UL LIGUE
« nécessité da temps, ils mouraient et demearaient en proie « loups, qiii en faisaient leur Corée vifs ou morts ^.
Il fut surtout redoutable et menaçant quand il eut surpris le bourg important de Douamenez et Tlle Tristan, à Textrémité occidentale ie la Comouaille (juin 1595). « Les prisonniers furent traités à la tnrc que et même plus barbarement, par tourments et toute sorte de « pauvreté et de disette, pour tirer plus grande rançobd*eux que ne c montait tout leur bien. Et ainsi, les mettant à l'impossible, mou- « raient misérables dedans les cachots et cloaques. Ceux qui avaienU « au moyen de leurs amis et parents, pu trouver promptement leur « rançon, sortaient demi-morts, semblant plutôt à des anatomies (m « spectres hideux, n'ayant que la peau et les os, chargés de puaD<- « teur et de ^rmine, lesquels, sitôt qu'ils étaient à changer d'air et de « viandes, mouraient pauvrement d'une enflure ^ » Les communes des environs viennent encore pour l'attaquer, et se réunissent vers SaintGermain-Plougastel : le brigand les fait tomber dans un piège grossier, au moment ou les paysanMe précipitent sur lui» en poussant leurs hurlements accoutumés; et, grâce à sa cavalerie, il en tue, dit-on, plus de 1,500'. Dès lors, il se fortifie admirablement dans son fie, et rançonne le pays, terrifié à six ou sept lieues à la ronde. Penmarc'h, ville très-commerçante et trës-ricbe, dont les habitants formaient une espèce de république presque indépendante, et possédaient un grand nombre de bâtiments, tombe en son pouvoir par trahison; il fait charger le butin considérable sur près de trois cent» navires, barques, etc. Avec les forces maritimes dont*iV dispose, la Fontenelle se fait pirate et court la mer : il prend un vaisseau anglais, chargé de marchandises précieuses ; les matelots le gênaient, il les fait jeter à la mer^. Penmarc'h ne s'est jamais relevé depuis cette fatale époque; elle avait compté jusqu'à dix mille habitants, enrichis par un actif commerce, et marchait de pair avec Nantes pour i'im* porunce de ses exportations, de ses armements, de ses privilèges; la Fontenelle n'y a laissé que des pierres éparses. Lorsque Sourdéac reprit Penmarc'h, en 1597, ceux qui avaient échappé lui apprirent
1 Moreau, p. 145.
2 Moreau , p. 370.
3 Moreau , p. 373.
4 Moreau, p. 374-276. — l)e Thou, liv. US.
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ifae la Fonteoelle aTait fait déshonorer tontes les femmes, an-dessns de dix-sept ans; qn*il aTait fait mourir pins de 5,000 paysans, brûlé pins de 2,000 maisons, pillé et emporté tous les ménbles.
L*audacieuz capitaine doit résister à tons les efforts tentés pour le chasser de Douarnenez. Henri lY avait appris avec donlenr ces affreux brigandages; il avait accusé et menacé de sa colère le capitaine du Pré, commandant de la garnison de Quimper, pour Favoir laissé s'établir dans un poste aussi important : du Pré va se faire tner inutilement devant ses fortifications. Le gouverneur de Brest, Sourdéac, accompagné de nombreux soldats et de braves capitaines, vient à son^tour tenter de délivrer la contrée; il le bloque en vain à Douarnenez pendant six semaines, et il est forcé de se retirer, après avoir beaucoup souffert. Dans une de ses courses, Fontenelle allait rendre visite au sire de Mesarnou, son parent : il fut parfaitement reçu; et, pour récompenser son hôte à sa façon, il s'adjugeait la vaisselle plate qu*il possédait, lui enlevait sa fille, héritière de 8 à 10,000 livret de rente, et Tépousait, malgré son jeune âge ^ C*est là le sujet d'une des mille chansons populaires dont la Fontenelle le Ligueur est encore, de nos jours, le héros :
« La Fontenelle, de la paroisse de Prat, le plas beau fils qui porta jamais « habits d'homme, a enlevé une héritière de dessus les genoux de sa nour- « rice.
<• — telite héritière, dites-moi, que cherchea-vous dans ce fossé?
tt — Je cueille des fleurs d'été pour mon petit frère de lait que j'aime.
ce Pour moo petit frère de lait que j'aime , je cueille des fleurs d'été) mais « j'ai peur, et j'en tremble, de voir arriver la Fontenelle.
c< — Petite hériiière, dites-moi, connaissez- vous la Fontenelle?
t< — Je ne connais pas la Fontenelle, mais j'en ai ouï parler.
a J'en ai ouï parler; j'ai ouï dire que c'est un bien méchant homme, et « qu'il enlève les jeunes filles.
