‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 4)Chapitre 1 sur 19 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

DUMOULIN, LIBRAIRE Quai des Augustins, 13

Renouvellement de la loi. — Incidents des élections. — Renouvellement de tous les maieurs de bannières. — La guerre occupe toujours la ville. — Confection de pics, de pelles, de hottes. — Règlement pour rétablissement de quatre compagnies de gens de pied. — Réponses et remontrances diverses au duc d'Aumale. — Il sera supplié de ne pas mettre garnison dans la ville et même d'en faire sortir • plusieurs gens de guerre quy y sont ad présent; ■ etc. — On ne peut avancer d'argent, etc. — Les troupes du roi à Rue. — Prise de l'abbaye de Forestmontiers par les soldats de l'Union. — La compagnie de M. de Rambures à la solde de la ville. — M. de Ramhures demande à faire montre et à recevoir de l'argent. — On se procurera à tout prix les deniers nécessaires — Redoublement de précautions, rondes. — Lettres du duc d'Aumale et révocation des passeports accordés pour aller aux villes tenant parti contraire. — Remontrances au duc à propos de quelques injonctions aux laboureurs. — Questions discutées : comment rendra-t-on libres les biens saisis par les deux partis? comment assurera-t-on la paix du laboureur? comment rendra-t-on la liberté au trafic? — L'Echevinage repousse un impôt sur le sel et s'opposera à l'em-

(1) Maieur : Charles Manessier . etc. — Nous avons relevé ni 1

prisonnement dans la ville des paysans poursuivis pour la taille ou pour la gabelle. — .Mémoires dressés sur ces questions. — On ira trouver les dues d'Aomale et de .Mayenne. — Députés envoyés à Eu pour une conférence proposée par le gouverneur de Dieppe. — Convocation à Soissons des députés des trois ordres. — Siège de Saint-Valéry par le duc d'Auraale. — Le duc demande à l'Echevinagé des canons et de la poudre. — Négociation à ce sujet. — Témoignages de nos registres municipaux sur le siège. — prise de Saint-Valéry. — Lettres du duc de Mayenne avertissant Abbeville de dangers. — Mesures prises par l'Echevinagé. — Demandes du duc d'Aumale pour la conservation de Saint-Valéry. — La ville réclame la poudre qu'elle a déjà fournie. — Nouvelles demandes pour la garnison de Saint-Valéry, nouveau refus de la ville. — Abbeville sollicitera des • lues le démantèlement de Saint-Valéry, proteste contre rétablissement de taxes qui gênent le commerce de la Somme et s'opposera à ia perception de quelques-unes, poursuivra la main-levée des bien saisis par l'ennemi, la liberté du commerce, etc. — Abolition d'impôts. — Députation de l'Echevinagé d'Amiens à l'Echevinagé d'Abbeville.

La question de la guerre, de la défense de la ville continue à occuper d'une manière assez monotone L'Echevinagé.

Le onzième jour de septembre, « led. Pottier, esche-

nous-rnême, tout nu long, dans le registre aux délibérations, le renouvellement de la loi pour cette anne'e.

Les trois « hommes suffisans et capables » présentés au choix des maieurs de bannières par les éehevins furent :

Noble homme Me Jehan de Maupin, Sr de Bellencourt, conseiller au siège de Ponthieu ;

Me Josse Beatjvarlet, aussy conseiller aud. siège ;

Honorable homme Charles Masessier, marchand bourgeois de lad. ville (1).

Lecture de ces noms étant faite et avant le port aux maieurs de bannières, le sieur Beauvarlet remontre que, par une or-

(1) Les qualifications données à ce mayeur par Waignart ont été effacées par une main autre que la sienne. Parmi ces qualifications, je crois lire celle d'écuyer. On a mis simplement au-dessus « seigneur des Vasseurs aussy Espagnet'o. » M. Louandre dit « seigneur de Vadicourt, d'Epagnette et des Vasseurs. > Charles Jlanessier mourut, suivant Waignart, le 18 décembre lo9G, à l'âge de soixante-trois ans: il avait donc cinquante-neuf ans lorsqu'il fut élu maieur.

vin, commis à la garde des munitions de la ville, a l'aict entendre qu'il est de nécessité défaire faire des picqs, pelles, hottes et aultres choses quy sont très-nécessaires

pour ce qu'il n'y en a point au magasin de la ville ;

mesmement que les pouldres quy sont au magasin de cest Eschevinaige sont en très-mauvais estât.» —Un décide « de faire en diligence cent picqs et deux cents

donnance rendue, celui qui sort de la charge de maieur n'y peut être porte' l'année suivante; il déclare donc appeler de lad. nomination et éieetion.

Les trois noms sont portés aux maieurs de bannières, mais un nouvel incident se produit. — Les maieurs de bannières ne veulent recevoir ces noms ; ils les font reporter en disant que le sieur Beauvarlet « ne doibt estre comprins en Teliection pour ce que il est encores en charge ; » conséquemment on ne porte que deux noms au lieu de trois. Ils persistent. — L'assemblée échevinale cependant ordonne qu'ils procéderont à l'élection, et les trois noms leur sont reportés.

Les maieurs de bannières, renonçant à contester plus longtemps, nomment:

Maieur :

Honorable homme Charles Manessier, bourgeois de lad. ville. Échevins des quatre :

Honorable homme Jacques du Candas (1) ;

Honorable homme Nicolas Moictier (2j ;

Honorable homme Me Wlfran Papin (:î) :

Honorable homme Jehan Pottier.

Échevins des huict :

Nicolas de Dompierre ;

Claude Calippe ;

Garriel Briet, le joeune ;

Jacques Briet ;

Thomas Duchesne ;

(1) Maistre des ouvrages de Ponlhieu. ajoute Waisnart.

(2) Maistre du canon pour le roy. — }\'aignarl.

