ri LA LlGtË
Pourtant i'adminislraliun ûiait en pro?;ix'S: on ouvrait ùcs routes; divers édits créaient des relais de clievaux sur les grands chemins, les traverses et le long des rivières, pour le transport des voyageurs et des malles; on rendit plusieurs grandes ordonnances pour la conservation des forêts, renlrctien des chemins publics et des rivières. En '1599, Henri promulgua un édit pourlc dessèchement des marais; c'est la première loi qui ait èlc l'aile sur cette matière ; le sieur Bradléy, nalil du duché de Brabanl, se chargeait de cette opération : « Pour desdommager et rescompenser ledit Bradléy et ses associés, tant des Irais, couslet dcspens ([u'il leur conviendra faire et advancer de leurs bourses, que de leur expérience, industrie et intention, leurs cédons et transportons la juste moitié de tous les marais appartenaiis à nous et de nostre domaine qu'ils auront ainsi essuyés. »
Henri institua l'oHice de commissaire général et surintendant des coches et carrosses publics, qui aurait charge de faire exécuter les règlements et ordonnances faits par le prévôt de Paris, « et tiendra la main à ce que lesdicts coches pul)lics soient attelés bien et duement, comme il appartienl, de bons et forts clievaux, pour tirer, mener et conduire par cochers et gens capal)les et expérimentés ; et que lesdicts coches soient maintenus en bon équipage, afin qu'il n'advienne aucun empeschement au public. » On fit également plusieurs déclarations et mandements royaux dans le but de tiivoriser l'agriculture; le 7 décembre J(it)2, des lettres royales ordonnèrent restablissement d'un plan de mûriers et l'entretien des vers à soie, « afin d'empescher parce moyen le transport qui se fait d(! trois et ([uatre millions d'or par chascun an es pays estrangers, pour l'achat dessoyes; vous mandons qu'en chaque paroisse vous vous informiez de la (piantité de mûriers blancs cl noirs qui se trouvent en ictîlle, ensemble de leur âge et grosseur à peu près. » Et en 1005, une nouvelle déclaration ordonnait « l'esltiblissement par tous les diocèses de France, (riine iiépinière de cinquarilc mille mûriers blancs, au moins, car on avoit recognu par divfîrses expériences l'utilité qui peut
ET HËNUt iv. f,:>A
revenir de la nourriture des vers à soye et des plants de mûriers qui leur servent de nourriture. » Une multitude d'édits royaux, qui ne peuvent se classer dans aucune des catégories précédentes, signalaient une administration travailleuse; des ordonnances, souvent cruelles, réglèrent le crime de chasse et de louveterie : «DefTendons à toutes personnes, de quelle condition qu'elles soient, de chasser dans nos buissons, forests et garennes, à quelque sorte de gibierque ce soit ; deffendons également de mener aucun chien en nos dictes forests, s'ils ne sont attachés ou une jambe rompue. Permettons à tous seigneurs, gentilshommes et nobles de chasser et faire chasser noblement, à force de chiens et oiseaux, dans leurs forests et buissons, à toute sorte de gibier, mesme aux chevreuils et.bestes noires. Et quant aux marchands, artisans, laboureurs, paysans et autre telle sorte de gens roturiers, leur faisons desfenses très expresses de tirer l'arquebuse, escopette, arbalète et autre baston, ensemble de chasser au feu ou autrement, à aucune grosse et menue beste et gibier, en quelque sorte et manière que ce soit '. » La peine était terrible, car il s'agissait de la pendaison pour le pauvre paysan pris avec le lacs en main ou l'arquebuse de chasse sur l'épaule. Le courre dans les forêts était alors le plus bel apanage des gentilshommes ; c'était usurpation des vilains que de forcer le cerf ou le daim à travers les arbres centenaires ; l'avènement de Henri IV n'était-il pas le triomphe de la gentilhommerie? Cette vie des bois et des bruyères remontait à la conquête, quand les Francs faisaient un roi sur le champ de guerre, au bruit de la framée; Henri avait hérité de ce noble goût. « Mon compère, écrivait-il au connétable ; j'ay esté dix jours à Chanlilly, où j'ay bien eu du plaisir, car j'y ay bien passé mon temps; j'ay pris trois cerfs dans vos bois et dix dans la forest de Halaslre : j'ay faict renouveler les desfenses de la chasse, parce que j'ay trouvé que ceux de Sen-
1 Codes des chasses, I, pag. ISg. — Registres du pnrlement, vol. TV, fol. 2iC. — FoNT,\>n\, IT, \nvj. SOT,
lis venoiont chasser jusque contre la maison, et qu'il n'y avoit ny lièvres ny perdrix dans la plaine, n'y ayant pu courre que un lièvre, et pris fort peu de perdrix et de hérons. J'ay commandé à Girard quelque chose pour vos canaux et vostre jardin neuf, qui pourra cousler environ trois cents escus, et m'assure que lorsque vous le verrez, vous le trouverez mieux et n'y aurez point de regret. Je vous ay fort souhaité, car outre le plaisir que j'y ay eu, encore que je fusse tous les jours à la chasse, d'autant que j'y avois ma meute de chiens courants pour cerfs, celle de mon cousin le comte de Soissons et celle de MM. de Monlbason et la Vieuville, avec tous mes oiseaux, je n'ay laissé d'y engraisser. Je suis de là venu en ceste maison (Cliantelou), où il y a déjà trois jours que je suis et m"y trouve aussi merveilleusement bien ; les chasses y sont mieux gardées qu'à Chantilly ; j'y ay vu vos chevaux et couru des chevreuils et pris trois ou quatre hérons fort bien : aujourd'huy je vais courre un cerf avec mes chiens ; demain un autre avec ceux de mon cousin le comte de Soissons, et mercredy je m'en [jourray retournera Paris ^ »
Des ordonnances défendirent aussi les duels, cette autre coutume de la gentilhommerie, ces combats à champ clos, qui remplaçaient les vieux tournois aux nobles dames, aux bannières et aux blasons de mille couleurs. On n'osait encore proclamer les peines inflexibles des édits postérieurs ; la noblesse n'était point assez assouplie ; elle était trop fière de ses privilèges, de ses droits, de son honneur; elle cherchait à les venger par l'épée au Pré-aux-Clercs, ou dans les rues de la Cité.