<c — Oui ! et surtout les héritières ! — n la prit dans ses bras, et l'embrassa; « puis il la prit en croupe derrière lui, et la mena à Saint^alo.
1 Levot, Biographie bretonne.
Moreau met à tort celte aventure sur le compte du royaliste Liscoët (p. 246). Suivant M. Guimard , c'était une jeune orpheline , Marie de Koadelan , fille de Lancelot le Chevoir et de Renée de Koëtlogon : il la fit élever dans un cloître , Tépousa dans la suite, et en fut aimé avec passion ; c était une fille que la dame de Mesarnou avait eue d un premier mariage.
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ce ni'a menée à Saint-Malo, ob il l'a misie au couvent, et quand elle tea ce quatorze ans, il l'a prise pour épouse <• »
Quelque temps après, la Fontenelle entrait de vive force àms la maison d*nn {gentilhomme, qui avait un sauf-conduit de Mercœur et de la Fontenelle lui-même : comme Jl ne trouvait pas Fargenl qiï'll cherchait, il poignardait le malheureux et déshonorait sa femme devant le cadavre de son mari ; puis (chose incroyable}, il attachait au cou de son jeune enfant un chat qui le tourmentait jusqu*à le faire mourir 3. Après la prise de Pont-Croix, malgré une capitulation formelle, il faisait violer la femme du capitaine, et pendre le mari avec un curé des environs et la plupart des prisonniers; les autres étaient plongés dans des cachots infects, où ils ne pouvaient môme pas remuer : quelques-uns étaient mis sur des trépieds ardents ou jetés dans des tonnes d*eau gelée ; ceux qui mouraient étaient portés à la mer par leurs misérables compagnons, qui attendaient le môme sort avec impatience,, pour être délivrés de toutes leurs tortures'. Une autre fois, ayant pris deux hommes, il en fît mourir un dé faim et Fautre en lui donnant trop à manger; il voulait essayer par plaisir, disait-il, lequel des deux mourrait le plus tôl^.
Un tel monstre, la terreur de la Bretagne, était non-seulement'épargné, mais même regardé comme utile et comme nécessaire par le duo de Mercœur, dont il déshonorait le parti, et qui lui confiait cependant des missions importantes ^ Le chanoine Moreau nous raconte une entrevue curieuse du chef de la Ligue et du capitaine d*aventuriers. Il avait pris envie à la Fontenelle de faire un voyage à Nantes, probablement pour se montrer. Il y alla par mer, et. pour paraître avec plus d*éclal, il fit faire des habits somptueux, et entre autres un manteau venant jusqu'à la jarretière, fourré d'hermine, garni d'une infinité de perles et autres pierres précieuses, « et était tel « qu'un roi n'en eût eu un semblable, même en son sacre. Ce que « voyant, le seigneur duc lui dit en le brocardant : « M. de la Fon-
1 Chants populaires de la Bretagne , 4« édition , t. II , p. 93 , 97. 3 D. Taillandier, p. 462.
3 Moreau, p. S80 , 282.
4 L'Estoilc , Supplément au Journal de Henri IV, p. 338.
5 Mandement du duc de Mercœur au sieur de la Fontenelle-Eder, pour la prise de Coetfret (Coëtfrec) et du château du Guerrand. Actes de Bret., 1. 111, col. 1544-45.
t tenelle, combien de gens ont aidé à payer ton manteau? » Â quoi c D'7 eut d*antre réponse qn^nn sonris^. »
Ce qui est encore plus triste à dire peat-étre; ce qui montre l*un des plus funestes résultats des guerres civiles, où les plus dépravés sont souvent les plus redoutés ; c'est que les royalistes eux-mêmes crurent nécessaire de traiter honorablement la Fontenelle. Ainsi, quand il tombe par surprise au pouvoir du lieutenant-général Saint- Luc, celui-ci, probablement pour gagner une grosse rançon, peutôtre aussi par politique, n* écoute pa| les réclamations des magistrats qui voulaient le faire juger et pendre; il lui accorde des conditions très-avantageuses, et lui promet qu^il ne sera pas recherché pour ce qu*il a fait pendant la guerre^ et notamment pour ce qui concerne le rapt de sa femme 3.
