‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 4)Chapitre 8 sur 19 · I.e beau champ où le lys domine · texte numérisé non relu

I.e beau champ où le lys domine

(1) « Lequel, pour son indisposition, ne, se peut trouver à lad. entrée, non plus que M* Claude de Waconsins et Claude Hermant. travaillés des gouttes, ne. peurent laisser la maison. »

« A main droite, du costé de Clovis, en une table d'attente, estoit cest aultre quatrain : Clovis, le premier de nos rois Abjurant la secte païenne, Enta la piété chrestienne Sur l'estoc roial des François.

« Et de Paultre costé, en une pareille table d'attente, estoit escript :

Henry le Grand, vray exemplaire De bonté, de gloire et valeur, Aux ennemys est en terreur Et aux siens doux et débonnaire. »

Les quatrains étaient du siéger Beauvarlet qui n'a eu garde d'oublier ce point dans son récit, mais qui ne nomme pas le peintre, et c'est pour ces omissions que la perte du registre aux comptes est particulièrement regrettable.

Avançons toutefois, le récit de Beauvarlet sous les yeux.

Les cris de Vive le Roi, redoublés lorsque le roi fut sous l'arche de la porte Saint-Gilles, le suivirent dans la ville jusqu'à Saint-Vulfran et de Saint-Vulfran jusqu'à son logis. Dès la porte, on lui avait présenté le ciel (le dais) qui fut porté sur lui par les échevins et les officiers de la ville, « le clergé marchant devant luy, et au devant du dais marchoit à droite Mr le lieutenantgénéral et à gauche Mr le maieur, tous deux à cheval, et fut en cette sorte conduit jusques à la grande église, suivi de Messieurs les princes et seigneurs de sa court. » Lorsqu'il fut un peu avancé dans la ville , « on lit lascher quelques boëtes réservées, lesquelles jouèrent

merveilleusement bien , avec une scopeterie d'arquebouses à croc. »

Un mot des décorations de la rue Saint-Gilles (1), du Marché , du Pont-aux-Poissons et du portail de Saint-Vulfran qui devaient frapper les yeux du roi avant le discours du chanoine de Belloy et le Te Deum.

« Es arcades des puits de la chaussée de Sainct- Gilles revestues de lierre et or cliquant, y avoit des blasons aux armes de France et de Navarre, au-dessus desquels avoit esté proposé de mettre des vers latins et francois, lesquels, pour la brièveté du temps, ne purent estre escrits (2).

(1) Nous avons déjà cité celles de la Gruthuze.

(2) Beauvarlet les a conservés cependant. Le premier puits devait présenter ce dialogue composé par Me Hector Rumet, écuyer, sieur de Beaumarais, bailly d'Abbeville:

VlATOR

Gallia, quid non fies, jam sex et pluribus annis

Régis Iberorum dilaniata feris?

Gallia Quid, non a?gra, fleam ? quod cura inclinata jacerem

Rex Francûm hostes et praelia qusequœ fugat.

Sur le second puits, ce distique devait faire parler le roi luimême:

Sum genus heroum, divi proies Ludovici ; Hispanos superat tanta propago duces.

Au troisième puits, nommé le puits de la ville, devait être attaché ce quatrain rapporté (l), composé par M' Nicolas Becquin, procureur et notaire royal:

La grandeur, la vertu, le bonheur, la vaillance

De César, d'Alexandre et d'Auguste et d'Hector,

Orne, annonce, accompagne et enrichit encor

Le chef, le los, l'ardeur, le front du roy de France.

(1) Mot exprimant un tour de force qui n'a rien à voir avec la poésie.

« Au destroit de la rue, devant PEscu de Brabant, y avoit ung grand arc triomphal sur lequel estoit ung piédestal de sept pieds de longueur sur deux pieds et demi de hauteur, garny de moulures, sur lequel estoit posée la figure à cheval de feu Monseigneur le duc de Vendosmois, père du roy, qui fut gouverneur de ceste province et depuis roy de Navarre. Il estoit armé et couronné à l'antique, tenant une mace d'une main et de l'autre les resnes du cheval, le tout très superbement faict et industrieusement poli que rien plus. En la frise dudit piédestal estoit escrit ce tétractique, d'ung costé, en lettres d'or, composé par ledit Beauvarlet :

Nostratum Rector, Dux hic Vindocimus ad se Corda pius longo traxit amore sui,

Sed cum, Rex, magnum te protulit, Enrice, Gallis, Gallia eum merito, totus et orbis amat.

