CHAPITRE XIV
Le roi se dirige vers la Bretagne avec une armée; Mercœur se soumet; motifis qui décident Henri lY à le traiter favorablement : M^^ de Mercœur k Angers; intervention de GabrieUe d'EstréeSf Henri lY et SùUy; Mariage de César de Yendôme et deM^p de Mercœur.— • Traité; articles secrets (1598).— Adieux de Mercœur k la Bretagne. — Séjour du roi k Nantes; la bourgeoisie froissée et soumise k Fautorité royale. — Ordonnances du roi pour pacifier la Bretagne. — • Mercœur va combattre en Hongrie; il meurt k Nuremberg (160S). — Jugement sur Mercœur et sur la guerre de la Ligue en Bretagne.
Henri IV avait rassemblé des troupes; et, vers la fin de février 1598, il s'acheminait vers Nantes, en suivant les bords de la Loire : il était décidé à vaincre par la force des armes la résistance de Mercœur ; tous ses plus sages conseillers, Duplessis, Schomberg, de ThoQ, Sully, Vy exhortaient, et ne doutaient pas du succès. Le roi lui-môme déclarait ses intentions à son fidèle serviteur Montmartin, quHl envoyait en Bretagne, avec une mission spéciale : « Dites que « je porte la paix et la guerre : je châtieriai les opiniâtres, et parte donnerai à ceux qui de bonne heure se reconnoistront ; qu*on le « fasse entendre à ceux qui tiennent mes places sous M. de Merce cœur*. »
Celui-ci ne songeait pas à se défendre ; tout le monde Tabandonnait : « On n*a jamais rien vu de si contrit, écrivait avec raison « Duplessis ; nos orgueils sont rabattus à bon escient K « Montmartin,
i Montmartin, p. 313.
2 Lettre de Duplessis, 29 mars.
jadis repoussé par Mercœur, était maintenant recherché, appelé par lui ; et il arrivait à Nantes, avec des passeports pour les disputés da duc, slls voulaient traiter. Introduit à l^hôtel de Briord, il s*acquitte de sa mission et ajoute que dans huit jours le roi sera devant la ville avec son armée ; Mercœur souriait, disant qu'il viendrait se morfondre devant Nantes, et faisant parade de ses forces et de ses ressources. Mais il avait perdu toute confiance, et il était décidé à ne pas combattre. Aussi, le soir même, après une longue conférence avec M"" de Marligues et de Mercœur, il engageait Montmartin à conduire vers le roi la duchesse elle-même, qui traiterait beaucoup mieux que ses députés. Après quelques difiBcultës, Montmartin y consentit, et M"" de Mercœur se dirigea vers Angers*. Henri IV avait hâte de recevoir la soumission du dernier prince ligueur, et de régner enfin sur toute cette France, qu'il avait, an prix de tant d'efforts, reconquise et surtout rachetée. Il voulait rendre la paix au royaume, en se conciliant tous les intérêts jadis ennemis; et il pensait, avec assez de raison, qu'un traité avec Mercœur accélérerait la conclusion des longues négociations entamées à Yervins avec les Espagnols. Puis, les ressources du roi n'étaient pas très-considérables; les sommes promises par la Bretagne, pour l'entretien de son armée, n'étaient point payées : « Je n'ay pas trouvé un escu <c prest pour y satisfaire, écrivait-il au conoélable, » Cm aiotife pouvaient rengager à ménager le duc dd Meroœur. « Cela m*ii Cait ft prendre party, ajout9it-il, d'accorder avec loi peut-oestre pins « promptemeot et à conditions plus adyaplageuses pour iuy que j» « n'eusse faict, craignant que l'appréhension qu'il a eue de ma vsnne « se chimgeast en une ob^tinaUon, qu^nd il 4e»couvrirûit mes incom- « moditez et sçauroit meç force3 d«»neqré^8 toutilas el languir par 4c taulte d'argent^. »
Msis des motifs plus personnels^ et moins lM>«oraMes, jacbevèrent de le décider, peut-^tre même le décidèrent uniquement. Le duc de Mercœur avait une fille, héritière de sa grande fortune, des domaines considérables et des prétentions de la maison de Peniàiëvre. Déjà l'on avait fait entrevoir à Henri IV les avantages d'une pareiUa
1 Montmartin, p. 315.
2 Lettre de Henri IV au connétable, 10 mars 1598. — Voir aussi la lettre qu'il écrit à MM. de Bcllièvre et de Sillery , le 4 mars.
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union poor Tan de ses enfants : la belle Gabrielle ëtaît alors tonte poissante sar le cœnr da roi ; elle avait conçu de snite cette magnîfiqae espérance pour son jeune fils César ; elle était entrée probablement en relations avec la duchesse de Mercœnr, et n'aTsit pas manqué de suivre le roi dans le voyage de Bretagne. Cest son influence qni doit remporter snr celle des conseillers de Henri IV; c'est elle qui conduit véritablement toute la négociation^.
La cour était arrivée à Angers : Henri IV voyait chaque jour les gouverneurs des places qui restaient encore k Mercœur s*empresser de fâiire leur soumission 3; lui-môme annonçait au connétable que H"* de Mercœur, après avoir quitté Nantes, craintive et peu rassurée sur Favenir, s'était avancée, en suivant la rive méridionale de la Loire, jusqu'aux ponts de Ce : elle ne doit désirer aultre chose que me présenter la carte blanche pour recevoir telles conditions que je voudrais donner à son mari^. L'habile duchesse ne cherchaîc plus qu'à sauver les intérêts de sa famille : « Il fallait que la néces* « site fût bien pressante, dit un contemporain, pour qu'elle pût se « résoudre à confondre son noble sang avec celui d'un bastard, « quelque roial qu'il fût, à lui donner une héritière de deux maisons « aussi illusUres que le sont celles de Lorraine et de Luxembourg, et « un don de Dieu; car ses parents l'avaient obtenu de Saint-François K d'Assises. » Cependant, le duc et la duchesse, dans cette suprême nécessité, croyaient encore pouvoir tromper, comme ils avaient fait &i longtemps. Ils espéraient disposer la maîtresse du roi à leur rendre de bons offices : plus tard, ils trouveraient des délais poor l'accomplissement de leurs promesses ; et le temps ferait naître sans doute quelque heureuse occasion dont ils pourraient profiter. Mais la nouvelle duchesse de Beaufort était pour le moins aussi fine que M"*" de Mercœur, et ne devait pas se laisser abuser : « Elle connais- « sait, dit Mézeray, le courage de M"« de Mercœur et les longueurs K de son mari : non-seulement elle ne se pressa pas de les servir,
1 «< Mercœur envoie avec le sieur Roche des Aubiers un conseiller de son « parlement , chargé de s* adresser à M°>« la duchesse de Beaufort, pour avoir des " passeports pour envoyer ses députés vers le roi; la duchesse désirait et affec- « tionnait le mariage de la fille de M. de Mercœur avec M. de Vendôme son « fils, et y avait disposé le roi. » *- Montmartin, p. 313.
