‹ La Ligue en BretagneChapitre 9 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Causes diverses qui entraîoent les gentilshommes dans le parti de la Ligne. — Jérôme d'Âradon. — Plaintes des contemporains, de Moreau, de P. Birë, etc. — Les Saint-Offange; le comte de la Magnanne; la Fontenelle. — Pillages, excès des lieutenants de Mercœur; caractère dé la guerre.

liOrâqae les dépotés de Saint^Halo, après avoir repoussé les demandes de Mercœor, se forent retirés dans leur demeure à Dinan, vers le soir du même jour, Tun de ses principaux confidents, Gbaronnière, vint trouver secrètement Tun d^eox, qui était son ami, et lui dit en Tabordant : « Je viens vous voir, pour vous dire que si nous « vous gagnons, nous sommes tous perdus. » Puis, il lui expliqua ces paroles énigmatiques : les nobles qui suivaient le parti de Mercœur n'étaient retenus sous ses drapeaux que par intérêt ; les uns attendant quelque récompense da leurs services, les autres craignant pourtours biens situés dans le pays que. le duc occupait; celui-ci entraîné par Fespérancedu butin, celui-là avide de combats et de courses aventureuses : tous désiraient proloiiger la guerre, pour se rendre plus importants ; tous seraient désespérés de voir Mercœur atteindre facilement le but que son ambition s'était proposé : il ne fallait donc pas qu'il s*emparât dç Saint-Malo. Les paroles de Cbaronnière furent comprises, et les députés se bâtèrent de quitter Dinan. Tel est le récit fidèle et significatif de la Landelle^

Sans doute, plus d'un gentilhomme breton, sincèrement attaché au

1 La Ligue à Saint- Malo.

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culte de ses pères, et convaincu des dangers que la religion catluH lique poatait courir dans ces tristes circonstalices, prit les armes pour défendre cette noble cause; mais la ferveur religieuse n*ëtail pas la seule passion qui fil battra les ccrars. Beaucoup, à cette époque, depuis le duc de Guise, les dUcs de Mayenne et de Mercœàr, ces noiiveaux Macchabées, comme on osait les appeler, jusqu^ait dernier de leurs lieutenants, beaucoup, dis-je, étaient excités par Fambition ou Tiniérôt. Ils désiraient avant tout les jouissances du pillage^ les avantages du butin ; ils étaient entraînés par ce besoin impérieux d'activité 'et de mouvement qui^ depuis tant de sibcîest poussâmes seigneurs féodaux aux hasards émouvants des batailles.

« En Bretagne^ dit Thiatorien de Pire, Tintérôt particulier est « toujours beaucoup d0 part an choix des seigneurs : les. avenlu- « riers, qui n'avaient rien à perdre, se donnèrent à celui des deiix « partis qui leur promit de plus grands avantages, et sous les ensei- « gnes duquel ils crurent qu'ils feraient mieux leurs atfaires;Ie8 « autres se trouvèrent dans la nécessité d'embrasser le parti quioccu- « pait les places du pays, ôû leurs biens étaient situés^ » Dans une remonlrance adressée au roi, sur toa misères de la Bretagne el aur ses causes, nous lisons : « Si on demande qui a fait aucnna a'waiar R contre leur Prince, conire leur paîs et contre lenra concitoîena, la « réponse est prompte, que c^est la liberté de mal faire, Tambitioa « de commander, Tavarice^ et en somme la désobéissance da toua « en général, et de chaciin en particulier, au Prince, aux Ikmx, aux « Magistrats*. »

En Bretagne, les documents contemporains ne présentent, pour ainsi dire, que des faits k Tappui de ces assertions i nooa w troaTtea aucun de ces caractères héroïques que suscitent toa}onrs lea fortea convictions politiques ou religieuses, aucune de ces nobles actionsi ancnn de ces traits sublimes, qui noua révèlent un sentiment élevée une croyance généreuse. •

L*un des c^efs de la ligne en Bretagne» Jérôme d*Aradon, seigneur de Quinipily, gouverneur d'Hennebont, est Tnn des plus sincères, Ton

1 De Pire, 1. 1", p. 95.

2 Remontrance au Roi , contenant un bref discours des misères de la province de Bretagne, de la cause et icelles\ etc., 1598, ia-S^., k Paris, chez Iluby.— Mémoires de la ligue, t. VI, p. HOa, <ri7.

EIS BBBTAGnE. V2è

des plu» fervents catkoiiqaes de* son parti : so» firËre, Georges dtt Plbssis, ëlMt ëfôqae de Vannes; d'Arsdoi», md troisîtee frère, gw- Tètnenr de c^te ville. Dom TatUandieF le trate nh ps» étremetft^ en rappelant aile façeH de dévot, Hgueur ftmaUqner sëdmt par de fmkxf principes de rtHgfion; e*étaitp[DtO€, eommooo Ta reHllalrqtié^ 4ik homme q|ai poussait à ses deraières coos^qoeBces le principe: «■ Hors de C Église» point de salut^ » el qui regaitfdlait un hognenot comme tù ônmeo» ddnt il fallait 0e di^barrasser k XoêH prix. li nons a laissé un cilrieqit journal des évënemeiits de sa^ Via 4e 1589 àpi593 : e*ast uns espèce de mëmorandom sec et coocis^ lait jour par jour, à la bâte, po*r celui qui récrivait, «t ftullemein pour la postérités Koud y vdjrons FhoiDme à mr es quelque sorts ; et cet boadune n'est pas uns exception : à ce titrô^ A mérite d'étra* étudié.

