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ai'mcs contre les licrc'tiqiiés, ou se retirer en leurs maisons, èsquelles nous leur permettons revenir et demeurer; à cette fm nous les avons pris et prenons en nostre protection et sauvegarde. Il ne leur sera rien reproché du passé, et tous descrets, sentences et jugemens qui pourroient avoir esté donnés contre eux, sont et seront comme non avenus ; et , pour ce faire, accordons aux susdits le délai d'un mois. »
Il y avait donc en France deux têtes couronnées; Tune saluée par la brave et rude chevalerie de province, l'auti'e élue par les catholiques et les villes municipales; l'une, royauté dos gentilshommes; l'autre du peuple: elles allaient se trouver en présence dans la lutte. Et cette royauté de Ciiarles X, de ce prince captif des huguenots, était immédiatement reconnue par Philippe II, qui écrivait encore à son ambassadeur don Bernardino de Mendoça : « Sa majesté se resjouit sincèrement del'eslévation au throsnedu cardinal de Bourbon ; elle félicite don Bernardino des secours qu'il luy a prestes en toute circonstance, et il ne doit rien négliger pour que Charles X puisse librement exercer ses fonctions royales. Il faut exhorter tous les gentilshommes et villes catholiques de France, de la pari du roy, à demeurer unis et d'accord pour le ])ien commun. Le cardinal de Bourbon , en acceptant la couronne, doit maintenir et accomplir ponctuellement toutes les conditions de la ligue. Que tousjours on maintienne dans sa charge supresme de lieutenant - général du royaume, le duc de Mayenne ; c'est un dédommagement bien mérité par les peines qu'il a prises et les succès que luy doit la cause saincte. On doit honorer également la personne du duc de Guise présent, comme le méritent la mémoire et le sang de son père et de son oncle, martyrs tous deux de la religion. L'ambassadeur ne manquera pas d'insinuer adroictement les droicts de l'infante, droicts que luy ont acquis les alliances et mariages de familles royales; il revendiquera les autres droicts qui ont esté ravis à la couronne d'Espagne, Mais tout cela doit cstrc dict sans importance, avec une bonne dissimu-
ET HEMU IV. , 136
latioii ', pour sonder le terrain et les esprits, et voir quel etfect cela produira, sans toutefois indisposer personne.»
Puis, est écrit en post-scriptum de la main même de Philippe II : « Le bruit court que le Béarnois auroit Tintentionde
se convertir !! mais que les catholiques se tiennent en
garde contre ceste prétendue sincérité; qu'ils n'admettent point la conversion, sans se consulter entre eux, sans demander au pape surtout s'il ne pense pas que c'est le loup qui veut se revestir de la peau de la brebis^, pour faire ensuicte un carnage plus grand et plus sûr parmy les catholiques. »
Dès que Henri de Bourbon s'était déterminé à passer la Loire pour entrer en campagne régulière contre la sainte-union catholique, il avait dû s'assurer toutes les vieilles alliances calvinistes, afin de seconder le mouvement militaire. .Tamais Elisabeth n'avait manqué au prince de Béarn; elle avait stipulé des subsides d'hommes et d'argent, de Ijraves archers, de vigoureux arquebusiers. Le vicomte de Turenne s'était rendu en Angleterre muni de pleins pouvoirs pour obtenir les secours de la reine , la protectrice de la réforme , appeler surtout l'intervention de cette puissante princesse auprès des électeurs luthériens de la Germanie, presser enfin l'envoi de quelques milhers de reitres et de lansquenets. Les querelles religieuses n'avaient plus en Allemagne cette grandeur d'intérêt, cette puissance politique du commencement du seizième siècle. La plupart des petits princes d'Allemagne étaient pauvres, besogneux ; les électeurs et vassaux vendaient leurs reitres ou lansquenets au plus offrant, et avec une sorte d'oubli et de dédain de leur propre croyance. On trouvait des lansquenets dans les deux camps, et sans tenir compte d'une nationalité pohtique ou d'une conformité de symboles, tout était traité au prix des subsides. C'était par l'intermédiaire de la reine Elisabeth que Henri de Béarn négociait en Allemagne :
