‹ La ligue et Henri IVChapitre 50 sur 50 · RÉACTION. — LA LIGUE · texte numérisé non relu

RÉACTION. — LA LIGUE

L'esprit du moyen âge se rattachait à la puissante organisation catholique : toutes les idées , toutes les atïéclions de l'homme, les souvenirs et les besoins de la cité trouvaient leur expression dans ces légendes d'or, dans ces mystères et ces croyances qui prenaient l'entant au berceau et consolaient l'homme dans sa vieillesse. Ce Christ aux traits raides, aux yeux hxes, que le p.intre reproduisait sur les vitraux des cathédrales, protégeait les labeurs du serf, reposait ses fatigues, réveillait ses espérances à demi-éteintes ; cette Vierge aux noirs cheveux, aux regards favorables et doux, était l'iiiicrmédiaire de la cité menacée par la peste et la lamine ; la légende d'un saint patron incrustée sur la bannière municipale rappelait le patriotique souvenir d'un vieux moine qui

avait défriché les terres, porté la civilisation au milieu de la barbarie, guéri comme saint Rocli une calamité terrible, ou comme saint Victor combattu un monstre qui désolait la contrée, ou comme Marthe la sainte du midi, empoisonné la tarasque du Rhône. Ces légendes de chevalerie et de souvenirs municipaux étaient la gloire et la richesse des cités; quand dans la plaine se réunissaient bruyantes les confréries bourgeoises pour délibérer sur leur liberté, c'était à l'invocation d'un saint que les habitants sonnaient le beffroi, délibéraient sur les affaires publiques; la châsse bénite attirait dans la cilé un nombreux concours d'étrangère qui apportaient leurs prières et leurs richesses, orgueil de l'église. Si un pieux ermite habitait le désert voisin, bientôt autour de l'oratoire se bâtissait un village nombreux où des pèlerins, puis des marchands venaient s'abriter contre les intempéries du voyage ; si la cathédrale était reluisante de quelques beaux souvenirs, de quelque image bien sculptée, la ville était visitée par des camvanes de peuples qui s'agenouillaient devant les tombes ou baisaient le reliquaire. La pensée catholique soulevait un monde de tètes et d'âmes! une prédication suflisait pour arracher le baron à son foyer du château, à ses martiales distractions de tournois, de chasses au sanglier et au cerf, ou à l'oppression de ses voisins. L'église était partout, dans les phis petits accidents de la vie : quelle joie sainte et populaire dans les grandes solennités ! à Pâques, joyeux anniversaire de la résurrection; àNoél, jour de la naissance du Rédempteur; à toutes ces fêtes de fleurs et d'encens, à ces processions de confréries sillonnant les rues étroites et les places où la multitude se réunissait pour prier. Que de tristesse ensuite dansées pompes de mort, dans «es anniversaires du purgatoire, dans ces lugubres cérémonies pour le repos des âmes, dans ces hymnes si sublimes qui seules remuent encore les entrailles, à nous, génération épuisée de plaisirs et de désenchantements! La vie religieuse était tout : les joies de rhonnuc , ses douleurs, se reportaient au catholicisme ; I.j

ET HENRI IV. . ù!7

crèche des pastoiirels, les mystères joués par de pauvres pèlerins étaient, des spectacles. Que de soupirs dans la multitudt.' lorsqu'on représentait devant elle la i)assion du Christ et le martyre de ces pauvres lldèles que le Sarrasin impitoyable condamnait à m.ourir! La tixmille, la vie entière étaient catholique; et lors([ue la rélormation vint ébranler cet état social organisé, est-il bien étonnant qu'elle ait trouvé une forte résistance et qu'une réaction ait menacé la réforme elle-même?

