DE METS
[OMME j'ay remarqué en d'autres cayers ce qui s'est passé de plus notable et signalé en France, Allemagne, Italie, Pologne et autres endroits de PEurope, depuis Tan de ma naissance 1544' jusques à l'an..., et ce tant en fait politique qu'ecclésiastique : aussi ay-je voulu remarquer ici tout ce qui est advenu en la ville de Mets [non tant seullement] depuis l'an i58o, que j'encommençay à y habiter 2, mais aussy depuis l'an 1542, que m'' Guillaume Farel, ministre en Suisse, y vintprescher^ selon la réformation de l'Evangile, dix ans devant que le roi Henri second entrast dans ladite ville. Combien qu'à cause de l'antiquité de la ville de
2 l\\N i580, sous HENRY 3,
Mets, je reprendray un peu les choses de plus hault, pour réfuter Topinion et erreur certaine de quelques historiens 4 qui disent que les bourgeois de Mets auroyent esté seulement seigneurs de la ville depuis Tan mil nouante six, que Godefroy, dac de Bouillon et de Lorraine, la leur vendit, et à Tévesque de Liège le duché de Bouillon, pour subvenir aux frais de son voyage en la Terre Sainte contre les infidèles, en la compagnie de Hugues le Grand, frère du Roy de France. Et devant que réfuter ceste opinion, mettray en avant quelques tesmoignages des plus anciens autheurs, pour prouver Tantiquité de la ville de Mets. [P. 2 en blanc]
L'an i58o
sous HENRY 3, ROY DE FRANCE ET DE POLOGNE
[P. 3.] L'an i58o au commencement d'avril, j'arrivay à Mets venant de Marseille 5; et y estoit Testât de la ville assez paisible, et vivoient ceulx d'une et d'aultre Religion en très bonne vie et concorde ^ous le gouvernement de monsieur de Piennes <^, qui pour lors y avoit pour son lieutenant monsieur deTeval 7 ; et pour chef de la Justice du Roy y estoit estably monsieur Viart^.
Les villes de Toul, Verdun et Marsal'.' estoyent pour lors bien correspondantes avec celle de Mets en ce qui concernoit le service du Roy.
Or, comme j'ay touché au cayer des affaires de France, que sur la fin de Tannée i5jg le prince de Condé se retira à la Fère en Artenois i°, ville appartenant au roy de Navarre, sise en son gouvernement de Picardie, et j'ay fait mention audit lieu qu'en Tannée i58o le siège fut mis devant ladite ville; aussi ne sera-t-il inopportun de marquer ici que quelques troupes de la garnison de Mets s'acheminèrent en France audit siège soubz la conduite du gouverneur de Marsal, qui estoit le sieur de La Routte ", le sergent major de Sainte-Colombe •-, qui y vint, et autres.
Touchant Testât ecclésiastique, ceux de la religion catholique apostolique et Romaine y estoient plus à leur aise que ceux de la religion Réformée, par raison que les susdits de la Religion avoient leur exercice en un lieu esloigné de la ville d'une grande lieue, nommé Montoy '^, où ils estoient contraints d'aller avec beaucoup d'incommodités, depuis la défense qui leur fut faicte de prescheren leur temple delà rue de la Chèvre ■■+ par l'ordonnance des estats de Blois tenus Tan 1 5/6, comme l'avons remarqué en ladicte année
4 l'an i58i, sous henry 3,
[P. 4.] L^an suyvant, qui estoit i58i, passa sous les mesmes gouverneurs. Aussi y fut changée la justice selon Tordre accoustumé '5^ moitié catholique, moitié de la Religion.
Sur la fin de Tannée, monsieur de Teval se retira en. sa maison en Anjou; et arriva à Mets monsieur de La Verrière '^^ qui y avoit jà commandé par aulire fois, et ce le 4 de décembre, demeurant tousjours au gouvernement de la citadelle ^1 le sieur de Sainte-Colombe.
Au commencement de ceste année, monsieur de Teval estant parti de Mets au mois de décembre pour s'en aller en sa maison, passa en Court et fut faict chevalier de Tordre du S'- Esprit, comme 5 ou 6 aultres marqués au cayer des affaires de France et d'Allemagne.
Le mesme repos continua à Mets ceste année soubs messieurs de La Verrière, Sainte-Colombe, et le président Viart qui s'en alla en France et fut long temps absent.
Monsieur le duc d'Espernon '^ arriva à Mets
ceste année le 3" d'avril, qui n'en avoit encor le gouvernement, mais y venoit comme colonel de rinfanterie françoise, et y fut receu honorablement tant par les lieutenants du Roy que par Messieurs de la Justice.
Touchant Testât ecclésiastique, ceulx de la Religion continuèrent en leur mesme exercice, et au lieu accoustumé '9. Seulement fut descouvert ceste année un certain maistre d'eschole de village 20 qui avoit donné dans plusieurs erreurs condamnées tant par les catholiques que ceux de la Religion, desquelles estant convincu fut [p. 5] finalement bruslé en Champassaille le 28 de juin. Le discours de ses erreurs pour lors imprimé est parmi mes papiers, cotté du n° 22.
L'onzième de juillet, Tabbé de Saint-Vincent 2 1, ayant appelé à disner avec soy un gentilhomme de Lorraine nommé monsieur de Guebelange, avec lequel il avoit controverse pour certaines terres, desquelles estant entrés en discours sur la fin du disner, le susdit abbé ayant usé de quelques propos oultrageux et injurieux au susdit Guebelange, fut par luy poignardé et receut trois coups au sternon, sur la région du cœur, desquelz coups le susdit abbé fut longtemps malade; et se sauva le gentilhomme hors de la ville
6 l'an i582, sous henry 3,
ayant faict son coup. Mais il ne laissa depuis de lui couster une bonne somme d'argent, tant en la poursuitte de sa grâce devers Je Roy qu'à l'amende qu'il paya au susdit abbé et à Messieurs de la Justice de Mets.
Au mois de novembre les eauK furent merveilleusement grandes en cette ville.
Les deux fils de monsieur d'Andelot --, appelés de Montfort et de Tenley, nepveux de monsieur le comte de Salme, passèrent en ceste ville venant d'Allemagne, et en l'absence de monsieur de La Verrière, qui estoit allé à Nancy le jourde leur arrivée, monsieur de Sainte-Colombe, gouverneur de la citadelle, les vint voir en leur logis du Porte-Enseigne ^^, les mena a la citadelle, leur faisant toutes les courtoisies qui luy fut possible; et ce à cause de leur feu père auquel le susdit sieur de Sainte-Colombe se disoit grandement obligé.
Sur la fin de Tannée, le calendrier fut raccourcy24 et envieilli fut de dix jours tout par un coup : car [p. 6] du i o de décembre on vint incontinent au 20. Ceste mutation grégorienne apporta grande confusion en la chrestienté; aussy est-ce le propre office de l'Antéchrist de changer les saisons selon la prophétie de Daniel, comme je
Tay démontré amplement ^5 au traité dédié au Roy, pour la correction des abus et usage des biens ecclésiasiiques.
Geste année se tint la diette impériale à Augsbourg où l'Empereur se trouva en personne, Télecteur de Saxe, de Brandebourg et aultres, de laquelle je traite plus au long au cayer de France et d'Allemagne; seulement je noteray icy ce qui appartient à ceste ville Cest que Tun des articles proposés en la susdite diette fut tel qu'on adviseroit aux moyens de recou vrer les villes et éveschés distraicts de TEmpire -^, comme Mets, Toul, Verdun, Cambray et aultres : auquel article on s'arresta fort peu, et en fut remise la conclusion à un aultre temps plus commode.
Quant à ceux de la Religion de Mets, ils n'estoyent ignorans des grandes menées et conspirations qui se dressoyent contre ceux de la Religion -i ; ce qu'ils apperçeurent clairement, tant en ce qu'on avoit attenté contre la personne de Monsieur, frère du Roy, contre le princed'Oi^ange, qui fut blessé ceste année, et ce qu'on attentoit contre le roy de Navarre, prince de Condé, contre Genève où une notable trahison fut descouverte ceste année, qu'en ce qu'au mois de juin il passa grand nombre d'Italiens et Espagnols
8 l'an 1S82, sous HENRY 3,
aux portes de Mets 28, qui alloyent aux Pays- Bas. A ces occasions, le i5 d'aoust, jour de la Notre-Dame, célébrèrent un jeusne et se trouva un très grand peuple à Montoy, qui y furent depuis le matin jusques au soir, afin de prier Dieu [p. 7] qu'il luy pleust appaiser son ire, qu'il destornist les tempestes et orages qui les menaçoyent.
Au commencement de l'année i583, monsieur le duc d'Espernon fut fait chevalier du Saint-Esprit, avec d'autres notés au cayer des affaires de France.
Sur la fin du mois de mars, le Païs Messin se ressentit un petit de la guerre de Cologne 29, parce que les soldats qu'y menoit monsieur de Briey logèrent sur les villages dudit païs, où ils firent beaucoup de dégasts et insolences, contre la promesse que les chefs en avoient faicte à monsieur de La Verrière, assavoir de passer oultre et de ne s'y arrester.
Au moys de may. mourut monsieur de Clemery ^o^ non sans soubçon de poison.
Monsieur de Boillon passa par Metz ^' le
8 de juin de ceste année pour aller boire certaines eaux en Allemagne pour sa santé.
Ceste année monsieur le duc d'Espernon fut pourveu de ce gouvernement, et envoya le sieur de Montcassin ^^ pour gouverneur de la citadelle en retirant dudit lieu le sieur de Sainte- Colombe : et arriva à Mets le i6 juillet le susdit sieur de Montcassin.
Monsieur le duc d^Espernon y arriva lo jours après, assavoir le 26 du mois susdit, auquel Messieurs de la Ville firent une entrée magnifique; et s'y firent plusieurs escarmouches par les soldats de la garnison, tant hors de la ville que dedans, au combat du fort dressé en Champassaille^^. ca^ [\ y venoit lors au tittre de gouverneur, et avoit mandé le Roy qu'on le receut comme sa propre personne. Aussy luy fut présenté le dez [p. 8], à ciel magnifique, soubs lequel néantmoins il ne se voulut mettre, entrant en la Grande Eglise. Et partit mon susdit seigneur d'Espernon de Mets le 3 du mois d'aoust ensuivant.
Quant à Pestât ecclésiastique, il ne fault passer sous silence les belles processions qui se firent par les catholiques, aussi bien à Mets qu'en toute la Lorraine et la France; et cstoit
lo l'an i583, sous henry 3,
aisié à voir qu'elles menaçoyent de quelque insigne changement et mutations aux affaires d'estat : et de fait la Ligue fut bastie bien tost après; mais par ce que J'en ay escrit la façon es mémoires de la France, il suffira d'avoir tousché maintenant le temps et la saison qu'elles se firent. Aussi pour le regard de ceulx de la Religion, l'emprisonnement de leurs trois ministres ^4 et l'occasion d'iceluy doit estre remarqués : ce qui advint au 20 du mois d'aoust, 17 jours après le départ de monseigneur le duc d'Espernon, auquel temps monsieur le président Viart sollicita monsieur de La Verrière de faire emprisonner les susdits trois ministres, messieurs de Chassie, Buffet et de Combes 3-\ ce qui fut quasi aussi tost exécuté que pensé. Le susdit sieur président les accusoit d'avoir usurpé sur Testât et juridiction des Magistrats, ayant permis à un homme duquel la femme avoit esté convaincue d'adultère de se remarier. C'est un point de doctrine auquel les catholiques ne sont d'accord avec ceux de la Religion, et se fondent lesdits catholiques sur le passage de saint Mathieu duquel ils concluent qu'il n'est licite a l'homme qui a répudié sa femme de se remarier, et n'ont esgard à ce qui est adjousté dans saint Mathieu, « sinon pour forni-
cation «, et abusent de ce passage. Quelle horrible tyrannie! Désespérer et gchenner ainsi les consciences, admettq.nt bien les divorces mais à telle condition qu'on s'abstienne d'une part et d'autre du mariage après une telle séparation, [p. 9] et que personne ne se puisse remarier du vivant de l'autre. Mais n'estant mon but de disputer ici de la théologie, mais remarquer simplement ce qui advint pour lors, je remettray au discours que j'en feis pour lors, coité parmi mes papiers du n" 23, parmi lequel trouverez inséré l'extrait des registres du Conseil du Roy touchant l'emprisonnement des susdits trois ministres et leur eslargissement. Seulement je diray qu'il y pensa avoir pour lors de la sédition à Mets, parce que le peuple s'assembla en grandes troupes, allèrent aux logis du gouverneur et président, et qui eust creu quelques uns, ausquels je diray en passant que le sieur de La Routte, gouverneur de Marsal, servoit de soufflet par haine qu'il portoit au sieur de La 'V^errière et au susdit président, et promettoit de servir de chef de parti. Mais pour le mesme jour lesdits ministres estant eslargis des prisons et mis en maisons bourgeoises, la furie du peuple s'appaisa, retenu par les plus apparens bourgeois de la Religion, qui estant
12 L'AN l583, SOUS HENRY 3,
assemblés trouvèrent bon d'envoyer en Court le s' de Verny ^°, pour remonstrer à Sa Majesté et à son Conseil tout ce que dessus. Et partit le susdit S"" de Verny le 3 de septembre de Mets, et y retourna le 3 d'octobre ayant esté promptement expédié en Court. Et retourna avec l'entier eslargissement des ministres, n'ayant esté trouvée bonne en Court la procédure des susdits sieurs de La Verrière et président, voire même des principaux du Conseil du Roy, qui dirent au susdict s' de Verny qu'ils jugeoyent bien que c'estoit là un des traits du président Viart, qui ne pouvoit demeurer en repos, sans qu'il ne brouillast tousjours quelque chose; et sur tout monseigneur le duc d'Espernon, qui ne faisoit que partir du susdit lieu, trouva le fait fort estrange. [P. lo.] Et de faict en feit bien ressortir depuis les principaux autheurs; mais d'autant plus ce bel exploict fut trouvé estrange en Court à cause du lieu où cela advenoit, asçavoir cestc ville qui est soubs la protection esclairée de toute l'Allemagne et où il convient que les gouverneurs se comportent avec autant de prudence et jugement qu'en pas un autre gouvernement de la France, qu'aussi pour lors il y avoit de mervilleuses deffiances par tout, et qu'à dire le vray il estoit question
ROY DE FRANCE ET DE POLOGNE l3
d^un point de doctrine, tellement que les ministres devoyent aussi bien estre emprisonnés pour ne croire la messe, le purgatoire, Tinvocation des morts, prières des saints et autres telles choses qui sont en grand nombre, comme pour ce divorce, concédé par Texpresse parole de Dieu, authorite des plus doctes théologiens de nostre temps, mesme des loix romaines, comme je Tay remarqué au discours sus allégué.
Voylà ce qui advint de remarquable à Mets tant en Testât politique qu'ecclésiastique Tan 83.
Venons à Tannée 1584, célèbre par la mort de Monsieur, frère du Roy, et par celle du prince d'Orange, desquelles je noteray le jour aux Mémoires de la France, en laquelle advinrent peu de choses remarquables à Mets. Seulement pour Testât politique est à noter le despart de mons"" de La Verrière de Mets, et Tarrivée de mons"" de Termes ^7 audit lieu et toutefois soubs monseigneur le duc d'Espernon.
Mons"" de Termes vint à Mets au mois d'aoust; incontinent après Tarrivée duquel le s' de La Verrière s'en despartit, qu'on cstimoit n'y jamais
14 l\a.N 1584, sous HENRY 3,
devoir revenir. Ce qu'il lit toutefois contre Tespérance de beaucoup de gens, et retourna le 20 descembre ; etpartitdudit lieu mons' de Termes le 23 du susdit, qui, durant [p. 1 1] les quatre mois quUl fut à Mets fut fort magnifique, logea à la Haulte Pierre ^^ et tenoit une belle cour, feit beaucoup de debtes à la Ville, lesquelles il paya fort bien quelques années après.