Ifessire d'Aradoft est très^religieax ; sans cesse il parle de Dieu t c'est probableaient après sa j^ière du loiif cfu'B écrif ses courtes notes.^ Choos-en quelques-unes, prises un peu au hsKard : ^ Blttfdi « Ig juillet i6d9. -^ U aoÉ» coÉlpta comme le bon Dieu avait assisté « moiisieurle duo do Nemours^ lequel par sdU aide avabd^sHet r taîMé en pièces neuf mile Suisses qoi venaient pour ce laaHietreux <c Henri de Valois. «

« Samedi ^% «^ Le bruit estoit que les ParisièAs svotetM tué « 15)000 hommes des gens de Henry de Valois et duroideffav^re, . c lequel il disoit estre morti Dieu vueille qu'ainsi soit. »

« Vehdtedi 32 septembre. -^ J'écrivis à H<^ < afin qu'ils se

« tinssent sur I^Ctvs gardes^ à cause desdits sieurs de Cbéteauneof et « du Pont^ l'audace desquels >o prio Dieu Û6 tout mon cc^ur Vouloir « bien abaisser^ ou autrement les exteroMner en bref par sa saincte « grâce.!.. « Dieu veuilhs exta^miaar en bref le toi de Ifavarre et ses « dotalheui^eux compltses^; »

. Il nouâ dit égalcfpient qu'il jeûne trois fois par semaine; qu'il a cominunië dévotement, ainsi que sa femme, etc., etc. Quand il se peut écrire, c'est cette dernière qui prend iâ plume ei qui continue le journal. D'Aradon accueille avec bonheur tous les faux bruits que les ligueurs ne cessaient de répandre dans Tintérét de leur cause : le roi de Ifavarre, t'héréiique, l'excommunié, est, à l'entendre, sans

1 M. Bizeul, dans la Biographie bretonne,

'i Journal d Aradon , passim ; à la suite de D. Taiilaudier.

cesse battu par Mayenne. M. et M"**" de Mercœnr, qui entretiennent nne correspondance suivie avec le gouverneur d*Hennebont, idi annoncent souvent que le roi de Navarre ^st mort, sur le champ de bataille, ou qu'il s'est noyé dans une rivière près de Dieppe, etc.

Il est brave, mais d'une bravoure un peu brutale, et parfois vantarde : ainsi, il est impossible de comprendre ses exploits, lorsqo^it est assiégé dans Hennebont par les troupes royalistes. On tire 700 coups de canon, moins un : la brèche est faite, 1,200 homme» s'avancent; il les repousse avec dou^ hommes, à la grâce de Dieu ; l'ennemi perd 500 hommes au nioins;lui, .il n'a à regretter que quatre hommes et un maçon ^. Et quand il est contraint de capituler, il écrit qu'il le fit à cause de fespouvante que les habitants de Hennebont eurent, lesquels se voulaient en dépit de moy rendre, de quoyfe crevaye de dépit, et en pensé enrager. L'un de ses frères abandonne le parti de la Ligue ; d'Aradon ne fait pas de longue» réflexions à ce sujet : « Mardy 24 navembre. — Hon frère de « Camor arriva en ceste ville de Hennebont, et se vint déclarer « qti'il estoit du party contraire; de quoy, je fus très-marry. Je prie « le bon Dieu de tout mon cœur l'en vouloir retirer et amender, ou « bien luy donner la bonne mort. Ainsi soit-il. »

Voilà les sentiments des plus convaincus : et encore d'auUres motifs n'étaient pas étrangers à leur conduite. Il suflSt de consulter le /ourna/ d'Aradon : « Le jeudi 30, mon frère de Camor, en s'en « retournant de Quinipily, prit quatre prisonniers, desquels j'espère, « avec l'aide du bon Dieu, en avoir 4,000 escus sol 3. m

Quel trait de mœurs ! Les d'Aradon voyaient avec peine un parvenu, favori de Mercœur, nommé la Gointerie, trancher du gouverneur à Vannes, où il était avec son régiment : ils demandent pour eux-mêmes le gouvernement de cette ville, bien persuadés que Mercœur ne saurait refuser; car il était alors à craindre qu'il ne les mécontentât, ce qui eût fort reculé ses affaires dans cette province. Mercœur accorda la place au sieur d'Aradon, le troisième frère. Vers la On de la guerre, les terres du prieuré de Batz Viennent d'être dévastées par le capitaine royaliste La Tremblaye : quaure jours après, les compagnies du seigneur d'Aradon et de plusieurs

1 Journal d'Aradon, p. 265.

2 JmirfMtl d'Aradon, p. 262.

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autres achèvent de ruiner ces propriétés. Nous verrons plus tard les relations intéressées de cette famille avec les Espagnols, et les conditions avantageuses de leur soumission à Henri IV <.

Le sieur de Quinipily, comme beaucoup d'autres capitaines ligueurs^ .est donc avant tout un brave soldat, qui aime la guerre pour ses émotions et pour ses profits, sans héroïsme politique ou religieux; ferme, tenace, mais toujours avide de butin, de richesse et de pouvoir: image assez eiacte de ces gentilshommes bretons des anciens -temps, qui combattaient pour Charles de Bloison pour Montfort! Les principaux lieutenants de Mercœur, Saint-Laurent, de Goulaine, de Carné Bosampoul, Talhouet, Lezonnet, etc., etc., sont de la même famille ; seulement, tous n'ont pas les convictions du gouverneur d*Hennebont.