Supposez qu'au milieu d'un peuple bercé de cette vie de croyances qui touchaient à ses libertés, cà ses habitudes, une voix se fasse entendre pour détruire ses affections, ses souvenirs; alors cette société cherchera à étouffer celte voi.x importune, et sa résistance sera terrible : tel fut le catholicisme. Depuis le douzième siècle, il y avait eu des tentatives pour modifier ses coutumes, pour amener la simplicité dans les usages de son culte, dans la pompe de ses cérémonies; la prédication albigeoise, cette réformation des pasteurs, des pauvres de Lyon, les efforts de Jean lluss, de Jérôme de Prague, d'Arnaud de Brescia, avaient éveillé les sollicitudes de l'église; elle avait eu crainte de se voir frappée dans son oi'ganisation, dans sa puissance morale, dans son influence sur les peuples.

Là fut l'origine de rmipusition, tribunal d'enquête et de surveillance dillicile à éviter dans une .société où le principe était encore plus religieux que politique. Quand il s'agissait d'épier la conscience, de surveiller les affections du cœur, ûc maintenir le prestige de l'autorité, n'était-il pas essenliel d'établir une juridiction terrible et violente, qui saisissait tout à la fois rame et le corps? La réformation du seizième siècle donna une intensité plus grande encore au saint tribunal. La réforme se mêlait à la révolte contre la souveraineté. Au seizième siècle, l'Espagne et les Pays-Bas virent particulièrement les terribles sentences de la juridiction ecclésiastique, et cela s'explique: l'Espagne avait besoin d'épier la fidélité et la foi incertaine des populations mauresques, récemment vaincues et

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toujours prêtes à revenir à leurs croyances religieuses et ;"i leur indépendance; l'inquisition dut pénétrer partout pour surveiller cette tendance des anciens dominateurs de la nation espagnole. Dans les Pays-Bas, les mêmes symptômes se produisaient; le peuple secouait à la ibis le joug de Philippe II et du catholicisme; il fallut frapper fort. Dans tous les temps de crise on court à ces juridiclions exceptionnelles, qui, au nom de certaines idées et de certains intérêts, lancent des senlences de mort contre les opinions qui ne veulent point flé- <-lur sous le joug; et peu importe que ces gouvernements s'appellent catholique, philosophique ou révolutionnaire, c'est leur condition de marcher à la viohmce , parce que le danger est grand, et que la question de sauver le pays domine toutes les autres.

A celte réaction de l'énergie inquisiloi'iale,il faut joindre encore la résistance de l'esprit monasti(iuc,<iui formait la grande riiérarchi(> du moyen âge : cette milice d'ordres religieux qui s'étendait sur toute la superlicie de l'Europe, ces fortes congrégations d'hommes qui cultivaient la tei're et vivaient dans une confraternité de sentiments, dans une ohéissance commune à la souveraineté papale, no d(ivaient point se laisser frapper (!t détruire sans opposer leur puissance à l'attaque concertée des réformateurs. Les moines exerçaient siu' les masses une haute iniluence ; ils avaient en mains les richesses et les lumières; Luthtn' était pour eux un relaps; il sortait de leurs cellules pour secouei' la poussière de ses sandales sur ces ordres qui avaient noui ri sou enfance etsccondé les premières lueurs de sa science : il y eut donc redoublement de ferveur Tians l'esprit monasticpu^. pour résister au mouvement réformateur. C'est d(! celte fermentation lajeunie du catholicisme (|ue naquit l'ordre immense des jésuites. Ignace de Loyola s'agenouille devant l'autorité, et pose la tiare sur toutes les puissances de la terre. Si Lutheratlaque la souveraineté ponlilicale par la caricature et le jumphlet, Loyola fonde une congréuation dont le but «exclusif est d(^ défendre rinlaillihilité du