(3) Procureur et notaire royal en Ponthieu. — Waignart.

pelles et deux cents hottes, et qu'il sera faict aussy six lanternes de blancq feu. »

Le XXIe jour de septembre, assemblée générale ù deux cloches, par-devant J. Bernard.

Le lieutenant général propose « le règlement bailla

Jehan Gourdin ;

Me Lois de Dourlens ;

Jehan Lefevre.

Argentier de la Ville :

Honorable homme Estienne Leault; Du Val :

Honorable homme Lois Sanson, Taisné.

Les deux argentiers appellent de leur nomination, ayant été échevins des quatre en Tannée précédente. On fera droit à leur réclamation.

Le dernier échcvin nommé était boulanger. Le procureur de la ville proteste contre son élection, la profession de boulanger étant, dit-il, « mécanique, peu convenable à la charge d'éehevin et soumettant chaque, jour le nouvel élu à la surveillance de la police pour le poids du pain. » Sur cette protestation, et séance tenante, il est décidé « que Philippe de Courchelles, quy a plus de voix après le sieur Lefevre, sera appelé pour comprendre lad. charge d'échevin. »

Le XXVe jour dud. mois d'aoust, Philippe de Courchelles, après quelques difficultés, fait le serment.

Ce faict, lesd. échevins ont advisé de faire le recoeul des douze eschevins, à quoy ils ont à l'instant procédé en la manière qu'il ensuit :

Échevins de recoeul :

Jean Gallet;

Noël Asselin;

Nicolas Sanson, fils de Wlfran;

Nicolas Morel ;

Anthoine Sanson ;

François Poultier ;

Nicolas Froissart :

Ollivier Gallet ;

par Monseigneur d'Aumalle pour l'establissement de IIII compaignies de gens de pied et des moiens de les soldoier. » — L'importance du fait engage l'assemblée à envoyer copie dud. règlement * par les chambres, affin d'en adviser et consulter meurement, et en rapporter leurs advis chacun particullièrement en pareille

Claude Campaigne;

Gilles Andasse ;

Nicolas Lourdel ;

Nicolas Troulle.

Le XVIIe jour d'août, les maieurs de bannières sont invités à procéder à nouvelle élection des argentiers. « Du depuis sur les difficultés proposées par Icsd. maieurs de bannières de procéder à lad. ellection, il a esté ordonné que le procureur de la ville prendra le faict et cause desd. maieurs de bannières, au cas qu'il survienne aulcune opposition ou appellation de leur nouvelle nomination, sans que, pour ce, ils puissent souffrir aucuns despens, domaiges et intérests, à la charge qu'ils s'acquittent bien et deubment de leur serment, et qu'ils feront lad. rénovation, suivant leur sentence [?], de personnes suffisans et capables, d'âges et quallités requises. »

Les maieurs de bannières nomment alors pour argentier de la Ville Jean Griffon, et pour argentier du Va!, Nicolas Prévost.

Le collège des maieurs de bannières n'avait pas été renouvelé depuis cinq ans. — On sonne, le pénultiesme jour d'aoust, les deux cloches pour assembler les deux collèges, et il est procédé au renouvellement des quatre maieurs de toutes les enseignes.

Le pénultiesme jour d'aoust 1592, après le renouvellement de la loi, M* Nicolas Rimbert fait la prédication et exortation aecoustumée.

Enfin, après la communication donnée à l'Echevinage de l'élection faite par les maieurs de bannières de leurs offices (aux ouvrages, au Val, à l'artillerie, aux présents), toutes les cloches dud. Echevinage sont immédiatement sonnées « pour faire entendre au poeuple l'entière rénovation de l'Echevinaige ; puis sont faictes, sur les plombs, les publications qui ensuivent; » mais ces publications sont restées en blanc.

assemblée quy se fera mercredy prochain, Vill heures du matin. »

On décide que « tous les soldards estans en ceste ville seront contraincts sortir d'icelle, et enjoinct aux cappitaines des quartiers d'y tenir la main dedans le jour. »

Le XXIIIe jour de septembre, assemblée générale (nombreuse) à deux cloches, par-devant J. Bernard, lieutenant général, et Manessier, maieur.

Les articles proposés par Msr le duc d'Aumalc ont été envoyés à tous les collèges. Les avis sont rapportés « en particulier et en général. »

L'assemblée décide enfin « que l'on suppliera mondict seigneur d'Auraalle de ne permettre qu'il entre en la ville aucuns gens de guerre, soit de pied ou de cheval, pour se trouver par forme de garnison ou aultrement, parce que la ville en est exempte tant par l'édict du feu roy, registre en Parlement, que par reiglement faict par Messieurs des Estats généraulx à Paris, publié aud. Parlement le XXI juillet Ve IIU" VIII , et par aultres Chartres puis nagaires accordées à lad. ville, expédiées au camp à Caudebec au mois de may dernier; mesmes sera supplié de voulloir faire retirer ou trouver bon que plusieurs gens de guerre quy y sont ad présent, la pluspart desquels habandonnent leurs garnisons, sortent d'icelle, et luy sera répété, à ces fins, les menasses dont usent, à l'endroict des habitans et de la ville, plusieurs de ces gens de guerre.

« Que luy sera aussy remonstré, pour le regard des saisies des biens de ceulx du party aultre, que c'est un faict quy dépend de l'auctorité de Messeigneurs nos supérieurs et officiers des finances.

« Et quant à l'advance des xvr escus portés par lesd. articles, qu'il n'y a aucun moien aux habitans dV pouvoir subvenir, attendu la paouvretté de la plus grand1 partie d'iceulx, causée par la ruyne du plat pais, cessation de labouraige et commerce et de tous arts et mestiers.

