens du roy.- Délib. du XXY^ jour de février i594.

L'assemblée du XXYI février nous fait saisir le ni< ment où Âbbeville hésite visiblement dans la Ligue (^

(1) « Et que, pour en faire le paiement du présent mois, moi tant, sellon le rolle icy présenté, à la somme de irxvii escu seront prins sur les deniers des fermes de Fescu pour thonnea ou des VI escus, • etc.

De plus, il sera payé, « pour les frais faicts, à raison de quarant ou cincquante soldards quy ont esté renvoyés (d'aultant qu'a lieu de cent que Ton avoit donné charge aud. Ducrocq d'assen hier, on auroit trouvé bon de n'en entretenir que cincquante), 1 somme de xxv escus i tiers. » — Délib, du VI février 1594.

II est encore décidé, le XI février, « que les gens de pied tni au faulbourg Docquet, pour la conservation dMcelluy et de I ville, seront payés pour le mois prochain des deniers de Timpo! de deux escus pour thonneau. »

(2) Je citerai encore ici, mais avec grandes précautions ( réserves, Formentin:

« Le sacre du roi, qui se fit avec pompe à Chartres, le 32 f(

Le maiear de Maopin « rapporte •» en cette assemblée (simplement échevinale) les lettres de fUL^ de Maienne « en date des dix-sept et dix-noeufviesme de ce mois, ensemble la coppie d*un arrest dé la court du XYl d'icelluy mesme mois, avec aultres lettres de Messieurs les prevost des marcbans et escbevins de la ville de Paris; » puis, <« lecture faicte desd. lettres et arrests, et H<^ Philippe Delestoille, grenetier au magazin à scel de caste ville, ayant fait son rapport, » il est délibéré • qu'il sera escript à mondict seigneur le duc de Haienne et ausdicts conseillers de Paris pour les remercier de la bonne affection qu'ils portent au bien de ceste ville et du soing qu'ils ont de procurer ung repos au général de la France par une saincte et bonne résolution à la conservation de la relligion et de l'Estat, et néantmoings que^ pour résouldre sur lesd. lettres et à ce quy est à faire pour le particullier de ceste ville, }ue coppies en seront envoyées par les chambres pour y apporter leurs advis au prochain jour qu'il sera advisé, et cependant que pour lever les impressions que

Trier 1594, acheva de porter tout le inonde à la soumission. < Le dernier février, on délibéra dans rassemblée du clergé snr les lettres écrites le 15 janvier par le duc de Longueville, gouverneur de Picardie pour le roi, sur la réquisition du corps de ville que le duc invitoit à reconnaître Henri IV. Le clergé délibéra qu'il falloit tout souffrir, jusqu^au martyre, pour la conservation de la religion catholique et des franchises de ce comté; qu'an surplus , il falloit convenir d'une espèce de trêve par laquelle les laboureurs pourroient cultiver les terres et les marchands négotier librement sans qu'on pût les déclarer de bonne prise d'aucun côté. On en resta là, mais le premier fruit qu'on retira de cette délibération du clergé fut de lui voir quitter les armes pour reprendre le bréviaire. »

Ton a peu concevoir de quelques arrests et escripts coDtrefaicts soubs le nom de la court, que led. arrest du XVI sera publié.^»

Nous trouvons enfin, le dernier jour de février, la dernière condamnation au nom de la Ligue : « A esté advisé que, pour les menées et déportemens de Robert Garbonnier au préjudice de ce sainct party de l'Union, que injonctions luy seront faictes de sortir de la ville. *» G*est ce même Garbonnier, nous nous en souvenons, qui, déjà suspect en 4588, avait résisté si bien alors à *f . de Hucqueville et fait hésiter le maieur Le Roy et TEchevinage tout entier dans leur faiblesse aux délations.

La ville est bien toujours à la Ligue, on le voit, et demeurera en rapports suivis avec les officiers ligueurs qui tiennent les environs jusqu'au moment où elle traitera avec le roi (1).

(t) Le onzième jour de mars, le sieur de Saint-Marc, enseigne de M. de Rnmbures, osi venu trouver le maieur. Il désire obtenir la permission de vendre le butin que les hommes de la compagnie de M. de Rambures ont fait depuis trois jours sur quatre à cinq voleurs « quy tenoient tout ce pais en peyne et subjection. » — Le uiaieur n'a voulu donner la permission qu'à la charge du droit « du dixiesme appartenant à la ville, à cause de la réunion du gouvernement au magistrat d'icelle. » Toutefois, « pour le bien (;t repos quy revient au pais à cause du service et séjour de la compaigniedud. seigneur de Rambures en ceste ville et es environs, » rassemblée, consultée par le maieur, décide que, « pour a conservation des droits de la ville, Icd. droit sera prins sur les deniers proceddans de la vente dud. butin, et néantmoings, pour ceste fois et sans tirer à conséquence à Tadvenir, que led. droit sera mis es mains dud. sieur de Sainct-Marcq pour en gratiflier ceulx qu'il cognoistra le mériter en lad. compaignie. «

Les quatre ou cinq voleurs de M. de Rambures devaient être

Nous voyons dans la Ligue à Amiens de M. A. Dubois, p. 8i, que l'entrée du roi à Paris est connue le 24 mars à AmieDs, et qu'Amiens, persistant néanmoins dans rUoion, écrit en conséquence à Abbeville. Nous trouvons la confirmation de ces faits dans nos registres (1).

évidemment des partisans armés du roi Henri IV. Sans cette qualité, qui justiGait aussi le butin, ils eussent moins excité le zèle de M. de Rambures.

(1) Formentin» après avoir indiqué la soumission de Paris au roi, écrit :

« Le dac de Longueville, étant à Saint-Quentin, écrivit le 26 mars aux roaieur et habitants d^Abbeville pour leur donner part de la réduction de Paris et les inviter à suivre Texemple de cette

fille. Il se tint une assemblée des (un mot manque) au

grand Echevinage pour délibérer sur le contenu de ces dépêches, mais on n'y conclut rien autre chose que de faire sortir les deux cents hommes de garnison entretenus par le duc d'Aumale et ses domestiques, ce qui fut exécuté. Une partie de la bourgeoisie ayant été, pour cet effet, mise sous les armes, le duc écrivit 'une lettre menaçante à cette occasion dont on ne fit point même lecture. »

Je n'ai pas besoin de répéter que je ne garantis rien de toutes ces assertions. ^

Formenlin donne ensuite l'analyse d'un mandement furieux de Téréque d'Amiens, Geoffroy de la Marthonie, emporté ligueur, exhortant le peuple de son diocèse à demeurer ferme dans l'Union, et enjoignant aux curés de faire des processions depuis le Vendredi-Saint jusqu'au Dimanche de Quasimodo, des saluls et des prières publiques, pour obtenir la persévérance de chacun dans rUnion. « Ce mandement fut envoyé , poursuit Formentin , au S'Silleri, curé de Saint-Paul et doyen, pour être publié. Perache, curé de Saint-Gilles, et Cavillon, curé de Sainte- Catherine, se distinguèrent le plus par leurs prônes aussi scandaleux que séditieux. Les Minimes ne s'oublièrent point. Les processions furent faites par les curés, mais personne ne les y accompagnoit. •

L'Ëchevinage d'Amiens écrit à rEchevinage d' Abbé ville (J):

• Messieurs, nous vous avons desjà escript après la reddition de la ville de Paris au roy de Navarre et avez peu congnoistre, par nos lettres, nostre intention pour la conservation de nostre sainctc relligion, et néantmoings nous avons advisé vous advertir de rechef comme nous sommes tous résolus de ne préjudicier en façon quelconque au serment de TUnion par nous jurée et ne jamais recongnoistre le roy de Navarre, pour quelque prospérité quy luy advienne, jusques à ce que notre sainct père ait levé Texcommunication quy a esté jettée contre luy, nous asseurant tant en la bonté de Dieu que, nous tenans au giron de rSglise, il nous assistera ; [ce"] quy nous faict vous prier prendre mcsme résolution, af6n que, par commun moien [?] et bonne intelligence, il soit trouvé ung bon expédient pour Tasseurance de nostre saincte relligion et le repos d'un chacun, ce que nous espérons quy sera faict, nous unissant ensemble de rechef, moiennant le secours de nos amys, avecq Taide de Dieu que nous prions, Messieurs, qu'il vous ait en sa saincte garde.— - D'Amiens, ce XXVI mars 1594. — Vos voisins, confrères et bons amys, maieur et eschcvins d'Amiens.

« A Messieurs Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »

Deux jours après (le XXVIII mars), lecture est donnée à Abbeville, en assemblée échevinale, de cette lettre à laquelle est faite la réponse suivante» qai montre les Abbevillois beaucoup plus près de s'accommoder avec le roi que leurs voisins d'Amiens :

« Messieurs, pour response à vostre lettre du XXYI de ce mois, sur l'advis qu'il vous a pieu nous donper de ce quy est arrivé à Paris nous avons estimé ne debvoir rien préci-

(1) La lettre d'Amiens, lue le 28 mars en l'Echevinage d'Abbeville, n'est transcrite sur le registre aux délibérations que le 29.

piter de nostre part en ce changement et ne nous povans persuader que Messieurs de Paris au nous avons tousjours recoDgneu, par les effects mesmes, toutte la piété et prudence crestienne de ce roiaulme avoir esté conservée durant ces troubles, aient rien faict de mal à propos ny préjudiciable à Dostre commun serment d'union, estans mesmement accompai- ÇDés de Monsieur le légalt comme ils sont encor, nous leur en ayons escript par gens exprès affin d'en estre plus amplement informés, ensemble du contenu es articles de leur traicté que Ton dict en avoir esté accordés ; sy tost que nous en aurons eu la response, nous ne fauldrons de la vous communicquer ; cependant n'appercevans encore aulcun subject de nous plaindre d'eulx pour le respect que nous avons tousjours désiré de leur porter, non seullement comme à la première ville de ce roiaulme, mais comme à celle quy a servy de preipiers fondemens et s'est exposée à tous les périls et occasions requises pour la conservation de nostre sainte Union et sur le modelle des intentions de laquelle nous nous sommes tousjours proposés debvoir plus seurement conformer et rapporter les nostres, nous ne voions poinct qu'il soit expédient nous unir de rechef plus particullièrement et, par ce moien, de quoy nous doublerions faire tort à l'union généralle (1), et aussy attendant quelque aultre esclaircissement de leurs actions, nous croions estre le meilleur de nous tenir sur nos gardes et nous résouldre ne nous laisser empiéter à quy que ce soit (2), par la grâce de Dieu que nous prions^ Messieurs, vous maintenir en sa sainte garde. — D'Âbbeville, ce XXIX mars 1594.

« Vos confrères, voisins et meilleurs amys, maieur et eschcvins d'Abbeville. •

La veille même» dans Tintervalle de cet échange de

(1) Et en gardant cette résolution, en quoi nous nous exposerions à faire tort à l'Union.

(2) La mauvaise humeur contre les Amiénois ne perce-t-elle pas ici?

— iiO —

lettres entre Amiens et Abbeville, le 27 mars, PEchevinage abbevilloîs avait écrit au doc de Mayenne (4) :

« Monseigneur, lors et incontinent que nous eosmes recen tOs lettres avecq celles de Messieurs de Paris du XYU* do mois de frebfrier dernier, nous nous assemblâmes et prîmes résolation que, comme nostre intention ne fut jamais d'entrer en aalcun traicté particullier avecq le party contraire sans vostre aoctorité et permission, beaucoup moings le ferions-nous puisqu'il vous avoit pieu nous asseurer que cella pourroit apporter quelque préjudice à notre saincte Union et nous donner espérance de voir en bref le remède à nos misères par ung traicté et résolution généralle à la consfervation de nostre saincte relligion et de TEstat, et avons persisté comme nous persistons encore en ce propos jusques aujourd'huy qu'estans adrertis de la réduction voluntaire de lad. ville de Paris en Tobéissance du roy de Navarre et n'en aians receu aulcun advis de vous ny de leur part, ny des articles que Ton dict en avoir esté accordés et sy nous y sommes comprins ou non, nous vous en avons faict ceste despesche exprès pour vous supplier très -humblement nous mander ce que nous en povons attendre et comment nous nous y debvons conduire devant que nous soions davantaige contraincts par la calamité du temps et importunités de ce paoavre poeuple que nous vous avons assez souvent répété (2) oii chacun pert la patience ; [ce] quy nous faict de rechef vous supplier nous voulloir au plus tost esclaircir vostre intention et prendre ce debvoir pour tesmoignaige du désir que nous avons de demeurer à jamais. Monseigneur, . • • . (le reste de la formule est omis dans le registre). Ce XXYII* mars 1594. •

Ainsi l'attitude d'Abbeville, soucieuse de ses engagements, demeurait noble devant le duc de Mayenne.

(1) Cette lettre n'est transcrite qu'à la suite de la délibératio? du XXIX mars.

(2) Ou représenté, écrit en abréviation.

£q ce moment où , sortant d'un parti , la ville ne s'était pas encore accommodée avec l'autre, la sécurité ne pouvait être complète ; aussi trouvons-nous trace de quelques précautions {\).

Prâittinaires de la soumission de la ville. — Correspondances. — Prières ao Saint-Esprit. — On ne laissera entrer aacans gens de guerre dans la Tille. — Lettre da roi. — Comment s'introduit dans la ville la résolution de M soumettre i^a roi. — Les bénéfices de cette résolution pour plusieurs. — Les excuses qu'on présentera au roi. — Assemblée générale du 16 avril. — Délibération par laquelle la ville se rend au roi. — Quelques plaintes du maieur on symptômes de résistance dans la ville. — Nomination des députés qui iront porter la soumission de la ville au roi. — Avis envoyé à M. de Longneville. — Réponse de M. de Longueville. — Réception des députés par le roi. — Requête quMls lui présentent et concessions obtenues par eux. — Edit du roi. — Retour des députés. — Te Deum, feux de joie, salves d'artillerie. — Procession. — Cette procession sera renouvelée annuellement et commémorativement.

Nous approchons de la soumission de la ville au roi. Les correspondances qui précèdent cet acte — lettres adressés à l'Echevinage d'Abbeville par le roi, par le Parlement, par le prévôt des marchands et les échevins de Paris» par le duc Longueville, lettres qu'aident le Parlement par ses arrêts, l'Université par ses déterminations, les lettre et requête des maieur et échevins, manans et habitans d'Abbeville au roi, etc. — occupent en transcriptions rapprochées les unes des autres, dans le registre aux délibérations de Iô93-iô94, toutes les

(1) « XXIX mars : a esté dellivré aux quatre portiers chacun une casse (un tambour), dont ils se sont chargés, pour serrir à la garde et aux occasions s'offrans* » ,

pages comprises entre le folio IMAX verso et le folio 1M11I"I1I1 verso. Les transcriptions sont d'une écritare particulière, très-facile à lire. Nous ne relèverons qoe des indications sommaires pour quelques-unes, la copie intégrale menaçant, de prendre trop d'étendae. Les dates mêmes des lettres, arrêts, etc., appelleront nos extraits raccourcis.

Lettres de M. de Longueville du XXYl mars 159&, à Messieurs les maieur et eschevins, manans et habitans d'Abbeville.— Fol. Il'LXXl recto.

Lettres de Messieurs du Parlement, du pénaltiesme jour de mars 4594, à Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. - Fol. IPLXXII recto.

Lettre de Messieurs les prévost des marchans et eschevins de Paris, du pénuUiesme mars 159&, à Messieurs les maieur et eschevins d'Abbeville. •— FoL IPLXXII verso.

Arrest révocatoire de la puissance et quallité attribuée à W de Maienne avecq ordonnance de recongnoistre le roy , du pénuUiesme mars 1594. — Toi. IPLXXIII recto.

Ces dernières lettres et la copie de l'arrêt constatant l'autorité nouvelle du roi n'arrivèrent» il est inutile de le dire, que dans les premiers jours d'avril.

M. de Mayenne avait aussi écrit des lettres que l'Echevinage prudent crut de bonne politique sans doute de ne pas faire conserver sur ses registres ; nous les voyons mentionnées cependant dans la délibération du troisième jour d'avril.

Les lettres de M»' de Maienne, est- il dit, et celles des prévost et eschevins de Paris sont arrivées* — On comprend l'embarras d'Abbeville. — M. Louandre écrit

— us —

ea marge : « On implbre les lamîères du Saint-Esprit au sojet de la lettre du duo de Maienne. » — Voici l'extrait dei délibérations :

« Sar les lettres receues de M»' le duc de Haienne, ensemble de Messieurs les prévost des marchons et escbevins de la ville de Paris (i), représentées en lad.

(1) Je me rayise sur Tëpreuve et juge convenable maintenant de donner en addition, à la fin de ce travail, les lettres du duc de Longue ville, de Messieurs du parlement, du prévôt et des écbevins de Paris, etc.

La lettre du duc de Longueviile est très-remarqôiàble. Le goU" Temeur de Picardie proteste d'abord de son dévouement à la firovince; il n'adresse qqe de légers reproches aux Âbbeviilois • pour ses bons offices repoussés jusqu'alors; il engage cdtin Abbeville à reconnaître Tautorité royale ainsi que Tont déjà fait beaucoup de villes (dont Paris) et beaucoup ^c provinces; il inrite les incertains à implorer de Dieu l'inspiration de leur ievoir ; il atteste la sincérité de la conversion du roi déjà ma- Mestée par dei « effects miraculeux; « il attaque enfin les btbitants de la ville par leur intérêt même : ils qe seront pas les derniers à jouir des biens que les villes du royaume peuvent attendre d* leur soumission. Lui-même il favorisera Abbeville de tous ses moyens.

