‹ La ligue et Henri IVChapitre 15 sur 50 · ET IIE.MU IV. U · texte numérisé non relu

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ii'était-il pas ('gaiement nécessaire de pioclanier l'usuipaliuii des Capot? Avec Henri de Navarre, on n'invoquait plus que le droit politique , Tapplication des principes existants et reconnus. Ce parti de négociateurs trouvait une double expression, soit dans le camp de Henri de Navarre, soit dans les villes de l'union. En tète se trouvait Gonzagues, duc de Nevers, modéré d'opinion, ardent ami de Callierine de Médicis , placé entre les partis pour profiter de toutes les chances. Biron était plus décidé ; mais chef des royalistes unis à Hem i de Navarre, il cherchait à donner par les négociations le premier rang à ses compagnons de bataille, effacés sous la chevalerie calviniste. Villeroy , l'actif ministre, passait d'un camp à un autre, et gagnait la confiance du roi de Navarre par une dextérité de principes et de conduite qui le rendait utile à tous. Puis , au-dessus d'eux, Charles X , vieillard maladif, homme timide , gardait la couronne comme un bien acquis et dû, mais se réservait de la transmettre à Henri de Navarre son neveu , s'il se convertissait au catholicisme. Ce parti de transaction avait ses représentants dans les cours de justice, dans une minorité du parlement que conduisait le président Brisson. A tout prendre, le duc de Mayenne n'était pas éloigné de s'arranger avec ce parti, cherchant à tenir une position mixte entre les diverses opinions populaires. S'il ne pouvait assurer un trône à sa race, le duc de Mayenne aurait fait volontiers ses conditions au Béarnais , de manière à se donner au moins un grand gouvernement de province.

Le parti populaire voyait bien que c'en était fait de la sainte ligue, des libertés et franchises de la cité, si les négociateurs amenaient l'armée royale de Henri de Navarre dans les murs de Pans. Le but des ligueurs devait être d'attaquer vigoureusement les consciences timides qui parlaient de transiger, lorsqu'il fallait mourir pour le service de Dieu et les franchises municipales. Le conseil des seize quarteniers et colonels se réunissait tous les jours; on délibérait de prendre des mesures violentes, d'atteindre d'abord les doctrines, et d'arriver

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ensuite aux actes. Le parti populaire fit encore publier une suite de brochures et de pamplilets contre les politiques , et Henri rhérétique, le Béarnais relaps, l'excommunié. On criait aux rues de Paris: «Les impostures et calomnies des huc^uenots, politiques et alhéistes , pour colorer le massacre commis es personnes de messeigneurs les cardinal et duc de Guise par Henry de Valois, avec la réfutation, et comme on se doibt comporter contre l'inhumanité des massacreurs et tyrans, et de la punition nécessaire d'iceux. » — «La\'ie, mœurs et déportemens de Henry Béarnois , soy - disant roy de Navarre , où les catholiques de ce royaume pourront descouvrir quelles sont les hypocrisies de celui qui les voudroit dominer et envahir la couronne très chrestienne à Charles , cardinal de Bourbon, roy de France. » Le conseil des seize quarleniers ne se contentait pas de jeter le ridicule et la haine sur le parti négociateur ; maître du bureau de la ville, des échevins, du conseil de l'union, de tout ce qui commandait Tobéissance dans la cité, il appela une manifestation publique et légale des sentiments populaires contre tout arrangement avec Henri de Navarre. Le moyen que le tiers-parti voulait employer était, ainsi qu'on l'a dit, la conversion de Henri IV"; les pampldets de la ligue avaient répondu à cette théorie, en posant en fait qu'on ne pouvait absoudre un hérétique relaps, un homme qui avait déjà renoncé par deux fois à sa croynnce. Ce principe, on le fit proclamer par tout ce qui était pouvoir dans la cité. La Sorhonne était fortement ligueuse, et d'ailleurs les quarleniers, à la tète du peuple, n'auraient pas souO'ert qu'une autre opinion fût exprimée. H fut déclaré par la Faculté en assemblée solennelle : « Qu'il estoit de droict divin inhibé et deffendu aux catholiques de recevoir pour roy un hérétique ou fauteur d'hé-" résie et ennemi notoire de l'église, et plus estroitement encore un relaps, et nommément excommunié du sainl-siége. Et jiartant, puisque Henry de Bourbon est hérétique, les François sont tenus et obligés en conscience de l'empescher de tout leur pouvoir de parvenir au gouvernement du royaume très

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clivestien. » Celait une mesure vigoureuse, dirigée contre Je tiers-parti. Comment songer encore à une transaction avec un hérétique notoirement relaps ?

Tout ceci se passait après la bataille d'Ivry que les négociateurs avaient considérée comme un événement heureux pour arriver aux fins qu'ils se proposaient. Alors le peuple de Paris était plus que jamais décidé à se défendre; l'union recevait l'espérance de puissants secours. Le légat du pape Sixte-Quint, et le duc de Feria entraient dans la cité, avec ordre de soutenir et de développer le grand système de résistance, préparé par les villes catholiques, contre la gentilhommerie huguenote et montagnarde qui venait avec les étrangers pour attaquer ses murailles. Le duc de Feria était l'homme de confiance de Philippe II, l'ambassadeur officiel auprès de l'union sainte et municipale. A mesure que cette union prenait plus de consistance, le roi d'Espagne avait pensé qu'un envoyé spécial, porteur de ses instructions intimes, répondrait mieux aux besoins des circonstances. Le duc de Feria, habile négociateur, tète de mouvement et d'énergie, précéda le légat de quelques jours seulement, et dut se concerter avec lui sur les intérêts communs de la ligue. La papauté, cette immense institution, s'était alors personnifiée dans un pauvre moine, homme de modération et de tempérament. Sixte-Quint négociait avec tous les partis, cherchant à les attirer à lui par des concessions. Quand les Guise avaient été frappés, c'était le cas de lancer la fatale excommunication contre Henri UI, dont la main n'avait pas tremblé devant la pourpre du cardinalat; Sixte-Quint reçut des justifications, se borna à des menaces ; et comme lui-même était aux prises avec les grandes familles de Rome, il oublia les intérêts du cathohcisme pour applaudir à un exemple qui, reproduit dans sa capitale contre ses adversaires, pouvait raffermir son pouvoir temporel. Henri III joint son armée aux huguenots, attaque de front la ligue ; le consistoire des cardinaux veut l'excommunier ; Sixte-Quint secontente de quelques cxpiicalions royales « sur les impostures des ennemis de sa

