‹ La ligue de mm. le curé, le maire, le notaire et le médecin [microforme]Chapitre 11 sur 16 · MAIRE · texte numérisé non relu

MAIRE

Merci pour moi, notaire; je suis convaincu ; je crois aux assurances,

NOTAIRE

Vous êtes un néophyte converti, mais il faut devenir un apôtre des assurances. Permettez-moi de traiter le sujet à un autre point de vue maintenant.

PLUSIEURS VOIX Parlez ; parlez ; parlez...

NOTAIRE

D'une manière générale on peut dire que dans cinquante ans il n’y aura de pauvres que ceux pour

qui les parents auront choisi la pauvreté. A peu près tous les pères de famille ont la faculté, au moyen de l'assurance sur la vie, de laisser un héritage enviable à leurs enfants. S'en trouvera-t-il qui préfèreront ne laisser comme héritage que la misère et

ses souffrances ? Hélas! oui ; mais puisse-t-il ne pas s'en trouver dans la paroisse.

Pour moi, je trouve cette conduite inexplicable.….….. Comment ! on met des enfants aux prises avec l'exis-

tence, avec une existence qu’ils n’ont pas demandée ; on ne leur donne souvent qu’une constitution morbide, chargée de tares ; on les abandonne sans secours au milieu de cette lutte acharnée pour la vie et on croit leur avoir fait un bienfait !.... L'existence au sein des tortures physiques et morales de la misère est le plus épouvantable supplice sur la terre et l'évocation d’un nouvel être à la vie, pour l’abandonner à ces tortures, est une “ embûche que les parents dressent à leur propre sang. ” Ilest plus barbare, à mon sens, le père qui ne se soucie pas de préparer un avenir à son enfant que ne le serait celui qui jetterait à la voirie, le corps inanimé, le cadavre de son fils. Un cadavre du moins est insensible et ne souffre pas. On dit qu'on aime ses enfants. Bien, par l’assurance, il nous est donné de déployer toute l'énergie d’un amour fort comme la mort. La mort pourra toujours coucher dans le cercueil un père de famille, mais les

enfants ne seront pas privés des fruits de l'amour de leur père, s’il avait une police d'assurance sur sa vie. Comme un arbre qui, en tombant sous la cognée, se chargerait, rendus à maturité, de tous les fruits qu'il devait produire pendant de longues années de végétation, ainsi en tombant sous la faulx de la mort, n'importe à quel âge, ce père de famille laissera à ses héritiers tous les fruits d’une longue carrière de labeur et de dévouement.

J'ajouterai que, d’après notre médecin, une épidémie est imminente, et il serait urgent pour chaque père de famille, de faire assurer sa vie avant l’épidémie.

PRÉSIDENT

Le projet de monsieur le curé est-il adopté ? PLUSIEURS

Oui.... oui.... oui.

PRÉSIDENT L'agent de La Montréalaise sera parmi nous ces

jours-ci....

SECRÉTAIRE

Il n’est pas de compagnie plus recommandable. PRÉSIDENT

....peut-être arrivera-t-il ce soir: nous nous entendrons monsieur le maire, le notaire et moi, pour commencer avec lui notre croisade de la prévoyance

SECRÉTAIRE

Sur l’ordre du jour viennent maintenant les demandes de secours, mais je dois dire que la modicité de nos fonds ne nous permet pas de prendre de nouveaux engagements.

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