INTRODUCTION. XV
cardinaux Potier de Gèvre et de Novion, car c'est lui qui f en i54o^ fit nommer par induit à un canooti^t de Beauvais , Jacques Potier* conseiller au Parlement, tige de ces ëvêques.
Nous arrivons à un moment où la fortune d'Odet fut exposée à un de ces retours si fréqueus dans les cours : nous voulons parler de la disgrâce encourue par le connétable, et dans laquelle il demeura jusqu'à la mort du roi, c'est-à-dire pendant cinq ans. Le connétable expia dans ses terres sa confiance dans les promesses fallacieuses de Charlcs-Quint (i), et se consola en faisant construire le château d'Ecouen.
On ne voit pas toutefois que la retraite du connétable ait altéré en rien le crédit du jeune cardinal auprès de François V' ; il fut toujours l'un des orncmens de celte cour brillante; il put y rencontrer Léonard de Vinci, Le Prîmalice, Benvenuto Ccltini , qui , avec Erasme , Marot et Rabelais , amusaient les loisirs du père des lettres.
(I) Afin d'obtenir passage a travers la France^ pour aller réduire les Gantois, Charles-Quint avait promis au roi la.cession du duché de Milan. Le connétable fut cause que cette promesse ne fut pas donnée par écrit. Les Gantois soumis, Charles^Quint sommé de sa parole, répondit ; Montrez-moi un écrit.
xvj INTRODUCTION.
Odel de Chcltillon , qui venait de voir fonder le Collège de France , encouragea rétablissement à Beauvais d'un collège auquel le chanoine î^licolas Paslour voua sa fortune et sa vie.
Le mouvement des arts , appelé Benaissance , s'était déjà fait sentir dans sa cité épiscopale ; la construction du transept de la magnifique cathédrale avait employé les trente premières années de ce siècle.
Beauvais eut aussi ses artistes renommés. Dans ses églises , dans ses couvents, dans les splendides châteaux de Sarcus(i), d'Herculez et de Thérines , on admirait les hardis travaux des deux Faast (2) , les élégantes sculptures de Petit (3) , en même temps que des artistes inconnus et pleins de verve ornaient les demeures des chanoines et
(4) Une partie de la façade de ce château décore aujourd'hui rhabîtation de M. Houbîgant,à Nogent-les- Vierges, près Greil.
(2) Le père et le fils travaillèrent successivement à la construction du transept de la cathédrale.
(5) 11 a construit, en \ 562 , le petit hôtel , dans le style renaissance^ qui existe rue de la Frette. On suppose que cet hôtel, qui alors communiquait avec la maison de refuge des Dames de Wariville (rue Beauregard), aura été construit par une Dame de Bourbon alors abbesse de Warivilie. L'ornement d'architecture appelé trompe j et qui fait l'angle de cette maison, passait pour un chef-d'œuvre.
INTRODUCTION* xvij
dlBS riches bourgeois de ces capricieux arabesques en bois où Ton retrouve encore aujourd'hui la touche gracieuse de cette éj^oque.
Ângrafid je Prince et Jean Le Pot (i) son gendre, n'avaîenlkpas de rivaux dans l'ai't dépeindre sur verre , ni l'orfèvre Boulcmie dans ses délicates ciselures. Plus tardt Ducaurroy, imitateur de Palestrina, devait être surnomme le Prince des Musiciens (2).
Une œuvre gigantesque fut entreprise sous Tépiscopat de Châtillon : sur les voûtes déjà si hardies de la nef, on résolut d'élever un clocher qui les égalât en hauteur; cette œuvre fut réalisée. Un grand nombre d'églises et de restaurations datent de ce temps : on répara aussi les remparts depuis longtemps négligés.
François V"" mourut à Rambouillet. Eclairé par
(1) On leur doit les magnifiques vitraux de Saint-Etienne, lis avaient pour peindre sur verre un secret de famille qu'ils ont trop bien gardé et qui est perdu. (Simon. Supplément manuscj
(2) Ce maître de chapelle des rois Charles IX , Henri III et Henri IV, était né a Gerberoy . La plupart des Noèls de l'Eglise de Paris sont des airs de danse d'un ballet qu'il avait composé pour Charles IX. L'air de la romance Charmante Gabrielle, faussement attribué à Henri IV, est de lui.
(Statistique du département, par M. Graves J
xviij INTRODUCTION,
celte sagesse tardive qui descend parfois sur le lit des mourans, le roi, dans ses derniers avis, re* commanda à son fils de se méfier de l'ambition des Guise, et de ne jamais rappeler le connétable : prophétique sollicitude qui lui faisait voir dans les rivalités de ces deux familles l'origine des troubles qui devaient ensanglanter le royaume et mettre le poignard dans le sein du dernier de ses petits-fils ( i ). La mort de François P' fut bientôt suivie de celle de la maréchale de Châtiilon. Elle expira dans les bras de son fils bien aimé, et la douleur profonde quMl en ressentit est attestée par des vers que l'Hôpital lui adresse à cette occasion. Cette mort fut accompagnée d'une circonstance extraordinaire qui , plus tard , portera ses fruits : La maréchale 9 femme d'une grande piété, refusa toute assistance de prêtre , en déclarant que Dieu lui amitfait une grâce toute particulière. On en conclut, avec raison, qu'elle avait adopté la nouvelle religion.
(4) Le roi François parlait k point, Quand il disait que ceux de Guise Mettraient ses enfans en pourpoint , £t tous ses sujets en chemise.
(Satyre MenippéeJ.