« Sera mond. seigneur supplié (pour donner quelque relâche au poeuple du plat pais, moiens ausd. habitans de plus commodément aider et subvenir nostre party en joissant de leurs facultés et moiens et continuement au traficq) de vouloir advancer la conclusion des articles par luy proposés à ceste fin à Monsieur de Humières, à l'exemple de ce que Ton maintient estre desjà traicté et accordé en plusieurs provinces de ce roiaulme, seignament en l'Isle-de-France et ÏNormandie. »

Si les troupes royales, dont le centre et le point d'appui en Ponthieu était Rue, ne restaient pas absolument oisives, les troupes de la Ligue, de leur côté, se montraient alors plus agressives.

L'abbaye de Forêtmontiers est prise le 25 septembre par les soldats de l'Union.

Le 26 septembre, 31. de Bellenglise vient en l'Echevinage, envoyé, dit-il, par M§r d'Aumale, « affin d'adviser des moiens de conserver l'abbaïe de Forestmontiers qui l'ut, ce jour d'hier, prise sur Tennemy, proposant qu'il estoit besoing, pour ce conserver et en tirer le service et commodité pour le pais que Ton en espère, il fauldroit (1) le nombre de deulx cens hommes de pied. » — L'Echevinage remontre le peu de moyens qu'a la

(1)11 était besoing il fauldroit répétition, grammaire

de l'Echeviiuige de ce temps.

ville pour satisfaire à la demande de Msr d'x\umale.

Mais le duc d'Aumale voudra prendre, nous le verrons, sa principale revanche dans le Vimeu, sur Saint- Valery.

En attendant, jetons les yeux autour de nous dans notre propre ville et écoutons-en quelques instants les rumeurs.

Les bourgeois n'ayant plus trouvé leurs propres milices suffisantes — voyez plus haut, délibération du 31 juillet, — les soldats d'une compagnie appelée du dehors, mais soldée par l'Echevinage, parcourent les rues.

Peu après son élection, « le maieur.est poursuivy par 3Ir de Rambures et ses gens, affin de faire monstre et recepvoir argent, ou bien estre licentiés de sortir hors de ceste ville. » — L'Echevinage décide le VIII octobre, en conséquence des délibérations précédentes, « que la compaignie dud. sieur sera paiée pour ung mois des deniers des nouvelles impositions receues par Gaignerel, et que, au cas qu'il ne se trouve deniers quant ad présent, que l'on prendra, par forme d'emprunt, des deniers que l'on pourra trouver appartenans à lad. ville, de quelque nature qu'ils soient, et que, pour le remplacement, led. Gaignerel et mesme la ville baillera touttes promesses et asseurances nécessaires d'en faire la restitution à ceulx sur lesquels Ton l'aura prins. »

Et, loin d'être négligées en l'habitude des alertes, les précautions anciennes et nouvelles redoublent.

On décide, le XI octobre, que les échevins feront alternativement une ronde sur les remparts à neuf heures du soir, et les maieurs de bannières une autre à quatre heures du matin.

Réunion échevinalc le dimanche XXII1I0 jour d'octobre , à laquelle assiste M. de Hucqueville encore qualifié de gouverneur. On a reçu des lettres de Msi le duc d'Aumale (datées d'Amiens), « avecq une ordonnance par laquelle mond. seigneur révocque les passeports quy ont esté cy-devant baillés pour aller aux villes tenans party contraire; mesmement enjoinct à tous laboureurs d'amener aux villes les grains qu'ils doibvent aux habitans d'icelles en dedans l'ordonnance, à rigoureuses peynes. » — L'assemblée, convoquée pour écouler la lecture de ces lettres, décide qu'il sera sursis à la publication de l'ordonnance « jusques à ce que l'on aura représenté à mond. seigneur d'Aumalle la conséquence du faict pour le regard de l'injonction ausd. laboureurs. » Au surplus, que les voyages qu'on doit (aire , tant à Eu pour la conférence « avecq Mr de Chastes que vers Monseigneur (du Mayne) et Monseigneur d'Aumalle, comme vers Monsieur de Longueville et aultres du party contraire, seront poursuivis et exécutés. »

Remontons de quelques jours dans ce mois d'octobre pour assister à des débats qui nous révéleront la fatigue gagnant les esprits et bien près de détendre peut-être les passions religieuses, politiques et guerrières. Le besoin de vivre et la privation de beaucoup d'aises habituelles ont déjà fait réfléchir. Les nécessités qui s'expriment ne commenceront-el'es pas bientôt à amollir les résolutions? Le clergé, les gentilshommes, les gens de justice paraissent tentés de faiblir comme les simples bourgeois.

Le lundi 19 octobre, assemblée générale assez nombreuse; le doyen de Saint-Vulfran accompagné d'un

chanoine; M. de Chepy; M. de Greboval; des gens du roy; des anciens maieurs, etc.

Il s'agit d'aviser « comme l'on se doibt gouverner sur la permission requise et demandée par aucuns habitans d'aller demander main-levée de leurs biens saisis par les ennemis, disant n'avoir plus moien de vivre aultrement et proposant que plusieurs seigneurs, ecclésiastiques et aultres quy ont juré et promis l'union comme ceste ville, joissent de leurs biens et revenus par neutrallité ou aultrement, et que Msr d'Aumalle l'a trouvé bon en tant qu'il en a iuy-mesme proposé les articles à Monsr de Longueville, tant pour le faict que pour le repos du laboureur (1), et aussy sur ce que les marçhans de ceste ville , à l'exemple des marchans d'Amiens , désirent traficquer par passeport avecq l'enneny pour son entretenement et gaing de la vie. »

L'assemblée advise unanimement «que l'on procurera la main- levée généralle de tous les biens et revenus des habitans de la ville, tant de l'église et noblesse que du tiers-estat , avecq la liberté de commercer. Quant à la forme et aux moyens d'y parvenir, on s'assemblera parlicullièrement en chaque collège ou chambre au premier jour, pour, les advis rapportés, en résouldre.

