‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 4)Chapitre 6 sur 19 · QUOD SOL IN COELO, ID REX I\ POPULO · texte numérisé non relu

QUOD SOL IN COELO, ID REX I\ POPULO

scavoir: celle du quartier du Bois par M* Louis Le Sage, procureur et notaire; celle de Marcadé par Jacques Mauessier ; celle de Docquet par François du Val, et celle de Saint-Gilles par M9 Antoine Lefebure, procureur (1), du consentement des capitaines dudit quartier au de'fault d'eschevin. »

(1) J'emprunte déjà, bien entendu, cette description au récit du siéger Beauvarlet, mais je transpose un peu pour ne pas retarder plus tard le souper du roi.

(1) Waignart donne les armes d'Antoine Lefebure: d'argent au chevron de sable accompagné de trois cosses de fèves.

Et cette autre empruntée à un vers de Ménandre : E1K0N AÈ BAIIAÈT3 ESTIN ÉMYTX02 0EOr.

Dans la cour , au-dessus de la grande porte , un grand tableau de satin vert représentait un Hercule victorieux , la peau de Némée autour du corps , la massue à la main, et sous ses pieds Géryon à trois têtes, armé à l'antique, tenant en ses mains une épée et d'autres armes brisées et rompues, « pour dénoter par-là les vains efforts des Espagnols contre le roy qui avoit défait à trois diverses fois les comte d'Egmont, duc de Parme et comte Charles de Mansfeld, lieutenants généraulx des armées envoiées en France par le roy d'Espaigne. »

Au-dessous, ces vers de Beauvarlet :

Motibus internis, et flammis sœvus et armis Dum turbas Francos, Geryon ore triplex, Adfuit Alcides, genitus qui sanguine Divum Horrida tergimini corpora stravit humi.

Beauvarlet avait lui-même traduit ces deux distiques dans ce sonnet qui fut écrit en lettres d'or sur un fond de satin tanné, dans la grande salle du logis:

Libérien en sa creuse cervelle

Edifiant des fantasques chasteaux

Tenoit desja les palais les plus beaux

(Ce luy sembloit) de la France plus belle.

Avec ses chefs déguise's d'un feint zèle (1) Par ses supposts (de France les fléaux) Et à main forte avoit les plus féaux Faict mutiner d'un courage rebelle ;

(1) Le registre de la ville porte bien déguisés d'un feint zèle. Waiguart a copié déguisés d'un fin zèle. Y aurait-il eu eu effet,

Mais nostre Hercul, chasse-monstre gaulois, A, triomphant, faict rendre les abois A Ge'ryon et sa race enfumée ;

Et, luy tirant la proye hors les mains,

A de l'Ibère étouffé les desseings

Et ses chasteaux faict résoudre en fumée (1).

La garde-robe du roi et la grande salle étaient tendues de riches tapisseries à personnages, relevées d'or et de soie, et appartenant toutes à madame la duchesse douairière de Guise. (J. de Maupin les avait-il, de son autorité, prises à Eu?)

Dans cette salie était écrite une ode latine d'Antoine Clugnet, principal du collège. La pièce a vingt-neuf vers. Je n'en citerai que neuf, très-acceptables, mais malheureusement encadrés dans d'autres très- mauvais (2) :

dans l'intention de Beauvarlet, un jeu de mots? II faut s'attendre a tout dans ce temps de subtilités et d'acrostiches.

(1) Une représentation de ce tableau d'Hercule vainqueur de Géryon se trouve dans le registre aux délibérations, page IITXXXV verso. Je l'ai indiquée à M. 0. Mncqueron qui l'a copiée pour en augmenter son importante collection de dessins concernant notre pays.

(2) Voici, pour qu'on ne s'inscrive pas en faux contre l'arrêt, le début de la pièce :

Dum mens aestuat atque cautis instar

Volvit quid meritis, honore, factis,

Chari principis hand rependat impar,

Sub tantà ruitura mole nutat,

Et prte mœstitie sopita somno

(Ut qui pellibus incubât melotie)

Hae tandem monitus . . . (I) resolvic

Hic rex, etc

La tin est plus détestable encore.

(1) Un mot que je ne peux lire.

Henrico IV

GALLIJE ET NAVARRiE REGI CHRISTIAN1SSIMO

Hendecasyllabum

Hic rex (quem tibi saepe polliceri Certa oracula cœlitus petita Audis, Gallia,) régna condet ipsi Saturno moderata ; cujus olim Gallos auspiciis videbis, orbi Square imperium, poloque mentes.

