NOUVEAU SIEGE ET NOUVELLE PRISE DE SAINT -VALERY
La ville de Saint-Valéry devait, à peine prise, rappeler sur elle les troupes royales. Le duc de Longueville vient l'assiéger, « assisté des sieurs de Humières, La lioissière et autre noblesse de Picardie, et de quatre mille Anglois ; » il passe devant ses murs « sur la paillasse » et la cuirasse au dos, plusieurs nuits des mois de décembre et de janvier, très-rigoureux en cette année. — Legrain, cité par M. Louandre
Dès le commencement de décembre, le duc d'Aumale est accouru, non à Saint-Valéry, mais à Abbeville d'où il cherche à fortifier, à approvisionner et à défendre la ville qui lui a fourni son dernier triomphe.
Le saraedy cinequiesme jour de décembre, le rnaieur expose à PEchevinage que, le matin même, il a été donner le bonjour à Msr d'Aumalle arrivé la veille dans la ville. M?r d'Aumale lui a dit « qu'il désiroit fane loger sa cavallerie au faulbourg de Rouvroy pour s'en servir à la conservation de la ville de St-Wallery que l'ennemy a investie et l'aict estât de siéger. >• Le
maieur a donc tait sonner la cloche pour répondre au duc. L'assemblée décide « que l'on suppliera mondict seigneur de voulloir espargner led. faulbourg quy depppnd de la ville et qu'il luy plaise les faire loger à Arrests(l) et aultres lieux forts où ils poeuvent estre en seureté. En cas qu'il insiste de ce faire, que Ton luy accordera pour la conséquence, et sera supplié d'y donner bon ordre et les faire tenir en bonne discipline, en sorte que les habitans dud. faulbourg n'en souffrent le moings de dommaige que faire se pourra. »
Le XYI décembre, la ville achète une assez grande quantité de poudre d'un marchand d'Auxy.
Les gens de guerre pillaient comme à leur ordinaire (2).
Formentin donne, en son histoire manuscrite, sur la nouvelle prise de Saint-Valéry, des détails que j'ai reproduits autrefois (Histoire de cinq villes, Saint- Valéry, p. -103) et auxquels je ne me fie plus. Suivant Legrain {Décade du roy Henry -le- Grand), le duc de Longueville
(1) Arrest, village du canton de Saint Valéry, dans une petite valle'e qui descend vers Neuville. Le clocher d'Arrest n'est guère qu'à six kilomètres et demi, en ligne directe, des murs de la haute ville de Saint- Valéry. La distance entre le hameau de Catigny, simple rue d'Arrest, et la Ferté-lès-Saiut- Valéry, n'est, en ligne directe, que de quatre kilomètres et demi. Aujourd'hui, le chemin de grande communication de Gamaches à la Fertélès-Saint- Valéry traverse Arrest et Catigny.
(2) « Le deuxiesme jour de janvier a esté receu de la vente d'une jument, d'ung poullain et une vasche sauvé.s sur les gens de guerre, les droits de sauvage et nourriture à la fourrière desdicts hestiaulx paye's, ensemble le sallaire du sergeant qui en auroit faict la vente. la somme de unze eseus vingt sols, cy xie,c xx'. »
ne prit Saint-Valerj que dans le courant de janvier. — M. Louandre, Hist d'Abbeville, t. If, p. 75. — Un extrait des registres du bureau des finances d'Amiens rejetterait l'événement au mois de décembre 1592 (\). D'un autre côté, nous voyons dans nos registres échevinaux, à la date du 8 janvier, que l'ennemi « tient led. lieu de Saint-Valéry. •> - Excuses de la ville à Mme de llucqueville qui réclame le prix du gouvernement de son mari. Assemblée échevinale du VIII janvier 1593.
Nous approchons des fameux Etats de la Ligue. Les révélations de nos registres ajouteront peu sans doute à l'histoire générale, aux dépositions sérieuses ou satiriques du temps, au journal de Lestoile, à la Ménippée; contentons-nous de moins. L'étude de l'opinion, de la marche des esprits, dans une ville d'importance honnête, à Pavant-garde de la Ligue, est une part assez belle encore et doit nous suffire. Nous allons voir combien difficilement, à la date où nous sommes et dans la fatigue envahissante, les questions de vie <m de mort proposées aux discussions parviennent à émouvoir, à ranimer une passion qui commence à calculer.
Depuis quelque temps on a entendu parler , sans renseignements bien précis, d'Etats qui doivent se tenir à Soissons. puis on a appris que ces Etats s'ouvriraient à Paris. Le S janvier, on ne confiait pas encore ledit
(1) .< Un particulier demande qu'il lui soit passç contrat
de constitution de rentes, par les trésoriers, d'une somme qu'il a prestée aux habitans de Saint-Valéry auprez de qui il ne peut se pourvoir, parce que la ville a eV reprise par les ennemis depuis le v» décembre dernier. . . . Celte demande est du 26 mars 159:;. — Accorde. » ii est fort probable que le malheureux prêteur a confondu dans son trouble I1 'investissement et la prise de la ville.
date du 5, par lequel le duc de Mayenne les a convoqués au Louvre pour le 17 du même mois, mais on a été averti d'élire des députés. L'empressemjnt pour cette élection ne paraît pas vif; il est vrai qu'on en ignore encore l'importance, qu'on ne sait rien de la grande affaire dévolue aux députés futurs, le choix d'un roi. Un intérêt prime tous les autres, la subsistance, 1 aisance commune à assurer, « le repos du laboureur, » la liberté à rendre aux biens détenus par les deux partis.
