‹ La ligue et Henri IVChapitre 3 sur 50 · GOUVERNEMENT DE LÀ BOURGEOISIE ET DES HALLES DE PARIS · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE LÀ BOURGEOISIE ET DES HALLES DE PARIS

Mesures municipales après les barricades. — Changement du cojaseil de ville. — Elections. — Ordre de police. — Les clet's, les murailles. — • Passeports. — Les étrangers. — Le feu. — Lettres aux villes. — Démarches auprès des ambassadeurs. — Paris aux Guise. — Adoption de la ligue par les royalistes.

Le mouvement politique qui se rapproche de Henri de Navarre pour le porter à la couronne commence véritablement à la ligue. La belle et catholique cité de Paris venait de s'affranchir par les barricades du joug des politiques et d'opérer sa révolution municipale. Ce n'était pas la première fois que, dans leurs annales, les bourgeois et les métiers avaient secoué l'autorité du prévôt royal, et reconquis leurs bons privilèges! Et qui ne se souvenait dans les parloirs, sous les voûtes de l'hôtel en Grève, du brave et fier Marcel, de ce digne prévôt des marchands, trahi par quelques mauvais conseillers qui livrèrent la ville à Charles VII, à la gentilhommerie et à la garde écossaise? Cette famille des Marcel vivait encore, et s'était perpétuée sous le nom de Marceau, Martel, La Chapelle Marteau ; quelques-uns de ses membres avaient conservé des fonctions d'écJievinage. Le départ de Henri III pour Chartres, la révolution qui écUilait pur les barricades, plaraienl tout le

pouvoir dans les mains du duc de Guise, du bureau municipal et des halles de Paris. Quand la première émotion eut été apaisée, quand on eut repavé les rues, enlevé les chaînes et les tonneaux qui obstruaient toutes les voies, le conseil de ville se réunit en l'hôtel de la Grève pour délibérer sur les mesures à prendre dans la nouvelle situation oîi l'on se trouvait. Le départ du roi inquiétait; il paraissait important au conseil de l'union de donner au pouvoir municipal une grande extension, afm de trouver appui dans la population.

Paris prenait tout à fait les couleurs de la ligue et secouait le dernier voile dont les bourgeois se couvraient encore. La première opération du bureau de la ville l'ut de s'épurer lui-même, de placer partout dans les fonctions de la cité de fervents catholiques dont la sainte-union put être assurée. Le peuple n'avait pas été satisfait de tout son conseil municipal ; plusieurs échevins s'étaient entendus avec Henri III avant la journée des barricades; quelques-uns des colonels et dixainiers avaient secondé secrètement les gardes suisses et françaises. Pouvait-on répondre de ce conseil, une fois le roi hors de Paris? Plusieurs d'ailleurs avaient quitté la ville par suite de leur fidélité à Henri III ; d'autres ne voulaient plus se rendre en l'hôtel de Grève pour délibérer. On dut prendre une mesure, afin d'organiser la grande cité. « Le mardy 17 mai, les bourgeois , catholiques zélés , firent une assemblée; en l'hostel de la ville, sous la présidence du duc de Guise, pour procéder à la déposition des chefs d'icelle suspects, ce qu'ils firent; et déposèrent singulièrement les gens de longue robe et ceux qui estoient officiers du roy, pour ce qu'ils esloient, à leur dire, tous hérétiques. Sur quoy a esté résolu de procéder incessamment à l'eslection à haute voix, et les voix sont tombées sur le sieur de Marchaumont, chambellan de feu Monsieur et son ambassadeur en Angleterre; Nicolas Roland, cydevant conseiller et général des monnoies; Jean de Compans, François de Costeblanchc et Robert des Prés pour les eschevins. On lut en [»leine assemblée une lettre du cardinal' do