La Fontenelle recommence ses brigandages , soutenant tantôt Hercœur, tantôt les Espagnols, jusqu*au moment de la pacification du pays. Le chanoine Moreau a raconté d'une manière très-intéressante les tentatives réitérées du capitaine pour s'emparer de Quimper: « Picotée leur manquait, dit le chroniqueur, et croyant « comment ils fourraient se rendre maîtres de la ville ^ ils y « eussent trouvé, à leur avis, butin battant, pour s'enrichir tous. « Leur dessein^ en ce cas, était de tuer les hommes et épouser leurs « femmes et filles qui eussent eu quelques moyens. »
En 1597, après la prise de Penmarc'h, Sourdéac est supplié par révoque de Quimper, accompagné des trois ordres de Tévéché, de poursuivre la Fontenelle dans son repaire de Douarnenez; ils n'epargneraient rien pour fournir aux dépenses du siège ; ils vendraient les calices et les croix, pour se délivrer de la gueule du dragon. Nais, malgré tous les efforts des soldats de Sourdéac et des habitants, la Fontenelle ne put être forcé; et les assiégeants se retirèrent, au moment où d'Âradon, le fervent ligueur, envoyait des secours, pour délivrer le féroce brigand '. Plus tard, Henri IV fut contraint de traiter avec lui ; il le confirmait dans son gouvernement de Douarnenez, le créait capitaine de cinquante hommes d'armes, lui donnait de l'argent, etc.; il craignait que la Fontenelle ne livrât
1 Moreau, p. 289.
2 Jetés de Éret., t. liI,col. 1641-42, — Moreau, p. 300, 303. — De Thou, liv. 113.
3 Moreau, ch. 38 et 39.
la forte position qa*il occupait aax enùemis 4e la France Maia celuici De pouvait vivre honnôte et paisible ; d*ailleurs, on profita de ta preinîère occasion qui s'offrit pour se débarrasser de lui : aocusé d'avoir pris part à la conspiration du maréchal de Biron, il fol arrêté, condamné, surtout à cause de plusieurs crimes dont ne faisaioiit pas mention les lettres d*abolition, et rompu vif en place de Grève, à Paris, lé 27 septembre 1602 ^
* Son nom est resté très-populaire en Bretagne jusqu'à nos jours ; et de ciirieuses ballades, dont il est le héros, sont encore répétées aux veillées d'hiver.par les paysans de la Cornouaille, dont les pères ont été &es victimes. Ainsi, le poète breton que nous avons cité plos haut, représente la Fontenelle quittant sa femme, son enfant*, et son manoir de Coadélan, pour se rendre à Paris, où le roi l'appelle, n les a confiés aux jeunes gens du pays; il part, malgré les pressentiments de sa femme. A peine est-il en présence du roi, qu'il est arrêté et enchatné; il envoie son page, pour demander à la dame de Coadélan une chemise de toile, un grand drap blanc, et un plateau doré, afin qu'on y expose sa tête aux regards. Mais voici qu'elle arrive elle-même, redemandatit au roi son mari; elle apprend qu^il a été roué depuis trois jours. Et bientôt, près du château désert, on aurait pu voir les pauvres gens pleurer, en passant avec angoisse, hélas! en disant: — Voilà qu'elle est morte, la mère des pauvres ! — Ainsi, par un changement bizarre, mais facilement explicable, la Fontenelle est devenu l'un des nobles représentants, l'un des martyrs de l'indépendance bretonne, trompée* par la royauté frani^aiae'. Sa
1 L*£8toile, SuppL au Journal de Henri IF, p. 338. — D. Taillandier, p. 478. — Jetés de Brei., t. III, col. 1604.
La Fonteudle est prisonni^ à Rennes, aa moia de. jiûn 1600 oa 1603 : il ofllre décrire^ même de son sang, à ceux qui tiennent ses idaces, pouc qu'ils les leiident (30 juin) : le parlement ordonne la démolition des fortifications de File Tristan et de Douarnenez. La cour le fait veiller nuit et jour par deux huissiers et deux hommes qn ils s'adjoignent : elle permet de Temmenotter, et fait placer deux sergents dans la maison de la Butte, près le Champ-Jacquet, pour avoir Fcnl k ce qu'il n>nfonçât pas les murs des prisons, aux derrières desquels répend ladite maison (21 juillet 1600). Deux ans plus tard, le fait est assez curieux pour être remarqué, la cour informe pour savoir qui a enlevé de Tune des tours de la porte Toussaint la tête de Guy-Eder de la Fontenelle (8 novembre 1602). {Ihble raisonnèe des actes du parlement de Rennes.)