1 Cun lioitn dissunnlacion.
' C'"-' 'i'''i-''i; ^t^ Vditir cl luùu de pwl de ovtju. • - ■ '
pauvie cadet de Gascogne, quelle garantie eùl-il pu oll'rir pour la solde des troupes? Plein de reconnaissance, le Béarnais écrivait à sa vieille protectrice : « Madame , nous avons inie très grande obligation envers vous, comme principal motif du bien qui nous peut arriver, dont nous vous remercions très aifeclueusement ; nous désirons que tout soit conduict par vos bonnes instructions et commandements '. » Dans de telles dispositions politiques, la reine Elisabeth s'était hâtée de reconnaître la royauté de Henri IV et sa légitime succession à la couronne. Un ambassadeur spécial fut accrédité auprès du roi des calvinistes en France.
Venise avait conservé de nobles et bons rapports avec Henri III; elle tenait à cette alliance, auxiliaire essentiel contre l'Espagne, Rome, Naples et l'Autriche, ses naturels ennemis; et puis, le sénat avait souvenir de cette magnifique et joyeuse réception du roi de Pologne au milieu des lagunes de Venise, de ces fêtes de gondoles et d'amour, où Henri III « s'estoit esbattu d'une manière si agréable. » A la mort du dernier des Valois, Heiu'i, son successeur, écrivit son avènement à la républi(pie, sa lidèle alliée. Ce ne fut qu'après deux jours de délibération dans le sénat que les Vénitiens reconnurent enlin HeiH'i IV, malgré les efforts des ambassadeurs du roi d'Espagne, du duc de Savoie, du nonce du pape. Qwdques sénateurs étaient d'avis de ne pas trop se hâter, pour ne point offenser le pape qui avait excommunié Henri ; mais le grand nombre l'emporla. La politique de Venise lui faisait regarder le rétablissement de la puissance française comme l'équilibre sur lequel le repos de l'Europe était fondé. La république ordonna à Jean Moncenigo, son ambassadeur, de se rendre à Tours auprès de Heini, pour le complimenter sur son avènement à la couronne, et elle déclara en même temps au sieur de Maisse, ambassadeur de Henri 111 à Venise, qu'il pouvait dcmeuriu' auprès d'elle jusqu'à ce que le nuu-
Msj, de UOlliuue, \ol. col. HaH'i, loi, 117.
ET llIvMa IV. i-il
veau roi eût lait connailre ses intentions. La résolution du sénat fut apprise par le peuple avec une grande joie ; elle détermina au même parti les ducs de Mantoue et de Ferrare, qui tirent l'accueil le plus favorable au duc de Luxembourg, passant alors pour se rendre à Rome où il était envoyé auprès du pape par les catholiques royalistes.