Nous saisissons ces divers points de l'opinion et des préoccupations indolentes ou actives dans le procèsverbal d'une simple assemblée échevinale du S janvier.
Des lettres de M?r de Mayenne, précédemment reçues, ont déjà engagé à envoyer « des depputés de ceste ville et du pays pour l'assemblée des Estais convocqués en la ville de Soissons ; » mais depuis on a reçu a\is des villes d'Amiens et autres que « lad. assemblée estoil remise à Paris. » M§r d'Aumale, étant dernièrement dans la ville, a dit au maieur avoir reçu lettres de mond. seigneur (de Mayenne) l'avertissant que l'assemblée « tiendroit drès le premier jour de ce mois en lad. ville (de Paris), affin d'y envoier de nostre part. » Le maieur n'a reçu d'ailleurs, depuis, aucun mandement particulier.
Le maieur a cependant avisé « encore que plusieurs habitans aient plusieurs fois remonstré qu'il estoit besoing pour la conséquence, division et désordre où touttes affaires s'en vont réduictes, d'envoier aud. lieu pour entendre Testât des affaires et faire, outre cela, remonstrance particulière pour lé bien et repos de ce pays, et que, cejourd'huy, aiant esté adverti que Mon-
sieur de Maupin, antien maieur, s'en alloit aud. lieu de Paris pour aucunes siennes affaires, ne voullant laisser perdre ceste occasion pour la ville quy a d'ailleurs pour son particulier plusieurs affaires à poursuivre tant au conseil privé qu'au parlement, » le maieur a donc avisé de l'aire faire celte assemblée.
L'assemblée approuve, et le sieur de Maupin sera prié de vouloir comparoir à l'assemblée de Paris avec procuration et mémoires pour les affaires tant générales que particulières. Pour dresser ces mémoires seront appelés céans, aujourd'hui même, les anciens maieurs et les gens du roy.
Ainsi le futur maieur, Jean de Maupin, appelé à remettre l'année suivante Abbeville au roi, n'est nommé ici député aux Etats que par raccroc. On ne paraît pas attacher grande importance à cette délégation et on passe immédiatement, ce même 8 janvier, à l'intérêt qui occupe tous les esprits, le soin des fortunes privées, il est donc décidé, séance tenante, sur des lettres reçues de Mr de Longueville et du sieur de Caumartin « touchant la conférence projetée pour le repos du laboureur, » etc., que des députés seront envoyés pour cette conférence vers M. de Caumartin, à Beauquesne, et que Von demandera pour ces députés des passeports à Msr d'Aumale.
La question revient quinze jours plus tard. Le XXIIIe jour de janvier, en assemblée des estais par-devant J. Bernard, lieutenant général, et C. Manessier, maieur, les avis de toutes les chambres et collèges sont rapportés « su/ le l'aict de la response faicte par Monseigneur de Longueville aux articles quy
luy ont esté proposés (1), seignament sur le sixiesme article. »
Nous ne pouvons savoir ce qui fut résolu, le procèsverbal s'arrêtant sur ces mots et le registre passant immédiatement au mois de février (2).
(1) Dans les mémoires dressés et par les députés maintenant de retour.
(2) La question d'argent était devenue la plus importante partout. Voici un arrêté qui ne se rattache pas aux négociations ouvertes par Abbeville avec le duc de Longueville, mais que je ne puis placer qu'ici en raison d'une sorte de relation lointaine. C'est un arrêté du duc de Mayenne, du 24 février, dont les considérants montrent les habitants de Paris aux abois comme ceux d'Abbeville. Cet arrêté, tel que je le reproduis, a été extrait par Dom Grenier des registres du bureau des finances d'Amiens:
Deffenses aux gouverneurs capitaines de villes, chasteaux, maires, échevins, etc.
« Charles de Lorraine, à Mr5 les gens , sur les plaintes
qui nous ont esté faictes par les prévosts des marchands et échevins que par les officiers royaux et autres habitans de ceste ville de Paris, afin de remédier et pourvoir à la grande nécessité qui est entre eulx, mesme es meilleures et plus honorables familles, laquelle procédoit de la non jouissance de leurs biens et revenus, dont ils avoient accoustumé jouir, tant de leurs maisons et héritages des champs que de ceux estans en ladite ville, ensemble des gaiges et esmolumens de leurs offices et rentes qu'ils ont assignées sur l'hostel -de-ville, greniers à sel de ce royaume, desquels gaiges et rentes le paiement des arrérages leur est discontinué, pour estre les deniers affectez audit paiement retenus et destournez par les gouverneurs des provinces, villes et chasteaux, maires, maieurs eteschevins, consuls et capitouls d'icelles villes, prenant prétexte que lesdits deniers sont par eux emploiez au paiement des gens de guerre, fortifications et réparations de leurs dites provinces, villes, chasteaux et places fortes pour la conservation d'icelles, combien que la pluspart desdits deniers
Nos registres échevinaux ne nous donnent pendant plus de deux mois, si j'en juge sur les extraits que j'ai faits attentivement, aucune nouvelle des Etats.