« Et en l'autre costé ce quatrin façonné dudit Beauvarlet :

Ce Vendosmois, qui a aimé

Nos pères d'amour paternelle, De soi la mémoire éternelle Dedans nos cœurs a enfermé.

« L'architrave et la corniche estoient peintes de couleur de marbre noir, et estoit escrit en la frise, en lettres d'or, au dessoubs de ladite figure, ces vers tirez du XIIe de l'Enéide :

Disce, puer, virlutem ex me, verumque laborem, Fortunam ex aliis (1).

(1) Paroles d'Enée à Ascagne. Ainsi parlait à Henri IV, dans l'intention du poëte, la figure du duc de Vendôme tournée vers la porte Saint-Gilles; mais Henri IV était alors un Ascagne un peu mûr. Ce que Beauvarlet ne dit pas et ce que montre le dessin

« Et pour intelligence de ce, estoient peintes, en deux tableaux posés en deux niches aux cosfés de rentrée dudict arc, la Vertu posée sur un cube pour monstrer sa stabilité, tenant d'une main une branche de palme et de l'autre un chapeau (une couronne) de laurier; et en l'autre niche une Fortune posée sur une boule, tenant d'une main une corne d'abondance et de l'autre une couronne d'or. Ces niches estoient entre les colonnes de couleur de jaspe, garnies de leurs bases et chapiteaux tellement enrichis que rien n'y manquoit. Pour l'amortissement desdictes colonnes , en hault , estoit à chacun costé dudit arc un fond d'aspic, entre lequel et la corniche estoit un chapeau de triumphe, et dans iceluy les armes de mondit sieur de Vendosme (1) d'un costé et celles de la ville de l'autre.

« L'autre costé de cest arc estoit semblable, saouf que la frise au-dessus de l'architrave estoit remplie d'une moresque sur ung fond d'or, et dans les niches y avoit des trophées au lieu des deux inscriptions que l'on avoit proposé d'y mettre, l'une contenant ces hémistiques de Claudian :

Peragit tranquilla potestas Quod violenta nequit

conservé dans le registre de la ville, c'est que le cheval du duc, de forte race, avec une longue queue ondulante, noue'e par le milieu, et de superbes crins sur le cou, offre, sous son caparaçon et son panache, un modèle incontestable des chevaux de guerre un peu lourds du temps. J'ai engagé M. 0. Macqueron à copier ce dessin pour la collection où, avec un zèle infatigable, il fait parler Abbeville et l'histoire d'Abbeville aux yeux, sous le crayon et sous la couleur.

(1) De l'autre côté de la page est la représentation de cet arc de triomphe.

« Et l'autre, ce trait de Pline en son panégyrique :

TUA FELICITATIS EST, REX, POSSE QUANTUM VELIS*, MAGNITUDINIS VELLE QUANTUM POSSIS.

Ces inscriptions étaient donc absentes.

« Au devant du petit Eschevinage, sur le Marché, fut posé ung grand tapis de satin de Bruges verd, bordé d'ung feuillage d'argent, au milieu duquel estoit ung double escusson de France et de Navarre, couvert d'une couronne close environnée des deux ordres du roy (1). A costé droit, estoit, ung peu plus bas, l'escusson de Ponthieu, et à l'autre celui de ceste ville , et au bas estoient escripts ces mots en lettres d'or tirez du IIIe de l'Iliade :

BAIIAEI T 'ÀrAGa, KPATEPQ T'ÀIXMHTH.

« On avoit délibéré, au dessoubs dudit tapis, de poser ung grand tableau peint en forme ovale , les angles remplis de feuillages et moresques , et dans l'ovale pourtraire un Hercule triomphant et victorieux au hault d'une montagne de difficile accès, le chemin, jusques au sommet, rempli de ronces et haliers, et au bas, sur le pendant de la montagne, les marques et trophées de ses victoires, savoir est : les lion, sanglier, hydre , harpie , Gérion , Cerbère , Achelois et autres monstres gisans morts par terre, et dans le tour de ladite ovale , cest hémistiche escrit qui est la devise du roy :

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