A côté de l'alliance de Venise et de quelques petits princes d'Italie, il en survint une autre plus curieuse, mais qui était d'un grand poids alors dans le mouvement européen. L'empire musulman, cette haute tête que le moyen âge catholique n'avait pu abattre dans les croisades, s'était élevé à toutes ses splendeurs aux quinzième et seizième siècles! Ennemi naturel du roi d'Espagne et de la maison d'Autriche, il avait cherché ses plus antiques alliés en France et les avait trouvés depuis François I". Le sultan ne pouvant reconnaître la ligue, qui aurait jeté la couronne de France dans le mouvement espagnol, Amurat se tourna vers Henri IV, et un hrman en lettres d'or lui fut adressé : « Amurat, par la grâce du grand Dieu, très grand empereur de Constantinople , de Syrie , Asie , Arabie, Jérusalem, Europe, seigneur de la maison des Ottomans, et de tous les princes d'Asie et d'Afrique, souverain dominateur de la mer; à toy Henry de Navarre, issu de la race invincible des Bourbons; je désire salut et heureuse fin pour ce que tu es très clément et débonnaire et que tu as esté délaissé en bas âge ; la renommée a esté jusqu'à nous de la grandeur de ton courage, magnanimité, et que don Philippe de la maison d'Autriche, favorisant aucun de tes ennemis, tasche de te priver de la succession légitime qui t'appartient au royaume de France qui est de nostre alliance et confédération, en haine de ce que tu détestes les faux services des idoles, très desplaisantes au grand Dieu, pour tenir purement ce que tu tiens qui est le meilleur du monde ; je le fais assavoir qu'ayant en horreur cette cause qui ne tend qu'au profit particulier de ceux qui se sont eslevés contre toy, je veux prendre la protection et tellement dompter la foUie de tes en-
nemis et de rEspagnol qui l'occupe injustement le royaume de Navarre dont lu portes le titre, qu'il en sera mémoire à jamais, et te rendant victorieux, je veux te restablir avec ma puissance redoutable par tout le monde, au ijrand espouvanlement de tous les roys, ayant moyen de les réduire en telle extresmité qu'ils ne te feront jamais ennuy. Il m'importe de savoir si tu l'as pour agréable ; et pour assuré tesmoignage de ma bienveillance en ton endroict, je t'enverray deux cents voiles surgir au port de Aiguemortes aussi promptement que la nécessité le requerra ^ » La situation de Henri IV ne lui permettait pas de refuser des auxiliaires aussi puissants ; mais comment cette alliance avec les infidèles allait-elle être jugée par le parti catholique, par les ferventes âmes qui brûlaient du même esprit que les pieux pèlerins du douzième siècle marchant à la Palestine? Henii s'occupait peu de l'impression (ju'un secours de telles armes allait produire ; il appelait alors les batailles ! Ainsi que nous l'avons dit, une portion de l'armée royaliste et catholique s'étant séparée des huguenots, Henri de Navarre avait fait sa retraite en Normandie. Le Béarnais n'était ])as en force avec sa gentilhommeric, ainsi réduite, pour lutter eontre l'armée de la ligue et les villes municipales. Son plan était d'attendre, dans une position fortifiée, le débarquement des Anglais d'Elisabeth, qui arrivaient sur le continent. Les dépèches de Londres annonçaient le prochain départ de lord Willoughby, à la tète de quatre mille Anglais, bons arquebusiers qu'Elisabeth avait promis ainsi qu'un subside de vingt mille livres sterling. Avec ce secours Henri devait reprendre l'otfensive et se porter rapidement sur la capitale.
Le duc de Mayenne était sorti de Paris avec son armée de communes et de gentilshommes catholiques et marchait à son tour vers la Normandie, dans le double dessein de battre les huguenots, et surtout d'empêcher la jonction des Anglais et de
* Arcliives de Simanoas, rot. B. 6'i ; el Mss.de Bctliune, vol. cot. 0037, loi. 2'Z. l'hiliiipe 11 avuil eu cuiiic de celle Icltre. '
ET IlE-NHl IV. 139