2 Moreau dit qu'il n'eut pas d'enfant, p. 289.
3 Chants populaires de la Bretagne^ t. II, p. 98H103.
EN BRETAGIIB. 145
mémoire est encore populaire dans les campagnes de Trégiiier, et les paysans répètent les strof^es amoureuses de la Fontenelle à soo .épée, on le chœur des bandits qui le suiviiient dans ses rapines.
« Dans toutes les guerres civiles, écrit M. P. de Courcy, on ren- « contre des hommes qui vivent de dilapidations et de rapines « commises sur tous indifféremment; ce n*est point d'après eux « qu'on doit juger des intentions générales : Fontenelle, parmi les « ligueurs, ne fut qu'une exception, et les brigandages dont il se « rendit coupable, furent toujours désavoués par le parti catho- « lique^ » Cette dernière assertion n'est-elle pas un peu hasardée? Fontenelle et le& autres capitaines pillards du parti furent-ils toujours désavoués par Mercœur? M. de CourCy lui-môme ne nommet-il pas autre part Fontenelle, l'un des plus zélés partisans de la Liguçdans la Basse-Bretagne? Sans doute, des excès semblables sont heureusement assez rares, même dans la barbarie des guerres civiles ; cependant, il faut le dire, la guerre de la Ligue en Bretagne eut toujours un caractère de brutalité grossière, et la conduite de la Fontenelle n'est qu'un exemple exagéré des pillages, des ravages et des crimes qu'au nom de la Ligue se permettaient des chefs avides et peu scrupuleux. Il serait facile de multiplier les faits à l'appui de cette assertion; quelques mots suffiront : « Le 24 juillet i58d, les « gens de Mercœur ravagent avec grandes cruautés les paroisses de «e ffouvoitou, Saint-Armel, Yern, etc., par voleries et violemens « inhumains 3. » En mai 1591, le capitaine Corbosson s'empare da bourg de Betton, près de Bennes; il permet à ses soldats le pillage, le viol, l'incendie. L'année suivante, les troupes de Mercœur reviennent dans le bourg et se livrent à toute leur brutalité. Saint-Laurent et Trémereuc, avec 2,000 hommes français et espagnols, après avoir commis les excès les plus épouvantables, finissent par réduire tontes les maisons en cendres. Le 20 novembre 1597, les garnisons de He^cœnr ravagent plusieurs paroisses ; celle de Pacé est l'une des plus maltraitées: les soldats tuent une.partie des habitants; emmènent les plus riches, auxquels ils font payer une forte rançon; violent les femmes et les filles, et brûlent presque toutes les maisons'.
1 Notice sur Landerneaii^ Jnn. du Finistère, 1842.
3 Pichart, col. 1701.
3 Dict, de Bretagne, art. Pacé et Betton.
146 LÀ LfGUB
Le marquis de Belle-Isle, à peine investi da gonveraernent de Fougères par Mercœur, arrive résolu de réunir ses trou |)es et d'aller attaquer les pauvres gens de Tincbebré et des autres villages voisins, qui se gardaient le mieux qu'ils pouvaient; il les force, et se laisse aller à toutes sortes de cruautés, par feu, violement, pillages, penderie, sans épargner sexe, ny dge^. M. de Goulaine, Tun des principaux chefs ligueurs, fait vivre ses troupes en toute licence dans le Poitou : le feu, le glaive et toutes violences y furent exer^ cées;itn'y fut épargné ni âge, ni sexe. Un autre capitaine dé Mercœur, Tun des plus actifs et des plus dévoués, Saint-Laurent n'était pas moins pillard et brutal : « Fait assez pitié, dit un coii«- « temporain, de ce qu'ils firent de ravages, meurtres, violemcns, <c ravissemens, feux et autres violences, actes d'bostililez ; car ils « tuèrent Prestres, femmes, enfants, et hommes de tous âges; les « martirisent et font mourir cruellement; et n'<ai point, pendant ces « guerres, ouy parler de si vilains actes avoir esté commis, cotsme « ils font à présent, et lesquels je ne prends la peine de particala- <t rizer, car ce seroit de la longueur et que mesme on ne les croiroit « pas2. » (1596.)