Geste année au mois de juin passèrent forcest Italiens et Espagnols par la Lorraine et évesché de Mets où mesme on leur dressa estappes, et ce pour aller au Pais Bas.
Mons' de Lorraine continua des édits rigoureux contre ceux de la Religion ^9, qui estoyent en ses pais et commenda à tous ceux qui ne voudroyent faire leurs Pasques d'en sortir : qui fut cause, que quelques bons et honnestes bourgeois de Saint Nicolas se retirèrent, les uns à Mets, les autres à Strasbourg.
Le greffier de la Ville (Mangin le Goullon) 4°, qui estoit Tun des plus entendus au fait de la police et qui avoit Toreille de tous les gouverneurs, mourut ceste année, le 12 d'avril, d'une maladie fort subite et qui l'emporta en vingt quatre heures au grand mescontentement de beaucoup de gens de bien.
ROY DE FRANCE ET DE POLOGNE l5
Moururent aussi le 20" du susdit mois en une mesme nuit, estant néantmoins malades de diverses maladies, deux abbesses fort notables et renommées*', asçavoir : Madame de Sainte-Glossène, qui layssa Tabbaye à sa niepce qui estoit sa coadjutrice; et Madame de Sainte-Marie, propre sœur de madame de Marcossey, qui résigna Tabbaye à madame de Saint-Pierre sa sœur, qui depuis Poctroya à madame de Marchaumont, belle-sœur de mons' de La Verrière, qui pour lors estoit à Poissy, vint depuis à Mets; où ayant esté quelque temps soubs madame de Saint-Pierre qui tenoit les deux abbayes, finalement en fut mise en possession.
Voylà quant à Tannée 1584 pour les faits politiques.
Touchant recclésiastique ceux de la Religion y furent en repos. L'évesque de Mets s'en alla sur la fin de cette année à Mayence pour y desservir son canonicat -1^2 |^p 12].
Première année de la Ligue.
L'an 85, qui fut le premier de la décadence et ruine de ce beau et florissant royaume de France,
i6 l'an i585, sous henry 3,
aussi fut Torigine des maux et calamités qui survinrent depuis aux pauvres bourgeois de Mets, d'une playe qu'il convient présenter, afin que la postérité cognoisse comment les iniquités de quelques meneurs passionnés ont quasi ruiné ce pauvre estât. Car c'est une chose toute notoire et manifeste que si ceux de la Religion eussent esté chassés de Mets comme l'on vouloit, que la ville s'en alloit ligueuse; si aussi le s"" de Guyse fust venu à bout de ses intentions, aussi bien en la ville de Mets qu'en celles de Verdun, Thoul et Marsal, il n'y a doute qu'il n'eust eu moyen d'exécuter beaucoup de choses qu'il ne put, et par ce qui en ceste histoire doibt estre sur tout remarquée la singulière bonté de Dieu et sa grande bienveillance envers le pauvre peuple de Mets et sur tous ceux de la Religion. Je noteray jour par jour les menées et attentats de leurs adversaires.
Comme donc sur la fin de mars les chefs de la Ligue se saisirent de quelques places en France, aussi mons'' de Guyse avec l'aide des forces de monsMe Lorraine, se saisit premièrement de Verdun le 22 d'avril jour de Pasques4-^, et bientost après de Thoul où la capitulation fust telle : que le s^ de Cadillan et sa compagnie retourneroyent
à Mets et qu^on leur donroit escorte : ce qui fut observé.
Cependant messieurs les gouverneurs de Mets esîoient advcrtis de tous endroits d^cstre sur leurs gardes, et cependant mons'' de La Verrière dans la ville et mons"" de Montcassin à la citadelle ne s'accordant pas trop bien l'un avec Pautre, pensèrent perdre la ville : mais Dieu y besoigna malgré eux, descouvrant ceux des capitaines 44 qui avoient intelligence avec le duc de Guyse, tellement que le 1 5 de may quelques soldats sortirent de nuit de la ville, et le lendemain, qui cstoit le i6, renseigne du capitaine La Fosse, qui se nommait Saint-Félix et estoit de Thoulon en Provence, fut [p. i3J mis en prison et en sortit quatre jours après.
Sur ces entrefaites arriva de la Cour mons^ de Houlles, mestre de camp et frère de mons' de Mcntcassin, qui passa parmi le camp et les troupes de mons'^ de Guyse où il entendit du susdit s' de Guyse que la ville de Mets estoit à sa dévotion par les bonnes intelligences qu'il avoit dedans, et que sMl vouloit persuader mons"" de Montcassin son frère de lui laisser la citadelle, outre ce qu'il Ten lairoit gouverneur il
lui bailleroit encore une bonne somme d'escus.
i8 l'an i585, sous henry 3,
I.à dessus, ledit s' de Montcassin eut diverses pensées, ne sachant bonnement de quel côté se tourner, ayant d'un costé les bruits de la mort de mons' le duc d'Espernon, d'autre costé les belles promesses qu'on luy faisoit; et dit on que sur ces grandes irrésolutions sa femme lui remonstroit beaucoup de choses, entre autres de la bresche qu'il feroit à sa réputation, puis comment il seroit cause de la perte et destruction de beaucoup de gens de bien qui estoient dans la ville de Metz auxquels principalement on en vouloit. Enfin se résolut, par le moyen de son frère mons' de Houlle, de descouvrir par subtil moyen qui estoient les capitaines de Mets desquels s'asseuroit mons'' de Guyse, ce que le susdit s'' de Houlle exécuta fidèlement et tira les vers du nez dus''deGhambley45 qui venoit souvent à Mets pour cette affaire. Ce qu'estant descouvert, on fut estonné que le mardy 22' de may sortirent de la ville de Mets Taprès disnée le capitaine Missard avec La Raillerie son lieutenant, et une partie de ses argolets +^ ; et fut cependant le capitaine La Fosse donné en charge à dix soldats, mais à l'instant il trouva moyen d'avoir un cheval et eschappa.
Ce mesme jour, on rcprint prisonnier Saint-
Félix, l'enseigne de La Fosse, lequel on avoit fait sortir deux jours auparavant, parce que il n'estoit encore temps de [p. 14] desclarer ce qu'on prétendoit de faire. Fust aussi pris le capitaine Forest, guidon du s' de La Routte, gouverneur de Marsal.
Le jeudi ensuivant furent inventoriés les biens et meubles des susdits capitaines, desquels ne leur fut fait aucun tort et leur fut depuis tout rendu.
Or ce soir, qui estoit le 2 3 de may, arriva en la citadelle, vers les 10 heures de nuit, le s"" de Chambley, qui conversa bien au long avec mons'' de Montcassin de beaucoup de choses, mais surtout de la reddition de la place à mons' de Guyse, qui n'estoit pas esloigné avec ses troupes et ne demandoit qu'à entrer par la porte d'Enfer 47, pour selon la muraille de la citadelle entrer dans la ville. C'estoit un bon moyen de surpendre le susdit s"" de Guyse et de l'enfermer là dedans, puis les saluer des plus grosses pièces de la citadelle; mais Dieu ne mit au cœur du s' de Montcassin ce stratagème, qui véritablement eust esté héroïque et eust certainement immortalisé son nom plus qu'il n'a fait par les actes que verrez es années suivantes.
20 l'an i585, sous henry 3,
Seulement le s-- de Montcassin, retenant pour ceste nuit le s' de Chambley, le remit au matin à parler de ces affaires là, et là-dessus feit venir à la citadelle mons' de La Verrière, pour lors gouverneur de la ville, le sergent-major qui estoit mons"" Du Hal 4^, le capitaine des portes et autres, et devant eux feit proposer au s' de Chambley sa demande. Lors commença à dire que mons' de Guyse Tavoit prié de porter ceste parole à mons"^ de Montcassin de luy rendre la citadelle de Mets, et qu'il luy feroit telle et [p. i5] si belle récompense qu'il auroit occasion de contentement. Auquel incontinent mons' de La Verrière, prenant la parole, respondit : « Comte ment, monsieur de Chambley, pour un gen- « tilhomme comme vous, venant de si bon lieu, « n'avez-vous pas de honte de porter telle parole « à un tel seigneur que mons'' de Montcassin? « Pensez-vous qu'il veuille estre traistre à son Roy « et fausser le serment qu'il luy doit »? Et autres tels propos, auxquels enfin il adjousta qu'il mériteroit qu'on le retint prisonnier et qu'on lui fist trancher la teste. Mais mons' de Montcassin prit là-dessus la parole et dit qu'il estoit fidèle serviteur du Roy et qu'il seroit bien marry de faire chose qui fust contre son honneur : et au reste,
ROY DK P'UANCK ET DK POLOGNE ?. l
pour ce quMl luv avoit donné assurance et sauf conduit, qu'il supplioit mondit s' le gouverneur qu'aucun tort ne fust fait à sa personne, à cause de Pamitié particulière qu'ils avoyent contractée ensemble. Seulement fut enchargé le susdit s"" de Chambley de dire à mons' de Guyse, au nom des susdits gouverneurs tant de la ville que de la citadelle, qu'ils estoyent fidèles serviteurs du Roy, qu'ils emploieroyent leur vie pour la défense de ceste ville et place, et se feroyent plus tost hacher en pièces que de commettre un si lasche tour; qu'ils n'estoyent point gens qui se laissoyent gagner ou corrompre par or ni argent. Mesme mons'' de La Verrière demanda au susdit s' de Chambley que c'est qu'il leur en conseilleroit, s'ils luy en demandoient son advis; et fut contraint le susdit s"' leur respondre qu'ils ne le devoyent faire en aucune façon, mais demeurer fidèles à leur Roy. Sur quoy adjousta le susdit s"^ de Chambley que mons'' de Guyse faisoit tel estât de la ville de Mets qu'il n'estimoit rien à son prix Verdun, Thoul et Marsal, [p. i6] et confessa franchement que le susdit s"" de Guyse luy avoit dit qu'il n'avoit rien en ce pais, et qu'il ne pouvoit parvenir en ses desseins et entreprises sans avoir la ville de Mets.
22 l'an i585, sous HENRY 3,
Voylà quel fut en somme le pourparler des dits s''* gouverneurs pour Sa Majesté en la ville et citadelle de Mets avec le s"" de Chambley, qui s'en retourna à la meisme heure et bien vite.
Or ici ne fault omettre une chose fort remarquable, c'est que devant que mons' de La Verrière estoit entré à la citadelle, il prit une frayeur au s' de La Routte, mestre de camp, qu'on luy alloit faire son procès, tellement qu'il ne pensa plus qu'à se sauver ; et mesmes le soir auparavant avoil commencé d'entrer en crainte, ayant entendu qu'on devoit donner la question à La Forest et à Saint-Félix, parce qu'il craignoit qu'ils confessassent ce qu'il ne voudroit, de sorte qu'il estoit tellement effrayé qu'il s'alla jetter aux pieds de madame de La Verrière et luy demanda pardon; de là s'en alla près madame de Clervant 49, s'y mit à genoux, luy dit qu'on l'alloit chercher pour luy trancher la teste; qu'il la prioit de demander sa grâce et intercéder pour luy. De quoy fut fort estonnée la susdite dame, qui avoit fait par le passé telle estime de la prudhomie et fidélité dudit s' de La Routte qu'elle n'eust jamais pensé, ni beaucoup d'aultres, qu'un tel acte et projet fust tombé en sa pensée et entendement, attendu qu'il avoit esté nouris page du feu roy
Charles, que le Roy d^alors Taimoit, et aussi mons'" d'Espernon, auquel il devoit son avancement; et n'y avoit pas grand espace de temps que son frère, le gouverneur de Marsal, ayant esté à Textrémité de maladie, et son estât estant jà couru et demandé en Court, le [p. 17] susdit maistre de camp en fut incontinent pourveu par le Roy, à la réquisition et prière de mons"" le duc d'Espernon. Là-dessus madame de Clervant estant une femme sage et accorte, tira tout ce qu'elle peut du susdit de La Routte, qui luy respondoit à tous coups qu'il méritoit la mort pour ce qu'il n'avoit desclaré la trahison qui se devoit faire à Mets, que cela seul méritoit griefve punition comme crime de lèse-Majesté, protestant cependant qu'il avoit empesché par deux fois qu'on n'exécutast la mauvaise volonté qu'on portoit à ceux de Mets; mais pour ce que son frère, le gouverneur de Marsal, estoit de la Ligue, il ne Tavoit voulu desclarer. Pendant lesquels discours mademoiselle de Montoy alla trouver mons' de La Verrière pour obtenir la grâce du susdit maistre de camp, laquelle elle impétra. Et sortit à sa faveur le vendredi 24 de may, et disoit qu'il iroit trouver le Roy et mons' le duc d'Espernon pour se justifier; nais
24 L^AN l585, sous HENRY 3,
il n^en feit rien : qui feit bien juger qu^il estoit innocent de l'affaire, comme la tin Ta démontré.
Or ce jour mesme au soir arrivèrent le s' de Tuyes, frère de mons"" de Montcassin, et le capitaine S' , nepveu de m"" de Sainte- Colombe, qui venoyent expressément de la Cour pour parler tousjours aux gouverneurs de faire bonne garde de ceste place pour le Roy et pour mons' d'Espernon, qui se portoit bien ; et disoyent qu'il n'y avoit plus espérance de paix; que le Roy, estant deuement informé, tant par mons*" de Ledieu, gouverneur de Verdun -», que par aultres, que mons^ de Guyse ne prétendoit à autre chose sinon à lui oster la couronne, estoit sur la défensive et attendoit ses promesses, et faisoit armer sa noblesse, voulant aller luymesme à la guerre pour rompre la teste à son ennemi. Ce qui resjouit fort messieurs les gouverneurs, et les encouragea à faire tousjours mieux pour le service du Roy, et envers la postérité mériteront une louange immortelle d'estre demeurés fermes et constans au service du Roy et avoir [p. i8] conservé la ville à son obéissance.
Le 26 du mois susdit, fut despesché en Court le capitaine S' , pour faire entendre à Sa
Majesté comment les affaires passoyent en ce gouvernement : ce qui resjouit fort Sa Majesté, qui avoit tenu ceste ville pour perdue, selon les faux bruits qu'en faisoyent courir ceux de la Ligue; et de fait Sa Majesté despescha de rechef le susdit capitaine, qui arriva à Mets le 25 de juin avec lettres de créance de Sadite Majesté tant aux gouverneurs qu'à Messieurs de la Ville, lesquels mons' le duc d'Espernon remercioyt de la bonne fidélité qu'ils avoyent eue au service du Roy, les exhortant d'y continuer.
Incontinent après l'arrivée du susdit sieur capitaine, la compagnie du s'' de La Routte fut donnée au capitaine Villeneuve, et celle du capitaine La Fosse au s"" Poincenot, son lieutenant.
Le lo de juin, le lundi d'après la Pentecôte, il entra à Mets 400 Suysses, lesquels mons'' de La Verrière avoit fait venir si secrètement et avec telle dextérité qu'ils furent aux portes de Mets avant qu'on fust adverti de leur venue; ce qui estonna fort messieurs les capitaines de prime face, et de fait s'accordèrent ensemble de ne les laisser entrer, et s'adressèrent à mons"" de Houlle, m" de camp, pour empescher la susdite entrée, sinon qu'on leur monstrast le mandement du Roy; ce qui estoit aisé à faire à mons'' de La Verrière qui
26 l'an i585, sous henry 3,
n'eust voulu entreprendre telle chose sans Pexprès commandement de Sa Majesté, laquelle ne pouvant secourir la ville de Mets à l'occasion des passages occupés et saisis par les Ligueurs, donna charge à son ambassadeur en Suisse de dresser promptement cette compagnie qui vint fort à propos pour aider à la conservation de la place.
