La Ligue a Abbeville, 1576-1594
Renouvellement de la loi. — Circonstances et incidents des élections échevinales. — J. de Maupin, maieur. — Mort de J. Le Roy. — Insultes à ses funérailles. — Un des auteurs de la Ménippée rattaché douteusement à Abbeville — Poursuites exercées contre Me Maximilien Le Roy, lieutenant particulier. — Agitation pour les Etats Généraux. — Le maieur fait maintenir son droit de siéger à la tête du tiers-état dans les réunions des trois ordres. — Assemblée des trois ordres au prieuré de Saint-Pierre. — Nomination des députés aux Etats-Généraux. — Rédaction des plaintes et remontrances. — Les campagnes inquiétées par les troupes errantes — Commissaire envo}é par le roi au sujet des gens de guerre qui tiennent les champs — Ordre donné par ce commissaire sur une plainte de rEchcvinage. — Mouvemont de confiance envers le roi — Une députation ira congratuler MM de Nevers et de Longueville à Amiens — Délibérations diverses - Lettres déjà assez anciennes du roi, nommant M de Nevers gouverneur de Picardie, et M. de Longueville en la même qualité par survivance. — Ou compte recevoir ce* officiers à Abbeville.— La ville se défend, contre une question de M. de Nevers, d'avoir demandé que les \illes de Montieuil et Doullens fussent distraites du gouvernement de Picardie. — La peste — MM. de Nevers et de Longueville à Abbeville — Départ pour Rlois du maieur, député du tiers-état. — On communiquera au receveur général à Amiens les lettres patentes du 7 juin concernant les intérêts financiers de
la ville. — Vente de biens des prolestants. — La ville pauvre, — consistée nar la peste, — sévère pour la police. — Négligence des échevins.
— Décharge d'un reliquat de subvention. — La ville intervient contre une prise de possession du prieuré de Saint-Pierre. — Procession pour l'édit d'union —On apprend l'assassinat du duc de Guise.— Assemblée générale.
— On enverra des députés à Paris. — Précautions prises pour la sûreté de la ville. — Les gens d'Eglise ne seront pas exempts du service de garde. — Quelques députés de Picardie à Blois. — Conduite d'un sieur de Malicorne en Poitou. — L'histoire d'Ahbeville éclairée par celle d'Amiens. — Institution à Amiens d'une Chambre du Conseil, chargée des affaires générales de la Picardie
Les comptes de l'année échevinale i 588-1 589 manquent dans la série des registres reliés ensemble et conservés aux archives de la ville. Heureusement le registre aux délibérations nous fera facilement suivre l'enchaînement des faits et le mouvement des esprits.
Nous nous arrêterons d'abord ci-dessous (1) aux élec-
(1) Maieur : Jean de Maupin, escuycr, seigueur de Bellencourt, Mouffhères, de la Bouvaquc ou Beaulieu, etc., conseiller du roy en la sénéchaussée de Ponthieu et siège présidial d'Abbeville, controlleur du domaine dudit Ponthieu et conseiller aux grands jours du comté d'Eu pour monsieur le duc de Guise. — Waignort. — La dernière charge dont il est ici question n'explique-t-elle pas la nomination répétée et le rôle de J. de Maupin pendant la Ligue? J. de Maupin était, on 1588-1589, maieur pour la troisième fois.
Les quatre premiers échevins furent : honorables hommes Antoine Manessier, ancien juge consul ; M' Clalde Becqui.n, procureur et notaire royal audit Ponthieu ; Antoine de Moyennt.yille et Louis Sanson le jeune.
Les argentiers: pour la Ville, Charles de le Wardb; pour le Val, Jacqles de le Gorgue. — Waignart.
Ces résultats donnés, revenons sur l'élection elle-même marquée par quelques circonstances à noter et qui lui restilueront bien un caractère particulier à cette date.
Celles du ï4aoûl 1588 furent laites» par-devant Claude Gaillard, licencié ès-loix, conseiller du roy, procureur particulier de la
tions significatives, comme toutes celles qui ont lieu en temps de troubles, quand on sait en pénétrer le secret. Jacques Le Roy mourut le lendemain même (25 août)
ville, représentant monsieur Le Roy, encore à présent maire, absent à cause de sa malladie. »
Le procureur de la ville expose que le maieur, « pour son indisposition et malladie, ne se peult trouver céans et néantmoings que la nouvelle ellection ne se peult remettre ny différer; qu'il étoit expédient et nécessaire depputer certains de Messieurs pour aller vers luy, aflin de retirer les sceaux de la ville qui devront estre icy représentés par led. sieur Gaillard, premier eschevin. » On advise donc « que led. sieur Gaillard, assisté dud Rohault et du substitut du procureur, se transporteront vers led. sieur maire pour retirer lesd. sceaux de luy; ce qu'ils ont faict. »
Les sieurs Gaillard, Rohault et le substitut du procureur apprennent à l'échevinage qu'ils ont trouvé led. sieur maire ■ extrêmement mallade. »
En raison de l'époque tourmentée, ne faut-il pas remarquer les précautions consignées dans le procès-verbal et que rendront apparentes quelques extraits?
Le substitut du procureur remontre que de tous temps la rénovation de cest Eschevinage a esté faicte par ellection » en la forme accoutumée, savoir : le collège des échevins élit trois hommes qu'il estime capables d'exercer la ebarge de maieur pendant l'année qui vient, et dont les noms sont envoyés au collège des maieurs de bannières [qui choisit]. Election est faite ensuite (par les maieurs de bannières) de quatre premiers échevins, puis de huit autres appelés les huict, un argentier de la Ville et un argentier du Val.
Il fut ensuite procédé ainsi « au fait de l'ellection : »
« A esté ordonné que lesd. maieurs de bannières assemblés en leur chambre, seroient appelés en la grande salle dud. Eschevinage pour estre admonestés de faire le serment au cas requis.
« Et instamment tous les maieurs de bannières appelés et estant en lad. chambre, ils ont, par Messieurs, esté admonestés et requis d'eulx acquitter lidellement en lad. ellection; » on leur recommande de choisir un maïeur parmi « les trois personnages qui
de la nomination de son successeur ; il était âgé de cinquante-huit ans. L'opinion triomphante ne lui pardonna pas son attachement au roi. Sa lettre du 8 août, cause
leur sont envoies (1) » un maire propre pour l'administration et conduite des grandes affaires qui s'offrent journellement par le malheur des temps, un maire affectionné au repos et au soulagement des habitants et à la conservation des droicts et . . (un mot que je. ne peux lire, mais qui n'est ni privile'ges ni immunités) de la ville ; on leur recommande aussi la nomination d'échevins de capacité et de prudhommie et de deux argentiers; « de quoy faire ont preste le serment» comme « de nommer les deux argentiers sans commettre vindicte et mauvaise affection. »
Ce fait, les amours de bannières se retirèrent dans leur chambre et messieurs les échevins restés seuls jurèrent et promirent à leur tour de s'acquitter lidellement « au choix, ellection et nomination des trois personnages » qu'ils devaient présenter aux maieurs de bannières
Les sceaux de ia ville sont alors remis sur le bureau.
Les échevins choisissent « pour oyr les voix de l'ellection, » lesd. Calippe et Rohault, • lesquels instamment sont venus au bureau. » Les trois candidats choisis par le conseil furent: noble homme M« Jehan de Mauppin, sieur de Bellancourt, licencié èsloix, conseiller du roy au siège présidial de Ponthien; noble homme Jacques Le Prévost, aussy conseiller du roy aud. siège; honorable homme Simon Bille, marchand bourgeois de ceste ville.
Le même jour furent nommés par les maieurs de bannières, Pour Maire :
Ledit sieur de Maupin.
Pour les quatre premiers échevins :
Honorable homme Anthoine Manessier,
Honorable homme M" Claude Becquin (?),
Honorable homme Anthoine de Moienneville,
l'I) Il faut remarquer peut-être ces termes mêmes de l'appel à la loi
(.) On voit que ce ne sont pas toujours les registres de la ville qui ont
fourni à Waignart les qualités dont nous faisons suivre souvent d'après lui
les noms des maieurs et des membres de l'Echevinage.
des dernières agitations de l'Echevinage, tit injurier son cercueil Ses armes, nous apprend M. Louandre, placées le 27
Honorable homme Lois Sanson le joeune.
Pour les huit écbevins :
M" Alexandre Gaillard, sieur d'Ochancourt. Nicolas Conllon, sieur de Hanchies.
Nicolas Danzel, Claude Calippe, Gabriel Briet, le joeune, Jehan Roussel, Jehan Warré, le joeune, Bertrand Gaignerel,
Pour argen ties de la Ville :
Charles Delewarde;
lOUR ARGENTIER DU VAL :
Jacques Delegorgue.
On députe alors vers le nouveau maire nommé, MM. Rohault et Lebel, échevins, et Le Devin, siéger de la ville. Les députés reviennent et rapportent qu'ayant prié led. sieur de Mauppin de vouloir bien se transporter céans afin de prendre la dicte charge, il leur a l'ait réponse « qu'il ne se vouloit exempter de faire service au publieq, mais que, comme devant, il a faict par deux fois lad. charge, mesme que la seconde fois qu'il y fut rappelle, il fut dict d'une sentence de monsieur le sénéchal de Ponthieu qu'il n'y pouvroit estre rappelle pour la troisième fois. — Cette réponse du sieur Maupin est discutée dans le conseil ; on représente qu'il ne doit « fuir ni refuser telle charge » pour le service du roy et repos des habitants. Après plusieurs autres considérations exprimées dans le registre, on renvoie les sieurs Rohault, Lebel et Le Devin vers le sieur de Mauppin pour le prier et sommer de prendre la charge de maieur, nonobstant ses excuses.— On fait donc valoir de nouvelles raisons auprès du sieur Maupin qui les repousse encore; on lui représente que le peuple l'a élu par un acte de sa libre volonté »- et par la forme et voies antiennes, etc. » L'état où l'on voit toutes choses réduites requièrent « une pron:pte provision de remedde ; » on décide donc que le sieur de Maupin
août, jour de ses funérailles, au portail de Saint-Vulfran et sur les torches et tentures funèbres, donnèrent lieu à scandale: «Le substitut du procureur-général du roi en
prendra la charge. On sonne les cloches, la grande porte de l'Echevinage est ouverte et le peuple s'assemble dans la cour. Le sieur Gaillard fait entendre alors l'indisposition qui n'a pas permis au sieur Le Roy de faire le renouvellement accoutumé; il présente au peuple le sieur de Mauppin qui prête publiquement le serment, et le sieur Gaillard lui baille les sceaux de la ville. Le sieur de Maupin prend la parole et expose, entr'autres choses, qu'il s'efforcera « de maintenir les habitants en repos et observation de l'honneur de Dieu, de la relligion catholique, apostolique et romaine soubs la seule obéissance de notre bon roy très-chrestien et plusieurs autres belles admonitions. »
Il fait alors appeler sur les plombs les sieurs Manessier, Becquin, de Moienneville et Sanson, « échevins des quatre, » auxquels il fait faire le serment requis.
Après le renouvellement de la loi, l'ord'uunaiicC de police comme tous les ans. Il est défendu d'aller par les rues sans chandelle après les cloches sonnées, etc..
Les échevins de recueil furent :
Jacques de Vis,
Nicolas de le Hodde,
Hector Beauvarlet,
Jehan d'Arrest, le jocune,
Michel de Bernay,
Auger,
François Matton,
Jacques Mourette,
Phlcs (Philippes) de Cervoise,
Thomas Wauquet,
Anthoine Pigné,
Jehan Mauvoisin, le joeune.
Le renouvellement des maieurs de bunnières ne se lit que le dimanche v8 août. C'est le même jour que les oflices de la ville furent distribués entre les échevins précédemment nommés.
7 la sénéchaussée de Ponthieu (1), contestant le titre nobi liaire du défunt, donna ordre d'arracher tous les insignes.
II s'ensuivit un procès dont quelques pièces seulement sont restées aux archives, mais il y » tout lieu de croire, d'après le contenu de ces pièces, que rien n'autorisait un acte aussi violent. » — M. Lomndre, les Mayeurs et les Maires. — Quant à la question du titre contesté, nous lisons dans Waignart, à la date de 1587 : « Henry 111, très chrestien roy de France et de Pologne, honora led. sieur maieur (Jacques Le Roy) de la qualité et tiltre d'escuyer pour les bons services, qu'il lui avoit faits et à la Couronne, dont lettres luy en furent expédiées. » — Ce ne fui pas, d'ailleurs, le seul anoblissement que Henri.
III concéda vers celte date dans Àbbeville. — Quant à la contestation elle-même, l'assemblée du 1111e jour de novembre (1.5.88) tenue au grand Eschevinaige par-devant A. Manessier, premier eschevin, (le maieur étant alors aux Etats Généraux), nous donne:
« Sur ce qu'il a esté remonstré que à l'enterrement de feu Me Jacques Le Roy, sieur de Saint-Lot, en son vivant maieur de ceste ville, y eust un blason que les héritiers dud. feu avoient faict mettre au drap qui estoit sur le corps, tiré et osté par ordonnance de justice, tant à la requeste de monsieur le procureur du roy que autres, et que puis naguères les héritiers ont intenté action pour retirer led. blason, disant avoir lettres de noblesse, en quoy la ville pourroit estre surprise s'il n'y estoit advisé, a esté dellibéré que le procureur de la ville demandera
(i) François Mourette. « On arracha les blasons mis sur la tenture, à la requête de François Mourette, avocat du roi, qui avait eu des démêlés avec lui pour cotisation. » — L'abbé Buteux, suivant les notes extraites par M. Traullé.
avoir coppie ou du moings communication des lettres de noblesse dont lesd. héritiers se vantent, pour, icelles veues, adviser sy la ville y a intérest ou non. »
Mais la guerre faite au mort et à ses héritiers n'était qu'une guerre de parti et de passion. Les bourgeois d'Abbeville, voyons-nous dans toutes les pages de Waignart, (et Waignart cessait d'écrire et de dessiner en 1628, près de soixante-dix ans avant l'armoria! bourgeois imposé par Louis XIV), les bourgeois d'Abbeville avaient presque tous des armes à la tin du seizième siècle et au commencement du dix-septième-, les maieurs en prenaient toujours, peut-on croire; il ne faut donc voir dans l'avanie infligée à celles de Le Roy qu'une manilestation des rancunes politiques et religieuses d'une heure de violence. On peut regarder, en effet, Jacques Le Roy comme le chef du parti des politiques à Abbeville. 11 disparait à temps pour son repos et au moment où les persécutions vont commencer contre ceux de ses concitoyens dont il représentait, à la tête de l'tchevinage, les préférences secrètes ou avouées. La conformité de son nom patronymique et de ses opinions avec le nom et les opinions de l'auteur du Calholicon d'Espagne a induit M. Traullé à préjuger quelque parenté entre lui et l'écrivain de la Ménippée, et à supposer la naissance du dernier à Abbeville (1); les vérifications n'ont pas, je pense, assuré à Abbeville cette acquisition littéraire.
(1) Le jour oïl le savant procureur du roi crut faire cette découverte, il s'empressa d'en donner avis au marquis Le Ver, son correspondant zélé et toujours amoureux des Irou vailles historiques. M. Le Ver lui répondit:
» Montreuil-sur-Mer. 8 mai 1H07.