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iiiiijesté'.)) 11 reçoit rambassacleur, M. de Luxembourg, envoyé par les princes ligués aux huguenots*, et qui se déclarent très dévots au saint -siège, en même temps qu'ils attaquent le principe catholique; enfin, bercé par la pensée do la conversion de Henri IV, il abandonne la ligue en ses périls. Heureusement l'actif légat s'éloigna de ses instructions timorées pour adopter hautement les couleurs de l'union municipale. Ce légat, Henri Caïetano, appartenait aux opinions fortement catholiques ; expression de la grande papauté du moyen âge, il sentait que du triomphe de la ligue devait résulter la puissance et la durée de l'autorité pontificale. Caïetano et le duc de Feria étaient des hommes énergiques au milieu d'une population fervente et dévouée. On ne peut dire avec quel enthousiasme fut reçu le légat ; tous les meubles de la couronne furent portés à l'archevêché ; les rues étaient tapissées de broderies, représentant les persécutions des premiers chrétiens par les malheureux infidèles ; les bons bourgeois étaient tons sous les armes et formaient une double haie d'arquebuses : Vive notre sauveur 1 vive le soutien des vrais catholiques! criait-on de toutes parts, et rartillerie se faisait entendre sur la place de Grève ; les bourgeois y répondaient par de nombreuses décharges d'arquebuse, tellement «que le légat avoit grand'peur que quelques malintentionnés ne chargeassent à plomb ou ne tirassent maladroictemeut. C'est pourquoy il leur faisoit signe de cesser ; mais eux, croyant que ce fussent bénédictions, deschargeoient de plus belle. » Caïetano et le duc de Feria se mirent immédiatement en communication avec les chefs des quarteniers, et concertèrent un système de défense, an cas oùHeru'i le huguenot viendrait assiéger la ville de Paris. Dans cet intervalle si rempli d'événements, le vieux Charles X avait succombé aux douleurs de la pierre; captif de Heniidc Béarn, son neveu, il avait été traité avec dureté, comme

; '^ Mss. Colbei'l, vol. 30, ros. en parclicinin.

-W^. DiiiMiy, vol. '2'i!j, ' .

si on eût voulu lui l'aire expier la couronne d'or qui pesait sur ses cheveux blancs. La mort de Charles était prévue, mais elle soulevait la plus grave question de succession. Philippe Il allait-il subir un nouveau roi ou réveiUerail-il les droits de l'infante, que déjà son ambassadeur avait secrètement invoqués?

Une dépèche de don Bernardino Mendoca donna à San- Lorenzo l'avis de la mort de Charles X. « Une lettre escrite par le capitaine Lagueule, qui estoit de service auprès du roy (cardinal de Bourbon), annonce au prince de Béarn la mort du cardinal, laquelle a eu lieu le 9 mai à neuf heures du matin. Bien que l'âge du cardinal de Bourbon fust de soixante-huit ans, encore peut-on soupçonner que les tracasseries suscitées par le prince de Béarn ont hasté le moment de cesle mort, pendant laquelle le cardinal s'est montré sans doute, comme pendant sa vie, inviolablement attaché à la deslénse et à la gloire de Dieu, et plus envieux de la couronne du ciel que des grandeurs de la terre '. » L'ambassadeur ajoutait : « J'expédie donc un courrier exprès, pour donner nouvelle à vostre majesté de cet heureux événement, si toutefois on peut appeler de ce nom la mort du cardinal-roy. 11 n'est pas probable qu'elle donne au prince de Béarn des ressources et des forces plus grandes que celles qu'il avoit précédemment. »

Henri de Navarre s'était rapidement porté sur Paris de ce champ de bataille d'Ivry, si glorieux pour ses armes; il y était servi par les intelligences du tiers-parti qui voulait, en réduisant le peuple à une extrémité déplorable, seconder la première voix de paix et de repos qui se faisait entendre parmi la bourgeoisie. Cette armée du Béarnais, composée de reilres, d'Anglais, de sa chevalerie calviniste, et d'un débris du parti royaliste, marcha pour investir Paris, se saisissant de tous les points qui protégeaient l'arrivée des subsistances. Ces dispositions tendaient à ethayer le peuple par l'appareil formidable

1 l'i uiui 1500. — ArcliiNua tic Siinamus, col. lî, Cii-\ ;•

d'un siège meurtrier. On connaissait mal la multitude belliqueuse des halles et des confréries, son dévouement à sa religion et à la cité. Tandis que le tiers-parti voulait ouvrir des conférences à Noisy, le peuple s'organisait en armes, et l'activité puissante du légat et du duc de Feria réveillait les sentiments d'énergie et de patriotisme municipal. Dès le 15 mars, le serment de l'union catholique avait été renouvelé par tous les habitants. « M. d'Aubray, colonel, disait le bureau de la ville, nous vous prions et au besoin mandons que ayez à assembler tous les capitaines qui sont sous vostre charge, et leur enjoindre, de par nous, de bien faire sçavoir à tous les bourgeois qui sont sous leurs enseignes, et qui ont accoutumé de porter mousquet et arquebuse, de se garnir de bonne heure et en la plus grande diligence qu'ils pourront, de la plus grande quantité de balles, mcsches et poudre à canon, et de tenir leurs armes en bon estât, pour s'en servir quand la nécessité s'en présentera, et qu'ils aient à conserver lesdictes munitions sans th'er inutilement ni les dissiper^. »

Et comment n'auraient - ils pas été confortés , les bons bourgeois, dans la résolution d'une belle défense, quand ils recevaient la lettre suivante de M. de Mayenne? « Messieurs, je fais toute la plus grande diligence qu'il m'est possible, afin de vous pouvoir aller secourir avec toutes les commodités que je vous pourrai mener.» Or, «le jeudy 5" de may, en assemblée générale faicte en la grande salle de l'hostel-devillc, M. le prevost des marchands a amplement faict entendre comme il estoit très nécessaire adviser sur la nécessité urgente qui se présentoit de fortifier, garder et défendre la ville contre les entreprises des ennemis qui approchoient, et si les forces des bourgeois et habitans d'icelle estoient suffisantes pour empescher l'ennemi d'entreprendre aucune chose, ou bien , si en cas d'extresme nécessité et estant assiégés, Ton feroit entrer et loger des forces estrangères. Le tout mis eu

Rcjiiàlru du riiôlol-ilc-\illi', \ll, loi. 589 vits. ,■

ùélibôralioii, a esté advisé et conclu que l'on doit se roniet- Ire à la prudence et sage conduicte de M. le duc de Nemours, et le supplier ne nous abandonner, et sera prescrit toute obéissance audict seigneur; et parce qu'il faut avoir quelques moyens pour donner du pain aux Suisses, lansquenets et autres, semblera bon de lever encore Fimpost sur les riches pendant un mois. »

