CHAPITRE VIII
Réponse aux dénégations du “Canada”
Di le lendemain de la publication des docu-
ments que je viens deciter, Le Canada, dirigé par M. Godfroy Langlois, s'efforçait audacieusement de démentir la nouvelle et publiait la note suivante :
“ La Ligue de l'Enseignement, fondée à Montréal l'automne dernier, n'a jamais sollicité ni directement, ni indirectement une adhésion à la Ligue française de l'Enseignement qui a son siège à Paris.
« M. Herbette n’a jamais été prié ou autorisé ni par la Ligue de Montréal, ni par aucun de ses officiers à faire les démarches que lui prête la « Correspondance Hebdomadaire. »
«La Ligue de l'Enseignement à Montréal est une organisation absolument indépendante, sans aucune afliation à des corporations de l'Etranger. Elle a été fondée dans une pensée purement patriotique et nationale.
« Les préjugé: sont dressés devant son œuvre (1).
(1) A la page 389 des Origines de 1a Ligue, Jean Macé se plaignait aussi de ces mêmes préjugés !—H. B.
C’est pourquoi elle n’a pas cru devoir poursuivre activement ses travaux, pour le moment.»
La publication de l'acte d'affiliation de la Ligue Canadienne à la Ligue française a donc produit de bons et nombreux effets.
1.—Elle prouve que la Ligue canadienne n’est pas morte, mais qu’elle ne s’était retirée dans la solitude que pour mieux s'organiser.
C’est ce que le ‘“ Monde Maçonnique ” recommandait en 1869, lorsqu'il disait :
« Les maçons doivent adhérer en masse à cette Ligue de l’Enseignement si bienfaisante, et les loges doivent étudier « dans la paix de leurs temples» les meilleurs moyens de la rendre efficace, Les principes que nous professons sont en parfait ordre avec ceux qui ont inspiré
Jean Macé. » (Le Correspondant, 10 août 1897, p.451.)
2.— En voulant nier l’affiliation de la Ligue canadienne à la Ligue française, affiliation confirmée par la Correspondance hebdomadaire et le Bulletin trimestriel, et dont toutes les dénégations des Ligueurs canadiens ne pourront détruire l’exactitude, ces ligueurs sont enfin sortis de leur mutisme
obstiné et nous ont donné la meilleure occasion de revenir sur ce sujet.
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Le Canada dit donc que: La Ligue Canadienne u’a jamais sollicité d'adhésion à la Ligue française.
La Correspondance hebdomadaire dit très bien en effet que cette Ligue n’est pas une fondation canadienne, mais bien une fondation française au Canada, et que c’est M. Herbette qui est venu de Paris à Montréal Pour y travailler. En d’autres termes, M. Heebette en est le vrai père. M. Godfroy Langlois en a été plutôt le principal organisateur.
Le Canada dit encore que M. Herbette n’a jamais été prié par la Ligue Canadienne ou aucun de ses membres de faire des démarches. Cela se comprend très bien, puisque la Ligue n’était pas encore née et qu’il n’y avait pas encore de Ligueurs à Montréal lorsque M. Herbette y est venu; et qu’il n’y a eu de Ligue et de Ligueurs à Montréal qu'après que M. Herbette les eut créés et mis au monde avec l'assistance de MM. Langlois et Beauchesne.
D’adhésion, à proprement parler il n’y en avait pas de nécessaire ; car M. He:bette étant un personnage influent dans le conseil général de la Ligue Française il n’a eu à son retour à Paris qu’à faire APProuver son œuvre; ce qui a été fait à la séance du conseil général du 18 décembre 1902, A partir de cette date, le cercle de la Ligue de l’Enseignement de Montréal (Canada ) etait bien et dûment
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affilié à la Ligue française de Montréal, quoiqu’en disent Le Canada et tous les Ligueurs.
