SCÈNE PREMIÈRE
DOCTEUR DEROY, président, NOTAIRE LANDRY, secrétaire, M. LE MAIRE, MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ST. VINCENT DE.PAUT.
PRÉSIDENT
Nous sommes au complet: ilest 4 heures ; la séance est ouverte.
SECRÉTAIRE
Voici la liste des bienfaiteurs pendant la dernière quinzaine et le montant respectif de leurs dons. ...
Voici la liste des pauvres que nous avons à soutenie.
J'ai reçu de nouvelles demandes de secours de la part de Joseph Caron et des deux sœurs Picard.
Voici une lettre de M. le curé adressée au conseil de notre société.
PRÉSIDENT
C’est bit : lisez cette lettre, tout de suite.
SECRÉTAIRE
Monsieur le président et MM. les membres du conseil de ln société St Vincent de Paul.
Messieurs,
Ci-inclus un chèque de 85.00 pour vos pensionnaires.
Maintenant. je ne veux pas m'élever contre les pauvres ; ils sont les membres de Jésus-Christ et leur pauvreté même doit les protéger contre la malveillance ; mais permettez-moi quelques considérations que je crois être dans l'intérêt de votre société et de tous nos concitoyens :
Le nombre des malheureux se multiplie d'une manière alarmante, dans la paroisse. Vous ne pouvez plus suffire à tous les besoins, secourir toutes les indigences ; mais où en serons-nous avant longtemps si nous ne prenons les moyens d'enrayer ce fléau de la misère ?
La première cause de l'état de choses que nous déplorons me paraît être l'insouciance des chefs de famille : Les parents n'emploient guère que deux moyens pour préparer un avenir à leurs & 1fants : le travail et l'économie. L'expérience démontre que dans beaucoup de cas, ces deux moyens ne suffisent pas.—Le cas de M. Fortier n'en est-il pas une démonstration frappante ?—Je viens vous proposer de popu-
lariser parmi vos concitoyens, un moyen supplémentaire : l'assurance sur la vie. Elle est précisément le complément du travail et de l'économie et supplée à leur insuflisance, surtout dans le cas de mort prématurée du chef de la famille,
Permettez-moi de vous citer les autorités suivantes, touchant les assurances sur la vie :
“ Les corporations qui s'appliquent à tarir les soures de la pauvreté offrent souvent d'excellents modèles. Telles sont parmi les meilleures, les assuances sur la vie”, LePlay : Constitution de l’Angleterre. Liv. VI, Ch. IV.
“ Les assurances, dit Rossi, enlèvent au malheur sa funeste puissance, en divisant ses effets. L'intérêt s’anoblit en prenant en quelque sorte, les formes de la charité. Par les assurances, les plus terribles fléaux perdent de leur horreur et plus d'un père de famille, à son lit de mort, doit aux assurances sur la vie, le bonheur ineffable de pouvoir tixer sans angoisses, ses derniers regards sur sa femme et sur ses enfants ” (Revue de la Législation) II, 45.
Si comme moi, vous croyez que l'assurance sur la vie est le meilleur moyen de prévenir la misère des veuves et des orphelins, je vous propose ce qui suit . Qu'un comité formé de MM. le maire, le docteur et le notaire s’adjoigne l'agent d’une compagnie responsable et recrute des sujets à assurer dans ia paroisse.
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Je vous prie de considérer ce projet aussitôt que possible.
A vous, in Xto Jesu.
PRÉSIDENT Qu'est-ce que vous pensez de ce projet, messieurs ; vous, monsieur le maire. ...?
MAIRE Quand il m'aura été démontré par un homme de loi que les compagnies d'assurances sont des institutions indiscutablement solvables, je dirai qu'elles sont des succursales de la Providence, des agences du gouvernement divin, offrant à toutes les familles l’aisance et le bien être. Et je demanderais à monsieur le notaire de nous dire ce que nous devons penser de la solvabilité de ces institutions. NOTAIRE Je comprends qu'il est ici question des assurances incorporées par le parlement du Canada.
PRÉSIDENT
Oui, oui. NOTAIRE
Les statuts qui régissent ces compagnies sont un modèle de législation, au point de vue de la sécurité qu'ils garantissent aux assurés. Outre les argents fournis par les détenteurs de contrats et qui sont, avec les intérêts composés qu'ils produisent, une
garantie solidaire, chaque compagnie a un fonds social qui doit être reconnu suffisant par la législature, un fonds de réserve destiné à rencontrer les pires éventualités et enfin un dépôt fait au gouvernement dont le chiffre est déterminé par la loi. Ce dépôt est fait avant le commencement de toutes opérations et devra être angmenté chaque année subséquente, aux exigences du gouvernement.
La concurrence entre les diverses compagnies d'assurances fait que chacune d'elles otfre des garanties supplémentaires à celles exigées par la loi.
Leurs chartes indiquent aux compagnies de quelle
manière et sur quelles suretés exclusives elles pourront placer leurs capitaux. ‘ous les livres et archives de ces institutions sont constamment ouverts à la disposition d'inspecteurs nommés par le gouvernement. Nous pourrions aussi mentionner comme motif de sécurité, le caractère et l'honorabilité des actionnaires et directeurs de ces corporations. Si je vous nommais quelques-unes de ces personnes, vous y reconnaîtriez les plus beaux noms du pays.
Le législateur a compris que les compagnies d’assurances sont un des plus puissants facteurs de la prospérité dans les familles et il n’a rien négligé pour convier le peuple à placer en toute sécurité, ses éco-
nomies dans ces institutions. Ila fait insaisissable le produit des polices d'assurances.
Tous les premiers hommes du pays, les juges, les ministres, les députés, les hommes des professions libérales, ceux qui sont censés bien connaître l'état de solvabilité de ces institutions, ont leur vie assurée pour de forts montants. Le gouvernement oblige ses employés permanents à se faire assurer.
Ceux précisément qui dictent aux compagnies d'assurances les garanties qu'elles doivent donner, nos députés, les sénateurs, placent là toutes leurs économies, l'héritage de leurs enfants, et sont personnellement intéressés à ce que ces compagnies soient indiscutablement solvables. Aussi se montrent-ils excessivement exigeants.