La lettre du parlement témoigne de la douceur et de la clémence du roi entré dans Paris. Conséquences : le « repos et la tranqnilltté entre les citoyens. » Le parlement va travailler « par tous moyens » à' faire rendre an roi Tobéissance qui lui est due. La soumission de Paris a été autorisée et approuvée non-seulement par \$ emir du parlement, mais par le maréchal de Brissac, par le prévAt des marchands, les écbevins et tous les habitants de la ville. Le parlement termine en rappelant la joie unanime qui remplit Paris; il sollicite donc Abbeville à ne pas se départir de la fidélité traditionnelle de la Picardie aux rois de France.

La lettre de la municipalité parisienne rappelle les fins comnnnes poursuivies jusqu'alors par Paris et les villes de l'Union, le salut de la religion catholique et le soulagement de la « patrie; » m 8

assemblée par led. sieur maieur et lesquelles y ont esté leuesy il a esté advisé que avaot assembler pour faire respondre ou faire résouldre sur lesd. lettres que Ton fera faire prières à Dieu affin de disposer, par son Sainct-Esprit, ung chacun à y apporter une bonne et saincte résolution, attendant laquelle et pour éviter

elle témoigne de la constance des Parisiens (tant de ruines !) et des souffrances courageusement supportées par eux. Les Parisiens, au milieu de la France déchirée par elle-même et par ses voisins, ont toujours espéré et attendu la guérison générale de la i conversion do roi à Fégli^ et adressé à Dieu des prières pour ^ cette conversion. Vers le temps où le roi hésitait encore dans Phérésie, leurs yeux ont été complètement ouverts sur les menées ambitieuses des Espagnols et du duc de Mayenne. Enfin* le roi!;ii converti a été sacré; la bénédiction du pape est attendue; déjà les prélats « qui sont les vrais corps de Péglise gallicane » induisent eux-mêmes le peuple à robéissance. Dans ces conjonctures, les Parisiens ont invoqué Dieu, prié, en descendant leuqi reliques, les saints apôtres de France, saint liarcei et saiBU, •Geneviève; enfin, éclairés par ces communications avec « Itf glorieux saincts » et d'accord avec M. le maréchal de Brissae« gouverneur de Paris, ils ont ouvert leurs portes au roi. L'armée ' royale, escortant son prince, est entrée dans la ville au milieu de la confiance et de la joie : chants de triomphe, boutiques ouvertest peuple passant au travers des troupes pour chercher le roi, cris montant jusqu'au ciel et les voûtes mêmes de la cathédrale semblant se « fendre d'allégresse. » Le prévôt et les écbevins parisiens, après s'être étendus sur la bonté et sur les bienfaits da roi, invitent les habitants d'Âbbeville à suivre leur exemple» i devenir libres en se rendant au roi, puis, les prenant par une de leurs préoccupations habituelles, a à ne se laisser asservir par des garnisons, par des citadelles, par l'ambition d'autruy, » i rejeter partout la tyrannie espagnole.

Les habitants d'Âbbeville, ainsi sollicités,^ étaient suffisamment préparés sans doute à recevoir la lettre que le roi devait, en cottoaissance de leurs dispositions, leur écrire le XI avriL

qu'il ne soit attenté sur la liberté de ceste ville, qu'il n'y sera receu ny laissé entrer gens de guerre est rangers ny françois ou aultres seigneurs et gentilbommes quels qu'ils soient. *•

Cette dernière partie de la délibération reçut un complément immédiat dans une résolution qui limitait à quatre jours la fourniture de munitions à certaines (foapes (i) et qui ordonnait au sieur Pacquer de se retirer. — Voyez la note sous cette page.

Dq 3 au 46 avril, point de délibérations transcrites dans le registre. Ainsi donc intervalle de treize jours pendant lesquels l'Ëchevinage reste muet (2).— Prudence peut-être.

Dans l'intervalle avait été reçue sans doute la lettre da roi aux habitants d'Âbbeville, du XI avril :

• Chers et bien amés, depuis qu'il a pieu à Dieu nous faire soeeéder an régime et gouvernement de ceste monarchie fran- ^oise, de la conservation de laquelle il a tousjours eu soin particulier, sa divine bonté a faict apertement cognoistre par les

(l) Quelles étaient les troupes que je trouve, ce même lundi 3 avril, pourvues de vivres en ces termes — après un intervalle hissé blanc pour recevoir des considérations qui manquent : — • que Ton fournira encore des munitions pour quatre jours, à h charge de les avoir enlevées en dedans mercredy pour tout le jour, et que, ce faict, il ne sera plus tiré aulcune munition ny Tifres de ceste ville et sans qu'il soit besoing de mettre plus le &icten dellibération. — Au surplus, qu'il sera permis au sieur hcqaer de se retirer et à la charge de faire rendre les bestiaulx ttmoenbies quy ont esté prins aux paisans. »

S'agirait*il de la garnison du Pont-Remy?

^^1 (') ^ovLT la réunion du 3 avril et pour les processions qui nirirenty voyez plus loin^ dans la délibération |du 16 avril, fexposé narratif ou rétrospectif du maieur.

heureux succès qu'elle a donné à tous nos desseins et entrepriseSj combien luy csloit agréable nostre légitime établissement en icelle. Ceslc grâce s'est encore plus amplement manifestée lorsque nos ennemis qui n'ont rien oublié pour nous y tra?erseri voulans Icntcr le dernier et plus plausible moyen au peuple de par^'cnir à l'usurpation de nostre couronne, ne pouvans plos célcr l'ambition qu'ils aboient jusques alors couverte du prétexte de la religion, ont tasché de persuader à nos subjccts que k disposition de nostre dicte couronne leur appartenoit en espérance d'en tirer une eslection à l'advantage de l'Espagnol ou des siens. A quoi les bons François ont trouvé si peu de goust qne ceux qui se sont trouvés à cestc proposition comme députés de nos provinces, oyans faict voir à leurs concitoyens les pernicieuses intentions de nosdicts ennemis, en ont entièrement réprouvé et abhorré les effects: Et jettans lors les yeux sur non leur Roy et prince naturel , se sont du tout résolus à nostre obéissance, de laquelle ils se promettoient et ont ja aucuns d'eoz commencé à ressentir autant de bien et soulagement que leur rébellion avoit apporté de ruine, perte et nécessité. Nos villes de Paris, Meaux, Orléans» Rouen, Bourges, Lyon, Verneuil, se sont les unes après les autres submises à ce debvoir et y ont esté depuis suivies par celles de Troyes, Sens et Auxerre: l'exemple desquelles et le ressentiment que vous pouvez encore avoir des faveurs et bienfaicts que vous avez receu de nostre maison et particulièrement l'honneur que vous a faict nostre seigneur et père, que Dieu absolve, lorsqu'il vous a gouverné» nous font espérer que vous ne serez des derniers à nous obéir ; rien ne vous en peut maintenant excuser. Dieu vous le commande, la nature vous y oblige, les Espagnols qui sont à vos portes introduits en nos autres villes par ceux qui pensent avoir beaucoup de puissance sur vous et les veulent establir au préjudice de vostre franchise et liberté, vous y contraignent. Ne doubtez poini de l'asscurance de nostre religion de laquelle nous avons pat serment solennel donné à nostre conversion , réitéré à nostre sacre et conGrmé depuis à la somption de nos ordres, juré U défense et conservation. N^appréhendez non plus la rechercb<

de vos fautes passées, la promesse que nous ruus faisons uiaintenant de les tous pardonner et la douceur et clémence qu*ont ciprouTé les plus mutins et séditieux de ceste ville, ne vous atans ignorées* vous doibvent faire perdre ceste crainte. Ne feignez (1) donc de venir a nous qui sommes prestsi^ous recefoir et embrasser d*une paternelle benevolence et royale débonnaireté. Nous ne désirons de vous qu'une pure et franche ToloDté à nous servir et bastir en vos cœurs les plus fermes et stables fondemens , appuis et forteresses de nostre authorité soubs laquelle vous serez maintenus en la libre, paisible et eratière jouissance de tous vos biens et facultés, et de tant de beaux et amples privilèges que vos pères se sont acquis de nos prédécesseurs , pour leur segnalée loyaulté et fidélité , vous isseurant de faire encore davantage pour voste contentement si, pr vos services et mérites, vous nous en donnez occasion. — Escrit à Paris, le XI jour d'avril M.C.XCIIII, signé Henry ; et plus bas: Potieb; et au dos: A nos chers et bien amés maire, eschevins et habitans de nostre ville d'Abbeville. > — Fol. il*LXX verso du registre aux délibérations (2).

Qu*OD se rende conaptc de Teffet que cette lettre dut produire dans Abbeville déjà préparée, à communications ouvertes, par les lettres du duc de Longueville, de HH. du parlement et de MM. les prévôt et échcvins

(1) La langue populaire a conservé encore feignant pour fainéant,

(2) M.' Berger de Xivrey, qui n'a pas reproduit cette Icllre, la résume cependant ainsi : « Avis de la reddition de Paris, Meaux, Orléans, Rouen, Bourges, Vienne, Troyes, Sens et Auxerrc, Invitation à suivre leur exemple dans les mêmes termes que la circulaire sur la réduction de la Bastille et la lettre à la ville de Troyes dont celle-ci est la reproduction. Le roi y ajoute comme considération particulière à Abbeville, les liens qui attachent cette ville à la maison de Bourbon et le souvenir du gouvernement du roi son père. » — Lettres missives de Henri /T.

de Paris, à insinuations discrètes, par le maieor d. Maupin. •

Nous voyons dans les documents publiés sous la di rection de M. Thierry, que, le 4& avril, Amiens a décid renvoi d'un député à Abbeville. — Simple parenthès ici entre les dépositions que nous empruntons à no: registres (1).

Vient enfin, le i6 avril (2), la résolution de se soumettre au roi.

Tels sont les témoignages avoués, publics, honorables, conservés dans nos registres, des négociations ouvertes qui précédèrent la soumission d'Abbeville. D'autres témoignages, moins avouables peut-être, ont disparu, mais en laissant quelques traces. Que s'était-il dit à demi-mot, discuté à voix basse, arrêté le doigt sur la bouche , depuis peu , entre les agents du roi et les principaux magistrats ou officiers de la ville? Noos ne le soupçonnerions plus sans les avantages significatifs que plusieurs retirèrent immédiatement de la restauration royale. Sans doute, au point de vue où rhistoire impartiale et les principes de la justice religieuse nous ont mis, le moment était depuis longtemps venu, — venu depuis la mort d'Henri III, — d'ouvrir au roi des portes qui n'eusseut dû lui être jamais fermées. Le prétexte à la résistance n'existait plus guères

(1) Déjà l'accord tend à se rompre entre les villes entraînées eB sons divers.

(2) Une assemblée, qui ne figure pas dans le registre, avait ea lieu le mercredi 14 nvril. Waignart nous en a conservé un souvenir que nous reproduirons un peu plus loin en note. Waignart» que suit Formentin, aurait^ii simplement antidaté par errear rassemblée du 16?

même depuis rabjuration de Saint- Denis/ Mais les progrès — théoriques — de Thonnèteté moderne ne nous familiarisent pas avec les changements politiques qui rapportent. Les plus scrupuleux du xvi« siècle Tavaient senti déjà, qui souriaient du Vive le Roi ! Vive la Ligue ! D'osant, sous Henri IV et jusques sous Louis XIV, sourire, sinon derrière le manteau, du Vive la Ligue! Vive kRoiî Waignart présente ainsi indulgemment Tévolotion marchandée de Jean de Maupin et de quelques antres, non sans rappeler l'honneur qu'avait eu un autre Jean de Maupin de remettre la ville à Louis XI.

• Abbeville a esté de tout temps appelée la citadelle de la Picardie pour estre sur Tembouschure de la mer, et a esté remarquée avoir esté loyalle à son prince, ajant secoué librement le joug premièrement à l'An- {lois; puis ayant esté engagée (à son grand regret et poorquoy on bastit le chasteau) au duc de Bourgogne» se remit entre les mains de son souverain et naturel seigneur le roy Louis XI par le moyen de sire Jean de Vaupin, escuyer, seigneur de la Bouvaque, lors maieur de la ville, et en Fan M.D.LXXXIX suivit, par l'induction de certains personnages (comme il a esté dit cy dessus) et principalement de son maieur, le parti des rebelles ligueurs. Le sieur de Maupin, qui avoit esté cause de la rébellion, eut regret d'y avoir trempé si longtemps, voulut ensuivre son ayeul ; poussé par les bons habitants et quelques autres de dehors, composa

avec le roy par le moyen de de Sacquespée,

escuyer , seigneur de Thezy , auxquels Sa Majesté r donna (4) deux mille quatre cents livres de rente à

(1) L'exemplaire non abrégé de Waignart donne quelques

partir chacun -par moytié, à prendre sur la ville d'Abbeville, qu'elle avoit accoustumé de rendre à S^dite Majesté pour et au lieu de nx sols sur muy de vin et dont on compte encore à la chambre des comptes» Et pour mieux asseurer ceste gracieuseté, Sadite Majesté fit un édict pour Taliénation de ceste partie dont W Philippe de Ponthieu, procureur en la sénéchaussée de Ponthieu, fyt adjudicataire pour luy ou son cornmand, dont il nomma lesdicts sieurs de Maupin et de Thezy. Ledit sieur de Maupin donna audit de Ponthieu

détails de plus : « Thesy eut un estât d'huissier de la chambre du roy, Maupin un estât de inaistre des requestes de son hostel qu'il ne put occuper, le nombre des maistres des requestes estant complet. Quant au don des douze cents livres de rente, Thesy et Maypin le firent passer par arrêt du conseil en forme d'alidnation et à eux adjugé comme plus offrants. Ce fut donc un véritable marché avec le roi. Cet accord fait, le maieur communiqua familièrement avec les serviteurs du roi , h qui il montra les lettres déjà reçues de Paris, du roi, du prevost des marchands et des échevins de Paris, et du parlement. Les partisans ou agents du roi le pressèrent de faire une assemblée générale de tous les corps de la ville et d'y faire lire toutes ces lettres, ce qui fut fait le 16 avril, où il fut arrêté et délibéré qu'en attendant l'absolution que S. S. devoit envoyer au roy Ton députeroit quatre ou six personnages notables habitans de la ville vers Sa Majesté pour lui faire entendre que ce qui s'étoil passé dans la ville durant les troubles n'avoit eu d'autre objet que la conservation de la religion catholique, apostolique el romaine, etc., etc et cependant supplier très-humblement Sb Majesté trouver bon de différer le serment plus solennel jusqu'à ce. que l'absolution de N. S. Père luy fût impartie, pendant lequel temps l'on promettoit ne recongnoistre autre autorité que la sienne, la seule légitime. . • n 11 fut aussi arrêté « que les prédicateurs seroient admonestés de se comporter modeste* ment en leurs prédications sans invectives contre personne. »

aœ chanoinerie dans Saiot-Vulfran pour son fils, que madame la comtesse de Ponthieu luy avoit donnée après la mort de M« Charles Coppin, Artésien (1). «• L'envoyé secret qui s'entremit d'abord officieusement poor obteiiir des magistrats la soumission de la ville est Nicolas de Fren, l'ancien lieutenant sans doute du gouverneur capitaine du château.

Le fait nons est fourni par Sangnicr d'Abrancourt : « Le roi, qui avait «nvoyé à Abbeville le sieur Nicolas de Fren, secrétaire de sa chambre, natif de la même ville, sous prétexte d'aller visiter ses parents, mais afin de sonder les intentions des principaux de la ville, eut la consolation de voir cette ville se rendre à lui purement et simplement, sans demander aucune chose. » — Suivant Formentin, de Fren gagna le ba^n de Pont-Saint-Pierre, sénécha^de Ponthieu pour la Ligue, « par le moyen d'une dame qu'il (Pont-Saint- Pierre) aimait et à laquelle il (de Fren) fit de grands présents. » Nous ne savons si l'austérité de Jean de Haupin, simple conseiller en la sénéchaussée, put être attaquée de la même façon. Quoi» qu'il en soit, le roi ne se montra pas ingrat. « En récompense du service, — ; de la réddbtion d'Abbeville, — le sieur de Fren et tous ses descendants, nous dit Sangnier d'Abrancourt, furent anoblis, et lui donna encore un office de trésorier

(1) Voyez, dans les Documents publies par M. de BcauvIUé (Paris, 1860), p. 261, Tordoiiuance de Henri IV, qui enjoint au trésorier de son épargne de payer deux mille écus à quatre personnes en récompense de leur coopération à la reddition d'Abbeville; ces quatre personnes étaient le doyen de Saint-Vulfran ipvril» les sieurs de Ceux et de Beaucouroy, et le capitaine du Croc. Cette ordonnance est datée d'Amiens, 20 août 1594.

général à Grenoble où il a choisi sa demeure depuis ce temps (i). » Quant au maieur de Maupin, « il fut récompensé de douze cents livres de rente par chacun an, et obtint pour tous les maieurs suivants (la faveur est bonne après les aouze cents livres) le pouvoir de porter la tasse de velours violet, enrichie d'une bourse et d'un cercle d'argent, avec , les armoiries de la ville en broderies posées au milieu. <* Le maieur de Maupin porta le premier cette tasse. « Le sieur Le Boucher (le lieutenant criminel, envoyé bientôt vers le roi, comme nous le verrons) eut pour récompense l'augmentation de ses gages, et le sieur de Ganteleu (envoyé également vers le roi) la survivance de sa charge d'élu pour maître Paul de Ganteleu, son fils aine. » — Sangnier d'Abrancourt.

Mais ne nous attardons pas dans le compte de ces récompenses accordées à la bonne volonté et revenons à la délibération du 46 avril.

