RÉSULTAT SCIENTIFIQUE : NUL
Ecoutons encore ce qu'une autre créature de l'Etat, M. Ledrain, chargé de faire une enquête sur les résultats scientifiques de l'Ecole primaire laïque, disait dans son témoignage publié par 7 Éclair et le Manuel général, le 3 septembre 1898,
«Comment ! La loi oblige les enfants à ne pas quitter l'école avant treize ans ; ils passent donc six années, quelquefois davantage, c'est-à-dire 1400 jours sur les bancs, Et, quand on cherche le fruit de tant de leçons, de tant d'heures scolaires, on arrive, pour la majorité, à cette conclusion : ils n'ont rien appris." Oui, ils sortent d'un tel labeur, ia tête absolument vide, incapable de tenir une plume. Et les millions dénensés, de part et d'autre, pour aboutir à un pareil néant, y songe-t-on sans frémir ?...n
Après avoir passé en revue les diverses matières, l'orthographe et l'histoire spécialement, M. Ledrain continue :
«Ce que j'afhrme, d'après les renseignements précis dont je
dispose, c'est que l'instruction, pour la masse des enfants, est
nulle, dans la plus grande partie de la France, et qu’il devrait en être autrement. »
M. Salomon Reinach, à son tour, avait de semblables accents de découragement dans la République française du 20 juillet 1893.
En 1893, sur 343,000 conscrits, 22,000 ne savaient
ni lire ni écrire, 55,000 pouvaient à peine signer leur
nom et l'instruction de 12,000 autres ne pouvaient être vérifiée,
I y avait cependant 12 ans que l'instruction primaire avait été décrétée obligatoire. Ces conscrits avaient alors 8 ans et devaient aller à l'école !!
D'ailleurs, les choses n'ont pas changé.
C'est ainsi que la Correspondance hebdomadaire de la Ligue de l'Enseignement, 10 mai 1903, signale comme admirable le fait de l'institute 17 Gourdin qui, pour montrer son dévouement à la République (et obtenir un avancement surtout), a entrepris d'apprendre à lire à 35 soldats du 17e d'artillerie.
Enfin, constatation plus désolante encore, on lit à la page 137 de l’'Almanach du Drapeau, publié par la Maison Hachette de Paris :
‘La France n'occupe plus que le troisième rang parmi les nations, au point de vue de la popularisation de l'instruction. Sur 1000 conscrits incorporés, on compte L'illettré en Allemagne, 20 en Suisse et 50 en France.”
Ces soldats n'ont pourtant que 22 ans au plus, et la loi de l'école obligatoire est votée et mise en vigueur
depuis 22 ans !!
Elle date en effet du 28 mars 1882, et l’article III se lit ainsi. ‘ L'instruction primaire est obligatoire pour tous les enfants des deux sexes, âgés de six ans révolus, LA
à treize ans révolus.
Oui, la loi dit bien cela, mais l'école obligatoire, c'est de la fumisterie.
M. Ledrain nous dit :
«La loi de 1882 n'est nullement observée, et, de peur de se faire des ennemis politiques, les maires qui sont chargés par la loi, de voir à l'exécution de la mesure, sont les premiers à ne pas s’en occuper. Imitant en cela les maires, les instituteurs et les institutrices se soucient fort peu de l'assistance à l’école. L'Inspecteur du Cantal, entre autres, ne cache nullement que les instituteurs, qui avaient eu tant de promesses, se sentent sacrifñées ; que la fréquentation de l'école laisse de plus en plus à désirer et que la plupart des maîtres en prennent aisément leur parti et ne font rien pour améliorer la situation.»
Les choses en sont à un tel point, qu'au congrès de la Ligue, tenu à Alger, un orateur demanda sérieusement s'il ne serait pas possible d'user de la suggestion hypnotique pour amener à l'école—laïque—les enfants rebelles à toute assiduité scolaire!!! ( Manuel général 1898, p. 405.)
Il y a en effet de quoi s’alarmer, car selon M. Jacques Bonzon, fervent disciple de Jean Macé, à Paris seulement, plus de 50,000 enfants ne fréquentent pas l'école.
«Loin de s'améliorer, la situation est encore devenue plus
précaire.
«En l’espace de onze ans, de 1885 à 1896, dernière année de la publication, par le Ministère de l’Instruction publique, des résumés des états de situation, la fréquentation scolaire générale a subi un fléchissement considérable. Il faut surtout signaler la diminution des élèves d'âge scolaire, de six à treize ans. 5
. Elèves d'âge scolaire En 1885, on en comptait dans les
Ecoles primaires publiques 3,701,540 En 1895, on n’en compte plus que . 3,381,161
Différence en moins 320,379 (1})n Ilest juste de remarquer ici que ce fléchissement de la population scolaire ne 52 produisait que dans les
écoles de l'Etat. M. Jacques Bonzon, protestant et
let que les écoles congréganistes
avaient 1,098,790 élèves en 1885, et 1,291,387 en 1891 ’
hgueur, constate en e!
soit une augmentation 192,597 (on n’en continue pas moins a dire que le peuple veut l'école laïque.) I restait encore une balance de 127,782 enfants qui ne fréquentaient pas l'école,
On a donc droit de se demander ce que va réserver l'application de la “loi des Associations” et l’abrogation de la loi Falloux. L'article suivant nous en donnera une faible idée.