Rappelons seulement que ces Etats, convoqués poulie 17 janvier, au Louvre, ne furent ouverts que le *2G.
tourne à leur proffit particulier, au grand intérest et préjudice «le plusieurs particuliers de ceste dicte ville de Paris, qui n'ont autre moien de vivre, tellement que depuis quatre ans en ea, l'on ne peult dire que aucuns deniers desdites natures ayent esté apportez en ceste dite ville de Paris pour l'acquit desdits gaiges et rentes : ains au contraire que pour les grans affaires qui sont survenus en icelle depuis ledit temps, ayant esté assiégez, comme chacun sçait, durant quatre ou cinq mois, et quasi toujours depuis bloquez et environnez des ennemis, on a esté réduit en telle nécessité pour subvenir auxdites affaires et à la nourriture et entretenement des gens de guerre qu'il a convenu y admettre pour la conservation d'icelle, faire achat de munitions de guerre dont elle avoit esté épuisée par ledit siège, et s'aider d'une partie des deniers provenans des fermes d'icelle ville affectez auxdite$ rentes, desquelles sont dues six années d'arrérages sur ladite ville, et de celles sur le sel quatre années, et qui pis est, les vivres entrans dans ladite ville pour leur nourriture ont esté et sont encore surchargés de grands et insupportables dons pour subvenir aux affaires communes d'icelle ville : lesquels deffauts de jouissance de leurs revenus, gaiges et émolument de leurs oflices, arrérages de rentes et surachapts de vivres les auroient réduicts en telle pauvreté et si extrême nécessité, qu'aucuns auroient esté contraints habandonner leurs maisons et autres biens de ladite ville, leurs parens et amis, se retirer aux champs et exposer à la mercy des voleurs et pilleurs, de la main desquels il n'auroient sceu se garantir ; autres seroienl misérablement morts de faim en ladite ville, et la pluspart de ceux qui restent seront forcés s'en retirer pour la mesme nécessité, et par ce moien, continuant cette misère, la capitale ville de la France demeurera déserte et exposée en proyeaux ennemis, au troz grand regret de tous bons catholicques, vrays François, si bientôt ne leur est donné allégement, et ordonné que les
En l'intervalle cependant, du 8 janvier à la fin de mars, Abbeville fut toujours vaguement représentée à Paris par Jean de Maupin. Je ne remarque, dans le même intervalle, aucun fait de guerre du côté de Rue ou de Saint-Valéry, mais la petite garnison ligueuse du
deniers affectez au paiement de leurs gaigcs et arrérages de rentes soient rendus, délivrés et distribuez, comme ils sont destinez, sans estre divertis ni employez ailleurs, comme ils ne peuvent estre employez à meilleurs effects : INous, à ces causes, ayant trouvé leurs remontrances véritables et requeste très juste et raisonnable, et afin de donner moien à ceux tenans ce party, soit officiers ou autres ayans rentes sur ladite ville et greniers, de pouvoir vivre et subsister et supporter lesdites despenses,
avons, par l'advis du Conseil d'Estat, déclaré et ordonné
que tous lesdits deniers affectez au paiement des gaiges desdits officiers et arrérages de rentes, assignez sur les tailles, aides, et subsides, fermes, et impositions vendus et engagez à icelle ville, biens ecclésiastiques et décimes, recepte générale et particulière, et greniers à sel de ce royaulme, soient doresnavant apportez ou envoiez en icelle ville, ainsi qu'ils ont esté auparavant les présens troubles, sans qu'ils puissent estre divertis ni retenus pour autres affaires, ni soubz quelque couleur et prétexte que ce soit, tant par lesdits gouverneurs que autres qui, par ci-devant, ont eu le maniement desdits deniers : Faisant très expresses deffenses ;mxdits gouverneurs de provinces, villes, cités, chasteaux et forteresses, maires, échevins, consuls, capitouls et jurats d'icelles, et autres officiers sur lesquels notre pouvoir s'estend, les prendre, enlever ni retenir en aucune sorte et manière que ce soit, ains les laisser recevoir par les receveurs particuliers et officiers à cest effet commis et ernploiez, pour les distribuer comme il leur
est prescrit et si, par importunité ou autrement, nous
avons cy -devant accordé ou accordons cy-après quelques assignations ou ordonnances sur ladite nature de deniers, nous avons icelles révocquées et révocquons, sans qu'elles puissent sortir aucun effect ny que Ton y ait aucun égard, le tout conformément à l'arrest du Corfseil d'Estat du 23 novembre 1590: faisant
Pont-de Remy, sous le commandement du sieur de Griboval, se comporte assez mal et pille des bateaux , arrête des marchands, s'empare de leur argent et de leurs marchandises.
Des Ecossais ont élé arrêtés et dépouillés ainsi ; ils réclament assistance de la ville.