Un grand édit fut rendu sur les monnaies, avec un tableau du nom, du poids et de la figure de toutes les pièces ayant cours. Plus tard, des lettres royales oixloiuièrenl l'établissement à Paris et dans les autres villes du royaume, des manufiictures de tapisseries. Les administrateurs de l'Hùtel-Dieii reçurent le droit de faire quêter au profit de l'hospice ; enlin un
1 Mss. do Bùlhuiic, sol. col. y093, fol. J.
ET HENRI IV, /-as
édit général fut publié contre les buniiiieroiUiers l'riiuckileux. Henri iV voulut ettacer les traces des guerres religieuses dans un système général d'ordre et de paix publique. Point de concessions libérales aux peuples, aux communes, aux municipalités ; mais une gestion active et soigneuse de tous. Les guerres civiles ont pour résultat d'user l'énergie politique des sociétés: alors, si un pouvoir arrive bienveillant et fort, on lui sacrifie tout; on ne lui demande en échange que la paix et le repos : c'est l'atonie après la période de fatigues, de sueurs et de travail.
Le système multiple des généraux sur le fait des aides et finances avait été centralisé sous la direction d'un surintendant. Dans la vieille monarchie des Valois, tout dépendait de la cour des comptes pour l'examen des recettes et dépenses; dans chaque généralité, les receveurs des aides et tailles écrivaient siu' de longs registres en parchemin ce qu'ils retiraient do l'impôt; puis, ces registres étaient envoyés aux généraux sur le fait des aides, et soumis à la cour, qui balançait les résultats. Il y avait dans ce mode d'administration de l'impôt de nombreuses causes d'erreurs et d'abus; seulement la cour des comptes, autorité souveraine, empêchait par son contrôle les malversations des percepteurs. On ne pouvait prendre un sol, denier ou maille sans que ladite cour s'en aperçût, et justice était promptement faite, car on pendait aux halles le receveur maudit ; et quelle joie parmi le peuple quand il voyait , un pied de langue hors de la gueule, le maitre Juif qui naguère, dans sa petite cabane du pont des Meuniers ou de la place Maubert, retirait écus et deniers des bestiaux aux pieds t'ourchus, de la farine ou du vin, de la belle serge du bourgeois ou de la hotte des marchands de cresson! C'était le cri d'une de ces pauvres vieilles qui avait donné le signal au mouvement des halles sous Charles VL La centralisation, sous un surintendant des finances, corrigeait quelques-uns des abus, par cela seul qu'elle plaçait sous une unique inspection cet ensemble de comptes des receveurs de Paris et des provinces.
La cour des finances n'avait plus de rapports qu'avec le surintendant; elle vérifiait les receltes générales, tandis que les recettes particulières n'étaient examinées que par les conmiis du surintendant. De plus , en lace de cette surveillance d'un corps, de cette autorité collective , la royauté n'était pas libre ; elle ne pouvait se procurer pour elle-même et pour ses projets des ressources immédiates et toujours assurées. Avec le surintendant, institution toute monarchique, le roi agissait plus eificacement: quand il avait des besoins, il s'adressait au ministre, et toute l'intelligence de celui-ci s'appliquait à trouver des ressources, sans que le roi eût à s'inquiéter de la nature et de la portée des expédients.
Telle était la pensée de Henri IV, en substituant la surintendance de Sully aux douze généraux sur le l'ait des aides. Sully répondit-il à celte pensée? Oui, en ce qui touche la couronne ; il rem plit avec sollicitude tous les besoins delà guerre, des allian ces et des pensions, tous les secrets désirs du roi pour ses plaisirs et ses maîtresses. Ce fut un ministre à expédients, qui ne modifia que l'assiette de l'impôt. Son système n'inventa rien de vaste : il fut soucieux des petites ressources. Il eut peu de conception, car augmenter l'impôt, pour agrandir.los recettes, c'est l'idée la plus commune, l'cnlance de l'art dans les combinaisons financières. Sully épargna les tailles dc-jà si p.esantes ; il agrandit, au contraire, l'impôt sur les denrées, sacrifice moins sensible pour le. peuple ; puis, le surintendant appela une plus haute régularité dans la tenue des registres, un mode plus simple dans les ressorts de l'administration ; il se jeta dans les emprunts forcés, dans le système qui faisait rentrer au domaine les biens aliénés. En résultat, le peuple ne fut pas soulagé; plus d'une fois ses malédictions et ses cris poursuivaient le surintendant, tout enrichi de l'impôt et renlermant dans la Bastille les trésors qu'il avait arrachés au bourgeois et au pauvre laboureur. Du reste, les besoins du roi étaient presque toujours satisfaits. Sully s'en est vanté avec une simplicité d'éloges qui se ressentait de la disgrâce du surintendant sous
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Marie de Médicis. 11 eut surtout, cette sollicitude qui plaçait eti lèlede ses devoirs la répression des abus, et l'exacte gestion des deniers; il ne pouvait souO'rir ce gaspillage du trésor au profit des gentilshommes favorisés par Henri IV. Toutefois il ne relusait jamais rien au roi : fallait-il lever des régiments ou gratilier une maîtresse, le surintendant trouvait des ressources, même par un système d'avanie et d'emprunt forcé; il avait peu d'idées du crédit. La taille était tellement excessive, que Sully n'osa point l'augmenter; les ressources de l'emprunt, alors bornées, consistaient à affecter certains revenus spéciaux des fermes au payement des intérêts; et d'ailleurs était-il possible d'agrandir fimpôt dans l'état de désolation oii se trouvaient les provinces couvertes par l'invasion ' ?
