‹ La Ligue à Abbeville, 1576-1594 (volume 5)Chapitre 7 sur 33 · WI · texte numérisé non relu

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Fesprit démocratk|iie (i) est entré 'dans ie monvemexA qui mit en communauté d'efforts la plupart des vifles du royaume et l'ambitieuse maison de ixNrraine; quelle part, du moins, la forée des choses, suadtaÉt cet esprit, l'amena à prendre dans le mouvement. Ia préoccjupation commune à tous les bistoiieBS tdepois fmate ans m'a suivi aussi sur les registres de la vifle, a conseillé mon travail d'extraits, et je irapprocfaerai ici les faits qui m'ont paru éclairer quelque peu h question. •

J'ai cm, dès le 14 mai 1585, découvrir les io^oeg d'un état oporal où ne parait pas trop l'tiorreur d'une démocratie modérée. Je prie le lecteur d'éludî^ ces ifldicea dans les termes de confijnce et prasqne 4'égalité employés par le lieutenant-général pour le Dii en Picardie, M. de CrèveccBur, lorsqu'il ccwprespond avec réchevinage (t. 1, p. 200).

A cette date évidemment, ce que nous appelons aujourd'hui esprit démocratique devait prendre h forme de l'esprit municipal, se confondre avec l'esprit d'autonomie ou de commune. Cet esprit devait être assez fier et chatouilleux, ayant pour litres de no-

(1) Le mot D'est pas du temps, du moins tout-Mait dans le sens moderne, maïs 11 évite des périphrases : développement du tiersétat, entrée plus large du tiers-état dans les affaires publiques, appétence des droits politiques, première tendance à Tégalité de tous les droits ; et ce mot explique brièvement, poqr nous, ud ensemble de mouvements dont les hommes du seizième siècle ne pooTawBtse rendre cotople eux-mêmes.

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Uease à Abbeville la vieille charte de 1184; et c'est m effet ainsi, sous cette forme, avec cet orgueil, qa'il BODS apurait en plusieurs circonstances. En 1565, le luaeur ayant reçu avis de se transporter par-devant Monsieur le sénéchal du Ponihieu ou son lieu^enant pùf prêter un serment demandé par le roi, l'éche^ finage répond (3 sfoût) que • Messieurs maïeur et escbevins, corps et communaulté de ceste ville ne sont tenus de prester le serinent par devers luy (le séoécbal)...... y et que le lendemain même le sef-

wat sera prêté par les deux collèges^ dans la maison compiune, après les cloches sonnées (t. I^, p. 208).

En Tannée 1585-1586, Téchevinage refuse de re^ œvoir un contrôleur des deniers de la ville nommé par le roi (t. I, ff. 225-226).

Nus tard, en 1587, la ville, jalouse de ses privilèges, les défend de son mieux par ses représenta^ tions, par ses réclamations, quand le roi veut lui imposer le choix d'un maïeur (t. I, pp. 289--296, ea note). On verra quel eri suscite, à la iio de Vzmée échevinale 1587-1588, la lettre interceptée dao» laquelle le maïeur fait conseiller au roi d'intervenir de nouveau dans les élections prochaines par ^ injonctions et commandeofients dont retendue peal être redoutée 1 Les protestations des maïeurs de bannières contre lemagistrat déserteur de la loi, de la jalonsie municipale, le blâme qui lui est infligé par les déiibAnrtie»l et par les résolutiiNis de réchevinage>

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Tanimosité même qui s'attaquera peu de jours aprèsi son cercueil^ sont des preuves irréfragables encore d'un grand attachement aux anciens privilèges. Ua souffle vivace et véritablement indépendant se fiiit sentir en tout ce qui regarde le gouvernement communal. Toujours, en ces circonstances, la ville entend rester maîtresse d'elle-même.

Souvent, en la période qui nous occupe, elle se montre digne de cette volonté. Rester maîtresse d'elle-même ne lui suffit pas. Par l'échevinage, die s'institue résolument centre d'autorité supérieure dans la défuillance des pouvoirs monarchiques94dan8 la désorganisation des pouvoirs provinciaux; elle veille au service des rentes aux particuliers^ porte la main sur les tailles, entend que les fonds destinés aux fortifications ne soient pas détournés vers d'autres fins (passim). Son vigoureux esprit communal suffit à tout, subvient à tout.

Elle a parfois de ces délicatesses d'ombrage dont les plus grandes puissances ne se préservent pas toujours, mais qui sont dans son droit et justifiées par le soin, le devoir, Tintérêt de repousser des empiétements.

Les questions de pas, de préséance éveillent fréquemment la susoeptibililé bourgeoise. Le 4 décembre 1587, l'échevinage décide que le maïeur maintiendra son droit traditionnel de pas sur le président du Présidial dans une procession prochaine. U semblerait

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l'y avoir là, sans doute, rien de démocratique, mais seulement esprit de corps, si on ne se souvenait, pour la légère signification du fai^ que Técheyinage représentait toujours la bourgeof&ie pure, tandis que le Pr^dial allait faire souche et commençait à taire souchi de nêbiesse relative (t. II, p. 533^ ^Circonstance analogue et plus significative, 1^ noaieur Jean de Maupjn ^t maintenir, le 26 août 15S8, son droit de siéger à la tête du tiers-état dans ^ les ^réunions ^es Hrdïs ordres (1), contre lesprélenm& de M^ le lieutenant criminel et de messieurs les présidents et conseillers du Présidlîal (t. II, p. 12).