Henri de Navarre. S'il était vaincu, il devait, «e jetant à droite, occuper la Picardie pour se joindre aux secours promis par le duc de Parme. Henri de Navarre, dans cette position difïiciie, s'empressa de rappeler ses deux armées de Picardie et de Champagne sous les ordres du duc de Longueville et du maréchal d'Aumont. Ses forces ainsi réunies, il se retrancha dans Arques, pendant que le duc de Mayenne poursuivait sa marche victorieuse dans la Normandie, s'emparant de Gournay, de Neui'chàtel. Celui-ci lit mettre son armée en bataille, et, au milieu de la nuit, elle passa la petite rivière, alin de forcer les retranchements huguenots à la pointe du jour. Henri de Navarre, averti de tous ces mouvements, distribua les diverses troupes, et laissa le maréchal de Biroii avec les compagnies de MM. de Chastillon et de Malligny au haut de la tranchée. La [ircmière attaque eut lieu sur ce point, « laquelle fut très bien soutenue par ledict sieur de Biroii de qui les yeux seuls valloient la force et les bras de deux mille autres. » Les soldats du duc de Mayenne pénétrèrent cependant dans les retranchements. « M. de Montpensier avec sa cornette de gens d'armes estant survenu, plus le sieur de Chastillon avec un rafraischissement de cinq cents bons arquebusiers anglais, lesdicts ennemis furent coutraincts de se retirer ; aussitost M. de INlontpensier lit advancer deux pièces de canon qui tirèrent sur l'ennemi pendant tout le temps de sa retraite. Dans cette action, la plus sérieuse du combat, les troupes catholiques avaient eu le dessous. » A toutes les autres attaques, le duc de Mayenne ne fut pas plus, heureux ; la brave gentilhommerie huguenote soutint sa réputation glorieuse. Henri de Navarre , bouillant de courage, brave compagnon de chevalerie, donnait partout l'exemple! Et qu'avait-il à perdre? devant lui était la couronne, un beau royaume à conquérir ! Quand ses soldats se sentaient faiblir, hardi cadet de race, il se précipitait au milieu d'eux et disait quelques-unes de ses héroïques et joyeuses gasconadcs. Ce vieux sang des montagnes, cette force, ce courage d'une vie active, triomphèrent de la tactique hésitante du duo
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de Mayenne, ('pais de taille , lent à se mouvoir en l'ace de ces gentilshommes qui caracolaient autour de ses carrés de lances et d'arquebuses. La chevalerie provinciale était restée maîtresse de ses retranchements; les communes se dégoûtaient; la saison des pluies avait rendu les chemins impraticables. Les parisiens s'étaient vus forcés à la retraite, et la jonction des Anglais et de Henri de Navarre put s'effectuer sans difficultés : leurs cornettes parurent unies dans la plaine. La campagne commençait donc sous de bons auspices pour Henri; il fallait meltre à prolit l'ardeur toute guerrière des gentilshommes. On n'avait pas d'argent , aucune paye ; n'était- il pas simple de se saisir de quelque bonne ville , pour la livrer à la discrétion avide des camps? Tous ces valeureux aventuriers du midi n'étaient pas riches; les vingt mille livres sterling payés par Elisabeth ne pouvaient aller bien loin ; le pillage seul satisferait leurs besoins urgents, leurs dissipations martiales.
Par une pointe rapide et secrète, toute l'armée de Henri d(! Navarre se porta sur Paris; les faubourgs furent pris et pillés : « A l'aurore du premier jour de novembre, ils furent tellement attaqués, qu'en moins d'une heure ils furent tous emportés avec meurtre de sept ou huit cents hommes de ceux qui estoient venus à la desfense, perte de quatorze de leurs enseignes et prise de treize pièces de canon , tant grosses que petites. » Ces malheureux faubourgs furent abandonnés à la fureur des soldats ; un atfreux pillage suivit les scènes de sang. Henri de Navarre entra dans le faubourg Saint- Jacques sur les huit heures du matin , et s'avança jusqu'à la triste tour de Nesle baignée par les eaux de la Seine. Des ordres avaient été donnés pour qu'on épargnât les églises et les monastères; on dut respecter les vases sacrés et les ornements ecclésiastiques.