La pensée de Sully fut toujours d'uniformiser son système ; comme il était lui-même l'expression d'une pensée de centralisation, et cherchait à la mettre partout. Le surintendant atta(|ue même ceux qui parlaient de retranchements et d'économie; le plan (ju'il offre à Henri IV porte toujours sur les avanies contre les traitants, l'emprunt forcé sur le clergé, le retrait du domaine aliéné, mesures despotiques et fausses ({ue le moyen âge avait inventées dans l'absence des grandes ressources du crédit et de l'impôt régulier. Sully, gentilhomme l'éotlal, avait aperçu néanmoins les inappréciables avantages (hi commerce. Le seizième siècle, par la conquête de l'Améii(iue, par la splendeur de ses transactions merveilleuses, avait jeté dans le monde de nouvelles idées. Comment s'étaient élevés les états libres des Pays-Bas? (pielle force et (juelle puissance n'avait pas atteint l'Angleterre sous Elisabeth ? Sully av;at contemplé ces résultats immenses ; mais le crédit, il ne le savait pas encore : retrancher les rentes, supprimer les ([uartiers d'intérêts, tels étaient les expédients du surintendant général. « Nous arreslasmes, sa majesté et moy, (lu'oii
' Vuyez les Mciiioircs de ijnllv lui-im me sur son aclaiiiiislralioii. i
comraenceroit par la véiiticalion des renies de l'état ; lorsque j'eus faict voir à sa majesté, par de bons extraits et par d'autres pièces authentiques de la chambres des comptes, de la cour des aydes et autres bureaux, que ceste opération pouvoit, saus la moindre injustice, faire revenir six millions au trésor royal. Pour y réussir, je crus qu'il estoit nécessaire que sa majesté establist ad hoc un conseil. La chambre des comptes s'y opposa, mais on n'eut aucun égard à ses raisons: j'étoisle chef du conseil. 11 apporta des améliorations notables. J'avois faict une distinction très nette et très exacte entre les renies de ditrérentes créations et de fonds divers ; il y en eut dont les' possesseurs furent assujettis à rapporter les arrérages qu'ils avoient perçus injustement, et d'autres dont les arrérages touchés furent imputés sur le principal, qui servirent à amortir. L'estat y gagna encore la suppression d'une grande quantité de receveurs, payeurs de renies, qui le chargeoit d'un fardeau inutile. Je n'y en laissay qu'un seul '. » Ainsi, retranchement sur la délie fondée par l'état et par les cités, et tout cela au moyen de commissaires, sans autre règle générale que le caprice : c'était le plus faux système de crédit. Un état doit dépenser économi(piemenl; mais lorsque la dette est établie, lorsque la rente est reconnue, consolidée, toute révision est une injustice et une faute, parce qu'elle ébranle le principe de la sécurité publique. En résumant les principaux éléments du système de Sully dans l'administration des Jinances du roi, on trouve les résultats suivants. Le surintendant obtint des ressources pour les besoins généraux du trésor, dans l'impôt indirect, les emprunts, le retour des domaines aliénés, et les restitutions qu'il imposait aux traitants. Sully avait une autorité arbitraire dans sa gestion; tout à fait indépendant de la cour des comptes, il ne soumettait à personne ses idées ; elles s'exécutaient dans toutes les généralités du royaume sans opposition. Les misères populaires étaient grandes, et voilà pourquoi Sully ne loucha
^ Mémoires de Sully, année 1604, liv. xix.
ET HEiNK! lY. 'so'J
que faiblement aux tailles, qui frappaient matériellement les masses. L'impôt indirect sur les denrées pesait moins sensiblement : il l'agrandit. Tout ce qui pouvait miiltiplier les relations et le bien-èlre devait augmenter les ressources du pays et les éléments de l'impôt : de là ces nombreux projets sur le commerce, et cette noble fécondation des ressources nationales. Sully ne vit pas tous les principes du crédit, mais il se plaça au-dessus de son époque; il fit marcher le siècle, et c'est toujours un service rendu à la science.
