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Chapitre VI À propos de la bibliothèque Carnegie

BEAUCOUP de ceux qui ont combattu ou désapprouvé le projet de l'érection, à Montréal, d'une bibliothèque neutre, ne se doutent peut-être pas que ce projet a pris naissance dans le génial et très fécond cerveau de la " Ligue de l'Enseignement."

En effet, pour quiconque a voulu prêter un peu d'attention à cette lutte homérique, qui a tant occupé la presse du pays, il était facile de voir que plusieurs de ceux qui ont voulu doter, à tout prix, Montréal d'une bibliothèque à l'abri de toute censure efficace, ont l'honneur d'être inscrits en lettres d'or sur le grand livre de la Ligue de l'Enseignement.

Quel échevin, par exemple, a combattu avec plus d'acharnement en faveur du projet Carnegie que M. P. -G. Martineau, avocat ? Or, le nom de ce monsieur, on l'a vu, brille parmi les officiers de la Ligue. Quel autre échevin fut plus âpre à la lutte en faveur de la bibliothèque neutre que le Dr Dagenais ? Et cet échevin n'estil pas aussi de la Ligue ?

Il n'est pas difficile, non plus, de constater que les journaux qui se sont faits les défenseurs du projet Carnegie, sont aussi les organes et les défenseurs de la Ligue de l'Enseignement.

Ouel journal, par exemple, appuyala fameuse bibliothèque, avec plus de zèle, et fit plus éclater sa fureur quand le projet eut échoué, que le Canada? C'était véritablement de la frénésie. Or, le directeur du Canada était alors, comme il est encore, M. Godfroy Langlois, organisateur et modeste vice-président de la Ligue.

Et après le Canada, quel est le journal de Montréal qui se montra l'apôtre le plus ardent de la bibliothèque neutre? Ce furent les Débats, condamnés depuis par Mgr l'Archevêque.

Ici, qu'on me permette d'ouvrir une parenthèse pour signaler un fait très significatif.

Le procès Adam-Charlier a révélé que le nommé Charlier, qui d'abord a-vait fait enregistrer son nom comme directeur-propriétaire des Débats, substitua ensuite, au greffe de Montréal, une autre pièce.

Cette substitution, ayant pour but évident de soustraire maître Charlier aux poursuites de la justice, était piquante d'intérêt. Elle mentionnait les Débats comme passés aux mains d'une compagnie ainsi composée :

Président : M. Gaspard DeSerres, capitaliste.

Secrétaire : M. Philippe DeSerres.

Actionnaires-directeurs : MM. Gonzalve Desaulniers, avocat; l'échevin P. -G. Martineau, avocat; Edouard Charlier, Alphonse Marcotte, J.-M, Wilson, marchand.

Or, presque tous ces noms figurent sur la liste des membres de la Ligue.

Notons ici que ce M. Desaulniers est pourtant le même qui, peu de temps auparavant, pour l'avoir accusé

d'être mêlé aux Débats, poursuivait la Croix, de Montréal, et déclarait à ce journal "qu'il était absolument étranger à la rédaction des Débats. [La Croix, 19 juillet 1903, 4-e p.) On lisait encore dans la Presse du 13 juillet 1903 (8e page. Ire colonne) : "Rencontré par un reporter de la Presse, M. Désaulniers a dit qu'il n'avait rien à faire avec les Débats, pas plus qu'avec les autres journaux de Montréal. Il est l'avocat de M. Charlier, et c'est tout."

Ce qu'il j a d'hypocrisie dans cet "absolument étranger ' ' !

Le fait se passe de commentaires. Nous le laissons aux méditations du lecteur.

Nous entrerons un peu plus loin dans la nature intime des rapports qui unissent la Ligue à la bibliothèque Carnegie.

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