Le 10 mai, règlement pour les guets et gardes, et le 18, mesures pour la conservation des chaînes. « MM. les colonels sont priés de l'aire assembler tous les capitaines de leur colonelle, pour en desputer par leur quartier tel nombre qu'ils adviseront, et rechercher parmi les bourgeois ceux qui voudront monter à cheval ou aller à pied, avec quelles armes et équipages, dont ils feront un rôle, contenant les noms et armes qu'ils se voudront servir, pour marcher toutes les fois qu'il leur sera ordonné, sous la charge de sages caiùlaines, nobles, gentilshommes ou autres que monseigneur le duc de Nemours ou nous nommerons. 26'' may. » Et Paris s'était garni de sa bonne artillerie bourgeoise : « Au boulevard de la porte Saincl- Antoine y a deux pièces auxquelles seront copimis : Pierre Guérin, meruiisier, demeurant rue Sainct-Antoine, à l'enseigne de la Cuupe, et Sébastien Sevellier, aussi menuisier, demeurant de mesme audict logis. A la platte-forme du moulin d'Ardoise, y a trois pièces sous Guillaume de Grerge, tailleur d'habit, demeurant rue Pastourelle, et Jean Aubert, menuisier. Au boulevard de la porte du Temple y a trois pièces et sont en nombre treize canonniers. A la grande platte-forme d'entre la porte du Temple et la porte Sainct-Martin, y a deux pièces. Joignant la porte Sainct-Martin, y a un peu plus loin trois pièces ; en sera transportée une delà les ponts ; et pour la garde •des deux autres seront commis : Rolland Puiguières, menuisier, demeurant rue Beaubourg, et M. Antoine Lescuyer, demeurant naguère à Melun. Sur la porte Sainct-Denis, où y a une pièce, sera commis : Pierre Coulonge, bourgeois de Paris, demeurant rue Vieillc-Monnoie. Vers la porte Montmartre y a

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une pirce, ù laquelle sera commis: Jehan Billeheu, clerc des arquebusiers. Au moulin des Petils-Ghamps y a deux pièces où seront commis : Nicolas Simon, tailleur d'habit, Jean Richardière, laboureur. A la Porte-Neuve y a une pièce, à laquelle seront commis -.Mathieu Ruelle et Pierre Desraoneaux, bourgeois de Paris, demeurant rue des Mesnestriers. Faict au bureau, le 1'^ jour de juin 1590, »

C'était dans cet état des esprits, dans cette effervescence de la population que les parlementaires rêvaient encore un arrangement. Le duc de Mayenne, que l'on considérait comme disposé à ces négociations, écrivait à don Bernardiuo Mmidoça : «Le sieur de Villeroy m'a dict avoir contéré de luymesme avec le sieur du Plessis à Noisy (c'est un des plus confidens serviteurs et des plus advisés qu'ait le roy de Navarre) sur les moyens qu'il y auroit de revenir à la paix, luy remonstrant qu'elle ne se pouvoit espérer, sinon que le roy de Navarre se flst catholique et fust approuvé par l'église. A (pioy ledict sieur du Plessis lui auroit respondu qu'il vouloit premièi'ement cistre recognu pour roy de tous ses subjccts, et après qu'il s^ feroit instruire et donneroit tout contentement auK catholiques. »

Comment croire que la multitude catholique, qui comptait sur les secours effectifs du duc de Parme et des bandes espagnoles, se laisserait aller aux belles promesses du Navarrais? Tout était destiné à Paris pour réveiller son énergie : les sermons ardents préparaient les halles à la défense de la foi et de la cité, comme dans le forum de Rome les orateurs remuaient les entrailles du peuple-roi. MM. les prévôt et échevins iaisaient vœu de belles otfrandesà Notre-Dame-de-Lorelte, au cas où la ville serait délivrée du maudit Béarnais et de sa forte chevalerie : « Nous, Michel Marteau, sieur de la Chapelle, prévost des marchands, les eschevins, conseillers et olïiciers de la ville de Paris, pour et au nom de tous et chascun des bourgeois et habitants de la ville, avons voué et vouons à sa divine majesté, que s'il luy plaist nous deslivrer de la calamité \)i\

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noussolnmes réduicts et des mains de ceux qui oiU conjuré la ruine de son église, au plustost qu'il nous sera possible et qu'il nous en donnera les moyens, nous envoyerons aucunes notables personnes qui seront exprès desputées, en Téglise Nostre-Dame-de-Lorette en Italie, lieu où sont les marques cl vestiges du haut mystère de son incarnation, pour luy faire nos humbles prières et présenter nos offrandes. Et le dimanche premier jour de juillet, lesdicts prevost, eschevins et autres se sont transportés en l'église Nostre-Dame à Paris, où la messe du jour a esté célébrée par monseigneur le cardinal de Gondy,évesquc de Paris. Après lequel vœu, futfaicle la prédication publique sur le mesme subject par M. Jean Boucher, docteur en la faculté de théologie, curé de Sainct-Benoist. » Après une communion générale, en face des autels couverts de cierges et de beaux luminaires, il y eut enrôlement complet de bourgeois. « De par le duc de Genevois et de Nemours et les prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris : nous vous prions et ordonnons de faire monstre générale de tous les bourgeois et habitans des dixaines de vos colonelles, de quelque qualité et condition qu'ils soient, depuis l'âge de dix-sept ans jusqu'à soixante, capables de porter armes, aux lieu et place que vous jugerez le plus commode en vostre quartier.» On était perpétuellement dans la place publique afin de délibérer sur la défense municipale de Paris. On renouvelait toutes les cérémonies qui pouvaient émouvoir la multitude : les processions surtout, les revues d'armes, d'étudiants, le dénombrement des forces catholiques. Il y eut un de ces grands dénombrements que les pamphlets du tiers-parti ont rendu ridicule en le désignant sous le nom de procession de la ligue; et qu'est-ce qu'il peut y avoir de ridicule dans un peuple faisant le vœu de se défendre contre une armée qui presse ses murailles, et dans cette cité qui soutient un siège meurtrier avec une persévérance héroïque? Une autre nation , aux temps modernes, eut encore ses processions, ses curés armés d'arquebuses, ses étudiants le casquç en tète, et ses ». li

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l'cmmes le poignard à la main. Dans les buUotins du vainqueur, on qualilia ces héros du nom de fanatiques; on appela ces armées des ramassis de moines et de brigands; on les caricatura sur des estampes couvertes de l'aigle ; eh bien 1 qui oserait aujourd'hui parler de ridicule, en racontant ces grandes scènes des guerres de l'indépendance ? Quant à moi, je me suis toujours incliné respecfueusement devant les nuH'ailles de Sarragosse! Il y eut donc procession religieuse et municipale à Paris, immense réunion de toutes les confréries et métiers, des halles, des écoliers de l'Université et de divers ordres religieux. Tous , le casque en tète, la cuirassine sur le dos , étaient armés de dagues et de pistolets , môme monseigneur Guillaume Rose, évoque de Sentis, et le prieur des char treux, qui chacun portaient arquebuse en main. Le légat fermait la marche, donnant à tous la bénédiction pontificale, et le bruit du canon venait encore augmenter l'exaltation des masses. Dans tous lesquartiers, on entendait force coups d'arquebuse; un bourgeois maladroit venait de tuer un des domestuiues du l(''gat à la suite de son maître, et ce légat, objet de la vénération publique, était entouré ; chacun voulait toucher sa robe sainte et recevoir sa bénédiction. A la suite de ce grand dénombrement des forces municipales et catholiques, de nouvelles mesures de police et de défense étaient arrêtées : « Il est prohibé à toutes personnes, de quelle qualité qu'elles soient, d'envoyer aucunes lettres, missives, marchandises, ny autre chose es villes de Sainct-Denis, Poissy, Senlis, Mantes, Meulan et autres, tenant le parti des hérétiques, sous peine de confiscation, amendes arbitraires et autres plus grandes punitions, selon que le cas escherra^ » — « Monsieur Custeblanclie, colonel , nous vous prions de présentenKMit fournir au sieur de Forest ou autres porteurs de la présente ordonnance, trente toimeaux pour estre employés à réparer la bresche qui est entre la porte Sainct-Honoré et Montmartre. » — « Messieurs