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sainl-siége; l'iui iibolit tuules les nuages saisissantes, lonlcs les formes que Ton peut donner aux légendes et aux croyances catlioli(iues; l'autre (■tahlit un culte sur le cœur de Jésus, sur l'impénétrable mystère de l'immaculée conception, idée de chevalerie, sorte dlionneur rendu à la mère de Dieu, emblème du pouvoir des femmes que la lajice de Loyola protège et défend. Martin Luther invoque les sciences; les jésuites luttent avec lui d'intelligence, de nobles etforts pour toutes les connaissances humaines. On accuse l'église d'ignorance , et les jésuites donnent une forte et grande impulsion aux progrès scientiliquesdu seizième siècle; leur politique large et féconde ne se rattache pas à un territoire lixe et déterminé; le monde est leur domaine; Fautorité du pape est le piincipe de leurs prédications; l'église est un être moral qui a l'univers pour empire : de là résulte un système de doctrines qui ne reconnaît pas de souverainetés territoriales quand elles se trouvent en opposition avec les doctrines catholiques, fondement de l'ordre religieux; de là encore ces théories que l'on rencontre dans les pamphlets et les prédications des jésuites, à savoir : que les catholiques peuvent secoucir l'autorité des rois, lors- (lue ceux-ci cessent d'être en communion avec le principe de la foi, la personnilication de Téglise, c'est-à-dire le pape. Les jésuites et les bénédictins furent les deux grandes colonnes de la science religieuse; ils firent avancer l'intelligence pratique des fiiits autant que la réforme donna d'impulsion à la philosophie critique et rationnelle de l'histoire. Si nous comparons même les travaux de l'une et de l'autre de ces écoles, nous trouverons ce résultat : c'est que la critique, qui est l'expression de la raison nulividuelle, se modifie et change à chaque génération; les systèmes passent; l'école protestante a vieilli ; Bayle n'est plus en rapport avec nos lumières, avec la tendance des esprits; tandis que les travaux simples des bénédictins, ce recueil de liuls,colhgés sous l'empire de l'autorité, nous restent encore comme les monuments indisiiensables de la science.

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Il est facile maintenant de concevoir que lorsque la réforme apparut comme un fait lieurtant les intérêts acquis, toutes ces influences durent agir et se montrer dans une organisation matérielle de résistances : la ligue en fut le résultat. Je délinis la ligue le gouvernement provincial et municipal des intérêts catholiques; elle fui l'opposition morale de la vieille société contre les innovations qui la menaçaient dans son principe et dans ses coutumes. Ainsi considérée, toute T'iiisloire de cette époque s'explique : la ligue ne fut point lui accident particulier à la France ; si elle se produisit là dans des formes plus nettes, c'est que ce groupe par provinces, ce système de municipalités existait antérieurement, et que la ligue n'en fit que favoriser les développements naturels. La société se morcelait alors en petites fractions, et je ne connais pas de fait qui ait plus aidé une alliance de piincipes et d'intérêts que la ligue catholique: ce fut une véritable fj^'déralion de bien public, comme on en avait vu à d'autres époques, aux douzième et treizième siècles particulièrement ; seulement, il y eut à cette période une tendance pi us fortement municipale, un mouvement plus vivement dirigé vers les intérêts bourgeois et populaires. Les confréries dominèrent la ligue; de là résulte cette alliance qui se produit i)erpétuellemcntdans les pays calholi(iues entre le clergé et le bas peuiilc, entre la force matérielle du bras et l'inlluence puissante de la i)arole. L'effet de la ligue fut d'imprimer un plus grand esprit ûo liberté dans la commune, d'y réveiller tous ces ferments d'indépendance populaire que nous voyons éclater à Paris par les barricades do 1588, par l'organisation des seize quarteniers, par l'alliance souveraine de cités à cités. La ligue, reposant sur l'idée morale du catholicisme, dut également ado[)ter les doctrines indépendantes des droits des souverainetés; l'obéissance aux princes fut en tout subordonnée à l'obéissance envers l'église; le roi excommunié ne put légalement gouverner ses sujets; d'où les doctrines de régicide, ces pamphlets d'une démagogie etfrénée qui furent lancés par les ligueurs. Les formes du gou-

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vernement ne furent plus dans la royauté. Que la ligue S(! constituât en monarchie ou en république, peu importait; son principe, c'était le catholicisme, et pourvu qu'il IQl res|)ecté, le mode d'administration n'était qu'un accessoire dont l'église s'inquiétait peu. Paris pouvait se gouverner par un roi ou par seize quarteniers; ce n'était pas la question engagée ; il n'y avait plus d'autre droit public que la suprématie du pape, fondement de la vieille société.