Le VIIIe jour de mars , le procureur de la ville (Tillette) expose que «Jehan Falton, maistre de navire, et les compaignons de son esquipaige en nombre de dix-sept à dix-huict personnes, ont présenté requesle pour informer de la prise i'aicte sur eulx d'une partie des deniers proceddans de vins qu'ils avoient amenés en ceste ville, ensemble quelques marchandises qu'ils avoient acheptées estans en une gribenne, par les gens du sieur de Gribovai tenans garnison au Pont Dremy, mesme aucuns dud. esquipaige emmenés prisonniers. »
aussi très expresses deffenses aux trésoriers de l'cspargne et à tous autres trésoriers ordinaires et extraordinaires, présens et ad venir, de. donner aucunes rescriptious, mandement et attachés sur lesdites natures de deniers aux receveurs généraux et particuliers et paieurs les acquitter ou distribuer, mesmes aux gouverneurs desdiles provinces, villes, etc., d'en ordonner, les retenir ou empioier, comme dit est, à autre effet que ceux pour
lesquels ils auront esté levez, destinez et ordonnez Donué
à Paris, le 4 février 1593 ; ainsi signé Charles de Loluuine.
« Semblable deffense et en termes plus forts aux gouverneurs qui, non contents de s'emparer indûment des deniers
publics, usurpoient i;i puissance roya'e en levant de leur autorité privée de nouvelles impositions sur toutes sortes de marchandises, etc., de la part des Etats généraux tenans à Paris, sous peine d'être procédé pour la restitution contre lesdits gouverneurs extraordinai rement, et contre leurs héritiers jusqu'à la
quatrième génération avec révocation de tous pouvoirs non
vériliez, ie 17 mars 1593. » — Dom Grenier, t. 100, f° 511. m 3
Le procureur de la ville faisait comparaître les témoins devant l'Echevinage même , quand on fut avisé que M. ***, lieutenant de robe courte, avait déjà fait l'information. Après quelques avis échangés, on décida que « led. sieur lieutenant instruiroit le procès desd. Escossois (î) jusques à sentence exclusivement, à la charge de rapporter led. procès par-devant nous (par-devant l'Echevinage) pour icelluy juger, et même de faire lad. instruction avec le procureur de la ville, attendu qu'il est question de mattières d'estat et faict militaire. »
Ces Ecossais pouvaient ils être suspects de connivence ou de relations avec le parti du. roi? Rien ne le prouve dans nos registres. L'affaire revient bientôt, et l'Echevinage, délivré de toute indécision, prend chaudement la défense de Jehan Fatton et de son équipage, et dénonce énergiquement la conduite de la garnison de Pont-de-Remy.
« 11 est besoing, juge-t-on le XVI mars, d'adviser sur l'ordonnance faicte par Msf le duc d'Aumalle, » — ordonnance mise au bas d'une requête présentée par « aucuns soldards de la garnison de Pont-Dremy, affin qu'il pleust à mond. seigneur déclarer de bonne prinse les Escossois quy ont esté prins prisonniers amenant des commodités en ceste ville et l'argent qu'ils avoient sur eulx, — pour envoier ung depputté de cest eschevinaige en la ville d'Amiens pour estre présent au reiglement qu'il prétend sur l'apport desd. marchandises par lesd. Escossois et aultres estrangers. » L'Echevinage délibère, attendu la difficulté des che-
(!) C'est-à-dire engagé sur la plainte des Ecossais.
inins, que « l'on escripra à mond. seigneur d'Aumalle pour le supplier de voulloir faire entretenir les ordonnances qu'il a cy-devant faictes sur ce subject, et en conséquence faire mettre en liberté lesd. Escossois avecq restitution de leur argent et marchandises, et donner ordre à l'advenir aux volleries et pillaiges de lad. garnison du Pont-Dremy. »
Nous assistons en cette querelle à une sorte de subdivision de la guerre civile. Le désaccord s'accuse entre deux places tenant pour la Ligue et toutes voisines l'une de l'autre. Le jeu du roi ne pouvait perdre à ces conflits, à ces griefs des bourgeois.
L'affaire se passionna entre des menaces et des récriminations. — Voyez plus loin, chapitre lîl.
Enfin , nous retrouvons ces Etats du Louvre qui eurent assez de patriotisme , en somme , pour faire échouer les intrigues du duc de Feria et les ambitions de l'Espagne.
Des lettres de Msr de Mayenne et de Messieurs des estats assemblés à Paris ont été reçues (5) à la mi-mars; ces lettres demandent qu'on envoie des députés de ceste province de Picardie aux estats de Paris. — Le lieutenant général, J. Bernard, qui préside une réunion le XVI mars en la chambre du conseil échevinal, fera assembler en toute diligence Messieurs les ecclésiastiques et de la noblesse pour procéder à la nomination desd. députés, et, « sy besoing est, on fera faire aussy l'assemblée du tiers estât pour auctoriser la procuration quy a esté puis naguaires (nous l'avons vu) donnée à
(1) La lettre de Messieurs des estats, datée du VI février 1593, est transcrite sur le registre aux délibérations de la ville.