L'auteur du Dialogue du Maheustre et du Manant a dit : « Quant « aux gentilshommes, ils se maintiennent les uns, les autres : si un « gentilhonime a deux enfants, il en baillera un au Boy et l'autre à « la Ligue...; et ne se soucient les princes et la noblesse de la cause « de Dieu et de son peuple, pourveu que leur particulier soit « asseuré^. » •

Calcul semblable se retrouve assez souvent en Bretagne : ainsi, nous pouvons citer les familles d' Aradon, de Carné, de Bieux, d'Ëspinay, etc. Le sire de Pratmaria et du Granec est pour la Ligue ; son fils combat dans les rangs du capitaine royaliste Liscoêt. Le comte de Combonrg prend le parti de Henri lY ; sa femme déclare qu'elle désire vivre et mourir en la religion de la Sainté-Union, et elle obtient de Mercœur la mainlevée pour ses terres saisies par les ligueurs 3. Le père du comte de Conofbourg, le marquis de Coetquen, était royaliste, et battait plusieurs fois son gendre Saint-LaurenK le lieutenant de Mercœur. Le marquis de Belle-Isle était, dit un historien, un jeune homme perdu de réputation, à cause de son avarice, de ses brigandages et de £es cruautés; pour conserver les grands biens qu^il possédait an d^là de la Loire, il s'eptendit avec son père et sa mère. Le maréchal de Betz s'exila en Toscane, et,

1 De Pire, 1. 1, p. 299, 301. — D. Taillandier, p. 406. — Chan. Moreau, p. 110- 114. — Arch. de Nantes : réclamations du prieur de Batz.

2 Satire Ménippée, t. II deTéditionde Hatisbonne, p. 424.

3 Jetés de Bretagne, t. III, col. 1545, 46.

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funenantle ppëlexte d'ane femte maladie, Il reata cach(^ dans «ne abbaye nroisine ide Florence ; sa femme, te apiriUieUe Claade-Gaâierine de ClermoRt, se oelira auprès dn roi, pour entreCeiiNr sesbomies ^àces : quant au marquis, S pa^aa en flnetagœ, et embrassa le parti du duc de Mercœor^. La guerre de la Ligne entre genlildbommes, a-t-^n dit a^ee raison, était loin d'être véritablement sériemef: ils cbecdiaient surtout à faire des prisonniers, pour obtenir de riebes rançons; les relations personnelles étaient toutes^puiaaaiiiles «et 4ominaieQtipresq8e toujours les qqesHens 4e principe : la fiierre divile était surtout une<eharge pour le bourgeois et le paysan, ' <]oe l'ion allait, entre deuK orgies, piller, ma^saci^er, iDoendier^.

Les pauvres gentilshommes bretons éa xyr siècle sont bien les fils de ces dignes compagnons de du Gaesplin>etde Bidhemont, ira^res, tinais SHi!tQut grands pillards, que ron retrouve partout où 11 y a oQombats etèutin, dans les grandes guerres dn ^dv* et du ky« siècle. TLesiC0fitempcHrttn8:eB8-mômes, artisans de la Ligue etde Mercœur, ■m^nàkmt avec douleur la ^andiiite s^Dimeot >pett giénéreuae de la plupiart des capitaines. Ce n'estpas le saint de hi religion, le triomphe de leur cause qu'ils désirent surtout ; c*est le pillage d'im château ou d'une ville,(C'eft larauQon d'un.riche prisonnier.

iBconlOQS le panégyriste de Meffcceur : « A la miemie ; volonté,, qse « dè3 le comoaencement M Lutbécianisme et do Galvinisrai^, les « rois el^princes catholiques eussent faict sacrifiée à Dieu de tOBs M Jes helvétiques, sans arvoir aucun respect .an sang ny à la 'qualité; tt oortAinemient, la Eranœ ne serait au. malheur qui l'aocable à prë- « sent. Toutefois, puisqae la faute est ifaictejtaot paria coniiiveiice ff )q|]e par 'l!av|i9rjce qui nous «^itroduit des rançons, je rcroy que tà je Ueiirar4oe s':amortisaoit aujom'd'hify, et {qu'an ilieu de telles «rançons « lOUiCberchast bunort cet .confusion des ^hiëoétiqiies, nous somiùes c 'encore assez à temps pour coufqper chemin è Ja gaqgvenne, qui «r nojis menace. de/la perte de nostireisainate risligipn^ catholique»'. » 4St, quelques pages phis !loin, après avoir rappelé lune fNTétendoe loi des)pi!emiers Francs, qai ordoiine d!enterrer tout vifs €eqx<}«i

1 De Tfaou, liv. 102, note. ^ Mézeray, t. XVI, p. 218.

2 G. Le Jean, Notice iurCflrhaiœ, Voir la capitulation de* la garnison de Pontbrient : Jetés de Bretagne, (.. 111 , col. I5i2.

3 P. Biré, p. 106.

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Jhrreot iears foneresses, il «joule : é Ce Beroit un trte-graml bien « pour les FrançaÎB, a aajourd'haj on protiqaoit ceâte ancienne }(^ « oentre ions les ctpitaMes t|ui ont la garde des irtllos et ciiaeceatix « avec fortes ^rnisëas, i|irireçoiirerït grosses -penaJDWfdBPrtnoe;, et ft /ottre lèvent de leur propre et privée antborilë 4es tribnls sur le « panvre penple, poiv renlieteDeineift 4e leurs ganisons.Poitt' ce « quelai^las-^irt'd^eux sont ^i malkieuzfet avarea, qaUls laissent « insaeriibreiiiem, voire leiplus smivent appellent les ennemis à in 9t >porte delears garnidOBS,«Bns!se mettreien devoir tde les empescher, « on tiemeot leorfriplaees si despoorvaes de ipersonnes^t de vivmb, « qn'il me ifaut anjonDd'bny |)lns de canon pour emporter la pins forte « j^ane^de France ; 4a ipatience <de àma mois sera suffisante à Tassiém gaantipour enlevier les aeBiëgezsans anlres covps frsqpqper. D*aiitant « qne ces Capitaines mettent Targent en leur bourse, «u lieu, de « nmnir leurs pIaiM,ten«nt pour maxime i}a'il|aQl faire >ses affaires « ce pendant qu'on en a le tempfl4. »