3 Lettre de Villeroy à MM. de Bellièvre et de Sillery , 17 mars.
3 Lettre au connétable, l«' mars.
« mais encore vonlut leur faire sentir que sans son intercession ib « demeureraient exposés à la sévérité du roi ; tellement que comme « la duchesse de Mercœur se présenta aux portes d'Angers, elle fut « repoussée assez incivilement, et contrainte de s*en retourner au « Pont-de-Cé*. »
Sa fierté ainsi humiliée, elle fut forcée de se soumettre à la volonté de Gabrielle. Tout fut bientôt terminé ; deux jours après, les duchesses entraient solennellement à Angers , assises dans la même litière, les mantelets levés, et Henri IV, allant à leur rencontre, faisait Faccueil le plus bienveillant à M°>c de Mercœur.
Les députés du duc, d'abord soumis, les yeux baissés, et semblables à des suppliants, avaient accepté en silence les conditions assez dures qu'on lui avait impost^es: il sortirait de la Bretagne, et remettrait toutes les places qu'il conservait encore; Sa Majesté lui accorderait en récompense un oubli de tout le passé, et le recevrait en ses bonnes grâces. Mais, bientôt rassurés par la faveur intéressée de Gabrielle, qui désirait ardemment voir conclure un traité avantageux pour sa famille, ils élevèrent de nouvelles prétentions, qui furent couronnées de succès : Henri IV n'était pas capable de refuser; et le traité définitif fut bien plus favorable à Mercœur qu'il n'osait l'espérer lui-même, et que ne le méritaient ses lenteurs hypocrites et son ambition irrésolue. C'était une faiblesse, c'était même une faute de la part de Henri IV; et Richelieu devait êtrelorcé plus tard de la réparer^. Tous les conseillers du roi s'y étaient vainement opposés; Sully, qui chaque jour prenait plus d'autorité sur l'esprit de son maître, arriva trop tard pour l'empêcher : le traité était déjà signé. En apprenant que la cour s'était arrêtée à Angers, il avait tout deviné, et prévu que Henri ne saurait résister aux cajoleries de ces femelles, selon sa peu galante expression. Aussi, quelques jours après, quand le roi, serrant, selon son habitude, la tête de son ministre contre son cœur, lui dit : « Mon amy, vous soyez le bienvenu, je suis très-aise de « vous voir icy, car j'y avais bien affaire de vous. — Et moy, « Sire, tout au contraire, luy respondite&-vous, suis très-marry
1 Mézeray, t XVni, p. 493. — Jlist du duc de Mercc^ur, p. i3S.
â Voir les intrigues et les conspirations du duc de Vendôme, dans les historiens de Louis XIII, et dans une Notice sur la conspiration de Chalais, par L. Grégmre, Nantes, 1855,
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« de voas trouver encore en cette ville ; car vous avez et auriez « bien affaire ailleurs. — 11 y a si longtemps que nous nous cognois- « sons, repartit le roy, que nous nous entendons Fun Tautre à « demymot; c'est pourquoi je me doute desja bien de ce que «c vous voulez dire : mais si vous sçaviez ce qui se passe et comme « j'ay desja bien advancé toutes choses, vous changeriez d'opinion^ « et me tiendriez autre langage que celuy que je voy bien que vous (c avez en Tesprit. — Je ne suis pas si ignorant que vous estimez, « Sire, luy dites-vous, car je sçay que Ton vous amuse sous des « propositions de nopces qui ne vous pourroient faillir quand vous <K voudriez; car ayant réduit père et mère à votre discrétion, comme c( cela vous esloit facile, vous y auriez bien aussi la fille, et n'auriez (c nul besoin d'entrer en des traitiez qui vous cousteront beaucoup. « Il falloit aller droit à Nantes, et là traiitter à coups de canon, dont « il n*en eust pas fallu quantité pour faire dire à ce prince, qui a <c tousjours fait le fin, vous ayant amusé deux ans sur des traittez, « maudit soit le dernier; »
Le roi, cherchant' à s'excuser, et parlant de la faiblesse de ses ressources et de la diflSculté de l'entreprise. — « Je vous asseure, « Sire, respondites-vous, car je le sçay par gens qui en sont sortis, « qu'à la première chamade faite, vous présent, tous les habitants « se fussent sous-levez et eussent contraint M. de Mercœur de se « retirer dans son chasteau, voire peut-estre se fussent-ils saisis ce de l'un et de l'autre, et vous les eussent livrez. Mais je voy bien c( à vos discours» que d'autres causes vous ont retenu,- contre les- <e quelles je perdrois toujours la mienne :... mais il n'y a remède, ft je n'en dispute plu^. »
Puis Henri IV, tout en cherchant encore à se justifier, avoue, avec un peu de confusion, qu'il a cédé à sa pitié naturelle pour ceux qui s'humilient , et à la crainte d'irriter celle qu'il aime, l'impérieuse Gabrielle d'Ëstrées^ Nous n'ajouterons à ce curieux récit que deux fragments, également significatifs, de la correspondance de Henri lY. Dans une longue lettre qu'il adresse à MM. de Bellièvre et de Sillery, il leur annonce le traité qu'il vient de conclure avec le duc de Mercœur; et il ajoute : « Sa femme m' ayant proposé le mariage de sa « fille avec César, je n'ai pas voullu laisser d'y entendre pour mieulx
1 Mém. de Sully, 1. 111 , ch. xiii , collect. Petitot.
« couvrir la démission de son gouvernement, lequel j'ai délibéré « mettre au nom dudict César, et par ce moyen advancer la délivrance « de la province et mon desengagement dMcelle. ^ » Voilà le prétexte honnête et spécieux dont Henri IV cherche à couvrir la faiblesse de sa conduite. Mais peu de jours après, quand 1* affaire est décidément conclue, quand le premier moment de honte et d'embarras est passé, Henri laisse échapper sa joie dans cette lettre remarquable an connétable.
A mon compère le connestable de France. — « Mon compère, je « vous envoie le Mitant.et les articles du traicté général que j'ay « faict avec mon cousin je duc de Mercœur. Il vous dira de mes « nouvelles, et comme j'ay traicté aussy du mariage de sa fille tt avec César, qui estoit si avantageux pour luy, que le refuser « c'eust esté luy faire un extresme tort; et je m'asseure que « Taimant, comme vous faictes, si vouseussiés esté près de moy, vous « me réussies conseillé, comme ont faict tous ceulx qui y estoient. « Vous sçavés que c'est le naturel d'un père de procurer le bien de « ses enfants : vous Testes^ et je m'asseure que fous avouerés que je « ne pouvois mieux faire pour luy, comme estant le plus grand « mariage qui soit en mon royaulme. Toutes fois, les choses n'en « sont tellement faictes que je n'en puisse bien prendre vostre « advis^..... » Les commentaires sont inutiles. Henri désormais n'avait pas besoin de conseils; il n'en avait pas demandé précédemment. Gabrj^elle était toute-puissante ; l'austère Sully n'avait plus, à son arrivée à Angers, qu'à se rendre auprès des duchesses, et leur offrir ses services, par ordre du roi. Giarles d'Avaugour, comte de Vertus, avait fait décider aux dei^niers États de Bretagne, que le roi serait supplié d'imposer à Mercœur l'obligation de vendre ses domaines de Penthièvre, qui seraient achetés par la province et réunis m duché, afin de rendre la paix inaltératde pour l'avenir. Mais la duchesse de Beaufort s'opposait victorieusement à une pareille condition, si nuisible aux intérêts de son fils'. Mercœur, après a^dr ratifié le traité de paix signé le 20 mars, se rendait à Angers, accompagné de sa fenuneet de sa fille : un cortège nom-