Le 28 dudit mois sortirent de ceste ville environ 120 chevaux, qui mirent en fuite la compagnie du capitaine Bouligny -^i, environ à trois lieues de ceste [p. 19] ville; et y eut quelques 8 ou 10 hommes de tués et beaucoup de butin gagné, lequel mons'' de Lorraine redemanda le lendemain par un trompette : ce qui fut accordé, attendu que ceux qui furent deffaits estoyent advoués de mons' de Lorraine.
Le dimanche d'après, 3o de juin, sortirent de bon matinenviron quatre vingts chevaux, que conduisirent mons"" de Houlle, qui s'en alla du costé d'Allemagne et passa par Strasbourg, Basle, Genève, d'où s'en alla en Daulphiné et Provence. Et ce }our mesrtie sortit aussi mons*". de Tuyes, avec le capitaine S* et 5 hommes, qui prinrent le chemin de Jamets et arrivèrent en sûreté à Paris 5-.
En ce temps, on conclut la paix à Lagny-sur- Marne, de laquelle je parleray ailleurs : qui fut
cause incontinent après, assavoir le 8 juillet, quUl arriva un courrier à Mets qui avoit mandement du Roy à mons'de La Verrière pour faire eslargir les prisonniers, comme de fait ils le furent le jour ensuyvant; et mesme les meubles et argent des fugitifs leur furent rendus.
Et parce que devant que la paix fut conclue, peu de portes s'ouvroient à Mets et se faisoyent deux corps de garde des Suisses en la ville, assavoir un en Chambre " et Taultre en Champassaille, le 12 de juillet lesdits corps de garde cessèrent; on commença à rouvrir les portes et aux gardes dMcelles furent mis 20 Suisses pour chasque jour. Ceux de la Religion de Mets oyans la paix et redit de réunion 5+, n'estoient pas sans peine, cognoissant bien à quelles gens ils avoient affaire et combien on leur en vouloit; pourtant s^advisèrent de despescher à mons^' le duc [p. 20] un messager exprès avec lettres bien confectionnées, pour supplier mondit seigneur au milieu de telles et si grandes tempestes d'avoir esgard à leur fidélité au service du Roy, et à leurs privilèges et franchises. Auxquelles lettres mondit seigneur fist response très favorable, et d'abondance escrivit à mons"' de La Verrière la volonté du Roy et son intention, qui estoit telle, assavoir
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qu'en ces temps turbulents il ne fust rien innové au Pais Messin pour le fait de la Religion jusques à nouveau mandement : ce qui resjouit fort ceux de la Religion, mais leurs adversaires remuèrent ciel et terre pour la troubler et tascher de faire publier Tédit à Mets, ne considérant point les conséquences d'une telle affaire.
Et pourtant les catholiques, sachant que la volonté du Roy estoit telle, de laisser paisibles ceux de la Religion en ce gouvernement, à la sollicitation de quelques uns qui pensoyent se beaucoup prévaloir du changement, assemblèrent TEstat ^^, composé lors comme il pleut à ceux qui menoyent les affaires, et y appellèrent ceux qui estoyent ennemis de TEstat, quelques patriotes qu'ils soyent; tellement que mess" du Clergé et les Gentilshommes qui sont aux gages de mons*" de Lorraine -''°, députèrent entre eux le primicier, le s' de Rachecourt et Noblet ^7 pour aller en Court. Ce qu'ils firent sans le communiquer à beaucoup de bons catholiques qui prévoyoient combien cela estoit préjudiciable à leurs franchises et libertés de demander que les éditz du Roy eussent lieu par deçà, ce qui n'avoit encore esté pratiqué. Néantmoins, les susdits députés partirent de Mets le 9^ d'aoust [p. 21] pour aller
en Court, afin de demander que Tédit du Roy eust lieu à Mets, et que tous ceux qui avoyent estât et offices en fussent privés s'ils ne se vouloyent retourner à la foi catholique, apostolique et Romaine, voire qu'ils fuissent contraints de sortir de leurs maisons et pais. ,
Ceux de la Religion, voyans les poursuites de leurs adversaires, se résolurent aussi d'envoyer quelques uns en Court, et députèrent à cet effet les s" Joly et Du Bois ^^ avec bonnes et amples instructions de tout ce qu'ils avoyent à requérir; et escrivirent d'abondance tant à nions"" le duC d'Espernon qu'à nions' de Termes. Et partirent les susdits députés de la Religion le lundi 12" d'aoust, et arrivèrent à Paris le dimanche 18" dudit mois. Leurs adversaires furent unis au conseil du Roy, où ils se deschargèrent ouvertement de la hayne qu'ils avoient de longtemps conceue contre eux, donnant à entendre beaucoup de mensonges comme entre autres que, aussitost que l'édit seroit publié audit Mets, tous ceux de la Religion qui auroyent charges et offices se détourneroyent du giron de notre mère sainte Esglise. Ceux de la Religion là-dessus furent interrogés et leur demanda-t-on leur cas par escript, où ils firent beaucoup de belles
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remonstrances auxquelles on eut peu d'esgard ; et obtindrent leurs adversaires un mandement par lequel tout exercice de la Religion est prohibé et défendu à Mets et Pais Messin, et que tous ceux qui ont offices et estais soient tenus d'abjurer leur religion devant leur vicaire \p. 22J ou esvesque, ou à faulte de ce seront privés de leurs dits estats, comme plus en plein est contenu au susdit mandement qu''apportèrent le sieur de Raichecourt et Noblet le 3^ de septembre.
Le jeudi ensuyvant, qui estoit le 5 de septembre, le baillif de Nancy et le s' de Raichecourt ^9 pour la Noblesse, le m'"'' eschevin Copperez, les s" Praillon, Noblet ^° et quelques autres accompagnés des principaux du Clergé, vindrent trouver mons' de La Verrière pour obtenir que ce mandement fust mis à exécution. Il fut ordonné sur le champ que ledit mandement seroit leu en la présence du lieutenant de Roy en la chambre du Palais 6' et par les carrefours.
Ceux de la Religion, avertis d'une telle résolution, ayant aussi copie du susdit mandement qui leur avoit esté octroyé de la Court, prévoyant le grand inconvénient qui pourroit advenir d'une telle publication, et surtout ayant esgard à la bresche qui se faisoit à leurs libertés et franchises
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par icelle, supplièrent bien humblement mondit ^ de La Verrière d'en surseoir la publication jusqu'à ce qu'ils eussent parlé au Roy; remonstrant comment leurs adversaires avoient obtenu subrepticement ce mandement au grand préjudice de leurs combourgeois, ayant donné faux à entendre à Sa Majesté beaucoup de choses, comme : que c'estoit FEstat qui le requéroit, que les susdits de la Religion se retourneroient pour la pluspart à la religion catholique, apostolique et Romaine après la publication de l'édict.
Ce que n'estant accordé auxdits de la Religion par le susdit gouverneur, ils le supplièrent de ne trouver mauvais s'ils s'opposoyent à la susdite publication, et en demandoyent acte pour avoii leur recours au Roy. Ainsi donc mons"^ de La Verrière ayant fait assembler [p. 23] en sa maison les Estats tellement quellement rassemblés y feii publier ce mandement, et là en fut faicte l'opposition par ceux de la Religion, laquelle ils ne daignèrent regarder.
Après, le s' président vint en la chambre du Palais, où ayant fait assembler entre ceux de la noblesse, les s" de Villers, d'Ancerville, de Gournay, le bailly de Nancy, Raichecourt 62, le M" Eschevin, les Conseillers et Treize de la pi^-
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tice ^^, ensemble les abbés et principaux chanoines, fist une grande harangue pour exhorter à n'avoir dorénavant qu'une religion, alléguant beaucoup de témoingnages des anciens et payens qui avoient tousjours aspiré à ce but : et fut sa harangue assez hors de propos parce qu'il conféroit des religions payennes avec la chrétienne, qui seule est la vraye religion. Or ceux de la Religion, quelque mandement qu'on leur fist, ne se voulurent trouver à tel acte, sinon qu'enfin le susdit s' président en envoya quérir quelques particuliers comme le s' de Grosyeux, Grandjambe, André Travalt, Therion, Golet et Le Braconnier ^4; les vouloit faire asseoir en leurs places, ce qu'ils ne voulurent faire, mais s'opposèrent de rechef comme ils avoient fait le mardi matin et prièrent qu'on vise leur opposition : ce que ne voulut faire le susdit sieur président.
- Le samedi ensuyvant, qui estoit le 7 de septembre, le susdit mandement fut publié par les carrefours et lieux publiques, chose non accoustumée en une ville impériale et qui est soubs la protection du Roy, de laquelle protection il n'est parlé aucunement es dites lettres et mandernent, ains de l'authorité souveraine et pleine puissance que le Roy a sur eux.
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••- Voyià comment ceux-là qui devoyent maintenir leurs [p. 24] privilèges et franchises y fais"oyeht telle brèche qu'il sera bien difficile de la réparer, assemblant à TEstat ceux qui par les loix du pais n'en pouvoyent estre, attendu que la pluspart d'iceulx estoyent officiers et aux gages de Messieurs de Lorraine. Mais la haine qu'ils portoient à ceux de la Religion leur faisoit postposer tout devoir, puis Tintention qu'ils avoyent de faire tomber cest Estât en autres mains que celles du Roy, si tant est qu'ils peussent venir à bout de leurs desseings.
Ge que ceux de la Religion prévoyant très bien ne se lassèrent et n'espargnèrent leurs courses, et envoyèrent de rechef en Court des principaux de la Noblesse et du Tiers-Estat, et ce jusques au nombre d'une douzaine, pour faire entendre à Sa Majesté comment les choses se passoyent, la supplier de les entretenir en leurs franchises et libertés. Et partirent de cette ville, bien instruits, le lo de septembre, les s" de Verny, Braconnier, Saverez, Le Bonhomme, Gérard, Remion et autres ^5.
Il faut noter que le jour de devant estoit parti Noblet du costé des catholiques, qui avoit assez d'adjuteurs en Gourt : car le primicier et le coad-
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juieur Praillon, qui embrassoient fort ceste affaire, n'en bougeoyent.
Le mois estant expiré, qui estoit le terme préfix donné à ceux de la Religion pour se réduire ou quitter leurs estats, les principaux du Clergé et autres du Tiers Estât, orgueilleux ennemis de ceux de la Religion, et très mal affectionnés aux libertés et franchises de leur patrie, s'assemblèrent pour présenter requeste à mons' le gouverneur, tendante aux tins de faire [p. 25] mettre en exécution le susdit mandement de Sa Majesté, n'ayant aucun esgard au détriment qu'ils procuroyent à leur patrie ni à ce que les députés de ceux de la Religion estoyent en Court, monstrant en cela une animosité et passion plus que démesurée. Au contraire, ceux de la Religion présentèrent requeste à mondit s"" le gouverneur, le suppliant de surseoir l'exécution dudit mandement de Sa Majesté jusques à ce qu'ils eussent lettres du Roy et qu'ils seussent ce que pourroyent obtenir en Court les députés de ceux de la Religion. Ce que le susdit s'' gouverneur les ratifia.
Cependant les députés de la Religion qui estoyent en Court .l'expédioyent pas beaucoup, ayant par manière de dire ciel et terre contraires, car monsMeducdu Maine^Q estoiten Court, puis
les principaux du conseil du Roy ne se donnoyent pas beaucoup de peine de ceux de Mets : de sorte qu'ayant esté entretenus trois Journées toutes entières et remis de jour à aultre pour estre ouis en leurs plaintes et doléances, jamais ne purent avoir ce crédit, tant le temps leur estoit contraire; et furent contraints à tin de présenter leur requeste et supplication au Roy tendante aux fins de révoquer le mandement qui estoit contrevenant à leurs franchises et libertés, à la protection que le Roy leur avoit jurée, et seroit à la totale ruine et subversion du pais : comme j'ay la dite requeste parmi mes papiers où cela se pourra voir au long.
Mais nonobstant toutes les dites remonstrances fort pressantes et de grand poids, les susdits de la Religion ne purent obtenir autre chose sinon que, le lendemain qu'ils eurent présenté leur [p. 26] requeste, un beau décret qui portoit en somme que : pour toutes les dites remonstrances de ceux de la Religion, le Roy n''avoit pu estre esmeu de changer son mandement du 23 d'aoust, et qu'il ne vouloit permettre qu'il y eust aucun exercice en Tenclos de la ville de Mets ni Pais Messin; ni que ceux qui estoient pourveus des charges, offices et cstats tant royaux que de la
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ville, les exerçassent; et qu'il entendoit que sondit mandement fut de point en point observé, Lequel décret estonna fort ceux de la Religion, auxquels il senibloit qu'on les gratitieroit de quelque chose, en considération des services qu'ils avoyent faits au Roy en ces dernières émotions; et ne se purent tenir d'en parler tout hault devant les principaux du privé conseil de Sa Majesté. Mais il leur fut respondu qu'encores estoyent-ils bien heureux que le Roy les traitât si doucement, au prix de ceux de France qui estoyent contraincts d'abandonner leur pais et maisons et qu'eux y pouvoyent vivre en toute seureté.
Voyant donc les susdits députés qu'il ne faisoit bon pour eux en Court, s'en retournèrent en leur ville, où ils arrivèrent le mardi i5 d'octobre, non sans avoir passé beaucoup de dangers.
Deux jours après leur arrivée, le jeudi 17 d'octobre, furent adjournés par devant monsieur le gouverneur tous ceux de la Justice, et tous les Ofhciers pour le samedi en suyvant 19' du dit mois.
A quoi ceux de la Religion ne firent refus, mais y allèrent franchement et de bon couraige, aimant mieux quitter leurs estats que renoncer Dieu et
abjurer leur religion. Mons' de Montcassin, pour lors gouverneur de la citadelle, se trouva alors au logis de mons'' le gouverneur, comme aussi monsieur [p, 27] le président et quelques capitaines. Et en ceste assemblée le susdit président prit la parole et commença à remontrer comme on avoit patienté jusqu^à cest jour à mettre en exécution le commandement de Sa Majesté, à la réquisition de ceux de la Religion, lesquels ne montrant aucune expédition de ce qu'ils avoyent obtenu en Court, monsieur le gouverneur et luy estoyent contraints de passer oultre, comme ayant receu lettres de Sa Majesté pour la troisième fois, les quelles il exhiboit.
Aquoy ceux de la Religion respondirent qu'ils supplioyent fnonsieur le gouverneur et mondit sieur le président de surseoir Pexécution dudit mandement jusqu'à l'arrivée de monsieur le duc d'Espernon, qu'on attendoit de jour à aultre : ce qu'ils ne voulurent octroyer, ains commandèrent à tous ceux de la Justice et Officiers de ville qui estoyent de la Religion de n'exercer aucunement leurs charges, sinon qu'ils voulussent faire profession de la religion catholique apostolique et Romaine. Défense fut faite aussy à tous gentilshommes ayant haute justice d'avoir leurs maires
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de la Religion, mais leur fut fait commandement exprès de les changer, et tous aultres officiers de la Religion : en quoy le susdit sieur président oultrepassoit les ordres de Sa Majesté.
A tous lesquels mandements Jehan François ^7, procureur de ceux de la Religion, s'opposa en leur nom et remontra que cela estoit contrevenir aux promesses que le Roy leur avoit laites de les maintenir en leur franchise et liberté, mettant en avant les services que ceux de la Religion avoyent faits par le passé tant aux emprunts qu'il avoit faits, desquels ils avoient tousjours forny la meilleure partie, qu'aux aultres charges où ils ne s'estoyent aucunement espargnés ni leurs moyens; adjoustant sur la fin de son exposition qu'il désiroit savoir dudit sieur président si le Roy les privoit de leursdits estats pour aucune [p. 28] malversation en iceux ou qu'ils en fussent incapables.
A quoy le susdit sieur président respondit que ce n'estoit cela, tant s'en fault, qu'ils en estoyent très capables et que c'estoit sinon pour cause de la Religion.
