CHAPITRE IV Tactique et moyens d'action
À yes Macé, dit M. E. Tavernier, était un homme doué au plus haut degré des facultés qui conviennent à la vulgarisation, à la propagande, à l’organisation.. Pas le moins du monde orateur, Jean Macé, devant de petits auditoires, pouvait cependant expliquer ce qu'il avait à dire. D’aspect commun et rude, il parlait avec une hésitante gravité...
‘‘Avecune énergieextraordinaire, avec un rareesprit de suite et de méthode, Jean Macé a voulu rompre le lien entre l'Église et l'école, entre l'instruction et la foi. Pénétré de son idée, ‘il n’en a pas d’abord indiqué tout le sens”. Cet organisateur avait une nature de conspirateur. Passionné, il sut très habilement, par le souci et par les conseils mêmes de sa passion, s’astreindre, en
pleine hardiesse, à des r:anœuvres: ‘“ dissimuler, se contredire, avouer, nier, de partis pris, selon une mesure variable et graduée, suivant le progrès des ligueurs, suivant les besoins du moment ”’!!
Ce fut d'abord, de 1866 à 1870, une vague mais intense prédication :
Le patrimoine béni, où est le salut de l'humanité,
c'est le livre qui le représente, Tout homme entre les
mi —
meilleur de son héritage” écrivait Jean Macé, peu de temps avant la guerre de 1870. (Compte rendu, No. 5: E. Tavernier: La morale et l'esprit laïque, p. 60.)
C'est donc l’œuvre des bibliothèques qui fut le mobile apparent de la fondation en Frence de la Ligue de l'Enseignement.
Jean Macé savait trop bien que le peuple d'alors n'était pas prêt à accepter les doctrines maçonniques. Aussi mit-il à profit toutes les ruses et toutes les fourberies pour enrôler dans sa Ligue tous ceux qui s'intéressaient à la diffusion de l'instruction. Il prêchait partout, à l'exemple des ministres protestants suisses, ses amis et ses aides. Il prêchait la nécessité de l'instruction, qui devait donner aux hommes la grande liberté de l'esprit, et faisait reposer cette œuvre régénératrice sur la multiplication des bibliothèques.
Il créait ainsi des cercles dont un ou deux membres au plus connaissaient le fond de la pensée du maître. Ces membres étaient chargés de diriger les esprits et de préparer ainsi peu à peu les voix. Lorsque quelques endoctrinés plus méfiants lui demandaient quel était le programme dela Ligue; c'était toujours par des phrases vagues et sans conclusions qu'il répondait, (1)
«Ainsi donc, répondait un jour Jean Macé À une personne
qui lui demandait: Où est le gouvernement ? Il en faut un!» Ainsi donc, pour résumer le sens de ma réponse à la question qui m'a été posée, qu'on n'attende pas, pour entrer dans Îa Ligue, l'exhibition d'un programme et la nomination d'un
gouvernement. Qu'on y entre avec la volonté bien arrêtée de
1) Comme l'ort fait les ligueurs de ontréal
s'organiser entre soi, de se passer de gouvernement et de se faire son programme soi-même. Il ne peut pas être le même partout, et l’on est pas deshommes tant qu'on a besoin d'aller demander aux autres ce qu'on a de meilleur à faire chez soi.» (Macé: Les Origines, p. 250.)
Rien de plus vague et de mieux fait en même temps pour exciter bon nombre d'individus à faire partie de la Ligue.
Mais, lorsque grâce à ses officiers choisis avec grand soin, Jean Macé vit qu'il pouvait pousser de l'avant, il di-
rigea habilement lesligueurs à “ l'esprit de révoltecontre
l'Empire et surtout contre l'Eglise.” [montra l'Empire
comme un gouvernement despotique, et la morale de l'Église cacholique comme une cause naturelle d'abrutissement et d'asservissement des esprits,
La morale, la grande morale régénératrice de l'esprit humain, devait naître spontanément et se maintenir avec l'appui de “la lecture et de l'écriture, considérées comme étant au-dessus de toute controverse dans le trésor des connaissances humaines.”
‘ Des bibliothèques, des bibhothèques hbres surtout de toute vaine etimportune censure,"’ et lamorale allait prendre un essor irrésistible !
Aux membres de la Ligue, Jean Macé répétait souvent le mot d'ordre: ‘Nous sommes des faiseurs de lumière sans plus.”
Ces nombreux faiseurs de lumière crurent peu à peu qu'ilsétaient eux-mêmes la lumière ! C'est alors que Jean Macé commença à exercer une réelle et néfaste influence.
es la
chute de l'Empire et l'édification d'une république basée uniquement sur les principes maçonniques. Ce dont il se vantait en 1877, comme nous l’avons vu plus haut.
L'Empire renversé et la République rétablie— et si bien tombée au pouvoir de la maçonnerie que tous ses présidents, à l'exception de MacMahon et peut-être de Casimir Périer, ont appartenu à l'Ordre du Grand- Orient — la tâche devenait facile.
I est vrai que l’on mitencore dix ans pour en arriver à un résultat sérieux. Mais dix ans n'étaient pas de trop pour mener à bien la campagne entreprise contre la loi de 1850, dite loi Falloux, qui accordait ia liberté de l’enseignement.
C'est dans l'intervalle de ces dix années que Jean Macé mit en œuvre toute sa ruse, toute son astuce, tout son art de tromperet de mentir à l'exemple de celui qu'il donna pour patron à sa Ligue, le F.". Voltaire.
Enfin, aidé des Paul Bert, des Jules Ferry, des Gambetta, des Steeg, etc, etc., en un mot de toute la maçon-
nerie, il réussit au delà de toutes ses espérances dans ses
rastes projets de réforme scolaire. Nous allons le voir.