‹ La ligue et Henri IVChapitre 16 sur 50 · LA L1GL · texte numérisé non relu

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extraordinaires, et demandait des proscriptions, des conseils de guerre, des tribunaux et des chambres ardentes, n'avait pas pour lui les forces militaires, ni le parti des riches, qui fournissait l'argent et les hommes de bataille. Aussi le duc de Mayenne, à peine arrivé, osa un coup hardi : il était appuyé par la classe bourgeoise ; une petite armée le suivait : sa première manœuvre fut de s'emparer de la Bastille. Bussy Leclerc, qui la commandait, la remit entre ses mains par surprise et par peur, à la condition de n'être nullement recherché pour la mort des infortunés parlementaires. Mayenne fait prendre les armes à tous les bourgeois, établit à chaque coin de rue de bons corps-de-garde, s'assure de tous les points importants, fait occuper les places et les principales hauteurs. Cinq jours se passent en préparatifs. Enfin, dans la nuit du 5 au 4 décembre, on se saisit de Louchard, Auroux, Esmonnot et Ameline, chefs populaires, et ils furent incontinent pendus dans une salle basse du Louvre; Croné et Cochery prirent la fuite; le gretïier et le bourreau furent pris quelques temps après et également pendus et étranglés en place de Grève, au milieu d'une double haie de bourgeois armés qui applaudissaient à la chute du gouvernement démocratique.

Cette exécution rapide, militaire, des chefs, brisa le mouvement populaire de la municipalité de Paris; le duc de Mayenne, l'homme de la bourgeoisie, profita de cet événement pour ressaisir le pouvoir. La plupart des quarteniers reçurent des successeurs pris dans des hommes modérés, tous catholiques, sans énergie. Une semblable direction fut donnée à l'hôtelde-ville, qui s'organisa en rapport avec les idées et les intérêts de la bourgeoisie. Le pouvoir du parlement fut reconstitué. La commission des Dix fut dissoute, pour laisser pleine liberté aux autorités régulières du parlement et de l'association catholique. On déclarait enfin que les membres de l'union n'avaient qu'un pouvoir provisoire et de transition, en attendant la convocation des états-généraux. Le triomphe du duc de Mayenne fut le commencement de la contre-révolution qui

ET HENUI IV. '^^

prépara le retour d'Henri IV. Dans un mouvement populaire, quand le parti modéré s'empare du gouvernement, on peut dire que la fin approche et qu'une restauration n'est pas loin. La multitude est violente, désordonnée, mais elle est énergique ; elle a du cœur, du courage, et se bat. Quand la bourgeoisie touche le pouvoir, sun idée est l'ordre, la paix ; une autorité paisible peut seule la lui donner ; elle y court comme à un refuge dans la tempête. Le duc de Mayenne et les bouigeois parlementaires, maîtres de la ville de Paris, en avaient expulsé les âmes courageuses et dévouées. Dès lors tout s'empreignit de ce caractère de mollesse et de transaction politique. Dans la crainte de voir se renouveler le gouvernement des Dix, le duc de Mayenne imposa des serments à l'hôtel-de-villc, des engagements sévères de respect et d'obéissance envers l'autorité légitime' instituée par le parlement ; car il fallait l'entourer d'une puissance morale qu'elle avait perdue. La formule du serment imposé à la bourgeoisie tendait à reconstituer fortement une autorité centrale, à ramener l'obéissance dans le peuple, à réorganiser la hiérarchie violemment détruite : « Nous, bourgeois et habitans de la dixaine, jurons et promettons à Dieu, sur les saincls Évangiles, de vivre et mourir en l'union des catholiques ; desfendre et conserver nostre saincte religion catholique, apostolique et romaine, et cestc ville en sûreté et repos sous l'auctorité de monseigneur le duc de Mayenne, lieutenant-général de Testât royal et couronne de France. »

Jamais mesure n'avait produit une si vive et si profonde impression: où voulait- on aller? substituerait -on l'autorité d'un seul au vieil et bon pouvoir du peuple? On conservait bien l'unité catholique; mais à quelles mains confiait-on ses destinées? aux traîtres du parlement, au duc de Mayenne, timide défenseur de la cause bourgeoise! Allait-on prohiber les parloirs publics, peut-être même la prédication? N'était-ce pas livrer la ville au Béarnais ! La majorité des habitants refusa de signer la nouvelle formule imposée, et le duc de Mayenne

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s'en plaignit: il écrivait aux prévôt des marcliancls et éclievins de Paris : «Messieurs; ayant esté adverti qu il y avait quelques capitaines qui n'ont faict le serment en la coui', à ceste occasion nous avons bien voulu advertir que nostre intention est qu'ils soient desmis et deschargés de leur charge, et qu'il soit pourvu présentement en leur lieu et place de personnes capables , gens de bien et aflectionnés à ceste saincte cause et repos de la ville. » Toutes ces démarches étaient si impopulaires, que le conseil des bourgeois l'ut obligé de prendre des précautions militaires pour protéger h; bureau de la ville, chaque jour insulté, parce qu'on le croyait vendu au duc de Mayenne. «De parles prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris, il est ordonné aux capitaines des trois compagnies des archers de ladicte ville , que du nombre d'archers qui entrent chaqufe jour en garde en l'hostel de la ville , il y en ait tousjours quatre qui accompagnent nous prevost des marchands, partout oij nous irons , soit en nous retirant dudict hostel-de-ville , ou allant ailleurs, el tant que leur ordonnerons. » Le conseil était donc perpétuellement menacé par le peuple; el comment ne l'eût-il pas été, lorsqu'on savait la trahison des principaux membres (hi parlement et du conseil de ville, et leur alliance avec Henii de Navarre, le huguenot maudit?

Afin de détruire ces fâcheuses impressions, et d'empècluT surtout la dissolution de la ligue des cités, le conseil nuniicipal épuré adressa une circulaire aux maires elechevins d'Orléans, Bourges, Poitiers, Amiens, Abheville, Beau vais, Meaux, Sens, Auxerre, Dijon, Troyes, Reims, Uiom et Pontoise, villes très dévouées à l'union. «Messieurs, comme ces jours passés, il nous est au contraire advenu un malheur des plus grands el l'ascheux qu'il nous eust sçu arriver, ayant esté entrcpiis par quelques particuliers de faire mourir cruellement et contre toute forme de justice, par les mains du bourreau, feu M. le président Brisson, seul président resté parmi nous, (hspuis CCS troubles , et des [uemiers el plus doctes humnu.'<3 de

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