1 Registre de l'iiôlcl-ac-ville, Xlll, fol. 92.

ET HKNKI IV. la!»

1rs cillés et paroissiens de Sainct-Jacques de-la-Boucherie sont priés, de la part de monseigneur le duc de Mayenne et •de messieurs les prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris , de donner une partie de leurs cloches qui sont superllues, pour estre employées à la fonte des halles. » — Pareil mandement à Saint-Germain-des-Prés , abbaye, à Saint-Sauveur, à Saint-Martm-des-Ghamps , à Saint-Viclor, à Saint-Nicolas, à Saint-Jean, à Saint-Gervais et à Saint-Paul. Cette mesure rappelle les jours terribles de la convention nationale. Les habitants avaient bien besoin de ces démonstrations qui frappaient si vivement les yeux, car Henri de Navarre avait coupé toutes les communications, et menaçait Paris par lettres et bravades : « Manans et hal)itans de nostre ville do Paris , si la raison , le devoir naturel et les anciennes lois et conslilulions du royaume n'ont pu'lléchir vos cœurs, la nécessité en laquelle ils vous ont réduict vous devroit au moins faire tourner les yeux à autre voye de salut, que vous ne devez douter de trouver en nostre grâce et bonté quand vous voudrez y avoir recours ; à quoy vous ouvrirez les yeux et y pourvoyerez si bon vous semble, selon que le faict vous touche. Dieu vous fasse la grâce de bien faire vostre profit de nostre paternelle admonition! »

Paris était alors dans un bien triste état, exténué par sa défense héroïque. « Les gens riches et aisés qui vivent à leur plaisir, au lieu des viandes délicates qu'ils avoient accoutumé de manger, n'usoient plus que de pain d'avoine et de chair d'asne, mulets et chevaux, encore s'en trouvoit-il peu et bien cher ; les autres, pauvres petites gens qui vivent au jour la journée, ne gagnoient pas un liard, et n'avoient pas de quoi acheter des bouillies faites de son, d'avoine, qui estoit tout ce que mangeoient les pauvres. La chair estoit fort chère, à cause de la grande quantité de chevaux et mulets que l'on y avoit mangés, et les pauvres mangeoient des chiens, des chats, des rats, des feuilles de vigne et autres herbes qu'ils trouvoient, encore estoient-elles fort chères. La musi([ue qu'un

eiitendoit, cstoient les cris des pauvres, des vieilles gens, pauvres femmes et petits enfants qui demandoient du pain sans que personne leur en pust donner ny les secourir. La médecine qu'ils y faisoient estoit la patience, et ne laissoit-on de fiiire infinies processions, avec les indulgences que le légat leur donnoit, qui se gagnoient en la plupart des églises, avec les sermons qu'ils oyoient, qui leur faisoient prendre tant de courage, que les sermons leur tenoient lieu de pain. Quand un prédicateur les avoit assurés qu'ils seroient secourus dans huict jours, ils s'en retournoient contens. » Ainsi , à une autre époque, un représentant du peuple promettait la victoire à ceux qui lui demandaient des vivres.

Au milieu de ces souffrances de toute une population, les passions politiques s'agitaient; on publiait des pamphlets de toute nature ; un des plus curieux, œuvre des parlementaires, est dirigé contre le gouvernement des Seize : « Dire que nous n'ayons plus que la face et l'extérieur d'hommes, que nous soyons plus abrutis que les bestes mesmes, plus couards, mois et elféminés que femmes, pour endurer qu'une douzaine ou deux de coquins désespérés gouvernent et commandent à leur volonté à Rome française ! Paris, jadis appelé sans pair, comme estant la plus belle ville du monde et la plus lameuse cité de l'univers, gourmandée par un petit tas de coquins et bellistrcs alRimés ! Tu tournes le cousteau sur loimesme, sans connaître celui qui le cause tant de mal. Ah 1 pauvre peuple ! tu mérites bien de souffrir, puisque tu fais si peu d'estat de ton aise et de ta liberté. Gens sans religion, qui trouvent une religion à mourir de faim pour trente ou quarante mille âmes languissantes, et la leur n'est qu'à faire boime chère. Ah 1 petits commandcreaux, cadets lorrains, masles et femelles, Olivier, Senault, Louchart, Bussy, et vous, prescheurs, à qui pensez-vous avoir allàire ? Vous, messieurs les bons bourgeois et citoyens de Paris, je parle ta vous comme à gens hébestés ; quelle grande obhgation avez-vous à ceux (pii vous procurent aujourd'hui tant de malheurs? (Jui mui-i

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ils? d'où sont-ils venus? Ce sont des estrangers sortis d'une eslrangère race. Et puis l'on voit nos curés et nos moines se mesler de traiter en leurs chaires nos atlaires d'estat ; un Perrinet avec son importun habile. Et Boucher! vraiment tel, car tu despèces, tu tailles, tu descoupes, tu assommes. Il faut, dis-tu, mourir de faim ? Hé ! mon gros et gras Boucher, que le mot te coule doux de la bouche ! demeure donc six jours seulement (je ne te donne pas plus longtemps) sans pain, viande et breuvage ; si lu ne vas pas faire un voyage à nos pères trespassés, si tu continues d'une voix effroyable à dire et prescher que mourir de la faim est un soulagement, je me rendrai à ta créance ! »