« La découverte que vous avez faite de Pierre Le Roy, né à
Le fils de J. Le Koy, M« Maximilieu Le Uoy, lieutenant particulier, eut à souffrir aussi des opinions du maieur dé funt, adoptées sans doute et conservées par lui-même ( I).
Revenons aux premiers actes du maieur nouvellement élu. — La France était alors (août) tout entière aux préoccupations des Etats Généraux convoqués pour le
« Abbeville, chanoine de Rouen et chapelain du cardinal de Bour- « bon, comme un des auteurs de la Satyre Ménippée, est flatteuse « pour notre pays. Dans le paquet que je vous prie de remettre « à M Du Grosriez, je lui en parle, et je l'engage à découvrir à « quelle famille ce chanoine appartient. J'aurais soupçonné que « c'est aux Le Roy de Valauglart et de Bardes, mais à cette époque « ils étaient attachés aux Guise, et conséquemment ligueurs. Je « croirais plutôt que c'est aux Le Roy de St.-Lau. Ils étaient alors « royalistes. Il y a des lettres flatteuses de Henri III à Jacques Le « Roy, seigneur de St.-Lau, pour l'engager à accepter la mairie. « A son inhumation, en 1588, son cercueil fut insulté par les « ligueurs, qui arrachèrent les armes qui étaient autour. Son tils, « iMaximilieu, lieutenant particulier, fut toujours vexé par les « ligueurs et obligé de quitter la ville, tant qu'ils y régnèrent. — « Le Marquis Le Ver. » — Lettre en la possession de M. Demarsy.
fl) Je trouve d'abord cette mention laconique au registre des délibérations (1589):
<> Du III' de febvrier au grand Eschevinaige, par-devant le maieur, etc.. ont esté veusles memores servant en la cause contre M* Maximilien Le Roy, lesquels il a esté ordonné estre portés a Paris à M. Auganet et qu'ils seront signés par led. sieur maieur et le greftier de lad. ville. »
Et plus de six mois après :
« Du XIXe jour d'aoust, sur la requeste présentée par M" Maximilien Le Roy, lieutenant particulier, afiin d'estre receu en ceste ville pour y exercer librement son estât comme il a faict cy-devant, après que lad. requeste a esté communiquée à l'assemblée et que led. procureur a été oy, a esté advisé qu'eu fournissant par led. renions Iran t aux commandemens quy luy ont esté cy-devaut laids de se représenter en personne, sera faict ce que de raison, et u
mois suivant. De quoi se plaindrait-on ? Que demanderait on? Les trois ordres devaient, de concert, arrêter les réclamations. Redevenons comme toujours, contemporains des faits et prenons place dans la salle des délibérations échevinales.
Le XXVI août, « sur ce que led. sieur maieur a remons-
fautte de quoy faire en dedans lundy prochain, sera proceddé au parachèvement de l'exécution de l'amende en laquelle il a esté exécutté, et ce mesmes par la vente prompte des biens estans en ung coffre saisis sur led. Le Roy, suivant la dellibération du XVI présent mois. » On avait décidé alors que la vente des meubles saisis dans ce coffre subviendrait au paiement de la compagnie du sieur Du Crocq, alors à Gamaches. (Délib. du XVI août.) Et encore sous la mairie suivante, le III octobre 1589 : « Sur la requeste présentée par escript par Me Maximilien Le Roy, lieutenant particulier en la séneschaussée de Ponlhieu, tendant adfin d'avoir la liberté de faire sa charge et commercer avecq les aultres habitans, mesmement aflin d'avoir main-levée de ses moeubles qu'il dict avoir esté saisis par ordonnance de nos prédécesseurs maieur et eschevins, nonobstant qu'il ayt juré et faict le serment de l'Union, offrant exposer sa vie et ses biens pour la conservation de nostre relligion catholicque, apostolicque et romaine, — la matière mise en dellibération avecq messieurs le conseiller Maupin, maieur, Anthoine Manessier, Anthoine de Moienneville et Lois Sanson, eschevins premier, troisiesme et quatriesme de l'année passée, lesquels nous ont déclaré qu'il n'y a aulcunes informations faictes par eulx contre led. sieur lieu tenant particulier, mais qu'il a esté condempné par eulx en cinq cens escus d'amende pour les désobéissance et refus qu'il auroit faict de se représenter, ayans mestne ladicte amende esté deppuis déclarée escheue par dellibération généralle et partie d'icelle paiée, estant d'advis que led. sieur lieutenant soit libre de commercer et fréquenter par la ville comme les aultres habitans et qu'il ayt main-levée de ses moeubles saisis en paiant ce quy reste à paier de lad. amende,— suivant lequel advis et du consentement du procureur de la ville nous avons dict et ordonné que led. Me Haxiinilit'ii Le Roy, lieutenant particullier, sera libre de Commercer
tré que les Estats-Généraulx (1) de ce comté de Ponthieu seront assignés par-devant nions1" le séneschal dud. Ponthieu dans la grand'salle du prieuré de Saint-Pierre en ceste ville où l'assemblée généralle desd. Estats se doibt faire pour adviser des plaintes et dolléances que l'on fera au Roy aux Estats-Généraulx de ce roiaulme qu'il (2) veult estre convocqués et assemblés en la ville de Bloyes au XVIe jour de septembre prochain pour, par l'advis d'iceulx, prouveoir aux désordres et calamité (3) en laquelle
l'on voit toutes choses réduictes en ce roiaulme ,
on trouve qu'il est expédient, avant de dresser les plaintes et doléances, de savoir ce qui a déjà été fait; on ne saurait attendre dans une plus longue ignorance le jour même de l'assemblée sans s'exposer à quelque confusion. On décide donc que le maire, assisté des sieurs Becquin, de Moienneville, Sanson, Gaillard et Briet, eschevins, du sieur Delecourt substitut du procureur de la ville et de Nicolas Lebel, greffier de la ville, se transporteront au prieuré de Saint Pierre.
La députation se rend donc au lieu de la réunion générale ; mais là, comme presque toujours en semblable
et fréquenter par la ville et faire sa charge et affaires comme les aultres habitans de ceste ville, et qu'il aura main-levée de ses biens moeubles en paiant ce qui reste, etc.. »
On voit encore en 1590 que Maximilien Le Roy, lieutenant particulier, avait été condamné pour contumace et non comparence.
Maximilien Le Roy est encore nommé avec son titre de lieutenant particulier dans la délibération du vingt-deuxième jour de juillet 1592, au grand Echevinage, pour l'élection des commissaires du bureau des pauvres.
(î) Le mot était ambitieux, mais il était sans doute de mode alors.
(•2) Le roi.
(3) Je lis mal le mot auquel je supplée suivant le sens.
cas, une question de préséance s'élève d'abord. Le récit échevinal appuie sur la discussion et sur la décision ob tenue. L'indifférence moderne sourirait à tort Le point en valait la peine pour le vieil honneur de la Commune, pour l'autorité sortie d'elle et exercée encore par elle.
Le maire s'étant donc rendu, escorté, suivant la délibération, au prieuré où «estoient led. sieur séneschal, son lieutenant, monsieur le gouverneur, monsieur de Ligny, monsieur de Rambures et plusieurs autres gentilshommes, trouva que l'on ne Iuy avoit encores assigné de place, du moings telle que sa quallité le requéroit, et que l'on prétendoit mettre monsieur le lieutenant criminel et messieurs les présidents et conseillers, etc., en mesme rang et degré. » Le maire remontre au sénéchal et à son lieutenant que « en sa quallité de maire de ceste ville d'Àbbeville, cappitalle de ce conté de Ponthieu, et l'auctorité qu'il a tant au gouvernement d'icelle comme aultrement, il est [en droit ou en possession] d'estre chef du tiers-état dud comté et conséquemment qu'il doibt avoir la prime et plus onneste [?] et honorable place dud. tiers-estat.
Le séneschal fait aussitôt appeler le lieutenant criminel et les conseillers afin de pourvoir à la difficulté et de façon que la dispute n'apporte aucune confusion dans l'assemblée.
Le lieutenant criminel est donc entendu ; puis le séneschal, « par advis de messieurs de la noblesse, » déclare que led. sieur maieur aura la prime et plus [honorable?] place dud. Ïiers-Estat, etc. (1)»
(l) Il fut confirmé dans la première séance des Es.tats, et par délibération même de ces Estais, que les maire et eschevins au raveut la prime séance du Tiers- Esta t. — R-y. aux dèlib
Deux pages manquent à la suite de cette séance ; elles ont été déchirées par une main malhonnête, ainsi qu'il est facile de le reconnaître encore. Elles devaient contenir une séance à i'Echevinage du 27 août, qui commence où nous finissons et, ce qui est beaucoup plus important, le commencement d'une assemblée des trois ordres au prieuré de Saint Pierre ( I). La mention des assistants devait être fort curieuse. Les places assignées ont-elles pu mécontenter quelques descendants des personnages de 15S8 ? Les pages déchirées ouvrent le champ à toutes les suppositions.
Dans la partie qui subsiste du procès-verbal, nous voyons encore l'organisation du bureau et quelques détails sur la disposition des chaises et des bancs.
A défaut du registre, Waignart nous dit : <• Le 27e jour d'aoust, au retour de l'enterrement dudit seigneur de Saint- Lau, fut faite l'assemblée général du comté de Ponthieu en la grand'salle du prieuré de Saint Pierre, où présidait monseigneur du Gard, séneschal de Ponthieu, pour y déléguer quelques notables personnages de chascun corps dudit comté de Ponthieu pour se trouver aux estais convoqués à Blois et illec proposer librement les plaintes et doléances du peuple Les ecclésiastiques nommèrent N. . . , la noblesse le seigneur de Rambures, et le tiers estât ledit sieur (ou seigneur) de Maupin, maieur (2). »
Kn cette réunion, où se montèrent sans doute assez
(l)Ou peut-être à I'Echevinage?
(2) « Le duc d'Aumale, par ses intrigues, fit choisir trois ligueurs outrés qui se rendirent à Blois, où les Etats-Généraux s'ouvrirent par une procession et une communion générale, » etc. — Formentin.
Il 2
- \ti —
vivement les esprits, lecture avait été faite des lettres patentes du roi (1)-, l'assemblée s'ajourne à deux heures de relevée pour la discussion et la rédaction (entre les trois ordres) des plaintes et remonstrances de toutes
les , villes et villages divers du comté et dep-
puter (î).
Les deux cloches sonnent donc pour assembler les deux collèges « représentans le peuple de ceste dicte ville. » — « Plusieurs habitans, marchans et aultres » se rendent aussi à l'appel qui ébranle la tour du XIIIe siècle, et de deux à trois heures sont nommés pour la rédaction des plaintes six « députés - qui sont le maieur, le président [?], le baïlly de Cressy, Me Becquin, Me De Le Warde, M8 Waignart [?]
«Parmi les commissions du roi, nous dit Waignart à qui nous revenons, la Ligue ne manqua pas d'artifices pour faire couler aux plus affectionnés à l'avancement de ses desseins , aux plus passionnés ligueurs du royaume, les articles et mémoires qu'ils devaient coucher en leurs instructions et mettre peine à se faire députer aux estats »
La campagne, les environs d'Abbeville, la province, pourrait-on dire sans risque de démenti, étaient, on le devinerait à défaut des preuves qui remplissent les textes, grièvement inquiétés par les gens de guerre. Gens du roi ou gens de la Ligue se montraient également à charge aux lieux de leur préférence, mais le roi cherchait encore a démêler les siens de ceux des autres et
(1) Je n'ai malheureusement pu lire assez sûrement la délibération qui suit cette lecture ; on y voit trace de plusieurs harangues et plaintes drs divers états.
(2) Je n'ai pu lire.
donnait des ordres qui pouvaient à quelques égards rassurer un peu. Abbeville proiite d'un effort de ce genre, de la venue d'un commissaire royal, pour tenter de soulager la campagne qui l'entoure.
« 1111e jour de septembre, au grand Eschevinage, au son de la cloche, par devant J. Bernard, lieutenant général, J. de Mauppin, maieur, Le Boucher, lieutenant criminel.» Le maieur expose « en la présence du sieur
M de Bras , commissaire , assisté de Me Jehan
Delecourt, lieutenant du prévost des mareschaulx de Picardie , qu'il receut ce jour même lettres du roy par led. sieur commissaire dattées du XIXe [?] aoust dernier pour ce que Sa Majesté voeult estre exécutté à l'endroict des gens de guerre tenans les champs, n'estans assemblés pour son service, et contre ceulx quy s'es-
carrent et desbendent des compaignies Lecture
est donnée des lettres, mémoires et instructions dud. sieur commissaire, de la lettre adressante aux baillifs et séneschaulx (du même jour que les lettres présentées par le sieur commissaire) et de Testai des régimens des compaignies des gens de guerre réservés parSad. Majesté pour son service et les lieux où il leur a ordonné de s'acheminer pour s'en servir. >•
L'assemblée fait entendre « aud. sieur de Bras que, satisfaisant au commandement de Sa Majesté, les lettres adressantes ausd. baillifs et séneschaulx et led. estât des gens de guerre ont esté leus et publiés lors de la réception d'icelles et néantmoins que deppuis le poeuple n'a laissé d'estre mengé et affligé auttant que devant par aulcuns gens de guerre, tant de cheval que de pied, quy ne cessent d'aller de villaige en villaige, à la veu des gouverneurs gentilshommes du pais et du prévost des mareschaulx
quy n'a faict aulcua debvoir de les suivre (1) et empes
cher et qu'il est nécessaire que Sad. Majesté y mette
autre ordre, sy, de bref, il ne voeult voir la ruyne tottalle de son paouvre peuple. »
Aussitôt le sieur de Bras, « en la présence de lad. assemblée, » fait « commandement exprès de par Sa Majesté aud. Delecourt, lieutenant du prévost des mareschaulx, de monter incontinent à cheval avecq ses archers pour pugnir et faire recherche desd. gens de
guerre pour les rompre et les mettre en (mot que
je ne peux lire) avecq son de toxin, suivant l'instruction et volunté de Sa Majesté. »
Ces ordres sont entendus avec reconnaissance par les maieur et échevins, et ils offrent de prêter à l'entreprise « toute l'aide et confort qu'il leur sera possible comme très-humbles et très-obéissans subjects de Sad. Majesté. » A cette date, dans le mois qui précède la réunion des Etats-Généraux retardés jusqu'au commencement d'octobre, nous voyons notre ville assez ouverte à l'espoir et confiante au roi, aux officiers nommés par lui chefs de la province.
Le XI1 jour de septembre, en simple assemblée échevinale , le maieur expose que , « ayant esté advisé par monseigneur Destrées, lieutenant général pour le roy en ce pays, que monseigneur de Nevers et monseigneur de Longueville sont en la ville d'Amiens, il luy a semblé expédient d'assembler affin d'adviser d'aller vers led. seigneur de Nevers, gouverneur pour le roy en ce pays, pour le congratuller et luy offrir le service de la ville et luy tesmoigner la bonne volunté des habitans
(1) D'en faire poursuite.
ainsy que l'on a accoustumé faire de tous temps » L'Echevinage, faisant immédiatement sien l'avis du maire , décide que « on se transportera aud. lieu d'Amiens vers led. seigneur de Nevers pour le congratuller, etc., » et députe à cet effet les sieurs Becquin, eschevin, et Devin, siéger.