LesTeprocbes sont d'autant !pfais»foFts, qu'ils viennent id'nnligneur dévoué, mais bonnête^ (il esttencore pins énergique rdans le passage •soitant : « jSi la (justice étoit observée, nous ne verrions pas tant « d^audacieuxet oppres8eirs'de|Mmvrs8 |;en8 tover.la .teste imposât demroent^t dlun regard sourcilleux mespriserla justice, «omme c Qous^voyons maintenant au grand. meaprisidè Dieu, et âû scandai « de tout le public, >qui le plus souvent ne dist pas toul ce qu'il -« >«n)pettae.,..fLeaiomdre pelefnanier d'im prineeou grand seigneur, * -se tenaKt roidoNCt .fier de Tautborité de ^son maistre, sera bien % «si téuérs(ire et ontre-cnidé d'attaquer de propos «t injures, voire K meiniies de battre et offenaer^ non un lac^nais ouiaulne de se tt qoelilé, >maisile plus signaléde toute une ville et du pays cireon- « 'voisin. Que Bi l'offensé p^se seulement à repousser l'injure. Dieu '« sçait commentai sera rabroué.,.. On demandera «aux juges qui « («nront décrëté,^^ c'est ie^respect qu'on porte au prince d'empri- « iBonner son«erviteur. Mais de^ma part je voudrois'qu'un vrayet «c {Marfaitbomnie de Dieu iluy rëpllqnast : Yostre maison est-ndle un « réceptacle d'iniques, de séditieux et de mesdians? Êtes-^ousipro- « lecteur des assassins, des voleurs et des oppresseurs de la liberté <c ipubliquet.... Vous estes Prince, vous estes puissant, vous avez du

1 P. Biré, p.. 112.

« pooToir et de rauthorité ; je le confesse : mais de qui tenes- « vous toat cela ? De Dieu, qui vous a faict tel que tous estes, pour « deffendre et maintenir les petits, ou bien de vostre seul mérité, ff qui n*est que fumée et vanité sans la grâce divine ^ ?

Rappelons-nous toujours que Tauteur écrivait à Mantes, eni 1593, au moment même des victoires de Mercceùr, et à la cour de ce prince. Que pourrions-nous ajouter? Dès Tannée 1591, les Ëtats de Nantes avaient cherché à réprimer les excès et les brigandages ; mais leurs injonctions, quelque louables qu'elles fussent, devaient être peu respectées : elles méritent cependant d'ôtre rappelées.

« Défense sous peine de la vie à tous gens de guerre ou autres de cr prendre ou gebenner les villageois, ou enlever leurs bestes de « chaitue on autre bestail, instruments de labour et tous autres <r meubles.

« Ceux qui auront acheté des biçns ravis ausdits villageois^ -1^ « rendront, et seront punis d'amende arbitraire.

« Défense aux capitaines et autres gens de guerre de prendre « femme, ni enfants sous Tâge de quinze ans.

« Défense de faire levées de deniers sur le peuple, sans antorisac( tion..., de couper ou abattre les forêts et bois de haute futaie«

« Défense, sous peine de la vie, aux gens de guerr^ de prendre « aucun prisonnier du parti de TUnion, de piller leurs maisons et « user de force et violence à l'endroit des femmes et fille». »'

Et ce n'étaient pas là de simples précautions pour l'avenir: Monsei^ gneur est supplié de remettre la discipline militaire^ dit l'art. 38; les crimes des soldats seront punis, pour maintenir la discipline militaire, dit Tart. 43, etc., etc.^. Aussi, l'histoire de la Ligue en Bretagne ne nous montre qu'une guerre de partisans, de surprimes, de pillages : la plupart des capitaines agissent presque toujours indépendamment des chefs ; les maisons sont incendiées, les meubles enlevés, jusqu'aux grilles des fenêtres ; les maîtres mis à rançoq ; les malheureux qui ne peuvent payer sont égorgés^ brûlés, pendus, attachés aux ailes des moulins : souvent, le pays ami est aussi .maltraité que le pays ennemi.

Les registres du parlement sont remplis de doléances, d'informations, d'arrêts, qui nous font connaître les misères de l'époque et leur

1 P. Biré,p. 107, 108.

2 jéctes de Bret,, 1. 111, col. 1535, 37.