Régi Astraea cornes adest, supremo De summi solio reducta Régis Sed quae dirigat aequa vota régis.

En face, un sonnet de Me Nicolas Tillette, avocat du roi, montrait un assez pénible effort de l'esprit compliqué du temps :

SONNET (1) Nous, Force et Tempérance et Prudence et Justice, Souveraines vertus comblant d'heur les humains, En entrant, roy sacré, nous te baisons les mains, Dédia ut Abbeville à ton royal service. Grand roy, fort, tempérant, prudent, déteste-vice, Qui es seul parangon des preux Césars romains,

(i) Ce sonnet renferme un anagramme. Toutes les lettres de Henry de Bourbon se retrouvent dans roy d'heur ben bon (roy de bon heur). L'auteur du mémoire ou l'auteur du sonnet lui-même, en croyant éclaircir le sujet, s'explique fort obscurément dans le complément du titre: Sonnet sur l'anagramme du roy accomply des quatre vertus morales. Les quatre vertus morales, Force, Tempérance, Prudence et Justice, n'avaient pas besoin d'être annonnoncées ainsi ; elles se présentent assez bien toutes seules dans le premier quatrain. Quant à l'auteur, il s'excuse dans le dernier tercet d'avoir écrit ben pour bien, mais son explication, qui pourrait être assez (ine, n'est qu'un amphigouri dans les mots.

Fleur des trois fleurs de lys, en tes fataux destins, Dedans toy, hors de toy, ton nom nous est propice,

Car, par divin mystère, en Henry de Bourbon

Voi que tu es prédict pour tous roy d'heur ben bon,

Heur par nous quadruplé illustrant ta personne.

Que si l'esprit bisarre y reprend ben pour bien, Qu'il scaehe que nos mots joints au mot gascon ben Te rnonstrent cy conceu et nai en la Gasconne.

Allusion à ce fait rapporté par Henri IV lui-même qu'il avait été conçu à Àbbeville.

Nous examinerons les autres décorations dressées dans la ville et lirons les autres inscriptions en marchant à la suite du roi.

11 arrive en effet, et il avait intérêt à venir étudier l'assiette et la force de la ville, car Abbeville était alors à peu près ville frontière et, par ses fortifications, trèsferme et très solide. Les Espagnols, qui le savaient, ne cherchèrent jamais à y mordre. Henri IV lui-même en faisait grande estime, suivant le P. Ignace, et disait que sa possession pouvait donner entrée très-facilement en toute la Picardie. — Eist. chronologique des maieurs, p. 3J. — Les habitants, les écrivains d* Abbeville jugeaient bien ainsi de l'importance de leur ville et de l'intérêt du roi à la visiter. Waignart nous en est témoin (1). Mais revenons au récit du registre (2).

(1) u Pour mieux recongnoistre la Picardie et juger de ce qui seroit nécessaire contre les efforts de l'ennemi, le roi s'en alla faire nue escapade en la frontière. 11 lit son entrée en la ville d'Abbeville, où il fut receu par les habitans d'icelle et avec autant de contentement qu'il eut sceu désirer. » — Waignart, exemplaire non abrégé.

(2) « Suivant la description qui est restée dans les archives de

Un peu avant midi, le maieur en exercice, quelques anciens maieurs (1), les échevins, le siéger (2), le procureur fiscal (3), son substitut (4), le greffier (5), l'argentier de la ville (6) et plusieurs notables bourgeois (7) se trouvèrent à l'Echevinage. Ce n'était que taffetas, chevaux, housses; au milieu des chatoiements, le riche damas de Jean de Maupin, conseiller du roi, sieur de Bellencourt, maieur pour la cinquième fois. La cavalcade sortit bientôt, les cavaliers deux par deux.

L'crdre de la marche des habitants en armes et du cortège échevinal qui se rendit au devant du roi est longuement exposé par le siéger Beauvarlet. Les compagnies sortirent en armes par la porte du Bois; le maieur et les différents corps de la ville sortirent par la porte Saint Gilles. Le maieur Jean de Maupin chevauchait vêtu d'une robe de damas enrichie d'une

l'Echevinage, dit For menti n, et les mémoires particuliers, on n'avoit pas encore vu jusqu'alors de plus superbe entre'e. » La description de l'Echevinage est le re'cit de Beauvarlet que nous reproduirons ou suivrons toujours.