Deux autres questions sont encore discutées dans la même séance
11 s'agit d'aviser de quelles personnes le maieur sera « accompaigné et assisté au voiage qu'il doibt faire comme depputté du tiers-estat de Ponthieu aux Estats- Généraulx de la France quy se doibvent tenir à Bloyes » Jean de Maupin aura pour compagnon de voyage, décide-t-on, Me Le Devin, siéger, « auquel sera baillé ung mémoire des affaires de la ville affin de y prouveoir par mesme moien. »
Enfin il convient de donner un meilleur ordre à la garde que n'y est de présent, et on décide qu'il sera procédé au premier jour à la recherche des habitans « pour le pappier du guet 5 pour quoy faire, ont été depputtés les sieurs Sanson et Gaillard »
Ainsi je me vois forcé, pour donner à chacune des années que j'évoque sa physionomie exacte, d'entremêler, à la date même où ils se présentent, les faits d'im portance diverse. J'en vais grouper, et de très différents encore, quelques-uns jusqu'à la fin de ce chapitre, afin de dégager toute la situation historique chez nous avant l'impression reçue de l'assassinat de Blois.
Dès le lendemain du jour où une députation a été décidée vers les ducs de Nevers et de Longueville, des lettres royales viennent, à l'occasion même de ces officiers, trouver le corps de la ville.
XIIIe jour de septembre, au grand Eschevinage : Lecture de lettres de Sa Majesté données à Bloyes le VIe jour dudict présent mois, écrites à TEchevinage, et de lettres patentes de Sad. Majesté, l'une en date du Vlll apvril dernier, contenant la provision de monseigneur le duc de Nivernois, pair de France, en Testât de gouverneur et son lieutenant-général esd. pais de Picardie, Boullenois, Arthois et pais reconquis, et de la personne de Henry d'Orléans, duc de Longueville, à la survivance dud. seigueur le duc de Nivernois, données à Paris le VIIIe jour dud. moisd'apvril dernier-, et de deux autres lettres sous le cachet desd. seigneurs de Nevers et de Longueville, adressées à 1 Echevinage et données à Amiens le XIe jour de septembre.
Dans la même séance une légère réclamation se produit, éveillée par les noms des ducs de Nivernois et de Longueville, attendus sans doute à Abbeville.
«Sur la remonstrance faicte parMe Grégoire Le Devin, siéger, que, l'année précédente, pour ce qu'il n'y avoit eu aulcun procureur de la ville, il auroit faict la principale charge d'icelluy suppléant à ceste cause, mesmement pour honorer l'entrée et bienvenue de messeigneurs les ducs de Nivernois et de Longueville, il luy soit accordé, pour ceste fois et sans tirer à conséquence pour l'advenir, qu'il ait une robe de pareil prix que led procureur de la ville. Sur quoy. prins advis de l'assemblée, a esté dellibéré que led. Le Devin, siéger, aura pour ceste fois une
robbe sur et manches de laquelle y aura une bende
de velours des coulleurs de la ville et qu'à ceste fin luy sera baillé la somme de (en blanc) et sans tirer à conséquence pour l'advenir. »
Une question plus importante et touchant à la poli-
tique , est engagée quelques jours après par M. de Nevers.
XIXe jour de septembre au grand Eschevinage: Le maieur de Maupin expose « que monseigneur le duc de Nevers, pair de France, gouverneur pour le roy en ceste province de Picardie, luy a demandé si la communaulté de ceste ville a esté d'advis de requérir et supplier le roy que les villes de Monstroeul et Doullens feussent baillées pour asseurance et distraictes dud. gouvernement de Picardie, et qu'il luy a faict response qu'il n'avoit jamais oy parler de faire telle poursuitte, et que pour l'en aclaroir [?] et satisfaire davantage, il en coramuniqueroit en ceste eschevinage, où, à ceste fin, il a présentement faict faire l'assemblée. » M. de Maupin fait alors rapporter les mémoires et instructions baillés aux depputtés envoies vers Sa Majesté, quy ont esté oys en son conseil tenu par la royne sa mère; à Paris, au mois de juillet dernier, les registres aux dellibérations deced. Kchevinaige. Les députés eux-mêmes sont entendus et on avise « que l'on déclarera, comme de faict nous déclarons par la présente , à mondict seigneur que ladicte prétendue distraction desdictes villes n'a esté proposée ny mise en dellibération, et qu'aucune poursuitte ne s'en est faicte par la communaulté, ny autre chose quy puisse apporter aucune diminution de l'auctorité dud. seigneur et de son gouvernement. » En ce même temps, la peste ()), donnait des inquié-
(l) Du XX' jour de septembre : Pour l'inconvénient de la malladie de peste arrivée en cesle ville par la mort de. . . , deppuis le déceds duquel il est mort plusieurs personnes de lad malladie, a esté ordonné à Me Ph'" de Bordeaux, saigneur des pestiférés, pour panser les mallades de lad. malladie aux gaiges quy luy
tudes qui n'empêchèrent pas cependant les ducs de Nevers et de Longueville de venir à Abbeville (1).
Le maieur de Maupin part enfln pour Blois, et nous le trouvons absent de la ville dès les premiers jours d'octobre. Le 5 de ce mois, le premier échevin, A.. Manessier, tient les sceaux, c'est-à-dire préside à l'Echevinage.
En ce jour le substitut (Delecourt, substitut du procureur de la ville) remontre » qu'il estoit besoing signifier à monsieur le recepveur général les lettres patentes en datte du Vil juing dernier, portans que la levée des deniers demandés en constitution de rente par le roy, ne seroit effectuée en ceste ville, et de la (sic) descharge de la moictié des deux mil escus de subvention, et, en ce faisant, avoir. ... de l'autre moictié; aussy pour toucher, sy faire se poeult, les quatre mil escus ordonnés par lettres pattentes à lad. ville pour employer aux fortiffications d'icelle, à prendre sur les deniers provenans du bien de ceulx de la relligion (2), mesmes pour toucher [?]
sont ordonnes, quy sont de vingt sols par jour, qu'il luy sera advancé ung mois avecq la somme de deulx escus quy luy est ordonnée pour entrée par l'argentier de la maison du Val, lequel, par mesme moien, fera porter dcmy-cent de glos, demy-cent de fagots et une charge de charbon à la maison ordonnée pour la demeure dud de Bordeaux, près le rampart. » — Reg. aux déhb.
(1) Du XXIIII' jour de septembre : « Sur les reqnestes présentées par les sergens à inaces et de la vingtaine aflin d'estre taxés poulies vaccances pareulx faictes à l'entrée de messeigneurs les ducs de Nevers et de Longueville, gouverneurs de ce pais de Picardie, leur a esté taxé la somme de deux escus chacun »
(2) Eu janvier de cette année avaient été vendus plusieurs bois des religionnaires. Un arrêt du 18 février 1600— 12 ans après — condamna les maire et eschevins à payer au sieur de Heucourt, ses bois adjugés à des acquéreurs catholiques. -- M. Traullé, Inventaire de titres, etc.
la somme de mil livres aussy assignés par autres lettres pattentes, estoit besoing envoier à Amiens vers messieurs les généraulx et !ed sieur recepveur général. »> On décide que Me Alexandre Gaillard, sieur de Hochan court, « fera led. voiaige et que lesd. lettres pattentes luy seront baillées aux fins dessus dictes »
Les fctats de Blois s'ouvrent le 16 octobre.
Dans une assemblée présidée encore le 25 octobre par A. Manessier (en labsence du maieur comme nous l'avons dit), nous voyons que les grains sont à très-basprix, mais que la ville, en faisant aux religieux mendiants les charités ordinaires de draps et de toile, se déclare trèspauvre elle même; il lui convient alors de faire «de grands irais pour raison de la malladie de la peste » qui sévit.
Les prescriptions de la police deviennent plus sévères (1).
Mais soit que les affaires exigent moins , soit que l'esprit public les néglige , suspendu aux nouvelles attendues de Blois, les échevins se montrent d'une né gligence, d'une inexactitude aux réunions qui leur attire de la part de celui d'entre eux qui les préside, une semonce avec menace d'amende (2).
(1) 1111' jour de novembre: « Défenses seront faictes (à cri public) à touttes personnes, de quelque quallilé qu'ils soient, d'aller, après la cloche du guet sonnée, sans chandelle, comme aussy d'aller en masques , aller en taverne es jours de festes et dimenches, à peine d'ung escu d'amende. » - Reg. aux déhb.
(2) 4 novembre, A. Manessier tenant les sceaux en l'absence du maire, alors aux Etats de Blois : Ledict sieur maieur (c'est-àdire le premier échevin Manessier), remontre que messieurs les échevins ne tiennent ordinairement aucun compte de se trouver
Quelques nouvelles arrivent en effet de loin en loin des Etats-Généraulx.
Du XIIe jour de novembre, par-devant A. Manessier, premier échevin :
Me Le Devin, siéger, « faict rapport du voiaige par luy faict avec monsieur le maieur en la ville de Blois et met sur le bureau les lettres pattentes de la descharge de mil escus restans à paier de la subvention dernière, qu'ils ont obtenue par les faveurs et moiens de monseigneur de JNevers, gouverneur pour Sa Majesté en ceste province et en considération des bons et agréables services faicts à Sa Majesté par les habitants de ceste ville. »
La pensée des Etats-Généraux se mêle plus ou moins alors à toutes les questions Cette pensée s'oppose même à une prise de possession du prieuré de Saint-Pierre.
Du XIIe jour de novembre, par-devant A. Manessier (premier eschevin, le maieur étant à Blois):
« Sur ce quy a esté proposé à l'assemblée que quelcun se présentoit pour prendre et entrer en possession du prieuré de Saint-Pierre en ceste ville, lequel n'estoit de la quallité requise par les saints décrets et ordonnances pour tenir led. bénéfice, [ce] quy seroil faire bresche aux remonstranoes que les depputtés des Estats de ceste province estans en court ont à faire à Sa Majesté pour la réformation des abbus qui se commettent en telles provisions et affin d'y avoir à l'advenir quelque règlement, a esté advisé que lesd. Sanson et Le Devin, siéger, se transporteront aud. prieuré pour demander et re-
à l'Echevinage aux jours ordinaires ni au son de la cloche. — Cette négligence laisse traîner plusieurs affaires arriérées. — Il ordonne que les échevins soient plus exacts « à peine de dix sols d'amende pour chacune fois. » Regist. aux délib.
quérir au commissaire à ce député communication des tittres et quallité de celuy quy prétend à lad. possession pour, iceulx veus, se pourvoir comme de raison; ce que instamment lesd. Sanson et Le Devin ont faict et rapporté avoir faict lad. requeste, sur laquelle Me Jehan Cavillon [?], doien rural, leur a promis faire droict. »
En ces questions de l'ordre purement ecclésiastique, PEchevinage, on le voit, se montre aussi passionné que le clergé.
Quoique les esprits et les cœurs soient tendus vers la paix, comme une délibération va nous le montrer, on travaille encore en plein hiver aux fortifications (1).
Nous approchons cependant de la péripétie tragique des Etats de Blois d'où sortiront de nouvelles fureurs. C'est à ce moment qu'une dernière illusion met en fête Abbeville.
Du XXe Décembre, par-devant A. Manessier, premier eschevin, (en l'absence du maire à Blois):
A esté délibéré que demain, sur les sept à huit heures du matin, se fera la procession généralle pour remercier Dieu de la grâce qu'il a faict au roy de [promulguer?] l'ecdict d'union pour loy fondamentale en ce royaulme et de réduire les tailles et aultres imposts au grand soullagement du poeuvre poeuple. »
Trois jours après cette délibération, où respirait la
(1) Du III' jour do décembre, a esté dellibcré, pour éviter que Pouvraige commencée au boullevart de Rez ne tombe en ruynes par le moien de la gellée, qu'il sera pris sur le premier quartier du revenu de la ville la somme de vingt escus par forme de prest pouremploier à parachever lad. ouvrage. Celte somme sera remise es mains de l'adjudicataire des travaux, par Charles de le Warde, argentier de la ville.
confiance de notre province, le duc de Guise tombait assassiné dans un corridor du château de Blois.
L'Echevinage de Paris donne le signal de la résistance au roi et avertit les villes attachées à la Ligue.
Immédiatement on comprend à Abbeville le besoin de précautions, de mesures de vigueur contre des dangers inconnus encore, mais pressentis. L'Echevinage s'appuiera, pour prendre ces précautions et ces mesures, sur le sentiment de toute la ville hardiment appelée à décider elle-même.
Le XXVIIe jour de décembre, une assemblée générale est convoquée à l'Echevinage au son des deux cloches. L'assemblée est en effet très nombreuse; Des nouvelles importantes sont arrivées de Blois. M. de Huqueville, capitaine gouverneur de la ville, expose que ce jourd'huy sont survenues nouvelles d'un « acciddent arrivé en la ville de Blois: » monseigneur de Guise a été tué dans le
cabinet du roy par ung gentilhomme nommé La
délibération est très-difficile à lire; je vois que le gou verneur propose d'adviser à toutes choses et à la sûreté de la ville jusqu'à ce qu'il y ait été pourvu par Sa Majesté. « Sur laquelle proposition, après avoir prins les advis de toutte l'assemblée et pour les raisons et considérations quy y ont esté représentées (ou reprises), a esté dellibéré
que l'on envoiera depputés en la ville de Paris
pour prendre advis de ce qui (1) sera expédient de faire pour la conservation de nostre relligion catholique et repos publicq
On décide pussi que les habitants se maintiendront en (I) Dr ce qu'il sera expédient etc.
- '25 — l'union qu'ils ont cy-devant jurée
Que les gardes seront renforcées tant de jour que de nuit, tant en la ville que aux faubourgs
Et que, jusques à ce que lesd depputtés seront de retour et que l'on sera informé , il
ne sera receu aulcun commandement en icelle que dud. sieur gouverneur et desd. maieur et eschevins.
Pour faire lequel voiaige, tant à Paris et à Amiens, ont esté depputtés Le Devin, siéger, et Coullon, eschevin.
Deffenses seront faictes à tous les habitants de se
et assembler la nuict, à peyne de punition
Et le même jour, dans une autre réunion (non plus générale), à quatre heures de relevée, l'eschevinage. d'accord avec le gouverneur de Huqueville , arrête quelques autres mesures.
La patrouille sera faite chaque nuit par les capitaines de quartier, etc
Du XXVIIIe jour de décembre, les capitaines, lieutenants et enseignes des compagnies de chaque quartier sont appelés à deux heures de relevée à l'Echevinage, en vertu de la délibération de la veille. Us font, dans la chambre du conseil, le serment de s'acquitter fidèlement en leurs charges. Deux ou trois seulement ont négligé de comparaître, sont absents ou manquent dans les compagnies: «Il est pourveu instamment en leur lieu d'autres personnes capables, comme il a esté advisé par l'assemblée.
« Ce l'aict, leur a esté enjoinct de faire la recherche et
Visitation des armes que ont ou doibvent avoir les habitants chacun en son quartier et faire rapport par dedans demain de ceulx quy en sont pourveus, affin d'user contre eulx de contraincte, attendu les commandemens et admonitions quy leur ont esté cy-devant faicts;
« De faire aussi recherches par les maisons des habitans pour scavoir sy il n'y a aulcun amas d'armes et autres munitions de guerre plus qu'il ne leur en est de besoing, et, advenant qu'ils en trouvent, de en faire les saisies et dénonciations aftin d'y prouvoir;
« De enjoindre et commander aux veuves [?] et personnes vallétudinaires ayans moien, de faire achepteret eulx prouvoir d'armes sellon leurs facultés et moiens au
jugement desd. cappitaines pour en armer ceulx
quy n'ont moien d'avoir des armes, à peine d'y estre contraincts à leurs despens. »
L'activité qui remue les armes ne se ralentit pas; on sent la ville véritablement en alerte.