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caractère : il est à chaque instant question de personnes de distinction enlevées, rançonnées on tuées. Chez plusieurs, ces violences étaient Teffet d'un zèle de parti ; chez beaucoup, c'était Tavidité du butin ou le résultat des animosités particulières. Au milieu de tout ce désordre, il est impossible de reconnaître aucune unité ; c'est la confusion des intérêts égoïstes, et non pas Tenthonsiasme qu'inspire une sainte et noble cause. Des deux côtés, j'aperçois les mômes excès, les mêmes brigandages. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, à Callac, à quatre lieues de Carbaix, quelques gens d'armes se fortifient dans les ruines d'un vieux château, et de là ravagent tout le plat pays, attaquant les pauvres paysans seulement. Us n'allaient jamais chercher l'ennemi, dit Moreau : ce n'était pas ce qu'ils voulaient; ils se contentaient de la petite guerre, comme ils l'appelaient, c'est-à-dire de la picorée. Us se disaient du parti du roi, parce que le pays des environs tenait pour le parti de l'Union ^ — Le marquis de la Roche est resté sept ans prisonnier de Mercœnr à Nantes; délivré en 1596, après avoir payé 4,000 écus, il forme aussitôt le projet de s'emparer de Tlle d'Ouessant, quoiqu'elle fût sous l'obéissance du roi depuis 1592. Il s'entend avec le capitaine de Honfleur et avec quelques habitants de l'île, qui doivent le guider: le projet est bien combiné; mais Sourdéac, lieutenant- général à Brest, est averti par les soins du curé d'Ouessant, et le marquis de la Bocjie doit chercher de nouvelles aventures^. — Le sieur du Goust, hardi capitaine, qui ne songeait qu'à lui, s'était emparé du château de Blain, et était devenu la tegreur de tout le pays nantais: « Si bien qu'il avait tellement faict la guerre aux paysans, par « emprisonnement et rançonnement, qu'il avait acquis par com- « mune réputation la valeur de cent mille escus, et, par mesme « moyen, la haine irréconciliable de ses voisins, pour les inhumait nités dont il nsoit.... ; car, pour intimider ceulx qui ne lui voulloient « point payer rançon, il laissoit mourir de faim les plus ahurtés, et « n'ostoit point les corps morts d'auprès des vtvans, afin de con- « traindre les aultres de payer, etc. ^ Il n'obéissait vraiment à personne 3.

i Moreau, p. 133-134.

2 Voir l'article curieux de la Biogr, bretonne.

3 Discours de la prise et ruyne de Blein, advenue en novembre lS9i, dans les Mémoires de Duplessis, t. V, p. 100-110.

132 LA LieUB

CependaDt, il faat l*avouer, je trouve dans le parti royaliale, avec on peu plus d^onité d^action, un peu plus de respect pour les grands principes d*ordre, de justice et de discipline. Rien n*est plus triste à lire que les remontrances des États de Rennes au roi (4 janvier 1593), au sujet des ravages épouvantables causés par les gens de guerre dans les villes et dans les campagnes de la Rretagne^. Nous voyons les chefs royalistes, comme les magistrats, prendre les mesures les plus sévères pour réprimer ou punir ces désordres : « Nous vous enjoignons, dit le lieutenant-général Sairit- « Luc à ses lieutenants, de faire vivre lesdits gens de guerre avec « toute police et discipline, sans permettre qu'ils fassent nulle « violence ou désordre anx paysans et laboureurs et autres périt sonnes, etc>. » Monsieur de Corboson, capitaine, dit Pichart, issu d'un frère atné du comte de Montgommery, fut arrêté pour ses voleries, bruslemens, pilleries, violement de filles et femmes de tout âge aux paroisses de Reton, etc. La cour, toutes les chambres assemblées, le fit comparaître avec d'autres capitaines normands; il leur fut fait une leçon telle qu'un chascun peut penser; allant auquel lieu ils furent en hasard'. Le maréchal d'Aumont, lorsquMl vient pour assiéger Morlaix, commence par débarrasser le pays du colonel La Croix, qui, maître d'un poste voisin de Guingamp, ravageait tons les environs^. Nous ne trouvons rien de parell'dans les instructions de Mercœur; il était forcé de montrer beaucoup plus d'indulgence à l'égard de ceux dont il craignait perdre les services. Le sieur de l'Ile-Aval avait commis une foule de méfaits ; il obtient de Mercœur une lettre d'aveu qui énumère tristement tous ses brigandages; et Mercœur ajoute : « f^u qu'il est en doute « qu'on puisse le poursuivre. » Il est vrai que ce seigneur obtient quelques mois après un nouvel aveu de Henri IV; au moins celai-d ne doute pas qu'il puisse être poursuivi, mais il lui pardonne en faveur de sa soumission^.

Il est bien difficile de dire jusqu'à quel point allèrent les excès de la guerre. Cependant on peut s'en faire une idée, quand on voit Fun

1 Registres des Etats, dans les Actes de Bret., t. III, col. 1557-155S. S Actes de Bret,, t. III, col. 1571.

3 Pichart, col. 1721.

4 De Thou, liv. lll.

5 Actes de Bret., t. ITÏ, col. 1647, 48.

EN BRBTAGIfE. 133

des plos modérés ligaenrs, Talbonet, avant même d*ayoir reça le prix de sa sonmission, acheter et payer comptant 200,000 livres, les domaines de Bhnis et de Snssinio, an maréchal de Scbomberg^ Hontmartin avait raison de dire qne la gaerre était fort agréable dans ce pays de Bretagne pour les capitaines qui s'y enrichirent, et te nommaient le Petit Pérou K

D*aillears, quelle était la plus 'grande partie de cette noblesse, que. sonvent on nous a reinrésentée sous un aspect beaucoup trop poétique, avec des vertus beaucoup trop chevaleresques ? Ëcoutons encore un contemporain ligueur, le chanoine Morean. Résumant les malheurs de la guerre civile, et déplorant tant de désastres, il ajoute qne c*est en punition des péchés des hommes, qui étaient si déboiv dés, que Ton ne savait plus prier Dieu que par manière d'acquit « La noblesse, dit-il, y était si dissolue en toutes sortes de vices et « débordements, qne du petit jusques au plus grand, du maître jusc qu*à ses simples valets, réputaient efféminés et sans courage, s'ils « n'ornaient leur langage de tous les genres de blasphèmes, qu'ils se « fussent pn aviser, de sang, de mort, de tête et des plus exécrables « qoMls pouvaient trouver; même celui qui savait le plus habilement « jurer par tons les membres, bien renier et massacrer, était réputé « bon gentilhomme, d'honneur et de courage, brave et galant; et à « celui-là ne fallait pas se frotter sans se ressentir; de plus, l'ivro- « gnerie et lalconfusion régnaient parmi la noblesse d'une si grande « fureur, que cela faisait horreur.... Car lorsqu'ils s'entrehantaient « aux villes et bourgs. Tes uns chez les autres, il fallait faire état.de « tant boire que toute la compagnie ou partie demeurassent sur le « carreau.....Telles débauches engendraient souvent des querelles, «r qni enfantaient des menrtres sur-le-champ.... Autant peut-on « dire de tous les antres vices'. »

Le portrait est loin d'être flatteur; en faisant môme; je le veux Men, la part de l'exagération, il faut convenir que la noblesse bretonne ne se distinguait pas trop alors par son intelligence et sa moralité ; et l'on peut prévoir qnel rôle elle jouera dans les troubles de la Ligne.