(1) François Rumet de Beaucaurroy, Antoine Manessier, Jean de May, sr de Seigneurville, Jacques Grou!, sr de la Follie, Claude Rohault, sr d'Espaigne, Charles Manessier, sr d'Espaignette.

(2) Josse Beauvarlet.

(3) Jean Tillette d'Achery.

(1) Jean de Le Court.

(5) Nicolas Le Bel.

(6) Nicolas Lataignant.

(7) Me Jean Boitel, médecin, Simon Belle l'ai s né, M" Claude Becquin, notaire royal, Galliot D : lewarde, Gabriel Briet l'aisné et aultres notables bourgeois, lesquels, tous montés sur chevaulx couverts de housses, sortirent deux à deux dud. lieu de TEschevinage, etc.

bande de velours violet sur la manche gauche. Les échevins, le siéger, le procureur fiscal, le substitut, le greffier, l'argentier, montant aussi des chevaux couverts de housses, l'accompagnaient en robes de taffetas (1), une bande de velours violet sur la manche gauche. Devant eux marchaient les sergents à masses vêtus de leurs robes mi-parties violet et tanné, couleurs de la ville ; plus en avant , les sergents de nuit en manteaux mi-partis de mêmes couleurs, "portant leurs épieux et pertuisanes^ en tête, Nicolas Briet, capitaine du guet, à cheval, vêtu d'une jupe et chaussé de velours tanné avec une longue écharpe de taffetas blanc, et devant lui le trompette de la ville dont le clairon droit laissait pendre une bannière de taffetas tanné, sur laquelle et de chaque côté un écusson peint présentait les armes de la ville.

Ainsi précédé et escorté, tandis que les compagnies de la ville sortaient en armes par la porte du Bois, le maieur, sortant par la porte Saint-Gilles, prit sur sa gauche la route d'Ailly. L'approche du roi est annoncée d'abord à une demi-lieue par M. de Thézy, gentilhomme servant, puis un peu plus loin par M. de Humières; enfin le maieur et son escorte « gaignant tousjours chemin, » découvrent « trois gros de cavalerie. » M. de Longueville, gouverneur de Picardie, se détache d'un de ces corps et s'avance quelque peu au devant du maieur qui met pied à terre avec toute sa troupe pour le saluer. Le duc annonce alors que le roi est - dans le gros assez proche. » Le maieur s'achemine vers la troupe, et le roi, de son côté, s'avance « au petit pas. »

(1) Rouge, ajoute Fonncntin.

Il est salué aussitôt par « ung cry de joie et acclamation d'ung cbascun : Vive le Roy. « Il ôte son chapeau; le maieur et ceux qui le suivaient se jettent à genoux, et le maieur prononce ce discours :

« Vos trez hmnblcs , trcz loiaulx et trez obéissans subjets les maieur, eschevms, habitans et communauté de vostre ville (TAbbeville ont receu ung trez grand plaisir et contentement en leurs âmes depuis que Dieu leur a fait la grâce de s'estre garantis de la domination espagnolle pour rentrer en leur debvoir, et recongnoissans Vostre Majesté trez chrestienne et gousté les effets de sa clémence en les recevant en ses bonnes grâces; mais quand ils ont entendu que, parmi tant d'affaires importantes dont Votre Majesté est traversée, il luy a pieu prendre la peine et les tant honorer que de les venir visiter en personne, chacun est tressailli de joye, s'invitant l'ung l'autre à la congratulation de ce bonheur, et quand de ne rien laisser en arrierre de ce qu'ils pouvoient penser vous estre agréable. C'est pourquoy chascun s'est disposé de vous venir au devant : et nous, en toute humilité et révérence, nous présentons aux pieds de Vostre Majesté, pour lui rendre les vœux de nos debvoirs et services, et protester l'affection fervente que nous avons tous à observer ses bons coramandemens, et luy subvenir de tous nos moyens et de la vie propre de nous, nos femmes et nos enfans, et la conservation de son Estât. Nous la supplions aussy trez humblement, Sire, de vouloir prendre commisération de son pauvre peuple des champs si extrêmement affligé par les oppressions de la guerre et excès des tailles, que la nécessité les contraint d'abandonner leurs maisons et labeurs pour aller misérablement attendre la mort dedans les bois ou en quelque coin de haie; et pour nostre particulier, qu'il plaise à Vostre Majesté nous maintenir toujours en ses bonnes grâces et en la jouissance des privilèges qu'il a pieu aux rois vos prédécesseurs, d'heureuse mémoire, et à Vostre Majesté, nous octroier, spécialement ceulx depuis peu de mois, en rémunération de la fidélité que nostre communauté a de tout âge rendu à la couronne de France, et dont nous avons renforcé