Le XXX décembre, nouvelle assemblée à l'Echevinage où se trouve M. de Huqueville. Le maieur, toujours absent, est remplacé par A. Manessier:
Il est exposé - que le guet de patrouille que l'on a commencé faire par la ville durant la nuict par les cappitaines des quartiers, du nombre de vingt hommes conduits par les cappitaines, lieutenans ou enseignes, n'aporte guaires de commodité et force en lad. ville, pour ce que il se poeult présenter des affaires en ung des endroicts d'icelle duquel ils se trouveroient les plus esloingnés; davantaige, qu'après ou devant eulx Ton poeult aller et faire des assemblées durant la nuict, choses les plus à redoubter et craindre pendant ce temps que les fauteurs ou adhérans avecq les ennemis du repos publicq
et de nostre relligion catholicque n'espargnent tous les moiens et artifices plus pernitieulx que ils se poeuvent adviser, sellon le jugement que l'on en doibt avoir par le commencement malheureux et sinistre de ce trouble et remuement pour parvenir à leurs desseings. »
L'assemblée décide « que es quatre quartiers de la ville seront posés quatre corps de garde, tant de nuict que de jour, quy ne pourront estre moindres de six hommes et la conduicte ou chef, savoir:
« Au quartier Marcadé, à l'hôpital Saint-Nicolas, pour avoir regard en la place Saint-Pierre, au pont aux Cardons, chaussée Marcadé et rues y aboutissans;
« Au quartier du Bois, à la porte Contesse, quy aura à garder sur la chaulcée jusques en la rue Saint- André, rue de Locque et autres prochaines;
« Au quartier Saint-Gille, à la porte au Scel, pour avoir esgard sur la chaulcée Saint- Gille, rue de Larquet, Tannerie, Nouvel Atre et autres;
« Et pour le quartier Docquet, dans le premier cloistre des Cordelliers, pour avoir regard sur lad. chaulcée, la Portelette et autres endroicts adjacents.
« Lesquels corps-de-garde seront fournis d'hommes par les quatre compaignies de chacun quartier les ungs après les autres, chacun en son regard, et seront posés, savoir: pour la nuict à la cloche du guet, et levés à la cloche de l'ouverture des portes par ceulx quy entreront en garde pour le jour, quy y demeureront sans eulx en départir jusques à lad. cloche du guet pour donner ordre promptement aux affaires quy se pourroient offrir en cas d'allarme et considérer les desportemens des habitans et des estrangers suspects et que l'on poeult
congnoistre mal zellés et diiligemment exécutter ce quy leur sera par nous commandé.
« Et à ceste fin, lesd. cappitaines régleront leurs corapaignies en dixaines ou escouades dud. nombre de dix hommes auttant que chacune compaignie se pourra estendre, ausquelles escouades eulx leurs cappitaines, lieutenans, enseignes ou sergeants alternativement commanderont, usant, en ce faisant, par eulx de discrétion et départant des mieulx en congrès armés et dispos en chacune dixaine pour le jour, et suportant les arlizans et gens quy gaignent leur vie de jour en leurs bouticques en les emploiant de nuict comme ils adviseront mieulx.
« Commencera lad. garde par la première compaignie des quatre en chacun quartier quy continuera et emploiera touttes les escouades quy se trouveront en sa compaignie jusques en fin, affin que les habitans ne soient plus l'oullés (fatigués) les ungs que les autres de la garde; d'auttant que lesd. compaignies ne sont compaignies ne sont composées de nombre esgal et ainsy les autres sellon leur ordre, saouf celle quy a deppuis trois jours esté emploiée aud. guet de patrouille.
« Et d'aultant qu'il pourra arriver que en mesme jour aulcuns des habitans pourroient estre emploies à la garde des portes ou au guet de la nuict, en ce cas lesd. cappitaines commettront de la dixaine suivante ou autres hommes en leur place, et feront que led. nombre sera fourny pendant que le trouble et danger continuera, sans que pour aulcunes causes ou raison, aulcun en puisse estre excusé et dispensé s'il n'est emploie en mesme temps aillieurs comme dict est 5 les mallades n'ayans moien et les paouvres, ceulx qu'ils jugeront et congnois-
tront (la phrase s'interrompt ainsi devant un
intervalle blanc).
« Quant aux fauttes qu'il y pourra survenir et eschoir, il sera observé pareille discipline que pour la garde ordinaire.
« Et pour ce que, au moien des empeschemens quy surviennent d'heure à autre qui nous tiennent continuellement occupés le jour et la nuict, l'exécution du présent règlement pourroit estre retardé, mesme que deppuis trois jours lesd. cappitaines ont esté appelles en ce lieu avecq difficulté, nous avons ordonné qu'il sera envoie aux quatre cappitaines généraulx sur chacun desd. quartiers, affin d'assembler en leurs maisons en dedans deux heures après-midy, chacun en son regard, les cappitaines et aultres membres desd. compaignies et leur faire entendre led. règlement, enjoindre de l'exécutter incontinent et sans dellay , en sorte que, dedans ce jourd'huy,à l'heure de lad. cloche du guet, lesd. quatre corps de garde soient posés en lieulx prédicts, à peine de pugnition arbitraire.
« El pour ce que en ce faict il y va de la conservation denostrerelligion,et que, pour le nombre de poeuple que nous avons en cestc ville, il (1) se trouvera fort fatigué avecq le temps s'il falloit continuer lad. garde en ceste façon, nous avons advisé que les gens d'esglise de ceste ville, quy sont en grand nombre, se fourniront d'armes sellon leurs facultés et moiens et eslabliront un corpsde-garde composé de (en blanc dans le registre)
hommes, le jour et la nuict, au portail de l'église collégialle Monsieur Saint-Vulfran en ceste ville. »
(1) Le peuple.
Ainsi, jusqu'à présent du moins, les gens d'église ne prennent pas spontanément les armes-, ils y sont obligés par l'Echevinage et par la ville. Nous éclaircirons , toutes les fois que nous le pourrons en marchant, cette question du service militaire rempli par les prêtres et par les religieux.
Après la mort du duc de Guise, le lieutenant-général d'Amiens, député ligueur, est arrêté; deux de nos députés n'évitent la prison que par la fuite (1). « Le roi, au lieu de monter à cheval, poursuit Formentin, s'amusa à écrire partout de fort belles lettres pour rendre raison de sa conduite, mais à peine daigna-t-on les lire à Amiens et à Abbeville(2). Ceux d'Amiens envoyèrent des députés à Balaguy, ligueur qui s'érigeait en souverain de Cambrai, pour conclure un traité de ligue et d'alliance avec lui; en même temps, ils en envoyèrent d'autres à Abbeville pour inviter les habitants à se joindre à eux. L'esprit ligueur et républicain qui dominait alors dans notre capitale fit que ceux d'Amiens obtinrent leur demande. » — Formentin.
Waignart dit de son côté : « Le lendemain de l'exécution de Blois (l'exécution du cardinal de Lorraine, frère du duc de Guise), le sieur de Malicorne, lieutenant pour le roi en Poictou (3), rendit le chasteau de Niort au roi de Navarre. »
A la date où nous sommes arrivés, le mouvement
(1) Est-ce vrai? Je m'en rapporte à Formentin.
(2) Il y a certainement parti pris trop leste dans cette opinion de Formentin conçue à distance et à travers la Henriade.
(3) Waignart rapporte ce fait parce qu'il croit évidemment reconnaître dans le sieur de Malicorne un descendant de la famille abbevilloise du même nom qui donna des maieurs à la ville.
devient général. Nous ne pouvons plus séparer l'étude de notre histoire des secours d'explication ou de confirmation que nous prête l'histoire des villes voisines et notamment du chef-lieu de la province, Amiens. Abbeville est encore un peu incertaine et en suspens. Amiens s'est déjà prononcé davantage. Interrogeons l'œuvre de MM. Louandre et Bourquelot, composée et publiée sous la direction de M. Thierry. En décembre, les portes de la ville d'Amiens sont fermées, les clefs sont apportées à l'hôtel de ville. Jusqu'à avis certain de ce qui s'est passé, on n'ouvrira que deux portes défendues par une double garde Des suspects sont emprisonnés. — Documents inédits, t. II, p. 979-981. — On ne veut plus recevoir le duc de Nevers à Amiens — Ibid,p. 986. — Le 29 décembre, l'Echevinage d'Amiens déclare, à son de trompe, la guerre au roi, et les Ligueurs travaillent à s'assurer la direction de la Picardie tout entière. — Ibid,p. 998. — Enfin, le 31 décembre, l'assemblée échevinale d'Amiens décide « qu'attendu les nombreuses affaires dont l'Echevinage est surchargé, il sera créé à Amiens une Chambre du Conseil, composée d'ecclésiastiques, de nobles, de gens du tiers-état et de deux échevins, laquelle chambre sera chargée de délibérer sur les affaires générales de la Picardie L'assemblée que la délibération du 31 décembre institua, prit plus tard le nom de Chambre des Etats de Picardie. » — Ibid, p. 998, 999 et 1000. - S'il ne fallait être sobre de comparaisons parfois trop tentantes, ne pourrait-on rapprocher cette Chambre des Etats du Conseil départemental établi à plus de deux cents ans de là, au milieu d'autres et terribles agitations?
Pour ne rien laisser derrière nous de l'année 1588,
rappelons qu'au mois de décembre de cette année, Pontde-Remy fut occupé par les Ligueurs. Le duc de Longueville, gouverneur de Picardie, écrivit à l'Echevinnge d'Amiens pour le prier de prendre des mesures à cette occasion. Cet Echevinage , très-ardent pour la ligue, répondit que ceux qui occupaient le Pont-de-Remy étaient gens de bien et d'honneur, et que le duc n'avait pas à s'en mettre en peine. — Dom Grenier, paquet 14, art. 8, p. 283. Et loin de chercher à replacer le Pont-de- Remy sous l'autorité du roi , l'Echevinage d'Amiens envoya deux cents écus aux soldats maîtres de ce village et du château qui lui donnait de l'importance. —Ibid. — Les deux cents écus furent envoyés le 30 décembre. — La ligue à Amiens, par M. A. Dubois, p. 30.
Mesures prises pour la sûreté du faubourg de Rouvroy. — Réserve des habitants d'Abbeville -vis-à-vis de ceux d'Amiens. — Lettre de l'Echevinage d'Abbeville qui établit cette circonspection. — Adhésion différée à la Chambre du Conseil établie à Amiens — Influence ou autorité d'Abbeville sur les deux rives de la basse-Somme.— Résolutions prises en l'Echevinage d'Abbeville pour la sûreté du Crotoy. — Expédition du sieur Damerval. — Correspondance entre Mme de Belloy, femme du capitaine du Crotoy, et le gouverneur et l'Echevinage d'Abbeville. — Conditions demandées par Mme de Belloy, pour recevoir en l'absence de son mari, dans le château du Crotoy, la garnison qu'Abbeville y veut introduire. — Accord entre ceulx des ville et chasteau d'Abbeville et ceulx de la ville et chasteau du Crotoy. — Projets du gouverneur de Montreuil et du lieutenant de Rue sur le Crotoy. — Abbeville envoie, vers Mme de Belloy, les sieurs Damerval, de Cornehotte et de Moienneville. — En vertu des conditions faites par Abbeville, le sieur de Cornehotte entre au Crotoy avec dix soldats. — Lettre du roi — Lettre de M de Crèvecœur — Lettre du duc de Longueville. — Il est décidé que les habitants d'Abbeville se maintiendront en l'union jurée entre les villes. — Serment prêté à Amiens par les députés d'Abbeville. — La garde du faubourg de Rouvroy. — Agitation entretenue par les chefs de la Ligue. — Lettre du duc d'Aumale — Lettre des échevins
de Paris. — La Sorbonne a délié le peuple du serment de fidélité au roi. — Manifeste du gouverneur et de l'Echevinage d'Abbeville. — Invitation à venir jurer l'union en la Maison de la Ville. — Lettre de l'Echevinage d'Abbeville à celui de Saint-Valéry. — Députation à Amiens. — Paie de la garnison du Crotoy. — Prestation de serment de Messieurs de la noblesse.
— Précaution pour les passe-ports.— Un député malgré lui. — Nouveau sermi'nt à Amiens. — Réserves faites par les députés d'Abbeville contre l'autorité de la Chambre du Conseil établi à Amiens. — Abbeville étend son action sur Saint-Valéry — Deux députés de Saint-Valcry viennent à Abbe- -ville. — Le sieur Damerval entrera dans Saint-Valéry avec vingt soldats.
— Les Abbevillois stratégistes. — Mémoire pour les députés allant à Amiens. — Défiances persistantes contre la Chambre du Conseil établie à Amiens. — Lettre de l'Echevinage d'Abbeville, protestant encore contre cette Chambre, au prévôt des marchands et aux échevins de Paris. — Mémoire pour le lieutenant du gouverneur et le siéger de la ville, porteurs de sa lettre. — Autorité qu'entend prendre l'esprit civil. — Un nouveau député malgré lui. — Tailles, aides, etc. — Lettre de l'Echevinage d'Amiens. — Abbeville s'occupe d'assurer par des armements la tranquillité autour d'elle. — Lettre du gouverneur et de l'Echevinage d'Abbeville au maieur de Saint-Valéry.— Saint-Valéry n'accepte pas volontiers les soldats du sieur Damerval. — Abbeville persiste à maintenir cette garnison. — Elle lève et loge cinquante soldats dans son propre faubourg de Rouvroy.— Désordres commis par les gens de guerre dans les campagnes. — Garnisons à Pont-Remy, à Mareuil. — Election du duc d'Aumale comme gouverneur de Picardie au nom de la Ligue. — Saisie des biens des hérétiques. — Le carnaval défendn. — Encore les préventions d'Abbeville contre la Chambre du Conseil d'Amiens. — L'Echevinage d'Abbeville propose à l'Echevinage d'Amiens une réforme de cette Chambre ou plutôt l'établissement d'une autre Chambre d'Etats régulièrement élue et composée d'un nombre proportionnel de membres pour toutes les parties de la province.
La ville ne relâche rien de ses précautions en l'année nouvelle.
Le IIe jour de janvier (1589), « pour ce que l'on a mis en avant que le fauxbourg de Rouvroy quy est de grande importance à la ville » pourrait être occupé de gens de guerre, « a esté dellibéré que l'on se transportera sur le lieu pour adviser à la conservation d'icelluy. » Aussitôt dit, aussitôt fait, puis il est advisé «pour y prouvoir, attendu que la garde que y font les habitans d'icelluy n'est suffisante, que l'on assemblera demain, ensemble pour
adviser sur le contenu des lettres escriptes par ceulx de la ville d'Amiens. » — Il est question, à la suite de ces mots, « du fait du château du Grotoy » et de lettres écrites à madame de Belloy (1).