Ge jour-là , vendredi , assemblée générale au son de la cloche, où se trouvent M' de Hucqueville, seneschal de Ponthied; J. Bernard, lieutenant général; le maieur, le doyen de Saint-Yulfran et un chanoine; les religieux de Saint-Pierre; M. de Rambures; les gens du roy; les anciens maieurs, les échevins et grand nombre de notables bourgeois et de maieurs de bannières ; Tillette , procureur de la ville ; Delecourt , substitut.

Le maieur de Maupin expose que, « aiant entendu la

(1) Formentin, à qui je ne me fie pas, ajoute que a Diane de France, notre comtesse, rentrée en possession du Ponthieu, lui conféra un canonicat de Saint-Vulfran à la réquisition du roi. •

réduction de la ville de Paris, il a été trouvé expédient d'y envoier, ce qui a été fait (1). Les lettres de Messieurs de la court de parlement et de Messieurs les prévost

(1) G^est ici que nous devons rappeler une réunion antérieure

que Waignart fixe au 14 :

• Le mercredi XIV» jour d'avril, dernière feste de Pasques (1), se fit assemblée générale de tous les habitans de la ville pour adViser comme l'on se comporteroit vers Sa Majesté pour luy remettre la ville en son obéissance et qui on délégneroit pour ce faire. Tous furent d'avis de la remettre purement et simplement, sans autre chose demander. »

Cette assemblée du 14 est mentionnée d'ailleurs, après Wai- ^art, par Sangnier d'Âbrancourt et par Formentin.

Sangnier d'abord : « Le sieur de Maupin, maieur, fit faire une assemblée générale des habitans, de l'avis du sieur de Fren, le mercredi 14 avril, dernière fête de Pâques, et tous tombèrent d'accord de remettre la ville purement et simplement entre les mains de Sa Majesté. »

Formentin : u L'assemblée des trois états de la ville fut indiquée au 14 avril, dans la salle du grand Echevinage. On y lut les lettres du roi, de Diane de France, du parlement et de la ville de Paris. L'enregistrement en ayant été ordonné tout d'une voix, il fut aussitôt résolu de se soumettre au roi de Navarre, ainsi le traitait-on encore, et de le reconnaître pour légitime roi de France. H n'y eut que quelques chanoines et la plupart des earés et supérieurs religieux qui s'opposassent à cette résolution. La soumission sans réserve et sans condition fut arrêtée. »

Je regrette de ne pouvoir vérifier par le même détail toutes ces affirmations. C'est à tort, dans tous les cas, je pense, que Sangnier et Formentin avancent que l'assemblée députa vers le roi J. de Maupin, maieur; Pierre Le Boucher, lieutenant criminel ; Josse Beauvarlet, conseiller; Jean de Canteleu, élu; Nicolas Le Bel, greffier de la ville. La désignation des députés ne fut faite que le 17 avril, et parmi eux je ne vois pas figurer le maieur de Maupin.

(Ij D*après VArt de vérifier Uê dates, Pâques tombant cette année le 10 avril, le mercredi devait être le 13 avril.

des marchans et escbevins de la ville de Paris, receues le dimanche des Rameaux, III^ de ce mois, le maieur a donc fait assembler en TEchevinage où furent d'abord lues ces lettres. Là, et « avant qu'aulcune cbose résouidre et dellibérer sur icelles, il auroit esté trouvé bon de les communicquer à Messieurs les antiens maieurs et aultres personnes nottables et hsbitans de lad. ville, par Tadvis desquels auroit esté remis à dellibérer après le sainct jour de Pasques dernier passé, pendant lequel temps, suivant l'exhortation de Monsieur l'évesque d'Amiens, le poeuple se seroit disposé, par processions et prières publicques, pour implorer la grâce de Dieu et assistance de son Sainct-Esprit à nous donner une bonne et salutaire résolution à son honneur et gloire et au bien de ceste province tant désolée, et que le jour d'hier (1) ayant receu un pacquet envoie par M. de Rubcmpré où estoient lettres à nous adressées de la part de Sa Majesté, de Monseigneur le duc de Longueville, desd. sieurs prévost et escbevins de Paris, et ung arrest de la court de parlement du XXX mars dernier, après le tout communicqué et conféré avec mesd. sieurs lés escbevins , ensemble les lettres de M»' de Maienne du VIll de ce mois et d'aultres lettres escriptes à ceste communaulté par la ville de Rouen et celle escripte par la ville de Troye à mesd. sieurs de Paris après la réduction de lad. ville, il auroit esté jugé nécessaire de faire la présente assemblée de tous les ordres de ceste ville pour en adviser meurement pour l'importance et conséquence de l'affaire et

(1) 15 avril évidemment.

que chacQii soit rendu capable de ce quy se passe et y apporter son advis.

Voici le résultat de la discussion :

Après que lecture a esté faicte de toutes lesd. lettres et arrest de lad. court.

Il est décide, d*après tous les avis recueillis, « que, attendant Tabsolotion que Sa Saincteté envolra au roy, que l'on depputtera quatre ou six personnaiges noltables habitans de lad. ville vers Sad. Maje&té pour luy faire entendre que ce quy s'est passé en ceste dicte ville durant ces troubles n'a esté qu'à ce seul but de la coDScrvntion de nostre saincte relligion catholicque, apostolicque et romaine, sans avoir apporté aultre desseing particullier ny avoir eu intention de se despartir de l'obéissance et fidellité que nous debvons et avons tousjours porté à la couronne de France, et que nous le recongnoissons pour nostre roy légitime et naturel et luy offrons toutte la fidellité, service et obéissance qoedoibvent tous bons et loiaulx subjects à leur roy souverain, suppliant très-humblement Sadicte Majesté de nous recepvoir et recongnoistre pour tels, nous octroier la conservation des previllèges tant antiens que nouveaux à nous conceddés deppuis ces troubles et aultres amplement contenus par les mémores quy seront dressés et baillés ausd. deppnttés, et néantmoings supplier très-humblement Sadicte Majesté de trouver bon d'en différer le serment plus solempnel jusques à ce que l'absolution de nostre Sainct Père luy soit impartie, pendant lequel temps noas promettons ne recongnoistre aultre» faire uy admettre chose quy soit préjudiciable à son service. »

Le maieur expose encore que pour exécuter cette délibération, il convient de faire cesser « les monopolles (sicj et divisions meues par cy-devant entre aucuns habitans, ce qu'il a toUéré jusques icy, ne vouUant user de rigueur et condampnaiions d'amendes pour tenir la ville en repos, encores qu'il eut eu advis que aucuns aient esté si osés que d'user de menasses contre sa

— ne —

personne même , et d'ailleurs que quelcun ait esté si osé que de luy faire dire qu'il avoit en ceste ville cincq cens hommes à son commandement (i), pour ce que, cella continuant et n'estant aultrement assisté, il désiroit plutost quitter lad. charge. » L'assemblée le prie et le requiert unanimement de ne permettre « aolcone faction» monopolles ny entreprises ou complot contraires au repos commun, à lad. dellibération, et en faire j\istice ety emploier la force et toute l'auctorité de lad. ville sans y conniver nullement.

« Que les prédicateurs aussy seront priés et admonestés d'euU comporter modestement et leurs prédications sans invectiver contre personne. <•

Le lendemain (17 avril), en simple assemblée écbevinale, sont nommés pour faire le voyage vers le roi, Messieurs Le Boucher, lieutenant criminel, Beauvarlet, ancien maieur. De Gantelleu, échevin, et M® Nicolas Lebel, greffier de la ville (2).

(1) Ces divisioDS dénoncées, ces menaces contre le maieur, ces déclarations de résistance appuyées sur cinq cents hommes n^indiquent-elles pas un reste vigoureux de Pesprit de la Ligue dans Âbbeville?

(2) « Pour quoi, dit Waignart (à la suite de la réunion du 14), furent délégués M" maistres Pierre Le Boucher, lieutenant criminel, Joce Beauvarlet, conseiller, tous deux antiens maieurs, Jean de Canteleu, esleu, et Nicolas Le Bel, grefiier de la ville (1). »

(i) Et Waignart, grand dessinateur d'armoiries, donne les armes de ces quatre envoyés:

Li Boucher, d'axnr à la fasce d*or, à deux roses d'argent en chef, un arbre de même en pointe.

Bkautaalet, de sable à la fasce d'argent, deux étoiles d'or de six rais en chef, un croissant d'argent en pointe.

Bi CAifTELin, d'azur au chevron d'or accompagné de trois épis de maïs tiges de même.

Le Bil, d'azur au chevron d'or chargé de trois roses de gueules boutonnées d'or et accompagné de trois molettes d'or.

Nous Usons ailleurs (dans les transcriptions du folio

U'Ln verso au folio IV III1« lUI verso) :

La résolution prise d'envoier députés par devers le

roj, on en advisa Monseigneur de Longneville, son

lieatenant en ceste province de Picardie. M. de Longue-

viOe répondit les lettres qui ensuivent :

Lettres de M' de LongueviÙe du XXI» avril d594, sur la résolution prise de recongnoistre le roy, à Messieurs les maieur et eschevins d'Abbeville. — Fol. II'LXXV recto (1).

Les quatre envoyés de la ville partirent, nous apprend Waignarty le XX avril, « arrivèrent à Paris le XXV. Deux jours après , ils furent présentés à Sa Majesté par le duc de Longueville, gouverneur pour le roi en Picardie, qui (le roi) les reçut humainement et les regarda d'un bon œil. >• Le lieutenant criminel Le Boucher porta la parole (2) et dit ce qui étoit de sa charge. » Le roi fut très-content <« de ce qu'on lui remit la ville sans aucunes conditions (3). » En conséquence, il fit dire

(1) Ces lettres sont datées de Saint-Quentin : « Je suis 1resaise, dit le duc, de faire paroistre à Sa Majesté et à tout le mondie combien je me resjouis de quoy vous avez esté les premiers de ceste province à qui Dien a fait la grâce de se retirer de tant de raines qui menacent ceux qui ne vous veulent imiter. »

(2) Preuve nouvelle que le maieur ne faisait pas partie de la députa tion. Cependant Formentin, inexact ici même sur une date et à qui j^ai toujours soin de ne pas me fier, dit: « Les députés de la ville partirent avec une suite nombreuse. Le duc de Longaeville les présenta au roi le 25 avril. Le maieur Maupin, après avoir barangué Sa Majesté, lui offrit, dans un bassin de vermeil, les clefs et les sceaux de la ville que Le Bel, greffier de la ville, avait apportés. Le roi les prit, les remit aux mains du duc de Longueville qui les rendit au sieur Maupin. »

(3) Ne savait-il pas ce que ce « sans conditions • lui coûtait en dons et en faveurs?

aux dépotés (il connaissait déjà sans doute la requête préparée) qu'il avait désir « de les gratifier et qaMls avisassent ce qui leur étoit nécessaire pour le bien des habitants^. » Les députés présentèrent alors la requête dans laquelle la ville, très-soumise d'ailleurs, se ménageait, humblement, en sujette, d'assez bonnes condttioiis. L'œuvre de la diplomatie échevinale nous fournit, avec des preuves de sagesse et de prévoyance dans les négociations, un résumé des faits accomplis pendant les troubles. Nous la donnerons en faisant suivre chaque article des réponses du roi, consignées dans les marges de notre registre:

REQUÊTE PaÉSENTEE AU ROT PAR LES DÉPUTÉS SUR LA RÉDUCTION DE LA VILLE.

« Au roy.

« Sire, vos très-humbles et très-obéissans serviteurs et subjects les maieur et eschevins, manans et habitans de vostre ville d'Abbeville supplient très-humblement Yostre Majesté de vouUoir croire que ce quy s'est passé en lad. ville durant ces troubles n'a esté qu'à ce seul but de la conservation de nostre saincte relligion catholique, apostolique et romaine, sans avoir apporté aultre desseing particuUier n'y avoir eu intention d'eux départir de l'obéissance et fidellité qu'ils doibvent et ont tousjours porté à la couronne de France, et, pour ceste raison, qu'il plaise à Yostre Majesté les vouUoir recevoir et recongnoistre pour ses très-humbles et trèsobéissans subjects et serviteurs pour luy rendre la fidellité, service et obéissance telle que tous bons et loyaulx subjects le doibvent à leur roy légitime et naturel, et, oubliant toutes choses passées en les mettant

en sa bonne grâce, leur octroier qu'en lad. ville d'Âbbeville, fauxbourgs et banlieue d'icelVs, seigneurie et archidiaconé du Ponthieu , dix lieues à la ronde de lad. ville, il n'y aura aultre exercice de relligion que catlkdicque, apostolicque et romaine. •»

« Lis roy, louant la saincte résolution qu'avoient prise les

sapplians et aiant agréable leur très-humble sub mission , les

reçoit en sa protection et de la couronne de France comme vrais

sabjects et fidelles serviteurs d^celluv, et, en cette quallité, Sa

Majesté les voeut doresnavant chérir, aimer et gratiffîer avec

aaltant de bonne volonté qu^ils scauroient désirer, ordonne en

ceste considération que dans la ville et fauxbourgs d^Âbbeville

ne se fera aulcun exercice de relligion que de la catholicque,

apostolicque et romaine, ny aux aultres villes et lieulx deffendus

par rédict de Tan 1577 et les déclarations faictes par Sa Majesté

sur l'observation d'icelluy, ausquels elle ne voeult estre rien

innové. »

« Qu'il plaise aussy à Yostre Majesté abolir et oublier tout ce quy s'est passé durant ces troubles, tant en la prinse des armes, entreprises et forcemens de villes, chasteaux, maisons et forteresses, démolition d'icelles, levées des deniers, rasement et démolition du chasteau de lad. ville, entreprise de partie de la court de Ponthieu, application des matériaulx desdictes places en aultre usaige et vente d'iceulx, démolition des chaisteaux d'Ercourt (i) et Wiry [?], tour du Quesnoy et aultres, prinse de deniers des abbayes et prieurés, des receptes généralles et particullières de la gabelle, vente de ses impositions mises sur icelluy (2) et touttes impositions

(1) Je lis ainsi, mais il s'agit, je pense, du château d'Eaucourt.

(2) Il faut ne pas avoir Tesprit à cheval sur les mots pour de- Tiner qae icelluy^veut dire ici le sel.

et levées de deniers tant en lad. ville qo'ès enviroas, traîctes et impositions foraines mises sur les deméeii vivres et marchandises, pratiques et levées de gras de

guerre, couduicte et exploits d'iceulx, ligues et aégo- ]k

tiations et traictés tant dedans que dehors le royaolme, 1 1

coupe de bois taillis et haulte fustaye, amendes, botins, i

rançons et tous aultres actes d'hostilité, et géDéralle- |e

ment touttes choses quy ont esté faictes et négotiées ea ^i

quelque forme et manière que ce soit, en publicq ou h

particullier et durant et à occasion des présens troubles, ;

révocant tous édicts, arrests et jugements donnés peo- i

dant iceulx contre lad. ville. » j

• Le roy voeult que la mémoire de tout ce quy s'est passé durant et à Toccasion des présens troubles soit abolie et qu'ii u*eo soit fait auir.une recherche. »

« Youlloir conserver ausd. supplians tous leurs antiens privilèges et auctorités , comme loy , mairie , échevinage et collège, seigneurie, justice, coustume, franchises et immunités, dons et octrois dont ils ont cy-devantjouy et usé et dont ils joyssent présentement, les remettant et réintégrant en iceulx, ordonner qu'à Tadvenir ils y seront maintenus et conservés, comme aussy tous les aultres corps, collèges et communaultés de quelque tittre et qualité qu'ils soient en lad. ville, et, par espécial, lesd. maieur et eschevins en la justice civile qu'ils ont eue de tout temps par la concession des roys vos prédécesseurs en lad. ville et banlieue, de laquelle ils ont toujours joy jusques en Tannée V^LXVl [?]; que, soubs prétexte de l'article LXXl [?] de l'édict faict à Moulins, elle leur fut ostée et usurpée à leur grand intérest et préjudice et de tous lesd. habitans, pour en joyr comme ils faisoient auparavant Tédict et nonobs-

tant icelluy, ainsy qu'il a esté cy-devant accordé aux villes de Sainct-Quentin, Amiens et aultres villes voisines. *• « Accordé. » ^

«Qu'en ensuivant les antiens privilèges des Roys, lad. ville, comté et seigneurie de Ponthieu demeureroient inséparablement unis et incorporés à la couronne de France , sans en pouvoir estre tirés, démembrés, alliénés, transportés ny délaissés, le décès de Madame d'Angoulesme advenant, par usufruit, appanage, doaire, assignation, pour quelque occasion ou prétexte que ce soit. »

« Accordé. »

« Que lad. ville demeurera perpétuellement exempte de garnison, logement de gens de guerre tant de pied que de cheval, de gouverneur et de tout aultre cappitaioe et commandeur, pour ne recepvoir commandement d'aultre que de Vostre Majesté, du gouverneur de la province ou de son lieutenant général et des maieur et eschevins de lad. ville, le commandement et cappitainerie d'icelle demeurant uny inséparablement et incorporé au droict et eschevinage de lad. mairie et <ischevinage d'Abbeville, sellon qu'ils en joissent présentement, suivant l'arrest de la vériffîcation faicte par h cour, des lettres quy leur en ont esté expédiées pendant lesd. troubles , lesquelles ils supplient trèsliuffiblement Yostre Majesté voulloir conGrmer et octroier de nouveau, ensemble les traictés et accords pour ce faicts avecq le sieur de Ueucqueville, baron du Pont- Sainct- Pierre, et le don à eulx faict pour aider à luy en faire le remboursement de deux années des fermes deubes par lad. ville aux receptes génér ailes et parti-

culiières, montant à pareille somme qu'eussent monté les gaiges et estats dud. sieur de Heucqueville, son lieutenant et [ses] mortepaies durant lesd.deux années, et, avecq ce, la permission de constituer au prouffit dud. sieur de Ueucqueville la somme de mille livres de rente chacun an sur tous les deniers communs et d'octfois de lad. ville. •»

« Accordé.