le tesmoignage par nosire pure, libre et volontaire réduction à vostre obéissance, et ce fort franchement et sans aucune paction, comme Vostre Majesté le sait mieux que nul autre. Aussy n'avons-nous en option et ne nous entrera jamais en l'ame qu'il nous eust esté permis de nous comporter aultrement, en la recongnoissance de nostre roy.trez chrestien, souverain et légitime extraict du plus pieux de tous les princes du monde qui ayt oncques porté sceptre, le roy St Loys , propugnateur et protecteur de la vraye religion catholique, apostolique et romaine en laquelle nous supplions de tous nos cœurs la bonté divine vous confirmer, et bénir vostre royaulme d'une pieuse •lignée désirée de tous bons François. En signe de nostre submission et obéissance perpétuelle, nous représentons à Vostre Majesté les clefs de nostre ville, pour en disposer à son bon plaisir et volunté (t). »

« Aiant achevé (2), le procureur de la ville, aiant tiré d'ung sacq ou bourse de velours violet les clefs de ladite ville, pendans d'ung cordon de taffetas blanq, les luy mist entre les mains, et les présenta Mr le maieur au roy, lequel les bailla à ung cappitaine de ses gardes estant auprez de luy; puis, aiant receu fort humainement ce qui luy avoit esté dit et offert, respondit qu'il recongnoissoit que la ville d'Abbeville avoit esté la première de ceste province qui s'estoit réduiclc -, que, dès lors, il avoit désiré de nous voir, mais que ses affaires l'avoient tiré ailleurs; que, sy tost qu'il a peu soustraire ung jour de temps , il l'avoit donné pour nous visiter 5 que Dieu sembloit avoir fa-

(1) Ce discours, n'offrant rien de bien saillant, se rapproche assez des discours ofticiels,de beaucoup d'époques de notre histoire moderne. Y aurait-il là preuve de la supériorité politique de Jean de Maupin sur ses contemporains?

(2) Je reproduis textuellement ici le récit de Beauvarlet.

vorisé son voiage, aiant adouci l'inclémence du temps; qu'il avoit voluntiers entrepris son voiage pour deux obligations qui l'y convioient, sa qualité premièrement, et pour ce qu'il avoit esté engendré en ceste ville ; qu'il recongnoissoit qu'il nous debvoit voir des premiers, mais que ses affaires ne l'avoient permis ; qu'il nous seroit ung bon roy, et que l'on continuât de l'honorer et de l'aimer. Ce fait, chascun se prist à crier de rechef Vive le Roi! Puis chascun s'estant levé, Mr le maieur continua son chemin auprez du roy. »

Mais le roi n'en était pas quitte avec la prodigalité (la prolixité) oratoire de ce temps. 11 avait à peine fait quelques pas après ce premier échange de discours et de courtoisies, que se présentèrent « MM. les officiers du roy, tant de Justice (le présidial), de l'Election, que de la gabelle de Ponthieu (le grenier à sel), plusieurs avocats et procureurs, les receveurs du domaine et des tailles. » Cette nouvelle troupe était vêtue aussi pour la circonstance en apparat, en robes de palais, bonnets, cornettes, etc. Elle montait, en cet équipage, des chevaux couverts de housses, et devant elle chevauchaient les sergents royaux portant un guidon d'azur semé de fleurs-de-lys d'or ; plus en avant une cornette blanche, et tout-à-fait à la tête un trompette.