Sur quoy respliqua le susdit Jehan François que le Roy pourroit faire d'eux ce qu'il luy plairoit; mais que quant à eux, ils ne quitteroyent jamais leursdits estats, espérant qu'un
jour le Roy recognoistroit Tinnocence de leur cause, et Timportunité voire animosité de leurs adversaires.
Nonobstant tout cela, le susdit sieur président ne laissa d'appeller tous les officiers Tun après Taultre, leur demandant de quelle religion ils vouloyent faire profession doresnavant: en quoy tous, depuis le plus grand jusques au plus petit, se monstrèrent fort constans, ce qui est fort louable au peuple de Mets et recommandable à la postérité. Car ceux de la Religion avoyent les plus belles charges, desquelles ils aimoyent mieux estre privés que de faire bresche à leur conscience • ce qui rendit confus leurs adversaires, qui avoyent fait entendre à Sa Majesté qu^aussitost que son édit et mandement se publieroit à Mets, la plus grande et saine partie de ceux de la Religion se retourneroyent incontinent à TEglise catholique. Voilà ce qui fut fait le samedi 19 d^octobre.
Le dimanche ensuyvant, le susdit sieur président qui n^avoit point de repos envoya le prévost des mareschaux à Courcelleôs pour y défendre le presche, auquel le ministre et maire dudit lieu demandèrent copie de l'exploit, attendu que ce n'est Pais Messin et que la jurisdiction du susdit sieur président ne s'estendoit jusques là. Mais la
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susdite copie leur fut refusée, et aussy ceux de la Religion n'y laissèrent de continuer leur exercice.
[P. 29]. Ceci fut cause que le mercredi ensuvvant 23 d'octobre, le susdit sieur président manda par devers soy quelques bourgeois qui avoyent estes à Courcelles pour y faire baptizer leurs enfans, leur défendit expressément de ce plus faire; aultrement que leurs biens seroyent confisqués au Roy et qu'ils seroyent chastiés en leurs corps, car le Roy n'entendoit qu'aucun bourgeois de Mets fist exercice de la nouvelle Religion ni dedans le pais ni hors icelui : sentence fort rude et difficileà supporter.
Estans donc les povresgens de la Religion réduits à telles extrémités et angoisses, pour le comble de leur malheur, c'est qu'ils voyoient leurs adversaires tousjoursdeplusen plusanimés contre eux et qui taschoyentide les molester en diverses façons. Car les catholiques qui feignoyent d'estre les plus zélés, taschoyent d'esbranler quelques uns de la Religion pour leur faire abjurer la Religion et suivre la Romaine. Et de fait il est bien difficile qu'en une bi grande multitude il ne s'en trouve tousjours quelques-uns qui se desvoyent du droit chemin, car quelques uns d'entre le même
peuple, gens de basse condition, de peu de jugement et discution, se laissèrent esbranler : dont les susdits catholiques dressoyent de grands triomphes, comme s^ils eussent gagné une signalée victoire. De Taultre costé, ceux du clergé ne eessoyent de faire instance envers monsieur de La Verrière et le susdit sieur président, qui de son costé n'avoit nécessité d'estre piqué à ce faire, y estant assez enclin de son naturel, comme les histoires de France en font foy et surtout celles de Blois, afin de mettre Tédit et mandement du Roy en exécution.
Et remarqueray une chose notable et signalée de ceste année mémorable, afin que la postérité connoisse leur animosité, et oultrance desmesurée en ceste affaire et que le lecteur juge comment, quand on leur baille un pied de liberté, ils en prennent quatre. Ils firent donc si activement que, s'estans assemblés quelques uns des principaux d'entre eux assistés de ceux de la Justice, esleurent le primicier pour faire Testude de ce dire [p..3o]; qui usa de paroles piquantes et injurieuses envers les susdits gouverneurs, usans mesmes de ces mots : « qu'on voyoit qu'ils prestoyent l'espaule à ceux de la Religion^g; c'est pour accomplir le dire de l'Apocalypse où il est
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parlé de ces sauterelles qui sortent du puis de Pabysme, qui ont des queues de scorpions, ce qu'ils ont bien montré en ces dernières années ». Mais laissons ce propos pour revenir à Testât misérable auquel se voyoyent réduits ceux de la Religion par Textréme colère de leurs compatriotes, par coy lesquels ne pouvoient plus avoir recours qu'au refuge des princes voisins. Et ici se descouvrira encore mieux la grande misère desdits de la Religion, car ils avoyent leurs ennemis dedans la ville et dehors; et si quelques-uns se mettoyent en chemin pour aller vivre paisiblement ou sur les terres du comte Philippe de Nansau, ou du duc des Deux-Ponts, ou du duc Casimir 70, ils estoyent inquiétés, guettés et espiés par les chemins et volés par ceux de la garnison de Marsal ou très rudement rançonnés. Et pour l'exemple allegueray la prise du s'' de Moron et de sire Nicolas de Lassus 7', qui estant allés en ces quartiers susdits pour pourvoir à leurs affaires, à leur retour le 7 de novembre, au sortir du pont à Chaussy, furent poursuivis par trois ou quatre voleurs de Marsal jusques à Pange et delà mesme audit lieu; et s'este.idoit mesmes leur rage et furie sur les femmes. Pour augmentation de laquelle, selon les propos rudes et piquants, desquels avoit
usé le primicier le i3 de novembre, fut encore conclu un voyage entre eux, afin de nous molester davantage, car nous n'avions pas assez de mal à leur gré. Par tantd eputèrent pour le Clergé le sieur de Foës 72, et pour le Tiers Estât le sieur Copperez, pour aller en Court et poursuivre le bannissement de ceux de la Religion hors de la [p. 3i] ville.
Que le lecteur considère ici combien est différente Taffection de nos conbourgeois avec leurs autres compatriotes, d'avec celle de ceux qui estoient Tan i55., qui escripvoyent à Sa Majesté que si on mettoit ceux de la Religion dehors, ils s'en yroient plaindre à l'Empire, et que là dessus ils seroyent mis au boing?^ et n'oseroyent trafiquer sans extresme danger : de quoy j'ay inséré la copie es années précédentes, pour noter ceste variété d'affections dont j'ay parlé.
Parmi donc de si grandes misères où se voyoyent réduits lesdits de la Religion et dedans et dehors la ville, se comportoient en toute patience et douceur, ne pouvans aucunement remédier aux entreprinses que brassoyent contre eux leurs adversaires, attendans leur secours d'en haut. Et de fayt les ardentes prières qui se faisoyent par chaque famille, au grand crèvecœur
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de leurs adversaires qui nepouvoyent empescher cela, furent exaucées de Dieu; et ne furent longtemps en telles extrémités : car la venue de monsieur le duc d'Espernon, qui arriva à Metz le vendredi 6 décembre, fut comme un soleil qui dissipa les espesses ténèbres, et raffermit un peu les courages desdits de la Religion à demi esperdus.
Premièrement ceux de la Religion allèrent audevant de luy, et se séparèrent d'avec les catholiques leurs compatriotes, puisque les autres les tenoyent comme brebis rogneuses et indignes de vivre de Tair de leur commune patrie, et luy proposèrent leurs plaintes et doléances, ayans fait porter la parole au s' greffier de la ville.
Le dimanche ensuyvant, 8 décembre, lesdits de la Religion vinrent encores trouver mondit s' le duc d'Espernon, luy présentèrent quelques remonstrances, et luy demandèrent audience qui leur fut [p. 32] accordée au lundi matin ensuyvant, où Jehan François triompha à haranguer pour ses compatriotes, remonstrant leur misérable estât et Tanimosité de leurs adversaires, et beaucoup de choses qu'il seroit long à réciter. Et n'eurent pour lors lesdits de la Religion, autre response de mondit seigneur, sinon qu'il leur feroit entendre la volonté du Roy qui les
traiteroit enfin comme un bon pasteur son troupeau.
Le jeudi ensuyviint, qui estoit le 12 décembre, ceux de la Religion furent appelles à la Haulte Pierre; et là leur fut propose Tintention et volonté du Roy par le s' président, qui estoit que tous fussent réunis et vescussent paisiblement en leur maison sans aucun exercice de Religion; somme toute leur fut déclaré qu"'il falloit que le mandement et édit du Roy fut exécuté de point en point : de sorte que lesdits de la Religion, se voyans traités si rudement, ne peurent faire aultre response sinon qu'ils auroyent leur recours à Dieu, à leurs pleurs, larmes et gémissemens, attendans en patience la paix générale qui leur rendroit Texercice de leur Religion et restitueroit un chacun en son estât et office.
Mais d'autant que la harangue dudit s"" président fut fort ambiguë et qu'elle laissoit ceux de la Religion en une merveilleuse perplexité, la plupart desdicts de la Religion furent d'advis pour estre esclairés du point des baptesmes et des mariages, d'en présenter la requeste à mondit seigneur affin qu'il leur fut loisible de les célébrer à tout le moins hors du Pais Messin.
Et fut présentée la dite requeste, le mardi 24 dé-
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cembre, veille de Noël, jour que le Maistre Eschevin fut cre'é 74, laquelle fut envoyée au Roi [p. 33] ; et fut la response favorable à ceux de la Religion, comme nous dirons au commencement de Tannée i586.
Quant aux prisonniers qui estoyent à Marsal, assavoir mons. de Moron et le s' de Lassus, on leur demandoit grande ransson ; et encores que le Roy en eust escrit particulièrement au s"" de La Routte, si est ce qu'il ne faisoit aucun compte de les rendre ; et est à présumer qu'ils ne l'eussent esté sans l'arrivée de monseigneur le duc d'Espernon à Mets, qui incontinent y envoya le s"" de La Coste 7^ qui obtint au mandement du susdit Seigneur leur entière délivrance. Et arrivèrent les susdits prisonniers à Mets le mercredi unzième de décembre, et la femme de mons. Buffet 76 fut aussy relaschée, qui alla trouver son mari en Allemagne. Et le susdit s' de La Routte s'en vint à Mets pour faire la soubmission requise à mondit seigneur, où il fit bien de la chattemitte et du malade, ayant une jambe bien enveloppée.
Le 14 décembre, madame de Vaudemont arriva à Mets 77 pour y estre commère d'un desenfansde mons. de Montcassin, qui fut baptizé avec grande
magnificence le dimanche ensuyvant i5 dudit moys, estant compère mons. le duc d'Espernon; et repartit la susdite dame le mardi ensuyvant.
La Justice des 1 3 fut créée le 23 décembre, et le Maistre Eschevin le 24 du moys susdit 7^, et furent les catholiques [p. 34] promeus aux charges publiques, de la suffisance desquelz je ne parle, car chacun sçait assez Phorrible confusion qu'il y eut pour lors en Tadministration de la justice.
Mons"" de La Verrière et mons"" le président, qui avoient acquiescé à la réquisition de nos adversaires pour nous faire mettre hors de la ville, en furent eux meismes mis dehors; et ceux de la Religion y demorèrent en leurs maisons, jouissans des baptesmes et mariages par le commandement du Roy et ordonnance de monseigneur le duc d'Espernon. Et partit le susdit s' de La Verrière de Metz, le jeudi 26 de décembre, et s'en alla attendre à Nancei mons' le duc d'Espernon, estant fort contristé de ce départ et ne pouvant voir installer en sa place mons'' de Montcassin, lequel il pensoit n'avoir sy bien fait son debvoir que luy à la conservation de la place. Le président aussy eut son congé, et ne retourna depuis à Mets, comme nous dirons en son lieu 79.
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Monseigneur le duc d'Espernon alla à Verny, puis à Enery ^'^ pour adviser à ces places et à leur entretenement; pourveut aussi au lieu du s' de Montcassin au gouvernement de la citadelle du s' de Soboles^', qui s'y comporta en sorte que Ton peut bien dire à bon droit Dieu s'estre servi de la prudence et grande sagesse dudit seigneur pour maintenir cest estât, comme vous verres es anne'es suyvantes.
Vovlâ ce qui se passa ceste anne'e, tant pour Tesgard de Testât politique qu'ecclésiastique de la ville de Metz.
1SS6 Seconde année de la Ligue.
Venons à Tannée i586, le premier Jour de laquelle mons' le duc d'Espernon appella les principaux du Clergé pour leur déclarer Tinteniion et volonté du Roy, touchant ceux de la Religion, auxquels il permettoit [p. 35] Texercice des baptesmes et mariages hors du Pais Messin, et vouloit qu'ils s'entretinssent les uns avec les aultres comme leurs compatriotes et conbourgeois : nouvelle fort désagréable à ceux du Clergé, qui ne se peurent tenir d'en murmurer;
et le plus hardi d'entre eux print la parole, assavoir le s"^ de Saint-Vincent 82^ monstrant manifestement le mescontentement qu'ils recevoyent d'une telle espreuve, mais néantmoins leur fut respondu que telle estoit la volonté du Roy, à laquelle il ne falloit contredire.
Le second de janvier qui estoit un jeudi, ceux de la Religion furent mandés vers monseigneur le duc d'Espernon, qui leur fit entendre comme la volonté et intention du Roy estoit de les gratifier en leur permettant l'usage des baptesmes et mariages hors du Païs Messin où bon leur sembleroit, les admonestant de se comporter en toute modestie avec leurs compatriotes. Ceci fut une estrenne autant agréable à ceux de la Religion, qu'elle fut désagréable à leurs adversaires qui s'estoyent promis toute aultre chose.
Alors donc cependant, ceux de la Religion commencèrent à sentir le fait de l'espérance qu'ils avoyent conceue, que la venue de monseigneur le duc d'Espernon leur apporteroit toute asseurance de leurs personnes et moyens, et quelque meilleur establissement en leurs affaires; et parmi de si grandes misères et tempestes louèrent Dieu de la grâce singulière qu'il leur faisoit de le pouvoir invoquer en toute liberté sans estre con-
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trains de rien faire contre leur conscience, chose merveilleusement desplaisante à leurs adversaires [p. 36] qui se veirent frustrés par ce moyen de leurs entreprises et intentions.
Monseigneur le duc d'Espernon, ayant ainsi mis bon ordre à toutes choses et laissé de belles ordonnances aux gens de guerre, partit de Mets le Jeudi 9 de janvier, allant coucher à Nommeni et le lendemain diner à Nancei, emmenant avec soy le seigneur de La Verrière et le sieur président, tous deux assez mal satisfaits de ce changement qu^ils n^attendoyent; laissant, comme nous avons dit, au gouvernement de la ville mons' de Montcassin, et le s"" de Soboles à celui de la citadelle, et le s"" de La Routte à Marsal, auquel il fit délivrer deux monstres à Mets pour le paiement de ses soldats.
Depuis le départ de mondit seigneur le duc d'Espernon, ceux de la Religion furent un peu en repos, et ne furent molestés ni inquiétés en l'exercice de leur religion qui leur estoit accordé ; seulement leur faschoit-il de se voir dépossédés de leurs charges et estât pour y estre introduits gens du tout incapables desdites charges; néantmoins puisque la calamité du temps estoit telle, ils le supportèrent patienment.
Devant le départ de mondit seigneur fut despesché en Alemagne, pour certaines affaires le s' de Novian^-^ qui en retourna le lo' de février, mais néantmoins demeura tousjours neutre durant la Ligue, ne se meslant ni d'un party ni de l'aultre.
Le jeudi 20° de février le chasteau de Silly fut pris par les gens de mons'" de Duilly^4, et le jour d'après repris par les harquebusiers de Mets ; mais ce fut [p. 37] une guerre particulière, laquelle je passe légièrement.
J'ay parlé en l'histoire de France et dWllemagne, d'une notable ambassade que les princes protestans et le roy de Danemarck envoyèrent en France 85, Les ambassadeurs de laquelle passèrent par Mets le 12 d'avril, et estoit le chef de l'ambassade le prince de Monbéliard qui logea chez mons. Chaudon, les autreschez mademoyselleDes Serres, chez Gouru et au Portenseigne ; et les traita magnifiquement mons"" de Montcassin à la Haulte Pierre. Ils partirent de Mets le mardi i5' dudit mois pour s'en aller en France.