Henri IV avait atteint cette époque de la vie où toutes les illusions disparaissent. A son avènement, déjà ses cheveux avaient blanchi ; à quarante ans les rides couvraient son front et plissaient ses joues amaigries : que de soucis n'avait point eu à subir son existence agitée, existence de montagnes, de luttes et de dangers ! Il montait sur la trône au milieu des partis qui se croisaient : les uns lui reprochaient d'avoir trahi ses vieux amis des camps, ses braves compagnons de bataille; les autres dénonçaient ses concessions imparfaites au catholicisme. Ces soucis, il les enveloppait d'une sorte de gaieté gasconne : c'était un esprit à jeux de mots, à libre plaisanterie; son amitié, expansive quand il avait besoin de dévouement, était ingrate pour les services passés et inutiles ; de la franchise habile ; de la dissimulation plus adroite; plein de cet enjouement méridional qu'une prononciation béarnaise, une familiarité chevaleresque rendaient plus piquant encore. Ses lettres ne sont point celles qu'on lui a faites au dix-huitième siècle ; ces petites inventions des notes de la Henriade , ces boutades cavalières des marquis de Louis XV, calculées avec un art infini, elles vont à tous les caractères, s'adressent à toutes les convictions: c'est plutôt le prince roué, réfléchi dans chacune de ses démarches, que le chevalier franc et naïf, tel qu'on nous l'a donné. Henri IV veut-il s'attirer un ennemi , ses paroles, pour ainsi dire, le jettent dans ses bras; menacet-il, c'est de la véritable colère, colère de roi , impérieuse et brusque. Ses lettres aussi sont des négociations. J'ai recueilli
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ses nombreuses et actives correspondances, et les autographes particulièrement. Cette époque travailleuse du seizième siècle voit partout des souverains qui mettent la main à l'œuvre et se posent dans la politique. Il n'est pas un petit billet du roi qui n'ait son but. Henri veut-il allécher le maréchal de Biron, l'attirer dans ses liens, calmer l'irritation de cet esprit altier, c'est alors le ton d'une douce confiance : «Mon ami, écrivait-il, j'ay esté bien aise d'entendre de vos nouvelles par Hébert, et des lieux où il a esté. J'ay vu le mémoire de ce qu'il vous a apporté de Milan. Je mets mon coussinet sur deux gardes d'espée, lesquelles je veux choisies de vostre main, car vous sçavez mieux que moy - mesme ce qu'il me faut. Je retiens aussi une toilette de Milan pour me faire un pourpoint pour l'esté, de telle couleur que vous voudrez. Je pense que dans deux ou trois jours je vous pourray redépeschcr Escures; cependant je vous prie de m'advertir de ce que vous apprendrez de ceste armée d'Espagne qui passe pour aller en Flandre ; et vous assurez tousjours de la continuation de mon amitié, de kuiuelle je vous témoigneray les eflets en toutes les occasions qui s'en oCTriront, de la mesme volonté que vous le sauriez désirer de la personne du monde qui vous aime autant. Adieu, mon amy. Ce 1 P may '. » A-t-il pour but de donner une haute idée de sa force et de sou pouvoir, son style est plein de fanfaronnades, de plaisanteries gasconnes : « Ma cousine, écrit-il à ^P" de Condé, je diray comme ticl César : Vidi, veni, vici, ou comme dit la chanson : Trois jours durent nus amours, et finissent en trois jours, tant j'étois amoureux de Sedan; maintenant vous pouvez voir si je suis véritable ou non. Je savois mieux Testât de ceste place que ceux qui me vouloient faire croire que je ne la prendrois de trois ans ; M. de Bouillon a promis de me bien ei lidèlement servir, et moy d'oublier tout le passé : cela faict que j'espère vous voir bicntost , Dieu aydant ; air aussitôt que j'auray esté dans ceste place et que j'auray
' Mstf. Dupuj,, vol. 600. Pièce Originak'.
pourvu à ce qui est nécessaire poui' mon service, je prendray mon retour vers Paris. Bonjour, ma cousine. » — «Chers et bien arnés, écrit-il aux consuls de la ville de Nimes, nous sommes advertisde divers endroicts que les catlioliques voisins de nostre ville de Nismes, spécialement les ecclésiastiques, sont grandement opprimés par ceux de la religion prétendue rélormée de la ville, qui sortent en troupes armées pour venir fourrager la récolte et piller les grains d'yceux , prétendant les laire ainsi contribuer à l'entretien de leurs ministres, comme durant les troubles. Or, nous trouvons cela si esti'ange et si éloigné des assurances qui nous ont esté données de la part de ceux de la religion de la province , que nous y ajouterions moins de foy, si n'estoit que cet advis nous est conlirmé par plusieurs de nos bons serviteurs. Et parce que la plaincte est aujourd'huy particulière à la ville de Nismes, nous enjoignons aux consuls de la ville d'observer soigneusement ceux qui sortent en armes et en troupes, pour, en cas qu'il advienne quebpie excès, de les déférer eux-mesmes à la justice; comme nous voulons pareillement que, pour ce qui est advenu du passé, ils aient à en déclarer les coupables ; et ce , sous peine d'en répondre en leurs propres et privés noms. Ce que faisant, vous mériterez de nous toute faveur et protection; comme y manquant vous pouvez être assurés que vous nous aurez fort contraire et offensé de vostre désobéissance , qui ne demeurera pas impunie'. »
La dissipation de Henri YY est toute dans les femmes : sous la tente, aux montagnes, dans les palais, ce tempérament de feu, cet homme tout chair et tout sang, comme la race basque et méridionale , se montre, éclate en amour , en joyeux libertinage, qui vole de lille en fille, de la duchesse de Beaufort (Gabrielle) à mademoiselle d'Antragues, de mademoiselled'Antragues à .lacqueline de Bueil, créée comtesse de Moret, de la comtesse à Charlotte dcsEssarts, dame de Komorantin , puis
1 Mss. de Dclluine, vol. fol. SG81. fol. 56. —2 avril iGQG.
à la princesse de Condé ; et les débris de ses lettres, de ses coniidences d'amour restent encore épars. Ce ne l'ut poarlant point un amour de légèreté et de passage que celui de Henri pour la duchesse de Beaufort , Gabrielle d'Estrées : « Mes chères amours, lui écrivait-il , il faut dire vray , nous nous aimons bien ; certes, pour femme, il n'en est point de pareille? à vous; pour homme, nul ne m'égale à sçavoir bien aimer; ma passion est toute telle que lorsque je commençois à vous aimer; mon désir de vous revoir encore plus violent qu'alors ; bref, je vouschéris, adore et honore miraculeusement. Pour Dieu, que toute ceste absence se passe comme elle a commencé, et bien avancé. Dans dix jours j'espère mettre fin à ce mien exil ; préparez-vous, mon tout, de partir dimanche , et lundi estre à Compiègne, si vous y pensez estre ce jour. 11 m'arrivera bien des aifaires, ou je m'y trouveray, soyez-en sûre. Madame Devau est icy; je ne l'ay vue ny ne la verray, si ne me le commandez. Bon soir, mon cœur, mon tout ; je vous baise un million de fois partout. Ce 21 octobre ^ » — « ISIes belles amours, deux heures après l'arrivée de ce porteur , vous verrez un cavalier qui vous aime fort , que l'on appelle roy de France et de Navarre , titre bien certainement honéreux ( honorable) mais bien pénible. Celuy de vostre subject est bien plus déhcieux. Tous trois ensemble sont bons à quelque sauce qu'on vueille les mettre, et n'ay résolu de les céder à ^ personne. .Te suis fort aise qu'aimiez bien ma sœur; c'est un des plus assurés tesmoignages que me pouvez rendre de vostre amour et bonne grâce, que je chéris plus que ma vie, encore que je n'aime bien. Mais c'est trop causé pour vous voir sitost. Bonjour, mon tout, je baise vos beaux yeux un million de fois. Ce 22 septembre. De nos délicats déserts de Fontainebleau. » — « Je vous escris, mes chères amours, d'après vostre peinture que j'adore, seulement pour ce qu'elle est faicte par vous; non qu'elle vous ressemble, j'en puis estre juge compé-