1 Lettres de Duplessis-Mornay , 4 mars 1598.
3 Lettres missives de Senri IV, t. IV, 31 mars 1598.
3 DeThou,liv. 120.
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breux le snmit; mais la vanité du prince ne devait pas être complètement satisfaite, car le roi, à ce quMl parait, refusait d* abord de le recevoir, et allait an Briollay, terre qui dépendait dn château du Verger, ou le duc de Bohan Favait mené à la chasse. C'est là que Mercœur, presque seul , doit le rejoindre le 28 mars : à la vue dn roi, il se jette à ses pieds et jure de lui être fidèle; Henri, touché de ses protestations et de ses regrets, lui tend la mafn, Taccueille avec bonté et le conduit dans F appartement de la duchesse de Beaufort^ Le jeune César était, peu de jours après, le 3 avril, créé duc de Vendôme et pair de France; le 5, le contrat de mariage était signé*.
Le traité de paix fat, nous Tavons dit, plus avantageux à Mercœur qu'il ne le méritait : tous les conseillers du roi étaient mécontents ; et ce ne fut pas sans quelques difficultés que le parlement et la cour des Comptes Tenregistrèrent. On en peut juger par la lettre suivante que Henri IV adressait peu après à Sully.
« Je vous envoyé ce courrier exprès avec mes lettres de jussîon « poiir ma chambre des Comptes , affin de lever les modifications « qu'elle a mise au registrement des articles secrets que j'ay accordez « à mon cousin le duc de Mercure. Elle s'est tant oubliée pour « penser que je les envoyois pour en avoir advis et les mettre en « délibération. En telles afi'aires, je ne communique mon pouvoir à « personne, et à moy seul appartient en mon royaulme d'accorder, « traicter, faire guerre ou paix, ainsy qu'il me plaira. Ce a esté une «c grande témérité aux officiers de ma dicte chambre de penser « diminuer un iota de ce que j'ay accordé ; nulle compagnie de mon « royaulme n'a été si présomptueuse. Aussi ne les fais-je pas juges « ni arbitres de telles choses; cela ne s'achepte point aux parties c casuelles, etc. » A un tel langage, on peut reconnaître le commencement de la monarchie absolue; le principe de l'autorité, si long-
i Bodin , Recherches histor, sur C Anjou, t. Il , p. 150. — Lettres de Dnplessis. — Bfioatmartin, p. 316.
3 Le contrat de mariage entre César, duc deVeadôme, et Françoise de Lorraine, copié sur Tacte authenticpie, se trouve dans TouTrage de M. Godard-Faultrier, C Anjou et ses monuments, 1840 , à la fin du tome IL
« M°>« la duchesse de Beaufort , écrit Duplessis, falot estât de racheter en « deux ans tout le domaine qui est engagé de la duché de Vendosme , et le roy » lui faict fond à ceste fin. » Lettre du 31 mars.
temps et si malbenreasement méconnu, reprenait vigueur, et s'essayait à se faire enfin respecter. Nous regrettons seulement que ces paroles sévères et môme dures aient été écrites par Henri IV, en faveur d*un ambitieux qui avait si longtemps combattu pour assurer son indépendance égoïste, et contre de fidèles serviteurs qui s'opposaient respectueusement aux volontés du roi, dans Tintérét de la royauté elle-même et de la province reconquise i.
Il y avait deux traités; Tédit de pacification officiel, et les articles secrets accordés à Mercœur. Il nous semble qu'il y a quelque ironie dans le préambule de Fédit : « Nous voulons, disait le roi, approuver « le zèle qu'ils nous remonstrent avoir eu à la Religion, et excuser « nostre dit cousin de ce qu'il est demeuré si longtemps en armes, « après notre réconciliation à notre SainvPère le pape, et la venue « de nostre très-cber et bien-amé le Cardinal de Florence, son légat, fc en notre royaulme, snr ce qu'il nous a fait entendre qu'il auroit été <e retenu à faire ladite déclaration pour des considérations qni regar- « dent le bien du royaulme, dont il a toujours désiré la conservac< tion et craint le démembrement, mesme pour garantir nostre pco- « vince de Bretagne du péril auquel elle fust trouvée réduite, lorsque ce estions occupés sur la frontière de Picardie à y repousser nos <c ennemis, etc. » En conséquence, le roi, voulant le récompenser de sa bonne volonté, le reconnaissait pour fidèle sujet, ainsi que tous ses adbérents, les rétablissait dans leurs biens et leurs honneurs, annulait les jugements rendus contre eux ; tout ce qui avait été fait pendant la guerre, attaques injustes, violations des trêves, levées de deniers, etc., était aboli ; les arrêts rendus par les juges ligueurs étaient maintenus, si les parties s'étaient soumises librement à leur juridiction ; tous les contrats, conventions, etc., étaient également valables pour ceux qui s'y étaient volontairement obligés. Enfin, l'exercice de la religion réformée ne serait pas toléré dans la ville de Nantes, mais à trois lieues de distance seulement. Les trente-quatre articles de l'édit ont presque tous pour objet de régler la situation nouvelle des officiers et magistrats qui ont obéi à Mercœur, et de détruire la mémoire du passé. Ils ont assurément moins d'intérêt historique que les articles secrets, au nombre de vingt-trois. Voici les points les plus essentiels :
1 Lettres missives de Henri IF, à M. de Rosny, 30 avril 1598.
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1<> Sa Majesté veut et entend que le dqc remette le gouvernement de Bretagne entre ses mains, en faveur du mariage de César Monsieur et de Mademoiselle de Mercœur. En récompense, le roi lai accorde 235,000 écus, qui seront pris en deux années, par égales portions, sur les deniers des impositions qui se lèveront sur le vin qui passe par la Loire et en tous les ports et havres de la province.
Pour Tindemniser de ses dépenses pendant la guerre, on lui accorde une pension de 16,666 écus, qui se prendra sur la recette générale de Bretagne.
8<* 11 pourra lever, dans le ressort du duché de Penthiëvre, qui lui appartient en propre, une contribution personnelle de 5,000 écus.
10^ 11 sera indemnisé d'ude somme de 500,000 livres, pour laquelle son père, le duc de Yaudemont, avait servi de caution envers le duc Casimir.
13<* On lui paiera la valeur des pièces d'artillerie qu'il a fait fondre, des affûts, poudre et boulets qui lui appartiennent.
i4<' Il disposera à son gré de tout le blé qui était dans les magasins.
15'' 11 recevra 50,000 écus, pour les distribuer en récompense aux gouverneurs et capitaines des places de son parti ; cette somme sera prise sur Timpôt du sel passant par la Loire.
17<> Le roi a agréable que Mercœur soit payé par les habitants de Nantes, de ce qu'ils reconnaîtront, après leur réduction, être redevables au duc.
19<* 11 recevra 15,000 -écus^ pour récompenser plusieurs de ses serviteur^, qui avaient fait de grandes pertes pendant la guerre.