Il faut ensuitesesouvenir queleF.. Voltaire étant le second dieu de la Ligue, sa maxime: ‘‘Mentez, mentez sans cesse, il en restera toujours quelque chose”, est très en honneur et en pratique dans la dite Ligue. Il n’est donc Pas surprenant que les disciples de celui qui renia maintes fois la paternité deses œuvres littéraires par crainte dela prison ou de la bastonnade, renient à leur tour la nature de leur ligue.
D'ailleurs Jean Macé ne fit pas autrement et l’enseigna à tous les Ligueurs.
À la page 354 des “ Origines dela Ligue ”, il nous apprend qu'il s'était bien gardé d’avouer à ses adeptes le vrai but de la Ligue, et il ajoutait avec une bonhomie un peu hautaine : “ qu’il espérait que ses collaborateurs” (dans l’œuvre de l’émancipation des peuples par l'instruction laïque) ‘“n’abandonneraient pas le travail commencé, pour avoir appris qu’il était un travail maçonnique.
Sans doute, les Ligueurs ne pensaient pas que leur bulletin tomberait entre les mains des profanes. C'est ce qui explique la franchise avec laquelle ils ont parlé. Rien ne serait étonnant qu’en vrais disciples de Voltaire, ils nieraient un jour ou l’autre dans leur bulletin leurs propres avancés, si
cela était nécessaire pour le bien de la cause ma- Çonnique.
Si Jean Macé trouva la ruse bonne, pourquoi ses collaborateurs Canadiens n’en useraient-ils pas ?
En 1885, du cinquième congrès de la Ligue à Lille (les 12, 13, 14, 15 avril), où fut voté l’immédiate application des lois sur l'obligation, la gratuité et la laïcité de l’école, j ‘an Macé disait :
‘ Autrefois nous affirmions que la Ligue de l’Encei- &nement n'était pas une société religieuse et politique. Aujourd’hui, il n’en est plus ainsi. Aujourd’hui, il faut affirmer que la Ligue est une société maçonnique. » (Louis Martin. La France-Maçonnique, p. 302.)
Enfin, pour montrer combien on tient encore à cacher la nature de la Ligue, citons les paroles de M. Adrien Durand, Orateur du Convent maçonnique de 1898, et confrère de M. Herbette au conseil général de la Ligue (Bulletin 1903, p. 29):
« La Ligue de l'Enseignement est une association extrêmement forte, J'ajoute, « car ce que nous disons ici ne sort pas de son enceinte », j'ajoute que c’est une association maçonnique... »
« L'Esprit Maçonnique y est toujours présent ». (Paul Nourisson. — Le Club des Jacobins, p. 180.)
En vérité, en vérité ! Je le demande encore, peut- On exiger moins de prudence chez les Ligueurs canadiens que chez leurs frères de là-bas ?
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Quant aux grands mots ‘“ National ” “ Patriotique ” que la Ligue canadienne fait si bien ronfler, nous savons leur valeur exacte quand ils sont prononcés par la Ligue.
En France aussi, c’est dans un but soi-disant national et patriotique que la Ligue a fait passer toutes les lois de laïcisation, de persécution et de proscription, comme le déclarait Mtre Challemel- Lacour, président du Sénat, lorsque, annonçant la mort de Jean Macé, il disait :
« Le pape et le clergé catholique ont accusé la Francmaçonnerie de la révolution qui s’est accomplie dans les idées et dans le système scolaire de ce pays. L'Eglise se serait moins trompée si elle avait rendu responsable des lois scolaires, la Ligue de l'Enseignement. » (Bulletin de la Ligue, p. 488.)
Voilà qui est clair et précis !
Nous savons donc quelle signification donner à ces beaux mots de patriotique et de national lorsque les Ligueurs s’en servent.
La Ligue canadienne n’étant point morte, la Ligue Canadienne étant réellement une section de la Ligue française et maçonnique de l’Enseignement, il est donc du devoir de tous les catholiques de la démasquer et de la combattre (1).
(1) Cette réponse a été publiée pour la première fois dans Le Rappel du 2 août.