‹ La ligue et ses libellesChapitre 2 sur 7 · LO · texte numérisé non relu

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ces médiocre. La prise de la Charité (1) par le duc de Guise permit d^ ^jgnpr nvap anj ]o trfiifé rjp P^rç^rft^ qui mit fin à celte nouvelle ramp^trup pn ar.r.ordant aux réformés une liberté de conscience mieux définie que jjans les traités antérieurs, des juges spéciaux dans les parlements et huit placesde sÛ£Êié.

l'rois ans s étaient â peine écoulés qu'une nouvelle guerre commençait et se terminait presque immédiate- C ment par la capitulation de Cahors au profit des protestants et par le traité de Fleix, une réédition du traité '=^ de Bergerac (1580) . '

La fatigue commençait à s'emparer des esprits. On n'entendait que plaintes contre la molesse et l'irrésolution de la Cour. La noblesse et la haute bourgeoisie se rapprochaient de plus en plus du roi de Navarre dont on vantait la décision, la franchise et la bravoure chevaleresque. Les trois Montmorency lui avaient définitivement apporté l'appoint précieux de leur autorité matérielle et morale.

(1) Les protestanta croyaient la Charité imprenable et avaient envoyé au duc de Quiae cet avertissement :

Où courez-vous, hélas 1 picoreux insensés Cherchant de Charité la proie et la ruine, Qui, sans ombre de foi, abattre la pensez ?

En vain vous employez le blocus et la mine Le canon ne peut rien contre la vérité. Plustôt vous détruira la peste et la famine ; Car jamais, sans la foi, n'aurez la Charité.

La ville se rendit cependant après un siège de deux mois et fut livrée au pillage.

La Cour de France crut trouver un dérivatif à ce courant trop actif d'opinion, en appuyant les Pars-Bas révoltés contre l'Espagne, par une expédition militaire d'ailleurs désavouée pour la forme. Mais les forces envoyées étaient insuffisantes, et le duc d'Anjou, qui les commandait, fut obligé d'évacuer le pays. Sa mort survenue presque aussitôt après son retour en France ouvrit la plus redoutable question qui pût se poser à cette époque où le sort de la royauté était si incertain, celle delà future occupation du trône. On savait, enjj ij^ effet, que les jours de Henri III étaient déjà comptés et ^ qu'il n'aurait pas'Uê postérité. Sa succession pouvait \y^ donc tr'^uvrir d'un rnomenl à l'autie, et elle'^âtî^it ■^vM A /-égheoir à Henri de Navarre, un hérétique relaps; v^ (0" jamais on n'avait encore songé qu'il pût devenir!' héritier des Valois.

A ]a seule considération de cette éventualité les passions se ranimèrent d'elles-mêmes, non pas parmi quelques marmitons et soupiers de Sorbonne, comme le dit dédaigneusement l'Estoile, mais au sein des masses populaires. Une Ligue officielle, calquée sur celle de Péronne, s'organisa à Pariset__se développa rapidement sous i'etlort des prédications incendiaires, de la menace et de la violence. Une assemblée tenue en

Lorraine décida l'exltilisiou du luoïïvërnent et une prise d'armes pour l'année suivante si le roi ne donnait pas satisfaction aux sommations qui lui seraient faites. La fièvre était partout : le duc de Guise se rendit compte u'une hésitation pourraiï^compromettre le succès de

sa cause et signa le âï'-^ecembre T584j--a.vec le roi

d'Espagne, un traité dans lequel les deux parties s'engageaient à extirper de France les sectes liérétiques, à exclure du trône les princes protestants et à assurer la succession des Valois au cardinal Cliarles de Bourbon, arclievêque de Rouen, qu'on avait convaincu de la légalité de sa vocation héréditaire.