L'héroïque défense de Paris était soutenue par l'espoir (^uc le duc de Parme arrivait au secours de ses braves habitants, avec sa belle et bonne armée d'Espagnols formée aux Pays-Bas. On recevait au bureau municipal une lettre du duc de Mayenne ainsi conçue : « Messieurs, nostre armée s'approche de Paris ; il y pourra aller beaucoup de gentilshommes et soldats, qui se desbanderont, et par ce moyen ceste armée se pourroit beaucoup diminuer. Je vous prie de ne laisser entrer aucun qui n'ait passeport de M. le duc de Parme ou de moy. » Le duc de Feria envoyait courrier sur courrier, pour prévenir le duc de Parme qu'il eût à marcher en toute hâte, si l'on ne voulait que Paris, la tête de l'union, n'ouvrit ses portes aux huguenots. Philippe II s'était enfin décidé à porter secours efticacc et actif à l'union menacée; il levait dans cet objet une dime sur le clergé d'Espagne; mesure qu'il annonçait au grand chancelier Gaspard de Quiroga. Philippe II répondait ensuite aux plaintes des catholiques de France , qui prétendaient n'avoir pas reçu des secours suffisants dans les périls qui les menaçaient. Le roi d'Espagne les avait entraînés à un soulèvement contre l'hérétique ; les abandonnerait-il dans leur détresse? En réponse, Philippe rappelait, dans une dépèche à son ambassadeur, les preuves de zèle et de bonne foi qu'il avait multipliées. « Au nord , disait-il , le duc de Parme a pénétré

dans le royaume; au midi, le comte Iliéromyque de Lodron a renforcé avec ses Allemands le duc de Joyeuse et les catholiques du Languedoc ; en Bretagpe, le duc de Mercœur a reçu de ma munificence des secours, pour qu'il eust à purger cette l)rovince des hérétiques. Si donc les catholiques s'aident euxmesmes autant que je les ai aidés, il n'est aucun doute que la religion ne triomphe '. » Enfin, des lettres précises mandèrent au duc de Parme de s'avancer au secours de Paris. Le prudent général , à la tête des vieilles Landes espagnoles, quitta la Flandre pour opérer sa jonction avec le duc de Mayenne. L'armée des Pays-Bas était nombreuse , bien pourvue d'artillerie, de vivres et de munitions; la discipline la plus sévère y était observée. Cette armée était précédée par un corps de dix raille hommes, sous les ordres du duc de Mayenne, qui lui servait d'avant-garde. Après une marche longue, pénible, au milieu des chaleurs de Tété, ces deux armées firent leur jonction à Meaux le 22 aoiit, et passèrent le ruisseau qui coule au village de Claye et au château de Frosne.

Henri de Navarre se trouvait dans un grand embarras; sa vaillante chevalerie ne pouvait lutter contre les régiments espagnols réunis aux troupes de la sainte-union. Il fnllait pourtant prendre un parti, risquer une bataille générale, ou se décider à lever le blocus de Paris. Henri rassembla donc son armée au-dessus du village de Chellcs, dans une position avantageuse et en face de l'ennemi. Il chercha par tous les moyens à faire accepter le cond^at: il harcelait rEsjiagnol à chaque instant; mais telle n'était pas la tacti(iuc du duc de Parme. Par une manœuvre d'une active habileté, il replie son armée sur elle-même, la dérobe à la vue de l'ennemi, s'empare d'un point important qu'il se hâte de faire fortifier, et avec toute son artillerie, le général espagnol se port(i rapidement sur Lagny. Au-dessus de cette ville, située sur la Marne,

1 Philippe II ajoute de sa main : Pues yo lie hecho mas que nadie pudiera pemar mi pedir. '

la ligue avait lait, établir des magasins de vivres et des provisions considérables destinés à secourir Paris , dès que la rivière serait libre. Le duc de Parme devait donc réunir toutes ses forces sur ce point de la plus haute importance, puisqu'une fois les subsistances au pouvoir des catholiques , Paris était délivré. Cette manœuvre, exécutée avec promptitude, lui réussit complètement; Lagny, vigoureusement attaquée, céda au nombre; la ville est emportée sous les yeux de Farmée huguenote, arrivée trop tard à son secours.

La marche des Espagnols avait été admirable ; la prudence de Fanièse avait obtenu , sans compromettre son armée , le résultat qu'il désirait. Pourquoi aurait-il cherché à se commettre à la lance et à l'arquebuse avec la brave et dure chevalerie huguenote? Le duc de Parme faisait une pointe militaire pour débarrasser une ville, pour ravitailler une population. La cité était délivrée; l'abondance régnait dans Paris; la multitude sentait renaître son courage , parce que ses espérances n'avaient pas été déçues, parce que les auxiliaires arrivaient à jour fixe, et qu'on pourrait les invoquer encore. Que de témoignages de reconnaissance pour ces braves seize quarteniers et les colonels qui seuls n'avaient pas désespéré de sauver la bonne ville de Paris ! Le lendemain on vit arriver abondance de blé sur les ports et la Grève; le conseil municipal s'y rendit pour procéder à la distribution régulière de ce secours, qui ramenait le bien-être dans la bonne ville. Ce ne fut pas Henri IV qui approvisionna Paris, ce qui eût été une sentimentalité absurde, mais la pointe habile et militaire du duc de Parme. Que de remerciments ne devait-on pas voter aux braves troupes qui avaient délivré la cité municipale, et au chef qui les avait conduites ! « Monseigneur, écrivaient les prévôt des marchands et échevins au duc de Parme , ceux qui n'ont vu le misérable estât auquel, par un long siège, a esté réduicte la ville capitale, autrefois la plus florissante de ce royaume, ne peuvent juger de la grandeur de nostre obligation envers sa mnjesté catholique, réservée du ciel en terre pour la conservât ion des

l(ji LA LIGUE

bons et terreur des méchants. » Puis, on accueillait en frères les braves Espagnols qui avaient délivré la cité : « 11 est expressément enjoinct aux maistres et gouverneurs des hospitaux de ceste ville de recevoir et loger les soldats espagnols blessés et navrés; leur administrer les commodités qu'il est accoutumé de fournir aux malades ; et outre est mandé aux principaux boursiers et procureurs des collèges, èsquels il n'y a exercice ny escoliers, recevoir pareillement iceux malades, à la charge toutefois qu'ils ne seront tenus leur fournir aucune chose que le logis et couvert seulement. » Et l'on jetait des fleurs sur ces braves soldats qui traversaient la ville armés de leur bonne arquebuse et de leurs piques -de bataille !