• Et joyeront dud. gouyernement conformément ausd. lettres. « Sa Majesté yœult que led. traicté ait lieu et que ce quy a été promis par les supplians soit exécutté. •

« Qu'à lad. ville d'AbbQville et banlieue d'icelle ne se pourra ores ny pour l'advenir bastir ny restablir aulcun chasteau , citadelle ny forteresse*, et qu'à la garde des tours, des chaînes fermans la rivière de Somme passant par lad. ville, tant à mont qu'à val, n'y pourra estre commis que ceulx que lesd. maieur et eschevins ont accoustumé de commettre et establir. »

« Accordé. »

« Que les bourgeois » manans et habitans de lad. ville, fauxbourgs et banlieue d'icelle demeureront, suivant leurs previllèges, francs et exempts de touttes tailles, creues, subsides, impositions, solde du prevost des maréchaux et de tout aultres levées et natures de denrées, aides, emprunts et contributions et service de ban et arrière ban ; mesmement leur octroier et donner de nouveau l'affranchissement et exemption du droict des francs fiefs et nouveaux acquests à l'instar des villes de Paris et Amiens. *»

« Accordé, comme il eu est ci-devant bien et deuement joy, mesmes le droict de francqs fiefs et nouveaux acquests. »

«« Qu'il plaise à Vostre Majesté leur faire don et re-

mise de la somme de quatre cens escus dueue chacun an de composition à cause de l'affranchissement perpétuel de lad. taille, à la charge de l'eroploier à la fortification et décoration de lad. ville. »

« Attendu que lad. somme est la composition de leur affranchissement, Sa Majesté ne leur poeult permettre cstre donné comme les supplians le désirent, mais S. M. leur accorde pareille somme de im* escus à prendre sur Tellection d'Âbbeville durant six années. »

« Que les habitans de lad. ville et fauxbourgs, suivant les antiens privilèges concédés à lad. ville par les feus roys et dont elle a joy jusques en Pan V" XXXIX, demoeurent exempts à perpétuité du droict de gabelle, comme sont ceulx de la ville de Callais, Boulogne et Estaples, et que les habitans du plat pays dud. comté de Ponthiea soient deschargés de la capitation mise sur eulx pour hd. gabelle en l'an V' LXXVUl [?], attendu que lad. ville est ung port de mer où la pluspart des habitans vivent de la marine et du salé, et voulloir sapprimer tous estats de receveurs desd. greniers à sel et aultres estats supernuméraires ausquels n'a encores esté prouveu. »

« Le roy est en volonté d^ donner un nouveau reiglement sur le faict de ses gabelles aux prochains baulx quy en seront faicts, à quoy Sa Majesté aura lors esgard. »

« Supprimer aussy les estats de général surintendant des deniers communs et d'octroy des villes et conseillers d'iceulx nouvellement érigés en sa province de Picardie pour les grands gaiges et excessifs quy leur sont attribués à la diminution des deniers de la réparation desd. villes, ensemble les présidiaux et elleus sopernuméraires, les réduisant au nombre antien. »

« Accordé moiennant Tactoel remboursement de ceulz quy en sont pourveos. •

m Que pour la ruine causée au pays par le séjour des armées et spéciallement des estrangers et Espaignols, lesquels n'y ont espairgné aulcune espèce de cruaulté et de rage, ne pouvans exécutter le dessein qu'ils aYoient sor lad. ville d'Âbbeville, plaise à Yostre Majesté que les habitans du plat pays et archidiaconé de Ponthieu et oultre que ceulx quy sont es environs de lad. ville à cincq lieues à la ronde, sans distinction d'ellection, demoeureront quittes de tous cottes de tailles, taillon, gabelle et aultres contributions et levées de deniers jusques au premier jour de janvier prochain, et que lad. taille sera réduicte et modérée pour l'extrême misère du poeuple. »

« Le roy descharge lesd. babitaus de tous cottes de tailles et aultres contributions, exempte du taillon et de la crene des mareschaux jusques à la fin de décembre dernier passé (i). •

« Que les forts et forteresses basties de nouveau et durant les troubles es environs de lad. ville et spécialement au Pont-de-Remy soient démolis et rasés. >»

• Accordé. »

« Que les imposts nouvellement mis depuis les troubles, tant sur le vin qu'aultres denrées et marchandises, tant en lad. ville d'Abbeville que de St-Yallery, la Fresté, Rue, Crottoy, Pontde-Remy et aultres lieux, et bureaux nouvellement establis, soient mis bas. »

(1) Les habitants d^Abbeville demandaient pour les paysans d Ponthieu des exemptions « jusques au premier jour de janvie prochain ; n le roi accorde « jusques à la fin de décembre derni-^ passé. » Le roi abandonne une partie de Farriéré^ mais ve touchg* son argent à l'avenir.

« Seront lesd. habitans d^ÂbbeTÎIle exempts desd, imposts mis sas dorant ces troubles es bureaux de Sainct-Wallery, Crottoy et Rue sur ce quy entrera en lad. ville d'Abbeville, et sera estably ung bureau en icelle pour lever lesd. imposts pour les marcbandises quy se transportent es villes ennemies. »

• Qu'il plaise à Yostre Majesté accorder ausd. supplians la continuation des antiens octrois levés et quy ont cours en lad. ville soubs l'authorité de vos prédécesseurs roys pour douze ans à commencer du jour de respiration de la dernière continuation obtenue durant lesd. troubles, et mesmes la ferme de douze deniers sur pot de vin commencée à lever depuis led. temps pour trois ans seuUement du jour de l'expiration de la dernière continuation^ pour emploier à la fortification de lad. ville, au remboursement dud. sieur de Heucqueville et paiement de la somme de \i^ escus cy-devant levée par emprunt sur lesd. habitans et constituée en rente à leur proufËt. »

« Accordé comme ils en ont cy-devant bien et dcuement joy, mesmes led. octroy de Rue sur chacun pot de vin pour le temps y meationné. »

« Que tous les bourgeois, mauans et habitans de lad. ville ett aultres réfugiés en icelle, tant ecclésiastique, noblesse que tiers estât, soient restitués et maintenus en tous leurs biens, possessions, droicts et revenus en quelque lieu qu'ils soient scitués et assis, bénéfices, offices, estats, résignations et survivances, mesmement ceulx quy ont esté pour ve us par Messieurs les ducs de Haienne et d'AumalIe, par mort ou résignation de ceulx de mesme party, pour joir de leurs biens, bénéfices et offices comme ils en joissent et joyssoient Auparavant les présens troubles, et, à ceste fin, que

tous dons et saisies quy ne pourront avoir esté faicts soient révocqués et déclairés nuls, mesmes pour ce quy reste à paier et exécutter, nonobstant cédulles, promesses, obligations et aultres lettres à ce contraires, comme cassées et nulles et de nul efTect et valleor, et que la déclaration qu'il plaira à Yostre Majesté d'en faire, serve de restablissement et confirmation , mesmement pour le regard des officiers pourveus auparavant et durant lesd. troubles à survivance ou .aultrement, sans que pour ce il leur soit besoing en obtenir aultres lettres particuUières ; ny paier aulcune finance pour lesd. conservations et provisions. »

• Accordé, mesmes pour les pourveus par le duc de Maienne, lesquels S. M. voeult gratiffier des estais yacgues [?] en lad. Tille dont la function se fait en ic«lle, comme aussy des bénéûces, pourveu qu'ils ne soient consistoriaux. »

« Que touttes commissions, exécutions d'icelles, décrets, sentences, jugemens, contracts et aultres titres de justice donnés contre ceulx quy volontairement ont contesté tant par-devant lesd. maieur et eschevins, bailli d'Abbeville, séneschaussée et siège présidial de Ponthieu, qu'aultres jurisdictions de lad. ville, comté et séneschaulcée de Ponthieu durant lesd. troubles, sortent effect C^ic), mesmes les sentences données en dernier ressort au siège présidial de Ponthieu sur le faict de l'admiraulté des havres de Picardie et lieulx

prochains ensemble les jugemens donnés par

forme de représailles et de confiscation, n

« Accordé. »

•« Que les comptes rendus à Paris par les comptables de lad. ville et ellection de Ponthieu et ceulx quy sont encore à rendre dont les acquits ont esté

▼ériffiés ne seront sabjects à révision, ains vallidés par Y. M. et les parties raiées ou tenues en souffrance pour gaiges, fournitures de vivres et munitions de guerre aux armées , paiemens des gens de guerre et mesmes des quatre compaignies mises sus et entretenaes tant en lad. ville que fauxbourgs pour en empescher l'entrée aux estraugers dont assignation leur aaroit esté donnée pour leur remboursement desd. parties sur ce que lad. ville doibt ou debvroit aux receptes généralles et particuUières restablies pure* ment et simplement ^ et pour le regard de ceulx quy sont encore à rendre et desquels les acquits sont encore es mains des comptables, que touttes les parties soient allouées en vertu des estats dud. sieur duc de Maienne, mandemens, rescriptions et quittances de ses trésoriers, acquits patents, ordonnance dud. sieur duc d'Aornalle, dud. S' de Hucqueville lors gouverneur de lad. ville, desd. maieur et eschevins d'icelle, et aultres estats des trésoriers de France résidens à Amiens, et qoe lesd. mandemens, ordonnances, estats, rescriptions, acquits patents (i), et que les comptables soient remboursés sur les receptes généralles des débits (ou droits?) quy se trouvent leur estre deubt par la closture de leurs comptes. »

« Accordé.

« Et ne pourront lesd. comptables estre remboursés de plus de cinq mil escus. »

- Octroier et accorder en icelle ville, pour Taugmentation du commerce, une foire pour quinze jours

(1) Cest ainsi que je lis. Un mot serait-il passé dans le registre?

ouvrables par aD, à commencer le lendemain du jotir des Roys, VI1« jour de janvier, et une aultre poor mesme temps, à commencer le lendemain de la S^ Remy, avecq pareils droicts, privillèges et franchises que les villes de Lyon, Rouen et Troies. »

« Que touttes marchandises acheptées par les marchans de lad. ville ou aultres pour estre menées et conduictes aud. Abbeville de Paris, Lyon, Auxerre, Rouen et aultres et aians paie et acquitté une fois les droicts imposés sur icelles , ne puissent plus estre contraincts à paier la seconde fois le mesme droict en aultres lieulx où ils passeront. »

« Accordé. »

* Et lesd. supplians prieront Dieu vouloir faire pros-' pérer et maintenir vostre Estât en tout honneur, félicité et grandeur. »»

M Les présens articles ont esté veus et respondus par le roy estant en son conseil, à St-Germain-enLaye, le XXVle jour d'avril mil Y" 1I11"X111I. Signé : Henrv ; et plus bas: Potier. *>

Le registre aux délibérations d'Abbeville conserve la transcription de la très-longue ordonnance du Roy (1).

Dans l'intervalle cependant était arrivé à Abbeville la détermination de l'Université pour recongnoistre le roy, du XXII avril 1594. — Fol. ll'LXXV verso. En ^latin fort long (2),

(1) L'analyse succincte de cette ordonnance a été reportée en marge de la requête ci-dessus, dans les termes que nous avons reproduits à la fin de chaque article.

(2) Le titre est : Insirumenlum obedientiœ redditœ Christia-

Les oooscienoes pouvaient être tranquilles.

Tmd d'ailleurs le texte de Tédit du roi, dans lequel ks lecteurs remarqueront surtout avec Waignart que Henri IV « exempte à toujours la ville d'Abbeville de gouverneur et de tout autre capitaine et commandeur, ensemble de garnisons et logement de gens de guerre, de pied ou de cheval, et que les habitants ne reconnaîtront dorénavant pour leur commander, après le ro]r,que le gouverneur et les lieutenants- généraux de la province de Picardie et les maieur et eschevins de ladite ville; ils remarqueront encore que le roi pro« met, pour lui et ses successeurs, de ne rebâtir aucun château dans la banlieue, etc., etc. Us noteront la création de deux foires devant ouvrir Tune le 7 janvier, l'autre le 2 octobre, et durer quinze jours chacune, etc., etc., etc.

LETTRES PATENTES EN FORME d'ÉDIT , PORTANT CONFIRMATION ET AUGMENTATION DES PRIVILEGES DE LA VILLE ET RANLIECE D'aBREVILLE, etc., PAR HENRT IV.

« Henry, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre: A tODS présens et à venir , salut : Les artifices desquels les Espagnols et leurs ministres et confédérés se sont servis, pour déyoyer nos sujets de Tobéissance du défunt roi notre trèshonoré Sieur et frère, et de la reconnoissance de la nôtre, ont eu tant de pouvoir sur la plupart de nos sujets, que par un long espace de temps ils ont retenu aucuns de nosdits sujets françois hors de leur devoir, et fussent enfin parvenus à Tusurpation si artificieusement pratiquée de cet Etat, sans la bonté et miséricorde de Dieu, lequel ayant toujours eu soin de la conservation

nwstmo Franciœ et Naoarrœ Régi Henrico IIIl per DD. rectorem et doetores academiœ a Pariensisis. Cela finit par vigeaima secunda aprUis, etc.

d^icelui, a fait voir et connoître manifestement, et par la confession même de nos ennemis, que rempéchement que Ton a donné sous le yoile de la religion à notre établissement au régime et gouvernement de cette couronne, n'étoit que pour s'emparer plus aisément d'icelle au préjudice de notre légitime succession: ce qu'ayant plus appertement remarqué que nuls autres nos chers et bien-amés les manans et habitans de notre ville d'Âb« beville, pour les diverses et manifestes entreprises que lesdits Espagnols ont tentées depuis ces présens troubles sur eux, ne voulans en rien déroger à la loyauté de leurs prélécessenrs, qui de tout temps et ancienneté pour eux conserver et maintenir sous Pautorité de la monarchie françoise ont secoué le joug premièrement des Ânglois, puis des Bourguignons, auxquels à leur grand regret ils avoient été délaissés par engagement, et se sont toujours jettes entre les bras de nos prédécesseurs rois de France leurs légitimes et souverains seigneurs qui les ont honorés en cette considération de plusieurs beaux privilèges, ne se voulant aussi rendre indignes d'iceux, se sont par la grâce de Dieu garantis de la tyrannie et violence desdits Espagnols, et résolus de vivre et mourir sous notre protection, et nous reconnoître pour leur roi et prince naturel. Ce qu'ils ont d'autant plus louablement effectué de leur propre mouvement et d'une franche et sincère volonté sans entrer en aucune capitulation ou traité avec Nous, ains se confiant entièrement en notre bonté et clémence, ils se sont déclarés nos très-humbles et très-affectionnés sujets et serviteurs, dont ils nous ont aussitôt fait avertir par un bon nombre des plus notables de leurs concitoyens qu'ils ont députés vers Nous, lesquels nous ayant fait offre de la loyauté, fidélité et obéissance que tous les habitans nous veulent rendre: Nous avons eu fort agréable de les recevoir en cette dévote soumission et encore plus de les satisfaire et gratifier en ce qu'il nous a été possible de faire pour leur bien, repos et contentement sur les très-humbles supplications et requêtes qui nous ont été présentées par lesdits députés inclinans volontairement auxqueUes, de Tavis des princes de notre sang, officiers de notre couronne, et autres notables personnes de notre Con-

wil, avons dit, ttatoë et ordonne, disons, statuons et ordonnons ee qoi s'ensait.

t Ait. I. Premièrement qne dans la ville et faaxbourgs d'Abberille il ne se fera aacun exercice de religion que la catholique, apostolique et romaine, ni en autres lieux défendus par Tédit de Tan mil cinq cent soixante-dix-sept, et déclarations par Nous àites sur Tobservation d'icehii , auxquels ne voulons être rien iniiové.

« Ait. II. Défendons très-expressément à toutes personnes qu'elles soient, de troubler, molester ou empêcher les ecclésiostiqaes en la célébration du service divin et en la jouissance de tous leurs bénéfices, offices, dignités, fruits, profits, revenus, émolomens qui y appartiennent et dépendans dMceux : enjoignons à tous ceux qui depuis ces troubles se sont emparés des églises, maisons, fermes, terres, héritages appartenans auxdits ecclésiastiques, quelque part qulls soient situés et assis, leur en délaisser Tentière paisible possession avec tout tel droit, pouvoir et commodité quils avoient auparavant d'en être dessaisis.

« Ait. IIL Et afin de satisfaire à la promesse par Nous faite aazdits babitans, qu'oubliant leurs fautes passées, nous leur remettons entièrement ce que pendant ces troubles à Toccasiou d'iceux ils pourroient avoir commis contre notre autorité et service. Voulons et nous plaît que la mémoire demeure éteinte et abolie de tout ce qui s'est passé entre lesdits babitans en général on en particulier, tant en la prinse des armes, entreprinses, forcemens de villes, châteaux, maisons, forteresses, démolitions d'icelles, levées de deniers, rasement et démolition de notre château dudit Abbeville, entreprinse de partie de la cour de Ponthieu, application des matériaux desdites places à autres usages rt ventes d'iceux, démolitions des châteaux d'Ercourt (1), Saint-Win, tour du Quesnoy, et autres prinses des deniers des abbayes, priorés, des recettes générales et particulières de

(1) Eaucourt , je pense. A vérifier cependant. Voyez déjà page 130.

la gabelle, vente de sel, impositions mises sur icelui, toutes impositions et levées de deniers, tant en ladite ville que hs environs, traites et impositions foraines mises sur les denrées, vivres et marchandises , pratiques et levées de gens de guerre, conduite et exploits d'iceuz ligués, négociations, traités, tant dedans que dehors le royaume, coupes de bois taillis, haute futaye, amendes, butins, rançons, et généralement toutes autres choses quelconques faites, gérées, négociées par hostilité durant et à l'occasion desdits troubles comme dit est, sans que les mayeur, échevins, officiers et autres habitans de ladite ville, leurs veuves et héritiers de quelque qualité ou condition qu'ils soient, eu puissent être à l'avenir recherchés, molestés ou inquiétés de ceux qui par eux ont été employées es choses dessus dites on général ou particulier pour quelque occasion que ce soit, les ayant déchargés, comme nous les déchargeons par ces présentes, de toutes poursuites, procédures, sentences, jugemens et arrêts qui pourroient avoir été donnés, tant contre le corps de ladite ville que contre les habitans d'icelle, eu général ou en particulier pour les occasions dessus dites , imposant sur ce silence perpétuel à nos procureurs, avocats généraux et particuliers, présens et à venir, et à toutes autres personnes quelconques.