1 Mss. Dupiiy, \o\. 407.
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tent, vous aynm peinte en toute perfection dans mo7i ami\ dans mon cœur, dans mes yeux. Henry. »
Tant que Gabrielle vécut, elle posséda complètement le cœur du Béarnais ; quelques galanteries passagères cédaient bientôt à l'irrésistible ascendant de la belle et noble dame, que le roi créa marquise de Monceaux, puis duchesse de Beaufort. Elle eut été peut-être reine de France , car elle lui avait donné un fils digne et fier, si le premier mariage de Henri avait pu être brisé, si surtout une foudroyante attaque d'apoplexie ne lavait enlevée jeune encore à la passion du roi. A la duchesse de Beaufort succéda mademoiselle d'Antragues. Rien ne coîitait au roi pour avoir fleur d'amour : intrigues, argent, promesses de mariage même ; mademoiselle d'Antragues était adroite; et le roi , vivement épris , scella une singulière obligation : «Nous, Henry, roy de France et de Navarre, promettons et jurons devant Dieu, en foy et parole de roy, à M. de Balzac d'Antragues, que, nous donnant pour compagne damoiselle Catherine-Henriette de Balzac, sa fille, au cas que, dans six mois, à commencer du premier jour du présent, elle devienne grosse et qu'elle accouche d'un fils , alors et à l'instant nous la prendrons à femme et légitime épouse, dont nous solemniserons le mariage publiquement et en face de nostre mère saincte éghse, selon les solemnités en tel cas requises et accoustumées K » La promesse, montrée à Sully, avait été déchirée dans un moment de mauvaise humeur; elle fut ensuite refaite, car la noble demoiselle nevoulaitcéder auroi qu'à bon escient. Elle avait reçu trois cent mille livres en écus;ce n'était point assez: comme Gabrielle, elle ambitionnait un trône. Quand Henri eut obtenu pleine jouissance et amour de mademoiselle d'Antragues, créée marquise de Yerneuil, il lui écrivit : « Mon cher cœur, vostre mère et vostre sœur sont chez Beaumont, où je suis convié de disner demain ; je vous en man-
1 Copie l'aile sur roriuinal élaiil en lii bibliolhàiue de Lamoignon, dans Fonlanieu, ijorleleuille, n" 444, 445.
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d(3ray des nouvelles : un lièvi'c m'a mené jascîues auic rocherâ devant Malesherlies, où je n'ay csprouvé que des plaisirs passes. Douce est la souvenance ; je vous y ay souhaitée entre mes bras comme je vous y ay vue, souvenez-vous-en en lisant ma lettre; je m'assure que ceste mémoire du passé vous fera mespriser tout ce qui vous sera présent, pour le moins en faisiez ainsi en traversant les chemins où j'ay tant passé vous allant voir. Bonjour, mes chères amours ; si je dors, mes songes seront de vous; si je veille, mes pensées seront de mesme. Recevez ainsi disposée un mUhon de baisers de moy '. » Puis l'amour passa. Mademoiselle de Verneuil fut-elle infidèle? Le pauvre Béarnais n'avait point été heureux en femmes; il inspirait peu de retour, et, ainsi que le disait madame de Rohan, rancuneuse huguenote, comment l'amour aurait-il pu se nicher entre un nez et un menton qui se mêlaient l'un à l'autre? Henri n'était ni beau ni lidèle lui-même ; et il songeait alors à un mariage politique. Il écrivait à son bel ange, le 21 avril KiOl, un véritable billet de rupture : « Mademoiselle, l'amour, l'honneur et les bi(>nfaits que vous avez reçus de moy eussent arresté la plus légère ame du monde, si elle n'eust esté accoml)agnée de mauvais naturel comme la vostro. Je ne vous piqueray davantage, bien que je le pusse et dusse faire : vous le savez, .le vous prie de me renvoyei" la promesse que savez, et ne me donnez poinct la peine de la ravoir par autre voie; renvoyez-moy aussi la bague que je vous rendis l'autre join*. Voilà le subject de ceste lettre, de laquelle je veux avoir rcsponse. » Et il ajoutait au père delà demoiselle : « M. d'Antragues, je vous envoyé ce porteur pour me rapporter la i)romesse que je vous ay baillée ; je vous prie, ne faillez de me la renvoyer, cl si vous voulez me la ra])porter vous-mesme, je vous diray les raisons qui m'y poussent, qui sont domestiques et non d'estat, par lesquelles vous direz que j'ay raison , et recognoistrez que vous avez esté trompé, et que j'ay un na-
* FoNTANiEr, poriefeuillo n<" 452, 463.