« X esté proposé que par le moyen des rigueurs, contrainctes et empeschemens quy se font journellement

(1) Il est certain que 1rs fermiers, les paysans étaient fort malheureux. Oa voit, par une délibération du 3 octobre 1592 (refus d'une augmentation de traitement à J. Macquet, principal du collège), que « par le malheur du temps >> le revenu de la maison du Val était entièrement perdu et qu'on n'eu recevait aucune chose. — 1592-1593.

en ceste ville, des paouvres paysans quy viennent en icellc quérir leurs commodités et nécessités ou apportais quelques vivres et provisions de la ville, plusieurs desquels sont morts es prisons, aultres y sont encore tenus en grand nombre quy ne cessent de faire des plainctes de leurs misères, l'une desquelles a esté icy représentée, lad. ville demeurera (maniement en grande nécessité et privée de la communicquation de ceulx du plat pays , sans le secours et industrie duquel les villes ne poeuvent subsister-, à joindre que le plus souvent, quy est une très grande injustice, que la pluspart de ceulx quy sont contraincts ou emprisonnés, soit pour la taille ou pour la gabelle, ont payé leur cotte part et ne doibvent aucune chose desd. impositions. »

L'Echevinage ayant préalablement (l) décidé que l'on fournira « opposition et empeschement à la levée tant d'un escu sur minot de sel que de vingt sols mis sus pour l'augmentation du pris du marchant lors du camp de Rue, » décide « que l'on ne permettra les habitans du plat pays estre contraincts ou emprisonnés en la ville pour la taille ou la gabelle. »

Assemblée encore nombreuse le vingt-troisième jour d'octobre; on peut la croire générale, bien qu'une

(1) Oti venait de dicuter des lettres adressées aux officiers de la gabelle « aflin de augmenter pris <ln sel d'un escu sur minot pour le paiement des arreraiges des gaiges des cours souverayncs de Paris. » au moyen de laquelle augmentation le boisseau de sel devait valoir soixante-dix sols, « pris fort excessif et hors de raison, considère mesme la nécessite' du poeuple et extresme paouvreté où il est réduict. » — Reg. aux delib., 1592-1593.

seule cloch" ait sonné. — On reprend la discussion du 49 octobre.

Messieurs les échevins sont d'avis d'aller trouver Mer d'Aumale « pour luy faire entendre lad. dellibération (du 19) et, ce faict, aller trouver Msr du May ne et les supérieurs du party contraire, affin de impétrer d'eux respectivement ce quy s'est proposé tant pour le repos du laboureur, révocquation des confiscations, main-levée des saisies de party et d'aultre liberté du labouraige et commerce. »

Tous les autres avis de Messieurs les ecclésiastiques, de la noblesse, de la justice, maieurs de bannières et consuls rapportés et lus en l'assemblée, « a esté advisé que mémoires seront dressés sur iceulx pour ceux qui seront députés pour ce fait. Pourquoy faire, assignation est continuée à ce jourd'huy après midy, pour, ce faict, faire acheminer les députés premièrement en la ville d'Eu, pour la conférence proposée cy- devant avecq 31. de la Chastre, gouverneur de Dieppe. »

A l'assemblée générale du 49 octobre avaient été communiquées des lettres de M*1 de Maienne du XXVI (ou XXVîl) septembre dernier, « affin d'envoyer des depputés des trois ordres des estais de ceste province de Ponthieu en l'assemblée des estats continués de la ville de Rains (Khims) à Soissons en la lin de ce mois ou au commencement de novembre prochain. »

Le registre n'a pas gardé la réponse à cette ouverture.

SiÉGE ET PRISE DE SAINT-VALERY.

Saint-Valéry est, depuis quelque temps, pour nous, dans la rédaction de ce travail, un grand sujet d'em-

barras. Nous avons indiqué sous forme très-dubitative sa prise par Henri IV (15!) M 592, chap. Y), sous une forme non moins dubitative sa réoccupation par le duc d'Aumale (même chap.), nous retrouvons maintenant cette ville bien certainement au roi. Des peines assez sévères punissaient les Abbevillois qui s'y rendaient sans autorisation (1). Non moins certainement encore nous allons la voir assiéger et prendre par te duc d'Aumale.

Le dernier jour d'octobre , le maieur expose que « Monseigneur d'Aumalle a dict à Me Moictié, eschevin, garde de l'artillerie et munitions de ceste ville, qu'il voulloit enlever cincq canons et une bâtarde de ceste ville pour aller à Sainct-Wallery , mesme qu'il demandoit six milliers de pouldre, encores qu'il y en ail fort petit nombre en ceste ville. »

La « conséquence de l'affaire » et la sûreté de la ville « de plus grande conséquence » que la ville de St-Valery, font réfléchir. On suppliera mond. seigneur « de vouloir prendre et lever seullement de ceste ville trois canons et quelque moienne pièce, et, quant aux pouldres, attendu le petit nombre insuffisant pour la défense même de la ville , d'en voulloir mander en celle d'Amiens. » On l'aidera d'ailleurs de cette ville de ce que l'on pourra.