« ÂBT. lY. Et d'autant que nos prédécesseurs rois de France après avoir en diverses occasions éprouvé la fidélité desdits habitans d'Abbevîtle pour témoigner à la post^ité combien ils l'ont eu chère et recommandée, les ont décorés et gratifiés de plusieurs amples privilèges, immunités, franchises, exemptions, dons et octrois, ne leur voulant rien céder d'affection et bonne volonté à l'endroit desd. habitans, Nous avons tous lesdits anciens privilèges , franchises , exemptions , autorités comme loi, mairie, échevinage, collège, seigneurie, justice et coutume dont ils ont bien et duement joui auparavant cesdits troubles, confirmés, validés, approuvés et continués, comme nous les confirmons, validons, approuvons et continuons, et en tant que besoin est ou seroit de nouveau, nous leur en faisons don par cesdites présentes, sans que pour la jouissaance d'iceux les corps,

collèges et communaotéSt de quelque qualité qu'ils soient en ladite rille, soient tenus obtenir de Nous autres lettres de confimation que cesdites présentes.

u Art. y. Voulons et entendons qu'ensuivant conformément à iceax ladite Tille d'Abbeville et sénéchaussée de Pontbieu demeurent inséparablement unies à la couronne de France, sans en pouvoir être tirées, démembrées, aliénées, ni délaissées, le décès de notre belle-sœur légitimée, la duchesse d'Angoulesme advenu, soit par usufruit, douaire, appanage, assignation ou aotre prétexte que ce soit.

• Abt. YI. Avons d'abondant, pour remarque de la fidélité franche et prompte obéissance que lesdits habitans nous ont rendue, remis, réintégré, rétabli, remettons, réintégrons et rétablissons les maieur et échevins de notre ville d'Abbeville, présens et advenir, en la justice civile qu'ils ont eue par anciennes concessions desdits rois prédécesseurs sur les habitans desdites ville et banlieue, de laquelle ils avoient, en l'an mil cinq cent soixante-six, en vertu de Tédit fait à Moulins, été dépossédés. Youlons et nous plaît qu'ils jouissent pleinemeut et paisiblement d'icelle doresuavant, ainsi qu'ils avoient accoutumé auparavant ledit édit; et nonobstant icclui a l'instar de nos villes d'Amiens, St-Quentin et autres.

« Abt. YII. Et d'autant que Nous ne pouvons her et commettre la garde et conservation de notredite ville d'Abbeville qu'en mains de ceux qui ont chassé d'icelle les plus grands ennemis de cette couronne, l'ont conservée contre tous leurs efiforts, et encore depuis peu comme retirée de la maiu des Espagnols que le duc d'AumalIe et autres, nos sujets rebelles, y ont tâché d'introduire et établir à notre préjudice. Nous avons par cestuy notre édrt exempté et exemptons perpétuellement et à toujours uotredite ville d'Abbeville de gouverneur et de tout autre capitaine et commandeur, ensemble de garnisons, logemens de gens de guerre de pied ou de cheval, et ne reconnoîtront doresuavant lesdits habitans autre personne pour leur commander après, que le gouverneur et nos licuteuans généraux de la province de Picardie, et les mayeur et échevins de ladite ville. Et

oatre ce, Noos promettons audits habîtans d'Abberillef qiiVt^ ladite yilie et banlieue dMcelle, ne sera par Noos, on nos sueoflé* seurs. Hait faire, bâtir, construire, ne rétablir aucun cbâten^ citadelle, ni forteresse.

< Abt. VIII. Et leur ayons remis et délaissé la garde et eooMP- ▼ation des tours esquelles sont les chaînes serrant à fermer II ririère, tant en montant qu^cn avallant, sans que ci-après anM y soient commis que par lesdits roayeurs et échevins d'AbbeTflk

« Abt. IX. Voulons aussi et nous platt que les boargeoiii^ manans et habîtans de notredite ville d'Abberille, faoxbonfi 7 et banlieue d'icelle, soient et demeurent exempts et affranchis (b toutes tailles» crues, subsides, impositions et entretenement te prévôts des maréchaux, aides, emprunts, contribution et serriee, de ban, arrière-ban, selon qu'ils ont été ci-devant et anparamt lesdits présens troubles; iceux avons affranchis et affranchissoH de nouveau du droit de franc- fief et nouveaux aquets à rinstv de nos villes de Paris et Amiens.

« Art. X. Et sur Textréme ruine, pauvreté et nécessité que lesdits habitans nous ont fait entendre être par tout le plat pays, à Toccasion des présens troubles, voulant, à leur recoohmandation, faire pour le soulagement de notre peuple (autant qtu» nos affaires le peuvent permettre). Nous avons quitté, remis eP déchargé, quittons, remettons et déchargeons tous les habitans du plat pays, archidiaconé de Ponthien et généralement de eiiKI lieues à la ronde d'Abbeville, sans distinction d'élection, de ce quMls nous doivent de toutes tailles, crues, gabelles et impositions, excepté toutefois du taiilon et entretenement des prévôts des mapéchaux, pour les années passées, jusques au premier janvier dernier.

« Art. XI. Seront tous les forts et forteresses bâtis de nouveau et durant ces troubles es environs de ladite ville, et spécialement au Pont-de-Remy, ôtés, razés et démolis.

« Art. XII. Entendons aussi que lesdits habitans dès-à-présent rentrent en jouissance libre et entière de tous dons et octrois à eux concédés par nosdits prédécesseurs rois et desquels ils ont aussi bien et duement joui auparavant ces troubles, lesquels

Noos avont conlimiéf et cootiiHiOBi pour douie aos prochaioa el coosécutifs» à commeocer do premier jour da préfteot mois d'avril» leur permetUot, outre ce» de continuer encore pour trois ans ia levée de douxe deniers pour chacun pot de fin à eux octroyé par le doc de Mayenne, pour employer à l'acquit de ce qoi reste à payer de la composition faite par ksdiu habitens avec le sieur de Beuqoeyille pour lui faire quitter son goaver« oemeot, et d'autres emprunte» rentes et dépenses faites par eux an profit de ladite Tille,

. « Ait* XUL Et d'autent que» pour Taccomplissement dudit traité avec ledit sieur de Heuqueville* lesdite habitens ont employé la somme de trois mil six cens écus qu'ils doivent à notre recette, suivant la permission et consentement dudit duc de Mayenne» et encore constitué la somme de trois cens trente-trois écos un tiers de rente sur eux ; afin qu'ils n'eu puissent à l'avenir être repris» molestés ou recherchés, Nous leur avons quitté et remis» quittons et remettons ladite somme de trois mil six cens tant d'écus, validons et autorisons ladite constitution de rente» et toutes autres choses faites et promises à l'acquit dudit traité. « Abt. XIY. Avons en outre rétebii et confirmé tous les habitens de ladite ville et fauxbourgs d'Abbeviile» absens et réfugiés en icenx, tent ecclésiastiques» nobles, officiers, que autres, en la libre et paisible possession et jouissance de tous leurs biens» hériteges» rentes» revenus, droite, étete, offices» bénéfices» charges» dignités, en quelque lieu du royaume qu'ils soient situés» assis et éublis, à eux appartenans, pour en jouir et user ainsi qu'ils faisoient auparavant ces troubles, sans que lesdite ofXiciers soient tenus obtenir de Nous autres lettres de réteblissement et confirmation que ces présentes, et où aucunes saisies et arrête auroient été faite sur iceux à l'occasion desdite troubles» Nous leur en avpns fait pleine main-levée et délivrance» no« nobstent tous dons, sentences, jugemens et arrête, que nous avons cassés et révoqués , cassons et révoquons par cesdites présentes, remettent entièrement ce qui peut être dû et resté reaument et de fait à acquitter d'iceux» sans avoir égard aux promesses, cédulies» obligations et contrate faite, tant par les lu 10

fermiers qu'autres* aux donataires et officiers que nous arons pareillement cassés et dès à présent déclaré nulles, et de va/ effet et Taleur, toutes commissions» exécutions dMcelles» décrets, jugemens, contrats et autres actes de justice, donnés entre ceoz qui Yolontairement ont contesté, tant pardevant iesdits maire et et échevins, bailly d'Abbeville, sénéchaussée et siège présidial, qu'autres jurisdictious de ladite rille, comté, sénéchaussée de Pontbieu, durant Iesdits troubles , sortiront effet , même les sentences données en dernier ressort audit siège présidial de Pontbieu, sur le fait de Tamirauté des havres de Picardie et lieux prochains par attribution et commission ; ensemble les jugemens donnés par forme de représailles et confiscation.

« Abt. XV. Toutes provisions d'offices et bénéfices faites par le duc de Mayenne ou autres, au préjudice de notre autorité, demeureront nulles et de nul effet, et néanmoins ceux qui ont obtenu lesdites provisions par mort ou résignation de ceux de même parti et dont la fonction se fait en notre ville d'Abbeville, seront conservés esdits bénéfices, pourvu qu'ils ne soient consistoriaux et offices par nos lettres de provision qui, sur ce, leur seront expédiées sans payer finance.

« Art. XVI. Tous comptes rendus en notre ville de Paris par les comptables de ladite ville et élection de Pontbieu, ne seront sujets à révision, et seront rétablies purement et simplement les parties rayées ou tenues en souffrance en iceux pour gages, fournitures de vivres et munitions de guerre aux armées, paiement de gens de guerre, et même des quatre compagnies mis sus, et entretenues esditcs ville et fauxbourgs par Iesdits habitans, pour empêcher l'entrée en iceux aux étrangers, dont assignation auroit été donnée pour leur remboursement de partie sur ce que ladite ville doit ou devoit aux recettes générales et particulières, et pour le regard de ceux qui restent encore à rendre et desquels les acquits sont es mains des comptables, les parties employées en iceux, y sont passées et allouées en vertu des états, acquits, mandemens, rescriptions, ordonnances et quittances desdits ducs de Mayenne et d'AumalIe, trésoriers de France à Amiens, sieur de Heuqueville, maire et échevins, et

«Dtres ayant charges, et été par eux commis au maniement et

nnploi des finances, lesquels pour ce regard seulement, Nous

ralidoos et autorisons, et seront lesdits comptables remboursc^^

decequll apparoîtra leur être dû par la clôture desdits comptes,

josqnes à la somme de cinq mil écus.

• Abt. XVII. Et afin de faire connoître à la postérité par qoelque gratification particulière qui puisse apporter ornement et commodité à notredite ville d'Abbeville, combien nous a été agréable la réduction d'icelle, outre tant de bienfaits qu'elle a reçu de nos prédécesseurs; avons, en cette considération, de nouveau créé et érigé , créons et érigeons en notredite ville d'Àbbeville, deux foires qui dureront quinze Jours cbacune et ouvriront tous les ans, Tune le septième jour de janvier, et la seconde le deuxième jour d'octobre.

I Art. XYllI. Avons aussi, pour les mêmes considérations, exempté et exemptons les habitans de notredite ville d'Abbeville des impôts mis durant ces présens troubles aux bureaux de Saint- Valéry, Crottoy et Rue, pour ce qui entrera en ladite Tille d'Abbeville, et sera établi un bureau en icelle pour lever ledit impôt sur les marchandises qui se transporteront es villes ennemies, et tous marchands, soit dudit Abbeville ou d'autres lieux, qui auront acheté et chargé marèhandises pour amener et conduire en icelle, ayant payé une fois les impôts et droits imposés sur lesdites marchandises en Tune de nos villes, ne seront tenus et ne pourront être contraints à payer la seconde fois les mêmes droits et impositions es autres lieux où ils passeront.

« Abt. XIX. Et d'autant que nous ne pouvons décharger les supplians des quatre cens écus qu'ils sont tenus payer par chacun an en notre recette, pour la composition faite avec nos prédécesseurs pour leur affranchissement, ainsi qu'ils nous en ont requis, afin qu'ils soient satisfaits de la gratification qu'ils se sont promise de Nous en ce qui leur apporteroit soulagement, attendant qu'ils se sQient remis de leurs grandes pertes et ruines. Nous leur avons fait don de pareille somme de quatre cens écus, à prendre sur notre élection d'Abbeville durant six années pro-

chaînes et eonsécutives, pour avoir moyen de s^acquitter envers Nons du droit susdit.

« Art. XX.' Voulons en outre que les offices de receveurs dn sei nouvellement par nous créés-ërigës, et de général snr-inlen* dont des deniers communs, dons et octrois des villes, et contrôleurs d'iceuz, généraux et particuliers, demeurent supprimés, vacation advenant par mort, et où lesdits babitans se trouveront surchargés des gages d'iccux, qu'en remboursant actuellement ils demeurent éteints et supprimés, comme aussi ceux qui sont nouvellement créés, et auxquels depuis la création n'a encore été pourvu, ou desquels il n'y a eu aucune création ou institution.

« Art. XXL N'enteudons toutefois comprendre en ces présentes, ce qui a été fait par forme de voleries, et sans aveu, pour raison de quoi Nous avons permis et permettons à toutes personnes de se pourvoir par les voyes de justice, ainsi que bon leur semblera ; comme aussi sont exceptés tous ceux qui se trouveront coupables de Texécrable assassinat commis en ta personne du défunt roi notre très-honoré Sieur et Frère que Dieu absolve, et des conspirations sur notre vie, et pareillement tous crimes et délits punissables entre gens de même parti. Si donnons en mandement a nos amés et féaux conseillers les gens tenans nos cours de parlement, chambre des comptes, cour dos aides, présidens et trésoriers généraux de nos finances, et autres nos justiciers , officiers et sujets qu'il appartiendra , que ces présentes ils aient à vérifier et entretenir selon leur forme et teneur, et du contenu en icclles faire jouir et user pleinement et paisiblement lesdits habitaus, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchemens au contraire, nonobstant oppositions ou appelations quelconques, ordonnances, édits, déclarations, mandemens, défenses, lettres, arrêts, sentences, jugemens, et autres choses à ce contraires, auxquelles et à la dérogatoire des dérogatoires y contenues. Nous avons dérogé et dérogeons par ees présentes de grâce spéciale « pleine puissance et autorité royale : car tel est notre plaisir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à ccsdites présentes. Données à Saint-Germain-en«Laye, au mois

d'avril de Tan de grâce mil cinq cent quatre-vingt-quatorze, et de notre règne le cinquième. Signé HEI^RY, au côté visa. Bt plus bas : par le roi, Pottieb ; et scellé du grand sceau de cire verte en lacs de soie rouge et verte. •

Les députés d'Âbbeville revinrent de Paris le 20 00 le 21 mai (1).

Le XXI mai, grande assemblée générale ou plutôt, suivant une expression du temps, assemblée des trois ordres de la ville. Cette assemblée est présidée par noble homme Jacques Bernard, lieutenant général en la sénéchaussée de Ponthieu, et noble homme Jehan de Haopin, escuier^ sieur de Bellencourt, conseiller du roy aud. siège, maieur de la ville. Sont présents le doyen de Saint-Vulfran et un chanoine, deux religieux de Saint-Pierre, les curés de la ville, plusieurs gentilshommes, les gens du roy, les anciens maieurs, les échevins « et infinis aultres bourgeois et marchans de lad. ville et aultres, » les maieurs de bannières « représentans le poeuple de lad. ville. ^

Le lieutenant général Bernard « déduict ^ et expose < bien au long •» comment sont allés vers le roi (on le savait bien) les députés chargés (2) par la ville « de le

(1) L'exemplaire non abrégé de Waignart donne le îl ; l'exemplaire abrégé donne le 22. Sangnier d'Abrancourt nous confirmerait cette date du 32. Formentin donne le 20. Nos registres échevinaux ne nous tirent pas complètement dMncertitude, mais fixent certainement la date au 20 ou au 21. Je débrouillerais ainsi: les députés revinrent très-probablement le 20 (au soir peut-être) et la réunion écbevinale eut lieu le lendemain de bonne heure, puisqu'il fut possible d'y ordonner le chant du Te Deum pour Tissue des vêpres.