Dans ce péril de leur cité, les bons habitants de Paris prirent unanimement lesarmes. Pourtant, (juedemesuresde précaution avaient été prises 1 « De par les prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris, M. d'Aubray , colonel au quartier
ET HENRI IV. lil
de Sainct-Severin ; nous vous prions et ordonnons que pour la garde et sûreté de cette ville, vous envoyiez par chascun jour, trois compagnies bien armées de bourgeois, aux remparts et tranchées qui sont depuis la porte neuve jusques à la porte de Montmartre, pour y faire bonne garde durant le temps que les ennemis seront es environs de ladicte ville'. Il est enjoinct aux liahilans de la Courtille de couper présentement toutes les liayes de leurs jardins à la hauteur de deux pieds ou environ; et. sur l'advertissement certain que nous avons du retour de Tennemi en intention d'assiéger ceste ville, vous ayez à mander, de par nous, tous les capitaines qui sont sous vostre charge, auxquels vous enjoindrez de faire cy-après bonne et sûre garde par chascune nuict.«— A la fin du mois d'octobre, les prévôt des marchands et échovins prirent diverses mesures de sûreté. On assigna des places de bataille à chaque colonel à la tête de leurs nombreuses compagnies. MM. d'Aubray et Pigneron durent se tenir en la place Maubert ; les sieurs de Compans, Pacart et Boursier campèrent au bout du pont Saint-Michel; le sieur Dufresnoy à la croix du Tiroir; les présidents de Neuilly, Luillier et Feuillet en la grande i)lace de Grève, en face de l'hôtel-de-ville; les présidents Champrond, Dufour et Midorgc au cimetière Saint-Jean; le président Dublanc-Mesnil et de Grand-Rue au lieu des Tournelles, et les sieurs de Costeblanche et Trousson au cimetière des Sainls-hniocens. Aucun bourgeois de la ville ne put sortir sans passeport bien et duement signé par les membres du bureau. « Quarteniers, transportez-vous présentement par toutes les églises de ceste ville et fauxbourgs pour advertir messieurs les curés, marguilliers et autres chefs des églises, qu'il ne soit aucunement sonné de cloches, sinon pour appeler le peuple au service. r)l<" octobre. — 11 est enjoinct à tous les colonels et capitaines de ceste ville fliire promplement abattre tous les auvens; appeler tous leurs bourgeois en ai'mes, et faire tenir des tonneaux jtleins
- Regisl. lie ITiôlel-dc-villc, vol. \ui. - .
li% .LA LIGUE
de terre le long des maisons pour les ranger, si besoin est ; avec desfense toutesfois de poser des barricades sans l'exprès commandement des prevost et eschevins. 51^ octobre.
— M. d'Aubray, colonel, nous vous prions incontinent, la présente reçue, commettre un bon bourgeois de chascune des dixaines qui sont sous vostre colonnelle, pour aller tout présentement et en la plus grande diligence que faire se pourra, ])ar devers tous les bons bourgeois desdictes dixaines, les jirier de donner pour cejourd'liuy telle quantité de gros ou petits pains qu'il en faut et qu'ils pourront commod(''ment, pour la nourriture des gens de guerre arrivés en ceste ville pour la secourir. Sire Robert Daves, quartenier, enjoignez à tous les dixainiers de vostre quartier de eux transporter par toutes les maisons et chambres, pour prier tous bourgeois et liabilans de chascune dixaine de délivrer pots de fer, vieilles chaudières, peslards, marmites rompues et cassées et autres matières et métaux de fer, de fonte qu'ils auront, pour le tout faire porter en la maison d'un cliascun dixainier pour aucune chose très nécessaire à la desfense de la ville. H" novembre.