M. de Mauppin. » — M. de Maupin était encore en ia ville de Paris.
Nous lisons donc quelques pages plus loin : « Du mardy XXX mars 1593, au grand Echevinage, au son des cloches pour assembler les deux collèges représentais le corps et comniunaulté de la ville et le tiers estât de toute la sénéchaulcée de Ponthieu, suivant l'ordonnance de Mr le séneschal de Ponthieu et l'assignation par Iuy à cest effect continuée et donnée en cest Eschevinaige, après avoir faict appeller au prieuré de Sainct-Pierre tout led. tiers estât appelle en vertu des lettres de M-r de Maienne , aftin de nommer et depputter homme dud. tiers estât à l'assemblée générale des estats de la France, convocqués et quy tiennent dès ad présent leur scéance en la ville de Paris, pardevant G. Manessier, niaieur de îad. ville, président aud. tiers estât, présens Messieurs Lesaige, advocat,
bailly de Rue, etc
« Le procureur de la ville (Tillette) a remonstré que, après l'assemblée cejourd'huy faicte au prieuré de Sainct-Pierre par Mrs le séneschal de Ponthieu et son lieutenant, en vertu des lettres de M?r de Maienne du VIe jour de febvrier, affin de nommer et depputter homme capable du tiers estât de la séneschaulcée de Ponthieu pour comparoir à l'assemblée des estats de ce roiaulme quy se tiennent à Paris, après avoir, par led. sieur séneschal, faict appeller tout led. tiers estât par ordre en la manière accoustumée, il a ordonné que les comparans en lad. assemblée se transporteroient en cest eschevinaige et maison commune de la ville affin de y faire leur ellection. — Le maieur s'étant transporté céans a donc fait sonner les cloches pour assem-
bler tout le corps et communaulté de la ville, affin que, avecq les comparans pour le plat pays, il soit solempnellement procédé à l'exécution de lad. ordonnance. » — Les formalités préliminaires de l'élection remplies, et le maieur présidant rassemblée, Me Jehan de Maupin, licencié ès-loix, conseiller du roy au siège de Ponthieu et ancien maieur, est unanimement élu et nommé pour représenter led. tiers estât de Ponthieu à l'assemblée générale et, en cette qualité, « traicter, dellibérer et conclure de toutes choses utiles et nécessaires pour la conservation de la relligion catholicque, apostolicque et romaine, restauration de l'Estat, bien et repos du roiaulme, sellon les articles et cahiers quy seront à ceste fin baillés avecq lad. procuration. » ~ Le procureur de la ville apprendra cette nomination aud. sieur séneschal ou son lieutenant.
Ainsi le tiers-état d'Abbeville , représentant à peu près seul le tiers-état du comté de Ponthieu, s'était-il décidé enfin à munir d'un titre régulier Jean de Maupin. M. Traullé note, sans plus d'explications malheureusement, des difficultés pour la nomination du député du clergé atix Etats de 1593. — Inventaire de titres, etc.
« Les députés, nous dit Formentin dont le témoignage demande un contrôle, furent chargés de consentir à tout ce qui pourrait augmenter l'Union, mais il leur fut défendu de rien concéder aux desseins formés par les Espagnols de faire tomber la couronne à l'infante Claire Isabelle-Eugénie, fille de leur roi. Ce qu'ils exécutèrent avec exactitude. » — Jusqu'à vérification, je doute que les habitants d'Abbeville fussent si bien instruits, à cette date, des intrigues politiques, et que le mandat donné par eux fût aussi précis et impératif.
Quand les grandes émotions s'apaisent en cet état de guerre permanent , les soucis moindres et les tracas médiocres ne laissent pas encore retomber l'esprit des habitants dans la quiétude des temps pacifiques; l'Echevinage doit veiller un jour au paiement des compagnies d'hommes d'armes (1); un autre jour, il a à repousser les prétentions des religieux de Saint-Vaiery réfugiés dans la ville (2).
Le 3 mai, M. de Hucquevilîe reçoit enfin le paiement de son gouvernement (3). Le procureur de la ville, qui est allé, accompagné du premier échevin et de quelques autres, acquitter les engagements de la ville, le prie de vouloir s'acquitter à son tour, c'est-à-dire de remettre entre les mains du premier échevin sa part des
(1) • XXIXe jour de mars 1593. Claude Gaignerel, commis à la recepte des imposts, paiera à la compaignie d'hommes d'armes de Monsieur de Rambures, suivant les rescriptions du recepveur général à luy adressées, la somme de vmc lxxviii (l) xx* pour une montre. » — Reg. aux délib.
(2) Les religieux de l'abbaye de Saint-Valéry faisaient alors leur résidence à Abbeviile; ils prétendirent y lever certain droit sur le poisson, « comme ils souloient faire en la ville de Sainct- Wallery. » lis firent même, pour cette cause, « adjourner par devers le séneschal Laurens Wiart et ung nommé de Cayeu. » — La ville décide qu'elle se joindra à ces derniers et soutiendra que le prétendu droit « ne se peut ni doit lever en ceste ville. » — Délib. du V6 jour d'avril 1593.
(3) Suivant Formentin, les députés du comté de Pontbieu aux Etats du Louvre apportèrent, à leur retour de Paris, les lettres patentes par lesquelles le duc de Mayenne approuvait le traité de la ville et du gouverneur. M. de Hucquevilîe reçut, nous l'avons déjà dit, sept mille écus en dédommagement de son gouvernement.
