‹ La Ligue et Henri IVChapitre 7 sur 37 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Henri m. 1574-1576.

Henri Hl n'eut pas plutôt appris qu'il était roi de France, qu'il s'enfuit de Cracovie. 11 emportait aux Polonais les diamants de la couronne. En revanche, il leur laissait un autre trésor, les Jésuites, que le nonce avait fait venir, et qui devaient faire la ruine du pays. Organisant la persécution chez ce peuple, jusque-là si tolérant, ils amèneront à la longue la défection des Cosaques au profit de la Russie. C'est le premier démembrement.

En vain quelques serviteurs avaient dit au roi que, dans le danger du pays, alors menacé de la guerre, son départ avait l'effet d'une fuite devant Tennemi, que ses lauriers de Jarnac.

son prestige de roi élu par cette chevalerie d'Orient qui gardait la chrétienté, tout cela allait disparaître, et qu'il arriverait en France abaissé, découronné. Il partit. Tous les Polonais, dans leur simplicité héroïque, courent après et se précipitent. Le grand chambellan l'atteint, prie, supplie; pour prouver sa fidélité, à leur vieille mode, il tire son poignard, s'ouvre la veine, boit son sang. Mais tout cela inutile. Henri pro-* teste que la France est envahie, et qu'il lui faut se hâter.

Cependant il prend le plus long, par TAutriche et par Tltalie. Au grand étonnement de TEu^ rope, il reste deux mois en Italie. Il avait ton* jours, disait-il, désiré de voir Yenise. On l'y reçut avec des honneurs, des fêtes, un triomphe inimaginable, sous les arcs de Palladio, comme si le roi fuyard eût rapporté les . dépouilles des Sélim et des Soliman. Venise voulait l'acquérir, le gagner, se l'assurer contre Philippe II. On prodigua pour lui les miracles ingénieux de la plus charmante hospitalité. En lui montrant FArsenal, on lui fit cet le surprise de construire une galère pendant sa visite. Au conseil, le doge le fit asseoir au-dessus de lui, lui donna une boule dorée et le fit voter, comme citoyen de Venise. Le conseil, d'un coup de baguette, décoré et changé en bal, est tendu de tapis turcs. A la

place des vieux sénateurs, deux cents jeunes dames de Venise, ravissante apparition, s'emparent de la salle et dansent, toutes vêtues de tafr> fêtas blanc, avec un doux éclai de perles.

Bref, le roi fut trop bien reçu et comme élouffé dans les roses. Il traîna en Italie, si bien et tant qu'il y resta. Je veux dire qu'il y laissa le peu qu'il avait de viril ; ce qu'il rapporta en France ne valait guère qu'on en parlât.

On put en juger dès Turin, oii le duo de Savoie tira de lui sans difficulté l'abandon de Pignerol. S'il eût, comme on l'en avait prié à Venise, voulu la paix en France pour se fortifier contre Philippe II, il eût gardé soigneusement Pignerol, cette porte de l'Italie, cette prise sur le Piémont, sur le duc de Savoie, qui était Fhomme de l'Espagne.

Mais déjà ce triste roi, énervé, fini, était dans la main de sa mère; elle le suivait dans le voyage par un homme à elle, Cheverny. Toute l'affaire de Catherine, c'était de garder l'influence; or, comme la petite cour française qui revenait de Pologne avec Henri III lui conseillait d'assoupir la guerre religieuse en France> Catherine n'espérait supplanter ces favoris qu'en se déclarant pour la guerre. Elle était donc trèsbelliqueuse , mais quoi ? sans armes ni force, sans argent. Cette altitude menaçante ne pou-

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