(2) En vertu de la délibération générale du XYl* jour d'avril dernier pour aller trouver le roy et luy faire entendre qoe ce quy

recongnoistre aa nom de toute ceste communanUé pour

roy légitime et naturel, etc » et demander la

confirmation de tous les privilèges de cette ville, tant anciens que nouveaux. Il annonce que ces députés étant revenus, l'assemblée a pour objet *d'entendre d'eux le compte-rendu de leur voyage. Les députés sont déjà présents ou sont introduits, et le lieutenant criminel Le Boucher, prenant la parole au nom de ses collègues, mais sans s'effacer parmi eux, raconte comment il a lui-même « fait lesd. submissions et debvoirs à Sad. Majesté à laquelle ils ont esté présentés au chasteau de Saint-Germain-en-Laye, et comme il (1) les auroit agréablement et humainement receus et tous les habitans de lad. ville en ses bonnes grâces, promettant ne se plus souvenir de ce quy s'estoit passé, et leur auroit libéralement déclaré que, oultre les previlléges et immunités accordés par ses prédécesseurs à ceste communaulté, il

vouloit luy en conférer de nouveaux » Le roi a

promis de venir visiter Abbeville « sitost quUl aura secouru [?] la Cappelle où il s'achemine. »» Ces communications sont faites « au grand contentement de tout le poeuple avecq longues acclamations et démonstrations de joye et affection vers Sa Majesté. »•

On décide « qu'un Te Deum sera chanté en l'église collégiale de St-Vulfran cejourd'huy, issue des vespres, que le feu de joye se fera au Marché, mesme que, pour plus grand signe d'allégresse, il sera faict une salve de

s'rst passé en ceste ville durant les troubles n'a esté que à ce

seul but, la conservation de notre religion catholique, etc

le recongnoistre au nom de toute ceste communaulté, etc

(1) Le roi.

tout le canon et artillerie estans ^ur les ram parts de la irille, et aussy que procession généralle et solempnelle se fera demain noeuf heures du matin et que, à ceste fin, publications seront faictes à son de trompe et cri publicq pour sommer le poeuple d'assister à tous lesd. actes en tout honneur , révérence et dévotion ,

avecq commandement de tendre de [?] les

maisons où lad. procession passera.

« Que injonctions seront aussy faictes (i) à tous lesd. habitans d'oublier touttes choses passées à ro&casion des troubles et vivre les ungs avec les aultres en bonne paix, union et amitié fraternelle, comme bons eitoiens et habitans, soubs l'obéissance et service de Sad« Majesté. • Toute cette délibération fut exécutée.

Après le Te Deum chanté à Saint- Yulfran, le lieutenant général J. Bernard, assisté du maieur de Maupin, des officiers du roy, des. anciens maieurs, des échevins f • et aultres habitans en nombre infini, » mit le feu « au bois préparé en la place publicque avec les cérémonies accoustumées. » — Tout le canon de la ville fut « tiré » et le lendemain (un dimanche) la procession générale réunit « toutes les églises, paroisses et monastères. *• — - L'écrivain de la ville ne tient pas compte des abstentions causes de prochains débats.

Ce dimanche de mai fut bien ofSciellement cependant un dimanche de réconciliation, mais de réconciliation moins complètement intérieure ou même extérieure que ne le feraient croire les termes du rapport échevinal.

(1) Elles le furent immédiatement au son de la trompe, au Marché et dans les carrefours, par led. greffier.

Rêtoar en arrière. — Deraières préoceopations et agitatioiii. •— Abolition d'impôts aollieitëe aaprès da roi. — Une lettre du roi. — Progrès de la soumission des esprits, inqniëtndes, défiances. — La résistance d'ane partie da clergé. — Plaintes envoyées de Paris par les dépotés centre quelques propos tenus dans U ville et certaines prédicatioM. — Adatnestation de TEchevinage au clergé et à quelques habitants. — Mesure prise contre le gardien des Gordeliers ft le correcteur des Hînimes. — Soumission complète do chapitre de Saint^Volfran. ~ Derrières întrisnes. —Arrestation de plusieurs habitants. — Procession générale. — Abstention de quelques curés. — Ils sont cités par le présidial — Leur défense. — Ils cèdent. — Suppression par le présidial des mandement et lettres de révèque d'Amiens — Amendes infligées par les chanoines aux chapelains de Saint-Vulfran. •— Faux bruits. — Sagesse de l*Echevinage. — Elolgnèment pour quelques jours de parleurs imprudents. — L'EcheTÎnage wite les marchands à acquitter certains droits jusqu'à Tabolition. — Saint- Valery non encore a« roi. •— Soumission de Montreoil. — M. de Humières à Abbeville. — Bruit d'une entreprise sur Abbeville. — Entrée annoncée de M. de Longueville, gouTerneur de Picardie. — Soumission d'Amiens au roi. — Lettres de M. de Humières, lieutenant-général pour le roi en Picardie, et des maiear et échevins d'Amiens, annonçant cet événement. — Le roi à Amiens.

Nous allons» en ce chapitre^ revenir de quelques jours en arrière pour retrouver les esprits en transition, les suivre, découvrir les émotions, montrer les résistances, les mouvements de sagesse, et, enfin » l'apaisement. Quand les grands flots sont tombés, le clapotement persiste un peu de temps encore. Dans ce verre d'eau d'Abbeviile, qui a toujours été un peu, par son exposition à tous les souffles, le miroir des agitations françaises, la tempête ^ra suivie^^en mai 159â, de quelques frémissements.

Ces frémissements seront de plusieurs sortes, impatiences d'ordre économique, îrriiatîcms d'ordre po-

Utiqae) c'est-à-dire, ici, religieux. Il y aura, toit natorellemmt d'abord, à solder les frais d'un jea de ruine, à se débarrasser de taxes nuisibles au commeroo. Les impôts mis sus par un parti et par Pautre avaient (oaehé de bien près, dans les dernières années, aux contributions de guerre, aux réquisitiom.

De nouveaux députés sollicitaient en mai, à Paris, la niée a néant de ces charges.

La maieur expose à l'Echevinage, le VII mai, « que hsdeppottés quy sont allés vers le roy à Paris ont tampt entre aultres choses que il y avoit grande diffi* eoUé pour obtenir Tabolition des imposts quy se sont mis sus pendant les troubles, tant d'un party que d'autre, [ce] quy a esté cause que les marchans de eeste ville quy l'ont prié de leur faire communication de lad. lettre, l'ont prié, après avoir assemblé leur eongr^tion et ayant jugé soubs le bon advis de Messieurs de ceste ville»>qu'il estoit expédient d'enYoier vers Monsieur de Longueville pour avoir sa faveur et de là Ters Sa Majesté procurer l'abolition desd. imposts, chose quy est très-importante au publicq et, de faict, sy Ton le trou voit bon, qu'ils a voient nommé Jacques du Candas et eschevins (1). »

Dans les jours qui suivent, communication à l'Echevinage d'une lettre (datée du VllI mai) de Henri lY « à mon cousin le duc de Longueville, gouverneur et mon lieutenant général en Picardie.*» <— -Le roi annonce

(1) 11 est important de respecter les textes, et cependant cet extrait, assez facile à comprendre par Teosemble, est bien irrégniier grammaticalement. L^intercalation de quelques mots entre parenthèses dans la copie eût été nécessaire. Je laisse au lecteur à suppléer au défaut.

qu'il partira « mercredy p pour aller à la Gapelle. — La lettre est datée de Saint-Germain-en-Laye , le VII1« jour de may 4594. — Lettres missives de Henri IV. Orig. archivés municipales d'AbbeviUe. Copie transmi$e par M. Louandre, correspondant du ministère de 'FinS' truetion publique.

Il est évident que cette lettre, écrite à Saint-Germain au lendemain de la délibération abbevilloise» ne pouvait encore répondre au vœu de l'Ecbevinage. Les réclamations et raffaire durent suivre une marche que nous ignorons, mais probablement favorable aux intérêts d'Àbbeville. Mous verrons cependant qn'au I i juin, le duc d'Aumale faisait encore percevoir à Saint-Yalery des droits onéreux aux marchands de notre ville» mais Saint- Valéry , à cette date, n'était pas encore rendu au roi.

Le grand intérêt et le plus difficile à dégager des derniers scrupules était la Soumission complète des esprits. Le sentiment religieux conservait des inquiétudes. L'honneur des Abbevillois a été, parfois (1)» de demeurer fidèles jusqu'au dernier terme à la cause embrassée, et même, — défaut de sens politique peutêtre, mais non encore déshonneur pour le caractère, — de 8*entèter en quelques préventions. Les défiances, cela était naturel, la cause étant donnée, se manifestèrent dans le clergé.

D'Aubigné note la résistance des prédicateurs abbevillois. Suivant le soldat historien, Abbeville avait eu quelque velléité de se rendre au roi, même avant Rouen, mais, affirme-t-il, les prédicateurs, parmi lesquels

(1) Parfois.

quelques Jésoites, appuyés par les plus séditieux de

la \ille, avaient fermé la bouche aux plus pacifiques

jusqu'à ce que des domestiques du roi, rappelés dans la

\lUe, eussent fait chasser ces agitateurs de la chaire.

la reddition d'Abbeville, ajoute-t-il, donna un grand

branle à toute la Picardie, de laquelle on dit qu'elle est

citadelle.

Hais d'Aubigné, protestant, est nécessairement un peu partial en ses appréciations. Nous n'avons , par exemple , trouvé dans nos registres aucune trace des discours prononcés par les Jésuites, ni même révélation de la présence d*aucun prédicateur de leur ordre en la ville. £n somme, il n'y eut en aucun lieu trouble ma* tériely mais seulement quelques rumeurs effrayées, des propos au coin du foyer, devant Tétai ou sous l'auvent de la boutique, mauvaise humeur ou mauvaise volonté dans les paroisses et quelques paroles aigres, irritées OQ désolées dans les chaires (!)•

(f ) J'ai appris à me dëfier parfois de Formentio, cep<>Ddanl son i^it des agitations de la ville, du 15 au 26 mai, est fort intéressant et porte de grands caractères de vérité. Présomption en sa faveur, les dates sont exactes. 11 est évident qu'écrivant au dix-huitième siècle, à grande distance déjà des événements, il dut niettre à contribution des mémoires assez bien renseignés et peut-être, pour certains faits précis et d'une précision qui impose créance, les archives, les dossiers du présidial. Os détails sont maintenant d'autant plus précieux pour nous que les archives du présidial ont disparu en 1795 dans l'incendie du District.

« Si les habitants d'Âbbcville furent si prompts, dit Formentio, à rendre obéissance à leur roi, il n'en fut pas de même des curés et des Minimes qui continuoieut les prières ordonnées par Geoffroy de la Martonie. Quelques confesseurs même refusèrent rabsoiutiou à ceux qui avoicnt assisté aux délibérations de la TiUe sous prétexte que le pape n^avoit pas encore absoos Sa

Le registre aux délibérations témoigne en eette me- j sore da mécontentement de qoelqoes-ans et de l'agita- i tion moarante.

Majesté. Carillon , curé de Sainte-Catherine, Perache, curé de '■ Saint-Gilles, Rambert, curé (t) des Cordelîers et le correcttor , des Minimes continuoient leurs sermons satiriques contre Vwr guste personne du roi. Ses ministres s*en plaignirent au maieiir* . On assembla le t5 mai à ce sujet à llScheyinage; on délibâi que le clergé seroit exhorté à reconnaître le roi, et qne les carés et les prédicateurs seroient avertis de cesser leurs discours ^de ~ prêcher concernant la soumission an roi et de prier Dieu pour b prospérité de Sa Majesté, sinon qu'il seroit procédé contre eux. Il fut aussi arrêté que le décret de la Sorbonne seroit remis aux doyens de Saint-Yulfran et de chrétienté et aux supérieurs des communautés. Rambert et le correcteur des Minimes n'ayant tenu aucun compte de Favertissement furent chassés hors de h ville. Quelques bourgeois entêtés des mêmes opinions furent emprisonnés. Le chapitre de Saint-Yulfran souscrivit à l'acte de soumission. Le duc d'Âumale, qui étoit lors à Amiens, tenta de nouer intelligence avec le reste des ligueurs pour rentrer dans la ville. Nos députés en ayant été informés à Paris, le firent savoir au premier échevin qui arrêta ceux qu^on soupçonnoit le plus de correspondance avec Pennemi qui manqua ainsi son entreprise.

« Nos députés étant revenus le 20 mai, rendirent compte de leur commission (2) ; il fut arrêté que le dimanche suivant (3) il seroit fait une procession générale. Le même jour (4), le Te Dmm fut chanté au bruit du canon, et il y eut illumination et feux de joie dans toute la ville. Le lendemain dimanche 22, il y eut procession générale du Saint-Sacrement oh on porta les reliques des saints (5). La station fut à Saint-Georges où il y eut prédication. Quelques curés de la ville, persistant à croire qu'il

(1) SiCf il était gardien des Cordelîers.

(2) Le lendemain 21.

(H) C'est-à-dire le 22.

(4) Samedi 21.

(5) De saint Vutfran et de saint Foillan, nous dit SaDf;nler d'Abrancourt.

RéaoioD aa sod de la cloche le quinzième jour de aii.

11 s'agit d'aviser, expose le inaieur, sur les lettres

i*étoit point licite de communiquer de prières avec Henri IV fM le pape ne Teût absous, n'assistèrent à cette procession, Ml plus que plusieurs chapelains de Saint-Vuliran et les MiiMMs. Ces curés étoient Silleri, doyen de Saint-André, Péracbe,

ie Saint Gilles, Gavillou, de Sainte-Catherine, , de Saint-

Jen-des-Prés , et Gambicr, de Saint-Georges. Cette conduite nooit, à la vérité, moins d^eux que de Tévéque d'Amiens à qui ib afoient demandé des iustructions pour agir. Ce ligueur oatré leur lit réponse qu'ils persistassent dans l'obéissance du Snnt Siège et à ne reconnoître le roi de Navarre qu'après l'abnliilion du pape. La manière d'agir de ces ecclésiastiques scan- Uisa tous les serviteurs du roi (1) ; aussi MM. les ofOciers du F^dial décernèrent-ils des ajournements personnels contre les curés et les minimes. Sillerî, Cavillon, Péracbe, etc., comparurent ta la chambre du conseil les 24 et 25 mai, où ils subirent iti- Imogatoire. Sur ce qu'on leur remontra que leur conduite teodoit au schisme, ils déclarèrent qu'ils avoient résolu de ne fttler à l'avenir en faveur d'aucun des deux partis; mais on M se contenta point de Jeurs réponses; tout ce qu'on put faire le réduisit à leur donner jusqu'au lendemain 26 mai pour délibérer entr'eux. S'étant donc, en conséquence, assemblés, ils cooclarent unanimement de reconnoître Henri IV, de lui prêter ferment de fidélité et de prier Dieu pour lui, pourvu qu'il fût absous du pape. Le doyen de chrétienté se présenta en la chambre eu conseil, ayant en main cette délibération, le mandement de réfêque d^Amiens du 27 mars, une lettre circulaire de ce prélat ison clergé du 20 avril et celle qu'il leur avoit écrite le 21 du Béme mois et un autre libelle imprimé à Douai , et y donna fiart du résultat de leur assemblée.

« Les juges, ayant été aux opinions» ordonnèrent que, dans la boitaine pour tous délais^ les curés et autres ecclésiastiques, ainsi que les minimes, reconnaîtf oient Henri IV pour leur roi,

(1) lie voilà-l-il pas Tialolëraiioe qui reparait «n noaveta sens?

quMI a reçues la veille de « Messieurs les depputtés estant en la ville de Paris, datées du XI<» du présent mois, contenant, entre autres choses, que l'on trouve fort estrange que Ton parle en ceste ville aultreroent qu'en tout honneur et révérence de Sa Majesté, seignament les prédicateurs contre la recongnoissance qu'en ont faicte Messieurs de la Sorbonne dont ils ont envoie coppie de Tacte qu'ils en ont faicte (i); le tout leu en lad. assemblée avecq une aultre lettre desd. depputtés contenant aussy advertissement de quelque entreprise sur ceste vill.e par le moien de aucuns factieux quy y sont, n

II est délibéré que Messieurs du clergé seront al-

lai préteroieut serment de fidélité, prîeroicnt Dieu pour sa prospérité; défenses à eux de parler contre sa personne, à peine d^être procédé contre eux comme criminels de ]èse-majesté. Le mandement, les lettres de M' d'Amiens, la délibération des cur^ et autres écrits remis sur la table par le doyen de chrétienté furent supprimés comme autant de libelles séditieux, diffamatoires et scandaleux jusqu^à ce qu'il plut au parlement d*en ordonner autrement. La sentence de MM. du présidial ayant été notifiée aux curés et aux supérieurs réguliers, ils se soumirent enfin, mais en considération de ce, on n'exigea d'eux aucun se^ ment que Tannée suivante après l'absolution donnée au roi par le Saint Père. Quelques religieux se retirèrent néanmoins i Amiens. Les chapelains de Saint-Yulfran furent les plus mal* traités , car le chapitre les ayant condamnés en de grosses amendes pour n'avoir point assisté à la procession générale faite en actions de grâce de la réduction de la ville, MM. du présidial firent exécuter ces condamnations à la réquisition des chanoines. » — Formentin,

(1) Je respecte ce gâchis grammatical. L'écrivain de l'Echevinage veut dire que MM. les députés ont envoyé à la Ville une copie de l'acte dressé par MM. de la Sorbonne.

moaestés • de se conformer à la résolation et détermi- DAtioD de la Sorbonne de Paris et, à ceste fin, que Vacte expédié au collège de Navarre le XX1Y« jour d'apyril enj'assemblée générale de l'Université de Paris sera dellivré au doien de chrestienté, chapitre de Sainct-Wlfran, et à M« Rembert, gardien idu couvent des.Cordelliers de ceste ville, docteur en théologie et prédicateur ordinaire, pour inviter, tant aux prosnes ordinaires des parroisses que aux prédications, le poeuple (i) à satisfaire au maintien dud. acte;

« Que le correcteur des Minimes sera requis de prèscher la paix et la prospérité du roy et, fautte de ce foire, sera proceddé contre luy par les voies ordinaires et de raison ;

« Que aulcuns habitans seront admonestés de ne plus mal parler du roy, mais de le recongnoistre suivant les dellibérations de céans, conformément. • . • etc. »

Formentin rapporte — je résume ici ses pages qui courent plus haut tout entières sous les miennes — l'envoi hors la ville de Rembert et du correcteur des Minimes récalcitrants; la soumission non conditionnelle, paraîtrait-il, du chapitre de St- Vulfran ; quelques intrigues désespérées du duc d'Aumale; l'arrestation, par ordre du premier échevin remplissant les fonctions de maire, de quelques habitants suspects de correspondance avec le duc, et après le retour des députés, fti procession du dimanche 22 mai à laquelle plusieurs curés de la ville,

(1) Ici ont été écrits d'abord, puis biffés séance tenante même, ou à la lecture qui suivit, ces mots: à faire les prières ordinaires introduites en l'église pour le roy. — On ne laissa subsister que la formule dernière, plus vagne, substituée sans doute à la premicre invitation.

en obéissance aux instnictions de Tévèque d^ Amiens, se dispensent d'assister; le scandale causé par cette abstention parmi les partisans du roi; rajoumement adressé par le présidial aux curés non soumis ; la comparution de ces ecclésiastiques en la chambre du conseil de IIM. les officiers de ce tribunal les 24 et 25 mai; leur défense établie sur leur désir de rester neutres et la résolution de ne parler à l'avenir en faveur d^aucun des deux partis; la première décision de MM. du présidial qui leur accorde jusqu'au lendemain pour délibérer entre eux , c'est-à-dire pour adhérer à l'avis commun ; le premier consentement unanime, mais conditionnel, des curés de reconnaître Henri IV, de lui prêter serment de Gdélité et de prier pour lui pourvu qu'il soit absous par le pape, réserves abritées derrière un mandement de l'évêque d'Amiens du 27 mars, une lettre circulaire du même prélat du 20 avril, une autre adressée particulièrement par le prélat au clergé d'Abbeville à la même date, enfin un « libelle » imprimé à Douai; la sentence du présidial exigeant que, dans un délai strict de huitaine, les curés et les autres ecclésiastiques et les Minimes reconnaissent Henri lY pour roi, lui prêtent le serment de fidélité, prient pour sa prospérité et s'abstiennent de parler contre sa personne sous peine d'être poursuivis comme criminels de lèse-majesté ; la suppression ordonnée encore, et séance tenante, par le présidial, des mandement» lettres de l'évêque d'Amiens, délibération des curés et autres écrits déposés sur la table pour la discussion de la cause « comme séditieux, diffamatoires et scandaleux » jusqu'à ordonnance contraire du parlement; la soumission enfin des curés avec ce tempérament cependant

de la part du présidial et cette transaction que le serment n'est pas exigé d'eux à cette heure lourde à leur conscience ; la retraite à Amiens de quelques religieux indomptables; l'animation en sens contraire des chanoines dépités de rencontrer sous les voûtes de leur ooU^ale des retardataires dans la voie où eux-mêmtes se sont engagés les premiers , et condamnant à de grosses amendes les chapelains de Saint-Yulfran, peines oonfirmées» sanctionnées par MM. du présidial.