.le crois que sous ce rapport la ligue agrandit les doctrines municipales; si elle avait réussi à faire son roi, elle lui eût imposé des barrières populaires , et l'union de la multitude et de l'église eût constitué une démocratie religieuse qui eût empêché les écarts du pouvoir absolu. Tous ces désordres de rue, cette désorganisation de l'unité monarchique, ces rapports avec l'étranger, où les peuples traitaient avec les rois et les rois se mettaient en rapport avec les peuples, atlaiblirent la toi en la monarchie. Quand le roi d'Espagne écrivait aux municipalités ou aux conseils de ville de Paris, de Lyon ou de Marseille, il traitait avec de véritables républiques; les villes durent garder souvenir de ces transactions des citoyens avec les rois sur le pied d'égalité ; une tribune était ouverte parla chaire, et des maximes hautement Ihéocratiques foudroyaient la prééminence de la couronne. Quelle différence existe-t-il entre les pamphlets de la ligue, ces moqueries régicides qui animaient les passions populaires, et les journaux les plus fougueux d'une autre époque oii l'on joua également avec la tète des rois? Quand un poignard atteignait au cœur Henri III, le fanatisme religieux trouva des éloges, connne plus tard le fanatisme politique eut des hymnes pour ceux ipii liront monter les princes sur léchafaud.

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TRANSACTION. — LE liÈGXE DE HEXHI il.

A toutes les époques de l'esprit humain il se développe certains caractères d'hommes qui, n'osant se poser les défenseurs des vieilles doctrines, craignent également de se laisser ein|)orter par le torrent des nouvelles. Ils enjambent ainsi, timides qu'ils sont, le présent et l'avenir; la plupart, gens de raison, d'études, mais de taiblesse et il' incertitude ; esprits méditatifs, sans énergie, qui redoutent surtout de déranger les commodités de leur vie présente pour une carrière sans bornes et une destinée sans lin. Ce tiers-parti eut sa personnilication à l'époque de la réforme, comme il l'a toujours eue dans toutes les révolutions des sociétés. A l'origine de lu prédication de Luther n«us trouvons Krasme et l'école philosophique, (]ui reluscnl ch; suivre la violenle impulsion donnée par Luther, tout en attaquant les abus de l'église catholique. Là est le caractèie du tiers-parti ; et c'est ce qui distingue surtout l'esprit des parlementaires; presipi'en tous les temps ce sont eux qui préparent les révolutions; ils se plaignent, soin inquiets, excitent les peuples de leurs pamphlets et de leur verve; puis, quand la révolution s(î proclame et trouble leur coin du l'eu, leur jiaisible existence, alors ils crient au désordre, à l'anarchie; ils vcMilent comprimer ce qu'ils ont fait, el ce qu'ils ont lait est un torrent iuquHueux qui les emporte. Lsprils de transaction, ils cherchèrent à lunortir dans les âmes celle elfervesccnce d'idées el de passions qui les dominait; ils ne faisaient pas de grandes choses, mais des choses raisonnables, comme si aux temps de révolution les choses raisonnables étaient i)Ossibles, comme s'il ne fallait pas taire la [)art à l'énergie des masses, à l'incandescence des opinions!