7^ 11 conserve sa compagnie de cibt hommes d'armes.
22** Pour garder ses villes et châteaux de Guingamp, Monconlour, Lamballe et l'île de Brehat, il aura cinquante hommes soudoyés par l'État aussi longtemps qu'il plaira à Sa Majesté.
Par les articles 18 et 21, Henri accorde, à la requête de Mercœur, à quelques magistrats ligueurs dès places dans le parlement dé Bennes et la cour des Comptes. Ainsi. Fourché de la Courousserie et Baoul, sieur de laBagotière, étaient nommés, le premier, maître; le second, président, en la chambre des Comptes de Bretagne*. Mais,
1 Le parlement de Rennes fut assez mécontent de la faveur accordée aux magistrats qu il qualifiait de rebelles ; ils furent tous réprimandés d'avoir suivi
par Tarticle 4, tout en recevant dans ses bonnes grâces plusieurs des principaux lieutenants de Mercœur, tels que de Gonlaine, Quinipily, d*Aradon, Saint-Laurent, de Carné, Montigny, etc., il déclare qu*U ne peut leur accorder à présent les faveurs que le duc réclame pour eux. Les gens de guerre pourront entrer dans son armée (art. 6). Puis, le duc est tenu de remettre immédiatement entre les mains du roi Nantes et les villes qui lui sont soumises, en faisant sortir de ces places les troupes françaises et étrangères qui s'y trouvent. Le roi accorde un passeport aux Espagnols qui sont dans la Loire, pour qu'ils se retirent dans leur pays (art. 2 et 16)*.
Ces conditions étaient certainement trës-avantageuses : ce n'était pas encore tout; et Sully , récapitulant dans ses mémoires les sommes que la soumission de Mercœùr coûta à Henri, dit qu'elles s'élevèrent à 4,295,350 livres^. Cependant, il est permis de remarquer que sans l'ascendant de Gabrielle d'Estrées sur le roi (et Mercœur ne pouvait compter sur cet appui inespéré), ses lenteurs n'auraient servi qu'à le livrer, presque sans conditions , au vainqueur de la Ugue et des Espagnols. Philippe II , dont les ressources étaient épuisées , était alors contraint de renoncer tristement aux rêves ambitieux de sa longue carrière : son rôle était fini ; et, la paix de Yervins signée, il allait mourir, emportant dans la tombe la grandeur de la monarchie espagnole et le triste surnom de Démon du Midi. Quelle résistance sérieuse Mercœur aurait-il pu tenter? Il est certain, d'ailleurs, qu'il aurait eu quelques années auparavant des avantages bien plus considérables, s'il avait voulu franchement conclure la paix aux conférences d'Ancenis, de Chenonceaux et d'Angers : car alors il était tMt puissant et très-redouté, et on lui
le parti de la Ligue et durent prêter un nouveau serment. — Reg. secrets du parlement de Rennes. — ffist. de la chambre des Comptes, par M. de Fourmont, p. 135, 136.
i Jetés de BreU , t. m, col. 1656-1667. —Je vois que ces articles furent enregistrés à la cour des Comptes le 6 avril. Comment expliquer la lettre de Henri IV citée plus haut, et datée du 30 avril : il faut qu'il y ait erreur dun côté ou de lautre.
3 C'est la somme la plus forte accordée par Henri IV à Fun des cheCs de la Ligue; c'est là le plus grand avantage, la supériorité véritable de Mercœur : le duc de Mayenne n'avait coûté que 3,580,000 livres ; M" de Guise, de Joinville, etc., 3,880,000; M. dëMUars, pour la Normandie, 3,477,800, etc. — Voir Capefigue, l.Vn,p. 389.
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offrait de lui laisser le gouvernement et presque la souveraineté de la Bretagne. Maintenant il n'obtenait pas même ce qu*on avait accordé aux autres chefs de la Ligue : aussi méritait-il qu*on lui appliquât le reproche qu'il avait lui-même jadis adressé au duc de Mayenne : « Il n'avait su faire ni la guerre, ni la paix^ »
Henri TV n'avait plus qu'à prendre possession de la Bretagne ; tons les obstacles étaient levés : Nantes, la capitale de la Ligue, faisait les préparatifs de la réception royale^ tandis que les députés de la bouN geoisie allaient jusqu'à Angers, pour signer, au nom de la ville, les conditions de la paix; Bennes, la capitale du parti royaliste, attendait, dans une heureuse impatience, la présence de Henri, récompense de la fidélité de ses habitants. Tous les gouverneurs des places fortes, jusqu'à Fontenelle, s'empressaient de capituler à beaux deniers comptants, et de faire enregistrer leurs lettres d'abolition; enfin, après quelques craintes, causées par les lenteurs de la diplomatie espagnole, la reddition de Blavet était désormais assurée. Par le traité de Vervins (2 mai), Philippe II s'engageait à rendre Blavet dans l'espace de trois mois : on permettait aux Espagnols d'emporter leur artillerie, leurs munitions de guerre, leurs meubles, etc. Ce fut bien à regret qu'ils abandonnèrent celte importante position, si Fou en juge par la lettre que l'envoyé extraordinaire de Hiilippe H, D. Juan de Cardova , écrivait de Blavet même : « J'ai trouvé , « disait-il, le maré^chal de camp derrière ses fortifications, si con- « sidérablement accrues, qu'il pouvait y défier une nombreuse fc armée : ... il m'a dit que Votre Majesté se privait là d'un boulevard « inestimable, etc. » La retraite cependant se fit sans opposition, après que les Espagnols eurent détruit toutes les fortifications qu'ils avaient péniblement élevées : sous Louis XIII, le gouvernement, instruit par l'expérience, devait faire construire dans le même lieu la forteresse de Port-Louis.
De son côté, Mercœur abandonnait sans dignité dette province dont il s'était cru le mattre pendant si longtemps : il était fort embarrassé des soldats *^qul formaient la garnison de Nantes. Nous savons par quels moyens, peu honorables, il avait, surtout dans les derniers temps de la guerre, attiré sous son drapeau une foule d'aventuriers sans aveu ; il était difficile de faire respecter la discipline : les habitants de
i D. Taillandier, p. 478.
la ville et des environs étaient les victimes de vexations et de déprédations de tonte natnre; ils avaient reconrs à tonte espèce de moyens pour se soustraire à la brutalité des soldats ; ainsi, nons voyons les magistrats de Nantes envoyer le 1*' avril au baron de Salignac, qui commandait à Couëron, trois douzaines de bouteilles de bon vin d'Orléans, six jambons et deux douzaines de langues de bœuf, pour le prier de faire observer quelque discipline parmi ses soldats. Quelques jours auparavant, Mercœur s'était également adressé à la ville, afin d'obtenir des bourgeois l'argent nécessaire pour payer ses troupes, qui menaçaient de se révolter : on lui avait accordé deux mille écus.