Le premier jour de may, lorsqu'on plantoit le may en la grande court de la Haulte Pierre, le capitaine Cadillan receut un coup d'arquebusade en la gorge ^^, qui le fit tomber sur son espieu et
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mourir subitement. Sa compagnie fut donnée depuis au seigneur de La Coste qui venoit de CarmagnoUes.
Le 20 du moys susdit mons' de La Verrière, qui avec son beau-frère mons'' Bregi et autres honnestes gentilshommes alloit en Saxe, pour au nom de Sa Majesté condoloir la mort du vieil duc de Saxe et congratuler au josne duc son estât d'électeur, passa par Metz et y séjourna six jours, partant le 26 dudit moys; et ne retourna du susdit voyage que le mercredi 23^ juillet, passant de rechef par Metz et y séjournant jusques au mardi 29® du mois susdit. Le susdit s' receut beaucoup d'honneur et de carresses en ce voyage et vit beaucoup de singularités.
Le 28® de may, passèrent près de ceste ville 7 ou 800, qu'Italiens qu'Espagnols, qui alloyent pour la Ligue ^7.
Le second du mois de juin, mourut en Court le coadjuteur Praillon, ne survivant pas longtemps [p. 38] après l'instante poursuitte qu'il faisoit en Court l'an précédent assistant les s" de Rachecourt, primicier, Noblet et aultres députés de Mets pour chasser leurs compatriotes hors de la ville.
Le qualriesme du susdit moys, passèrent à
Corny quelques lansquenetz que le sieur de Cresle menoit au Roy, et furent dix ou douze en ce païs à manger le bon homme attendant leur colonel, qui enfin partit d'ici le i6® de juin.
Et mourut ce jour mesme mons' de Saint- Prins à Mets^'^, et le 18^ jour dudit mois le s"" Anthoine Golz, s' de Mussi, de Novian et de Grosyeux.
• Le samedi 14" ou i5^ de juillet, les six vieilles compagnies de gens de pied'^9 partirent de Mets, assavoir celles de Bernet, Colombiers, Guerrier, Poincenot, Pardillan et Villeneufve.
Et le jeudi 24® dudit moys partirent les deux compagnies de cheval, assavoir celles de mons' de Sobolles et de mons' de Cadillan, pour aller trouver le Roy et monseigneur le duc d'Espernon.
Le samedi 21 juillet repassa par Mets mons"" le prince de Montbéliard; et en partit le mercredy ensuyvant, s'en retournant de la Court avant que les ambassadeurs fussent ouïs pour ses affaires particulières.
Au moys d'aoust on apperceut manifestement que Marsal ne tenoit plus pour le Roy mais pour la Ligue, encores qu'on s'en fust tousjours dobté auparavant; mais les actions du s"" de La Routte et les grandes familiarités et accointances qu'il
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eut avec monseigneur de Lorraine monstrèrent alors manifestement tout ce qu'il avoit dans le cœur.
[P. 39]. Le lundi 29 septembre fut banni de la ville de Mets le procureur Bastaille 9° par mons' le prevost, et ce pour son insolence et fière response, tant envers le s' de Villers, maistre eschevin9i, qu'aultres de la justice. Il trouva ceste sentence fort rude parce qu'il estoit condamné à sortir le jour meisme, et disoit qu'on le condamnoit de puissance absolue; mais c'estoitune juste punition de son oultrecuidance et présomption, car le grand et petit conseil furent assemblés à ce jugement 92, et en fut la sentence exécutée.
Les ambassadeurs des princes protestans qui avoyent esté ouis en Court le 10® d'octobre, repassèrent par Mets le 22 dudit et en partirent le 23^, qui estoit un jeudi, entre 9 et 10 heures du matin. Le Roy n'estoit content ni satisfait d'eux, ny eux du Roy ; ainsy estoient toutes choses disposées à la guerre.
Environ ce temps, mons' Praillon 9^ fit un voyage en Allemagne pour les affaires de Sa Majesté, au lieu de ^on frère le coadjuteur naguères décédé ; duquel voyage il retourna le i o de novembre en la mesme année.
Et de rechef partit le susdit s"" Praillon avec le s' de Talange capitaine d^Ennery 94, pour s'en aller en Court le 26 de décembre.
Le 16'' dudit mois fut tenaillé et roué un soldat à Metz pour avoir tué un -autre soldat, son compagnon, dans son lict.
Voylà ce qui se passa de notable audit Metz l'an i586; venons à Tannée 1587.
[P. 40]. Geste année ceux de la Religion furent aussi en repos à Metz et ne laissoyent de négocier, aller et venir en Lorraine, Allemagne et aultres lieux, comme s'il n'y eust pas eu de guerre.
Une chose remarquable fut veue à Nancy un jeudi 19* février, asçavoir trois soleils au ciel, vray présage et advertissement des malheurs que le pauvre peuple reçut en Lorraine cette année-là, par le passage de l'armée des Protestans 9^,
L'abbaye de Saint-Vincent vint entre les mains de mons' de Montcassin, gouverneur de Metz 9'^, qui en receut une bonne somme de deniers comptans, et trouva l'abbaye bien fournie de bled et de vin; et ce par la mort du feu abbé qui décéda à Paris le 18^ de mars.
56 lVn 1587, sous HENRY 3,
Le 19® dudit mois de mars fut ordonné par mons^ le gouverneur aux paisans d'acheter des armes 97.
Vint aussi un homme à Metz, nommé François Le Camus, qui avoit deux crocodiles, Tun desquels estoit long de quatorze pieds ; et les mena en Allemagne.
Le 2 2 dudit moys monseigneur de Lorraine fejt publier un édit et ordonnance contre ceux de la Religion 98, qu'on trouvera parmi mes papiers cottée du numéro 26.
En ce temps, Sedan estoit assiégé 99 et comme environné par les troupes de mons"^ de Guyse, comme nous dirons ailleurs, qui fit que souventeffois les soldats se licencièrent de venir jusques sur le Pais Messin, comme de fait le lundi deuxième de Mars, ils vinrent prendre [le maître] dQ la petite Estappe ^°° dans sa maison avec ses chevaux qu'on eut beaucoup de peine de ravoir; enfin .touttefois il retourna sain et sauf le vendredi 27® de marS; sans rançon.
Au commencement d'avril, on commença à abattre [p. 41] les fauxbourgs de Nancy 'o'r , Le quinzième d'uvril retourna le sieur Ozanne de la Court, et le 19® le s' de La Busle ^°', qui rapportèrent nouvelles à mons' nostre gouver-
ROY DE FRANCE ET DE POLOGNE Sj
neur et aux capitaines de Tarrivée de monseigneur le duc d'Espernon en Court, après son voyage de Provence : qui fut occasion de quelque salve et de quelques pièces d'artillerie qui furent tirées, comme aussi il s'y fit plusieurs jeux à la Haulte Pierre en signe de resjouissance. , Au commencement de may, retournèrent à Mets les compagnies de mons' de Sobolles et du s' de Cadillan, qui venoyent de Provence et se venoyent rafraischir par deçà.
Le 7* de juin, un dimanche au soir vint mons"^ de Pange en sa maison proche de Mets. C'estoit un des pilliers et bastisseurs de ligue de Lorraine, avec Rosne et Bassompierre '°-^.
Le 25^ de ce mois, mons' de Bouillon et mons' de Givry passèrent proche de Metz la Mozelle, assavoir à Arcancei '% avec environ quatre cens chevaux et quelques gens de pied; et s'en allèrent rendre en la plaine d'Alsaice pour attendre Tarmée des Protestans qui s'apprestoyent de longtemps pour le secours du Roy de- Navarre.
Le 4^ de juillet, fut publié un édit à Mets ^°^, par lequel il estoit commandé aux compagnies d'ordonnance de France et de Lorraine de se trouver, les uns à Ghaumont dans le 20* de juillet, les
58 l"aN 1587, sous HENRY 3,
aultres à Gyen sur Loire au mesme jour. Il s'y publia aussi plusieurs autres édits et mandements du Roy pour la convocation du ban et arrière ban, que trouverez cottes parmi mes papiers des n*** 27, 28, 29 [p. 42], lesquels édits et ordonnances n'avoient accoustumé d'estre publiés à Metz, ville de protection, mais estoyent si agréables aux catholiques Romains quMls ne se donnoyent pas beaucoup de peine de leurs libertés et franchises, moyennant qu'ils puissent desplaire à leurs compatriotes qu'ils voyoyent à regret; et ne servoyent de rien par deçà tels édits, sinon de les rendre plus fiers et animés contre ceux de la Religion desquels ils se proposoyent tousjours l'entière ruine devant leurs yeux.
En ce temps, fut prins et arresté à Mets par ceux de la garnison mons"" de Coussy Remon, comme aussi le s' de lUet '°6, un aultre qui estoit à mons' de La Boulaye, lesquels toutteffois on lascha quelque temps après.
Le s"" de Villers le jeune et Ozanne, grenetier de la ville, retournèrent de la Court le i o de juillet et [furent] rentrez le 14. Ils estoient allés pour avoir permission de Sa Majesté de pouvoir prendre aux greniers d'icelle quelque quantité de bled, pour la grande cherté qui estoit par la ville ;
ROY DE FRANCE ET DE POLOGNE 5g
mais ce voyage fut inutile pour n^avoir esté leurs patentes faites comme il appartenoit.
Au mois d'aoust l'armée des Protestans vint en Lorraine, comme nous dirons ailleurs; et le 23 du susdit mois les Bourguignons, qui venoyent pour servir mons' de Lorraine '07, passèrent par le Pais Messin et logèrent aux portes de la ville.
Le 5 de septembre, on renvoya le s' Jehan de Villers en Court pour avoir de Targent pour la garnison ^°^, et à cest effect y fut envoyé le s' de La Bastide et puis le capitaine Mermans i°9.
[P. 43 ] Lundi 7 de septembre, la compagnie de mons' de Montcassin partit pour aller en France "» ; et ce mesme jour, Colombat, estant hors de la porte, tira un coup de pistoUe au capitaine Mayence, mais il neTatteignit •". Un mois après, on les fît tous deux sortir de la ville par le commandement de mons' le duc d'Espernon qui les manda; et partit Tun le 21 d'octobre, Paultre le 22 dudit mois.
En ce mois de septembre, mons' de La Crase, aultrement dit de Scharfestein '«^^ futarresté prisonnier à Worms à la réquisition du duc Casimir.
Le jeudi 1 2 novembre, les reitres du Ringrave ' '^
6o L^AN 1587, SOUS HENRY 3,
passèrent à Moulins • '4 pour aller trouver le Roy, et y pensa avoir de rémotion audit Moulins par; riridiscrétion d'un reitre qui tira sa pistolle à un de la garnison de Mets. -
Vers la fin de ce mois, on assembla les parroisses à Mets pour adviser aux moyens d'avoir de l'argent "5- et sur ces entrefaites arriva fort à propos le s' de Villers qui apporta 35oo Ib. pour la garnison.
Le lundi 7 décembre, la compagnie de mons' de Montcassin retourna à Mets"»^ et fut justement trois mois dehors.
Et le mardi 8^ dudit mois partit le capitaine des Suisses.
Le samedi 12 décembre, la femme du capitaine Golombat fut sentenciée et fit amende honorable 117, la torche au poin, nuds pieds et la serviette sur sa teste, condamnée à estre deux ans aux sœurs de la Magdelaine.
■ Voylà ce qui se passa ceste année tant pour Testât politique qu'eccl-ésiastique, en laquelle moururent beaucoup d'honnestes bourgeois tant en l'armée et à la routte d'icelle que à la ville "^, comme le s"" de Ver.iy, mons' de PoUy, le secrétaire Horet, mons'' de Grosieulx, le s' Saveré, François Busselot, Jehan Pion, Michel d'Arlon et
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beaucoup d'aultres, et entre les chanoines moururent [p. 44] Tofficial, le thrésorier, mons'' Imbert, mons' Dominique et Gandida Luna.
Venons à Tannée 88, en laquelle y eut beaucoup de remuemens en divers lieux, comme j'ay marqué ailleurs, selon les prédictions de Regiomontanus "9, desquels ne fut exempte la ville de Mets où s'y passa d'estranges choses, comme je deduiray par la suitte du temps.
L'année commença audit Mets par la resjouissance que firent les catholiques Romains de Parmée des Protestans qui s'estoit misérablement dissipée d'elle meisme '^o^ qi jes horribles cruautés perpétrées par les Lorrains et Ligueurs au conté de Monbéliard, car un samedi 16^ de janvier, la grosse cloche qu'on appelle Mute en sonna '^i; et le dimanche suyvantlesprocessions générales s'en firent comme aussi les feux de joye, et se tirèrent beaucoup de pièces d'artillerie en signe de joye.
Le lundi premier de février mourut madame de Saint-Pierre ^^^, laissant pour abbesse sa riiepce jà de longtemps coadjutricc, fille de mons^ de Marcossav.
62 l'an i588, sous henry 3,
Mons"" Joly ayant fait un voyage en Allemagne au mois de janvier '23^ en fit un aultre avec le sieur La Coste en février, pour y négotier quelques affaires d'importance.
Depuis le 4 de février jusques au 1 2 et 1 3 dudit mois le Pais Messin fut fort vexé et molesté par les soldats de la Ligue '24 qui s'approchèrent de Mets et premièrement corurent jusques à Courcelles ; puis vindrent à Montoy, Arganssy et Flanville; le 10 passèrent la rivière à Argansy. Aultres arrivèrent à Ancy et à Ars sur Mozelle avec deux gros canons et les tirèrent vers Jamets, où ils ne peureni encores besogner pour ce mois à cause des grandes froidures. Et par tant s'en allèrent les susdites troupes ravager aux environs de Sedan, comme nous dirons en son lieu.
[P. 45] Au mois de mars furent despeschées plusieurs ambassades de Sa Majesté à Nancei vers mons"^ de Lorraine, et premièrement mons"" de Rieux qui déclara à mondit s'' de Lorraine que Sa Majesté prenoit Sedan et Jamets en sa protection 125 • et de là le susdit sieur de Rieux s'en alla à Sedan et Jamets pour assurer les susdites deux places de la bo^ne volonté du Roy.
Puis au bout de dix jours y vinrent aussi les s" de Belièreetde La Guische '-^, après avoir parlé
à mons"" de Guyse et pour mesme effect. Mais mons' de Lorraine ne quitta son entreprinse et pour tout cela ne cessa d'assiéger Jamets '^7; et au commencement de ce mois se fit le stratagème de la hotte, comme vous verrez en Thistoire dudit siège parmi mes papiers, où verrez comment le 21 de mars, le capitaine Mangeot, dit Vermine, fils de rhoste de la Gouppe de Metz, le capitaine Hurgat, Poincignon et aultres furent tués 128,
Le-i5 de mars, les s" de La Goste et Joly allèrent vers mons' le duc des Deux-Ponts et vers mons' le prince Casimir, pour continuer la négociation encommencée les mois précédens; et retournèrent du susdit voyage le dernier du mois.
Le 23 du mois susdit, retourna de la Court le primicier, comme fit aussi le s' de Villers et le s' Copperez, où ils avoyent tasché par tous moyens d'oster à ceux de la Religion ce peu de liberté qu'ils avoyent; mais ils n'en peurent venir à bout.
Le 28 , mons' le Rhingrave, qui passa par Mets pour aller en France au mois de novembre de Tannée passée pour le service du Roy, repassa par Mets et se retira en Alemagne.
Au commencement du mois d'avril, le duc du
■64 L'AN l588, sous HKNRY 3,
Maine fut à Nancy pour conférer avec monseigneur de Lorraine [p. 46], et renoua la Ligue; et se monstrèrent le moys suyvant les effetz de leur conférence, es barricades de Paris.