RT HKKnî ÎV. V*/,
îlirel qiic ,)0 poux dire plutosl troi'. iion iinn aulrenicnl; uw promeltueil que vous obéirez à mon commandement, je tiniray, vous assurant que je suis un bon maistre ^ » Rien de plus touchant que la réponse de mademoiselle d'Anlragues à la royale rupture ; le cœur de la femme s'y montre tout entier : « Je suis réduite au mallieur qu\m grand heur m'a naguère fait craindre, sire. 11 faut que je confesse que je devrois ceste crainte à la connoissance de moy-mesme, puisque si grande fortune de ma qualité à la vostre me menaçoit du changement qui m'a précipitée du ciel où vous m'avez eslevée en la terre oîi vous m'avez trouvée. Je ne donneray point la coulpe de ma douleur, puisqu'il vous plaist qu'elle soictle prix des joies publiiiues que la France reçoit en vostre mariage. Douleur à la vérité que je suis contraincte d'avouer, non parce que vous devez accomplir le vœu de vos subjects, mais parce que vos noces sont les funérailles de ma vie, et qu'elles m'assujettissent au pouvoir d'une nouvelle discrétion qui me bannit de vostre présence et de vostre cœur, pour n'estre dorcsnavanl offensée des œillades dédaigneuses de ceux qui m'ont vue au rang de vos bonnes grâces. J'aime mieux soupirer en ma solitude que respirer avec crainte en bonne compagnie ; c'est un sentiment que vostre générosité a nourri, et un courage que vous m'avez inspiré, lequel ne m'ayant jamais appris à m'humilier aux infortunes, ni sous un joug, ne peut permettre que je retourne en ma première condition. Que si c'est une action familière aux roys de garder la mémoire de ce qu'ils ont aimé, souvenez-vous, sire, d'une damoiselle que vous avez possédée avec ce qu'elle vous devoit naturellement, ce qu'elle ne pouvoit faire qu'en vostre unique Iby, qui a eu autant de pouvoir sur mon honneur que vostre royale majesté en a sur la vie, sire, de vostre malheureuse et très obéissante servante et subjecte. Henriette. »
Henri, ingrat quand il avait obtenu ses plaisirs, se montra
» Ms?. Dupiiv, vol. 407.
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intlexiblo à lY-cfard de la belle Henriette. Je dirai plus tard comment mademoiselle d'Antragues se trouva en opposition avec la nouvelle épouse de Henri, Marie de Médicis; elle avait manifesté le désir de se retirer de la cour pour réveiller l'amour du roi et piquer sa passion. Henri ne la retint point, et alors, mécontente, Henriette, au lieu de se réfugier en Angleterre, comme elle en avait obtenu la permission, accueillit quelques propositions de l'ambassade d'Espagne. Le roi frappa impitoyablement son ancienne favorite; il condamna son père à une prison perpétuelle dans la Bastille. Ce fut là une action bien déloyale envers un jeune cœur qui avait tout donné au roi sur le sceau d'une promesse solennellement jurée. Si Henri s'était contenté d'aimer, pourquoi l'bistoire lui reprocbcraitelle ces nobles entraînements? Dans la vie agitée, dans les sombres nuits, au milieu des rêves de guerre civile et de sang, l'image d'une femme console, fortifie l'àme; c'est la Vierge pour le matelot dans la tempête !
Et comment Henri IV n'aurait-il pas cherché à secouer sa vie royale ? A sa cour ce n'était que plaintes, doléances ; toutes les hautes existences étaient ameutées contre la paix publique; les puissantes familles avaient pris une extension démesurée; les grandes pairies, à l'avènement de Henri IV, étaient déjà nombreuses et siégeaient en parlement : le duché de Guise, érigé en 1527, de Montpensier en ISô8, d'Aumale en 1547, de Montmoi'ency en 1551, de Mercœur en 1559, de Penthièvre en 1569, d'Uzès en 1572, de Mayenne en 1573, de Saint-Fargeau en 1575, d'Épernon, d'Elbeuf, de Rethel, de Joyeuse, de Piney-Luxembourg, de Retz, d'Halwin en 4581, de Montbazon en 4588, et de Ventadour en L589. Toutes avaient leurs fiers castels, leur autorité territoriale, leurs armées, leur ville fortifiée; la féodalité s'était en quelque sorte reconstruite sous le titre de gouvernement de province. Quelques-uns des pairs, amis personnels du roi, venaient à la cour ; les autres résidaient dans leurs gouvernements, correspondaient avec le conseil, u'exéculaient les ordres du souverain que lorsqu'ils
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étaient ù leur convenance, et donnaient de cuisants soucis au roi de France, le premier des pairs et des gcnlilshommes de ses étals. Et cette situation si dilïicile, le roi tâchait de la couvrir de fleurs, delà dissimuler dans les fêtes et les magnificences.
