‹ La ligue et Henri IVChapitre 21 sur 50 · T liE.NUl IV. 2I'J · texte numérisé non relu

T liE.NUl IV. 2I'J

rier de longtemps; de plus, une fois marié, on ne sait pas si Dieu lui accordera des enfants, faute desquels la sérénissimc inflmle est seule héritière de l'Espagne et de tous les royaumes, terres et seigneuries qui en dépendent. Le roi calholique veut donner sa fille à rarcliiduc Ernest, vu qu'il est prince bon catholique et d'une vie si religieuse et exemplaire, qu'elle peut servir de modèle; il est vaillant, aimable, d'un abord facile ; aimant les gens d'honneur, naturellement généreux, homme d'un âge mûr, assez versé dans les lettres el qui sait diverses langues, et l'on ne doit pas douter que bientôt il ne se fasse à vos mœurs et coutumes à votre grand contentement. »

Les états se réunirent sur cette première proposition des envoyés d'Esp)agne; ils trouvaient des motifs pour la discuter. D'abord la loi salique n'excluait-clle pas les femmes? et l'infante pouvait-elle être élue? puis, la qualité d'étranger ne s'appliquait-elle pas sans contestation à l'archiduc Ernest? N'y avait-il pas assez de princes français, de braves et dignes champions du catholicisme pour les donner en épousailles à madame l'infante? Si c'était morgue de la maison d'Espagne, elle pouvait à peine aller de pair avec les Mayenne, les Guise et les Bourbon. Il lui convenait bien d'avoir de la fierté, au moment où elle sollicitait des états la couronne de France ! C'est avec tout ce partage bourgeois que les députés repoussaient quelques-unes des prétentions de Philippe II, protecteur du peuple et des seize quartiers de Paris. Le légat, qui avait si vivement favorisé l'élection de l'infante, se plaignit avec aigreur aux états de ces hésitations : toujours des retards, toujours des faux-fuyants ! « Messieurs, nous attendions de vous toute autre réponse que celle que vous avez baillée hier. Si la proposition que vous avez faicte ne nous plaisoit, il eust esté à propos, ce nous semble, qu'il vous eust plu nous en faire une autre. A quoy sert-il de nous faire des demandes sur une femme, si n'en voulez point, et estre si fort attachés à vostre loy salique que n'en voulez desmordre aucunement?

■:2n LA LIGLE

\Y'sl-il contic vos luix et cuustumes d'avoir pour roy un Allemand? Vous avez eu des roysqui ne sont venus d'autre part : lisez quelques histoires que mesme les François ont escrites, vous trouverez que l'archiduc de sa première tige est françois, et que par Marie, dernière duchesse de Bourgogne, il en a une assez fraische et bonne partie; d'ailleurs, vous trouverez qu'il n'est chose nouvelle que les royaumes, es nécessités urgentes, se sont servis des estrangers, et s'en sont fort bien trouvés. »

Les états, toujours dominés par le parti parlementaire et national, ne firent point attention à cette lettre si singulièrenii'iil impérative ; ils répondirent nettement aux ambassadeurs d'Espagne et au légat: «Messieurs, sur la proposition (pie vous nous avez laicte de la part de sa majesté catholique d"eslire et desclarer pour roy l'archiduc Ernest, nous aurions dcsii'é donner une response conforme à vos désirs. Cependant nous vous supplions do prendre en bonne part si nous vous représentons que nos loix et coustumes nous empeschent de recognoistre et nommer un roy qui ne seroit pas de nostre nation ; le naturel des François s'y oppose. Si sadicte majesté catholique veut avoir pour agréable l'eslection d'un de nos jtrinccs pour estre roy, lequel seroit donné en mariage à l'inlante sa hlle, nous luy aurons une infinie obligation, et nous Ijourrions, par le moyen de ce remède, mettre fin à nos misères en conservant la religion et Testât. » L'élection de l'archiduc étant ainsi repoussée, malgré les vives instances du roi d'Espagne cl du légat, c'était un échec pour h; parti de la sainle-union; ce parti avait été si cruellement alliiibli parles dernières mesures du duc de Mayenne ! Ses forces municijjales étaient éteintes; les parlementaires triomphaient, et la grosse bourgeoisie avait ses intérêts, ses instincts pour le roi de Navarre (ju'on voulait amènera se convertir au catholicisme, grande négociation prèle à s'entamer.

Le duc de Savoie aur;iit-il plus de faveur? Dans toutes les phases de la sainte-union, il lui avait iH'èlé ses forces : le duc,

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