Pour se débarrasser de ses terribles défenseurs, il eut recours à un autre moyen : on l'avait, dit-on, averti qu'ils voulaient le prendre, le livrer au roi, et piller la ville. Mercœur, sous prétexte de les passer en revue et de payer leur solde, les conduit dans une prairie voisine des remparts; puis, s'approchant adroitement de la porte Saint- Pierre, il s'élance dans l'intérieur de la ville à bride abattue, et défend de laisser entrer personne après lui : les soldats se répandirent alors dans les faubourgs, et, après avoir bien pillé, se rompirent et se débandèrent; mais cinq ou six cents bommes qui étaient dans le château, sans se laisser intimider par les ordres menaçants de Mercœur, exigèrent impérieusement leur solde, et quittèrent Nantes, seulement après avoir été payés. Tel fut le dernier acte du duc, tels furent ses adieux à la Bretagne ^
L'on a souvent raconté le séjour de Henri IV à Nantes et à Rennes; nous nous bornerons à quelques détails caractéristiques, qui se rapportent au but de notre travail. A Nantes, la bourgeoisie, si malheureuse depuis longtemps, dut encore faire les frais de la réception royale : l'on avait voté un impôt de 17,000 écus, sous forme d'un emprunt qui serait fait de gré ou de force sur les habitants les plus aisés; et, dans une grande assemblée, à laquelle se joignirent tous les notables de la cité. Ton avait arrêté, avec une sorte de complaisance, les dispositions de l'entrée solennelle du roi. L'on
i De Pire, t. II, p. 344, 346. — Mellinet, t. IV, p. 45. — Travers, t. III, p. 99.
« M' de Mercœur a mis hors de Nantes les gens de guerre qui y estoient, « lesquels sont arrivés en larmée du roy, après avoir juré Gdélité à Sa Majesté. » (Lettre de Villeroy , 26 mars 1598.)
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commençait par faire disparaître la double croix de Lorraine; Ton enlevait de la cathédrale les drapeaux pris jadis à Craon sur les royalistes et sur les Anglais; et Ton chantait deux jours de suite un Te Deum, pour la paix avec le roi de France et de Navarre. Les préparatifs avançaient déjà, lorsqu'on apprit que Henri IV refusait rentrée royale ; était-ce parce qu'il craignait les dispositions hostiles, ou la froideur menaçante de la population? Ëtait-ce pour priver les Nantais, si longtemps rebelles, de la joie que pourrait leur causer une brillante réception? On bien le roi, en homme positif, et pauvre d'argent, regrettait-il les dépenses inutiles d'une cérémonie offlcieUe? Toujours est-il qu'il ne refusait pas les sommes votées pour son entrée; bien au contraire, il se les adjugeait sans façon, elles destinait à la solde de ses troupes. La bourgeoisie n'était pas trës-satisfaite; le roi insista, il fallut obéir. Mais, chose curieuse, la ville voulut composer, et offrit à Henri 8,000 écus, puis 10,000 écus ; le roi ne rabattit rien de la somme qui avait été votée, sauf l'argent dépensé pour les réparations de son logement au château. Plus tard, les gens d'église, de justice et d'autres, refusèrent même de payer leur part de cet impôt, et il fallut les y contraindre par un arrêt du conseil du 3 juin 1599.
Les bourgeois durent se contenter de faire quelques présents aux seigneurs et aux grands personnages qui accompagnaient le roi : l'on acheta d'excellent vin, pour les braves gentilshommes de la cour; et, après deux délibérations (2 et 9 avril), la ville décida que l'on offrirait à M°** la duchesse de Beaufort et à la sœur du roi, vingt livres de soie plate de toutes couleurs, cent livres de confitures, six paires de gants d'Espagne d'ambre gris, avec un petit baril de noix muscades confites pour la sœur du roi, et six oiseaux canariens avec leurs cages, pour la belle Gabrielle, qui les avait demandés.
Henri IV séjourna à Nantes du 13 avril au 6 mai, sans exciter l'enthousiasme de la population, qui conservait encore ses vieilles rancunes, et que d'ailleurs il ne semblait pas disposé à traiter trèsfavorablement. C'est pendant ce séjour qu'il signait (30 avril) le fameux édit de tolérance connu sous le nom d'édit de Nantes, dans cette même ville où, près de quarante ans auparavant, avait été organisée la conjuration d'Amboise. Les Nantais n'accueillaient pas avec plaisir ces avantages accordés à leurs ennemis ; le gouvernement était alors plus ëclairt^ plus sagii que le peuple, et les sentiments de
la foule furent sur le point de se manifester, malgré la présence de Henri IV, lorsqu'on Yit le roi recevoir dans la cathédrale l'ordre de la Jarretière, apporté par un ambassadeur anglais, qui, malgré sa religion, était placé à côté de lui, sous un dais magnifique. Ëtait-ce une malice de Henri lY à Tégord des Nantais? Elle serait peu digne d'un monarque intelligent : c'était an moins une maladresse gratuite. Peu de temps après, si l'on en croit quelques historiens, le mécoiH lentement populaire se déclara assez hautement contre le nouvel évéque, Jean du Bec, nommé par Henri IV, sur la résignation de son oncle, dès 1596 ; le roi, qui voulait sagement éviter tout prétexte de dissension, fit nommer, de concert avec le pape, Jean dn Bec à Saint-Malo, dont l'évoque, Charles de Bourgneuf, passa au siège de Nantes.
Henri IV avait promis, par le traité d'Angers, de respecter les privilèges de Nantes ; aussi, lorsque les chefs de la municipalité se présentèrent avec leur écusson aux armoiries de la ville, et lui demandèrent la confirmation solennelle de ses promesses, le roi fit droit*à leur requête, dans les termes les plus louangeurs et les plus explicites; il rappelait les services rendus par la ville, capitale du duché de Bretagne, à ses prédécesseurs, et déclarait continuer^ confirmer et approuver, de sa grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, tous et chacun desdits privilèges et immunités.
Mais il s'agissait, avant tout, de reconstituer l'autorité royale, si fortement ébranlée, comme toute espèce d'autorité, pendant le XVP siècle ; et Henri IV allait de Nantes même commencer le règne de la puissance absolue, forte et intelligente, mais assez mal disposée à l'égard de tous les privilèges locaux, de toutes lestibertés municipales et provinciales. La conduite du roi à l'égard des Nantais est un exemple curieux de la nouvelle politique qu'inaugurait alors Henri IV. Il était encore à Nantes, lorsque, par ses ordres, une assemblée générale des notables se réunit sous la présidence dn nouveau gouverneur de Bretagne, le duc de Vendôme, âgé de quatre *ans. Il s'agissait de reconstituer la municipalité et la milice; de nouvelles élections devaient avoir lieu immédiatement : le maire du temps de la Li^ue, de la Courrousserie, quittait sa charge, quoique ses fonctions ne fussent pas encore expirées ; le nombre des échevins était réduit de dix à six ; les bourgeois nommeraient pour chaque place trois sujets, parmi lesquels le roi choisirait; chaque année, au
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1*' mai, le maire et deux ëchevins sortiraient de charge et seraient remplacés de la même façon. Charles Harrouys; jadis emprisonné au commencement des troubles, était placé par Henri lY à la tête de radmmistration municipale: c'était on excellent choix; c'était aussi la juste récompense de son courage, de ses services et de ses souffrances. Les capitaines, lieutenants et enseignes de la milice bourgeoise étaient nommés également par le roi. C'était là une grave atteinte portée aux anciennes franchises municipales : les motifs sont faciles à deviner; et Henri IV ne les dissimulait pas, car il écrivait à ce sujet Tannée suivante : « Nous trouvasmes éxpé- « dient et nécessaire pour TestabUssement asseuré de nos affaires « de changer Tordre et forme auparavant observé en la création et cr renouvellement des magistrats de nostre dite ville et y en establir « un autre peu différent du premier, mais néanmoins jugé plus « utile pour nous asseuref des personnes de ceulx qui seroient admis « atix charges de maire et eschevins, etc., etc.* » Henri lY était d'ailleurs bien décidé à ne laisser qu'une ombre de liberté aux habitants : si les candidats présentés par eux ne lui convenaient pas, il annulerait \es élections de son autorité royale. Tout se passa bien en 1598: la guerre civile finissait; Henri IV était là victorieux, et d'ailleurs chacun sentait q^ les circonstances exigeaient des concessions nécessaires. Mais, Tannée suivante, la tranquillité était rétablie; et les Nantais commençaient à regretter leurs anciens droits.