Le goût de Henri IV était surtout pour les bâtiments publics : il continuait le Louvre, monument de toutes les races, alors simple château à tourelles; cent ouvriers étaient sans cesse occupés à Fontainebleau, à Chambord,à Compiègne; les Tuileries étaient bâties avec un grand luxe d'or et de peintures, et ces dépenses soulevaient de dures plaintes des parlements et des sujets. Tout était solennités en cette cour de Henri de France. La lecture des vieux romans de chevalerie s'était réveillée avec enthousiasme. On ne pouvait pourfendre des géants véritables, des monstres et des enchanteurs; mais rilalie avait jeté ses ballets et ses carrousels. « En IGOG, un ballet à cheval se fit en la cour du Louvre, où les quatre éléments furent représentés par quatre troupes de cavaliers qui sortirent l'une après l'autre de l'hostel de Boui'bon. »
Le roi avait épousé Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, quelques jours avant la Saint-Barthélemi si fatale aux huguenots. Pauvre mari trompé , il avait subi l'afiTont de je ne sais combien de ces mignons qui folâtraient autour des princesses de la cour. Marguerite avait tout entière hérité de l'esprit des Valois, race de plaisirs , de galanterie et de dissipations; madame Marguerite aimait les lettres, les musiciens et les poètes, les nobles chevaliers et les pages. Le scandale de ses amours était si public, et madame Marguerite si peu soigneuse de sa bonne renommée, que Henri IV demanda la nullité du mariage. La pensée d'un divorce avec la fille des Valois remontait haut dans l'esprit du roi. Gabrielle d'Estrées l'avait inspirée d'abord, afin de saisir cette couronne de France qu'elle ambitionnait pour elle-même et pour ses enfants. Marguerite était jusqu'alors demeurée inflexible; elle ne voulait point céder à une rivale. Après la mort de Gabrielle, la reine se montra plus facile; des propositions d'un riche
douaire , el de Litres d'iionneur lui lurent laites : elle les accepta. Restait encore la question morale du divorce auprès du pape. Dans le moyen âge, le pontiticat s'était posé au milieu de la société cumme un pouvoir modérateur des passions brutales. Tandis que des barbares campaient armés sur le territoire, que des rois sans frein rejetaient de faibles femmes du lit nuptial pour choisir des concubines, les papes veillaient à Itome au respect de la foi conjugale, fulminaient la formidable excommunication contre l'époux parjure, et mainlenaieiit la sainteté du lien. Quelquefois ils firent servir à des lins intéressées celte arme puissante ; ce furent là des exceptions à cette autorité protectrice des mœurs publiques. La parole sainte du pontife, à l'époque religieuse, calmait les orages impétueux dans le cœur de ces barons qui ne courbaient la tète que devant Dieu. Laréformation s'était montrée plus indilférent(î, et le divorce, sans être admis en princii)e, avait été souvent ui)pliqué dans la réalité.
La négociation se suivait avec un plein succès auprès do Marguerite de Valois; elle avait agréé toutes les promesses qui lui avaient été faites; elle passa même procuration pour « supplier en son nom très humblement le roy, son très honoré seigneur, de prendre en bonne part qu'elle ne peut cohabiter en bonne et sûre conscience avec sa majesté en qualité de mary, pour estre le prétendu mariage d'entre eux nul en sa substance et essence, de toute nullité contre les lois divines et humaines, comme faict enln^ personnes joinctes de consanguinité en degré i)rohibé pour conjonction de mariage.» Quand le consentement mutuel fut ainsi acquis, le pape nomma des députés pour examiner les cas de nullité. Henri écrivit à la femme répudiée, lui donnant le titre de sœur, alin de montrer que tout lien charnel était brisé entre eux : « Ma sœur, disaitil, les dcsputés pour juger de la nullité de nostre mariage, ayant eniin donné leur sentence à nostre commun désir et coidcntement, je n'ay voulu ditférer plus long-temps à vous visiter sur telle occasion, tant pour vous informer de ma pari
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de tout ce qui s'est passé, que pour vous renouveler les assurances de mou amitié. Je désire aussy que vous croyiez que je ne veux pas moins vous chérir et aimer pour ce qui est advenu, que je faisois devant; au contraire, vous faire cognoistre en toutes occasions que je ne veux pas estre dorénavant voslre frère seulement de nom, mais aussy d'effects. Consolez-vous donc, je vous prie, ma sœur, en Tattente de l'un et de l'autre'. » Et Marguerite, toujours poëte, même en ses expressions de regret, lui répondait dans une langue de fables et d'hyperbole : «Monseigneur, vostre majesté, à l'imitation des dieux, ne se contente de combler ses créatures de biens et de faveurs, mais daigne encore les regarder et consoler en leur affliction. Cet honneur, qui tesmoigne en luy de la bienveillance, est si grand, qu'il ne peut estre égalé que de l'inlinie volonté que j'ay vouée à son service. De quoi vostre majesté n'honorera jamais personne qui les ressente avec tant de révérence et de désir d'en mériter la continuation par très-humbles et très-fidèles services^.» Depuis, Marguerite vécut tout entière de plaisirs et de fêtes. Elle s'était d'abord enfermée dans le château d'Usson, en Auvergne, à l'abri de ses créanciers qui la poursuivaient, tête dissipée qu'elle était! puis elle vint à Paris, où le roi paya toutes ses dettes; et c'est là qu'elle bâtit son palais de plaisance dans le Pré-aux-Clercs, pour voir rire et folâtrer les écoliers, et écrire ses Mémoires, si pleins d'intérêt, de sentiment et de souvenirs spirituels.
La nullité du mariage avec Marguerite de Valois laissait pleine et entière la liberté du roi pour son second mariage, déjà assuré à Rome. C'était une belle et grande fortune pour la maison de Médicis, que d'unir une de ses filles au roi de France; et Henri à son tour se donnait l'appui du pape en s'alliant à sa puissante famille. Dès que les conditions furent arrêtées, le roi en écrivit au connétable de Montmorency :
1 Mss. de néUuine, vol. eof. 8470, fol. 97. ^ Ms5. de iJt'Uunu'. \o\, coU SiîG, lui. OU.
« Mon cousin, je vous escrivis il y a deux jours, mais je ne veux tarder davantage de vous faire part que mon mariage fut célébré en grande pompe et allégresse à Florence, et que la reine devoit partir le 10 pour estre le 44 à Livourne et le :20 à aiarseilie, où la grande-duchesse la veut accompagner. Et pour revenir à ma femme, continue le roi, j'ay pourvu à ma santé afin de me bien porter à son arrivée, ayant pris médecine ces deux jours passés, pour ce quej'étois tout desbauché d'une violente colique; maintenant je me trouve bien, Dieu mercy. Je me suis résolu à faire le voyage de Marseille et m'en vais par Lyon pour venir au Rhosne, afin de faire meilleure diligence. Adieu, mon compère, tâchez de vous trouver du voyage de Marseille, et m'accompagner à la rencontre de si bonne compagnie. En attendant, m'envoyez des bons muscats que vous savez, et de vos nouvelles. Bonjour mon compère. Henry.»
