CHAPITRE Ill Une morale... immorale
UELLE est donc la doctrine religieuse de la Ligue de l'Enseignement et des Loges ?
C'est la doctrine de Jésus-Christ renversée. On la désigne en France sous le nom de morale laïque.
En 1895, le F.'. Blatin, un des hauts personnages de la Ligue de l'Enseignement, disait devant les jeunes élèves des cours commerciaux :
«Je désire voir, dans chacun de nos cours, le professeur enseigner à nos élèves ce qu'est la franc-maçonnerie française, ce qu'elle a fait pour la patrie et pour l'évolution progressive de la société moderne. Je voudrais qu'on montre bien à nos élèves que ce qui a fait notre force d'expansion et notre puissance, c'est le grand idéal moral qui nous est particulier... : je désire surtout qu'on enseigne à nos élèvescombien cette morale est diflérente de celle qui nous a été léguée par le christianisme, et que, si cette dernière a servi de prétextes a tant d'iniquités, la nôtre, au contraire, sera la justification de la justice réparatrice, Nous voulons que personne ne se trompe «ur notre compte, Nous enseignons à nos adeptes à détest: 1. coup de choses que la morale du Christ apprend à admir.
«La franc-maçonnerie a une morale particulière, elle exalte ce que le catholicisme condamne, elle condamne ce que lcatholicisme exalte.s (Bulletin du G.:.-0.. août septembre 1892,
En 1885, alors qu'il était ministre de l'instruction publique, M. Combes, après avoir recommandé aux maîtres d'école de la Seine, de faire des citoyens libres de toute idée religieuse, les encourageait par ces paroles :
«Vous aurez bien mérité de la République, de la patrie, si vous parvenez à nous faire une génération coulée dans un moule qui porte, sur ses bords, la noble image de la Répubhque.» ( Jacques Bonzon, Le Crime et l'École, p. 100.)
Un peu plus tard, plus débarrassé lui-même des préjugés de la première enfance, préjugés qui lui avaient sans doute dicté sa thèse sur saint Thomas d'Aquin, il expliquait aux instituteurs réunis à Lyon :
«Que la Maçonnerie doit succéder aux religions usées dans l'apostolat de la morale.» (Bulletin du G.'.-0.'. 1897, p. 5.)
En juillet 1903, le secrétaire-général de la préfecture de Marseille, M. Dautresme, définissait et prônait publiquement la morale laïque.
Après s'être livré aux plus violentes attaques contre la religion catholique, après avoir déclaré que l’enser-
gnement devait désormais avoir pour principal objet
d'arracher les jeunes générations à ce qu'il a appelé les
préjugés religieux, il continuait ainsi :
«Cette œuvre ne peut s'accomplir que par une instruction exclusivement laïque, ce qui ne veut pas dire seulement par une instruction donnée par un personnel laïque, mais ce qui signifie un enseignement imprégné des grandes vérités qui font les consciences libres, débarrassées de sette humilité chrétienne qui abaisse l'homme par l'idée obsédante de sa culpabilité, de son impuissance morale, et fait de lui un esclave tremblant et
superstitieux,»s (La Croix de Paris, 1er août 1903.)
Mais on attendit longtemps avant de parler si ouvertement, On s'en gardait bien. C'est surtout au sujet de la morale que la Ligue et les Loges ont pratiqué le sous-entendu forcé, dont parlait Jean Macé au congrès de 1881, et ont menti avec acharnement, comme si elles n'avaient rien eu de mieux à faire. Mais, dit M. Tavernier, la victoire leur a permis de se payer enfin le luxe dela sincérité. Triomphantes, elles ont ainsi parlé :
“La distinction entre le catholicisme et le cléricalisme est purement officielle, subtile, pour les besoins de la tribune; mais ici, en loge, disons-le hautement pour la vérité, le catholicisme et le cléricalisme ne font qu’un.»
(Paroles du F.'. Courdaveaux, professeur à la Faculté des Lettres de Douai: La Chaîne d'Union, juillet 1880, p. 199.
«Je dis que nous devons éliminer l'influence religieuse, sous quelque forme qu'elle se présente, même en dehors et au-dessus du cléricalisme. Je vais plus loin encore, disait le F.'. Fernand Faure: Nous devons éliminer toutes ‘#s idées métaphysiques, ou, pour n° ux dire, toutes les croyances qui, ne relevant pas de la science, de l'observation des faits, de la seule libre raison échappent à toute vérification et à toute discussion. (Bulletin du Grand-Orient 1885, p. 706.)
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