(l)^Livres ou escus?
clefs des portes de la ville. M. de Hucqueville demande que le maieur, assisté de Messieurs les échevins et de quelques notables bourgeois, se transporte en son logis pour recevoir lesd. clefs-, il lui remettra alors « toutte Fauclorité quy luy reste à cause de son gouvernement. » Sur cette prière, le procureur de la ville et le premier échevin envoient quérir à l'instant le maieur qui arrive tôt après, « assisté de plusieurs des eschevins et des sergeans de la ville, et après luy avoir, par led. sieur de Hucqueville, faict une longue harengue (1), il luy auroit finalement mis entre les mains lesd. clefs, ensemble toute son auctorité. »
Les clefs du gouverneur appartiennent maintenant à la ville 5 comment les distribuera-t-on?
Jusqu'à ce qu'il y soit autrement pourvu, Messieurs les échevins, chacun à leur tour, « ainsy qu'ils ont accoustumé, en porteront la moictié, et l'auitre sera portée par les plus nottabïes et principaulx maieurs de bannières dont, à ceste tin, sera faict la liste. » — Délibération du V mai 1593.
Jusqu'à un certain point, les habitants d'Abbeville paraissent voir avec plus de peine Rue au pouvoir du roi que Saint-Yalery. On peut se rendre compte de ce sentiment. Il était difficile de se maintenir dans Saint- Yalery , comme les prises et reprises continuelles le prouvent, et le commerce d'Abbeville, la navigation de la Somme pouvaient se passer du port fort médiocre abrité entre la tour de Harold et la Ferté. La petite place de Rue, au contraire, avait fait victorieusement,
(l) Cela n'était pas compris dans les conditions du prix; M. de Hucqueville faisait décidément payer trop cher.
plus d'une fois, ses preuves de force et de bonne défense (1); elle pouvait servir de point d'appui aux attaques dirigées contre le Crotoy, l'excellent port de la Somme alors, relâche sûre des navires chargés pour Abbeville. La forteresse de Rue au roi était donc un danger permanent pour la forteresse du Crotoy à la Ligue. Elle tenait dans la crainte tous les villages entre les marais de la Maie, la forêt de Crécy et Abbeville. La ferme du Yal-aux-Lépreux l'attestait à notre Echevinage même par le meilleur argument, la ruine. Aussi, dans les premiers jours de mai, quand la ville apprend la marche de l'armée du comte Charles de Mansfeld , l'idée saute-t-elle d'abord aux esprits de l'appeler contre la rude petite place, blottie, hérissée de ses cinq bastions, entre les marais du Ponthieu.
Ne "conviendrait-il pas, discute-t on le Ve jour de mai, de « rescripre à Monsieur de Belleglise , qui est auprès de la personne de M=r le comte Charles, affin de convier led. seigneur à la reprise de Rue (2), à raison que l'armée est proche de ceste ville (3)? — On ad vise
(1) On ne l'ignorait pas (Lins les conseils du roi. Par une lettre de Henri IV, du 14 octobre 1592, l'élection de Ponthieu avait été transférée à Rue.
(2) Les communications, les affaires de commerce avec Rue étaient alors rigoureusement interdites par l'Echevinage d'Âbbeville et regardées comme actes de trahison.
« Le sixiesme jour dudict mois (mai 1593), Mathieu Guelde, mercher, est condamné, pour avoir envoyé marchandise à Rue, en XL sols. » — Reg. aux comptes, 1592-1593.
(3) Cette armée s'approvisionnait déjà sans doute ou devait s'approvisionner bientôt dans la ville, et l'Echevinage veillait au
cependant que, quant ad présent, il n'est à propos de ce faire pour plusieurs raisons rapportées en lad. assemblée. »
Le comte de Mansfeld s'est approché du Ponthieu (1); es yeux des Abbevillois ligueurs se tournent tout-ù-iait vers lui. Où desscapitaines français ont échoué , le général de l'Espagne réussira peut-être. Le malheur des guerres civiles ou religieuses fait accueillir des espérances de cette sorte. Les bourgeois d'Âbbe ville reviennent à leur idée : faire mettre , par des soldats espagnols ou allemands (*2), les garnisons royales hors de Rue et de Saint-Yalery, mais d'abord hors de Rue.
L'Echevinage est réuni le X mai. Ne trouverait-on pas à propos, demande le maieur, - de depputter quelques- ungs pour, au nom de la communaulté, aller saluer Monseigneur le comte Charles quy est pour cejourd'huy à Dommarcq avecq son armée; mesmement de le supplier voulloir faire acheminer son armée en deçà pour nous desgaigier des oppressions de l'ennemy
maintien de prix raisonnables de la part même des bourgeois trop disposés à exploiter les circonstances :
« Le treiziesme dud. mois (de mai 1593), Henry Cornu, brasseur, pour avoir vendu de la bière à pris excessifs aux vivendiers, est condampné en dix escus, cy x"c. »
Trois autres brasseurs sont condamnés le même jour à une amende semblable pour pareille cause.— Rey. aux comptes , 1592-1593.