Muni de cette délibération , le maieur va saluer M§r d'Aumale (alors dans la ville sans doute) et lui

(1) « Le dixiesme jour du mois d'octobre (1592), Simon Henry, pour avoir esté à Sainct- Vallery tenant party contraire sans

passeport, est condampné en deux eseus, cy if5C. »

expose toutes les raisons de l'Echevinage. « A quoy mond. seigneur luy a dict qu'il n'engageoit son honneur mal à propos et qu'il ne povoit aller aud. lieu qu'il n'eust lesd. pièces et pouldres sans en voulloir aucune chose relâcher , quelques raisons et remonstrances qu'il (1) luy ait sceu faire et mesme offert deux milliers d© pouldre , et luy a dict qu'il faisoit lad. entreprinse à ses despens et avoit achepté de ses deniers lesdictes pouldres. »

L'Echevinage décide de nouveau « que mond. seigneur sera supplié très-humblement de se contenter de l'offre quy luy a été faicte, et que, pour estre lad. ville (2) frontière à l'Anglois quy y poeult aborder en vingt-quatre heures, environnée d'ailleurs de touttes parts de l'ennemy, et quy est une clef et boullevert du roiaulme, ce seroit une chose de conséquence trop périlleuse de la desgarnir de touttes munitions de guerre et dont l'on pourroit instamment estre blâmé par Monseigneur (de Mayenne) et par tous les Estats de ce roiaulme. »

Ces premiers témoignages concernant, dans nos registres échevinaux, le siège de Saint- Valéry, vont être continués et éclaircis par les historiens de nos villes de la Somme.

« Vers la fin d'octobre, le duc d'Aumale vient luimême assiéger Saint-Valéry. » — Journal historique de Jehan Patte, bourgeois d'Amiens, publié par M. J. Garnier, Mèm. des Antiq. de Pic, 2e série, t. JX, p. 251. — « En octobre, nous dit le P. Daire, les Amiénois envoient des

(1) Le maieur.

(2) D'Afebeville.

poudres au duc d'Aumalo campé alors devant Saint- Valery,mais le duc en ayant demandé quatre milliers

pour l'aire le siège de Pont-ttemy (1), PEchevinage d'Amiens s'excuse d'en envoyer davantage. » — Hist. (V Amiens, t. 1er, p. 301). — « Les Ligueurs, nous dit enfin M. Louandre, —Hist. d'Abbeville, t. H, p. 74, — prennent Saint-Valéry le 2 novembre. » Si cette dernière date est tout-à-fait exacte, ainsi que nous avons lieu de le croire, la nouvelle du succès n'arriva pas très-rapidement à Amiens. M. Garnier a relevé dans les registres de PEchevinage d'Amiens : « Le 5 novembre 1592, Messieurs ont ordonné, adfin qu'il plaise à Dieu bien tost réduire la ville de St-Vallery en l'obéissance de l'Union, laquelle est à présent siegée par M?r le duc d'Aumaîle , gouverneur de ceste province , Monsieur l'evesque d'Amiens sera supplié de faire faire quelques prières et dévotions publicques et autres. » — Mêm. des Anliq. de Pic, 2e série, t. IX, p. 2 i> î . — Quoi qu'il en soit, aux opérations devant Saint-Valéry se rapportent sans doute les indications que je rassemble ci-dessous (2).

(t) Il y a lu une erreur. Le Pont-Remy appartenant à la Ligue, le duc d'Aumale n'avait pas besoin d'en faire le siège. Il y avait, au contraire, un quartier. Dans son édition du Journal de Jehan Patte, M. Garnier nous fournit un extrait exact de la délibération de PEchevinage d'Amiens. Le duc avait écrit « du camp devant Saint- Valéry qu'on lui envoyât promptement au Pont-de-Remy 4000 de poudre. » 11 n'est aucunement question de siège de Pont- Remy. L'Echevinage d'Amiens répond le 6 novembre.

(2) Nous pouvons suivre, dans le registre aux comptes de 1592-1593, une partie des opérations; beaucoup des paiements sont faits assez longtemps après le siège :

« Payé à (deux noms peu faciles à lire), la somme

de quatre escus, sur et tant mo'mgs du voiage qu'ils ont l'aict à St-Vallery avec leurs gribennes porter des fagots et planches

Le duc de Mayenne et le duc d'Aumale ont à cœur, on le voit ensuite, de conserver la ville récupérée. Ils s'attachent à tenir en éveil Abbeville en l'avertissant de dangers qui la menacent elle-même, disent-ils.

nu camp estant aud. lieu; ordonnance du troisiesme jour de novembre (1592), cy imesc.

« A Jacques de Machy , Lienard de Vismes et aultres gribenniers, la somme de quatre escus , pour avoir faict deux voiages et porté au camp à St-Vallery quatre cacques de pouldre à canon et cincq mils pains; ordonnance du sixiesme jour de novembre, cy mrc.

« A Pierre Larcher, gribennier, la somme de deux escus, pour avoir mené au camp devant St-Vallery des pouldres et aultres choses nécessaires pour le siège; ordonnance du douziesme dud. mois (de novembre), cy. . . . . ncsc.

« A Jacques de Machy, Nicolas Lamiré et Lienard de Vismes, helletiers [?], la somme de six escus, pour avoir faict trois voiages avec leurs basteaux aud. lieu (St-Valery) et avoir raporté des balles à canon après la redition de lad. ville ; ordonnance du 12 novembre, cy viesc.

« Aux m ai s très brouttiers, la somme de soixante-quatre sols, pour avoir porté du pain de l'Echevinage au basteau ; mandement du 12 novembre, cy. . ; lxiiii8.

« A Nicolas Fuzelier et Estiennc du Preel, six escus, pour avoir reconnu et faict rapporter dud. camp (de St-Valery) plusieurs balles à canon et aultres choses; 13 nov., cy. . vrc.

« A Loys Morgant, Me charpentier, la somme de cinq escus vingt-quatre sols, pour ouvrage de son mestier faict aud. siège de St-Vallery; ordonnance du 13 novembre, cy. . vesc xxiiii8.

« A Nicolas Sauvage, Me mareschal, la somme de vingt-trois escus quarante-trois sols, pour ferrures par luy fournies à i'attellage du canon mené aud. siège; ordonnance du 16 novembre, cy xxmese xliii'.