Au fond, les signatures de ci traité s'étaient trompés mutuellement. Le roi d'Espagne nourrissait pour sa

(^ propre fille des prétentions à la couronne de France en vertu des droits qu'elle tenait, selon lui, de sa mïïr^ Elisabetu, nlle de Henri 11. Le duc de Guise avait proposé le cardinal de Bourbon pour masquer ses projets ambitieux jusqu'au jour prochain où il lui plairait de^ le divulguer publiquemetit-U-sa^-fi^^^P^Tsitîon constituait cependant une faute puisqu'il reconnaissait implicitement les aptitudes de la famille de Bourbon à la succession au trône et qu'il s'agirait de savoir, le cas échéant, lequel des membres de cotte maison serait fondé à s'en prévaloir. Le traité n'avait un effet tangible que pour la Ligue qui recevait chaque mois de l'Espagne cinquante mille écus d'or pour l'entretien de la guerre. On sut plus tard, par les papiers du duc, qu'il avait reçu personnellement deux millions de ducats (1).

Henri de Gt que comme représentant du parti cattioiiqi bien le clief tout puissant et respecté. Sa bravoure, sa fermeté, son éloquence naturelle, chaude et persuasive

ruise avait signé le traité tant en son nom 1 ^présentant du parti catholique. Il en était ~— r^

(1) Pal ma Cayet. le' vol., p. 645.

qui savait entraîner les masses, lui assuraient une prépondérance indiscutée, mais il est juste d'ajouter qu'il avait de précieux auxiliaires dans son frère Mayenne, bien qu'il lui reprochât parfois un peu d'irrésolution, dans son frère Louis, cardinal de Lorraine, auquel il accordait sa confiance entière, et aussi dans sa sœur Catherine, veuve du duc de Montpensier, qui ayant pris définitivement ses quartiers à Paris, ■déployait sa fiévreuse activité au profit de la Ligue dont elle était la principale inspiratrice. Les autres princes de la maison de Lorraine, les ducs d'Aumale et d'Elbeuf, petits-fils du premier duc de Guise, le duc de Mercœur, le cardinal de Vaudemont et le marquis de Muy, frères de la reine et petits-fils du duc Antoine de Lorraine, lui étaient également acquis.

Avec un pareil état-major la Ligue était sure d'être bien commandée. Elle ne rencontra pourtant pas ses plus sûrs affiliés dans la noblesse de province qui restait neutre ou tendait à se rapprocher du Béarnais. Les grands premiers rôles se divisèrent la besogne : le duc de Guise souleva la Champagne, Mercœur la Bretagne, Mayenne la Bourgogne. Elbeuf se chargea de la Normandie où déjà Villars, gouverneur du Havre, Pierrecourt et la Mailleraye, lieutenants au gouvernement de la province, étaient dévoués à l'Union, de même que les évêques de Lisieux, d'Avranches et d'Evreux et naturellement l'archevêque de Rouen. D'Aumale ameuta la Picardie.

Le cardinal de Bourbon, candidat désigné à la royauté, lança alors au nom de la Ligue un manifeste

retentissant qui, précisant les griefs des catliolifjues au point de vue tant politique que religieux, déterminait les réformes à opérer dans le gouvernement et invitait la population à une prise d'armes générale et urgente pour rétablir l'Eglise de Dieu et détfiiire l'hérésie, pour pourvoir aux différends à naître lors de l'oaver-' ture de la succession au trône de France, et pour chasser les favoris du roi qui abusaient de son autorité.

La déclaration de la Ligue produisit en France comme une explosion. Sous l'action des émissairés~paTtout dépèches, un mouvement considérable se dessina : Chalons, Reims, Soissons, Péronne, Amiens, Mézières, Dijon, Maçon, Auxonne, Abbeville, Uouen, ouvrirent leurs portes avec empressement aux gouverneurs nommés par l'Union. L'Anjou, le Berry, Lyon, se décidèrent bientôt en sa faveur.

Le roi fut aussi surpris du manifeste qu'effrayé du brusque soulèvement qu'il avait déterminé. Il commença l)ar écrire au roi de Navarre de se maintenir en paix pour qu'on pût juger quels étaient les perturbateurs du repos public.

En même temps il fit appel à sa noblesse et tout aussitôt répondit au manifeste de la Ligue par un contre manifeste où il déclarait que la paix était le véritable et unique moyen de rétablir la religion catholique dans le royaume, — que la reine était en bonne santé, à la fleur de l'âge et qu'il avait tout espoir en elle, — qu'enfin il avait accordé sa confiance et distribué les plus hautes charges de l'Etat à ceux-là même qui prétondaient se plaindre des favoris; qu'avec l'aide de Dieu

il saurait soulager soiipauple. Il terminait en ordonnant à ceux qui s'étaient affiliés à l'Union, d'en sortir et de rentrer dans le devoir.