Le roi cherchait aussi à se bien mettre dans l'esprit de sa nouvelle femme, et il lui écrivait : « Madame, les vertus et perfections qui reluisent en vous et vous font admirer de tout le monde, avoient, il y a longtemps, allumé en moy un désir de vous honorer et servir comme vous le méritez. j\lais ce que m'en a rapporté Hallincourt l'a faict croistre. Et ne pouvant moy-mesme représenter vostre inviolable atfection, j'ay voulu, en attendant ce contentement (qui sera bientost, si le ciel est favorable à mes vœux), faire eslection de ce mesme fidèle serviteur Fontenay, pour faire cet office en mon nom. 11 vous descouvrira mon cœur que vous trouverez non seulement accompagné d'une violente passion, mais encore de ce désir de ployer sous le joug de vos commandements, comme dame de mes volontés. Paris, 24 may 1600. Henry '. » Le voyage de la reine fut heureux et bien plaisant.,Les noces furent célébrées avec pompe ; il y eut fêtes et banquets , où le conseil municipal de Paris se distingua. Marie de Médicis était grosse de
• *Mss. Dupuy, vol. 407.
taille et de figure ; ses yeux étaient grands, mais ronds et fixes; elle ne plut point aux bourgeois. Le roi l'accLieillit bien, et la combla de tûtes; mais rien ne fut plus court que cette intelligence. Les pasquils disaient que le roi, qui se connaissaiten fine fieur, ne l'avait point trouvée, et qu'il s'en plaignait tout haut : ce qu'il y a devrai, c'est que cette illustre paire d'amants n'était pas toujours d'accord sur leurs amours particulières. La reine avait un crève-cœur non pareil de voir les maitresses du roi, et le roi ne pouvait souffrir qu'avec indignation les déportements de la reine avec le marquis d'Ancre, son favori. Un soir, étant couches ensemble et se faisant des reproches mutuels avec la dernière aigreur, la reine se leva, sauta à son visage et l'égratigna dans l'excès de son courroux. Le roi ne l'épargna pas non plus de son côté, et il fallut courir bien vite à l'hôtel de M. de Sully, qui avait beaucoup d'ascendant sur l'esprit du roi, pour arrêter la furie de leurs majestés. Il les remit en effet de son mieux ; mais pour éviter un plus graod scandale, il obligea le roi de quitter la partie, et le mena coucher en une autre chambre. Sa jalousie s'engendra par la venue de don Virgine d'Ursin, qui avait suivi Marie de Médicis et qui enavait toujours été amoureux et aimé, dit-on. A cela se joignaient les tourments que donna à la reine la marquise de Verneuil, tourments qu'elle rendait avec usure à Henri IV, qui ne l'eût point supporté, si celte reine ne s'était trouvée grosse, par la grâce de Dieu, du fait du roi. aEn 100:2, que le roy alloit à Poitiers pour les brouilleries qu'il y craignoit relativement à l'affaire de M. de Biron, estant arrivé à Blois, la royne déclara qu'elle n'irait pas outre, et vouloit retourner à Fontainebleau, où elle avoit donné rendez -vous à don Virgine Ursin, qui retournoit de voyage. Le roy en ayant esté adverti, voulut la détourner doucement, mais elle s'obstina en termes malicieux et reprochants. Sur quoy le roy entra dans une telle colère, qu'il dit tout haut à M. de Sully qu'il ne la vouloit plus souffrir, et qu'il la vouloit chasser et renvoyer dans son maudit pays. A quoy M. de Sully respondit que cela seroit bon si elle n'avoit point
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d'enlanls, mais puisque Dieu lui en avoit donné, il Mloit se garder d'une telle faute. Sire , ajoutait-il , voslre majesté est bien venue à bout de ses ennemys par sa valeur, ne peut-elle donc pas espérer d'avoir raison de sa femme testue et acariaste?» Il y eut encore de grandes scènes de jalousie par rapport à Concini (depuis maréchal d'Ancre), et de Bellegaido, qui faisaient l'amour à la reine, et M. de Sully était toujours l'entremetteur pour les apaiser. Ils en étaient venus à ce point l'un et l'autre, de craindre réciproquement pour leur vie; car comme ils ne mangeaient plus ensemble, lorsqu'il arrivait (jue le roi lui envoyait quelquefois de son diner, s'il s'y rencontrait de la nouveauté, aussitôt la reine le renvoyait sans en vouloir manger. «Cette princesse avoit certaines paillasses à terre oîi elle se couchoit l'esté, durant la chaleur des ai)rèsdisnées, avec des habits légers et beaux ; et estant ainsi étendue, appuyée sur le coude, montroit ses bras cl sa gorge fort belle. Elle avoit des complaignanls de ceste beauté admirable, quoique souvent elle fust délaissée pour des laides qui n'avaient point tous ces avantages de nature. Aussi s'enflammoitelh; d'amour ou de haine toute la journée, et quand le roy re" tournoit, elle ne le vouloit pas regarder, et toute la nuict ne faisoit que gronder'. »
Cependant un enfant naquit bientôt de ce mauvais ménage ; c'était une bonne nouvelle pour Henri IV que la naissance d'un lils; «Mon cousin de Montmorency , ])résentementsur les dix lieures du soir, la roync ma femme est heur(;usement accouchée d'un lils; grâce à Dieu, la mère et l'entant se portent bien. » L'ambassadeur d'Espagne se hâta d'en prévenir également sa cour : « La nuict dernière, la royne très chrestiennea accouché d'un lils. Tout le monde se réjouit icy ; je désire qu'il en soit de mesme auprès de vostre majesté. Je n'en dis pas davantage, car le courrier Irançois va partira Je m'cxpliciuetay
1 r.ihlii.lli. (lu loi, mss. de Brlhiiiu-, vol. 894-i, loi. ^'J. - JSo lanluid (i punir conco Jiuiwt:!!,