Quoi qu'en ait dit plus haut Formentin, les habitants d'Abbeville ne se rendirent pas étourdimcnt, sans réflexion ou sans réserve, aux sollicitations d'Amiens (2). Bien au contraire , nous les voyons se maintenir tout d'abord dans une sorte d'indécision ombrageuse, non sur le fait dominant de la Ligue sans doute, mais sur les propositions particulières de leurs voisins-, ils craignent de se subordonner, peut-on croire; ils ne répondent qu'avec prudence. Voici, quant à la Chambre du Conseil annoncée à la fin de notre dernier chapitre, la lettre que
(1) Voyez un peu plus bas la suite des négociations engagées ici. Madame de Belloy était la femme du gouverneur du Crotoy, femme de tête, devine-t-on, et qui commandait en l'absence de son mari.
(2) A la même date (2 janvier) des mesures d'un caractère poliliqne plus résolu étaient adoptées à Amiens. La Chambre des Etats arrêtait que les deniers provenant des recettes générales et particulières et des décimes et aliénations des biens ecclésiastiques seraient saisis et appliqués à la guerre contre les protestants. — Documents sur l'histoire de France, publiés par MM. Louandre et Bourquelot, sous la direction de M. Thierry, t. II, p. 998, 1,000 et 1,00!.
Et deux jours plus tard (4 janvier) deux échevins de l'Echevinage d'Amiens et deux membres du Conseil des Etats, étaient délégués pour visiter les lettres; et du même jour conliscation des deniers royaux, ordre de lever des troupes et défense de commercer avec la ville de Saint-Quentin qui se prononçait contre la Ligue. — Ibid. mêmes pages. — Amiens, en l'émotion première, précédait très-certainement Abbeville.
notre Echevinage écrivit dès le 3 janvier à celui d'Amiens :
« Messieurs, nous avons receu vos lettres pour le faict d'uue Chambre de Conseil que de'sirez estre establie pour donner meilleur ordre aux affaires concernans l'honneur de Dieu et nostre conservation pour toutte ceste province , et en oster toutte confusion et de'sordre, sur laquelle estans entre's en dellibe'ration avecq aulcuns des principaulx de ceste ville, et aians considéré le poix (poids) et conséquence de ceste affaire de laquelle aussy vous ne nous expliquez les circonstances : comme duquel nombre d'hommes vous prétendez qu'elle soit establie, en quel lieu, pour quel temps et autres [choses] en dépendans, qu'il seroit néantmoings bien nécessaire de savoir pour instruire de bons mémoires ceulx que l'on vouldroit envoier à cesteffect, nous avons advisé pour ce que nous espérons (attendons) monsieur le maieur de ceste ville retournant de Blois passer d'icy à un jour ou deux par vostre ville (i ), ce qu'il ne fera sans vous visiter, de vous prier luy en conférer et faire clairement entendre sur le tout vostre intention, affin qu'à son retour nous en puissions adviser par une bonne assemblée et vous en faire responce, vous remerciant de l'advertissenent que nous en avez donné et priant de continuer en ceste bonne volunté en laquelle nous serons toujours prests de vous enssuivre, prians Dieu, Messieurs, vous continuer ses sainctes grâces et nous les vostres. A Abbeville, ce III" jour de janvier 1589, vos confrères voisins et bons amis, le maieur et eschevins d'Abbeville ; et au dos : A Messieurs Messieurs maieur, prévost et eschevins de la ville d'Amiens. ■>
Si Amiens ambitionnait de demeurer, ou plutôt de devenir, le centre politique de toute la Picardie, Abbe ville, sûre et fière de son importance, jalouse de sa force et de ses intérêts, entendait conserver une autorité plus
(l) Nous ne voyons le maieur de Maupin de retour à Abbeville que vers le lfc janvier.
restreinte en étendue territoriale, mais analogue, sur les villes ses voisines du côté de la mer. Volontiers eût-elle traité un peu le Crotoy et Rue comme Florence traitait Pise, comme Venise traitait la terre ferme. Les pouvoirs étaient moindres, ou, pour mieux dire, nuls, les procédés plus doux en conséquence, et l'intérêt commun ; mais enfin ses prétentions semblaient parfois celles d'une ville dominante et protectrice.
Le Crotoy avait alors pour gouverneur M. de Belloy. M. de Belloy était absent, mais sa femme le remplaçait, voyons-nous, avec presque tous ses pouvoirs. Un cousin de Mme de Belloy, le capitaine de Canteleu , faisait exécuter aux soldats de la petite garnison le service du château. Abbeville ne voyait nul inconvénient au gouvernement de Mme de Belloy*, pas plus qu'au commandement de M. de Canteleu, mais la conservation du château à la Ligue et la libre navigation de la Somme lui importaient fort. Pour sauvegarder ces intérêts, elle avait envoyé le sieur Damerval avec quelques soldats, sinon dans le château du Croloy, au moins dans la ville située sous le château. Elle voulait, par d'autres mesures efficaces, par de bonnes conventions, assurer à ceux de son parti le principal port alors de la Somme, une situation de valeur, des fortifications solides ; enfin elle avait écrit, comme nous l'avons dit, à Mme de Belloy et délégué vers elle le sieur de Vercourtet l'élu de Canteleu, frère du capitaine.
En ces démarches, la ville ne se séparait pas d'ailleurs de son gouverneur. Mais il faut dire aussi, et on reconnaît partout, que le gouverneur tire désormais la plus grande partie de sa force des délibérations de l'Echevinage.
Mrae de Belloy répondit à la fois à M. de Hucqueville
et à PEchevinage. On verra qu'elle n'a pu accepter de bon cœur encore l'expédition de M. Damerval.
« Monsieur et vous messieurs maieur et eschevins, j'ai receu celle qu'il vous a plu m'escripre par laquelle me faictcs offre de me recepvoir moy et mes enfans en vostre ville avec scuretté, ce que je ne doubte poinct, et vous en remercie bien humblement; et, pour ce que je me suis accommodée en ce lieu deppuis peu de temps, comme vous scavez, et que ce me seroit une grand peine de transporter encores mes moeubles , je vous supplie avoir pour agréable que je demeure en ce lieu, quy (1) ne sera que pour vous servir avecq auttant de lidellité qu'en scaurez désirer; et avons trouvé un peu estrange, mon cousin de Canteleu et moy, aians faict entendre à monsieur Damerval comme nous ne désirons que de nous unir avecq vous et messieurs d'Amiens (2), nous nous sommes veus assiégés, vous asseurant que ce que l'on a demandé n'a esté que pour la descharge de mondict cousin de Canteleu; et, sy vous avez pour agréable qu'il commande seul en ceste place, il vous en donnera telle asseurance qu'il vous en plaira prendre de luy. Vous le congnoissez; il est de la patrie (3), il est bon calholicque; je m'asseure qu'il ne vous manquera de fidellité. Sy monsieur de Belloy l'eust congneu autre que fort homme de bien et d'honneur, il ne l'eust commis en ceste charge, et, sy n'avez cest offre pour agréable, je vous supplie y vouloir commettre un gentilhomme du pais tel que mon frère de Vercourt et cousin l'éleu de Canteleu vous nommeront. N'estant la présente à auttre fin, je vous baise bien humblement les mains, suppliant le Créateur, monsieur, et vous, messieurs maieur et eschevins, quy (qu'il) vous donne, en parfaicte santé,
(l) Ce quy ne sera, etc.
('2) Stjle de commandante de château. Eclaircissons. M"' de Belloy et M. de Canteleu, après leurs protestations à M. Damerval, ont trouvé étrange d'être assiégés en quelque sorte par lui.
(3) C'est-à-dire du pays. L'expression n'en paraît pas moins un peu singulière à celte date.
heureuse et longue vie. Du Crotoy, ce III* janvier 1589, votre
bien humble voisine à vous servir (la signature n'est
pas rappelée) ; et au dos : Messieurs Messieurs gouverneur , maieur et eschevins d'Abbeville. »
M. de Canteleu écrivit en même temps pour excuser les retards ou les hésitations de sa réponse au désir exprimé ou à la première sommation à lui faite au nom d'Abbeville par M. Damerval. 11 envoyait son adhésion à l'union des villes avec des protestations générales.
« Messieurs, j'ai receu la vostre par laquelle vous me mandez que j'ai faict doubte de me résouldre du premier advcrtissement que m'avez faict par monsieur Damerval. Je vous supplie considérer la conséquence de la place et combien il faut penser à telle résolution où il ne va rien moings que de la vie ; ce néantmoings, voians les affaires en tel estât et oy le sieur de Cornehotte auquel
vous avez donné (1), je me suis dellibéré vous escripre la
présente pour vous faire entendre que je suis dellibéré, comme j'ay tousjours esté, d'ensuivre mes prédécesseurs, vivre et mourir en la foy catholicque et conservation de la patrie, suivant l'union des villes, ne vous aiant jamais donné occasion ny faict acte pour doubter de moy; quant au faict de lad. place, ledict sieur de Cornehotte, le sieur de Vercourt et mon frère vous feront certains de la résolution que nous y avons prise comme vous escript particulièrement madame de Belloy, et vous supplie de croire que je vous demeure toute ma vie très-humble et très-affectionné serviteur, que vous congnoistrez lorsqu'il vous plaira me faire cest honneur de m'emploier. N'estant la présente à auttre occasion, je y prendrai fin par mes très humbles et affectueuses recommandations à vos bonnes grâces, priant Dieu, Messieurs, vous donner, en parfaite santé, très-heureuse et longue vie. Du Crotoy, ce III* janvier 1589, vostre très-humble et très-affetionné serviteur pour jamais, de Canteleu. Au dos est escript : A Mes-
(1) Je ne peux lire.
sieurs Messieurs gouverneur, maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »
Suivent les articles que madame de Belloy «« désire luy estre accordés par messieurs les gouverneur, maieur et eschevins de la ville d'Abbeville, aiant veu les lettres missives à elle adressées du second jour de ce mois et celle adressée au sieur de Canteleu, lieutenant au gouvernement du Crotoy, des premier et second jour dudict mois. »
Dans ces articles, Mme de Belloy, traitant en son nom pour le château et pour la ville du Crotoy, s'associe aux villes d'Amiens et d'Abbeville. Elle exprime le vif désir de voir le capitaine de Canteleu commander seul ; cependant, si le gouverneur et l'Echevinage d'Abbeville le jugent nécessaire, elle admettra une seconde garnison égale à la sienne, sous le commandement d'un gentilhomme nommé aux conditions proposées dans sa lettre. M. de Canteleu et l'officier d'Abbeville commanderont alors ensemble ; mais la place sera remise à son mari, M. de Belloy, toutes les fois qu'il lui plaira d'y rentrer, et, dans ce cas, la garnison d'Abbeville se retirera en laissant les munitions de guerre intactes, etc. Voici presque tout au long ces articles :
«Premièrement, pour la conservation de la foy catholicque, apostolicque et romaine, elle s'associe avecq les villes d'Amiens et d'Abbeville, promettant que la place du Crotoy tiendra pour lesd. villes, à la charge que led. sieur de Canteleu y commandera seul (1), et sy d'aventure, pour plus grande seuretté, la ville d'Abbeville voulloit mettre ung gentilhomme, elle (madame de
(1) La cousine protège bien le cousin.
Belloy) désire que soit celluy que vous adviserez suivant ses lettres avecq le sieur de Vercourt et l'éleu de Canteleu.
« Que les soldards qui sont en lad. place y demeureront, et sera libre ausd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins d'y en mettre de leur part pareil nombre, tous lesquels seront souldoiés avecq led. gentilhomme et ledictde Canteleu aux despens de lad. ville d'Abbeville, et que led. gentilhomme et de Canteleu commanderont par commune [?] main en lad place, après avoir faict le serment de fidellité à lad. ville d'Abbeville ;
« Que lad. dame demeurera avecq toutte sa famille aud. chasteau en la mesme façon qu'elle est ad présent;
««Que ses biens, en quelques lieulx qu'ils soient en ceste patrie, luy seront gardés par lesd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins, ensemble ceulx de ses parens et amis:
«« Que led. gentilhomme (qui serait envoie pour commander dans le château) ne fera aulcun fort et ne pourra mettre hors lad. dame et led. de Canteleu avecq ses soldards, mais jureront l'un à l'autre par-devant vous, messieurs, s'il en est besoing, de s'entr'aider et secourir pour la conservation de lad. place à lad. ville d'Abbeville;
««Que led. gentilhomme ne pourra mettre aulcuns soldards des villes de Rue et Monstroeul, ains seullement de lad. ville d'Abbeville ;
« Que lad. dame jouira de tous les droicts appartenans aud. gouvernement comme elle a tousjours faict, et qu'elle sera paiée de ses gaiges par le recepveur du
domaine de Ponthieu comme elle a esté par le passé, pareillement d'autres gaiges tant pour la maistrise des eaues et fbrests assignées sur led. recepveur que sur le recepveur des aides et tailles ou autres;
«Que pugnition exemplaire sera faicte de tousceulx quy attenteront contre lad. dame et ses alliés, mesme ceulx quy parleront mal dud. sieur de Belloy son mary et de ses amis (1);
«Que lad. place sera remise entre les mains dud. sieur de Belloy son mary par lad. ville d'Àbbeville touttes et quantes fois qu'il luy plaira y rentrer, et sera tenu led. gentilhomme en sortir avecq tous ses soldards en rendant pareille munition de guerre et auttant qu'il s'en trouvera lorsque led. gentilhomme y entrera avecq touttes les pièces et armes deffensives quy y sont;
« Que pareillement sera rendu, par lad. ville d'Abbeville, sept grands sacques de pouldre à canon et deulx petits quy ont esté prins par lesd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins au logis dud. sieur de Belloy en lad. ville d'Abbeville et quy ont esté menés en l'Eschevinaige;
«Que lesd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins desdomageront et feront en sorte que l'on ne pourra à l'advenir demander aulcune chose à lad. dame et aud. de Canteleu pour raison du présent accord, et que, s'ils en estoient inquiétés, ils les détiendront et maintiendront envers tous et contre tous, comme estans (sic) leur propre faict;
« Que lad. ville d'Abbeville satisfera et paiera à tous et ungs chacuns les habitans de lad. ville du Crotoy ce
(1) On le voit, les conditions posées par M" de Belloy n'accusent pas un esprit hésitant ou faible.
quy leur a esté prias par les soldards et aultres du sieur Damerval pour leur vivre et en quelque auttre manière
et façon que ce soit. Signé en » (Les signatures
manquent et les noms même font défaut sur le registre, et le feuillet blanc qui suit (recto et verso) attendait évidemment encore quelque autre copie de pièce ou de délibération que le scribe de la ville a négligé de transcrire).
M,ne de Belloy chargea les délégués même de la ville de soumettre ses propositions à l'Echevinage.
Le IIIe jour de janvier « sur ce quy a esté proposé que les sieurs de Vercourt et de Canteleu, envoies au chasteau du Crotoy pour entendre à la seureté d'icelluy, ont rapporté lettres de madame de Belloy et du cappitaine dud. chasteau , avecq mémoires de ce qu'ils prétendent et demandent, » l'Echevinage est convoqué ; on lit les mémoires, on entend les sieurs de Vercourt et de Canteleu; puis il est dressé, « par le commun advis d'icelle assemblée et eulx, le mémoire quy ensuit, quy a esté trouvé le plus expédient, attendu que le sieur Damerval n'a esté envoie aud. lieu du Crotoy (1) à aullre intention que pour empescher que aultres que ceulx quy sont dedans le chasteau n'y survinssent, ou qu'ils (2) t'eussent forcés remettre la place en aultres mains dont ils ne pourroient recopvoir le traictement et faveur qu'ils pourroient recepvoir de lad. ville (d'Abbeville) comme led. sieur Damerval avoit charge le faire entendre à madame de Belloy et aud. sieur de Canteleu avec defiénses
(i) Il s'agit là de l'expédition conduite quelques jours auparavant jusque dans la ville du Crotoy et sous les murs du château sans doute, sinon dans rinte'rieur.