Lorsque la ville de Blain est reprise par les ligueurs, les Espagnols commencent par piller ou détruire tous les beaux meubles du château; puis le capitaine des gardes de Mercœur, M. de la Ville- Serin, dépouille de leurs biens, malgré ses promesses solennelles, tous ceux qui s'étaient réfugiés dans cette malheureuse retraite. « Ainsi, dit Crevain,' Blain, celte belle place qui avait servi d'asile « à toutes les autres églises de la province, l'espace de vingt-cinq « ans, devint un lieu digne des lamentations de Jérémie. » Le château de la Bretesche a le môme sort. Les prisonniers étaient condamnés à servir comme forçats sur les galères de Mercœur'. Aussi, je suis loin de partager l'opinion de M. de Kerdrel, lorsqu'il dit: « S'il y eut des excès au sein du parti de l'Union en Bretagne, si « des ligueurs en certain nombre ont pu mériter de l'histoire la « qualification de brigands, constatons que leurs déportements, et « leurs brigandages n'eurent lieu que contrairement aux prescrip-
2 Pichart, col. 1753.
3 Crevain, \t. 304-306.
BIf BRETAttff£. 147
« lions sévtoes des Ëtats, qui constituaient le Gonyernement de la « Ligne; — pour tout dire, en nn mot, si le désordre 8*est manifesté, « ce n*a guère été qo^en bas. En haut, Tordre a régnée » Non, le désordre a régné à tous les étages : les chefs n*ont pas lutté contre les passions de leurs capitaines; ils ont fermé les yeux, quand ils n'ont pas donné Texemple.
Hercœur lui-môme ne dédaigne pas dlmiter ses lieutenants, ses capitaines ; ainsi, après la Ticloîre de Craon, il se jette sur Château- Giron, et fait pendre le gouverneur de la place et tous ses soldats, à on arbre que, plus d'un siècle après, Ton appelait encore dans le pays le Chêne des pendus. Tous les habitants furent pris et rançonnés; tout fut pillé, môme ce qui appartenait aux prôires : car on les regardait comme des excommuniés, puisqu'ils étaient du parti royaliste^. Un tel exemple devait ôtre bien souventsuivi, et certainement exagéré.
Aussi, peut-on appliquer à la Bretagne ces paroles des auteurs de la Ménippée: « Messieurs de la noblesse, dit Tarchevôque de « Lyon, qui tenez les villes et cbasteaux au nom de la Saincte-Union, « estes-vous pas bien aises de lever toutes les tailles, décimes, « aydes, magazins, fortifications, guet, corvées, imposts et daces « (impôt sur les marchandises) de toutes denrées, tant par eau que « par terre, et prendre vos droicts sur toutes prises et rançons, sans « estre tcnuz d'en rendre compte à personne? Soubs quel roy trou* « veriez-vous jamais meilleure condition? Vous estes barons, vous «i estes comtes et ducs en propriété de toutes les places et provinces « que vous tenez'.,.. »
C'est encore le jugement que l'estimable Mézeray, qui ne vivait pas trois siècles après la Ligue, portait avec impartialité sur cette malheureuse époque : « Comme les grandes villes avaient des des- « seins de liberté et de république, spécialement dans le parti de la
1 BulL arch. de l'Jssoc, Bretonne, t. V, p. 130.
3 Mémoire de ce qui s'est fait en la pauvre ville de Château- Giron, dès /e commencement de cette guerre civille, qui commença l'an 1589; des garnisons qui y ont été, etc ; des àruslements^ ruines des maisons, dépopulation d'arbres et autres mille misères,- par Du?al, maistre d'école des jeunes ChasteiBa* Girontins de ce temps. (Manascrit in-iiol. de 14 pages, biblioth. de fifiimo»), -^ Journal de Pichart, col. 1728.
3 Satire Ménippée, p. 60.
i48 LÀ LIGUB
« Ligue, les seigneurs et gouverneurs de place, et même les moinfc dres gentilshommes, en avaient de souveraineté, ou du moinsde « pillerie et de brigandage : à cause de quoi ils étaient tous d*accord « entre eux de prolonger la guerre, dont eux seuls avaient le profit. « Car, outre qu'ils avoient le quint de toutes les prises, rançons et « saisies, ils disposoient des tailles et des deniers du roi à leur fan- « taisie, faisoient de nouveaux impôts, et tiroient tout le travail et « le bien du pauvre peuple, etc., etc.^ »
1 Mézeray^t. XVI,p. 341.