« A Jacques Bouffeau (ou Bruffeau), charron, vingt-six escus cinquante-trois sols, pour ouvraiges de son mestier faicts aud. canon; 13 novembre, cy xxviesc Liif.

« A Gilles du Bos, Pierre Morel et Honoré Le Roy, gorreliers,

Le maieur reçoit, le XII novembre, des lettres de Mër de Maienne datées du VIII de ce mois. — Le duc de Mayenne avertit d'une entreprise « quy se doibt faire sur Àbbeville par Monsieur de Longueville et le sieur

pour marchandises et ouvrages de leur mestier pour ratlcllagc dud. canon, soixante-six escus; ordonnance du 1er décembre, cy Lxvi"°.

« A Nicolas et Guy de Vinchenoeul, Ma* cordiers, demeurant en lad. ville (d'Abbevilie) , soixante-dix escus, pour cordages emploies à l'attellage dud. canon; ordonnance du 5 décembre, cy lxxpsc.

« A Jehan Gourdin et Loys de Doullens, eschevins de lad. ville (d'Abbevilie), depputlés pour mener Jed. canon devant lad. ville de St-Vallery et donner ordre, V expédition [?] faicte, que led. canon et ce qui resteroit de munitions fussent ramenés, la somme de quarante et ung escus quarante-trois sols par eulx fraie'e et despencée durant led. voiage, comme appert par Testât desd. frais ve'riiiés aud. Echevinage , le quatriesme jour de février, cy xliosc xxxm3 (sic).

« A Gilles Andassé, marchant de vin, douze escus, pour deux cens de chimeau ou mesche à harquebuzc par luy livrés et emploies aud. siège; ordonnance du VI novembre, cy. . xncsc.

« A Claude Mallct, quinze escus, pour pouldre à canon par luy livrée et portée aud. siège; ordonnance du 5 novembre, cy xvesc.

« A Jehanne Michelle, plombière, cinq escus quarante sols, pour balles de plomb pour le siège; ordonnance du 12 novembre, cy . . vcsc xls.

« A plusieurs chartiers de la ville, banlieue et fauxbourgs emploies avec leurs chevaulx à la conduicte du canon, où ils auroient esté occupés depuis le premier jour dud. mois de novembre jusques au quatriesme d'iceliuy, la somme de vingt et ung escus; ordonnance du quinziesme jour dud. mois de novembre, cy xxict.

« Jehan et Nicolas Gruel, Estienne du Preel, Jehan de Bailloeul, Adrien Briet, Jehan de Liarcourt, Jehan Ernoult, Nicolas Regnault, Jehan Oblet et Eustache de Cailly (habilans cTAbbein 2

de Humières quy se sont à ceste fin depparlis d'avecq le roy de Navarre avecq les trouppes de Picardye. » — L'Echevinage arrête (XII novembre) que l'on doublera les gardes et que « Ton fera sortir de ceste ville tous et chacuns des estrangers et gens de guerre, et

ville, leur profession n'est pas indiquée), reçoivent trente écus pour avoir vacqué chacun par l'espace de douze jours aud. sie'ge et pour raison d'icelly ; ordonnance du XXIUle du mois de novembre, cy xxxec.

« A Claude de Vienne, quatre escus et quarante-huict sols, pour lanternes par luy livrées et portées aud. siège ; ordonnance du unziesme jour de novembre, cy. , nii"c xlviii'.

« A divers boulangers de la ville (d'Abbeville), quarante-sept escus cinquante-sept sols six deniers, pour pain de munition employé aud. siège; appréciation l'aicte dud. pain, par les eschevins à ce commis, du vingt-sixiesme nov., cy. XLVHesc lvii\

« A Jehan Darras, serrurier, trente- neuf escus cinquante-cinq sols, pour picqs et pelles ferrées par luy, fournies et livrées pour led. siège, et pour ferrures aplicquées au canon, seilon qu'il est arresté par les esr.hevins commis à la vériflication des irais dud. siège, le pénultiesme jour dud. mois de novembre,

Cy XXXIXe" LVS.

« A Bertrand Gaignereî, marchant linger, quatre escus cinquante-quatre sols, pour loilles par luy livrées à faire sacqs pour porter aud. siège; ordonnance du 28 nov., cy. . mrc uni*.

« A Estienne Du Frien, cinq escus, pour plusieurs voiages et vaccations par luy faictes durant led. jour; ordonnance du deuxiesme jour de janvier 1593, cy veiC.

« A Jehan Guenard, François Dupuis et aultres gribenniers, six escus deux tiers, pour avoir, avec huict gribennes, passé la rivière aux troupes de Lorraine pour éviter qu'ils entrassent eu la ville; ordonnance du quatriesme jour dudict mois de janvier 1593, cy vi"c il'.

« A Gabriel Le Vasseur, eseuier, sieur d'Où ville, la somme de treize escus vingt sols, pour deux chevaulx quy luy auroient esté prins et emploies à Tattellage du canon conduict aud. siège, lesquels auroient esté perdus ; estimation faicte desd. chevaulx

qu'à ceste tin les cappitaines des quartiers se transporteront chacun en leur quartier pour en faire recherche; mesmement que Ton donnera tout promptement advis à Monseigneur d'Aumalle estant en la ville d'Amiens dud. avertissement. »

par lesd. eschevins et ordonnance du treiziesme mars aud. an, ey xnrc xxs.

« A Guillaume Buiret, hoslellain, la somme de deux escus quarante-sept sols six deniers, pour la nourriture de quelques chevaulx arrêtes et mis à la fourrière en sa maison pour servir aud. sie'ge; ordonn. du XVJile de mars, cy. . . ncc xlvii5 vr1.