(1) Dotnmart, où il était alors, faisait même partie de l'ancien Ponthieu.
(2) Henri IV ne se faisait pas faute d'employer de son côté des étrangers. Le système des armées n'était pas, comme aujourd'hui, rigoureusement national, et il ne faut pas juger de ces temps par le nôtre.
par la reprise des villes de Rue et Sainct-Valery qu'il (1) détient? — Suivant l'avis adopté, deux de Messieurs les échevins iront saluer le comte Charles et le supplieront, « s'il faict acheminer son armée en deçà, de avoir pour recommandé les misèrçs et oppressions du paouvre poeuple des environs de ceste ville quasy réduict en désespoir, ou qu'il luy plaise empîoier son armée à la reprise des villes de Rue et Sainct-Wallery, et, à ceste fin, luy sera faict offre d'y apporter tout ce quy sera en la puissance de la ville. »
Sont nommés députés vers le comte Charles, Tillette, procureur de la ville, et de Dourîens, eschevin.
La ville appelait bien le comte Charles, mais l'approche de l'armée ne rassurait pas les paysans.
Le XIIe jour de mai, plaintes, tumultes, rumeurs excités dans la ville « à raison que les habitans du plat pays quy sont contraincts d'eulx réfugier en ceste ville pour la crainte de l'armée conduicte par Msr le comte de Mâchefer (2) avecq ce qu'il leur reste de bestiaulx pour éviter la perte d'iceulx et d'estre entièrement ravagés par les gens de guerre de lad. armée quy est es environs de ceste ville ou bien par l'ennemy sont contraincts et exécuttés mesmes emprisonnés sy tost qu'ils sont arrivés par les sergenns pour la taille et sel, encore qu'ils (3) ne soient collecteurs ny lieutenans des viilaiges redebvables et la pluspart pour la taille et sel de l'ellection d'Amiens, tellement qu'ils (4) ne poeuvent
(1) L'ennemi.
(2) Sic. Ils faisaient mieux de dire tout court le comte Charles. Mâchefer pour Mansfeld vaut bien Malbrou pour Marlborough.
(3) Ces sergeans.
(4) Les habitants du plat pays, les paysans.
où se retirer, et [sont], par ce moien , réduicts en désespoir. » — L'Echevinage décide que « deffenses seront faictes (1) à tous sergeans et aultres d'user de contraincte exécution ou emprisonnement sur lesd. paysans réfugiés et quy se retireront en ceste ville pour raison de lad. armée pendant qu'elle sera es environs d'icelle. »
Le même jour, ces défenses sont publiées à son de trompe au Marché.
Défenses sont faites aussi de vendre le pain, le vin, la bière et les autres vivres plus haut que l'affeure, à peine d'amende arbitraire dont le tiers aux dénonciateurs, et punition de prison s'il y eschet.
Même défense aux boullengers, à peine de x escus d'amende et punition de prison.
Le XXIXe jour de mai, le sieur Dècle se présente à la chambre du conseil-, il a, dit-il, « assignation sur les nouveaux imposts de mc mi" xvm escus. » — Après quelques observations, il est décidé qu'on consent à le payer, « les rentes deubes aux habitans et aultres assignations précédentes préalablement acquittées. »
La ville, au bruit des troupes en marche, n'a garde de se départir de ses précautions militaires (2).
(1) En conséquence de l'ordonnance de M;r le duc d'An unie et des délibérations ci-devant faites.
(2) « XXX may 1593, a esté faict marché avecq Andrien Mallet pour xxxv fermetures aux embouchures des doubles canons et fauconneaulx de la ville, moiennant xxxvi sols la pièce, » — Reg. aux délib., 1592-1593.
La ville achète d'ailleurs plusieurs fois du salpêtre ou de la poudre à Gabriel Seguin, demeurant à Auxy-le Chasteau. — Reg/aux délib., t592-1593, passifn.
Suite de l'affaire entre l'Echevinage d'Abbeville et le capitaine du Pont- Remy — Charles de Mansfeld dans le Ponthieu. — Armes et munitions fournies au capitaine du faubourg de Rouvroy. — Mansfeld près de Rue.
— Il demande des approvisionnements à Abbeville. — Le maieur a écrit aux ducs de .Mayenne et d'Aumale. —Siège de Saint-Valéry. —Fournitures à Mansfeld — L'argentier de la ville craint de compromettre sa responsabilité en donnant quittance d'une certaine somme — Les sièges de Rue et de Saint-Valéry poursuivis simultanément. —Envois divers d'Abbeville pour le siège de Saint-Valéry. — Rffus du maître de l'artillerie d'Abbeville de se rendre au camp. — Prise de Saint-Valéry. — Assertions de Formentin peu dignes de créance. — Siège de Rue. — Nouvelles fournitures à Mansfeld. — Abbeville demande le démantèlement de Saint-Valéry. — Ordonnance du comte de Mansfed à cet égard. — Le comte demande encore la continuation des fournitures. — Une ouverture du roi. — L'Echevinage ne veut pas recevoir l'envoyé royal avant d'en avoir l'autorisation des chefs de la Ligue. — Mansfeld lève le siège de Rue.— Somme avancée par la ville pour ce siège —Abjuration de Henri IV. — La trêve de la Yillette.