Mieux encore nous apparafssent les sentiments, la politique, les souhaits, les vœux de Téchevinage, c'est-à-dire de la grande majorité desJi^abitants, dans vo assez large exp6sé de (fonsidérations envoyées, le 25 janvier 1589^ au prévôt des marchands et aux échevins de la ville #e Paris. Ne reculons pas devant un mot moderne. Quiconque lira ce mémoire ne pourra y méconnaître des idées de self govemmenU L'échcvinage d'Abbeville propose de faire régir la province de Picardie < par les estais d'icelle. » La représentation des trois ordres devra être égale, etc. Cette proposition n'était, il est vrai, qu'une contreproposition, non pas inspirée par un esprit autre que celui d'Amiens et de la province, mais enfin une

(1) H y a là jastîGe à rendre au malenr, que j'ai eu occasion raUaqner qii€l<iaefoia.

expression de vutô partioulières tkymt pour olijet di ruiner Tinstitntion chère à Amiens, déjà presfft mrKsée à Aimens, d'une chambre des jétats de la pr»- Tince qui devait diriger,*â'AMieaSj la j^ovirie^ Les fermes* ne p^ir^ent laisser aucun â&alte; rénoûciafioo des vœux est bien faite en défiance de la'^chamllN do eonseil d'Amiens et en hostilité contre cette chanttÉ âotit la forme et la éoniposltion inquiètent Abkville (1). Un article du mémoire proui» que Tespri^

(1) If n'est pas hors de propoi ^ Rappeler, poartîen cousins > les défiances d^AbbeviH» contre riDslitutîon de la chamhRdih des états ou « du conseil des états • à Amiens, la lettre fiKiele S' janvier 1589 par messieurs de réche?inage d^Abberille i nés* sieors de réchevinage d^Amiens (t. Il, p. 35), les réserves hiteti Amiens même le 16 du même mois contre Tautorité de cette Chambre du Conseil par les députés prêtant ou renouvelant m nom d'Abbeville le serment de Tunion c^holique {UHd. p. 6!), les protestations consignées à cet égard dan le mémoire vemili ces députés contre les préjudices éventuels que pourrait porter aux villes et«u pays de Ponthieu « la forme de restablisseoeat de lad. chambre, » la condition insérée au même mémoire que ladite Chambre trouvera bon « ce qui sera ad visé et résoltpar la ville d'Abbeville » {i6id., p. 68-69), les conditions noureUei posées pour Tacquiescement d*Abbeville à ladite Chambre de Conseil, dans la délibération du 20 février 1589 et daus la lettre du 22 février de Téchevinage d'Abbeville à Péchevinage d*AmieDs; représentation égale pour les différentes parties de la proviace, plus solide règlement, etc. (t. II, p. 86-88); peu après, 11 man^ les résolutions prises, les réserves faites par Téchevinage contre Tautorité que s'arroge jusques dans les limites du Ponthieu • la prétendue chambre des estats d'Amiens • {ibid.^ pp. 9S-91). Ainsi, je le remarquerai, tandis que, d'un côté, Abbeville s^efforee d'étendre sa propre autorité sur les villes moindres qui s'interposent entre elle et la mer, de l'autre, elle ae ééSukd, de VA»

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ftvU voulait gagner en autorité et se con^itoêr gardien de tous les intérêA réguliers et çaciPiques audessus ides getft d« guerft et des capitaines exigeants rt pet sûrs (t. II, jp. 71-72).

Àbheviile^gui n'a pas adhéré, ainsi qu'on le devine pur ce qui précède, à l'oi^anisation d'ilne chambre 00 conseil tk*op puissante '^ u proBt d'Amiens, ne se refosepas cependant, ainsi qu'on Ta vu aussi déjà, à fttablissemeif dllril véritable repcésentation de la

Ii^AVmce. Les délibérations de mars 1589 sont expli- ' cites I cet égard. Abbe^e adi||et bien la création d'unirchambre des états de Ri province de Picîirdie, mais voici les conditions qu'elle désire pour cette représentation à la fois délibérante etMirigeante dans toQte rétendue de% province (1). Des députés des trois ordres aux ^ftts de la province de Picardie « ne pourront convenir et accorder aulcunes levées de deniers > ni décider « autres choses de conséquence > important au bien commun du pays sans en référer à leurs commettants, ce qu'ils pourront commodément faire, est-il supposé. Il est remis à la prudence des députés du Ponthieu de décider s'ils

forption antoritaire de la ctiambre des estais ou d'Amiens. EUe entend rester maîtresse de ses actes, apprécier elle-même, mesurer seule rétendue de ses sacrifices.

(1) H y a co le même jour, 30 tnars, pour la rédaction des tfii^ asaâwblée des trois, ordres à Saint-Pierre sans dou|e, et afsemblée du tiers-éut à r^herinage. "^

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