CHAPITRE XVIII
“La Presse” se tait... Mystère.
E tous les journaux quotidiens de Montréal, seule,
la Presse, par son article du 5 février 1903, (cité plus haut), avait eu le courage de dénoncer la Ligue de l'Enseignement.
Aussi, après lui avoir entendu dire de si grosses vérités sur l'une et l'autre Ligue, semblait-il tout naturel qu'elle ait dû se réjouir de la publication de notre étude, qui ne faisait en réalité, que prouver les accusations qu'elle avait porté contre ces mêmes Ligues.
I n'en n'a pas été ainsi cependant. Tandis que /e Journal et la Patrie dont nous avions dénoncé la conduite, nous ont fait bon accueil (1); seule Za Presse n’a pas même daigné accuser réception denotre brochure. (2)
Que veut dire ce silence, après tant de loquacité ? se sont demandé bien des sens.
La Presseétait-elle sincère lorsqu'elle dénonçait ainsi les deux Ligues, ou bien, persuadée, que nous ne pourrions jamais mettre la main sur les précieux documents, n'agissait-elle ainsi qu'afin de pouvoir aider plus efhca-
cement les houeurs :
(1; Le changement d'opinions de ces journaux est dûe au changement de leurs rédacteurs en chef
21 M Arthur Dansereau, réacteur en chef, nous avait cependant promis d'en donner une impartiale appréciation,
ni —
C'est une question que nous pouvons nous faure avec d'autant plus de raison, que le public n’a pas oublié la fameuse campagne entreprise par ce journal contre les théâtres, afin de se recommander auprès des catholiques: ce qui ne l'a pas empêchée de reprendre bientôt après la publication des réclames en faveur des mêmes théâtres, contrairement au désir bien connu de l'archevêque.
Nous pensons que les relations amicales qui existent entre M. Herbette et la Presse doivent être pour beaucoup dans son silence.
En effet, dans son numéro du 3 octobre 1903, /a Presse publiait un très long article dans lequel son correspondant parisien M. Montet, nous racontait, en termes on ne peu plus émus, la réception chaleureuse que l'oncle Herbette lui avait faite dans son château de Pornic. En voici quelques extraits :
“ Je suisicien une villégiature bien connue de plusieurs “de nos compatriotes, dans le château de notre oncle “bienveillant et toujours dévoué, M. Herbette... ! l'hos- “pitalité à Pornic est bien canadienne... ! tous ces braves “vens n'hésitent pas en nous voyant à nous reconnaitre ‘pour descousins tout comme tous les Canadiens recon- “naissent le bon oncle Herbette pour un des leurs, le plus
‘obligeant et le plus dévoué!!!
Comment, après cela, annonce que ce cher Oncle est conseiller de cette Ligue française, et le fondateur de cette Ligue canadienne sur lesquelles il avait été dit tantet de si grosses vérités dans l'article du 5 février 1903 ?
Nons le comprenons, cela était impossible!
Nousenétions persuadés depuis longtemps d'ailleurs ; car, après nous avoir accordé l'hospitalité pour la publiblication d'une série d'articles sur la Ligue, la Pressenous fit dire par son rédacteur en chef,comme jadis /e Journal par M. Beauchesne, qu'elle ne pouvait continuer, vu le manque d'espace! Le jour se faisait trop, cela devenait compromettant !
C'est sans doute pour cette même raison qu'une lettre ouverte quenous avions adressée, par poste recommandée, à M le rédacteur en chef de /a Presse (le 13 juillet 1903), et dans laquelle nous donnions la teneur des documents relatifs à la Ligue canadienne, ne put trouver de place dans les nombreuses colonnes de ce grand journal !
Et puis enfin, /a Presse devait soutenir la candidature de plusieurs des partisans de l'hôpital neutre, de la bibliothèque neutre, voir même de la gratuité et de l'uniformité des livres, ainsi que publier la fameuse protestation de la Ligue!
Tandis que la Presse se drapait dans un mutisme si éloquent, l'Union, publiée à St-Hyacinthe— rédacteur inconnu—nous consacrait une colonne et demie de son numéro du 23 décembre 1903. L'auteur de l'appréciation déclare d'abord qu'il n'a Ju que très rapidement notre brochure. Mais si grande est sa perspicacité que, maloré sa lecture très rapide, il a pu, fidèle à la devise de
son Journal “Soyez juste etdroit,"’ porter le jugement sui-
vant: ‘M. Pernard est aussi vil dans ses attaques, que
ratipant dans ses flatteries.'" Ce très distingué et très
St
savant critique trouve ensuite nos statistiques trop faibles, mais là se borne son effort et ses lumières. Il ne tente pas même l'ombre d'une preuve.
Enfin la partie principale de son article, celle par laquelle 11 termine, mérite l'attention du lecteur; elle consiste en cette déclaration: ‘Nous ne faisons pas partie de la Ligue de l'Enseignement ( ??), mais nous avons lu son programme; nous le trouvons bon et nous espérons que quand elle se réveillera, elle sera assez forte pour atteindre le but qu'elle se propose: la réforme de notre système d'instruction publique dans la province de Québec.”
Nous regrettons beaucoup, pour la Liguecanauienne, qu'elle ne se soit pas encore assuré l'appui de ce monsieur ; nous luiconseillons de l'enrégimenter au plus vite. Quant à ce rédacteur aussi {lustre que mystérieux, qu'il se hâte d'adresser son adhésion à la Ligue, car c'est bien de lui et de tous ses semblables que le Monde Maçonnique parlait lorsqu'il disait :
aJ'en conviendrai volontiers, les adversaires de la Ligue ont bien eu raison de crier: à la franc-maçonnerie ! en voyant son programme. Si celui qui l'a dressé n'avait pas été maçon, ilavait «tout ce qu'il fallait pour le devenir; et ceux qui l'ont accepté avaient tout ce qu'il fallait pour être des nôtres.»
(Le Monde Maçonnique, novembre 1868, p. 438-440. TJ,
Moussac: {ist. de la Ligue, p. 181.