(2) Ceux qui sont déjà daus le château.
de faire tirer ses soldards ny faire aulcun acte d'hostilité, sy premièrement ils ne soient assaillis ou que l'on tire sur eulx, sans que l'on eust prétendu ou entendu entrer en aulcune composition pour empescher celluy auquel le roy en a commis le gouvernement. »
En conséquence, la ville répondit aux propositions de Mme de Belloy par la rédaction d'un arrangement qui fut accepté par elle le lendemain :
Mémoire de ce quy a esté accordé entre ceulx des
VILLE ET CHASTEAU d'ÂBBEVILLE ET CEULX DE LA VILLE ET CHASTEAU DU GrOTOY :
« Que le cappitaine Ganteleu demeurera avec ses soldards pour la seureté et garde de lad. place, à condition quy {sic pour qu'il) prestera le serment de lidellité à lad. ville d'Abbeville, par devant les maire et eschevins d'icelle, de faire bien son debvoir et promettra de ne recepvoir plus grand nombre d'hommes qu'il baille (qu'il ne déclare) par mémoire pour la conservation de la place, sans le consentement desd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins, de quelque party que ce soit; pour seureté de quoy et de la promesse qu'en fera led. cappitaine Canteleu, monsieur l'elleu Canteleu son frère en respondra.
« Et pour seuretté que led. sieur de Belloy aura pour agréable ceste paction et icelluy de Ganteleu maintenir en ceste charge et au cas quy (qu'il) décédast et s'en voulût retirer, de n'y mettre aulcuns pour commander que du consentement desd. sieurs, madame de Belloy ensemble le sieur de Vercourt en respondront, signeront, jureront et prometteront de faire approuver et avoir pour agréable par led. sieur de Belloy.
« Et à ceste fin, tant le chasteau que la ville (1) signeront avecq la ville d'Abbeville pour la conservation de la relligion catholicque, apostolicque et romaine et repos de la patrie,et,àcemoien, promettront lesd. villes etchasteaulx réciproquement de se secourir et deffendre et communiquer les ungs les autres en ce quy concernera les choses que dessus, sans empescher par ceulx qui commanderont aud. Crotoy le commerce et négotiation ordinaire et marchande de ceste ville (d'Abbeville), Amiens et autres villes unies et sans les retarder ny inquiéter, aians passe-port desd. sieurs maieur et eschevins.
« Pour seuretté et accomplissement desquelles choses, madicte dame de Belloy et le cappitaine Cantelleu signeront les présents articles et les viendront jurer par devant les habitons de lad. ville d'Abbeville, sellon la submission qu'en ont faict messieurs de Vercourt et Canteleu. »
Par cet acte, dans lequel la ville négligeait ou dédaignait de répondre à plusieurs des prétentions ou des demandes de Madame de Belloy, le château et la ville du Crotoy s'unissaient particulièrement avec Abbeville. Enfin, remarquons-le, c'est à Abbeville, et par devant les habitants d'Abbeville, que Mrae de Belloy et le capitaine de Canteleu devaient jurer la convention.
La question du Crotoy revient dès le lendemain. La ville se montre de plus en plus résolue dans son dessein de mettre en la place un officier à sa dévotion. Le gouverneur et l'Echevinage reconnaissent toujours bien à M. de Belloy, le titre de « cappitaine,» mais à une condi-
(1) Du Crotoy.
tion peu compréhensible: « que la force demeurera toujours du costé des chefs, » dont l'un — de Canteleu — a été agréé, l'autre— Damerval ou de Cornehotte — aura été proposé le Conseil de politique ou de guerre tenu en notre Hôtel de-Ville. En dédommagement de l'autorité prise en leur château, l'Echevinage offre à M. et à Mme de Belioy l'hospitalité de la ville. De notre temps on verrait quelque ironie dans des compensations de ce genre.
«Du 1111e jour de janvier, au grand Eschevinage, au son de la cloche, où se sont trouvés le gouverneur, A.Manessier, premier échevin, (tenant les sceaux en l'absence du maire encore à Blois), messieurs Leboucher, Rohault, antiens maieurs et bon nombre d'eschevins(l) :
« Sur ce que led. sieur gouverneur a proposé que deppuis la résolution cejourd'hui prinse (2) pour le faict du chasteau du Crotoy, il a eu advertissement que le sieur de Maigneux , gouverneur de Montroeul , et le cappitaine Grebault, lieutenant de Rue, se proposent et dellibèrent, advenant que l'on révecque le sieur Damerval et ceulx qu'il a, d'aller assaillir led. chasteau, le cappitaine de Cantelleu y demeurant seul pour commander , sy ce n'est que l'on y mette force et ung homme pour commander avecq led. de Cantelleu
« A esté advisé que le sieur Damerval, avecq les sieurs de Cornehotte et de Moienneville, gentilshommes de ceste ville, se transporteront aud. chasteau du Crotoy
(1) Cette délibération est malheureusement très-difficile à lire.
(2) Est-ce cette délibération qui devait remplir les deux pages laissées en blanc immédiatement avant dans le registre?
il 4
46 pour faire entendre nostre intention à madame de Belloy et au cappitaine Ganteleu, qui est que, pour prendre
seuretté avec telle union et qu'il est
requis pour la conservation de nostre relligion, repos et tranquillité du pays, le sieur Damerval ou de Cornehotte, au choix de lad. dame, entrera au chasteau du Croloy pour y commander avecq led. de Canteleu
(Je crois lire dans ce qui suit qu'il y avait ou devait y
avoir quinze soldats pour la garde du château) >
Les chefs (M. de Canteleu et le gentilhomme qui sera agréé par madame de Belloy) promettront « ne souffrir entrer aultre force dans led. chasteau, sans le consentement desd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins (d'Abbeville), recongnoissant néantmoings le sieur de Belloy pour cappitaine de la place et le recepvront en icelle lorsqu'il s'y vouldra présenter, à la condition que la force demeurera tousjours du costé desd. chefs et par le moien que la ville et le chasteau s'uniront avec nous et nous avec eulx, nous présentons toutte assurance aud. sieur de Belloy et à lad. dame et ses enfans pour faire le séjour qu'ils adviseront en ceste ville
Une note marginale à la suite nous apprend que,
« ledict jour, lad. dame de Belloy accorda et que,
le samedy VII janvier, led. sieur de Cornehotte et dix soldards » entrèrent dans le château-
Autre note marginale: « Ledict jour, au chasteau du Crotoy, messieurs de Canteleu, elleu en l'ellection de Ponthieu, et led. de Moienneville, depputés, au nom desd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins de lad. ville d'Abbeville, vers madame de Belloy et led. sieur de
Canteleu , escuier [?], de présent aud. lieu du
Crotoy, sont tinablement tombés d'accord respectivement [?] de ce quy est cy- devant arresté, ont promis et juré le tout entretenir fîdellement sans y contrevenir ny eulx désunir que par ung mutuel consentement pour quelque occasion que ce soit, et, pour plus grande seureté et aprobation de ce, led. sieur de Corneholte, lad. dame et led. de Canteleu ont soubssigné la présente.
Signé Claude de Buigny (Cornehotte), (1),
de Canteleu (le capitaine).
Dans une réunion du Ve jour de janvier, à laquelle surviennent messieurs Damerval et Cornehotte avec les sieurs de Moienneville et Canteleu, le sieur de Moienneville fait récit que « s'estant transporté avec les dessus dicts et le sieur de Vercourt au château du Crotoy, suivant la dellibération précédente et enfin lui seul avec led. elleu de Canteleu pour le consentement de madame de Belloy (*2), il luy (3) communiqua lad. dellibération,»» et que madame de Belloy, « après plusieurs propos et difficultés par elle mises en avant, l'a accordé finalement et fait signer par le capitaine Canteleu, » etc. (Cette délibération, très-difficile à lire, est expliquée d'ailleurs par les notes marginales copiées plus haut).
A chaque jour en ce mois, une résolution, un acte, une nouvelle apprise, une lettre ouverte avec frémissement dans la salle du Conseil. A peine la défense du Crotoy à peu près réglée, la ville entend sonner les pas d'un
(I) Le nom de M°" de Belloy que je ue déchiffre pas. (•2) Pour obtenir le consentement de M"" de Belloy. (3) 11 communiqua à M"" de Belloy.
courrier venu de Crèvecœur. Lettre du roi et lettre de l'ancien lieutenant-général de Picardie.
Le Ve jour de janvier, aune heure de relevée, «assemblée générale à l'Echevinage; » beaucoup de monde présent. — Le roi a voulu expliquer à ses sujets les exécutions sommaires de Blois. Sa lettre à ceux d'Abbeville a fait un détour par les mains de son vieil et fidèle ami M. de Crèvecœur. Le roi dit :
« Chers et bien amés, il n'est poinct besoing que nous vous représentions les occasions quy nous ont esté données par le fen duc de Guise de nous resentir des troubles qu'il a semés en nostre roiaulme, lesquelles nous avons voulu oublier et essaier par tous moiens à nous possibles de le ramener audict chemin dont il s'estoit desvoyé, mais il n'y a gratiffication ny bienfaict quy l'aie peu faire ranger à son debvoir ; au contraire, il avoit tous les jours quelque nouveau desseing sur nostre propre personne, laquelle voullant mettre à seurelté pour éviter ce qu'il avoit projecté deppuis peu de jours, nous avons penssé estre nécessaire de le prévenir et garentir nostre vie par la perte de la sienne et chastiment de ses démérites, dont nous vous avons voullu advertir par la présente aftin que vous soiez esclarcis de la vérité et que l'on ne vous la puisse desguiser par les faulx bruicts que l'on pourroit faire courir au contraire, et pour vous dire aussy que vous conteniez touttes choses en vostre ville de sorte qu'il n'y puisse estre faict au préjudice de l'auctorité quy nous est deube et du soullagement que nous voulions procurer à nos paouvres subjects auttanl qu'il nous sera possible, affin que nous aions occasion de nous louer de vostre fidellité, vous voullant bien pareillement advertir que nostre intention est de n'oublier aulcune chose quy puisse servir à l'extirpation des héréticques, à l'accroissement de nostre relligion catholicque, apostolicque et romaine et à l'honneur de Dieu, lequel nous prions qu'il vous aie, chers et bien amés, en sa saincte garde. A Blois, le XXIIII* jour de décembre 1588. Signé Henry ; et plus
bas: ; et au dos: A nos chers et bien amés les maieur
et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »
L'autre lettre est ainsi conçue 5 nous y reconnaissons la main un peu tremblante du vieux et excellent gouverneur.
« Messieurs, le roy renvoie par deçà mon fils de Bonnivet avecq bien particullières instructions du faict advenu de Monseigneur de Guise, et lettres aussy particullières de sa part pour vous, que led. Bonivet m'a laisse'es, ensemble la coppie de ce qu'il a de charge envers ung chalcun ceulx (envers tous ceux) quy vouldroient se mettre en opinion auttre chose que la vraie occasion quy a meu Sa Majesté à ceste résolution, à laquelle, combien que le faict semble estrange, cela [?] trouve il [?] (trouve-t-il) de la raison [?] et de l'apparence aussy beaucoup en ce que Sad. Majesté s'en ressentoit offencée et se voioit mesmc sy proche de l'atemptat quy se debvoit commettre sur Elle, Laquelle, pour che quy en soit adveneu, n'a nullement changé d'oppinion sur le faict de ses estats et poursuitte d'iceulx, non plus que du faict de la guerre contre les héréticques et extirpation de l'hérésie à quoy elle entend de s'emploier encore plus chaudement que l'on a pensé, désirant que ses bons subjects se trouvent pour asseurés là-dessus de sa bonne volunté et que ils continuent aussy à se contenir et conserver en leur obéissance sellon leur debvoir comme Elle se l'est toujours asseurée de vostre regard; à quoi, pour vous donner encore plus de certitude de son intention, je vous envoie le double de lad. instruction pour juger entre vous du mérite du faict et de la longue patience que Sad. Majesté y a eu, aflin que, sur louttes ces considérations là, vous vous mainteniez tousjoursses très-humbles et affectionnés subjects, etc.(l) » M. de Crèvecœur se déclare être « le plus lidelle et asseuré amy » des maieur et eschevins d'Abbeville. « A Crèvecœur, le XXX dé-
(1) Je lis assez mal ce qui suit. Ce n'est qu'un développement de paroles.
cembre 1588 ; » et après un post scriptum : « vostre entièrement affectueux et meilleur amy Bonivet (1). »
Suit l'instruction au sieur marquis de Bonivet sur la mort du duc de Guise « pour en informer tous ceulx qu'il estimera estre à propos du costé où il est présentement envoie de la part de Sa Majesté. »
L'instruction remplit cinq ou six pages qui sont d'une lecture très-facile dans le registre d'Abbeville, mais qui doivent se retrouver ailleurs, l'instruction étant évidemment une circulaire.
Le lendemain, sixième jour de janvier, autre lettre, autre lecture à l'Eschevinage. C'est le nouveau gouverneur de Picardie pour le roi, le duc de Longueville, Heury d'Orléans, qui écrit à son tour de Saint-Quentin :
« Messieurs, deppuis ma dernière, vous avez receu celle du roy quy vous aura esclarcis du trouble où nous estions tous, n'en aiant rien sceu que le bruict quy couroit, à quoy l'instruction que monsieur de Crèvecœur vous a envoie n'aura pas peu servy, par laquelle pouvez congnoistre quelle est l'intention de Sa Majesté et comment Elle persévère en bonne et saincte résolution d'exterminer les héréticques et faire plus fleurir que jamais la relligion catholicque, apostolicque et romaine, avecq intention de soullager ses paouvres subjects comme Elle bien commence (2) suivant l'advis quy luy en sera donné par les depputtés de ses estats, lesquels ne partiront de Blois qu'ils n'aient, en toutte liberté, faict ouverture des moiens qu'ils estiment les meilleurs à ses subjects. Sa Majesté me mande que je vous admoneste de vostre debvoir et de luy rendre l'obéissance que tous subjects et naturels François luy doibvent, ce quy n'aura peu servy pour retenir ceulx que la
(1) Cette lettre, comme celle du roi, n'était alressée qu'aux maieur et eschevins, non au gouverneur.