« A Gilles Morel, Pierre du Bos et Honoré Le Roy, gorreliers, trente- quatre escus vingt sols, pour colleaux, bassets, brides et aultres enharuachures par eu!x fournies pour les chevaulx de Fattellage dud. canon; ordonn. du 2 janv.. cy. xxximec xx\

« A six gribenniers, la somme de trente-six escus à eulx ordonnée et taxée par Monsieur le généra! [?] de Herte [?], pour voiages par eulx faicts avecq leurs gribennes pendant led. siège, comme apert par leur requeste et ordonnance dudict sieur de Herte estant en fin d'icelle du XXXI et dernier jour de décembre audict an Ve IIH" XII, cy xxxvicsc.

« A Nicole (ou Nicolas) Levesque et vingt pionniers envoies aud. siège de Sainct-Vallery avec led. canon pour servir à faire les tranchées, et aultres manoeuvres requis pour placer la batterie, la somme de quarante-trois escus vingt sols, assavoir à chacun desd. pionniers deux escus, et aud. Levesque, leur conducteur, la somme de trois escus vingt sols; ordonnance du troisiesme jour de juillet, cy XLinesc xx\

« A Nicolas de Campaigne, cinq escus vingt sols, pour pouldnà canon par luy livrée an gouverneur de lad. ville de Sainct- Vallery; ordonnance du XVe jour de janvier, cy. . . v"c xx\

« A ledict Griffon payé et mis es mains de M" Jacques du Caudas, eschevin de lad. ville en lad. année, et soubs son récé- [iicé. la somme de cent escus d'une part et trois escus d'aultre, pour emploier au paiement des frais dudict Sainct-Valîery, et dont led. Ducandas auroit promis faire bailler mandement eu lionne forme aud. Griffon ou le faire rembourser par led. G;ii-

On reçoit, le vendredi Xlll novembre, des lettres du duc d'Aumale . gouverneur de Picardie , alors à Amiens.

Le duc d'Aumale mande * que l'on envoie en toutte dilligence en la ville de Sainct-Wallery, pour la conservation de la place (1), trois cacques de pouldres de la pesanteur de deux cens livres avecq promesse de les faire remplacer. » —On répondra au duc « qu'on ne poeult fournir lesd. pouldres pour le peu qu'il y en a en ceste ville, en aiant esté tout freschement tirés de magasins d'icelle pour la reprinse de Sainct-Wallery le nombre de quatre milliers et pour aultres considérations quy luy seront représentées. » —On le suppliera même « de faire remplacer les quatre milliers pour crainte que i'ennemy tournant devers, comme il y a apparence, la ville n'en demeure desgarnie. »

Le duc d'Aumale ne se lassait pas de demander, mais il remboursait peu.

Lecture est donnée, dans l'assemblée échevinale du

gnerel, commis à la recepte des nouveaux imposts, comme il appert par led. récépicé datte des dix cl XX11I jours de février dudict an (1593), cy rendu, avec la sommation faicte à la veuve dud. Ducandas, le troisiesme jour de septembre Ve MI" dix-sept, de fournir à lad. promesse, etc., cy cnrc. »

Malgré toutes ces explications, le procureur du roy et le procureur de la ville s'opposèrent, lors de l'audition des comptes, à la réception de l'article ci-dessus. Que la somme ait été alors allouée ou non à l'argentier Griffon, peu nous importe pour ces annales.

(1) Quelques-unes des dépenses relevées dans la note qui prépeuvent s'appliquer aux précautions prises alors peur la conservation d'une place si disputée et que le roi ne devait pas tarder à fane attaquer de nouveau.

XIIIIe jour do novembre, d'une lettre de M. du Candas, député d'Abbeville en la ville d'Amiens. M. du Candas a écrit de cette dernière ville « touchant le reffus faict par Monseigneur d'Aumalle d'allouer les frais faicts par la ville d'Abbeville (1) pour la reprise de la ville de Sninct Wallerj. » — On ne voit pas la résolution de l'Lchevinage sur ce point, non plus que « sur l'exécucution de ce quy a esté cy-devant pourparlé pour le repos du laboureur et main-levée des biens saisis, » dont il est question aussi dans la lettre du sieur du Candas.

Le XXVI novembre, le maieur expose que Ms* d'Aumale désire « le paiement des cincq compaignies estans dans Sainct-Wallery et de la compaignie de Mr de Rambures. » — Le duc d'Aumale traite aussi la question du nouvel impôt « de deux escus par tonneau de vin et autres marchandises en la ville de Sainct-Wallery*.. pour les frais de la reprise de lad. ville, » etc. L'importance de ces affaires les fait soumettre d'abord aux « chambres » et en fait ajourner la discussion au samedi XXVIIIe du mois.

Le samedi suivant donc, assemblée générale au son des deux cloches. Tous les avis sont rapportés, * tant de messieurs les ecclésiastiques et de la noblesse que de

(1) » Le 22 février 1593, ie sr de Drancourt a mis au greffe (du bureau des finances d'Amiens) Testât des frais faits par Mr le duc d'Aumale au siège et prinse de la ville de St-Valery au commencement de novembre 1592, outre les frais des maieur et éehevins d'Abbeville dont ii fait estât séparé, montant ledit estât à la somme de quatre mille quatre cent quatre-vingt-quinze livres cinquante sols, en date du premier jour de décembre ensu;vant dernier passé. » — Dom Grenier, tome 100, fol. 520.

tout le tiers estât, justice, maieurs de bannières représentais le poeuple, communaulté des marchans, enfin l'advis des maieur et eschevins. »

L'assemblée décide qu'il sera remontré à Msr d'Au maie « que les cinq compaignies des gens de pied quy' sont dans Sainct-Wallery et font partie du régiment de gens de pied de Picardie et la compaignie de Monsieur de Kambures doibvent estre paiées des deniers de la généralité de ceste province (je passe les considérations à l'appui).