1 DePiré, t. ll,p. 368.

3 Montmartin, p. 986.

Les pillages avaient comjDencé dès les premiers jours de mare 1589; au mois d'avril, le parlement de Bennes déclarait ctimiaels de lèse-majesté beaucoup de seigneurs qui s'étaient prononcés pour Mercœur, à cause de leurs votleries, bruslemens, forces, violences^ prises et enlevemens d'hommes, etc*.

Bientôt, tous les turbulents audacieux se jettent dans le parti de la Ligue. Hurtaud de Saint-Offange et son frère Amaury étaient d'abord dans le parti du roi ; mais ils se saisirent de Scipion Sardini, riche financier de Lucques, qui allait d'Angers à Tours : ils exigèrent de loi une rançon de 10,000 écus d'or; et, craignant d'être poursuivis pour ce Toi indigne, désireux d'ailleurs de piller tout à leur aise, ils se jetèrent catholiquement, suivant l'énergique eipression de la Satire Mémppée,en{Ye les bras des ligueurs, pour éviter la punition de la justice et trouver parmi eux toute franchise et impunité. M. Victor Pavie, dans une longue et curieuse notice, intitulée les Saint-Offange, a, essayé de réhabiliter la mémoire de ces ligueurs, assez célèbres* à leur époque et dans leur province : je. doute qu'il ait réussi ; il ne m'a pas, du moins, convaincu. En admets tant même que l'affaire de Scipion Sardini n'ait pas le caractère odieux que de gravies contemporains s'accordent à lui donner, lés Saint-Offange ne peuvent être facilement justifiés des exactions et des brigandages de toute nature dont ils se rendirent coupables; l'auteur lui-même ne dit-il pas, en parlant d'eux : « Combattre pour com- « battre était volontiers leur devise.... La passion, chez eux, cnflam- « paait le courage ; leur conscience catholique ne se montra difficile « ni en conseils, ni en alliances : de là plus d'une responsabilité <c sinistre; de là des bruits odieux, dont la source est trop évidente « pour que, dans l'intérêt de leur mémoire, il n'y ait pas plus do « périls à les taire qu'à les avouer^. » Ils se rendirent maîtres du château de Bochefort, sur la Loire, au-dessous d'Angers, et de là désolant les campagnes par de fréquentes sorties, ils se signalaieitt tous les jours par les cruautés qu'ils exerçaient sur leurs prisonniers» Lorsqu'ils étaient pressés par le maréchal d'Aurnont, le duc de Her^ cœur, qui les avait toujours soutenus, malgré leurs brigandages, s'avançait à leur secours avec son armée. Mercœur, ajoute de Thou,

1 Extrait des registres du parlement : Jetés de Bret,, t. III , col. 1497. S Revue de l'Jnjou^ année i854.

EN BRBTAeifE. 135

avait transporté la juridiclioa d* Angers à Rocheforî, et en avait fait président leur proche parent Jean de Launay, le Maçon, qui avait été accusé en justice d'avoir assassiné le baron de la Motte-Serrant, et qui s*était fait d'ailleurs connaître par sa facilité à railler ses accusateurs et par son adresse à éluder les preuves et à récuser les témoins^. Pierre du Plessis de Cosme, gouverneur deCraon, Tun des plus puissants soutiens de la Ligne, sur les frontières de la Bretagne et de TAnjou, n*étail pas moins criminel; il suffit de lire la capitulation que Henri IV dut plus tard lui accorder. De Thou parle de Tun de ses exploits ; il était Tennemi du baron de Criifuebœuf, gouverneur du château de Montejean : pour mieux le tromper, il fait avec lui une trêve, et lui promet par écrit de ne pas Tattaquer pendant ce temps; puis, grâce à la trahison d'un domestique du gouverneur, il pénètre dans le château et s'en rend maître. La cruauté du gouverneur de Craon, ajoute de Thou, acheva de mettre le comble il cette- indigne trahison; car après avoir retenu longtemps prisonnier l'infortuné Criquebœuf, après lui avoir fait payer 6,000 écus de rançon, il le fit impitoyablement massacrera

Anne de Sanzay, comte de la Hagnanne, descendant des anciens comtes de Poitou, dit-on, avait été retenu pendant un an à la Bastille par Henri IH, qui le punissait de ses pillages ; car il était connu, dit Morcau, pour un bon et ancien voleur tant sur mer que sur terre'. Il s'était jeté dans le parti de la Ligue, ou plutôt il profitait de la licence des guerres civiles, pour exercer toutes sortes de brigandages. Avec cinq ou six cents hommes, il faisait, écrit un contemporain, le petit général d'armée, courant la campagne, sans respecter les trêves jurées, donnant la loi partout où il passait, laissant partout des traces de sa fureur^. Les paysans des campagnes, les bourgeois des villes, étaient tour à tour visites et cruellement rançonnés par ce capitaine pillard, l'un des principaux seigneurs du parti. Voici l'une de ses glorieuses expéditions : il envahit la Basse-Cornouaille, qui suivait le parti de la Ligue, et qui n avait pas encore été ravagée ; il pille le Faoù, bat les habitanls des communes voisines, indignés de