On le voit, Echevinage, Présidial, Chapitre, c'esi-àdire bourgeoisie libre des préventions, gens de justice cultivés et souples, et gens d'église appartenant aux fiunilles sages de la ville, acceptaient volontiers la situation nouvelle^ le présidial même avec un peu de passion et plus de zèle que l'Ëchevinage. Les ordres religieux, un certain nombre de curés, une partie de la population attachée à ses craintes, quelques gentilshommes aussi, résistaient par scrupules, par obstination honnête, aveuglée, têtue et s'effarouchant de chimères. L'heure était encore aux faux bruits, aux acceptations crédules. L'Ëchevinage montre de la prudence; il éclaire, fait informer, réprime ou prévient.

Ainsi le peut*on remarquer dans la réunion du i^' juin :

• Plusieurs habitans de la ville ont, dit-on, tenu des

propos et voeuUent susciter des murmures et rumeurs

au préjudice du service du roy et du repos de la ville *•

sur la réduction récente à l'obéissance du roi. Le

laquais du sieur Dècle a même répandu le bruit dans

la ville d'Amiens « que la presche (le prêche) se faisoit

en trois endroicts en ceste ville — d'Abbeville. » —

L'Ëchevinage décide qu'il sera informé dilligemment 111 11

sur ces faits à là poursuite du procureur de la ville ** et que cependant il sera faict commandement au sieur Dècle et à la dame de Frucourt d'eulx retirer pour quelque temps de ceste ville en dedans le jour. »

II y a certainement dans cette mesure « pour quelque temps *» de cette sagesse indulgente qui compte sur les heures gagnées pour arranger les choses.

Une autre sagesse administrative et politique de l'Echcvinage engage les marchands de la ville à acquitter, jusqu'à déchargement légal, les droits dont on sollicite auprès du roi l'abolition.

Une difficulté s'est élevée entre plusieurs marchands d'Abbe ville •• pour le paiement des droicts que l'on prétend leur faire paier à Sainct-Wallery par Monsieur d'Autoalle, avecq Philippes Marchant, commis à la réception dud. impost par led. sieur. »• — L'Echevinage d'Abbeville décide « que pour éviter au paiement rigoureux desd. droicts prétendus par led. Marchant (contre la teneur du previllège desd; habitans et l'intention de Sa Majesté) d'une part, et d'autre part pour

ne rien faire au préjudice de lad. neu-

trallité, pour la conséquence qu'il en pourroit réussir jusques à ce que par Sa Majesté en auroit esté ordonné, lesd. marchans doibvent eulx submettre au paiement desd. droicts, s'il est dict cy-après que faire se doibve. •» — Séance du XI juin.

Et le 20 juin, le procureur fiscal de la ville présente à l'Echcvinage ** un appointement donné par Monsieur le séneschal de Ponthieu sur le différend de plusieurs marchans de ceste ville avecq Philippes Marchant, commis, etc. >» — L'Echevinage avise que, - pour tant ce que lad. ville poeult dire sur lad. difficulté, que la

dellibération du X^ jour de ce mois (1) leur sera dellivréc (2). »

Ces délibérations noas montrent qu'aux dates précitées la ville de Saint-Valery n'était pas encore réduite en l'autorité du roi. La perte des archives de Saint- Valery rendant très-douteuses certaines parties de son histoire, les indices que nous pouvons trouver sur cette histoire dans nos propres registres ne sont jamais à négliger.

Ce serait ici le lieu de rappeler, d'après Formentin et si nous l'en croyons, •• que l'exemple d'Àbbcville enlraina la soumission de Montreuil (3). »

Diversion heureuse aux idées, bientôt les venues, les entrées en la ville, du lieutenant-général pour le roi, du gouverneur de Picardie, du roi lui-même, distrairont les dernières résistances et craintes et affermiront l'autorité royale par le délassement amusé des esprits, par le cérémonial et par le spectacle.

Le 2 juillet, réunion échevinale pour une communication :

M' de Humières , lieutenant-général pour le roy en Picardie, annonce qu'il a volonté de venir aujourd'hay à Abbeville. — Il est décidé en l'Echevinage qu'on le recevra « en la manière accoustumée en cas semblables. Les compagnies des cinquanteniers et celle

(1) Âi-je bien lu? Ne faudrait-il pas écrire du XI* jour?

(2) Ces que redoublés plus qu'il n'est nécessaire pour la clarté sont, on Ta remarqué souvent, dans les formes du langage municipal du temps.

(8) « Maigneux, qui en étoit gouverneur» ajoute l'historien, porta les habitants à la soumission et obtint une pension de trois cents livres et la confirmation de son gouvernement* •

— iC4 —

de la jeunesse seront mises en armes pour aller axs devant, scavoir : de la jeunesse hors la porte, et odle^ des cinquanteniers , Tone dedans la porte jusqoes ^ la barrière et les deux aultres dans la ville» tout d'W rang, selon l'ordre qu'ils ont accoustumé de marcher^ Messieurs, accompagnés des officiers, iront jusques ë^ la barrière de la porte pour le recepvoir. — Le canoim du quartier sera lasché. •• — On fera à ii^ de Humière^ présent du vin de la ville, et d'une « montre d'orloge* • — On voit que M. de Humières devait entrer par la porte du Bois, car on mande les canonniers et aides du quartier du Bois (4).

Ce qui avait été dit fut fait. J'emprunte le résumé qui suit à Waignart :

« Le samedy second jour de juillet, messire Charles sire de Humières, marquis d'Encre, fit son entrée en la ville d'Abbeville par la porte du Bois. Les quatre compagnies furent mises en armes. La jeunesse alla au devant de luy hors lad. porte, assez loing. » Une compagnie de cinquanteniers se dédoubla et se fit face en double haie , de la barrière au plus loin qu'elle put s'étendre. Les deux autres se divisèrent de même façon en haie dans la ville. Le maieur, les anciens maieurs, les échevins, les officiers de la ville reçurent M. de Humières hors la barrière et lui présentèrent les clefs de la ville. Les armes du roi, celles de M' de Longue- ' ville, les siennes et celles de la ville avaient été posées sur le pont-levis, à la porte Comtesse, au Bourdois, au portail de l'église de Saint-Vulfran , au-dessus de la

(1) Li preuve esl-elle irréfragable? Peu importe, le registre nous donnant raison.

porte de la Teste-de-Bœof où le lieatenant- général devait loger. Messieurs du chapitre de Saint-Yulfran reçurent le visiteur ami du roi devant le portail de leor église et le conduisirent dans le chœur où fut chanté un motet. M. de Humières fut, de là, mené à la Teste-de-Bœuf, et le lendemain on lui présenta • une montre d'horloge à mettre sur la table. »

Formentin, qui place l'entrée au & juillet, ajoute que le lieutenant-général se rendit le 5 et le 6 dans les antres villes du Ponthieu.

Ce n'étaient plus maintenant les troupes du roi que PoD craignait, mais les derniers restes des ligueurs. Ainsi le d6 juillet :

Le maieur a reçu avis « de quelque entreprise projetée sur la ville par les ennemys. » — Il convoque l'Echevinage et les capitaines des quartiers. — 11 faut maintenir avec plus de sévérité la garde « quy se néglige par plusieurs quy ne tiennent compte d'y aller en personne. *» Les résolutions manquent.

La vérité était sans doute que les habitants d'Abbeville craignaient beaucoup moins leurs nouveaux ennemis les ligueurs qu'ils n'avaient craint leurs nouveaux amis les soldats du roi.

Le vendredi cinquième jour d'août, assemblée à huit heures du matin de Messieurs les anciens maieurs et des échevins pour aviser sur ce qu'il conviendra faire à l'entrée de W de Longueville, gouverneur de la province, « quy doit arriver de bref. ♦• — Les résolutions manquent.

Nouvelle assemblée pour le même sujet, plus nombreuse, et présidée en l'absence du maieur par le

lieutenant général J. Bernard et le premier édiev#A F. Ramet

Le dernier point .d'appni va manquer aux fidèles S^ la Ligue, s'il en reste encore dans cette ville. Les hm- ' bitants d'Amiens ont forcé, sans collision, le 9 aoû leur Echevinage à traiter avec Henri lY.

Le samedi treizième jour d'août, le sieur de Beau caurroy ^Rumet), premier écbevin, présente des lettre de M>^ de Humières, lieutant général de la provinc de Picardie , alors à Amiens , et d'autres lettres des^ maieur, prévost et échevins d'Amiens (1). — Ces lettres,

(1) La lettre de M. de Hamières, tout-à-fait particulière (de la part du lieutenant-gënëral) et louangeuse pour Abbeville, ne doit pas se trouver dans les registres d'Amiens. La voici :

« Messieurs, encores que soyez desja ad?ertis de la rëducHon d'Amiens en Tobëissance du roy, si n'ay-je voulu manquer à vous en donner entière asseurance, estant entré ce soir, sur les trois heures, avec le contentement général et resjouissance de tout ce peuple. Vous leur avez servi d'exemple et devez *Ibucr Dieu d*avoir esté les premiers de tesmoîgner au Roy vostre affection et monstrer le chemin à tous vos voisins. Je ne vous en diray pour ccste heure davantage, sinon que je prie Dieu, Messieurs» qu'il vous ait en sa garde. D'Amiens, ce IX aoust M.D.XCIIH; et au bas estoit escrit : Vostre plus affectionné à vous faire service, HuHiÈRBs; et au dos: A Messieurs maieur et eschevins d' Abbeville. »

Quaut à la lettre de l'Echevinage d'Amiens , elle est assez curieuse par les préoccupations commerciales qu'elle exprime avant tout. Je ne puis savoir si elle a été consignée dans les registres d'Amiens. Elle ne se trouve pas dans la publication des Documents inédiis sur l^histoire de France. Je la reproduis donc aussi :

• Messieurs, Dieu nous ayant fait la grâce de nous réduire soubs l'obéissance du Roy, et après avoir donné ordre à la seureté de la ville, nous avons bien voulu vous en donner advis

adressées à TEchevinage d'Abbeville et datées des IX et XI août, annoncent la réduction d'Amiens à Tobéissance au roi. — Notre registre en garde la copie. Le roi est a Amiens le VI août.

FAITS DIVERS

Cipitolation de Pont-Remy. — Capitulation da Grotoy.— Les corps-de-garde de la milice abbevilloise. — Cloche sonnée poar Tonverture et la clôture des portes. — Transport de poudre, de piques.— Recherche des habitants. -Visitation des remparts. — Nourriture des pionniers de la ville. — Beeette pour fournir à Taccord fait pour le rétablissement de la justice civile. — Indemnité aux grefiSers du bailliage d'Abbeville. — Silence des cooptes sur les causes de plusieurs voyages. — Election d'un siéger; difficultes soulevées par les maieurs de bannières; accord entre TEchevinage et eax.:— Des rapports du siéger et du bailly d'Abbeville. — M. de RDbempré, capitaine de Rue, festoyé à Âbbeville. — Quelques vieux usages et quelques nouveautés : banc, dossier et barre posés en la maison du majeur; la tasse, l'escarcelle; entretien proposé de qaatre hommes pour snirre le^maieur; vin envoyé aux anciens maieurs, aux cchevins, aux officiers de la ville; don de quatre sols au maieur et de deux sols aux échevins. — La charité: enfant abandonné recueilli par la ville. — Vente de maisons et de meubles de l'institution des Repenties. — Mascarades interdites. — Condamnations poar travail ou vente en jour de fête.

L'incertitude des dates nous a fait, de chapitre en chapitre, rejeter au commencement de celui-ci deux

poar TOUS prier vous en resjouir avec nous et nous continuer en vostre amitié, vous priant au surplus vouloir donner la liberté à nos marchands et à leur marchandise, comme nous ferons de mcsme et nous emploierons en tout ce qui nous sera possible et recommandé de vostre part, qui [ce qui] sera d'aussi boo cœur que nous prierons Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa saincte garde. Du XI* aoust M D.XCiV. En bas estoit escrit : Vos confrères, voisins et bons amis maieur, prevost et eschenos d*Amiens. »

faite assez importante qae nous foorntir Formentin il que, plas tard, nous tâcherons de contrôler» de préciser OQ de réduire à la stricte yérité, si nom en troavoDS les moyens.

Le premier intéresse Pont-Remy. L'historien Fattriboe à la fin d'avril (1594) : « Le seigneur de Rambares, à la tête de trois cents lances et de huit cente hommes des communes d'Abbeville, s'avança vers le fort bâti au Pontde-Remy par le duc de Parme, occupé par les gens du duc d'Aumale qui capitulèrent à la vue du canoo mis en batterie (4). »

Le second intéresse le Crotoy. L'historien ne donn^ d'autre date que 4594 : « Antoine de Bourbon-Rubempré assembla, dit-il, un petit corps de troupes à Rue, avec? lequel il se présenta devant le Crotoy. Les bourgeois le favorisant, la garnison ligueuse manquant de vivres fut contrainte de battre la chamade et de capituler, n

Je dois dire, jusqu'à vérification, que les « huit cents hommes des communes d'Abbeville *» allant en guerre me paraissent merveilleux, et que l'intervention des bourgeois du Crotoy me semble un peu suspecte.

Puisque nous en sommes encore à la guerre et aux mouvements de guerre, rapprochons quelques dépositions de nos registres non utilisées dans les chapitres qui précèdent.

Et d'abord notons les corps- de-garde qui mettaient à répreuve, pendant la nuit, la vigilance de notre milice.

(1) J'ai d'ailleurs trouvé autrefois le même fait dans Waignart, mais sans date plus précise.— Voyez Hist. de Cinq Villes^ etc., Saint-Riquier et les carUom voisins^ L /'% jp. 620.

Ces postes étaient, en l'ani^ échevinale 1593-4594, au lombre de quatorze, savoir :

Du au Marché^

Un sur chacune des portes « B(arcadé> du Bois» Saint- Gilles et Docquet. » — On disait alors les quatre portes. kPortelette ne comptait pas tout-àfait comme porte ; «n'était qu'une poterne, condanmée souvent dans les temps d'inquiétude;

Un « au chasteau, » un au bastion de Retz*,

Pois sept autres aux lieux suivants : « tour à Bourel, Iboret (ou Moinet) en la Boyne, court de Ponthieu, P(Hit-des-Prés, Porleletle, Maillefeu et Saint- Jean-des- Prés. »

' Jehan de Bailloeul était toujours commis à sonner les cloches pour Touverture et la clôture des portes. — itgisire auc^ délibérations,

Bes rapprochements de dates pourraient donner quelfie valeur à certains faits relevés dans les comptes :

« A neuf brouttiers , trente-six sols , pour avoir transporté des poudres à canon sur leurs brouettes;

ordonnance du !«' octobre 1593, cy xxxvi*. »

-^RegisÉre des argentiers, 1593-1694.

« A Robert de Longpré et aultres manouvriers, douze sols, pour avoir travaillé à réunir et transporter les picfies estans l'Ëschevinage (pas de date pour l'ordon- JUioce de paiement), cy xu^ n

Dépense pour « la recherche des habitans, seize escos. »» — Ibid.

Pour la « Visitation des remparts, " la même somme de seize escus. — Ibid.