BdLiibon, de laquelle la teneur s'ensuit : « Messieurs, ne pouvant aller en vostre liostel-cle-ville à cause de mon indisposition, j'ai prié M. de Guise, mon neveu, d'y vouloir aller et adviser à tout ce qui sera besoin pour le repos de la ville et des gens de bien. Votre très affectionné et très parfoict ami à jamais, Charles, cardinal de Bourbon. » Ce foict, mondicL seigneur de Guise auroit exhorté et prié ladicte compagnie d'adviser à l'esleclion d'un autre prevost des marchands qu'ils cognoistroient, à leur conscience, estre homme de bien, bon catholique, et soigneux du bien de la ville. Par acclamations publiques on élit Marteau, sieur de La Chapelle. M. de Guise auroit requis que si quelqu'un s'y contredisoit, il eust cà nommer un autre; mais aucun ne se présentant, et la comjiagnie le priant, pour l'absence du cardinal, de recevoir le serment des prevost et eschevins, il l'auroit faict à l'instant sur le livio des saincts Évangiles avec figure de la mort et passion de notre Sauveur .lésus-Christ. Ce faict, monseigneur de Guise a pris et reçu le serment des prevost et eschevins' aux charges susdictes et autres accoutumées ; le registre de ce serment estant en hostel-de-ville, dont a esté faict lecture de mol à mot par moy greffier soussigné; et au mesme instant monseigneur de Guise a délivré au sieur de La Chapelle les sceaux de la ville, et enjoinct aux dessusdicts de bie.i et duement exercer leurs charges, et y servir lidèlement sa majesté et le public '. »

Les formes de respect envers la royauté étaient toutes maintenues; mais les magistrats de Paris, dans les intérêts de l'union, établissaient une sorte de république municipale, tout entière dévouée au catholicisme. Tout à coup, il se développa un système d'exécution contre les hérétiques; il suffisait qu'on dit d'un homme qu'il était huguenot, pour qu'on le précipitât dans la rivière ; le bruit courait qu'on se débarrasserait bientôt même des politiques. Il fallait faire profession d'un catholicisme ardent pour échai)iicr à cette surveillance municipale

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qui poursuivait les tièdes et le tiers-parti royaliste. Tout était désormais dirigé contre Thérésie :« Les prevost des marchands et esclievins firent mettre sur l'arbre qu'on hriile à la Saint- Jean la représentation d'une grande lurie qu'ils no aimèrent Hérésie, pleine de feux artificiels dont elle fut toute bruslée ; et sur le portail de l'hoslel-de-ville, un tableau oîi estoit représenté le roy séant sur son throsne et tenant sur ses genoux un crucifix sur lequel mettoient la main les trois estais. »

Des mesures de police étaient également prises pour calmer l'émotion après les barricades, et assurer le pouvoir municipal dans toute son action. « De par les prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris, il est ordonné que les clefs de toutes les portes seront apportées au bureau d'icelle présentement, pour estre peu après mises en mains de telles personnes i|ue adviserons. Messieurs les capitaines , lieulenans et enseignes, nous vous prions, lorsque serez en garde es portes , ne laisser sortir aucune personne, de quelque qualité et condition qu'ils soient, gens de pied ou de cheval, avec armes ou sans armes, s'ils n'ont passeport de l'un de nous. Il est ordonné au capitaine Régnier de faire bonne et sûre garde sur la rivière, du costé du Louvre, de dix hommes, tant de jour que de nuict, et pour ce faire, mettre un bateau, de sorte qu'il ne puisse sortir ni passer aucun, de quelque qualité ou condition qu'il soit. ai. le président de Thou, colonel , nous vous prions de faire et faire faire par les autres capitaines de vostre quartier, bonne et sure garde de nuict par vingt personnes en chascune dixaine dudict quartier pour le service du roy et sûreté de la ville de Paris. Sire Guillaume Parfaict, quartenier sur l'advertissement reçu du décès de quelques capitaines et lieutenans et de l'absence d'aucun, vous ayez à faire assembler de chascune desdictes dixaines en telle maison et lieu que trouverez le plus commode, les bourgeois et habitans d'icelle, lesquels procéderont à l'eslection desdicts capitaines et lieutenans, à la pluralité des voix. Sur les remon-

1 Registre île la ville de Paris. 15S8, vol. xii. ,

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