— Assertions de Formentin à discuter. — La garnison de Rue inquiète de nouveau les environs d'Abbeville.— Griefs contre celle de Doullens. — Les impôts. — Retour de M. de Maupin, député aux Etats-Généraux.
Pendant ce temps et tandis que les alliés espagnols de la Ligue épouvantaient, à bon droit sans doute, les paysans du Ponthieu, le capitaine ligueur de Gnboval, la terreur de la navigation au-dessus d'Abbeville, n'acceptait aucunement l'intervention de la ville contre ses procédés. Pour les plaintes et les réclamations qu'il savait parties de l'Echevinage, il envoyait des menaces.
« Sur les lettres receues de Mr de Griboval, commandant au Pont Dremy, contenant plusieurs menasses faictes à Messieurs de cest Eschevinaige pour raison de quelques lettres quy ont esté cy-devant escriptes à M?r le duc d'Aumalle touchant les depportemens des soldards dud. sieur de Greboval et exactions qu'ils
font sur le poeuple, » il est délibéré — le IXe jour de juin — « qu'il en sera faict plainte à Monseigneur (de Maienne) et à mond. seigneur d'Aumalle, af'fin d'en avoir raison, et qu'à ceste fin, il leur en sera escript et envoie coppie de la lettre dud. sieur de Griboval, et, cependant, qu'il sera informé desd. exactions et mavais depportemens des soldards dud. sieur de Greboval. »
Mansfeld (1) manœuvrait dès lors non loin de notre ville, mais nos registres ne peuvent nous apprendre exactement les marches, les étapes de son armée. Il était à Dommart le 40 mai, et on lui avait envoyé en ce lieu un cadeau de poisson (2). Il est probable que suisuivant Tordre indiqué naturellement par sa marche générale, et cédant aux instances les plus pressantes des habitants d'Abbeville, il mit d'abord le siège devant Rue, puis devant Saint- Valéry , bien qu'il ait réussi assez facilement à prendre la seconde de ces villes et n'ait pu venir à bout de la première.
Du 40 ou 42 mai au 24 juin, nous ne pouvons trop découvrir les stations du comte et de son armée.
La petite garnison de Rue, si incommode aux villages de la rive droite de la Somme, ne pouvait cependant tenter que de rapides coups de main et ne se hasardait pas jusqu'aux faubourgs d'Abbeville 5 mais celle de
(1) C'était lé (ils du comte Ernest de Mansfeld. Les biographies rappellent le prince Charles de Mansfeld. Nos registres e'chevinaux [i nomment le comte Charles et ne parviennent pas à orthographier Mansfeld.
(2) « A Françoise . . . . , poissonnière, la somme de cinq escus, pour poisson pre'senté au comte Charles; ordonnance du on-
ziesme jour de may, cy Ve*. »
Reg. des argentiers, 1592-1593.
Saint-Valéry, à portée d'être grossie à l'improviste par des troupes royales de Normandie, pouvait inquiéter le long faubourg de Rouvroy. L'Echevinage veillait en conséquence.
Le Xe jour de juin, « sur l'instance faicte par Michel Deliquen, cappitaine du faulbourg de Rouvroy, » on décide que, « pour la conservation dud. faulbourg, l'on fera dellivrance aud. Deliquen de deulx harquebouzes à crocq sans chevallet, douze livres de pouldres et ung quarteron de balles du callibre desd. harquebouzes à crocq, de quoy faire Jehan Pottier, eschevin, commis à la garde et munitions du magasin de ceste ville, est advoué. »
Ce Jehan Pottier, bien que commis aux munitions de guerre, « maistre de l'artillerie, » n'était pas la bravoure même et n'avait rien d'un coureur de hasards comme des faits prochains le prouveront. Il est probable cependant qu'il osa porter au faubourg de Rouvroy les arquebuses, la poudre et les balles.
Le 24 juin enfin, Mansfeld a bien évidemment établi ses quartiers aux environs de Rue qu'il va investir. Nous verrons qu'il s'est personnellement logé à Forestmonliers. Il s'adresse à Abbeville pour ses approvisionnements.
11 convient, expose le maieur le XXlllï juin, d'aviser sur les lettres de Mr de Rossieulx, « afiïn de faire en dilligence préparer quelque quantité de pains pour la nourriture de l'armée de Monseigneur le comte Charles estant aux environs de la ville de Rue que led. seigneur dellibère emploier à la reprise des villes estans aux environs de ceste ville détenues par ceulx du party contraire durant le séjour qu'elle sera en ces quartiers
pour cest effect. •> — - Un blanc d'une page et demie attend encore dans le registre la délibération qui fut prise sur cette demande.
Le lundi XXVIIIe jour de juin, le maieur expose que, « voiant l'armée conduicte par Monseigneur le comte de Masfelt approcher de ces quartiers et qu'il pourroit avoir besoing de quelques munitions, mesme de canon, l'on a faict une despesche à M*r de Maienne et à M§r d'Aumalle , et qu'on l'a faict entendre à Mr de Maupin, depputté de ceste ville en court. »