Les pionniers de la ville recevaient pour leur vie du

pain et de la bière. — Reg. aux Mih. 1593-1594^ XXX octobre î 593 . ^

J'ai relevé, pour éclaircir quelques autres questioos, non plus de guerre, mais d'ordre civil, les déclarations et les chiffres qui suivent dans les comptes de i59S-i594:

« Aultre recepte faicte par ledict Lattaignant (l'argentier de cette année) des deniers payés par subvention et prest à lad. ville pour fournir et satisfaire à l'accord faict par icelle avecq les greffiers du bailliage de lad. ville à cause du restablissement de la justice civille :

« De Nicolas Lcbel, greffier de lad. ville, la somme de deux cens escus, cy . . . n« ••*.

« Des sergeans à mace de lad. ville, cent soixante-six escus deux tiers, cy clxyi*^ iis

•< De M» Anthoine Coullon, argentier de la maison du Val de lad. ville, la somme de cent escus, cy. . . c^. « Somme uu* Livr»* n*, »

Et plus loin, dans un chapitre de dépenses, je vois : « ÂuItre mise et despense faicte par led. Lattaignant à cause de la recepte extraordinaire cy-devant par luy faicte :

- A M«8 Charles de Ponthieu et Charles Robin, greffiers du bailliage d'AbbeviUe , la somme de six cens trente- trois escus ung tiers, moiennant laquelle auroit esté composé et accordé avecq eulx pour l'intérest qu'ils eussent peu prétendre à cause du restablissement faict de la justice civille au corps de lad. ville par édict faict par le roy sur la réduction d'icelle. » — Les greffiers du bailliage d'Abbeville tirq^ent profit (1), avant ce réta-

(1) Je coupe et je cherche a déhrouiller dans la longueur des phrases sans être sûr d'y parvenir.

t, « des causes civilles des babitans de lad. fille, de laquelle lesdicts maiear et escbevins auroient esté privés par Pédict faict à Moulins, comme il apert par dellibération et ordonnance du dix-huictiesme jour de juillet et premier aoust M. Y* quatre-vingt-quatorze» cy VI* xxxiu*»» 1*. »

Les causes des « voyages *• et de quelques autres vacations ne sont plus données en cette année échevinale i593-lô9'i. Y a-t-il quelque prudence politique dans ces abréviations? Je ne sais, mais je relève :

Voyage d'un manouvrier envoyé à Amiens (évidemment comme commissionnaire et , vu sa condition , comme commissionnaire secret peut-être) « pour les raisons portées au mandement du sixiesme octobre » (1593), un écu dix sols i**° x».

yoyage de Sébastien Garbonnier au pays de Yimeu - point de cause indiquée — ordonnance du 22 octobre 1593, vingt-cinq sols xxv*.

Voyage de Jehan Barbier à Amiens — point de cause indiquée, renvoi au brevet du 4 mars 159^, — quarante

sols . XL».

Dorant le voyage des députés (qui devaient porter ao roi la soumission de la ville, c'est à-dire du 20 avril au 20 mai, jour de leur retour), mourut maistre Grégoire Le Devin, advocat, siéger et premier copseiller de la ville, et en son lieu fut nommé M^ Josse Beauvarlet.

Les maieurs de bannières soulevèrent à jcette occasion, pour l'importance de leur vote, des difficultés que je vais rapporter sous cette page (1).

(1) J'abrégerai avec Taide de Waignart qui a déjà abrégé uq peu lui-même sur le registre de la ville :

Le jeudi XXVI* jour de may, assemblée générale au graud

Voyez la délibération du boit juillet 1594 sor rapports do siéger et do bailly d'Abberille, et ladél bération do dix-buit juillet sur un appel des maieurs

Echevinage, au son des cloches. Le maîeur expose que depuis le dëcès de M* Grégoire Le Devin, siéger de lad. ville (1), on a songé à pourvoir à l'emploi vacant. D'un autre côté, il* Hector , Rumet, escuyer, sieur de Beaumarest, bailly d'Abbeville, a pro« posé de remettre son état de bailly en Phôtel-de-ville, moyennant, comme récompense, sa nomination à Tétat de siéger, « pour faire cesser toutes difficultés et procès qui pourroient sourdre à raison du restablissement nagaire faict de la justice civile en TEschevinagc par Tédict royal dii mois d'avril dernier. » — Saint-Gcrmain-cn-Laye, voir plus haut.

L'assemblée, ainsi saisie et sans s'arrêter à la proposition dU bailly, décide qu'il sera pourvu par élection à l'état de siéger a d'homme suffisant et capable, « sous la condition que le fonctionnaire élu se chargera « de l'événement des procès et différends qui seroicnt intentés par led. sieur bailly ou autres à raison dud. restablissement de la justice, sans que la ville en porte aucun intérest ou dommage, tant en principal que despens, dommages et intérests. »

Le maicur fait prêter alors et reçoit le serment de toute la compagnie « de procéder fidèlement à la nomination d'un siéger homme capable et de bonne vie, sans acception de personne et sans avoir esgard aux promesses et obligations qu'fiucuns pourroient avoir faictes. »

Au moment du vote se produit la difficulté qui fera sursoir à l'élection ce jour-là. Les maieurs de bannières prétendent voter tous individuellement et faire compter leurs soixante - quatre voix. Dans la discussion qui suit, ils réduisent leur exigence au vote par enseigne de métier, c'est-à-dire à seize voix. Antoine Briet, Simon Belle le jeune, Jean Gourdin et Jacques Tillette parlent au nom commun. Les maieurs de bannières ne peuvent

(1) Grégoire Le Devin avait snccédé dans cette fonction de siéger ao ^ sîear Claude [Le Devin sans doute] qui avait succédé lai-même an sieur de ^ Beosin son beao-père. — * Wai(fnart, ^

de bannières, délibération longue et intéressante sur le greffe héréditaire du bailliage d'Âbbeville. — Voyez eooore la délibération très-importante du 4®' août 1594, OQ le procureur de la ville remontre que, « sur les ouvertores par cy-devant faictes affin de moïenner un iiOD accord pour le différend pendant par devant M' le séneschal de Ponthieu d'entre nous maieur et esehevins et les maieurs de bannières à cause du

• nommer » à d'auVes conditions. Ils requièrent a être conserrés en leurs privilèges et usances. »

M* Jean Tillette, s' d'Âchery, procureur de la ville» les combat lis liront droit qu'à une voix, suivant Tarrêt de Ja cour du 15 janvier 1585. — L'assemblée, qui partage cet avis, engage les chefs des corporations « à nommer » présentement^ mais la

• nomination » faite par eux ne sera reçue que pour une voix. Les maienrs de bannières persistent dans leurs déclarations.

L'assemblée décide alors que, si, dans un délai de huitaine, les chefs des enseignes ne se décident pas à produire leur choix, les échevins procéderont seuls à Télection.

Les maieurs de bannières demandent alors^copie de Tarrêt du 15 janvier 1585 pour se pourvoir, a protestant qu'au cas qu'il soit passé outre au faict de lad. nomination et élection» ils remettront leurs charges, ne porteront plus Tes clefs de la ville» ne feront à l'ad venir aucune eslection du magistat et se déporteront eolièrcuient de toutes leurs charges. » En un mot, ils se mettront en grève comme citoyens.

Copie de l'arrêt réclamé leur est donnée avec invitation de yeoir dans huit jours à l'élection retardée. La huitaine expirée, il est procédé au vote, bien que les maieurs de bannières se soient {-ortés a appellaus par-devant M' le séneschal de Ponthieu » des résolutions de l'Echevinage. — Dépouillement du scrutin : M' François Caisier, une voix; M' François Rumet, six; W Josse Beauvarlet, treize, et M* Âdrian Gaude, quatre.

Josse Beauvarlet demeure donc élu. 11 comparaît « en personne, » prend la charge et fait le serment requis.

nombfe des voix que prétendent avoir lesd. maieurs de bannières es nominations, provisions, résignations des

offices de lad. ville, etc , on a communicqué avec

eulx estans en leur chambre, le vingf-deoxiesme jour de juillet, où ils ont dict, comme aultrefois, qu'ils aimoient mieulx passer par les voies les plus doalces et plus aimables que d'en widder par jugemens contradictoires, etc. n — Délibération longue. L'accord est fait entre l'Echevinage et les maieurs de bannières.

Après la soumission d'Âbbeville au roi, le capitaine de Rue, qui avait donné tant de souci à notre Echevinage, vint en notre ville avec plusieurs gentilshommes et fut fêté par elle :

« A Meon Ternisien, cuisinier, la somme de vingtdeux escus pour viande et gibier par luy fourny, et dont auroient esté festoyés le sieur de Rubempré et plusieurs gentilshommes venus en lad. ville après la réduction d'icelle» comme apert par ordonnance du

quatriesmejour d'aoust (1594), cy ,xxii«*». ••

— Reg. aux comptes, 1593-1594»

Les comptes de 1593-1594 nous montrent encore les vieux usages en vigueur et quelques nouveautés.

Les usages anciens présentent quelquefois, dans l'ensemble de la magistrature municipale sévère, certaines familiarités paternelles. Dans les petites affaires, le maire est encore jûge-de-paix; il administre patriarcalement à sa porter il y accommode les difficultés légères. Le banc, l'appui pour les intéressés qui viennent à titre quelconque doivent être des traditions des temps anciens. La tasse sera nouvelle, l'escarcelle aussi peutêtre. Les quatre hommes proposés pour escorter le maieur feraient contraste avec l'ancienne simplicité.

Cette velléité d'apparat à la Médicis en la démocratie de la Ligoe est à noter. Plus naïf et plos conforme ans vieilles mœars est le don de quatre sols au maiear et aux échevins qui signent au livre rouge en certaines circonstances, comme renvoi de vin aux maieurs hors dechv*ge, mais s'employant encore dans Tintérét commun, aux échevins, aux officiers de la ville, etc. Usages anciens, le banc :

• A esté payé audict sieur de Maupin la somme de huict escus pour son remboursement de pareille somme par luy pajée pour le bancq, dossier et barre de bois posés en sa maison pour l'expédition des affaires sommaires ce présentans à cause de lad. charge ; récépissé du XV1I« jour de septembre 1593, cy. . • . vrar* (1). »

Nous voyons, pour la première fois, la tasse (2) que les maieurs portèrent si longtemps comme insigne de leur dignité :

# (1) L'usage était effectivement très-ancien, et nous Tavons trouvé dès le début même des présentes études sur la période do la Ligue et il remontait bien plus haut :

• A André Begnault, M' menuisier, la somme de dix-huict livres tournois, pour le bancq et apuye faict au logis dudict sieur maieur, ainsy qu'il est accoustumé, et dont appert par (naudement du XVl* jour de may audict an xvni^ »

"Comptes de 15T6-1577.

(2) Le paiement vient témoigner de Texécution immédiate de celte résolution :

« A Lois Sanson , eschevin , la somme de vingt-neuf escus vingt-sept sols à luy ordonnée pour son remboursement de pareille somme par luy déboursée pour faire une escarcelle et ung sacq pour servir aud. sieur maieur, suivant la dellibération pour ce faicte le XI' jour de novembre M VMiIl"XIlI ; ordonnance du

XVII décembre aud. an, ^y , . . xxix*^ xxvii'. »

- Comptes de 1593- 1594.

« Du unziesme jour de novembre i593 , il a esté dellibéré que, pour l'honneur de la ville, il sera faict une tasse aud. sieur maieur de velour viollet pour mettre les sceaulx de la ville (4), mesmement ung sacq de pareille estoffe pour mettre les pappiers quy (qu'il) luy convient journellement apporter en cest eschevinaige pour les affaires d'icelle. »

Ce qui est nouveau aussi, c'est l'entretien proposé de quatre hommes pour suivre le maieur. Ce projet d'honneur nouveau pour le chef de la ville était-il une conséquence de la réunion de la mairie et du gouvernement militaire? J'empiète ici sur Tannée iô94-lô95 :

« Du XVl® jour de frebvrier 1595 : il a été, par plusieurs fois, proposé d'entretenir quatre hommes pour suivre le maieur pour l'honneur de la ville et le respect de sa charge. «• C'est de ces termes et de ce souvenir ^ vrai ou faux que l'écrivain de la ville fait précéder la proposition faite ou renouvelée alors. — Il sera advisé sur ce point au prochain jour. — Reg. aux délib. de 4 1594-1595.

(1) Je ne vois pas encore, peut-être la rencontrerai-je pins tard, la concession royale qui, suivant les auteurs des mss. Siffait, autorisa, en 1594, le port de cette tasse. Ces mss. conservent, ce qui est assez intéressant aujourd'hui, la description de la tasse des maieurs : « G'étoit un sac de velours violet, au milieu duquel étoit une tasce d'argent ou cercle en forme de cœur encadrant les armes de la ville en broderies d'or; on suspendoit cette tasse à la boutonnière au moyen d'un petit anneau d'argent avec un ruban violet. Elle servoit à mettre les [ paquets qui venoient de la part du roi. » Une délibération da 27 juillet 1753 abolit l'usage de porter la tasse que, pendant cent ^ soixante ans, les maieurs avalent regardée comme leur très- \ honorable insigne.

Revenons à notre dnnée : '

• XXl octobre (4593). Pour reconnaître MM. les andens maieum^^ fatigues qu'ils ont pour les affaires delà ville, il leur sera envoyé a chacun deux pots de vin, eV% MM. les eschevins et officiers de la ville chacun an pot, ainsi quMl est accoutumé, et lod. vin lera porté par les sergeans à masse et de la vingtaine avec les quesnes de la ville. *> — Reg. aux délib. 1593-

Et le mémejoor:

• Led. sieur mateur et Messieurs les eschevins ont signé sur le livre rouge en la manière accoustumée, et leur a esté distribué par l'argentier du Val, scavoir aud. sieur maieur quatre sols, et à chacun de Messieurs les eschevitt et officiers de la ville deux sols, pour prier Dieu pour Tâme de Mathieu Aux Costés. » — »eg. aux délib. \593-i5n.

La charité à Abbeville. C'est sous ces mots que nous croyons devoir placer un fait assez simple sans doute depuis la foi chrétienne, mais enfin qui montre, avant saint Vincent de Paul, la ville pourvoyant à la vie des enfants abandonnés hors même de sa banlieue.

Le XVI® jour de mars 1594, le procureur de la ville jparle ainsi : « Pais peu de temps en ça a esté apporté en ceste ville ung enfant âgé de deux à trois mo!^

trouvé au villaige de (en blanc) par une paouvre

femme de villaige, pour la nourriture duquel Messieurs les commissaires du bureau des paouvres n*ont voulla biiUer aucuns deniers, encores que nous aions envoyé

verseulx par diverses fois; en sorte que lad. femme,

qayest paoovre, chargée de trois oa quatre enlans, n'aiant moien de nourrir led. enfant, menasse de le laisser sur le pavé ou quelque autre endlroict de la ville dont il pourroit arriver inconvénient » 11 requiert donc que Ton pourvoie au cas. 11 est délibéré « que led. enfant sera mis à nourrice et que, pour la somme qui sera accordée pour ce faire, le recepveur du bureau des paouvres sera contrainct par touttes voies deabes et raisonnables. » Et le XYIII du même mois, prix est fait par TEchevinage avec Françoise Bridoul, veuve de Jean Delacroix, demeurant au village de Drucat, pour nourrir Tenfant durant un an, .moyennant la somme de xescus — Reg. aux délib. iô93-i594.

Nous avons souvent rencontré sur notre chemin rhonnéte institution des Repenties *, noun la trouvons encore, mais tout-à-fait condamnée. Mous annoncions, dans le dernier chapitre de l'année 4592-1593, la délivrance- au principal du collège, pour sa chapelle, des meubles servant au culte dans la maison « oùnaguaires les Repenties faisoient leur demeure; » cette année, TEchevinage ordonne que « les maisons cy • devant acheptées pour accommoder les Repenties de ceste ville seront vendues, et qu'à ceste fin publication sera faicte; mesmement les moeubles quy ont esté saisis en lad. maison. «• — Reg. aux délib. 1593-1594, du VIII^ jour € octobre 1593.

Ainsi nous avons suivi d'année en année l'histoire des Repenties — et du collège. Le collège a fini par tuer les Repenties.

L'Echevinage poursuivit encore cette année les mascarades :

.tt^l^ XIX» dod. mois do décembre (I693X Anthoifie Ihwdiart, Aripier, ponr avoir loué des habits paut* ;Aar en masque, [eondamné* à]sxsols. • —Reg.aux

\ Et nous relevons des condamnations pour travail 60

> Vttites les jours de fête :

- Le vingt juillet 1594, un chapelier est condamné pour

tvoir vendu marchandise en jour de Teste; amende

ioécu.

Le même.jour> condamnation de Jehan du Marc, convaincu d'avoir travaillé en jour férié. — Comptes de Ifi93-lô94.

lei pourrait prendre fin la tâche que nous nous étions imposée en commençant ces études. La Ligue fit morte ou se meurt. Les traités ne sont pas encore eooelus entre le roi et les. ducs de Lorraine et de Guise, mais les résistances Sont désormais impuissantes eootre la force du roi (1). Dans tous les cas, notre 411e, fort heureuse d'être sortie des souffrances de h guerre, n'éprouve aucune envie d'y rentrer. L'his- Mre de la Ligue à Abbeville est donc bien close. J'ai pensé cependant qu'il ne serait pas sans intérêt poor le lecteur d'assister à la dernière conclusion des éiénements, aux réjouissances, à l'entrée du gouver-

(1) Toutes les villes de Picardie appartiennent déjà au roi, « bormis Soissons et La Fère que le duc de Mayenne et r£spapioi occupent. • — WaignarL

near de la province, à rentrée du roi loi- Nou8 niions donc, en Tan qui vient, fêter le royal avec le naieur de Maupin, 1 ancien li fort satisfait, et sufiisamment bien payé, du geinent.

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