L'école des conciles (;t de l'église gallicane fut leur ouvrage alliance un peu bâtarde, ipii tendait à rapprocher le calholi-

KT IIEMU IV. -yT.',

cisinu en France de la hiérarchie anglicane. Le parlement était pénétre de l'idée-mère qu'il liillait tout soumettre à la suzeraineté du seigneur roi. 11 engagea la lutte contre tout ce qui se montrait un peu indépendant de lajuridiction des cours et de la tout(.' puissance royale. Leur conception de l'église gallicane était fausse et incomplète: comment détinir parfaitement le temporel et le spirituel dans la souveraineté des hommes et de la conscience? comment séparer dans l'obéissance ce qui est du devoir du sujet et du devoir des fidèles? Qu'est-ce que l'église sans un chef supérieur? et ce chef, dont on reconnaît la supériorité pour certaines choses, pourquoi le renierait-on en quelques autres? Toutes ces distinctions subtiles n'étaient point saisies par les niasses ; elles seivjrent la politique des rois, mais abâtardirent le principe religieux : l'école de l'église gallicane fut sans franchise et sans courage ; elle n'osa se déclarer ni église nationale comme en Angleterre, ni rélbrmatiun pure et simple, en adoptant les thèses de Luther, et pourtant elle voulait s'ath-anchir de cette grande unité catholique qui avait fait la force du princi[]e l'cligieux au moyen âge. Toutes ces écoles mixtes devaient, par la force des choses, ou se jeter dans la réforme, ou rentrer au sein de la grande église, qui, dans son unité, les traitait comme des luii'ésies.

Le tiers-parti religieux et politique eut un moment de triomphe par ravéncinent de Henri IV. L'indifférence du prince qui plaçait la couronne sur sa tête permettait ce système de modération, origine de tous kis termes moyens. Les parlementaires et les gallicans crurent à leur victoire : ils avaient fait leur roi; l(Mite leur science (et ils en avaient beaucoup) fut appliquée à soutenir la position nouvelle qu'ils s'étaient donnée; l'histoire, les livies de controverse ne retentirent que de l'éloge des maximes modérées et de cet équilibre dans toutes les forces sociales, fondement de la pensée parlementaire. Cène fut pas seuleinentà l'intérieur que l'esprit de transaction domina les parieuirniuitcs : pifisifue toutes

les négociations de cette époque furent conduites à l'étranger par des gens de judicature, soit du conseil d'état, soit des cours des aides, parlements et linances. Profondément instruits, tous avaient contracté djins les longues disputes de la ligue cette habileté qui ménage les partis et domine les atfaires; ils avaient tant négocié à l'intérieur, fapproclié tant d'événements divers, qu'ils étaient naturellement appelés à diriger des négociations semblables à l'extérieur. Henri IV les avait surtout distingués; il n'aimait pas les discoureurs; il reconnaissait le méi'ite de ces hommes de ruse et de hnesse diplomatique qui allaient à son esprit gascon. 11 avait lui-même triomphé plus par les transactions que par les armes; son règne était une lutte perpétuelle entre des intérêts qui cherchaient mutuellement à se dominer. Les parlementaires le servirent activement dans la pensée qui préoccupait sa vie; par les parlementaires, Henri IV l'ut maitie de l'histoire qui juge les rois, et des traités (lui piotégent et honorent leur règne. Les parlementaires élevèrent des slatues, ciselèrent le nom de Henri iV sur le bronze et l'airain. C'était leur roi; ils le défendaient; quelques différends purent bien s'élever entre le ]nirl(;ment et le monarque ; mais c'étaient là des questions spéciales de juridiction qui n'altéraient point leur symi)athie intime.