Le 4 du mesme mois d'avril, madame de Montcassin fut envoyée en Court par mons' le. gouverneur son mar)', pour remonstrer à Sa Majesté la nécessité en laquelle estoit ceste garnison;" elle mena avec elle mons' le capitaine René et quelques aultres.
Mentionnons que le s' de La Coste eut à y faire voyage, pour rendre raison en Court où il appartenoit, de son voyage d'Alemagne. Si est ce que pour n'avoir occasion d'accompagner la susdite dame de Montcassin, il partit un jour après elle et prit la poste.
Le jeudi 14* d'avril avant Pasques, mons' de Soboles, l'escuyer, arriva de la Court à Metz et vint quérir mons"" son frère, gouverneur de la citadelle, qui avoit un grand désir de parler au Roy et à mons'' le duc d'Espernon; et partirent ensemble incontinent après Pasques.
Devant Pasques les Lorrains furent bien battus et à Sedan et à un assault de Jamets, comme verrez plus amplement en l'histoire desdites places.
Ceux de Jamets avant contraint les Lorrains
de lever le siège '-9 furent après plus libres et alloyent courir jusques à Saint-Mié et ailleurs, mesmes le 29 d'avril vindrent jusques à Sacy, y prindrent mons'' de Bioncourt lui quatrième qui avoient de beaux chevaux et la bourse bien garnie; et à l'occasion de ladite prinse, mons"" de Montcassin feit amener prisonnier à Mets Thoste dudit Sacy nommé Botines, dont toutefîois on le disoit innocent.
Le dernier du mois, mons"" de La Coste retourna [p. 47] de la Court.
Le lundy 2 de may arrivèrent en ceste ville Le Breton avec le sire Sevinet de Paris, pour adviser à contenter tous ceux auxquels mons'' de Termes devoit quelque chose : ce qui fut fait, et resta un chacun satisfait.
Le 5 et 6 de may monsieur de Montcassin recommença à demander de Targent '3°, qui fut cause que le samedi 7 TEstat s'assembla pour y adviser; où le primicier fit une harangue qui ne pleut à tout le monde, et ce à l'occasion que mons"" le gouverneur envoyoit visiter les caves et greniers des bourgeois, et de six queues de vin en vouloit prendre une pour le Roy. Or, mondit sieur le gouverneur sachant que l'Estat estoit assemblé, y fit trouver mons' Du Hal, sergent
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major, en la présence duquel le susdit primicier ne laissa de haranguer en faveur de la bourgeoisie, comme il est homme disert et éloquent, mais turbulent et séditieux s'il y en a un au monde. Le principal point de sa harangue tendoit à monstrer à TEstat les oultrages et insolences qui se commettoyent en la ville et Pais Messin par la garnison. Pour à quoy parvenir, alla recherchant les affaires de bien loin, asçavoir du temps que ceux de Mets se donnèrent au Roy, ce qui se fit à condition que Sa Majesté les maintiendroit en leurs privilèges, franchises et libertés, qui sont néantmoins tous les jours mises à néant, que la pauvreté est grande entre les bourgeois, leurs bourses espuisées, qu'on ne sauroit faire sortir ni bled ni vin sans payer gabelle, qu'après qu'on a espuisé leurs bourses, on vient à leurs caves, qu'on viendra après en leurs greniers, puis enfin qu'on prendra le pavé des rues; que la condition des Chrestiens est meilleure entre les Turcs, car qui veit jamais (disoit-il) une telle chose [p. 48] de constraindre un peuple à payer une garnison ? « Le Roy l'a mise comme il a voulu (disoit-il), nous ne luy avons pas demandée ni limitée. Il l'a mise si grande et si petite qu'il a voulu. Mais quelle raison y a-t-il que
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nous la payons? Le peuple n'est-il pas assez foulé par la fourniture des maisons et autres ustensiles gastées ordinairement par les soldats? Nous veult on sucer jusques à la moelle des os? Enfin, de deux choses Tune : ou il faudra que nous quittions tout et nous en allions, ou bien que la garnison sorte, puisque le Roy n'envoyé point d'argent pour la payer. C'est à faire à un lieutenant de Roy d'aller en Court et remonstrer a Sa Majesté les nécessités de la garnison, le danger qu'il y a qu'elle ne se mutine, et par conséquent la perdition de la ville. On y voit bien aller d'aultres gouverneurs, mais c'est assez à ceux ci qu'ils en trouvent à quelque prix que ce soit». Et là dessus addressant sa parole au sergent major le vise de ces mots : « Prenez garde, prenez garde, monsieur le sergent major, à ces choses; vous n'estes pas asseuré d'estretousjours en cest estât, vos enfans n'en ont pas lettres; cependant vous voyez combien de choses s'agissent contre la liberté du pais, et pourtant il fault aller en Court tous les 3 ou 4 mois dix et douze des plus notables et crier que tout est perdu. Car par cy devant nous avons estes molestés, parce qu'ayant des assignations, aussitost l'argent estoit enlevé par d'aultres. Et puis monsieur
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le duc d"'Espernon s'en venoit dire : « Eh bien! « mons" le primicier, que voiile{-vous que je « vous /ace? Voulez-vous de mon sang? — Non, « monseigneur, car nous demandons de Vargent » . « Et enfin disoit mondit seigneur qu'il n'y sçavoit que faire et qu'il alloit remettre cette place entre les mains du Roy ». Il n'oublia pas en la susdite harangue de parler [p. 49] bien à la révérance des bourgeois qui alloyent par les rues contre leurs propres concitoyens. Sur quoy mons' le Maistre Eschevin luy ayant répliqué que cela estoit de sa charge, il dit qu'il falloit obéir en choses justes.
Or, ceste harangue offensa fort mons"" le gouverneur qui commanda que le lundy ensuyvant, qui estoit le lundi 9, l'Estat se rassemblast à fin qu'il feit ses plaintes et doléances de la harangue du primicier, laquelle il disoit tendre à sédition, d'autant qu'il avoit dit qu'on estoit pirement traité en ceste ville qu'on n'estoit sur la terre et autres belles choses; mais l'Estat estant assemblé et doléances estant faites de la susdite harangue, personne n'y respondit rien.
Et quelques jour, après, FEstat se rassembla, assavoir le jeudy 12 de may, où il fut conclu que le primicier, le maistre eschevin Copperez et
mons^ Praillon iroyent en Court pour remonstrer les nécessités de la garnison. Mais ils ne partirent point devant le premier jour de juin; et pour cest effect partit aussi le s' de La Goste pour aller en Court et aussi pour aultre sujet '3' encore, qu^on eust ouy nouvelles assurées des barricades de Paris et de l'émotion qui y estoit survenue depuis l'arrivée de mons' de Guyse : de quoy Glasquin. qui estoit de la compagnie de [monsieur le duc d'Espernon, avoit apporté certaines nouvelles, estant parti de Paris le 14^ jour d'après l'émotion.
Ce qu'entendant, mons"" le gouverneur feit venir toutes les paroisses les unes après les aultres à l'Evesché, et leur fit prester le serment de fidélité au Roy '^a^ ce qui se fit à la fin de may; auquel temps aussi assavoir le dimanche 2g, retourna de la Court madame la gouvernante '^-^ qui vint depuis Fevry jusques à Mets en 4 jours.
[P. 5o] Les députés de Mets allans pour tel sujet trouvèrent les choses tellement oultrées en France, qu'ils commencèrent à agir contre ceux de la Religion de Mets, contre ce qu'ils avoyent promis à l'Estat.
Le jeudy 16 de juin, le capitaine La Goste et Cochart retournèrent de la Court '^4 où ils lais-
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sèrentles choses bien confuses; et bientost après, assavoir le 27 de juin, allèrent en Alemagne le susdit s"" de La Coste et le s'' Joly, tant pour le suject des négotiations jà commencées, que pour faire entendre aux princes voisins Testât des affaires de France.
Arriva aussi en ce temps là le s"" de Ledieu '^5 qui s'en retourna quelques 4 jours après son arrivée. Et passa aussi par ceste ville le s"" de Stivau qui alloit en Alemagne pour haster le secours de Jamets'^^; et de fait le s' de La Noue se trouva à Heidelberg pour mesme effet, mais les choses se succédèrent comme il sera dit ailleurs.
Le maistre eschevin Copperez et le primicier qui estoyent passés à Paris, estans partis de Mets le premier de juin, arrivèrent à Rouen le 17 du mesme mois. Mons' Praillon partit longtemps après eux, assavoir le lundi 2g de juin, et ne se joignit à leur négotiation.
Mons'' de Soboles, gouverneur de la citadelle de Mets, retourna de Poitou le mesme 27* jour de juin '^y, et ne fut son voiage sans danger, et son retour fut fort salutaire à la ville de Mets, comme nous verrons sur la fin de Tannée. Aussi avoit-il parlé au Roy et à mons' le duc d'Espernon et sceu leurs intentions.
Le 25 de juin, les lansquenets de mons' de Lorraine [p. 5i] qui alloient à Jamets, passèrent à Archancey '^^.
Le mercredi premier de juillet arriva en ceste ville le thrésorier des réparations, nommé Viellars, qui venoit de Paris '^9; et assura le premier que la paix s^en alloit faire entre le Roy et mons'' de Guyse.
Ce meisme jour Rolet le chanoine, qui estoit parti le jour auparavant avec l'ausmosnier de mons' le duc d^Espernon '40, revint en ceste ville ; qui avoit esté pris prisonnier par quelques gens masqués qui le laschèrent et retindrent Paultre : qui feit croire à plusieurs que c^estoit une chose apostée et faite à la main.
Le lundi 4' juillet retournèrent d'Allemagne les s" de La Coste et Joly, accompagnés de Regnauld de Flavigny et du capitaine Pol '4'.
Le mesme jour on receut lettres à Mets de la part du maistre eschevin Copperez et du primicier, qui mandoient que le Havre tenoit pour la Ligue, que le Roy ne pouvoit encore rien faire pour ceste garnison, qu'on ne parloit plus de mons' le duc d'Espernon, mais qu'arrivoit un aultre gouverneur par deçà '42 et que la paix s'en alloit faire.
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Ces nouvelles furent cause ei aultres circonstances que les s" de La Coste et Olivier furent despeschés vers mons'" le duc d'Espernon et partirent le mercredi 6 de ce mois.
Le jeudi 14 et vendredi 1 5 on eut nouvelles asseurées à Mets de la paix susdite.
En ce temps là fut pris le capitaine La Gravolette pour s'en estre allé sans congé de la ville et avoir desbauché quelques soldats de la garnison.
[P. 52] Le jeudi 20 du mois susdit furent mis en prison environ 10 ou 11 que sorciers que sorcières H^, et le vendredi 21 en furent encore pris 5.
Ce mesme jour mons"" de Briey et le capitaine Flavigny furent pris à Saint-Avo par le chevalier de La Routte H4; mais au bout de huit jours le s' de Briey fut délivré, et Flavigny mené à Nancy d'où on eut bien de la peine de le retirer.
Le mardi 26 du mois, mons"" le capitaine Sauboles avec Du S' Cerge retournèrent de devers mons"" le duc d'Espernon '45.
Ce mesme jour, mons"" Praillon, qui estoit parti longtemps après le primicier et Copperez, retourna aussi devant eux et confirma la paix.
Le vendredi 29 mons"" le marquis d'Auré et sa femme passèrent par Mets m6 et logèrent à Tauberge.
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Le mesme jour arriva le maistre eschevin Copperez de la Court; et le samedi 3o, qui estoit le lendemain de son arrivée, les bourgeois pre'sentèrent requeste à mons"" le gouverneur contre le susdit Copperez '47 pour avoir proposé et demandé des choses au Roy, dont il n'avoit charge de TEstat ; et demandoyent par leur dite requeste qu'il restituast à la ville la somme de i5oo fr. qu'ils avoyent despendu inutilement en ce voyage; et requeroyent aussi qu'on lui fist rendre conte du passé. Maguin qui estoit revenu avec luy fut interdit de ses estats h^, et luy fut commandé de sortir hors de la ville, mais à la réquisition de ceux du Clergé, cela fut modéré par le lieutenant de Roy.
Le mercredi '49
1 — Page I , ligne 7 : Depuis l'an de ma naissance^ i544-
Cette indication a son importance pour prouver que François Buffet est, comme nous le croyons, l'auteur de la 'présente chronique. Sa déclaration sur ce point est parfaitement d'accord avec ce qu'il dit ailleurs, qu'à la date du 4 février i555 il était âgé de dix ans, sept mois et quatorze jours. Nous avons signalé ces particularités et nous en avons fait ressortir les conséquences dans notre Introduction.
2 — Page I, ligne 11 : Depuis Van i58o, que j'encotnmençay à y habiter.
Cette déclaration fournit une des objections qu'on a opposées à l'opinion que François Buffet fût l'auteur de lajchronique, parce qu'on sait d'une manière certaine qu'étranger à Metz par son origine, il n'y est arrivé qu'en i582, comme pasteur. Il faut alors admettre qu'il est venu deux fois, et à deux ans d'intervalle, à Metz; une première fois en i58o, avec l'intention de s'y fixer; une seconde fois en i582 pour y prendre la charge pastorale.
Nous avons donné dans notre Introduction une explication, croyons-nous satisfaisante, de ces particularités.
3 — Page I, ligne i3 : Depuis l'an /5-^2, que M. Guillainne Fai-el, ministre en Suisse, y vint prescher.
Farel, qui vivait en Suisse depuis plusieurs années, était arrivé à Metz le. 3 septembre 042, appelé dans cette ville par les protestants, qui s'y étaient graduellement fort multipliés dans toutes les classes, dans les classes même les plus relevées. Ses prédications ayant été interdites par le magistrat, il s'était, au bout de quelques jours, retiré à Montigny, puis à Gorze, sous la protection de Guillaume de Furstemberg, envoyé dans ces quartiers par la ligue des protestants d'Allemagne. Rappelé au printemps suivant, Furstemberg est obligé de quitter la place. Son départ est suivi à bref délai par l'arrivée d'un parti de Lorrains, qui, sous la conduite de Claude de Guise, envahissent Gorze le jour de Pâques (25 mars) ) 543, et dispersent les protestants. Farel blessé peut s'échapper, et il regagne la Suisse, d'où il était venu. Furstemberg ne s'était antérieurement éloigné qu'après avoir obtenu des Messins le libre exercice du protestantisme dans leur ville; engagement confirmé par un traité formel conclu le 16 mars i543, mais annulé bientôt par un édit du i3 octobre suivant, qui interdit dans la cité le nouveau culte. L'édit du i3 octobre ne fut jamais rapporté. Ce sont ses dispositions qu'invoquaient ultérieurement les catholiques contre les protestants, lesquels avaient bénéficié d'une certaine tolérance dans les premiers temps de la domination française, après i552. Depuis son départ en 1542, Farel ne
reparut qu'une seule fols à Metz, en i565, pour y visiter pendant quelques jours seulement l'Eglise qu'il y avait vue naître vingt-trois ans auparavant.
4 — Page 2, ligne 3 : Pour réfuter l'opinion et erreur certaine de quelques historiens.
