X INTRODUCTION
Le pape Clëment VII était parvenu à combler rimmense intervalle qui, dans les idées du temps , séparait sa nièce Catherine de Médicis de l'alliance d'un fils de France. Henri , alors second fils de François I", épousa cette princesse. Ce mariage d'argent se fit h Marseille avec une grande magnificence ot sous les yeux du pape. Dans la joie de ces fêtes et à la considération de cette union , Clément VU accorda au roi quatre chapeaux rouges. François I", qui tenait Montmorency en grande affection, lui en donna un pour celui de ses fils qu'il destinerait à l'Eglise; mais le maréchal, fidèle à ses vues séculières, supplia le roi d'agréer qu'Odet, son neveu et son filleul , en fut gratifié. Odet de Châtillon fut donc déclaré cardinal sous le titre des saints Sergius et Bacchus. Il n'avait pas seize ans , et cet insigne honneur causa une grande joie aux Châtillon et aux Montmorency. A part les princes , jamais chapeau de cardinal n'avait orné une aussi jeune tête.
Dès ce moment Odet de Châtillon n'eut plus besoin d'appui en cour pour obtenir des bénéfices. Son titre de prince de l'Eglise lui donnait la familiarité du roi , dont son esprit et ses avantages
INTRODUCTION. xj
personnels lui gagnèrent bientôt raffcction. François I'% voulant qu'il soutint avec splendeur sa nouvelle dignité, le combla de riches bénéfices , et le nomma archevêque de Toulouse.
Cependant la maladie du pape rendait imminente la vacance du siège pontifical , et les nou*veaux cardinaux reçurent Tordre de partir pour Rome avec les cardinaux de Bourbon et de Tournon. Il fut alors beaucoup parlé de la magnifique entrée qu'ils firent dans Rome. En s'abstenant de de la décrire, il faut noter seulement que dans ce siècle , l'étiquette et le cérémonial occupaient une telle place , que l'histoire elle-même ne dédaignait pas d'enregistrer certains détails qui paraîtraient aujourd'hui peu dignes de son attention. Alors les honneurs étaient la mesure du pouvoir, source de la fortune.
Pendant son séjour à Rome , et par dispense du pape, Châtillon, qui ne devait jamais recevoir la prêtrise, fut élevé aux ordres de sous-diacre et de diacre^ Clément VU mourut, non sans soupçon de poison, selon l'usage du temps , et le cardinal de Cliâtillon entra au conclave, d'où sortît Alexandre Farnèse sous le nom de Paul 111.
xij INTRODUCTION.
Le jeune prélat obtint du nouveau pape une induit de non résidence , et s*empressa de revenir à la cour de France, où l'attendaient de nouvelles faveurs. II y parut avec beaucoup d'éclat ; et Ton peut croire que , malgré sa jeunesse, le voyage de Rome n'avait pas été perdu pour son instruction. Avec sa sollicitude accoutumée , la maréchale l'y avait préparé en le faisant initier aux divers intérêts de la politique et au maniement des grandes affaires. A dix-huit ans, Odet justifiait déjà le choix que son oncle avait fait de lui, et quand \illiers de nie- Adam , évêque et comte de Beauvais, vint à mourir, le roi voulut , en lui Conférant cet évêché, lui donner le rang de pair de France qui y était attaché, et par là le distinguer des autres cardinaux.
L'histoire nous dépeint le cardinal de Chàtillon comme un homme d'un grand suçoir, d'une rare habileté^ plein d'esprit et de ressources , et particulièrement doué pour le gouçernement d'un Etat (i). Ses premiers actes, comme évêque de
(4) Erat vir multiplids doctrinœ, peritiâ admirabilis, iti" dustriâ et ingenio singularis..., vero ad populos rite consti^ tuendos maxime idonœus, (De Thou.)
INTRODUCTION. xiîj
Beauvais y témoignent en effet de son génie organisateur. Il établit un ordre admirable dans l'administration de ses nombreux bénéfices. Un Conseil central siégeant à Paris, composé d'ecclésiastiques et de magistrats distingués , donnait rimpulsion à des Conseils locaux. Le Conseil de Beauvais était composé de vicaires-généraux , des principaux officiers de la pairie et des magistrats les plus renommés. Le cardinal , qui n'était point prêtre, se faisait suppléer, quant au spirituel , par un évéque in partibus qu'il s'adjoignait comme vicaire-général, et qu'il établissait son suffragant (i).
C'est à cette époque que Ronsard hii dédie son Ode à la Philosophie et son Hercule chrélien , pièces peu connues , qui ne méritaient pas un autre sort, curieuses seulement en ce qu'elles présentent comme une des colonnes de TEglise ce cardinal qui, plus tard, devait l'ébranler si profondément.
La vie d'Odet de Châtillon était alors celle d'un grand seigneur suivant la cour, où sa faveur ne faisait que croître. A peine gratifié de la riche ab-
(\) Ce furent successivement les évêques de Bethléem, de Damas, d'Hippone, d*Ebron, de Sébaste, jusqu'en ^ 563, et Philippe Le Musnier, jusqu'en -1560.
xiv INTRODUCTION.
baye de Saint-Lucien, il avait vu les grands services de son oncle, Anne de Montmorency^ récompensés par Fépée de connétable. Résidant peu dans son évêché , il s'y faisait néanmoins connaître par sa haute et bienfaisante direction. Ua ec« clésiastique se distingoait^l par son mérite et par ses vertus , il trouvait dans son évéque un juge éclairé et un puissant protecteur. Lettré lui même, Chàtillou aimait et encourageait les savans : toutes les séductions de Tcsprit , du rang et de l'opulence, lui conciliaient Taffection de son diocèse ; une puissante influence en était le résultat. La marquise de Nesle , brouillée avec son mari , était sur le point d'intenter un procès scandaleux ; le cardinal s'interpose et parvient à réconcilier les époux. L'Hôpital nous apprend que sa charité était inépuisable (i) ; sa bienveillance n'était pas moindre. Digne de sa haute fortune , il entretenait aux études les enfans de ses officiers, et soutenait le mérite malheureux ou caché. C'est en outre à lui que le diocèse est redevable des heureux épiscopats des
(^) Nec miseros dispexit in alla sede locatus
Aut uili tua dextra roganti defuit unquam ?
(Epîlres latines du chancelier de l'Hôpital .)