(2) Sic.
passion ou affection particullière pouroit transporter plus avant que la raison, et contenir les saiges et modérés aux termes où ils sont demeurés jusques icy ; je ne pensse pas qu'après cela mes mes admonitions et prières puissent servir, le naturel des François est d'aimer leur roy, des bons François de l'aimer et honorer, des Picards François de l'aimer, l'honorer et leur {sic) estre lidelles, ce quy vous en faict [?] donner [?] l'épilhète de iidelles Picards par-dessus tous (t ). Vous avez emporté ce tittre, à raison de quoy avez mérité d'estre recongneus et gratifliés de previlléges particuliers que ne pouvez conserver sy ne rendez pareille obéissance que vos pères ausquels on les a donnés. Oultre vos previlléges vous avez le commandement de nostre Dieu quy vous y oblige, la vengeance divine quy suict de près et tallonne les rebelles jusques à ce qu'ils se soient précipités aulx abismes de tous malheurs. Deffunct monsieur mon père a eu cest honneur de vous gouverner soubs l'auctorité du roy, et s'y est [si] vertueusement [?] comporté que sa mémoire est agréable à Sad. Majesté et recommandable parmy vous. Je serois très-heureulx sy, comme j'espère, je pouvois contrindre avecq l'honneur que j'ay de Sa Majesté d'estre non seullemcnt gouverneur de ceste province, mais, oultre ce, d'avoir l'auctorité défaire tout ce quy sera nécessaire pour le bien de son service et vostre contentement, je n'avois personne quy me traversast (2), je satisferois à ce que Sad. Majesté désire, quy est très-juste et vous rendroit contens de ce que povez espérer ; que sy vous desvoiez du chemin de vos pères et ne rendez auttant d'obéissance à vostre roy que. luy debvez, vous me priverez et de l'honneur que j'espérois gaigner pour avoir bien servy mon roy de la charge qu'il m'a donnée, et du moien de vous rendre aussy heurculx qu'aucuns de ses subjects, ce quy ne despendra que de vous, estant Sad. Majesté toutte disposée à vous aimer, soullager et gratifiier plus
(1) Flatterie officielle intéressée. Eau bénite de cour secouée par le gouverneur sur les gouvernés.
(2) La phrase, ainsi construite, est à peu près incompréhensible.
que n'ont faict jamais ses prédécesseurs, et moy à exposer ma vie, mes moiens et toutlc madilligence à vous conserver, sy vous ne manquez à ce dont nul ne poeult vous dispenser. Je Gniray après que je vous auray prié de vous aymer, vos femmes, vos enfans, vostre relligion, vostre patrie, vostre repos plus que tout autre chose, et n'oublier le debvoir de gens de bien et catholicques, quy pour chose quy advienne ne manquera (l) jamais de fidellité envers leur prince calholicque, et, sy cela ne vous esmeut, vous représenter que jamais subjects n'ont offencé leur roy sans que pugnition rigoureuse s'en soit ensuivie, quy servira seullement pour vous donner couraige de continuer et persévérer en vostre fidellité, comme je vous prie de faire et envoier devers moy quelques ungs d'entre vous avecq rostre résolution, et quy puisse emporter celle que Sa Majesté me commande de prendre après qu'auray leu (ou sceu) la vostre, priant Dieu, Messieurs, qu'il vous maintienne tous à sa garde. Escript à Saint-Quentin, ce premier janvier 1589, vostre bien affectionné ainy, Henry d'Orléans. Au dos : à Messieurs maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »
Je vois dans la séance du VII janvier, - qu'il a esté dellibéré unanimement que la ville, habitans, corps et communauté d'icelle , maintiendront et conserveront l'union cy-devant prinse et jurée entre les villes, etc. »
Un peu plus tard, « à trois heures de rellevée, » il est décidé que M. le lieutenant criminel et M. Becquin se rendront à Amiens-, et je vois dans la Ligue de M.Dubois, à la date du 8 janvier, que les députés d'Abbeville, reçus à l'Echevinage d'Amiens, jurent l'Union et « font chacun individuellement le serment de ne jamais se séparer de la ville d'Amiens. »
Dans une réunion à l'Echevinage, le même jour, il est encore question de pourvoir à la garde du faubourg
(l) Il faudrait: ne manqueront.
de Rouvroy « pour ce qu'il est impossible que les habitants ny cinquanteniers le puissent faire. »
11 est décidé que « pour le soullagement des habitans » et la garde de ce faubourg « quy est de grande importance et conséquence et ne puisse estre prins, il sera
faict une compaignie de hommes de pied quy seront
réduicts soubs la charge d'un cappitaine, lequel cappitaine et soldards seront commandés par lesd. seigneur gouverneur, maieur et eschevins, et ne pourront faire aucune entreprinse sans le commandement desd. gouverneur, maieur et eschevins. »
Nous avons reproduit les lettres du roi, de M. de Crèvecœur, de M. de Longueville. Du côté opposé, on le saurait sans les preuves, les chefs de la Ligue ne restaient pas non plus inactils. A la suite des délibérations du VII janvier vient la copie, sans date, de cette lettre de M. d'Aumale.
« Messieurs, la présente ne sera que pour vous prier affectueusement de croire vos depputte's présens porteurs de nostre part, estans bien instruicts de tout ce que nous pouvons vous mander. Il vous sera envoie dans peu de jours, par Messieurs du Conseil estably en ceste ville, ung estât de Tordre et establisscment qu'il sera besoing entretenir en nos communes affaires pour nous secourir et assister mutuellement les ungs les autres quand la nécessité en requera (i). Messieurs de ceste ville (2) ont prié lesd. présents porteurs, que. s'il y a quelques marchands de ceste ville (3) et ès-environsquy aient des grains, de [les] leur adresser, désirans en faire provision pour subvenir au besoing. Vous devez faire assembler de vostre part et nous mander souvent de vos nouvelles, qu'attendant, Messieurs, je prieray Dieu vous donner en sancté heureuse vie et longue. — De Paris, le premier janvier
(1) Requérera.
(2) De Paris. — (3) D'Abbeville.
1589. — En bas est escript : Nous espérons que, suivant le contenu de nos précédentes, vous aurez faict fonds de deniers, tant des tailles, subsides que aultres, pour delà estre tirés les moiens de subvenir aulx nécessités quy se pourroient présenter; sy vous ne l'avez faict, il est besoing que vous arrestiez tous les deniers de la nature susdicte. — Vostre entièrement bon amy, Claude de Lorraine. — Au dos : A Messieurs les maieurs et escbevins et conimunaullé de la ville d'Abbeville. »
Après la lettre de Claude de Lorraine, le registre nous garde celle-ci. Elle est écrite par le corps de la ville de Paris, et on la trouvera plus diserte et plus littéraire et d'allure plus vive que celles des princes et de nos Echevinages :
« Messieurs, par le massacre abominable commis à Biois et la détention de tant de gens d'bonneur convocq;.és aux Estats- Généraulx, quy n'attendent que ung cruel supplice par les mains des bourreaulx, nous pouvons tous juger avoir plus de besoing que nous n'eusmes oneques de nous conserver et asseurer en l'union sy sainctement et justement jurée entre nous; car sy la foy publicque proteste, soubs ung sy précieulx gnige, que le Sainct Sacrement a esté viollé allendroict des princes et des depputés, sans respect mesme de l'ordre de preblrise ny de la dignité de Cardinal et Archevesque et premier Pair de France, que pouvons-nous désormais espérer que toultes les crnaultés et prodigieux événemens quy se pourront imaginer? Nous avons unanimement demandé l'éloingncment de ceulx quy ont ruyné la France et puis le restablissement de la relligion et de Testât
de nos depputés en telles demandes (1) Vous voiez la
cruaulté quy s'en est suivie et par là jugez que nous-mesmes serons coupables du reste du malbeur, sy, reprenans cœur et couraige, nous ne nous résolvons à maintenir nostre saincte union, et par une intelligence mutuelle ne nous tenons la main l'un à l'aultre pour la juste deffence de nostre relligion, de nos
(t) Je lis mal les mots qui suivent.
vies et de nos biens. Pour Dieu, Messieurs, ne vous montrez froids en ceste occasion. Nous ne sommes pas, grâces à Dieu, encores privés de tous nos chefs etespe'rons estre bientostassiste's de belles et grandes forces pour maintenir ce que Dieu et la raison nous doibvent plus recommander; mais surtout considérez que nostre cause est sy bonne et sy équitable que nous serions ennemis de nous-mesmes si nous habandonnions l'un l'auttre. C'est la cause de Dieu ; espérons en sa bonté et miséricorde, et sy, pour nos péchés et pour avoir plus eu de foy aulx ordinaires de l'église, recherchons la paix et l'union des catholicques. Croiez le porteur de nostre part et mandez-nous souvent de vos nouvelles comme nous ferons à vous de touttes les nostres; vous nous aimans tousjours comme vos bons frères serviteurs quy, en cest endroict, nous estiment de tout nostre cœur recommandés à vous (1). Prions le Créateur, Messieurs, vous animer et assister en ceste saincte cause et vous donner sancté, longue et heureuse vie. — De Paris, ce premier janvier 1589. — En bas est escript: Nous avons résolu d'envoier aulcuns de nos citoiens à Romme vers nostre Sainct-Père le Pappe pour représenter à Sa Saincteté Testât des affaires de la relligion catholicque et le danger où elle est exposée ad présent et implorer le secours de sa bénédiction, et d'auttant qu'il est nécessaire que Sad. Saincteté recongnoisse la sainte union que nous avons tous ensemble, nous vous prions nous envoier, en dilligence, lettres et instructions de vostre part pour Sad. Saincteté à l'effect que dessus. — Vos confrères et meilleurs amis, les eschevins et corps de la ville de Paris: signé, etc. — Au dos: A Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »
La Sorbonne, consultée, venait de déclarer (7 janvier) le peuple délié du serment de fidélité, le roi ayant violé la foi, violé la sainte union, violé la naturelle liberté des trois ordres du royaume.
Abbeville ne veut pas rester inerte dans ce mouve-
(i) Je crois bien lire, mais quel tortillage !
ment, mais quoique la passion politique ou religieuse ne lui fasse pas défaut, elle se montre sage encore dans un manifeste du 9 janvier et même relativement modérée, pourrait-on dire, malgré la menace « à peine de la vie. » Les trois états de la ville se sont réunis ; une ordonnance résume impérativement le sentiment de cette assemblée :
« Ensuit la publication faicte ledict jour (IX janvier) en conséquence de la dellibération des Estats ey-devant faicte et de la lettre escripte à la noblesse :
De i>ar Monseigneur i.e Gouverneur de la ville d'Abbeville, et Messieurs Maieur et Eschevins d'icelle.
« On faict scavoir que, suivant la résolution généralle des Estats de ceste ville d'Abbeville, pour le bien et repos des habitans de lad. ville et du pais et pour la conservation de nostre saincte relligion catholicque, apostolicque et romaine, commandcmens sont faicts à tous les babitans de vivre ensemble en toutte concorde et union sans porter ou faire porter armes pour quelque cause que ce soit, sinon par nostre congé et permission, avecq deffence de rien faire ou tenir aulcuns propos tendans à intimidation, division ou mespris de lad. union et des bons calholicques zellés à la conservation de nostre relligion, le tout à peine de la vie; enjoingnant à pareille peine (1) à tous habitans de nous dénoncer ceulx qu'ils scauronl contrevenir à ce que dessus ou entreprendre chose quelconque au préjudice du repos publicq et de nostre union. »
La lettre qui vient immédiatement après est adressée à une seule personne dont je n'ai pas encore trouvé le nom, peut être à quelqu'un de la noblesse, suivant la
(1) On ne saurait se dissimuler cependant qu'il y a déjà dans ces injonctions et dans ces menaces, acheminement vers une Terreur.
mention copiée plus haut (1), et cette opinion me fait pencher même à y reconnaître le modèle d'une circulaire.
« Monsieur, après avoir entendu la mort de Messeigncurs le Duc et le Cardinal de Guise , et emprisonnement d'aulcuus principaulx des Estats , et considéré les remuemens quy en pourront survenir au préjudice de nostre relligion catholicque et du repos de ceste patrie, nous avons faict assembler les principaulx habitans de tous ordres d'estats et plusieurs gentilshommes du pais, et après avoir meurement considéré ce qu'aurions à faire pour nostre conservation, ont esté (2) unanimement d'advis de se maintenir en l'union qu'avons jurée solempnellement avecq les villes catholicques de ce roiaulme pour la manutention de nostre sainte relligion, repos et tranquillité du pais, sans aulcune chose y espargner ny s'en pouvoir deppartir pour quelque chose ou occasion que ce soit; dont nous vous avons bien voullu advertir pour vous convier (3) nous assister en une sy sainetc entreprinse, sy ne vouliez estre tenu pour déserteur de vostre relligion, ennemi de la patrie et du repos publicq ; et attendant sur ce vostre relligion, nous supplierons le Créateur, Monsieur, vous avoir en sa saincte garde. — A Abbeville, le VIII* janvier 1589. — En bas est escript: Sy désirez satisfaire à ce que dessus, nous vous prions d'en venir déclarer vostre intention en la maison de la ville, en dedans vingt-quatre heures apr. s la réception de la présenle.— Vos bien affectionnés amys, les gouverneur, maieur et eschevins d'Abbeville. »
Suit le modèle d'une autre lettre commençant par Messieurs et qui débute tout à fait comme les précédentes, rappelant les mêmes faits, les mêmes considéra -
(1) Mention de la lettre « escripte à la noblesse. »
(2) L'assemblée a esté unaniment d'advis, etc., dans une lettre presque semblable que nous citerons plus loin.
(3) Pour vous supplier au nom de Dieu et convier, etc., dans la lettre suivante.
tions et s'appuyant sur ses motifs identiques. J'abrège par conséquent la transcription de cette lettre qui est adressée à une ville voisine, et j'ai tout lieu de le croire, à Saint-Valéry (1).
« Messieurs, après avoir entendu la mort de Messeigneurs, » etc.. Les soussignée s'étendent un peu davantage vers la fin: « Pour vous supplier au nom de Dieu, disent-ils, et convier de nous assister en une sy saincte intention quy ne tend à aultre fin qu'à la seigle conservation et manutention de nostre saincte relligion catholicque, repos et tranquillité de ceste province sy affligée et empescherque rhéréticque et estranger ne s'en emparast; et pour estre sy proches voisins comme nous sommes, ayans tousjours recongneu vostre zelle et affection que portez à nostre saincte relligion catholicque, apostolicque et romaine, à la liberté du pais et salut de nous tous, avons advisé de despescher vers vous deulx de nos confrères et eschevins pour vous supplier et requérir, à l'exemple de tant de bonnes et principalles villes de ce roiaulme, vous voulloir venir et associer avecq nous, pour les causes et considérations que dessus; à ce que (afin que), avecq toutte seuretté, nous puissions rendre plus libre commerce, voir Dieu honoré et le pocuple soulagé. A cest endroict, nous vous ferons offre [?] de nos bien humbles recommandations, suppliant le Créateur, etc. »
Le XI janvier, assemblée générale au son des deux cloches.
Cette réunion avait pour objet, entre autres, « de considérer et d'adviser la forme de prestation de serment de Messieurs de la noblesse, d'entendre Peslablissement faict dans la Chambre du Conseil en la ville d'Amiens pour donner ordre aux affaires de la province et depputer gens de conseil et inslruicts pour y aller et donner
(1) Voyez plus loin nos extraits du même registre aux délib. — XXVII janvier.
advis et prendre garde qu'il ne soit faict aulcune chose contre l'auctorité de ceste ville , etc. . . . d'examiner comment l'on pourra se procurer deniers pour stipendier et paier les deux chefs et quinze soldards mis au chasteau du Crotoy pour la seuretté d'icelluy (ou d'icelle — d'icelle ville d'Abbeville en ce cas) et repos de la province et la despence faicte pour (ou plutôt par) les soldards envoies pour se asseurer de lad. place, etc. • . » Les trois questions : députalion à Amiens, paie de la garnison du Crotoy, prestation du serment de Messieurs de la noblesse sont effectivement traitées dans cette réunion.