Jacques Bernard , sr de Moismont , lieutenant général (1), porta la parole au roy, estant à genoux :

(1) Beauvarlet nous donne, avant le discours de Jacques Bernard, les noms des officiers du roy qui ont accompagné le lieutenant-général ; ce sont : Pierre Le Boucher , lieutenant criminel; Maximiuen Le Roy sr de St-Lau, lieutenant particulier; Claude Gaillard sr de Grebaumaissil , Jacques Boucher sr d'Ailly, Charles Crignon et Adrien Gaude s' de St-

« Sire, le plus grand heur et félicité qui puisse jamais avenir aux vassaux et subjects, c'est de voir à l'œil, contempler et approcher celuy auquel ils appartiennent , auquel aussy ils doibvent honneur, respect, réve'rence et obéissance. Et maintenant que nous sommes en ces termes et qu'il a pieu à Vostre Majesté s'acheminer en ceste province de Picardie et en vostre ville d'Abbeville, cela nous est un très-ample subject et occasion de nous grandement esjouir de ceste tant heureuse et souhaitée venue, espérans par ce seul moyen participer de la bonté, clémence, mansuétude et bénignité qui est eu vous, et ressentir aussi les vrais et essentiels effects de vos royales vertus. Sire, entre les rois, monarques et potentats de ceste basse terre, il n'y a que vous seul auquel convienne et appartienne ce très-beau, très-excellent et très-précieux tiitre de très-chrestien. C'est la belle marque, le diadème et le riche bandeau qu'ont lousjours porté vos prédécesseurs Roys, et comme très-chrestiens aucuns d'iceux ont aussi pris et eu ceste devise très-chrestienne, scavoir: piété et justice, qui sont les vraies colonnes et fermes pilastres de vostre estât, royal, piété en la Religion ; justice à la conservation de toutes chose. Par la piété , vous vous rendez agréable à Dieu tout puissant; par la justice, vous régnez, vous dominez, vous estes cogneu, révéré, craint, aimé et redoublé, vostre peuple fléchit le genouil en terre devant Vostre Majesté, luy rend toute révérence et obéissance. C'est pourquoy un aucien sage a très-bien dict et à propos qu'il n'y a acte tant royal que de faire justice et conserver les ministres d'icelle (1 ) ; c'est ce que nous croyons

Eluer, conseillers; François Mourette sr de Maisons et de Cumont , procureur ; Nicolas Tillette , advocat du roy ; François Le Caron sr de Conteville , Pierre Deslayiers , Charles de Ponthieu et Jehan Cauchie , clercq ; Nicolas DelloTOIlle, contrôleur; Philippes Delestoille, Pierre Bail, grenetiers; Me Jehan de Dompierre sr de Buigny, contrôleur; Charles Maillart, recepveur du domaine ; Alexandre Gaillard , recepveur des tailles , et aultres officiers assistés de plusieurs advocats et procureurs.

(1) Faire justice et conserver les ministres d'icelle, c'est peut-

et attendons de vous, Sire, car c'est vostre bras dextre 1), vostre autorité mesme : en signe et asseurance de quoy vos trèshumbles serviteurs, subjects et officiers en toute humilité vous font la révérence et se dédient, comme ils ont tousjours faict, à vostre service, estans très-disposés de recevoir vos royaux commandemens et les effectuer ainsi qu'il vous plaira leur ordonner, et prient Dieu qu'il vous face la grâce d'heureusement et longuement régner et vous donner la victoire contre vos ennemis. «

Bien que les discours de l'Echevinage et de la Justice fussent tenus à genoux, on voit qu'il était bien dans les habitudes acquises de parler avec une certaine liberté aux rois, liberté très-enveioppée, il est vrai, de respect et de protestations d'obéissance. Je n'insiste pas sur l'avis de commisération de J. de Maupin pour le pauvre peuple des champs, mais il est impossible de ne pas s'arrêter, dans le cas présent, sur les remontrances ou du moins les exhortations religieuses. On voit à cette occasion quelle place tenait encore, chez les ligueurs soumis , l'inquiétude pour la prépondérance de leur culte et peut-être sur la foi du roi. J. de Maupin et J. Bernard font tous les deux une harangue catholique, J. de Maupin avec quelque adresse, en rappelant l'illustre aïeul du prince, le roi saint Louis, J. Bernard en exaltant seulement le titre de très-chrétien inséparable dans sa pensée de très-fidèle à l'église romaine. 11 faut faire dans ces harangues la part d'une certaine naïveté du temps, mais aussi la grande part de l'opinion, de la fermeté, de la conscience, car on ne pouvait

être de la langue du temps. Dans tous les cas, le lieutenantgénéral, qui sermonne passablement, prêche ici pour son saint. (1) Jacques Bernard veut dire que la justice est le bras droit du roi.

être absolument convaincu encore que le calviniste grisonnant fut déjà très-passionné dans sa conversion.