On se préparait aux élections du !•' mai 1599, lorsqu'on reçut une lettre du roi, datée du 22 avril, qui ordonnait de mettre au nombre des trois candidats pour la mairie le sieur de la Bouchetiëre, Gabriel Hus. C'était vraiment enlever aux suffrages, même toute apparence de spontanéité : les bourgeois mécontents ne lui donnèrent pas leurs voix, malgré les ordres du roi; et ils envoyèrent le sieur de Maupas, sous-maire, pour adresser leurs représentations à Henri ÏV; sa recommandation formelle ne leur laissait aucune liberté. Mais le roi, peu disposé à céder, passa outre, et écrivit cette lettre, assez dure, assez hautaine, adressée aux maire, eschevins, manants et habitants de sa ville de Nantes : « Je trouve fort estrange de ce que, « au préjudice de ce que je vous ay cy devant escript pour eslire
1 Registres de la ville, il juin 1599.
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« maire de ma ville de Nantes, pour la présente année, le siemr de la « Bouehetiere, lequel j*ai toasjoars recogneu pour mon très fidelle « serviteur, il y en ait eu quelques-uns d* entre vous si hardis que de « s*y opposer et d*en nommer d'aultres que je ne veulx qui le soient « celte année. C*est pourquoy je vous fais ce^mot de ma main par « lequel vous saurez que ma volonté estant telle que le sienr de la « Bouchetiëre soit esleu et nommé, qu'il n*y ait aucune faulte, et « que je sois obey en cela ; aultrement j'aurais occasion de recher- « cher les moyens de me faire obeyr, à quoi je suis résolu, et de « vous tesmoigner Tenvie que j'ay de faire pour vous lorsque vous « m'en donnerez sujet. Sur ce Dieu vous aict en sa garde, ce 8" « mai 1599. »
Avant même que cette lettre eût été communiquée à la ville, Henri IV nommait le sieur de la Bouchetiëre (13 mai), comme on le voit par la lettre qu'il adressait à celui-ci, en renouvelant ses menaces contre la ville, si elle n'obéissait pas. Les bourgeois ftfrent contraints de céder, et Gabriel Hus de la Bouchetiëre fut installé le 14 juin, comme le roi t avait ordonné et voulu de sa puissance absolue, suivant les termes mêmes du Livre doré des Maires de Nantes. Un an plus tard, l'assemblée, chargée de présenter au roi des candidats pour les fonctions municipales, lui demanda le rétablissement de la forme ancienne, pour l'élection du maire, des échevins et des capitaines de la milice : le roi n'eut aucun égard à la supplique des habitants; et désormais le pouvoir municipal fut, on peut le dire, presque entièrement soumis au pouvoir de la royauté*.
1 U y a, aux Archives de Nantes, 19 pièces assez curieuses, concernant une affaire peu importante par elle-même, mais dans laquelle on retrouve les mêmes allures du pouvoir royal. Henri IV, par des lettres patentes d avril 1598, crée à Nantes un office nouveau d'auneur et visiteur de toiles ,* et, le 6 mai, il nomme un de ses valets de chambre, Nicolas Joubert, sieur d'Angoulevant. La ville proteste contre cette Création, préjudiciable à ses intérêts, contraire !i ses privilèges, et inutile, en raison de la probité et confiance réciproque des marchands (23 mai) : le parlement de Bretagne accueille l'opposition. Mais de nouvelles lettres patentes du il juin lui eigoignent de procéder sans délai à la réception de Nicolas Joubert. La ville persiste dans son opposition, envoie de nouveaux mémoires, est soutenue par le parlement : eUe gagne sa cause; mais le trésorier de Tépargne réclame des habitants 1,000 écus d'indemnité (mai 1600), et le conseil d'État , organe de la volonté souveraine , leur enjoint de payer cette
Aassi« le Béarnais n*était-il pas populaire à Nantes ; lorsque Henri lui demanda 8,000 écus pour contribuer aux frais de son mariage, la ville, d'ailleurs très-endettée, se montra récalcitrante : après de nombreuses négociations, elle offrit d'assez mauvaise grâce 4,000 écus; puis retarda si bien le paiement de cette somme, que le roi impatienté fit saisir ses revenus, et s'adjugea lui-même ce prétendu don volontaire. Â la naissance de son fils atné, qui fut depuis Louis XIII, il fallut un ordre du roi pour les réjouissances ofiBcielles qui eurent lieu à cette occasion. Vers cette époque, Henri IV envoyait à Nantes M. de Maupeou, pour vérifier et régler souverainement les dettes de la ville, reconnaître celles*qui lui paraîtraient légitimes, abolir les autres (3 juin 1599). Ses pouvoirs étaient bientôt après étendus à toute la Bretagne, comme le montrent les lettres patentes qui lui sont données le 20 juillet : elles défendent au parlement de prendre connaissance des jugements, sentences, ordon^ uances, etc., que pourra rendre le sieur de Maupeou, chargé seul et spécialement de réprimer les désordres que les événements de la guerre ont introduits dans les finances du pays de Bretagne, etc. Quelque temps après, Sully adressait aux maire et échevins une lettre plus que sévère, pour les réprimander vertement du mauvais usage qu'ils faisaient de leurs deniers d'octroi, les accusant surtout de les gaspiller en procès, voyages, etc. (février 1601)*.
Henri lY était d'ailleurs résolu de se faire obéir désormais par tout le royaume, et de faire disparaître tous les souvenirs de la guerre civile, toutes les causes d'indépendance, tous les moyens d'insubor* dination. Ainsi, avant de quitter la Bretagne, il rendait deux ordonnances, qui devaient être d'une utilité immédiate pour la province^ Il prescrivait d'abord la démolition de ces châteaux forts, jadis élevés par la féodalité, désormais inutiles et même très-dangereux pour la tranquillité publique et la puissance royale : en Bretagne, ces nombreux châteaux avaient été, pendant la guerre, de véritables repaires, causes de désolation et de ravages pour le pays; les
somme , sous peine de voir Toffice immédiatement rétabli (28 sept. 1600) ; enfin, des lettres patentes de Henri IV les menacent de les contraindre par force, et d'obliger douze des pins riches bourgeois à faire Tavance de la somme (5 juin 1601). — Arch. de Nantes.