1 D. Taillandier, p. 421. — De Thou, liv. 103. — Satire Ménippée, p. 84. — Actes de Bret., t 111, col. 1650,' etc.

2 De Thou, liv. 102. — Jetés de Bret., t. III, col. 1667-1674.

4 M'>ntmartin , p. 309.

136 LA UGUE

ses excès, et leur toe plosienrs centaines d^tiommes. Pais iNcril à Qaimper, pour obtenir la liberté du passage vers Châleanlin : ses raisons étaient spécieuses ; on la lui accorde. Il commence par payer anx paysans tout ce qui est nécessaire à ses soldats; entité, abusant de leur confiance, il se précipite sur les paroisses assez riches de ce pays épargné par la guerre : pendant quinze jours, il ravage tout, pille tout, ne laissant après lui que ce qui était trop chaud ou trop pesani,* ayant bien soin de dépouiller les paysans de ces larges hanaps ou tasses d'argent moulées et mime dorées, que Ton se transmettait de génération en génération ; il prend les meubles, les arpies, etc. Enfin, il se retire chargé de dépouilles, se moquant de ceux qui avaient cm à ses paroles : c'était la première expédition faite en ce pays, non par l'ennemi, mais par ceux qui se disaient être protecteurs de l'Union. Depuis ce temps, dit Moreau, qui jouait alors uû rôle assez important à Qnimper, et dont le récit est très-curieux, la populace par oà passa le comte n'eut le moyen de lever les cornes^ et quand ils n'eussent vu que deux cavaliers passer le chemin, ils se cachaient dans les fossés ou dans les landes, de façon que Us casaniers, qui ne cherchaient que la petite guerre, autrement la picorée, faisaient bien leurs affaires parmi cette paysantaiUe épouvantée^. Quant à la Magnanne, il était rappelé au service de Mercœur, et, gorgé de dépouilles, il allait se cantonner dans Tévéché de Trégnier. La Magnanne n'était pas pins respectueux à Tégard do clergé; ainsi, il s'emparait de Tabbaye de Lantenac, au diocèse de Saint-Brieuc, et s'y établissait avec sa femme et ses enfants : ses soldats menaient joyeuse vie ; l'église servait d'écurie, le réfectoire était transformé en salle d'armes, puis en étable ; les bâtiments tooH baient en ruine; les bois voisins étaient coupés 3. « Plus tard, dit uft « historien, à la tête de cinq à six cents bommes de sac et de corde, « le comte de la Magnanne pillent indifféremment ceux de l'un et de « l'autre parti, détroussoit les marchands, levoit des contributions « à sa fantaisie, et mettoit garnison aux villes foibles où il iCea trou*' « voit point. Ces voleurs étant un jour venus à Qnintin, à dessein de « s'y fortifier, Kergomart, qui en étoit gouverneur, assembla quel* « ques troupes et les attaqua si à l'improviste et si chaudement,

1 Moreau, p. 147, 153. — D. Taillandier, p. 454. — De Pire, t. Il, p. 14, 17.

2 Biogr. bretonne, art. La Magnanne.

BN BRETÀGIfE. 137

« qa'il les contraignit de lui abandonner leur butin, et de se retirer c dans le château, où il les serra de si près, qu*ils crurent avoir bon « marché d'en sortir le bâton blanc en la main^ » Aussi, pendant la trêve de 1593, qui n*avait pas arrêté les brigandages de la Ma- * gnanne, le maréchal d* Anmont disait à du Liscoêt : « Je pense vous « avohr escrit deux ou trois fois que si vous pouvez charger et tailler « en pièces le comte de la Maignanne et ses troupes, qui font tant « de ravages et de ruine par où elles passent, que vous le fissiez, c Je vous en prie de rechef, et puis laissez faire à moi des plaintes « qui me seront faites par ceux de son party; car je sçaurai bien « que j'aurai à dire^ »

Un jeune seigneur du nom de Keranblan, dit encore le chanoine Moreau, ayant ramassé vingt-cinq ou trente brigandeaux comme lui, se saisit de la maison de Gaengat, en la paroisse de Guengat, à deux lieues de Quimper, où il se retrancha comme il put, sans distinction de personne ni de parti : // pillait et ravageait^ prenait prisonniers,

violait et tuait, comme s'il eût été en terre de conquête Assiégé

par les ligueurs, il fut forcé de capituler, et sortit de la place, ^ condition qu'il ferait secours au parti : il est vrai de dire que, plus tard, il commit de nouveaux crimes, et eut la tête tranchée à Hennebont, par Tordre de Mercœur».

Mais Thomme qui peut surtout montrer quels excès le parti de la Ligue souffrait, sinon encourageait, c'est le trop célèbre Fonienelle, dont le nom est resté populaire en Bretagne, comme celui d'un des plus audacieux brigands du xyr siècle. Son histoire a été soi^vent racontée; qu'il nous suffise d'en rappeler les principaux traits.

Il s'appelait Guy-Eder de la Fontenelle, d'une paroisse de la Cornouaille^. Au collège de Boncourt, où le vit à Paris le chanoine Horeau, il montrait déjà ce qu'il serait un jour; il étail d'une humeur batailleuse, et toujours aux mains avec ses camarades. Au commen-

1 Mézeray, t. XVII , p. 340. — De Thou, liv. 113.

2 Actes de Bret., 1. 111, col. 1574.

3 Moreau, p. 73.

4 Guy-Eder de Beamnanoir, baron de Fontenelle, serait né, soit à Bothoa, en Gomouaille , suivant Moreau ; soit an château de TOngle, en la paroisse de Guenroœt , au diocèse de Nantes , comme le pense M. Bizeul ,* soit à Beaumanoir, paroisse du Vieux-Bourg-Quintin (Côtes-du-Nord) , suivant M. Guimar, auteur d une notice sur ce personnage. {Société des Antiquaires de l Ouest.)