Venant d'un prince qui s'était déclaré le chef de l'Union, l'ordre pouvait paraître étrange : il est inutile de dire qu'il ne reçut exécution de la part d'aucun des conjurés.

Henri de Navarre était trop avisé pour écouter les conseils intéressés du roi et aussi pour rester exposé aux insinuations perfides de la Ligue qui le représentait comme ennemi du catholicisme et perturbateur du repos public. En réponse à la déclaration des ligueurs, il en prépara une, très adroitement rédigée, qu'il envoya aux rois, aux princes régnants, aux autres chefs d'Etat, et à tous les parlements de France, protestant qu'il n'avait jamais pensé à la succession au trône, qu'il espérait voir naître un Dauphin, — qu'il n'était pas l'ennemi des catholiques et que sa conduite montrait assez qu'il n'était pas perturbateur de l'Etat. Il accusait de feintise ses ennemis, déclarait qu'en l'accusant, ils avaient menti et, pour prouver sa sincérité, il proposait, au nom des protestants, de remettre au roi les gouvernements et places de sûreté qu'il leur avait concédés à la condition que les ligueurs renonceraient, de leur côté, aux gouvernements par eux détenus, et « pour éviter une plus grande désolation » , il suppliait le roi de l'autoriser à vider la querelle des partis avec le duc de Guise, soit seul à seul, soit avec des seconds.

Provocation toute chevaleresque, mais qui, bien entendu, ne fut pas relevée. Le parti de la guerre l'em-

porta, mais l'argent manquait pour la soutenir, La reine-mère négocia en sous-niain avec Guise, et le roi signa, avec celui-ci, en juillet 1585, le traité de Nemours qui approuvait « ce que la Ligue avait fait pour la religion », et lui accordait, avec Toul et Verdun, six places de sûreté, trois en Champagne, deux en Brie, une en Picardie, Quant au soulagement du peuple, on ne s'en occupait même pas.

Le culte réformé était une fois de plus défendu sous peine de confiscation des biens, et ses ministres sommés de quitter le royaume dans un délai de six mois.

L'édit de Nemours blessa d'autant plus vivement les protestants qu'il C(iïncidait avec une résolution prise par le nouveau pape. Sixte V, aussitôt la proclamation de son pontificat. Il excommuniait les deux chefs du parti protestant, et déliait leurs sujets de l'obligation de fidélité.

Cette grave décision avait peut-être, pour les catholiques intransigeants, le mérite de confirmer en principe les rigoureuses prescriptions de l'édit de Nemours, mais elle avait le tort, aux yeux des modérés et des plus clairvoyants, de constituer une ingérence de la papauté dansledomainepolitiquefrançaisetuneatteinte aux fi-anchises et libertés de l'Eglise gallicane dont le Gouvernement et le clergé de France se montraient si jaloux, La cour et le Parlement hésitaient à laisser publier la bulle.

Henri de Navarre vit la faute, et, à l'attaque, répondit par une rapide riposte : il s'assura de la plus grande partie des villes voisines des bords de la Loire, saisit et

fit vendre les biens des catholiques et publia, en manière de réponse, une insolente opposition à la bulle papale .

« Henri, par la grâce de Dieu, roi de Navarre, premier pair et prince de France, s'oppose à la déclaration et excommunication de Sixte V, soi-disant pape de Rome, la maintient de faux et en appelle comme d'abus en la cour des pairs de France dont il a l'honneur d'être le premier. Et, en ce qui touche l'hérésie de laquelle il est faussement accusé par la déclaration, dit et soutient que Monsieur Sixte, soi-disant pape (sauve sa sainteté) en a faussement et malicieusement menti, et que luimême est hérétique, ce qu'il offre prouver en plein Concile libre et légitimement assemblée, auquel s'il n'y consent ni s'y soumet, comme il y est obligé par ses canons même, il le tient et déclare comme un vrai antéchrist et hérétique, et, en cette qualité, veut avoir guerre perpétuelle et irréconciliable avec lui. Proteste de nullité et de recours contre lui et ses successeurs, de