Le pouvoir du tiers-parti s'all'aiblit sous Iciègne suivant; les opinions n'étaient pas tellement assouplies, qu'elles pussent souscrire longtemps ;i ce pacte qui les laissait chacune dans leurs limiles : c'était une halte, une suspension, (l'armes dans le mouvement des passions de la société ; les huguenots avaient leur édit de Nantes; hîs catholiques, les glands gouvernements de provinces et le peuple des villes. Nous verrons sous Louis XllI la (luerelle se raviver, les deux pi'incipes h(jstilcs se retrouver encore en face et tout armés; il faudra encore des sueurs à la royauté pour venir à bout de la gueri'e civile; et l()rs(iue la guerre civile et léodale seni ét(!inte, il y aura puiu' elle un autre danger: c'est le mouvement moral et inlellecluel <pie la réforme aura imprima'

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à l'esprit des peuples; c'est rinsubordinatioii des idées, cette inipalieiice de toute hiérarchie qui rend le pouvoir impossible. La royauté voudra bien endormir l'eUervescence des masses sous l'ivresse de la conquête, l'arrêter par la violente compression des franchises, par la douce et molle ivresse des plaisirs ; Richelieu domptera la rébellion armée ; Louis XIV amoncellera provinces sur provinces pour agrandir et fortiller son territoire; la régence se bercera au refrain des noéls moqueurs et des chansons amoureuses de la cour ; l'esprit philosophique caressera les rois pour tuer plus fortement l'esprit religieux et Fautorité catholique ; tous ces accidents dans l'histoire de la monarchie ne seront que les précurseurs et les causes de l'immense mouvement qui se prépare. La réformalion et la révolution française, nous le répétons, se tiennent par les idées, comme la ligue elle-même tient, parles formes extérieures, au mouvement des rues et à l'esprit des institutions révolutionnaires. L'opinion populaire n'éclate qu'à de longs intervalles ; quand elle se laisse arracher ses conquêtes, il lui faut des années pour retrouver l'ascendant que l'habileté lui a enlevé. La dure administration de Richelieu, dont je vais apprécier le caractère, se prolonge jusqu'à la Fronde, qui fut aussi une lueur de liberté.

TABLE DES MATIÈIIES.

Lettre sur l'esprit de la restauration de Henri IV. 1

Lettre sur l'administration politique de Henri IV. 7

I. (loUVERNE.MKNr DE LA liOUUOEOlSIE ET DES HALLES DE PaRIS. —

Mesures municipales après les l)arricatles. — (lluuitjeineiit du eonseil de ville. — F]1i!pUous. — Ordre de police. — Les ciels, les murailles.

— Passeporis. — Les étrangers. — Le l'eu. — Lettres aux villes. — Démareli(>s au[)iisdes and)assad(Uirs. — Pai-is aux (luise. — Ado|ilion de la ligue \)dv les royalisles (1588). l5

IL Situation politique jusqu'aux états de Dlois et a l'assassinat DU DUC DE (jUISE, — La Flandre. — L(^ comte de Leieester gouverneur. — liupfure de l'Augleli'ri'e el de rKs|>;ejne. — l'répai'alil's de {'(initudu. — (lonjuraliun calhi)ii(pu! de, Marie Sluart. — Corres|)ondanee avec Philippe IL — lnler\enli(in des Guise. — Do Henri 111.

— Mort dt! Marie Stuarl. — Kllel en Kin-ope. — Mouvement de l'Lspagne. — Haiiiirocliement d'Klisalietli et de la France. — Dépari de WiimmUt. — File esl dispersée. — lidliience de ces évéïu'nients. — La Hollande. — État des opinions en France. — Ëledions pour les élats de lîlois. — Action polilinue de l'Fspagne. — Etats de Ulois, — Adoplion (le l'uninn. — Assassinat des (luise (l6S(i — IftSS). 37

III. Olvei.opi'Ejiem de l'union municipale. — Nouvelle de la mort du duc de Guise à Paris. — Mesures munici|)ales. — (liiculaire aux villes.

— RIections. — Con.seil île l'union. — Magistrats. — Conseil des seize «piaricniers. — Prédicateurs. — Décliéance de Henri III. — GouverlU'uient municipal. — Happoris exlérieurs. — Mouvement provincial.

