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CHAPITRE IX La Bibliothèque... orient.….ée par la Ligue

U’'ON me pardonne le calembour; il est tout spontané et puis. si expressif !..

J'ai parlé un peu plus haut du projet de faire, à Montréal, de la bibliothèque Carnegie une biblio-

èque neutre, On a vu que les plus ardents fauteurs de l’idée étaient les organisateurs et les dévoués de la Ligue de l'Enseignement.

Il nous reste à voir que les ligueurs canadiens n’ont fait, en débutant par cette campagne, que suivre les traces de leurs frères maçons de la Ligue de France, I] importait, bien qu’ils aient échoué‘ de signaler ce fait à l'attention du public. Ce nouveau trait de ressemblance est trop frappant pour ne pas y reconnaître la filiation véritable de la Ligue canadienne.

On trouvera naturel que je finisse cette première partie par là où la Ligue a manifesté à Montréal son esprit anticatholiqueet sa pernicieuse influence,

Rien d'étonnant que la Ligue ait entrepris une Campagne en faveur de la bibliothèque neutre.

L'instruction gratuite (pourvu qu’on la paie), voire même obligatoire pour les récalcitrants, enfin et surtout laïque pour tous, tel est le but suprême que poursuit la Ligue de l'Enseignement.

Sans doute les enfants sont les plus dignes de la délicate attention de la Ligue, mais enfin le peuple qui ne fréquente plus l’école mérite aussi, que la Ligue jette sur lui un regard protecteur et lui aide à parvenir à cette émancipation que l’Oncle Herbette rêve pour ses chers neveux du Canada !

Or quel meilleur moyen d'atteindre ce bon peuple qu’en lui construisant une bibliothèque à l'abri de tout regard indiscret des Églises et où une Nanon pourra disputer aux petits mousquetaires l’honneur d'infiltrer dans l'esprit et le cœur des bons fils du peuple, les purs enseignements dont Pot-Bouille est rempli ?

Non, rien assurément ne pouvait être jugé meilleur pour conduire le peuple à cette émancipation si rêvée par la Ligue !

La Franc-Maçonnerie que Jean-Macé appelait avec tant de respect “La Mère de la Ligue” a si bien reconnu l'utilité de la bibliothèque neutre, qu’elle en a recommandé l'usage a sa fille.

Aussi, fidèle aux observations de sa mère, la Ligue de l'Enseignement s'est-elle dès ses origines appuyée sur l’œuvre des bibliothèques neutres, certaine de parvenir ainsi plus sûrement à son but.

«Le commencement indispensable de l'instruction du peuple, c’est de lui apprendre à lire, Mais À quoi lui servirait de savoir lire, s’il n’a rien à lire ! Le complément de l’école primaire c’est doncla bibliothèque populaire...»

C'est ainsi que parlait Jean-Macé, lorsque en 1862 il se préparait à fonder en France la Ligue de l'Enseignement.

En bon franc-maçon, il ne demandait pas tout d’abord que ces bibliothèques servissent à la déchristianisation du peuple. Bien au contraire, se faisant moine, il emploie des paroles de bénédictin et il continue ainsi :

«Tendre la main aux ignorants afin de les élever à instruction, pour nous autres chrétiens qui sommes tenus de les regarder comme des frères devant Dieu, c'est un devoir religieux dans la plus stricte acceptation du mot. La charité pour l'âme ne doit pas nous être moins sacrée que la charité Pour le corps; etles Ames quinesont point éveillées à la vie, faute d'aliments, nous accusent aussi sévèrement là-haut queles cœurs quimeurent d'ina nition.» (Macé-les Origines de la Ligue, page 48),

N'est-ce pas que c’est touchant! Et n’y avait-il pas là de quoi tirer les dernières larmes du seul bon

vieux curé que Jean Macé ait jamais pu enrôler et qui non seulement posa sa signature sur la liste d'adhésion que lui présenta Macé, mais encore lui ouvrit largement sa pauvre bourse ?

Certes! l’idée de fonder des Bibliothèques publiques et gratuites est loin d'être mauvaise en ellemême. L'Église catholique n’a nullement dédaigné ce moyen d’instruire le peuple. En cela, comme en tout ce qui peut contribuer à l'instruction et au perfectionnement moral du peuple et à son soulagement matériel, elle a su prendre les devants et n’a point attendu que les : -gueurs lui indique ce qu’il y avait à faire.