Il sera député deux personnes à Amiens pour assister à la chambre du Conseil ; le sieur lieutenant criminel et Rumet de Beaucorroy sont délégués à cet effet.
Pour la solde des soldats et capitaines du Crotoy •< qui montera (par mois, le premier mois devant commencer le dimanche prochain — XVIe dud. mois si je lis bien) à lxx escus, à raison de x escus pour chacun des cappitaines et m escus pour chacun soldat (ils étaient quinze), elle se prendra sur Jehan De le porte, à présent maieur de la ville du Crotoy, commis à la recepte de la traicte domanialle et entrée de ville, sur ce qu'il peult avoir receu et recevra desd. fermes; et, à ceste fin, luy sera expédié mandement de paier lad. somme aux cappitaines et en prendre quittance d'eulx pour luy servir d'aultant de descharge sur lad. ferme. «Quant aux «despens (1) et frais faicts par lesd. gens de guerre emploies pour la seuretté dud. chasteau, » De le porte prendra « sur les droicts de lad. ferme jusques à la somme de xl
(i) Ou la dépense.
escus » qui seront distribués « par Padvis des maieur eteschevins du Crotoy à ceulx auxquels il peult estre deu
Le procès verbal nous donne enfin cette formule de serment:
« Nous soubsignés, jurons et promettons devant Dieu et sur le Sainct Sacrement de Baptesme que nous, etc. »
Puis la copie d'une « instruction pour le faict des
finances de Picardie (1). Fait ù Paris, le jour de
janvier mil Ve 1III" IX, collationné par moy soubsigné, greffier de la ville d'Amiens, signé : De Lessau.
Deux jours après, nous voyons l'Echevinage prendre des mesures de défiance et de précaution assez semblables à celles qu'arrêtait en 1792 la municipalité d'Abbeville, émue parles événements révolutionnaires (2).
Du XIIIe jour de janvier, au grand Eschevinage, le gouverneur, le maieur Mauppin présents (3) et quelques eschevins :
« A esté dellibéré que doresnavant ne se deslivreront aulcuns passeports (4) aulx estrangers et forains que par
(1) Très-longue, trois pages et demie du registre.
(2) Les Annales modernes d'Abbeville, t. i, passim.
(3) Le maieur Maupin e'tait donc revenu avant la dispersion dernière des Etats que le roi ne congédia que le 17. Ne serait-ce pas ici le lieu de placer quelques assertions de Waignart?
« Abbeville s'estoit tenue coye tant que son maieur fût retourné desEstats. 11 avoit promis et juré au roy de luy garder la ville en son obéissance ; mais, arrivé, fit faire une assemblée générale où, par Padvis du gouverneur de Huquevillc et le sieur de Ligny avec leurs suppôts, se mit au mesme branle contre l'advis de plusieurs officiers et serviteurs du roy qui en fureut mal voulu. » — Waignart, exemplaire abrégé.
(4) Ces passe-ports n'étaient donnés, je pense, que pour les marchandises.
— M — lesd . sieurs gouverneur et maieur, et que [pour] expédier les aultres passeports seront commis, par chacune sepmaine,deulxde Messieurs les quatre premiers eschevins, sans que aulcuns aultres en puisse (sic) dellivrer ny expédier (1).
Des deux députés nommés le XI janvier pour défendre à Amiens « l'auctorité » particulière de notre ville contre les empiétements possibles de la Chambre du Conseil nouvellement établie au chef-lieu de notre province, le second, Bumet de Beaucauroy, refusait de partir. Les résolutions prises dans cette occurrence montrent des députés forcés, avec faculté cependant, ou plutôt obligation, de fournir des remplaçants en cas de refus obstiné d'accepter la charge. Les anciens maieurs, les gens du roi, « les estais» sont appelés à juger le point.
« Le sieur de Beaucauroy, depputé avecq
led sieur lieutenant criminel pour aller à Amiens par délibération des Estats, a esté mandé affin de s'acheminer pour l'exécution de lad délibération. » Il compa raît et remonstre « ne pouvoir aller aud. lieu à raison de l'indisposition à laquelle il est subject. Après que, pour les prières quy luy ont esté faictes, il ne s'y est voullu condescendre, ains s'est retiré, a esté advisé que Messieurs les antiens maieurs seront priés culx trouver céans affin d'en dellibérer. Et tost après, estant survenus
(1) XIII janvier (I.î89, M" Charles Robbin, greffier de la justice de la maistrise des ports, ponts et passai ges de la générallité de Picardie establic en ceste ville (d'Abbcville), a présenté et mis sur le bureau un rolle contenant la déclaration des amendes adjugées en lad. justice dans les années 1 587 et 1588. — Reg. eux délib - Je ne sais si cette note se rattache parfaitement bien ici autrement que par la date. Je la laisse.
en lad chambre M. de Mautort, président, Messieurs Demay, Rohault, antiens maieurs, Tillette, advocat du roy, le faict mis en dellibération, a esté ordonné, en conséquence de lad. dellibération des Estats, que ledsieur de Beaucauroy fera le voiaige. » — Assemblée du XVI' jour de janvier.
Une résolution prise le lendemain matin dans une nouvelle réunion à l'Echevinage est résumée ainsi: «Pour le reffus faict par led. sieur de Beaucauroy d'en trepreindre led. voiaige , a esté ordonné qu'il y sera contrainct ou de commettre homme quy le fera pour luy. » M. de Beaucauroy se décida cependant à partir.
Le XXVI janvier, fut plus fortement prêté ou renouvelé à Amiens, par les députés d'Abbeville, le serment de l'union catholique , mais avec réserves contre l'autorité de la Chambre du Conseil dont l'établissement inquiétait l'esprit d'indépendance ombrageux des Abbevillois (1). Nous reprendrons plus loin l'histoire des rapports de notre ville avec cette Chambre.
(1) « Sur ce que les depputés d'Abbeville et pais de Pontliieu, pour assister au Conseil estably en ceste ville d'Amiens, affin d'adviser de ce qu'il est urgent et nécessaire pour la conservation de nostre religion catholicque, apostolicque et romaine, et pour le bien de la patrie, ont protesté qu'ils n'entendent point aultrement approuver l'establissement dudit Conseil, sinon par une nécessité urgente et par forme de provision, ny submettre laditte ville et bailliage de Pontliieu à cesle ville et bailliage d'Amyens, ny en façon quelconque desroger à leurs droicts, auctorilez et privilèges anciens, d'aultant qu'ils sont purs voisins et nullement subjeclz à ceste ville et bailliage d'Amiens, et ont requis acte de leur dite protestation, déclarons d'abondans que nostre intention n'a oneques esté de vouloir près tendre d'innover en rien les droicts, auctorilez et privilèges de lad. ville d'Abbeville et comté
Jusqu'ici nous avons vu Abbeville se préoccuper à peu près exclusivement de la sûreté du Crotoy. Hésitat-elle d'abord à étendre sa sollicitude, son influence, la pression ou l'autorité qu'elle prétendait exercer autour d'elle, sur Saint- Valéry , ville dont la seigneurie appartenait à un homme dont on respectait le caractère et la valeur, le duc de Nevers? Je ne sais. Mais, vers la fin de janvier, nous voyons qu'elle a enfin dirigé sa prévoyance et son action jusque sur cette autre importante place de la basse Somme, d'accord en cela avec Amiens (I).
Le XXVII janvier, deux députés de la ville de Saint- Yalery, Mc Jacques Moisnel, si je lis bien, procureur fiscal, et N. Blondin, bourgeois dud. lieu, sont récusa l'Echevinage. Us sont, disent-ils, envoies par ceulx de leur ville - sur Padverlissement à eulx faict de prouvoir à la seuretté de lad. place. » Us sont d'ailleurs porteurs de lettres de leurs concitoyens. Tous les habitans de
de Ponthicu, comme anssy n'entendons desroger aux privilèges, franchises cl libertés de ladicte ville d'Amyens. » — Documents sur l'histoire de France, publiés par MM. Louandre et Bourquelot sous la direction de M. Thierry, t. h, p. 1003.
(I) En janvier 1589, ai-je dit ailleurs -- Histoire de cinq villes, t. m, — les habitants de Saint- Valéry adhèrent à la Ligue. La Ligue, qui tenait désormais toute la Somme haute et basse, n'entendait perdre rien des avantages que cette position lui donnait. On décidait à Amiens, le 17 janvier 1589 : « Toutes les marchandises venant de Hollande, Zélande et Espagne qui acquittaient les droits à Dieppe et à Rouen, ne devront plus le faire, ces deux villes tenant parti contraire ; elles paieront désormais ces droits à Saint-Valéry, au Crotoy, et autres villes où des bureaux seront établis pour le produit en être versé à la recette générale à Amiens. » — Voyez La Ligue par M. A. Dubois, p. 37.
Saint Valéry, ajoutent-ils, sont résolus de se maintenir en l'union par eulx promise et jurée avec ceste ville (Abbeville) et aultres villes catholicques du roiaulme pour l'honneur de Dieu , conservation de la relligion catholicque, apostolicque et romaine, bien et repos du pays, et, à ceste fin, ils ont esté envoies pour tesmoingner
l'intention desd habitans de » et d'aviser
à la sûreté de leur ville On décide
que le sieur Damerval sera prié d'entrer en Saint-
Valery avec vingt soldats « sans que led. sieur
Damerval puisse entreprendre aulcune chose sur les previlléges de lad. ville , l'auctorité des maieur et eschevins d'icclle et droicts de Monseigneur de Nevers. » Nous allons voir maintenant les Abbevillois stratégistes, puis aussi en pleine politique avec Messieurs du Conseil établi à Amiens, avec Messieurs les prévôt des marchands et eschevins de Paris avec Messieurs les prévôt et échevins d'Amiens etc. Mais remontons de quelques jours en arrière. Nous lisons dans les registres municipaux à la date du XVII janvier :
Mémoire et instructions pour Messieurs les depputés allant en la ville d'amiens.
Pour le pais de Ponthieu.
« Est besoing mettre sus une compaignie de cent hommes de pied quy tienne garnison dans le faubourg de Houvroy pour empescher la surprinse d'icelluy, quy est de grand conséquence pour la seuretté de lad. ville et du pais à l'environ, parmy lequel lad compaignie se pourra quelquefois emploier, sellon les occurrences, au lieu des habitans de lad. ville quy n'en poeuvent bonne-
ment sortir, crainte de desgarnir la ville Cette compaignie sera repputée comme d'habitans, commandée en chef par Monsieur le gouverneur et Messieurs maieur et eschevins de lad. ville (I), soubs lesquels elle sera conduicte par un lieutenant, une: enseigne et deux ser~ geans de bende; et, quant au paiement, en sera advisé par la chambre, ensemble des mortepaies du chasteau dud. Abbeville.
« Les fortiffications et munitions de lad. ville sont en très-mauvais estât, et, pour le besoing qu'il y a d'y entendre, avoient (sic) obtenu quatre mille escus à prendre sur les biens des héréticques, six cens escus
ordonnés (£) par Monsieur de Nevers, et mil livres
cy-devant pour quelques déchets soufferts par lad. ville à cause du magazin de Rue, montant le tout quatre mil noeuf cens trente-trois escus ung tiers, sur et tant moings de laquelle somme lad. ville pourra retenir par ses mains huict cens escus d'une part par elle deubs à la recepte des aides de Ponthieu, quatre cens escus d aultre aussy par elle deubs à la recepte généralle à cause de son affranchissement perpétuel de taille , quatre-vingts et tant d'escus aussy par elle deubs à la recepte du domaine, et ce quy se pourra recouvrer des biens desd. héréticques aud. Ponthieu dont il se dressera estât plus particullier.
Crotoy.
« L'asseurance que Messieurs les gouverneur, maieur et eschevins de lad ville d'Abbeville ont prinse du
(1) On remarquera toujours le souci de l'autorité particulière de la ville.
(2) Je crois lire de couvrenient.
chasteau du Crotov est ù la charge dy avoir deux lieutenans et quinze soldards, l'un desd. lieutenans nommés, Monsieur de Cornehotte-Buigny et dix soldards commis par lesd. sieur gouverneur, maieuret eschevins d'Abbeville, et l'aultre lieutenant nommé Canteleu et cincq soldards commis par Madame de Belloy, femme du gouverneur dud chasteau, tous lesquels lieutenans et soldards ne poeuvent estre retenus sans fouller (écraser) le poeuple sinon en les paiant; et, de f'aict, pour le premier mois commenceant le quinziesme janvier (1589) lesd. sieur gouverneur, maieur et eschevins d'Abbeville leur ont faict bailler soixante dix escus, (quy est à raison de dix escus pour chacun lieutenant, de dix livres pour chacun soldard), et ce par Jehan De le porte, maieur dud. Crotoy, commis à la recepte des traictes domanialles foraines et entrée de ville sur la somme de six à sept vingts escus qu'il a déclaré avoir entre ses mains, proceddans desd. fermes; et parce que, en traictant l'accord de lad. seuretté , il a esté nécessaire d'emploier plusieurs gens de guerre quy y ont faict despence de plus de quatre cens livres, lesd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins de lad ville d'Abbeville ont ordonné aud. De le porte de paier tant moings de lad somme à ceulx que les maieur et eschevins de lad. ville du Crottoy congnoissent en avoir plus de besoing jusques à quarante-sept escus, attendant que, lesd. parties de despenccs aians esté vériffiées et arrestées , il en soit ordonné du paiement par lad. chambre d'Amiens C'est doncq à quoy il est besoing de donner ordre, ensemble à l'entretenement du paiement desd. lieutenans et soldards pour l'ad venir.
« Fauldra aussy adviser sur ce que les maieur et
eschevins dud. Crotoy requèrent de leur remettre en leurs mains les clefs des portes de la ville, suivant leurs previlléges, et qu'ils ont tousjours jouy, sinon deppuis ung mois ou deulx que led de Canteleu s'est saisy desd. clefs à la grande incommodité des habitans de lad. ville et marchans quy y ont ordinairement affaire. Ils ont cydevant accord en l'an mil Ve LXXIU avecq led. sieur de Belloy dont l'acte sera représentée.
« 11 a aussy esté besoing de s'emparer et mettre gens dans les places de Pontdremy et Rambures, à l'entretenement et paiement desquels il sera expédient de donner ordre, affin que le poeuple n'en recoipve poinct d'oppression.
« La tour du Plouis-lès-Sainct-Ricquier et la ville mesme de Sainct-Ricquier mériteroient bien d'y avoir quelques hommes pour les conserver et garder que les ennemis ne s'en emparent.
« Sera aussy advisé sur la seuretté de la ville de Saint-Vallery et la responce qu'ils (les maieur et eschevins de Saint-Vallery sans doute) ont faicte aux lettres quy leur ont esté escriptes par lesd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins d'Abbeville (l).
« Pour la seuretté du pais et empescher les remuemens, courses et assemblées que les ennemis y pourroient faire, semble qu'il est besoing de mettre aulx champs quelques compaignies de gens de chevaulx , à quoy celle de Monsieur le gouverneur d'Abbeville serviroit fort commodément pour estre la pluspart de sa compaignie composée de gentilshommes et autres du pais mesme.
(i) Il n'est pas question, dans ce mémoire, de la ville de Rue. MM. d'Amiens décidaient (17 janvier) que Rie aurait une garnison de cent hommes. — M. A. Dubois, la Liyue, p. a".