— Pour empescher les dégâts et ruines des maisons estant aux fauxbourgs de ceste ville, lesquelles sont journellement desmolies par les Suisses y estant en garnison, et le bois d'icelle brusié à cause de la froidure es corps-de-garde desdicts Suisses, est ordonné que par les habitans de ceste ville sera fourni ' auxdits Suisses, par chascun jour, une voye de bois, seulement durant le temps de leur séjour es dicts fauxbourgs, et pour cet ellèct les quartiers d'icelle ville fourniront l'un après l'autre une voye de gros bois, à raison de soixante! busches par voye. 11 est enjoinct à tous les bourgeois, manans et habitans de la ville et fauxbourgs de Paris, de se garnir et faire provision en toute diligence, d'une arbalestcî, d'une pelle et d'une hotte liour eni|)loyer aux forlifications de cesledicte ville, aux pro-cluiiiis joiii's et sitôt qu'il leur sera commaiidé. IS'' novembre. '
— Messieurs les quarleuiers, nous vous [irions de vous tiaiis- . porter par toutes les maisons de vosU'c quartier, en présence
ET IIENr.I IV. 1'.?-
ilo vos dixainiors, pour les prier de semondre, d'aider et secourir de leurs moyens, soiL en argent comptant ou autrement, les pauvres soldats suisses ou autres cstrangcrs, lesquels sont à présent malades es fauxbourgs de ceste ville, sans aucune commodité de vivres, s'ils ne reçoivent quelques bienfaicts et charités des catholiques et affectionnés au parti de l'union, pour le service desquels ils ont quitté leurs biens, leur patrie, leurs femmes et enfants, ce qui doit esmouvoir un chascun à leur bien faire et ayder. 21^ novembre. »
Malgré ces précautions, les faubourgs furent pillés par les troupes royales unies aux Anglais ; le respect pour les églises, si impérieusement commandé par Henri de Navarre, tenait à la nécessité qu'avait ce prince de ménager le parti catholique. Quelques braves et dignes gentilshommes de cette opinion étaient restés sous sa tente ; il voulait se les attirer, grouper autour de lui tout ce qui n'était pas ligueur inflexible. Henri de Navarre avait plus besoin alors que jamais de valeur et de politique ; le territoire sur lequel il combattait était tout dévoué à une foi religieuse qui n'était pas la sienne ; au moindre engagement, les communes prenaient les armes et tombaient sur les huguenots au son du tocsin. Ainsi, à cette valeur innée dans son àme éprouvée par tant de fatigues , Bourbon joignait cette conviction profonde de la nécessité de vaincre; c'est ce qui explique souvent ces beaux désespoirs au milieu des batailles qui ont rendu célèbre le nom du Béarnais et loi assurèrent la victoire. D'ailleurs, Henri n'avait qu'à montrer à quelques gentilshommes ses cornettes blanches pour commander la guerre. M. de Mayenne, au contraire, devait concerter ses opérations militaires avec le conseil de l'union, les parlementaires, les bourgeois, les quarteniers; et cela donnait à ses mesures militaires de l'hésitation et de l'embarras; on avait des idées de trahison, des volontés téméraires ; à sa place, le général le plus consommé eût pu faire ainsi des fautes ; et puis, les communes parleuses et bourgeoises pouvaient-elles résister à la rude chevalerie des montagnes, si
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pleine de vigueur et d'énergie? Ces circonstances expliquent la plupart des victoires de Henri de Navarre ; ce prince n'avait aucune tactique ; Biron et La Noue seuls dressaient les plans de campagne, arrêtaient les mesures de guerre. Henri, brave et hardi compagnon, se précipitait avec courage sur le champ de bataille ; il se mêlait à tous les dangers, mais sans prévoyance, sans combinaison. Tout- pour lui résidait dans les combats corps à corps.
Si l'entreprise d'Arqués n'avait point réussi, l'armée du duc de Mayenne n'en était pas moins restée forte ; c'était seulement pour elle un coup manqué, comme la pointe de Henri de Béarn sur Paris. La retraite de l'armée catholique en Picardie n'était destinée qu'à lavoriser sa jonction avec quelques bandes espagnolas envoyées par Philippe H; rien n'était décidé. Un corps de onze cents lances, sous les ordres du comte d'Egmont, marcha de la Filandre, pour se mettre à la disposition du duc de Mayenne; Philippe U avait également promis des subsides, la sold(> de trois milles Suisses et ôv quelques lans([aenets qui servaient sous la bannière de la sainte-union. L'hiver se passa en négociations des politiques, en rapprochements. Mais au mois de février, les cloches de la cathédrale de Paris annoncèrent le départ de l'armée catholique pour la Normandie.