l'injure qui lui est faite et à toute la maison de France

Espère que Dieu lui fera la grâce de venger cette injure à son roi, à sa maison et à son sang et à toutes les

cours de parlement de France Implore à cet eflet

l'aide et le secours de tous les princes, rois, villes et communautés vraiment chrétiennes pour s'opposer avec lui à la tyrannie et usurpation du pape et des ligues, conjurateurs de France, ennemis de Dieu, de l'Etat et de leurs rois, ainsi que du repos général de toute la chrétienté. »

Et plus bas : « Autant en proteste Henri de Bourbon, prince de Gondé. »

Presque aussitôt parut une Apologie du roi de Navarre qu'un savant jurisconsulte catholique avait, comme on Ta déjà dit, composée dans l'intérêt de ce qu'il croyait être la vérité. L'auteur y établissait doctrinalement qu'on ne peut pas, sans engager sa conscience, préjuger la succession d'un vivant pour se la disputer, — que la famille de Bourbon n'était pas, comme on l'avait à tort prétendu, inhabile à succéder au trône, et que le cardinal de Bourbon avait, dans le contrat de mariage du roi de Navarre, son neveu, abandonné toutes prétentions au partage des biens et droits de la maison de Vendôme, et reconnu à Henri de Navarre le titre et la qualité d'aîné de la famille de Bourbon.

Dans le mètne temps, le roi de Navarre fit publier par toute la France quatre lettres qu'il adressait au clergé, à la noblesse, au Tiers-Etat et aux habitants de Paris.

Au clergé, il montrait que tout ce qu'avait fait la Ligue avait été entrepris contre le roi dont'On escomptait prématurément la succession et contre la tranquillité de l'Etat, quand il eût été si facile de s'en remettre, comme il l'avait toujours proposé, à la décision d'un Concile général.

A la noblesse, il vantait sa patience, la sagesse de son attitude en face d'incessantes provocations. Il lui rappelait qu'elle s'était armée sur l'ordre et la convocation du roi pour combattre des rebelles commandés par des étrangers. Sous le prétexte que la France ne savait ni ap[irécier, ni conduire ses affaires, on étaitallélui chercher en Italie un directeur et un juge, et déplaçant les

responsabilités, on imputait au roi de Navarre les misères et les malheurs de la guerre religieuse, très injustement d'ailleurs puisqu'il avait offert pour les éviter, dévider la querelle dans un duel avec le chef autorisé du parti catholique .

Au Tiers-Etat, il rappelait qu'il s'était soumis aux décisions d'un concile. Il avait proposé d'attirer sur lui seul tout le péril de la France pour la sauver de la misère et de la ruine. On avait repoussé son offre. Aucun des abus signalés n'avait été réformé et le mal était plus grand que jamais.

Au peuple de Paris, il parlait de la justice de sa cause que le roi reconnaissait fondée ; il reportait l'origine des maux présents aux ambitieux qui les avaient occasionnés et protestait d'employer ses forces et de dépenser sa vie à la défense et à la conservation de l'Etat.

C'était encore une bataille de plume et de presse qui recommençait. Elle s'aggrava d'une irruption de libelles violents et injurieux à plaisir. Personne n'y était épargné. En voici quelques-uns empruntés encore à l'Estoile :

« L Arche de Noé de la Ligue contient, sous l'étiquette et la figure d'animaux, les noms des soutiens les plus marquants de l'Union : le cardinal de Bourbon (le chameau), Laussac (l'éléphant), Saint-Luc (le cheval rétif qui ne cherche qu'à faire le mal), Brissac (le bœuf qui travaille pour autrui sans se plaindre), d'Antragues (l'âne), d'O (l'ours qui se laisse conduire), Randan (le griffon orgueilleux), La Chastre (le sanglier ravageur),

d'Emeri (le blaireau), Antraguet (le coq qui cherche les

poules) »

On ne peut pas reproduire le texte de la pièce qui est beaucoup trop longue.

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