1 Archives de Nantes : 13 pièces pour la mission du sieur de Maupeou; lettre signée de Béthune, duc de Sully.
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détraire ou, du hmhds, les rendre désormais inoffensifs, c'était un grand bienfait pour les populations de la Bretagne; et cette œuvre, commencée par Henri lY, devait être poursuivie et presque acl^vée par Richelieu. Henri, par une seconde ordonnance, proscrivait, sous les peines les plus sévères, le port d'armes dans toute retendue du royaume, déclarant ainsi que le temps des guerres intérieures était fini, et que chacun, placé sous la protection des lois, ne devait avoir recours, pour se défendre, qu*à la )ustice royale^. Il avait d'ailleurs profité de son séjour à Nantes et à Rennes, pour rétablir Tordre dans la province, depuis si longtemps désolée par la guerre civile : ainsi, il aVait retranché beaucoup de garnisons désormais inutiles, supprimé de nombreux impôts que T avidité des particuliers avait établis pendant la licence des troubles, éloigné les bandes de soldats pillards qui couraient le pays en le ravageant, et rendu rautorilé à la justice ; il s'était assuré de toutes les places, en y mettant des gouverneurs fidèles et sûrs, et même, si l'on en croit quelques historiens, il avait trouvé moyen, grâce à l'habileté, souvent un peu brutale, du surintendant Sully, de recueillir des sommes très-considérables dans une province qui semblait épuisée, et qui l'était véritablement.
Disons maintenant, en quelques mots, ce que devint le duc de lUercœur, dont les destinées avaient été si intimement unies à celles de la Bretagne. Il ne devait pas longtemps rester en France ; dès le mois d'août de l'année 1598, il demandait au roi la permission d'aller combattre, dans les armées de l'empereur d'Allemagne, les Turcs qui ravageaient la Hongrie. Ëtait-ce pour fuir les railleries des courtisans, qui le plaisantaient sans cesse au sujet de sa rcqrauté de Bretagne, si tristement perdue? Ëtait-ce par besoin d'activité, par impatience du repos, après une vie si occupée ? Youlait-il expier les fautes qu'il lavait commises pendant la guerre civile, en répandant par ambition le sang de ses compatriotes? Agissait-il par orgueil^ comme le prétend de Thou, parce qu'il ne pouvait se résigner à ne
1 Des lettres patentes de Henri IV ordonnent , en i599s de faire un inventaire exact et minutieux de toutes les pièces d'artillerie, armes, minutions, etc., qui se trouvent dans les villes, châteaux, forteresses, ports, havres, vaisseaux, galères, et même dans les maisons des gentilshommes de Bretagne. — Arch. de Nantes.
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plus jouer nn grand rôle dans le monde? On bien, suivant les paroles de saint François de Sales, notre i^aillant prince partait-il de son pays, librement et ^volontairement, comme un autre Macchabée, pour se rendre en l'armée chrétienne ? Tous ces motifs se réunirent probablement, plus ou moins puissants, pour décider Mercœur; peut-être même Henri IV ne fut-il pas étranger à la détermination de Tancien chef ligueur, encore dans la force de Tâge^. Toujours est-il, qu'après un court séjour en Lorraine, il passait en Allemagne, où Tempereur lui faisait le plus Jionorable accueil s. Il pouvait quitter la France, sans inquiétude ; Henri IV protégeait les intérêts de sa fille, la riche héritière, fiancée au petit duc de Vendôme, et il lui donnait une preuve non douteuse de sa bonne volonté, aux dépens des pauvres Nantais, qui, pendant si longtemps, avaient reconnu ses lois'. Mercœur devait à la ville des sommes très-considérables,
) n reste un souvenir assez curieux du séjour de Mercœur à Paris , avant son départ pour TÂllemagne. Dans une cause qui se plaidait entre le duc et la dame de Riberac , Tavocat général Servin lui avait refusé le titre de prince , malgré les réclamations de M""*" de Mercœur, présente à Taudience. « M. de M Mercœur, dit le premier président de la chambre dans sa harangue au Roi , « alla , vendredi au soir, trouver votre avocat en sa maison et lui dit : — Je ne » suis pas venu pour vous recommander la justice de ma cause , mais pour me » plaindre de ce que vous avez dit en Taudience de la chambre de Fédit, que je » n'estois point recognu pour prince: vous avez menti; vous estes un marault: « je vous tuerai. «> —Et, mettant la main sur son épée, réitéra: » Je vous tuerai, M je vous couperai le col. » — M. Servin lui faisant dés remontrances, il répliqua « qu'il avoit menti de ce qu'il avoit dit, et lui couperoit le col; et si l'un des « siens ne l'eût retenu , il est vraisemblable que l'événement de cette piteuse » tragédie eût été funeste et déplorable. Sortant de la salle ^ il ajouta ces mots: » Puisque je ne l'ai point tué , je lui donnerai cent coups d'étrivières , etc. » Le Roi, à qui l'on portait plainte de cette scène scandaleuse, eut le tort ou la faiblesse de blâmer le parlement, et défendit de poursuivre. L'insolence et l'emportement de Mercœur semblent bien étranges , bien en contradiction avec la douceur si vantée de son caractère : le malheur l'avait peut-être aigri ; ou l'orgueil, qui l'avait perdu , survivait à la ruine de sa puissance. On conçoit qflb Henri IV ne vit pas avec déplaisir l'exil volontaire de l'ancien chef ligueur. — Histoire généalogique de la Maison royale de France, parle père Anselme, t. m, p. 791 et 792.
2 n part de Paris, après avoir pris congé du roi, en octobre 1599, suivant L'Estoile , p. 305 , et saint François de Sales. Parmi les gentilshommes qui l'accompagnaient, on comptait cent Bretons , avec quelques compagnies de gens de guerre du même pays.