L'argent manquait au duc de Mayenne, et comme son armée active (comptait des merc(^naires mécontents, cette circonstance jetait du désordre dans toutes ses opérations. Le 7 mars J 590, le duc de Mayenne écrivait au commandeur Moreo, l'agent du roi d'Espagne auprès de l'armée confédérée : « Je vous conjure, au nom de Dieu, de vouloir venir en la plus grande diligence qu'il vous sera possible avec l'argent, et en attendant escrivez auxdicts estrangers pour les assurer du payement '. » Et le 1> mars il ajoutait : a Comme j'estois sur le poinct de marcher aux (uuiemis et lever le siège de Dreux, je viens de recevoir une nouvelle protestation de
' Archives (le Simjiricop, oof > V> 07, <
ET nivNP.l IV. i'i^>
nos Suisses. Jugez, je vous supplie, la peine en quoy je suis, et combien ce m'est de désespoir de cognoistre le peu de secours que je reçois en ceste extresmité. Je vous en ay adverty et importuné mille fois, et ne vois pas que vous en preniez le soin que mérite l'importance de l'atraire. » Ces peines, ces inquiétudes, le duc de Mayenne les exprimait quelques jours avant la bataille d'Ivry, qui décida la question militaire de la campagne et avança si puissamment la question politique de la succession à la couronne. L'armée du duc de Mayenne était supérieure en nombre, « car il lut jugé qu'ils estoient plus de quatre mille chevaux et de dix à douze mille hommes de pied. » Henri, aidé du maréchal de Biron, avait dressé son plan de bataille, et son armée, divisée en sept escadrons, présentait l'efrectif suivant : « Le premier escadron, sous les ordres du mareschal d'Aumont, pouvoit estre de trois cents bons chevaux llanqués de deux régiments d'infanterie; le second, commandé par M. de Montpensier, avoit le mesme nombre de chevaux; à sa gauche, quatre ou cinq cents lansquenets; à sa droite, un régiment de Suisses; la cavalerie légère, forte de quatre cents chevaux, estoit non loin de l'artillerie qui se composoit de quatre canons et deux couleuvrines; le quatrième escadron, ayant pour chef le baron de Biron, comptoit deux cents cinquante chevaux ; le cinquième escadron estoit celuy du roy, fort de six cents chevaux rangés sur cinq rangs, et entouré de quatre bataillons de Suisses et des régiments de ses gardes; le mareschal de Biron commandoit le sixième, fort de deux cent cinquante chevaux et de deux régiments d'intanterie ; le septième enfin estoit l'escadron des reistres, ayant aussi deux cent cinquante chevaux et entouré d'infanterie. Le prince de Conli arriva peu après avec sa troupe de cavalerie et quelque infanterie. » Les deux armées se rencontrèrent à Ivry, près Dreux, quelques jours après les tristes lettres du duc de Mayenne; et le 13 mars 1590, elles «talent en présence. Le combat s'engagea terrible : l'armée catholique s'était développée sur une hawteur; les treize cents lances
de Flandre formaient un escadron épais ofi brillaient les cornettes du duc de Nemours et du chevalier d'Aumale; deux régiments suisses, couverts par de l'infanterie française, s'étendaient en corps de bataille. « L'armée de la ligue, dit le récit officiel, estoit plus chargée de clinquants d'or et d'argent sur les casaques; celle du roy l'estoit plus de fer, et ne se pouvoit rien voir de plus formidable que deux mille gentilshommes armés à uud, depuis la teste jusques aux pieds. »