— Alliance de Henri III cl de llcuii de lîéarn. — Mon de Galherine di; Médicis. — Situation de Paris. — Assassinat de Henri III. — .loiipopulaire. — (".orrespondaiUM- de la ligue avec l'Espagne. — Les deux rois de France, Henri de Navarre et Charles X. — Opérations militaires, — Arques. — Ivri (1688— 1M)0). 7i

IV. Développement du tiers-pauti nécociateur a paris. — Le tiersparti politique et négociateur à Paris. — Dans le camp de Henri IV.

— Mort lie Charles X. — Le duc de Mayenne. — Altatpie contre le licrs-iiarli. — Sorhonne. — Parlements. — Siège île Paris.— Ménagements de Henri de Naxarre. — Conlérence de Noi.«y. — Marche du duc

TAlil.K DKS MATIÈRES. Ô27

lie Panne. — Levée du hloeiis (1(! l'aiis. — Moum iiieiil iiumiii|ial iillra-démocraliqne. — Aclion ilu lieis-parti, el lii(im|ilie île la limirgeoisie (lôflO— I&i)l . lis

V. Vacangk. Dii rnONE Ai'iii;s la mort de Chaules X. — Piuri entions CONFUSES DES PAKTis. — Piuli ospagiiol poiir l'infanle. — l'arti ile la maison de Lorraiiu". — L'eiirant de Guise. — Le duc d(; Mayenne. — Tiers-pai'li pour Henri d(^ Navarre. — Paniplilels pour la loi saiiqiie.

— Etats de Reims. — Ni'goeialion de Jeaiiniu à Madrid. — Question des subsides. — Condilioii do l'éieclion. — Mouvement de la iii.;ue en province. — Siège de Rouen. — Opération du due de Parme. — Siluation militairr. — Aelinn diplomatique de Henri IV (IMl). 178

VL Les i;TATs-OEMiitAii\ roiiu lélection n'i'N noi. — Etats de Reims.

— Sans résultats. — L'Espagne presse la convocation des états réi,Mi-liers. — Mouvenu^nt de troupes, — Garnison espairnoie et napolitaine à Paris. — Correspondance do Philippe li pour dominer les états. — Arrivée des députés. — Corruptions. — Première époque des états. — Intrigues pour réieeliou.. — Seconde époque des étals. — Conférence de Su rêne (1M)2). 205

VIL Mouvement d'inoiîiéti'de des calvinistes. — Conversion et avènement DE Henui IV. — Plaintes des niinistrescalvinistes sm- la eondiiito de Henri iV. — Leili'çs du niinislre Spina. — De Duplessis- Mornay. — Reipiêtt des calvinistes. — Les pauvres Albigeois. — Préparatifs ^\^\ la conversion. — Engagcmenis envers les calvinistes. — Motifs de la conversion. — l'rocès-verbal à Saint-Denis. — Acte d'abjuration. — Profession de foi. — Lefire au {lape. ■ — Exiiliealion diplomaticpie sur l'abjuriition adressée à Elisabeth; sa réponse. — Protestation du légat. — Troisième époipie des états. — Situation de Paris. -^Triomphe de la loi salique par la majorité (l3!).3). 2:i(i

VIH. Situation des i'Iiovinces. — Décadence de la Ligi e. — Fédération des cités. — Secours mutuels des pi'ovinces. — Lyonnais. — (Juieiinc. — Languedoc. — Provence. — Picardie. — P.retagiie. — Efforts du i^arli de la ligue. — Tendance municipale de Paris vers la paix.— Siège et défense de la \ille. — La garnison espagnole. — Le camp de Henri IV. — Le sacre. — Surprise de Paris par le roi. — Entrée de Henri IV. — Mouvement militaire des Espagnols. — Les dépèches sur la reddition de Paris (1593 — 1504). Ilo

IX. Premiers actes de l'avènement de Henri IV. — Dernier gouvernement DE LA LIGUE. — Henri IV roi de France. — Te Dcnm à Notre-

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