3 Le mariage, à ce qu'il parait, ne devait pas se faire sans résistance. En
prélevées sur ses habitants, par des emprunts forcés : il craignait qu'elle ne les réclamât à lui-môme ou à ses héritiers ; il eut recours au roi, dont Tamour paternel était intéressé à sauver la fortune de Mercœur, et il en obtint des lettres, par lesquelles Sa Majesté voulait et entendait que ledit sieur de Mercœur demeurât quitte de ce qu'il devait du temps des derniers troubles, sans qu'il en pût être recherché ^ Malgré la résistance du bureau, les lettres étaient enregistrées; exemple remarquable de la partialité peu désintéressée du monarque! Mercœur se distingua par sa bravoure et ses talents militaires dans les armées impériales qui luttaient en Hongrie contre les Turcs, d'abord comme simple volontaire, puis comme lieutenant-général. En 1602, au moment où il se disposait à rentrer en France, pour revoir sa chère famille, il fut saisi d'une fièvre pourprée à Nuremberg, et mourut le 19 février 1602, à l'âge de quarante-quatre ans. Son corps fut porté en Lorraine, où on lui fit de magnifiques funérailles; à Notre-Dame de Paris, son oraison funèbre fut prononcée par saint François de Sales^ : à ses derniers moments, Mercœur
1608 , si Ton en croit le journal de L'Ëstoile , M"» de Mercœur refusait de donner son consentement; le roi, irrité, demandait à M^^^ de Mercœur les cent miUe écus stipulés en cas de dédit, et même deux cent mille écus en plus. La mère oi&ait les cent mille écus , et pour le reste faisait Tabandon de tous ses biens, si le roi Fexigeait ; M^^^ de Mercœur se retirait au couvent des Capucines , que la duchesse avait fait bâtir à Paris. Cependant , Tannée précédente, dans une lettre inédite que nous avons sous les yeux , M°^e de Mercœur parlait bien différemment du Roi , qui l'avait parfaitement accueillie dans une visite à Fontainebleau, et avait trouvé sa fille grande et gentille. Toigours est-il que le mariage fut conclu le 7 juillet 1609, au grand contentement de Henri IV : c était, agoute le chroniqueur, la fille de la plus dévote dame de la France, et la plus riche: deux belles qualités , qui agréaient fort au Roi, surtout la dernière; car il savait bien que la plupart des dévotions de M°^e de Mercœur n'étaient que compensations , pour expier les brigandages et voleries qu'elle avait exercés sur ses pauvres sujets, dans son pays et duché de Bretagne. — L'Ëstoile, p. 461,
1 Lettres du 18 septembre 1600. — Aux Archives de Nantes, lettres de M™« de Mercœur, s'adressant au roi, pour être déchargée des sommes prêtées par la ville de Nantes k son mari.
2 » Il prononça Toraison funèbre avec grand apparat, et le louangea haute- » ment et magnifiquement, le samedi 27 avril. » — L'Estoile, p. 332.
L'historien de Mercœur donne les plus grands détails sur les dernières années de son héros, liv. m, p. 175-258. L'on trouve aussi quelques renseignements sur ces dernières années de Mercœur dans un petit livre assez rare , intitulé :
s'était rappelé la ville où pendant longtemps il avait en qnelqne sorte régné, et il avait exprimé le désir que son cœur fût donné aux Capucins de Mantes, dont il avait toujours été le généreux protecteur ; il accordait également 2,000 écus de rentes aux Chartreux de la même ville ^. Ainsi se terminait loin de la France la vie du dernier des ligueurs. Mé avec d* aimables qualités, honnête homme dans la vie privée, brave capitaine sur un champ de bataille, Mercœur eut le tort de se laisser égarer par une ambition plus grande que ses forces'. D'ailleurs, cette ambition n'avait rien de noble et d'élevé ; elle n'était qu'égoïste : an moment où ses parents les Guises aspiraient an trône, au moment où les grands seigneurs ses alliés songeaient à rompre l'unité nationale, en démembrant la France à leur profit, Mercœur espéra pouvoir détacher la Bretagne mal unie du royaume qui avait adopté et glorifié jusqu'au dernier point son ingrate famille. La séparation, tel était son vœu le plus ardent, tel fut le but constant de ses efibrts : s'il avait réussi, seul il aurait profité de cette désastreuse victoire ; une longue série de misérables guerres entre la France, qui ne pouvait exister sans unité, et la Bretagne, isolée dans son indépendance, tel aurait été le résultat déplorable et certain du triomphe de Mercœur. Heureusement pour la Bretagne et pour la France, il ne réussit pas. Mais les soufirances de la province pendant les neuf années qu'il prolongea inutilement la guerre
Discours du vray de la victoire obtenue par M. le duc de Mercœur contre le grand Arcenat Jbariste , chef de l'armée Turquesque, le xx sept. i600, avec les faicts admirables de la fille dudict chef, pour vanger la mort de son père tué en la bataille, laquelle estant prisonnière s'est rendue chrestienne. A Angers , par Jean Hernault , imp. ord. du Roy, 1600 : jouxte la coppie imprimée à Grenoble par Jaques Michel,
1 M°^e (le Mercœur, depuis la mort de son mari, disparaît de la scène politique : elle ne s'occupe plus que des affaires embrouillées de sa maison ^ comme nous rapprenons par quelques lettres inédites qu elle adresse à ses intendants , et de fondations pieuses : elle meurt au château d'Ànet, le 6 sept. 1623, et est inhumée au couvent des Capucines du faubourg Saint -Honoré , à Paris, qu'elle avait fait bâtir, pour accomplir un vœu de la reine Louise , sa bellesœur. Son médecin, Charles Bouvard, a publié un volume in-40 de soixantedix-sept pages , en vers alexandrins , intitulé : Description de la maladie, de la mort et de la vie de madame la duchesse de Mercœur, à Paris , chez Jean Libert, 1624. Cet ouvrage , dédié k M^^c la duchesse de Vendôme , ne fait que célébrer les vertus de M™« de Mercœur. L'on peut également consulter le livre d'Abra de Raconis, dont nous avons déjà parlé à la page 204.
civile ; mais les dangers qn*il fit conrir au royaume par son entêtement égoïste, par son alliance coupable avec les étrangers, ne peuvent être oubliés et retombent sur la mémoire de Mercœur. Il a sauvé, dit-on, la Bretagne de Tbérésie : c*est là une singulière exagération; car jamais le calvinisme, même au moment de ses plus grands progrès, n'avait sérieusement menacé la Bretagne : il rencontrait trop d*obstacIes sur cette terre, rebelle surtout aux innovations religieuses, pour y jeter des racines tant soit peu profondes ; et nous sommes convaincu que si la Ligue fut inutile pour défendre et sauver le catholicisme, ce fut surtout en Bretagne. La Bretagne est restée attachée au culte des ancêtres ; mais elle ne doit aucune reconnaissance à Mercœur.
Quels ont donc été les résultats les plus considérables de sa longue résistance? Au sortir de celte guerre civile, cause de tant de malheurs et de tant de souffrances, Tindépendance bretonne fut pour toujours brisée : les chers souvenirs des vieux temps allaient encore se prolonger de génération en génération dans les manoirs démantelés, dans les pauvres chaumières; mais Tespérance avait abandonné, pour ne plus revenir, le cœur du patriote breton. Â la fin du XVI* siècle, les descendants des Celtes avaient livré leur dernière bataille, et, malgré la désorganisation de la France, malgré les chances magnifiques de cette suprême occasion, ils avaient été vaincus. Désormais, ils pouvaient chanter le triste chant des temps passés, qui ne doivent plus revenir :
ce Le vieux temps ne reviendra plus; on nous a trompés, malheureux !
ce Malheureux, on nous a trompés ! Le blé est mauvais dans )a terre ce mauvaise.
ce De mal en pis va le monde -, il devient de plus en plus dur : celui qui it ne voit pas cela est fou.
(c U est fou celui qui a cru que les corbeaux deviendraient des colombes;
« Qui a cru que les lis fleuriront jamais sur la racine de la fougère ;
a Qui a cru que For jaune tombe du haut des arbres*
ce Du haut des arbres il ne tombe rien que des feuilles sèches. . . .
ce Ghers pauvres, consolez-vous, vous aurez un jour des lits de plume ;
<( Vous aurez , au lieu de lits de branches , des lits d'ivoire dans le ciel*. »
i Chants populaires de la Bretagne ^ 1. 11 , p. 183.