Durant le blocus de Paris par Henri de Navarre, les chefs populaires des halles et des métiers n'avaient ignoré aucune des menées du parti négociateur auprès du roi des huguenots. Ce parti avait inondé la ville de pamphlets laudatifs saluant l'hérétique du nom de Henri IV, l'avait béni quand tout souffrait par ses armes, Tavait exalté pour quelf[ues sacs de blé que le Béarnais montrait , par ruse, pour surprendre Paris, quand la population broutait l'herbe des rut;s; n'étaii-ce pas l'éveil donné à la garde bourgeoise qui avait seul sauvé la grande ville de la trahison infâme ? n'y avait-il pas des traîtres, et ces ti'aitres, quels étaient-ils? si ce n'est ces négociateurs tremblants, ces hommes de tous les partis, et (jui sollicitaient de tous des salaires et des récompenses ! Ainsi raisonnaient le peuple de Paris, les prédicateurs, les quarteniers et colonels de la garde bourgeoise ; et quand la ville eut été délivrée, après d'immenses eflbrts, ne dut-il pas y avoir une réaction naturelle contre ce tiers-parti qu'on accusait d'avoir vendu les libertés municipales, et avec elles l'image de la Vierge, la croix du Christ et le saint révéré des confréries? Senault, Bussy Leclerc, Louchard, Ameline , Esmonnot, Auroux, Cochery, tous ces noms populaires des patriotes inhuents étaient dans ces convictions ardentes. Ne fiillait-il pas épurer les traîtres qui voulaient livrer la ville, si l'on se décidait à donner une nouvelle

ET HENUI IV. l'ij

énergie à l'union catholique ? Le due de Parme avait vu la situation de ses propres yeux ; vainqueur, il avait naturellemcnl usé de son inlluence; et comme il savait que ce qu'il y avait de plus dangereux, c'était la réunion des politiques et des royalistes avec Henri IV, il poussait les magistrats populaires à certaines mesures de répression et de terreur pour en em pêcher le retour. A ce moment, d'ailleurs, arrivait à Paris le 11 1 s de Guise, nouvellement arraché de sa prison de Tours. C'était toute une légende que cette miraculeuse délivrance du pauvj c captif, sautant d'une haute tour, bravant soudards et gardiens. 11 arrivait à Paris sous la conduite d'un bon ligueur, et d('jà l'on chantait dans les rues la chanson de la délivrance du duc de Guise, sur l'air des Fariniers. « G'estoit un jour de jeudi, environ sur le midi, qu'il s'estoit sauvé, le brave enfant, tout le monde en avoit été joyeux, criant : Sus, sus, gens d'armes, que chacun prenne les armes! » Et quand le Béarnais avait appris cette nouvelle, il en avait été si surpris qu'il en avait perdu courage. L'arrivée du jeune de Guise donnait une grande énergie au parti municipal contre le tiers-parti bourgeois du duc de Mayenne. Le duc de Feria s'était plaint aussi de la faiblesse du conseil général de l'union : cette assemblée lui paraissait trop nombreuse, mollement composée ; ne serait-il pas nécessaire de concentrer le pouvoir dans les maii:s d'un petit nombre d'hommes du peuple, qui seraient mieux en rapport avec les circonstances? Dès le 46 septembre 1591, le prévôt des marchands et les échevins de Paris s'étaient mis directement en rapport avec l'Espagne pour solliciter l'appi;! de Philippe II : « Sire, vostre majesté s'acquiert vers la postérité le plus illustre titre et marque d'honneur que jamais jugnarque se soit acquis, celui de protecteur et desfenseur de la religion, et d'estre l'Hercule chrestien qui deschassera l'hérésie de ce royaume. Nous avons pris une belle confiance que ses paroles ne seront vaines, et qu'en ressentirons en bref les elfectsplus grands que les promesses de sa royale libéralité, pour doimer force à cesle ville naguère très florissante. »

Hifi • ' LA UGLE

Et les seize qiuiiteuiers de Paris, sorte de comité de salut public, joignaient à cette dépèche un mémoire particulier adressé à Philippe II. « Au roy catholique nostre protecteur : après la mort du duc d'Anjou, celuy que nous recognoissions roy, tenta d'introduire l'hérétique à la succession de ceste couronne, les princes catholiques du royaume résolurent de s'y opposer; ce que dès lors nous déclara le bon et valeureux duc de Guysc. Quant à nos larmes, deux maux nous les font espandre; le premier l'afTIiction générale de la maison de Dieu, la longue continuation d'icelle, la pollution des saincls temples , la ruyne des sacrés autels, la discontinuation en beaucoup de lieux du sainct sacrifice et de toute la liturgie des chresticns, les cruelles et inhumaines persécutions contre les prestres, les sainctes vierges à Dieu sacrées, corrompues et violées par ce puant bouc (Henry IV) et les siens, la perte de tant d'àmes qui périssent par l'hérésie, nostre ville comme déserte, nos beaux collèges vuidés, notre université despeuplée, n'y restant en bon nombre que la faculté de théologie, laquelle par ses divines admonitions eslreint toujours plus cstroitement la saincte union entre les princes, seigneurs et peuple catholiques. Le second, c'est la misère particulière de ceste ville tant excellente et renommée par tout le monde, laquelle misère est telle que nos pères n'en ont ouy parler en ce royaume de plus estrangc. Yostre bonne protection nous arrive durant le mois d'aoust, lequel depuis quelques années Dieu nous a rendu prospère en ceste mesme cause. Car l'an i572, les conspirations de Chastillon (la Saint Barthélemi) recognues, il fut ignominieusement traicté selon ses démérites. Assez longtemjis après, une ligue très dangereuse, poursuivie et advancée pour le Béarnois, par aucun des premiers du parlement et autres cours souveraines, fut en ce mesme mois descouverte et le cours d'icelle arrêté du tout. Il y a deux ans que ceste cité assiégée fut miraculeusement deslivrée par la mort estrange et inopinée de celui que nous avions recognu pour roy, mais rejeté pour ses perfidies envers Dieu et les hommes;

l'année dernitTO passée '15U0, que notre onnomy nous Icnoit par Tespace de quatre mois fort estroitemcnt assiégés, nous fiismes garantis en ce mois de plusieurs grands périls que les Iraistres demeurés en ceste cité nous avoient préparés, et finalement nous fusmes sauvés de ce long et cruel siège par les armées de vostre catholique majesté, sous la prudente et généreuse conduicte du duc de Parme, lequel y vint tant à propos que trois ou quatre jours de remise nous contraignoient d'ouvrir les portes à nostre ennemy sous conditions iniques, cruelles et misérables. Paris a longtemps porté tout le faix de la guerre, frayé plus de cinq millions d'or, pour lever l'armée générale ; n'ayant aussi, depuis trois années, rien recueilli de ses terres et héritages, rien perçu de ses rentes, les officiers rien reçu de leurs gages, ni les marchands faict aucun trafic, qui sont les quatre moyens qui pouvoient luy apporter splendeur, il est impossible qu'elle ne soit fort desnuée et le peuple réduict en grande nécessité. Nous pouvons certainement assurer vostre majesté que les vœux et souhaits de tous les catholiques sont de vous voir, sire, tenir le sceptre de ceste couronne de France. Car nous espérons tant de la bénédiction de Dieu sur ceste alliance, que ce que jadis nous avons reçu de ceste grande et très chrestienne princesse Blanche de Castille, mère de nostre très chrestien et religieux roy sainct Louis ; nous le recevrons, voire au double de ceste grande et vertueuse princesse fille de vostre majesté, laquelle par ses rares vertus arreste tous nos yeux à son object, y resplendissant l'union du sang de France et d'Espagne pour, en alliance perpétuelle, faire fraterniser ces deux grandes monarchies sous leurs roys, à l'advancement de la gloire de Nostre Seigneur Jésus - Christ , splendeur de son église, et union de tous les habitans de la terre sous les enseignes du christianisme ^»

Les seize quarteniers exprimaient ici l'opinion des halles,

> Archives de Simaneas, cof. B 71 1^*.