L'auteur de la chronique s'élève ici avec raison contre une opinion qui a joui, vers la fin du quinzième siècle, d'un certain crédit. « Godefroy de Bouillon, dit un chroniqueur de ce temps, Philippe de Vigneulles, vend aux nobles bourgeois de Metz, ses sujets, Metz étant d'ancienneté la capitale du duché de Lorraine et de tout le royaume d'Austrasie, leur franche liberté pour une grande somme. » Le chroniqueur paraît avoir emprunté aux histoires de Robert Gaguin cette opinion, dans laquelle on ne doit voir qu'une pure conception de lettré, et nullement une tradition populaire. L'assertion est d'ailleurs dénuée de tout fondement historique. Godefroy de Bouillon n'a jamais exercé ni souveraineté, ni aucune autorité à Metz. Il était, à la fin du onzième siècle, duc de basse Lorraine. C'est Thierry, fils 'de Gérard d'Alsace, qui était à la même époque investi de cet office dans la haute Lorraine. On trouve même Thierry qualifié quelque part duc de Metz, Theodericus, dux Metensis (iio5j. Les Messins n'ont en outre jamais acheté à personne leur liberté. Vers la fin du onzième siècle, et au douzième surtout, ils étaient de fait sous la dépendance de leurs évêques, et ils n'ont guère commencé à s'en affranchir qu'au treizième siècle seulement, mais par de tout autres procédés qu'à prix d'argent.
yS DE METS EN PARTICULIER
5 Page 2 , ligne 1 8 : J'arrivay à Mets venant de Marseille.
L'auteur de la chronique renouvelle en ces termes la déclaration de son arrivée à Metz en i58o, déclaration qui soulève des difficultés dont nous avons parlé tout à l'heure (note 2), sur la question de savoir si cet auteur est François Buffet. A ces difficultés il en ajoute, prétend-on, une encore, en disant ici qu'il venait de Marseille. On assure que Buffet n'aurait pu venir que de Bourgogne, où il s'était signalé par de nouveaux écarts de doctrine depuis sa rétractation du 2 janvier précé- . dent. Le fait est qu'on ignore absolument où il a pu aller en quittant la Bourgogne et avant de se rendre à Metz- La seule question pour ce qui regarde cette ville est de savoir s'il a pu y arriver en avril i58o; et nous croyons avoir démontré dans notre Introduction que cela est parfaitement admissible. Il affirme en outre qu'il arrivait alors de Marseille; ce qu'on ignorait jusqu'à présent. On ne peut qu'enregistrer le fait pour le moment, sans avoir le droit de le révoquer en doute.
— Page 2, ligne 22 : Sous le gouvernement de monsieur de Piennes.
M. de Piennes est le quatrième gouverneur de Metz depuis la prise de possession de la ville par Henri II. Le premier avait été M. de Gonor (i552-i553); le second, le maréchal de Vieilleville (i553-i57i); le troisième, le duc de Retz (iSji-iôyS). Le quatrième gouverneur de Metz appartenait à une famille d'origine flamande, où il figure au treizième degré, à partir d'un Wautier, s» d'Hallwin et de Rosbeck, qui vivait au commencement du quatorzième siècle. Charles d'Hallwin, s^ de Piennes,
était marquis de Maignelais. Henri III le créa duc en érigeant pour lui un duché-pairie sous le nomdeHalIwin, en i58i. Il était conseiller au Conseil d'Etat et au Conseil privé, capitaine de 3o lances (1571-1572), puis de 100 hommes d'armes des ordonnances, chevalier des ordres du roi de la première promotion, 3i décembre 1578, lieutenant général et gouverneur de Picardie, puis de Metz et Pays-Messin. Il avait épousé Anne Chabot, fille de l'amiral et de Françoise de Longwy-Givry; celle-ci, remariée en secondes noces à Jacques Pérusse d'Escars, devait donner le jour au cardinal de Givry, qui fut plus lard évêque de Metz (1608-1612). M. de Piennes était en i558 dans l'armée du duc de Guise devant Thionville, lors de la prise de cette place. Il conserva pendant près de dix années, de \5j'i à i582, le gouvernement de Metz. Il était donc bien près de le quitter quand notre chronique le mentionne à la date de 1 58o. Il n'y avait du reste pas beaucoup résidé, et y avait eu pour lieutenant général commandant en son absence M. de Thévalle, remplacé au mois de décembre i58i par M. de La Verrière. M. de Piennes vécut encore une dizaine d'années au moins, après avoir abandonné, en i582, le gouvernement de Metz. Il avait eu cinq fils et cinq filles. On sait qu'après avoir perdu son fils aîné, mort sans alliance des suites d'un duel en i58i, et le troisième tué à Coutras en 1587 sans avoir eu d'enfants, il vit périr également le second, tué de même en 1592. On est moins certain qu'il vécût encore quand les deux derniers périrent, à leur tour, à DouIIens, en iSgS, sans laisser de postérité, et quand le dernier représentant mâle de cette nombreuse famille, Charles, issu de son second fils, fut enlevé à l'âge de sept ans, en 1698, six années après la mort de son père. Il ne restait plus alors, de la descen-
8o DE METS EN PARTICULIER
dance masculine de M. de Piennes, qu'une sœur de cet enfant, Anne, qui vécut jusqu'en 1641, et qui, après un premier mariage déclaré nul avec Henri Nogaret de la Valette, épousa Charles de Schomberg, à qui elle porta le titre de duc d'Halhvin, créé pour son aïeul.
7 — Page 2, ligne 2 3 : Son lieutenant^ M. de Teval.
Jean de Thévalle, seigneur dudit lieu, d'Aviré, Bouille, Créans, etc., conseiller d'État, capitaine de 5o hommes d'armes des Ordonnances, chevalier des ordres du roi en i582, fut lieutenant général au gouvernement de Metz pour M. de Piennes jusqu'en décembre i58i. Il avait rempli le même office sous le gouverneur précédent, M. le duc de Retz, et même auparavant, sous le maréchal de Vieilleville, en iSôg, ou dès i568, est-il dit aussi. Il est bon de faire observer cependant sur cette dernière particularité, qu'il n'en est rien dit dans le livre de Carlois des Mémoires de Vieilleville, où il est néanmoins très souvent question de M. de Thévalle. C'était en i554, suivant Carlois, un jeune gentilhomme de belle espérance, neveu du maréchal, qui venait de l'amener à Metz. Dès lors Thévalle ne quitte plus guère M. de Vieilleville : à Metz en 1 555-1 556; au siège de Thionville ensuite en i558. Le maréchal l'envoie au roi en i558, i559; mais il le retient et l'emmène avec lui en Normandie en i56o, puis à Vienne dans son ambassade en i562, en Normandie encore et en Angleterre, ainsi qu'à Metz de nouveau en i563. Lorsque, en la même année, le maréchal quitte cette ville, c'est M. d'Auzance qu'il y laisse comme lieutenant au gouvernement, et non pas M. de Thévalle, Pour ce dernier, il l'emmène une troisième fois en Normandie, et plus tard en Poitou en i568. Ce serait après cela seulement que M. de Thévalle aurait, en i568 ou
NOTES ET KCr.AIRCISSEMENTS 01
1569, reçu le commandement de Metz. Carlois n'cÀ parle pas cependant; mais son silence, comme son témoignage, ne doivent jamais, on le sait, être pris en considération qu'avec réserve. Ajoutons que dans la partie dé son écrit qui correspond à ces dernières années, il est fort peu question de Metz, où M. de Thévalle a pu alors prendre la charge qu'on l'y voit exercer encore sous les deux successeurs de M. de Vieilleville, le duc de Retz et la marquis de Piennes. M. de Thévalle était du Maine, ou d'Anjou suivant notre chronique (p. 4); il avait épousé Radegonde de Fresneau, dame de Créans et de la Griiardière, qui ne lui donna qu'une fille, Jacqueline. Cette femme, restée seule héritière de sa maison, en "porta les droits à Charles de Maillé, baron de Brezé. qu'elle épousa en iSgy.
8 — Page 2, ligne 24 : Monsieur Viart. '
- Jacques Viart, s"" de Villecazin et de Candé, conseiller du roi en son Conseil privé et d'État, président pour Sa Majesté au gouvernement de Metz, de i568 à 1606, était dans cette ville le chef de la justice du roi, comme il est dit dans notre chronique. Il avait eu pour prédécesseurs dans cet emploi, de i552 à i554, Charles de Marillac, maître des requêtes de l'hôtel; de i554 à iSSy, François de Laubespine, président au Grand Conseil; dé I SSy à 1 568, Antoine de Senneton, conseiller au Parlement dé Paris; et du 8 avril au 3o septembre i568 le s'Du Var. L'office de président royal à Metz datait, on le voit, de l'occiipation même de la ville par Henri II. Le président avait primitivement pour unique fonction d'administrer la justice aux sujets du roi qui se trouvaient à Metz, et de juger, de concert avec les Treize, les démêlés quf pouvaient s'élever entre eux et les habitants; ceux-ci
pour leurs propres affaires continuant à ressortir exclusivement comme par le passé à leurs magistrats. Le président royal tend cependant à ruiner graduellement cette juridiction spéciale, en attirant à lui les affaires ellesmêmes des bourgeois. 11 reçoit en outre la juridiction d'appel des justices particulières du pays. Son action s'étendant, un procureur général lui est adjoint en 1592. Ainsi se prépare la suppression de l'ancienne magistrature messine, effectuée au siècle suivant par les créations successives du Parlement en i633 et du bailliage royal en 1641. A la première de ces deux dates, le président royal cesse lui-même d'exister. Jacques Viart, qui avait conservé cet emploi jusqu'en 1606, y avait eu pour successeurs, de i6o6à 1622, Lazard de Selve, s' deBreuil et Marignan, conseiller du roi; et, de 1622 à i633, Michel Charpentier, également conseiller du roi en ses conseils, qui est le dernier titulaire de la charge. Le rôle du président royal à Metz s'accuse dans plusieurs circonstances relatées par notre chronique. Il s'y montre l'ardent protecteur des catholiques contre les protestants (p. 10, 12, 3i, 37, 39, 41, 45, 47, 5o). On le voit en i583 poursuivre les trois ministres et provoquer leur incarcération (p. 10), puis, en i585, faire assembler les Trois- États de la ville et les haranguer sur le fait de la religion (p. 3i). Sa résidence à Metz n'était d'ailleurs pas continue; il s'en éloigne notamment en i582 pour une absence prolongée, est-il dit dans notre chronique (p. 4), et en i585 il quitte de nouveau la ville, où les protestants se flattent de l'espérance, qui fut d'ailleurs trompée, de ne plus l'y revoir (note 79).
9 — Page 3, ligne i : Les villes de Toul^ Verdun et Marsal... avec celle de Mets.
Metz, Toul et Verdun sont les trois villes impériales de la région dont Henri II s'était saisi en i552, sur l'invitation des princes protestants d'Allemagne ligués ^contre Charles-Quint. Le roi les avait occupées comme Protecteur de l'empire, et c'est à ce titre qu'il y exerçait alors l'autorité. Il en fut quelque temps ainsi, jusqu'à ce que, vers i585, Henri III en vint à y trancher franchement du souverain et à en prendre ouvertement le rôle, comme le fait remarquer pour Metz l'auteur de notre chronique (p. 32). Quant à Marsal, c'était une petite place qui dépendait du temporel de l'évéché de Metz, membre également du Saint-Empire, où le roi prétendait exercer aussi le même protectorat. M. de Vieiilevilie avait mis en i555 pour gouverneur à Marsal le s' de Salcède, un de ses capitaines. En i58o, ce poste était occupé par le sieur de La Routte (note 1 1), qui devait à quelque temps de là prendre chaudement contre le roi le parti de la Ligue, mais qui lui était fidèle alors, et qui, en i58o, conduisit à l'armée royale devant La Fère, les troupes empruntées à la garnison de Metz pour le siège de cette ville (note lo). Marsal fut par lui à un certain moment au pouvoir des ligueurs. Toul et Verdun tombèrent aussi entre leurs mains. Metz seul put s'en garder et rester au roi, grâce pour une bonne part, suivant notre chronique (p. i6), aux nombreux protestants que renfermait cette ville.
10 — Page 3, ligne 6 : La Fère en Artenois.
La ville de La Fère, dont il est ici question, est une petite place dépendant de la province de Picardie, dont
le prince de Condé possédait en titre depuis longtemps le gouvernement, sans avoir jamais pu l'exercer en réalité; La paix de Monsieur en ôjô, celle de Bergerac en iSyy, avaient successivement reconnu son droit; mais le parti catholique s'était appliqué et avait réussi à lui en interdire la jouissance. La guerre civile se rallumant en 1 579, le prince de Condé avait réussi, le 3o novembre de cette, année, à s'emparer par surprise de La Fère. Après en avoir réglé l'occupation, il s'en était éloigné au mois de mai i58o pour aller chercher des secours dans les Pays- Bas et en Angleterre, où il n'en obtint d'ailleurs aucun. 11 avait laissé à La Fère une garnison commandée par Isaac de Vaudray, le second fils du fameux s' de Mouy, assassiné précédemment à Niort par Maurevel. La ville ne tarda pas à être investie par une armée royale, composée de gens appelés de différents lieux. De la garnison de Metz s'y était rendu un petit corps de troupes, sous la conduite du capitaine de La Routte, gouverneur de Marsal, avec le sergent-major de Sainte-Colombe. Les opérations, ouvertes le 7 juillet, étaient dirigées par le maréchal de Matignon, qui y mit, dit Brantôme (V, 167), « sa lentitude accoustumée », et l'entreprise fut conduite de telle sorte qu'on l'appela le siège de velours. La place dut néanmoins se rendre le 12 septembre. Aussi à son retour en France, au mois de novembre suivant, le prince de Condé ne revint pas en Picardie, mais dans le midi, en Languedoc et en Guienne, d'où il ne s'éloigna plus guère jusqu'à sa mort, en i588. L'auteur de notre chronique, en faisant allusion au siège dé La Fère, rappelle qu'il en a fait mention dans son Cahier des affaires de France. Cet écrit ne rous est point parvenu.
il — Page 3, ligne 14 : Le sieur de La Routte.
Notre chronique mentionne deux frères de ce nom : l'un, dit le chevalier, gouverneur de Marsal à cette époque, l'autre maître de camp, capitaine d'une compagnie de la garnison de Metz (p. .25). Nous ignorons quelle était leur origine. Il est dit dans la chronique protestante de Metz (f. 385 V), que le gouverneur de Marsal était le plus jeune des deux frères. Il était connu de Brantôme, qui, dans s&s Couromiels français (V, 828), le traite de vaillant capitaine, en signalant sa mort en i58g, à la prise de « Marçaut » par les gens du roi. C'est de Marsal qu'il s'agit. Le fait est raconté avec des détails intéressants empruntés à la chronique de Saint-Clément par les Bénédictins, dans leur Histoire générale de Met^ (III, 127). Sous l'influence des princes lorrains, le gou-, verneur français de Marsal, encore fidèle au roi lors du siège de La Fère en i58o (note 10), avait embrassé le parti de la Ligue. En i586, dès i585 même, son attitudese dessinait dans ce sens. En iSSg, sur un ordre du roi, deux capitaines de la garnison de Metz, m^essieurs de Mom mas et de Saubole le jeune, s'emparent de Marsal par surprise; le gouverneur est tué dans l'action. La Routte, gouverneur de Marsal, avait épousé, est-il dit quelque part, Oriane, héritière de Clémery, et aurait eu d'elle, ajoute-t-on, une fille, mariée à George-Frédéric du Hautoy, à qui elle porta ce domaine, resté depuis lors dans la famille de cedernier (note 3o). Quad il fut tué à Marsal, La Routte avait avec lui un fils, âgé de neuf à dix ans, dont nous ignorons la destinée. Nous ne savons pas non plus ce que devint son frère. Celui-ci avait été page de Charles IX, et plus tard l'un des favoris du roi Henri III, et de M. d'Epernon également, à qui il devait sonavan--
cernent, est-il dit dans notre chronique (p. 22, 23). Il était maître de camp (note 44) et commandait une compagnie à Metz en i585. Compromis alors dans les tentatives d'embauchage exercées par les ligueurs sur la gar- 'nison de Metz, il put échapper à une mise en jugement, mais il perdit sa compagnie, donnée alors au capitaine Villeneuve (p. 25). Après cela nous n'entendons plus parler de lui.
1 2 — Page 3 , ligne 1 5 : Le sergent major de Sainte- Colombe.