L'affaire commença par une canonnade de 'M. de La Guiche; quelques escadrons de l'armée de la ligue s'étant avancés sur le canon, le maréchal de Biron les reçut aveo bonne contenance; et alors s'ébranlèrent les lances wallonnes; elles marchaient en, corps, précédées de quatre cents arquebusiers à cheval, le morion en tète, croisant leur fer pour cribler de balles les cavaliers qui caracolaient autour des Espagnols. Henri s'était précipité le premier à la tète de son escadron dans le fort de la mêlée; il frappait d'estoc et de taille. Quelle puissance de corps et de bras dans ces braves chevaliers des montagnes! Leur épée était lourde, leur pistolet de gros calibre; la canonnade de La Guiche foudroyait les plus épais carrés de lances, et en moins de rien on vit le dos de ceux qui venaientdeprésenter si furieusement leur visage: ils curent recours à la vitesse de leurs jambes. « Ce commencement de victoire ne pouvoit encore resjouir l'armée, ne voyant point nostre Henry IV. Mais aussitost on l'aperçut de loin, couvert du sang de ses ennemis, sans que Dieu mercy ils eussent vu une goutte du sien, encore (ju'il fust assez remarquable par un grand panache blanc qu'il a voit à son accouslremenl de teste, et un autre que portoit son cheval. Arrivé qu'il fust, il se fit de toute l'armée, en signe d'actions de grâces à Dieu de ce qu'il estoit sain et sauf, un cri universel de vive le roy! » La bataille de lances wallonnes, une fois ébranlée,- comment le reste de l'armée de la ligue, ramassis de forces municipales, aurait-il résisté aux Anglais réguliers de lord Willoiighby, à la vieil Je cl forte chevalerie du mare-
ET HEISm IV. 1'"
clial de Biron qui formaient le corps de réserve? Le duc do Mayenne ne pouvait plus compter que sur les Suisses. Dus le commencement du combat, privés de solde, ils n'avaient pas voulu donner pour secourir les gardes wallonnes. Ils s'étaient formés en bataillon carré, leurs arquebusiers aux quatre coins, leurs pièces d'artillerie au centre, attendant la lin de la charge. Quand la victoire se fut décidée pour Henri de Navarre, ils restèrent dans leur ordre, sans quitter leurs rangs. Henri parlementa avec eux; il est même k présumer qu'avant la bataille des promesses leur avaient été laites, car ils passèrent tous, par une trahison inouïe, dans le camp huguenot, et se tournèrent contre la bourgeoisie qui pourtant les avait si bien accueillis dans Paris; ingrats montagnards, toujours intéressés pour les bons écus d'or ! Ceci décida de l'affaire.
L'armée du Béarnais, victorieuse, poursuivit le duc do Mayenne et ses troupes en déroute jusqu'aux portes de la ville de Mantes qui servit de refuge aux vaincus. Les catholiques éprouvèrent des pertes immenses : la retraite, faite sans aucun ordre, leur fut surtout meurtrière ; rien ne put résister à cette ardeur de la victoire qui animait la gentijhommerie huguenote. Le résultat du combat était décisif; il donnait une puissance morale à l'armée calviniste ; il effrayait Paris, en fortifiant le parti politique ipii envisagea dès lors un terme au pouvoir municipal, par l'acceptation de la royauté de Henri de Navarre. La bataille d'Ivry livrait d'ailleurs la Normandie à Henri IV ; désormais maitre d'un pays riche, abondant, il pouvait de là se précipiter sur Paris, sur le grand siège de la ligue. Les communications si essentielles avec l'Angleterre étaient désormais assurées; chose capitale, car les rapports avec le midi étaient entièrement interrompus pour l'armée calviniste: le duc de Mercœur, indépendant dans la Bretagne, s'était emparé des passages ; la plupart des grandes cités se proclamaient pour la ligue. Henri n'avait que Tours, Blois, Caen, et encore au premier échec ces villes pouvaient
lis LA LIGUE
lui échapper : c'était pour lui une nécessité de vaincre; sou armée était comme un corps d'aventuriers jetés dans les provinces centrales et entourés d'ennemis qui l'attaquaient et le pressaient dans tous les sens. La victoire pouvait seule le sauver! Il l'obtint à Ivry,