« Pour éviter à la despense excessive qu'il conviendroit continuer pour entretenir en lad. ville de Sainet- Wallery ung tel nombre de gens de guerre, oultre les oppressions insupportables du plat pais d'allenviron, et oster tout subject à l'ennemy d'y plus entreprendre et attenter, le duc d'Aumalle et M?r de Maienne seront suppliés de la vouloir faire desmanteler.

« Pareillement seront suppliés nosd. seigneurs ne voulloir mettre sus aucunes nouvelles daces ou im positions sur le vin, marchandises et bleds aud. Sainct- Wallery ny ailleurs pour la conséquence que cela pourroit apporter à toutte la province et estranger (éloigner) les marchans de communicquer ny apporter marchandises en la rivière de Somme, et que, au cas que mond. seigneur d'Aumalle voeulle exécutter Testablissement qu'il a fait deppuis la prise de lad. ville d'un impost de deulx escus sur chacun tonneau de vin et aultres marchandises et Vs sur chacun septier de bled contre les privilléges et libertés de la communaulté (ou plutôt des commttnaultés) , que Ton s'\ opposera formellement.

« (v)uant au regard de la main -levée des biens, repos

du laboureur et liberté du commerce cy-devant plusieurs fois agitée, mesmement ces jours passés en la ville d'Amiens, sellon les lettres escriptes par mond. seigneur, a esté unanimement advisé que les dellibérations cy-devant faictes pour le repos du laboureur, main-levée des biens et liberté du commerce seront poursuivies et mises à exécution en toutte dilligence et prompteraent, et par mesme moien que l'on envoira vers mond. seigneur de Maienne pour l'informer et luy faire entendre tout ce quy s'est cy-devant passé pour ce faict, et qu'en procurant le repos du laboureur, main-levée et liberté du commerce, l'on s'est conformé à son commandement et ordonnance sans voulloir aucunement préjudicier à la saincte union en laquelle chacun voeult continuer vivre et mourir. »

En cette assemblée encore on revient sur quelques impôts que la ville avait établis elle-même.

Il est proposé en effet, « tant par la communauté des marchans que aultres, que les impositions mises sus à la fin de la mairie dernière (la mairie de 1091-1502) ou sur le commencement de la présente, sont cause de rompre et d'arrester entièrement le tralicq en icelle, les marchans, pour éviter la subjection et paiement d'iceulx, faisans conduire et passer leurs marchandises par le Pont-Dremy et ailleurs au dessus et au-dessoubs de ceste ville à laquelle, par ce moien, lesd. imposts sont de fort petit prouftit et ne servent que pour paier les gaiges de ceulx quy y sont commis. » — On décide donc que les impositions mises sur l'entrée des marchandises au mois de juillet dernier « à l'exemple de l'assiette quy en avoit esté apportée d'Amiens sur l'espérance d'en entretenir quelques gens de guerre,

ce quy ne se seroit peu faire, seront mises bas et ne se lèveront plus aujourd'huy pour la liberté de la ville et pour attirer plus facilement les marchands et marchandises en icelle. »

Le vendredi XXVIIIe jour de novembre (1). le sieur de Famechon , échevin de la ville d'Amiens, est introduit en l'Echevinage d'Abbeville « avec lettres de crédence de TEchevinage d'Amiens. »

Le registre aux délibérations d'Abbeville se tait sur les lettres qu'il apporte de la part de M*' le duc d'Aumale et de Messieurs de la ville d'Amiens, ainsi que sur la conférence qui suivit, dans la chambre du conseil ; la lecture de ces lettres et sur la réponse qui y fut faite.

Nouveau siège de Saint-Valéry.— Le duc d'Aumale cherche à défendre cette ville et ne peut la sauver. — Les Etats généraux. — Convocation de ces Etats par le duc de Mayenne. — Indifférence des habitants d'Abbeville pour l'élection de leur député. — Jean de Maupin désigné par hasard « pour comparoir à l'assemblée de Paris » au nom de la ville. — Les habitants d'Abbeville prennent plus à cœur « le repos du laboureur » et l'obtention, par réciprocité, de la jouissance des biens détenus par l'en-

(1) Le 19 du même mois, voyons-nous dans le P. Daire, les Amiénois ayant appris que les habitants d'Abbeville voulaient se renfermer dans la neutralité, leur écrivirent sur-le-champ pour conjurer h défection, « et, le 25 suivant, Pierre Famechon fut député pour détourner ce coup. » — Hist. d'Amiens, p. 310. — Hâtons-nous de dire qu'il s'agit moins, dans ces craintes, d'une défection politique que de négociations pour « la jouissance des biens des deux partis » et « le repos du laboureur, » question que nous avons déjà remontrée et que nous rencontrerons encore.

nenii.— Députes envoyés à Beauquesne pour ce sujet.— Un arrêté de M. de Mayenne. — Excès commis par la garnison ligueuse de Pont-Remy. — L'Eclievinage d'Abbeville reçoit la plainte et prend la défense de gens arrêtés et dépouillés par elle. — Le duc de Mayenne demande l'envoi de députés aux Etats. — Election, régulière cette fois, de Jean de Maupin. — L'Ecbevinage veille au paiement des compagnies d'hommes d'armes. — Il repousse les prétentions des religieux de Saint-Valéry. — Paiement à M. de llucqueville de l'indemnité convenue pour son gouvernement. — Toutes les clefs de la ville entre les mains des bourgeois. — La garnison royaliste de Rue plus inquiétante pour Abbeville que celle de Saint-Valéry. — Abbeville demande au comte de Mansfeld d'attaquer Rue, puis Saint- Valéry. — Paysans au désespoir. — Ils se réfugient dans la ville où les sergeans pour la taille et le sel les arrêtent. — L'Echevinage les prend sous sa protection. — Défense de vendre les vivres à prix au-dessus des taxes. — Précautions militaires de la ville

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