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des confréries, des métiers de Paris, qui se lournaieiil tous alors vers TEspagne comme vers le seul appui dans le mouvement catliolique. Le mariage de l'infante et de l'enfant de Guise était l'idée qui souriait le plus aux cités de la ligue; n'était-ce pas réunir et concilier les afléctions de famille et la ferveur religieuse ? le lils du grand duc de Guise mort pour la cause du peuple, et lafdledu roi catholique, le protecteur de l'union municipale! l'.lais pour cela il fallait délivrer la cité des traitres vendus au roi de Navarre , des politiques tièdes, des parlementaires négociateurs. Un des membres du conseil des seize quarteniers nous a laissé le procès-verbal des délibérations qui furent alors concertés pour se débai'rasser des emiemis d»^ la fédération catholique : « Le samedi "2 du mois de novembre 4S91, après disner, quelques bourgeois s'assemblèrent en la maison du sieur Boursier, rue de la Vieille-Monnoye ; le sieur de Launoy y présidoit, et proposa qu'il estoit besoin d'obvier aux taxes et imposts que l'on vouloit faire sur le peuitle. Le curé de Sainct-Jacques, qui estoit présent, voyant qu'on ne vouloit rien résoudre, usa de ces mots : « M(;ssieurs, c'est assez connivé; il ne faut pas jamais espérer ni justice ni raison de la cour de pai-lement; c'est trop endurer, il faut jouer du Cousteau.» Auxquelles paroles les deux tiers de la compagnie se tun^nt, et le patriotique curé se levant dict : « Messieurs, je suis adverti qu'il y a des traistres en ceste compagnie ; il faut les chass(!r et jeter en la rivièrt; ; » dont toute la compagnie se trouva fort scandalisée et se desparlit. » C'était la première levée des boucliers contre les politiques. « Le mardy, nouvelle assemblée fulfaicte, et auroit sieur de Launoy proposé d'esl ire dix bourgeois de la compagnie bien assurés et allidés pour le conseil secret ; l'autre point estoit de réitérer le serment de l'union plus estroit que jamais, attendu la nécessité desafîaires et le nombre effréné des traistres qui estoienten la ville, desquels on faisoit si peu de cas de faire justice, témoin le gouverneur de Paiis , auquel on devoit avoir toute liance , el l(;quel néanmoins, à la dernière sortie qui l'ut versSaincl-Denis, einr

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l')i\issa In siiMir il('. Crilliin on pleine comn;ij;fiiie, citoyen loiitetbis ennemi capital de ceste ville, témoin le joui' des barricades. Touchant l'élection des dix pour le conseil secret, il fut décidé qu'on y procéderoit par ballottage , et qu'à cesle fin, le lendemain mercredy 9 du mois, la compagnie s'assembleroit pour y adviser, et chascun apporteroit son billet dans lequel il nommeroit dix de la compagnie pour estre du conseil secret. Les dix qui ensuivent eurent le plus de voix, et furent arrestés pour eslre du conseil secret; savoir : les sieurs de Sainct-Yon, Acliari, Le Goys, Hameline , Louchart, Thivaut, Borderet- Rosny, Du Rideau, Ruissant et Besançon. »

La commission des Dix, véritable comité dictatorial, dut prendre une série de mcsui'es de sûreté en rapport avec ses opinions et les besoins d'une crise si menaçante : elle confisqua les biens de tous ceux qui suivaient le parti huguenot; la peine de mort fut appliquée à quiconque songerait à traiter avec Henri de Navarre; ceux des membres du bureau de la ville qui n'étaient pas corps et biens dans ce mouvement populaire, furent remplacés; car pouvait-ou compter sur eux ? ne fallait-il pas s'emparer de leurs fortunes comme gage? «De par les prévost des marchands et esche vins, il est ordonné que les meubles des sieurs de Harlay, premier président, et d'Harraam, absent, tenant le parti contraire des catholiques, seront saisis. — Il est enjoint au prenner huissier ou sergent royal sur ce requis, se transporter en la maison de la veuve de feu M. le président Séguier, entre les mains dé laquelle il saisira et arrestera tous et chascun des biens, meubles, or, argent monnoyé et non moimoyé, bagues, joyaux, titres et papiers qu'elle a en sa possession. — Il est également ordonné que l'huissier Radot se transportera en l'hostel deM.de Chiverny, chancelier, absent, et tenant le parti contraire, pour saisir et ftiire inventaire des meubles estant en ladicte maison, pour icelui fait, estre apporté par devers nous, pour en ordonner ce que de raison. » Le parlement fut également invité à punir les traîtres qui correspondaient avec le conseil hugueli. 15.

not. Bienlùl les chefs des halles dénoncèreiU la traliisoii de, ce parlement. Bi'isson s'était jeté dans la ligue, mais par peur; on a rapporté la protestation qu'il avait écrite pour se bien maintenir avec le parti royaliste. Le peuple avait eu vent de sa conduite incertaine, timorée; et ce peuple, qui ne pardonne pas-, avait suivi toutes les actions du parlement. Il se trouva une circonstance qui parut conllrmer les indices de cette trahison : un nommé Brigard, procureur de la ville, avait été accusé d'intelligence avec le Béarnais ; renvoyé devant le parlement, on instruisit son procès, et au bout de quelque temps, les chambres prononcèrent l'acquittement de l'accusé. L'ii'ritation populaire fut à son comble ; absoudre un traître à la cité, à la religion catholique, n'était-ce pas le plus grand des crimes aux yeux de cette population qui avait combattu naguère avec désespoir pour le maintien de sa liberté et de sa foi? Le conseil des Dix présenta requête au duc de Mayenne, afin d'obtenir la lumition exemplaire du coupable. Ayirès quelques hésitations , M. de Mayenne promit de l'aire faire justice; mais cette promesse ne s'exécutait pas; n'élait-il pas plus sim])le d'attaquer le parlement lui-même? Pelletier, curé de Saint-Jacques-la-Bouclierie , s'écria de nouveau : « Bons bourgeois, c'est assez connivé; il ne faut pas espérer jamais avoir raison de la cour de parlement en justice; c'est trop endurer; il faut jouer des cordes à cette heure ! dans ce parlement il y a des traistres , il faut les chasser et jeter dans la rivière ! »

Le conseil desDix connaissait toute l'indignation du peuple contre les magistrats. N'était-ce pas favoriser les traîtres que de proclamer l'impunité de Brigard? « Non, non, ne craignons point, nous avons de bons bras et de bonnes mains pour venger une injustice si esvidente, faicte à la vue d'un chascun. » « Le mercredy 15 du mois, le conseil secret des' Dix se tint le matin et soir chez de Launoy, où se trouvèrent aussi Bussy, le curé de Saint-Cosme et autres ; et, comme on dict, fut liiict par Bussy le rapport de la response de la Sorbonne, et ne st;ai|-