Brantôme signale trois frères de ce nom. Ils étaient d'une ancienne maison de Béarn, mais, disait-on, bâtards, à ce qu'il rapporte (V, 827, 328). Il parle d'eux en diverses circonstances. Il dit que l'aîné fut tué en 1574 au siège de Saint-Lô, que le second l'avait été en i562 à la prise de Rouen, enlevé par François de Guise, et que le plus jeune était aussi à cette affaire avec une compagnie qu'il y avait amenée de la garnison de Metz. C'est de ce dernier qu'il est question ici. Nous serions tenté de rapporter à lui seul, plutôt qu'à aucun des deux autres, tout ce que Carlois dit, dans les mémoires de Vieilleville, d'un capitaine de Sainte-Colombe, fort attaché au maréchal, qu'on ne le voit guère quitter jusqu'en i568. Le capitaine de Sainte-Colombe est mentionné par Carlois dès i552, avec le roi Henri II, en Alsace (I, 425). Il est cité après cela parmi les capitaines de compagnies des vieilles bandes composant la garnison de Metz en i553 et i555 (II, i3o, 211). Le capitaine de Sainte-Colombe suit Vieilleville au siège de Thionville en i558(II, 363), puis au siège de Rouen en i562 comme il vient d'être dit. Là, Vieilleville l'attache plus étroitement à sa personne, en mettant sous sa charge 100 arquebusiers à cheval dont
il fait sa garde (III, gS). Nous retrouvons Sainte-Colombe encoreinvesti du mêmecommandementetavecVieilleville en i568, dans la dernière campagne du vieux maréchal en Poitou, contre les protestants (III, igS). Est-ce après la mort de Vieilleville (iSyi) qu'il aurait été, comme le dit Brantôme (III, 412), capitaine de la garde de Henri, roi de Navarre, et commandant du château de Bergerac? Sainte-Colombe serait après cela revenu à Metz, où il avait longtemps servi déjà; car c'est l'ancien capitaine des gardes du roi de Navarre qui, suivant Brantôme, aurait été ultérieurement gouverneur de la citadelle de Metz. Notre chronique signale Sainte-Colombe qualifié sergent-major en i58o, comme se rendant alors au siège de La Fère(p.3). En i58i-i582, il est dit dans ce document gouverneur de la citadelle (p. 4 et 6), où il avait remplacé M. de Chastellux, et où il est remplacé lui-même, en i583, par M. de Montcassin (p. 9). La chronique ne parle plus de lui ensuite que pour mentionner en i585 un sien neveu, chargé alors par le roi d'une mission à Metz. Le neveu est désigné dans cette circonstance par une simple initiale, et nommé le capitaine S'.... (p. 24 et 26). Il se pourrait bien que ce personnage fût le fils d'un des frères de M. de Sainte-Colombe, et qu'il eût par conséquent porté le même nom que lui.
i3 — Page 3, ligne 21 : Montoy.
Montoy, situé à 5 ou 6 kilomètres de Metz, était un des domaines de la famille messine des Chaverson, dont la dernière, dame Philippe, première femme de Robert de Heu, l'avait transmis à sa fille unique, Catherine de Heu, épouse de Claude-Antoine de Vienne, sieur de Clervant, baron de Coppet (note 49). C'est ainsi que Montoy se trouvait, au milieu du seizième siècle.
entre les mains de ce fougueux partisan de la religion nouvelle. Dès i35q, il y amenait de Genève le predicant Pierre de Cologne; mais dans l'année même le protestantisme ayant été interdit à Metz et ses partisans proscrits, Pierre de Cologne avait gagné Heidelberg et M. de Clervant s'était retiré à Deux-Ponts. Cependant, de i56o à ibôg, les idées nouvelles avaient graduellement regagné le terrain perdu, et le nouveau culte, toléré, reparaît à Montoy, où il se maintient du mois d'octobre ,1571 à pareille époque de 1572. A cette dernière date, une nouvelle interdiction l'y supprime encore pendant six années, après lesquelles il y est rétabli en 1578 et conservé jusqu'en i585. C'est à cette période que se rapporte ce qui est dit de Montoy, sous les dates de -i58o et i582, dans notre chronique (p. 3 et 8). L'édit royal du 18 juillet i585 contre les protestants est étendu à Metz par lettres spéciales du 23 août suivant, et publié dans la ville le 7 septembre, après quelques hésitations ce semble à en faire l'application. Le temple de Montoy est fermé de nouveau; il en est de même de tous les autres, à Metz et dans le Pays-Messin. Les choses restent en cet état jusqu'aux mesures réparatrices dues à Henri IV en 1590, 1592 et 1097; mesures, confirmées en iSgS par l'édit de Nantes, qui devait assurer là paix religieuse dans le royaume pendant près d'un siècle. L'édit de proscription de i585 avait été exécuté à Metz, mais non sans quelques hésitations, comme nous venons de' le dire. Une certaine tolérance avait continué au début en "ce qui concerne notamment l'exercice du culte à Montoy. Suivant la. Chronique protestante de Afe/jf, le ministre de Combles n'ayant pas tout d'abord- quitté ce lieu, lés deux autres ministres n'avaient pas tardé à l'y rejoindre et -avaient célébré publiquement avec lui la Cèrie, le
NOTES ET P'CLAIRCISSEMENTS 89
dimanche i""' septembre i585. Le même document nous apprend à cette occasion que l'affluence fut telle à Montoy ce jour-là, qu'on dut faire en plein air, sur la place devant le pressoir dit-elle, le prêche, au lieu de le faire comme à l'ordinaire, dans le château de M. de Clervant. Au mois d'octobre suivant cependant, l'édit ayant été publié à Metz dès le 7 septembre, M. de Combles dut quitter Montoy, où le culte cessa, et il se retira dans le Palatinat (note 54). Le village de Montoy n'est pas le seul dans le pays où ait été, au seizième siècle, exercé le culte protestant; d'autres sont dans le même cas, Courcelles- Chaussy, par exemple, qui réclamait ce privilège comme étant en dehors du Pays-Messin (note 68). Lorsque lé culte nouveau était interdit dans la ville niême, il fut souvent toléré dans ce village. Il fut aussi institué en différents temps à Silly, à Buy, à Coin-sur-Seille, à Ancy, à Scy, à Lessy, aux deux Lorry devant Le Pont et devant Metz, à Burtoncourt, etc. Il avait été également autorisé parfois dans certaines localités du voisinage immédiat de la cité, à Saint-Pierre-aux-Champs, lieu dit la Fosse au Serpent, près de la porte Saint-Thiébaut, à La Horgne au Sablon, ainsi qu'à Saint-Privat ou Saint- Ladre et à la Grange d'Agnel, annexes de Montigny.
,14 — Page 3, ligne 24 : Leur temple de la rue de la Chèvre.
Le temple de la rue de la Chèvre, dont l'emplacement fut donné ultérieurement (1642) par le roi aux Jésuites, se trouvait dans le lieu même où ceux-ci construisirent l'église, annexée alors à leur maison, perdue ensuite par eux quand ils furent à leur tour expulsés, en 1768, et devenue de nos jours la paroisse de Notre-Dame'. C'était le second temple qu'eussent possédé à Metz les
protestants. Ils avaient primitivement fait leur prêche dans des maisons particulières, puis dans des églises, à Saint-Pierre-aux-Images, près de la cathédrale, au cimetière des Jacobins, à la chapelle du Neufbourg dépendant de l'hôpital Saint-Nicolas. Il en fut ainsi jusqu'à l'interdiction de 1543. Ultérieurement, les protestants avaient été, en i56i, autorisés à bâtir au Retranchement (arsenal d'artillerie actuel) leur premier temple, démoli en 1569 en vertu de l'édit de proscription du 6 avril de cette année. Septansplustard, enconséquence de l'éditdepacification du 14 mai 1 576, ils élevaient le temple de la rue de la Chèvre, fermé au bout de quelques mois et démoli par ordre du roi 20 ans après (iSgy), à la suite d'une émotion populaire. Il fut alors accordé aux protestants d'établir dans la ville un troisième temple, en Chambières, dans la maison de Hateplate, où il a subsisté depuis 1597 jusqu'en 1664. A cette date, permission fut donnée de relever le temple du Retranchement, qui a duré depuis lors jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, en 1688. De nos jours, le culte protestant fut, à la restauration des autels, installé dans l'église des Trinitaires, qui lui est encore affectée, et tout récemment le gouvernement allemand lui a en outre consacré, pour l'usage spécial de la garnison, un édifice construit à cet effet sur les terrains du nouveau front Saint-Vincent, achetés par la ville à l'État en 1869. L'édifice occupe la portion de ces terrains, destinée par l'administration de cette époque à une installation modèle des écoles municipales. Pendant toute la période qu'embrasse notre chronique (i58oi588), les protestants, on le voit, n'eurent pas de temple dans la ville de Metz; ils purent d'abord user de ceux au moins qui existaient dans les villages des environs, à Montoy notamment, où était le plus proche (note i3) ;
NOTES pT ÉCLAIRCISSEMENTS 9I
mais l'édit d'interdiction de i585 ayant fait fermer ceux-ci également, ils n'en eurent plus aucun jusqu'aux mesures de tolérance, qui, à partir de iSgo, permirent de rétablir le prêche au dehors de la ville, et un peu plus tard, en ibg-j-iSgS, comme il vient d'être dit, au dedans de son enceinte.
1 5 — Page 4, ligne 4 : Fut changée la justice, selon l'ordre accoustumé .
Le partage des offices, à Metz, entre catholiques et protestants, était alors d'institution assez récente. C'était une conséquence de l'édit de pacification de lôyô. La Justice, comme on disait, comprenait, avec le Maîtreéchevin, les Treize et les Conseillers-échevins, tous renouvelés à peu près annuellement par le gouverneur ou son lieutenant dans le cours de l'été, à une date qui n'était pas absolument fixe. En i58i, la Justice fut créée, le 21 juillet, par M. de Thévalle, qui commandait alors à Metz, à la place du gouverneur (note yj. Il nomma pour Maître-échevin Didier de Viller; pour Treize Jacques Praillon, Wiriat Copperel, Regnault Golz, Gaspard Braconnier, Jean d'Abocourt, Claude Guérard, Jean de Viller, Jean Le Bonhomme, George Feriot, Didier Stevenin, Jean de Lucembourg, Antoine Pion, Nicolas Lucquin; et pour Conseillers du Maître-échevin Mathieu de Mondelange, Jean Howat, François Travault, André Travault, Joseph de Cuvery, Claude Noblet, Claude de Flavigny, Nicolas Mengin, Thomas Duchat, Pierresson Chardot, Jacques Estienne dit Salnerez, Drowin Goullet, Didier Loixillon, Pierre Grandjambe, Jacquemin Annel, Didier Braconnier, Pierresson Lawalle, Jean Auburtin, CoUignon Couppat, Nizier Machon, Louis Guérard, et Jean Bruillart dit Marieulles. Ces
officiers restèrent exceptionnellement un peu plus de deux années en charge, n'ayant été changés que le 2 août i583 par le duc d'Épernon. Ce n'est pas sans intention que nous avons fait Ténumération qui précède; le rapprochement de ces noms et de ceux des vieilles familles de paraige, qu'on trouve partout dans les monuments de notre histoire, montre d'une manière saisissante un des caractères de la révolution de i552, après laquelle les emplois publics passèrent absolument des mains des anciens membres de l'aristocratie à celles d'hommes nouveaux, appartenant tous à la petite bourgeoisie.
1 6 — Page 4, ligne 8 : Monsieur de La Verrière.
Christophe-Philippe de Senneton, seigneur de La Verrière, chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, son conseiller en ses conseils d'État et privé, capitaine de 3o hommes d'armies de ses ordonnances, maréchal de camp de ses armées, ambassadeur extraordinaire près l'empereur et les princes du S' Empire, lieutenant de roi au Pays-Messin, Toul et Verdun, bailly et capitaine de Sens, était né en i53i; il mourut en i6oi. Il avait épousé, en lôyS, Marie, hlle de Cosme Clausse, chevalier, s' de Marchaumont, en Picardie, née en 1542, mariée une première fois, en iSSg, à Florimond Robertet, sieur de Fresne, dont elle était veuve en iSôg. Elle survécut aussi à son deuxième mari, n'étant morte elle-même qu'en 1626. La famille de M™^ de La Verrière, Marie de Marchaumont, était très nombreuse. Deux de ses frères, Nicolas et Cosme, furent l'un après l'autre évéques de Chàlons, de 072 à 1624, et une de ses sœurs, Philippe, religieuse à Poissy, vint prendre à Sainte-Marie de Metz, vers i584, la crosse abbatiale
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS qS
qu'elle abandonna en iSgi à une de ses nièces, Claude de Marchaumont (note 41). Nous ne savons pas si c'est à la famille de M™* de La Verrière ou à celle de son mari que se rattache un sieur Brégi, beau-frère, suivant notre chronique (p. 5-2), de ce dernier, qu'il accompagne dans son ambassade en Allemagne en i586. M. de la Verrière commande à Metz comme lieutenant de roi, en l'absence du gouverneur, sous MM. de Piennes, de Rambouillet et d'Epernon, quatiième, cinquième et sixième titulaires de cette charge. Notre chronique dit (p. 4) qu'il y arrive à la fin de i58i, mais qu'il y avait déjà commandé antérieurement. On l'y voit, en effet, le. 29 juillet 1578, créer la justice en qualité de lieutenant pour Sa Majesté, en l'absence de M. de Piennes et de M. de Thévalle. Il est suppléé lui-même dans ce commandement par M. de Termes, du mois d'août au mois de décembre 1584 (note 3j), puis remplacé à la fin de i585 par M. de Montcassin, qui commandait à ce moment dans la citadelle. En i58g, M. de La Verrière est envoyé par le roi à Verdun pour y remplacer dans le commandement de cette ville M. de Lieudieu, suspect, aux catholiques. D'accord avec ce fait, notre chronique donne à penser par plus d'un trait que M. de La Verrière était fort contraire aux protestants. Il était, bien que franchement catholique et très travaillé par les fauteurs de la Ligue (p. 20, 21), fidèlement attaché au parti du. roi; ce qui explique la haine que lui portait, suivant la chronique (p. 11), le gouverneur de Marsal, La Routte, ligueur déclaré (note 1 1).
17 — Page 4, ligne 11 : Au gouvernement de la citadelle.
La citadelle de Metz avait été construite sur l'avis
très pressant du maréchal de Vieilleville, qui en recommandait au roi l'établissement comme indispensable au maintien de son autorité dans la ville. Il ajoutait que cette création procurerait une notable économie dans les frais de l'occupation française, en permettant de réduire la garnison, qui coûtait, disait-il, plus de 40,000 francs par mois, et qui pourrait être dès lors ramenée de vingtquatre compagnies de pied à huit, et de deux compagnies de chevaux à une seule. La citadelle aurait été commencée en 1 556 et n'aurait été achevée qu'en 1 563, si l'on s'en rapportait à Carlois, dont la chronologie n'est pas toujours très sûre. Dès i558, dit-il en outre, elle était déjà «quasi en défense». La citadelle avait un commandant particulier nommé par le gouverneur. Après M' de Vadancourt, qui fut le premier officier investi de cette charge, elle avait passé à M. de Chastellux, qui vint l'occuper en 1569, et auquel succéda M. de Sainte-Colombe. Celui-ci possédait en i58i et i582, dit notre chronique ^p. 4, 6), ce commandement, remis en i583 entre les mains deM. de Montcassin (p. 9, 17, 3-j), que remplace en i585 M. de Saubole (p. 48). A celui-ci enfin succède, en 1590, son propre frère, qui n'y était que son second, pendant que lui-même commandait dans la ville. Appuyés l'un sur l'autre, les deux Saubole régnèrent en maîtres dans la ville et dans la citadelle, et on eut quelque peine à les en déloger après de criants abus, une vingtaine d'années plus tard (note 81).
18 — Page 4, ligne 2 3 : M. le duc d'Espernon.
Le duc d'Épernon, l'un des favoris de Henri III, appartenait à une famille originaire de Toulouse, les Nogaret, anoblis au quatorzième siècle et devenus seigneurs de La Valette au quinzième. Jean-Louis Nogaret de La Va-