138 LÀ UGUE

cernent de la guerre civile, il vend se^ livres et ses habits, aci^ète une épëe et un poignard, va d* abord rejoindre Tarmée de Mayenne; puis, après avoir été dévalisé par quelques coureurs, il profile de la mort de Henri III, et s*échappe gaiement vers la Bretagne. li oon*naissait le pays, ses landes et ses défilés; c'était un admirable théâtre pour une guerre de partisans, pour le vol. et pour le pillage. Là, dit le chanoine Moreau, « il se mit parmi la populace, qui estoitsôusies « armes pour le parti des Ligueurs, qui en fit état, parce qu'il était « de bonne maison et du pays; et, le voyant d'un esprit actif, hii « obéissoit fort volontiers. Il se fit suivre de quelques domestiques <f de son frère aisné, et d'autres jeunes gens de la commune,, et (c commença à piller les bourgades, et à prendre, prisonniers de (c quelques partis qu'ils fussent, s'ils avaient de l'argent pour payer « rançon^. » Dès lors, ce capitaine voleur est à la tête de tons les' bandits du pays, sans distinction de classe ni d'origine; son principal lieutenant est un certain sieur de la Boulie, cordonnier de son état, d'une force de corps prodigieuse et déterminé soldat, qui, plus tard suspect de trahison, fut jeté à la mer par les ordres de son chef ^. Il commence par piller les villages' et les bourgades, de Saint- BHenc et de Quimper jusqu'à Brest. Quand il se croyait assez fort, il atta-^ quait les villes : ainsi, Lannion, Paimpol, Landerneau, Carhaix, etc., etc. Il cherche à s'emparer de Guingamp, quoiqu'elle appartint au duc de Mcrcœur; mais la vigilance du capitaine fait échouer ce projet : puis il s'établit solidement au château de Goêtfrcc, près de, Lannion; Lés habitants de Châteauneuf-du-Faou, quoique du parti de la Ligne, étaient traités avec la plus grande cruauté par la troupe de Fontenelle; au mois de mai 1592, ils envoient leurs députés aux Ëtats de Vannes, pour faire les plaintes les plus vives : il était prouvé qu'il lesavaitpillés, ravagés et tués avec de grandes hostilités^ ■ avec beaucoup d'autres cruautés insolentes commises par lui et les siens, que les plus grands ennemis n'eussent voulu com^

i Moreau, p. 284^6.

2 Moreau, p. 289. Cependant, nous trouvons dans les Jetés de Bretagne (t. III, col. 1693) dos lettres d'abolition pour Jacques de Lestel, sieur de la Boulie, commandant, sous le sieur de Fontenelle, au fort de Douamenez: elles sont données k Lyon, par Henri IV, au mois d'août 1600 : il est difficile de concilier ces deux assertions.

BN BRETAGlfS. 139

meiire^. Mercœnrne peut se dispenser de le faire arrêter; car il était Tenu bravement aux Ëtats, comme Tnn des sontiens du parti, (dais le duc avait besoin de soldats, pour aller au secours de Craon. Aussi, dit Moreau, à la prière des autres capitaines et des seigneurs, il fut délivré, et put recommencer ses brigandages en toute liberté^.

Quelque temps après, il s*empare par trahison d'un château bien fortifié de la Basse-^Bretagne, nommé le Grannec; et son possesseur, de Pratmaria, quoique du parti de la Ligue, est dépouillé de tous ses effets, et jeté honteusement dehors avec sa femme. Les paysans, pillés et torturés par la Fontenelle, fuyaient dans les bois et dans les landes, où ils trouvaient la faim et les loups qui les dévoraient; s'ils osaient lui résister ou Tattaquer, leur mauvaise discipline amenait leur défaite, et il ne voulait pas qu*on donnât la sépulture à leurs cadavres. « Un certain jour, se promenant dans les allées « de la maison, le sieur de Pratmaria lui dit : Comment pouvez-vous « supporter la puanteur de ces corps morts tout pourris? Il répondit « que rôdeur des ennemis morH était suave et douce. C'était une « grande compassion de voir ces pauvres rusti()ues ainsi massacrés « qui pourrirent et furent mangés des chiens et la nuit des loups; « car si aucun des parents venait de nuit pour enlever un mort, il « était tué sur-le-champ'. »

Il possédait encore un grand nombre de châteaux et lieux fortifiés, comme Corlay, Crémenec, etc., et, de concert avec son digne ami, le comte de la Magnanne, il ravageait impitoyablement toute la Basse- Bretagnl^, sans respecter les trêves jurées par les deux partis. « Et comme il était au milieu du pays, faisait des courses presque « jusques cette ville de Quimper, Quintin, Morlais, même jusques à « Yannes, Tréguier et Léon, et partout fit de grands ravages avec « peu d*honneor, d'autant qu'il ne s'envisageait jamais avec des « gens de guerre, mais aux paysans ou communautés, et par sur- « prise ordinairement. Quant au plat pays, il y apportatelle ruine, « qu'il est impossible de Texprimer, n'y demeurant ni hommes, ni « bêtes, ni maisons où il n'eût facile accès ; le restant du peuple « étant obligé de se cacher parmi les landes, où, par la rigueur et

1 États de Vannes : Archives dllle-et-Vilaine.

2 Moreau, p. 136.

3 Moreau, p. 140, I4îi.

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