ET HEARI IV. 171

on quelle elle pouvait être; tant y a que raprès-disiicr l'assemblée ordinaire se tenant chez Boursier, Bussy y survint ; et là fut proposé généralement qu'il fallait réprimer aux traistres et aux conspirations qui se faisoient contre la ville. » Bussy Lecîerc fut le chef de l'entreprise; à la tête du conseil des Dix, il prononça l'arrêt de mort du président Brisson, du conseiller Larcher, et de Jean Tardif, conseiller au Ghàtelet, expressions de la faiblesse et de la couardise dans la judicature. Le 10 novembre, des députés de ce conseil envahissent la demeure du malheureux président, le saisissent et le conduisent prisonnier au Ghàtelet; il n'y resta pas longtemps : après quelques heures d'attente, on lui signifie un jugement qui le condamne à être pendu et étranglé comme fauteur d'hérésie, ennemi et traître de la ville, et sur-le-champ la sentence est exécutée à une poutre du palais. Claude Larcher et Jean Tardif subirent incontinent le môme supplice. Et le peuple applaudissait à ces sanglantes exécutions, car politiques maudits, ils avaient voulu livrer la cité à la fureur des huguenots; ils avaient sacrifié les bons catholiques, les défenseurs de la foi et des libertés municipales! On avait surpris des lettres, des journaux écrits à la main, qu'ils envoyaient à Henri l'excommunié, dans les villages, à Saint-Denis, sous l'étendard lleurdelisé'

Cette mesure contre le parlement était violente, énergique comme toutes celles qui émanent d'une autorité populaire; l'exemple était sévère contre le parti négociateur; les bourgeois eux-mêmes en furent effrayés, et c'est dans ce dessein de terreur qu'elle fut conçue. Le conseil des Dix s'apercevait que les opinions négociatrices et de tiers-parti faisaient des progrès ; il voulait les arrêter par un grand exemple. Et cet exemple fut donné; l'effroi se mit dans les âmes modérées; on ne parla plus de traiter. Toutes les autorités municipales, les quarleniers et colonels furent épurés, afin de correspondre aux sentiments du peuple; le pouvoir tomba tout à fait de la classe bourgeoise aux halles. Là commence le gouvernement démocratique de la municipalité de Taris, sous la direction

(l'une coiniuissioii populaire; alors se développe une série de mesures de violences et de confiscations contre les timides, ce qui est le second acte des révolutions.

Tout cela s'était passé en l'absence du duc de Mayenne, l'homme de la bourgeoisie, du parlement, de la révukilion modérée ; il était alors en Flandre, oîi il avait suivi le duc de Parme afin d'appeler de nouveaux secours pour l'union. Mesdames de Monlpensier et de Nemours, les riches bourgeois, lui écrivirent le Iriomphe complet des halles, événement grave qui présageait la chute entière du pouvoir de la maison de Guise, car le peuple se plaignait de ce que cette maison avait perdu son illustre et beau dévouement pour la cause catholique. La lettre était pressante, et le duc de Mayenne se hâta de se rendre à Paris dans le but de ressaisir le pouvoir. Dès l'origine de celte révolution municipale, on voit le duc de Mayenne inquiet sur les intentions et les volontés des habitants de Paris; il écrivait à l'évèque de Plaisance, vice-légal du pape, influence immense sur les halles : « Monsieur, vous m'obligerez de uu) l'aire entendro les plaincles que les Parisiens pensent avoir de uioy, et je vous supplierai aussi de recevoir mes excuses; je l'erai tousjouis profession de ce qui est d'un prince d'honneur. J'ai assez recognu le zèle et piété de ce bon peuple (it l'aflcclion particulière qu'il porte aux miens et à moy; aussi ne peul-il douter que sa conservation ne me soil plus chère que la mienne propre. »

Le 20 juillet Jo'Jl, le duc de Mayenne s'expliquait d'une manière plus nette à l'égard de la révolution municipale : « .le ferai, Dieu aidant, en sorte que Paris ne soull'rira plus telles incommodités, et qu'on y pourra demeurer commodément en repos et sûreté ; et si toutes choses ne me sont directemenl contraires, vous en verrez bientost des enVcts. Je considère bien toutefois qu'il faut mettre un bon ordre à Paris, et (pie ma présence y est requise; c'est pourquoy j'ay résolu de m'y rendre dans fort peu de jours, pour, avec; vostrc advis et des gens de bien, eslablir et pourvoira tout pour le iiiieux. Jus-<

ET HE.NRI IV. -nS

ques-là je ne suis pas tl'advis que l'on change rien aux ailiaires, et vous supplie d'y tenir la main et d'opposer vostre auctorité aux passions de ceux qui ne cherchent que la confusion. » Dans cet intervalle, la ville s était démocratiquement organisée ; le parloir des bourgeois s'emplissait incessamment d'un peuple d'ouvriers; et là on délibérait en commun sur les atraires de la ville. Bussy Leclerc exerçait la plénitude de toute autorité ; nouveau tribun, il présidait à toutes les résolutions soudaines, instinctives, qui caractérisent le gouvernement de la multitude. On appelait chaque jour des mesures de proscription contre les traîtres. Rien de plus implacable que les articles sur lesquels le peuple de Paris exigea qu'il lïit hâtivement pourvu. Ils les présentèrent aux prévôt et échevins : « Les catholiques demandent qu'il soit establi une chambi o ardente de douze personnages qualifiés et gradués, d'un président et d'un substitut du procureur-général, et un gretïier, qui soient notoirement de la sainte-ligue, pour faire le procès aux hérétiques, traistres, leurs fauteurs et adhérents, et qui seront nommés par le conseil des seize quarteniers de la ville ' . Qu'il soit eslabli un conseil de guerre en ceste ville (jui se tiendra pour lo moins deux fois la semaine. Qu'aucune conférence ne soit faicte avec les ennemis par aucune personne, de quelque qualité qu'elle soit, sans l'advis dudit conseil de guerre. Qu"il soit eslu et choisi en chascun quartier de ludicte ville un homme capable , pour tous ensemble ouyr les comptes des deniers qui ont esté levés extraordinairement en ceste ville, et ce par un bref estât ; à laquelle audition il soit procédé sans discontinuation. Que M. le gouverneur soit supplié se lier des bourgeois de ceste ville comme ils se fient de luy, et qu'à ceste fin il n'ait autre garde que la lidélité et amitié desdicts bourgeois. »

Mais ce gouvernement, qui s'agitait dans des mesures

^ 11 y a ici une terrible ressemblance avec l'institution du tribunal rûvolutionuuirc tu ll'J'ô, et le comité de ï-iirelc gOnérulc.

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