ADMIMSTRATION DE HENRI IV
('onscil. — .Tiislicc. — Finances. — Intendance. — Connncrce. — niéliers. — AgricuUure. — Ti"ivaii\ publies. — Foiêls. — Marais. — Voilnres. Cliassc. — Duels. — Monnaies. — Aperçu ilu syslènic lînancicr de Sully. — La cour de Henri IV. — Sa diplomatie européenne.
1598 — IGIO.
Dans le grand mouvement politique et religieux qui avait agité les premières années de Henri IV, il y avait eu peu dur-
ET HE.MU IV. r2'.)
drc, peu de pensées d'administration générale. Le roi avait eu à conquérir son trône, à disputer de sa bonne épée les lambeaux de ses provinces, à traiter avec tous à des conditions onéreuses : de là des emprunts à gros intérêts, des prodigalités secrètes, un oubli complet des principes de régularilé administrative. Il serait difficile de saisir une idée d'avenir dans la gestion des intérêts sociaux ; la royauté vit au jour le jour ; on la voit préoccupée de sa propre sûreté ; et cotte pensée absorbe tous les actes particuliers de sa vie politique. A l'avènement de Henri IV, la première dignité du conseil, la chancellerie, était remplie par Montbolon, qui résigna les sceaux sous la ligue. Charles de Bourbon, cardinal de Vendôme, fut le chef du conseil jusqu'au 10 décembre 1589. Ph. llurault, comte de Chiverny, que l'union catholique avait fait disgracier aux états de Blois, devint chancelier de Henri IV, et ne quitta la robe d'hermine qu'à la mort ; il fut remplacé par le président de Bellièvre, qui avait joué un si vaste rôle dans les négociations de l'avènement. Les sceaux furent quelques années après séparés de la chancellerie, pour créer une dignité judiciaire au profit de Brûlard, seigneur de Sillery, depuis chanceliei' à la mort de Bellièvre, et sous lequel le conseil se centralisa. Quand Henri vint au trône, l'administration était partout multiple. A la guerre, aux finances, tout se faisait par le moyen d'intendants et de contrôleurs-généraux sous l'autorité des cours souveraines. Henri IV créa pour les finances une surintendance, autorité unique, absolue. Ce fut Maximilieu de Béthune, marquis de Rosny, dont la capacité et le désintéressement ont été tant exaltés. Sully garda les finances jusqu'à sa mort. La guerre fut également confiée à un seul ministre, qui réunit les affaires étrangères; Henri IV donna ce double département à Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, Tliabile et souple négociateur de l'époque. Henri lïl avait créé un ministère pour les aifaires de la religion ; il lut continué par son successeur, et confié à Pierre Forget, seigneur de Fresne, esprit modéré dans cette situation si délicate et si facilement
■no LA LIGUE
accusée par les deux partis. Enfin le dernier poste de secnHaire d'état, celui de la maison du roi, revint à Loménie, seigneur de la Ville-aux-Clercs, le confident des plaisirs et des entraînements secrets du Béarnais. Le nouveau règne, une fois affermi, l'ut fécond en actes d'administration souveraine. Quand la guerre civile eut cessé, quand on put s'occuper en paix de la gestion sociale, le conseil multiplia les actes et se hâta de rentrer dans les voies d'ordre, dans les formes régulières. Après les grandes batailles, la plaie publique était toujours les gens de guerre. Que faire de cette multitude de soldats qu'un licenciement jetait tout à coup dans les campagnes, au milieu des villages? Fallait-il laisser les braves arquebusiers huguenots mendier leur pain sur les places publiques? 11 fut rendu un édit solennel pour la subsistance, la nourriture et l'entretien des pauvres gentilshommes, capitaines et soldats estropiés, vieux et caducs, en même temps qu'on réglait la tenue des hôpitaux, aumùneries et léproseries. D'un autre côté, une ordonnance défendait aux gens de guerre de courir les champs'.
Henri IV fit peu de concessions libérales aux villes, à moins que les cités n'en eussent fait une condition expresse de la réunion à la couronne : le roi n'ignorait pas que c'était des villes surtout qu'était sortie la ligue. Ces constitutions de municipalités bruyantes et populaires l'clTrayaient. Il n'existe que quelques ordonnances sur les cités et leur organisation libre. Et dans les villes, favorisait-il les métiers? les métiers, eu tant que corporation politique, suscitaient dans l'esprit de Henri IV des répugnances aussi prononcées que les municipalités. Des bannières et des confréries était parti le grand mouvement des halles; le roi les craignait comme association locale : il ne leur concéda que de minces privilèges commerciaux ou honorifiques ; il confirma les chartes des porteurs de grains cl farine aux halles de Paris, des vinaigriers et moutardiers, et des
1 Code Henri, liv. 1", lit. xxxi. — Traité de la police, liv. iv, lit. xii, chap. II.
ET HENRI iV. i;îl
(''piciers apothicaires. En 1597, d'après l'avis des notables assemblés à Rouen, Henri IV rendit un édit portant rétablissement du système général de maîtrise et règlement sur la police des métiers : « Ceux qui voudront estrc reçus aux maistrises des arts d'apotliicairerie, chirurgie et barberie, seront tenus de souffrir l'examen et expérience par devant les commissaires par nous commis et députés, suffisans et capables à cet effect. » Les privilèges de vendeurs de poissons furent entièrement confirmés; défense expresse à tout autre qu'auxdits vendeurs de faire le commerce du poisson. Et la nombreuse corporation des marchands fruitiers de la ville de Paris reçut également la confirmation des beaux privilèges qu'elle tenait du roi saint Louis. Le commerce, depuis le seizième siècle, prenait une grande extension; Henri le protégea; les marchands fréquentant les foires de Lyon virent accroître leurs anciens privilèges. En Tannée 160G, un traité fut conclu avec Jacques h'', roi d'Angleterre et d'Ecosse, pour la liberté des transactions, et la garantie des trafics en toute sûreté et liberté. «Les navires françois pourront aller hbrement jusques au quai de la ville de Londres et autres ports de la Grande-Bretagne, et y estant pourront charger et frester avec les mesmes libertés et franchises dont les navires anglois jouissent en France. » Avec ces idées de libre commerce on ne s'explique pas ces grandes ordonnances contre le luxe, retrouvées dans les vieilles prescriptions du moyen âge. L'austère pensée des huguenots avait sans doute présidé à cette réformation. En -1594, une déclaration défendit l'usage de l'or et de l'argent sur les habits; en 1600, nouvel édit qui prohibe encore l'emploi des draps d'or et d'argent. Sous le règne de Henri IV, ces édits étaient renouvelés presque annuellement. La théorie des impôts fut oppressive pour le peuple ; quels que fu£;sent les bons mots de Henri IV et les intentions qu'on lui prêtât, les masses ne furent point soulagées; elles n'eurent point la poule au pot; des témoignages irrécusables constalocit les plaintes cruelles des villes et dys campagnes.