L'Église ne crie point sur les toits le bien qu’elle se propose de faire, mais elle agit et invite ensuite les hommes à profiter de ses œuvres. C'est ainsi qu’à Montréal, pour ne parler que de cette ville, plus de cent mille volumes ont été mis depuis longtemps et gracieusement à la disposition du public, par les MM. de St-Sulpice, parles RR. PP. Jésuites, les RR.-PP. Oblats, les RR.-PP. Rédemptoristes et par les curés de presque toutes les paroisses.

Non, Jean Macé et ses fils canadiensn’ont pas inventé la bibliothèque gratuite. En France, comme au Canada, les bibliothèques populaires existaient avant l’avènement des Ligueurs.

En voici d’ailleurs une preuve irréfutable apportée par Jean Macé lui-même.

«11 faut rendre à César ce qui appartient à César. «L'idée première des bibliothèques communales a été lancée dans le Pays par le gouvernement. Déjà en 1850 une société de bienfaisance s'était formée à Paris, sous l'impulsion de M. Jules Radu, pour fournir gratuitement des bibliothèques à 3000 communes d’abord, puis à toutes les communes de France au fur et à mesure des ressources réalisées.

En tête de la liste de souscription, figure comme « Protecteur» le Prince Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République,

On y trouve la signature du Nonce du Pape Mgr Fornari et celle de cinq prélats.

Le Cardinal-Evêque d'Arras, La Tour d'Auvergne Lauraguais non content de donner sa signature y ajoutait au bas :

“Ami naturel» de tout ce qui peut contribuer à améliorer notre pauvre société, et “appui par devoir» des moyens qui paraissent Propres à atteindre le but, je souscris à l’œuvre des Bibliothèques communales; mais ma souscription ne suffit pas, il faudrai* que je puisse en obtenir dans le diocèse; j'aurais besoin que vous eussiez l’obligeance de me faire remettre soixante prospectus pour les distribuer à mes curés.» (Jean Macé-Les Ori. gines de la Ligue, pages 90-91).

Voilà donc sortie de la plume de Jean Macé une Preuve indéniable que l'Église n’a point attendu

Éd dde ai

mis

l'invitation de la Ligue de l'Enseignement pour donner son appui à l'œuvre des Bibliothèques gratuites.

Mais ces bibliothèques, telles que régies alors ne convenaient pas à la Franc-maçonnerie, La censure qui veillait attentivement à tout ce qui y entrait, ne favorisait point les projets de Jean Macé.

À bout de patience, Jean Macé quittant l’habit de moine qu’il avait revêtu aux débuts afin de mieux duper les bonnes gens, laissa enfin parler son cœur.

Parlant de l’œuvre de la Ligue en Belgique, et de lutte contre la loi de 1842, quiaccordait aux catholiques Belges ce que la loi Falloux accordait aux catholiques français, c’est-à-dire la liberté de l’enseignement, et qui de plus soumettait à la censure ecclésiastique les diverses bibliothèques publiques, Jean Macé après avoir blâmé le ministre de l'intérieur, M. Van den Peereboom, de sa lenteur à faire rejeter cette loi, ajoute:

«Il n’est que trop certain, en eflet, pour parler seulement des bibliothèques populaires, que le clergé ne les voit pas généralement d’un œil favorable, si inoffensives qu’elles se fassent, quand elles s'ouvrent à autre chose qu’à ses livres à lui, plus édifiants qu'instructifs, pour être poli. Les mettre dès le début sous sa direction, c’est un peu retirer d’une main ce qu’on essaie de donner de l'autre, Presque partout, on peut s’y attendre, les

initiateurs reculeront devant une censure à bon droit suspecte. De 1à, des mécontentements, des luttes, un surcroît d'irritation, etc., etc., et la goutte d'eau fatale qui fait déborder le vase finira bien Par arriver.

Si telle a été l'intention de M. Van den Peereboom il peut être assuré de trouver dans la Ligue de l’Enseignement une alliée énergique, qui travaillera de tout son Pouvoir à lui faciliter la besogne.» (Jean Macé, Les Origines, p. 209-210).

Est-ce assez clair, assez précis ?

Le ministère anticlérical a-t-il besoin d’aide pour renverser les lois portées parlescléricaux et les modérés pour préserver la morale publique, la Ligue de l'Enseignement est là toute disposée à pousser à la roue!!

Laïciser ! laïciser !

Voilà l’unique mot d'ordre dela Franc-maçonnerie et de sa fille, la Ligue de l'Enseignement, qu’il s'agisse d’un hôpital, d'une bibliothèque ou de l’école. (1)

(1) Ce chapitre a Paru pour la première tois en entier. à peu de chose près, dans le Rappel du 10 août 1908.

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