Le roi répondit assez brièvement à Messieurs de la sénéchaussée « qu'il leur avoit mis la justice entre les mains, leur recommanda d'en faire leur debvoir en sorte qu'ils en peussent respondre devant Dieu et devant le monde, et qu'il leur seroit tousjours bon roy. »

«Cela dit (4), le roy, s'avançantpar le chemin d'Ailly, trouva la compaignie de la jœunesse rangée en bataillon quarré, conduite par Jacques Gaillard, capitaine, et Claude de Buissy, lieutenant. La teste et les ailles estoient deiïendues de picquiers armés de corselets et d'aultres longs bois avec cuirasses , le tout en bon ordre et bien accointé, que le roy considéra ; et estant passé, firent une belle scopeterie.

« Plus bas et à costé gauche, assez prez du chemin, estoient les trois compaignies des cinquantiniers, bien et richement armez et aultant braves qu'ils se pouvoient désirer, aussy rangez ensemble en ung bataillon quarré , à la teste duquel estoient les capitaines et lieutenans, scavoir Jehan Blanchart, capitaine des arbalestriers, Jehan Griffon, capitaine des arquebusiers, et François Sanson, capitaine des archers (2). Le roy ayant pris plaisir à les voir, estant passé oultre, firent une

(1) Beauvarlet écrit: cela faict. J'ai scrupule de changer un mot quand j'annonce par des guillemets une citation textuelle. Quand l'homme de lettres l'emporte sur le copiste, je m'accuse.

(2) Jean Blanchart avait pour lieutenant Firmin Lardé et pour enseigne Jean Le Bel ; Jean Griffon avait pour lieutenant Claude Bail et pour enseigne Claude Brullet ; François Sanson avait pour

lieutenant François Poultier et pour enseigne Les

enseignes se tenaient au milieu du bataillon.

salve et scopeterie et aussytost partirent, marchant en gros; puis chascun divisant ses troupes, vindrent advancer chemin et se rendirent à la porte St-Gilles, hors la ville, où les trois compaignies se rangèrent en haye, celle de la jœunesse estant retirée dedans.

« Le roy, gaignant toujours chemin vers la ville, trouva un troisième bataillon quarré composé des seize compaignies des quatre quartiers de la ville, desquelles on avoit tiré environ quatre-vingts des meilleurs hommes de chacune compaignie, bien armez, conduits par leurs capitaines, lesquels le roy aiant veus et estant assez proche de la ville, fut lasché tout le canon qui estoit sur le rempart depuis le derrière de la court de Ponthieu jusques à ladite porte St-Gilles, ensemble une grande quantité de boistes, lesquelles jouèrent fort bien avecq un singulier contentement d'ung chascun, n'eust esté l'accident dont une creva et d'un des esclats un bourgeois fut tué sur le coup. » Le bourgeois tué était Nicolas Le Moictié, garde de l'artillerie et lors juge

des marchans. Un aide de cannonnier nommé

Deleporte eut le bras gauche emporté d'un autre éclat.

« A l'entrée de la porte St-Gilles, par dedans la ville, le clergé, revestu de chappes, attendoit le roy en fort bon ordre. Là estoit aussy le poésie ou ciel de satin blanq à franges de soye blanches, couvert de satin de Bruges blancq, les bâtons argentez (1); pour porter lequel avoient esté députez les quatre premiers eschevins

(1) Ce dais devait être abandonné sans doute aux gens de l'entourage du roi, car je vois qu'il fut « rnchepté d'un escuyer par les marguilliers de l'église de Saint-Gilles, la somme de vingt escus. »

avecq les maistres des présens et des ouvrages, à tous lesquels et aux officiers de ladite ville avoient esté ordonnées des robes de taffetas enrichies d'une bande de velours violet sur l'une des manches.

« Le roy s'avançant, furent veues passer par dessus luy une compaignie de huict ou dix cignes blancs volans en Pair, bon augure de son entrée (1). Arrivant donc à la porte St-Gilles, il trouva la façade du premier pont-levis (2) d'un grand chapeau de triomphe

composé de lierre et d'or cliquant, dans lequel estoit ung double escusson de France et de Navarre, couvert d'une couronne close avecq les ordres de St-Michel et du St-Esprit, au dessoubs duquel estoit une grande table d'attente de satin de Bruges rouge, bordé d'une moresque d'argent, sur laquelle estoit une inscription à l'antique en lettres d'argent, comme il ensuit:

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