LA QUESTION DES SOUS-MARINS
La limitation du tonnage des sous-marins devait aussi aboutir à un échec. La Grande-Bretagne, se souvenant de la menace qu'avait été pour elle le sous-marin allemand, pendant la guerre, tenta, mais en vain, de faire prononcer la suppression complète de cette « arme du pauvre ». Si cette manœuvre britannique avait réussi, la Grande-Bretagne aurait joui désormais d’une supériorité écrasante sur les puissantes européennes grâce à ses gros navires de surface. La disparition du péril que représente pour elle le sous-marin lui eut, sans conteste, permis de régner sans crainte sur les eaux européennes.
Lord Lee, of Fareham, premier lord de l'Amirauté britannique, soutint, avec exagération l’on peut dire, le point de vue de son pays lorsqu'il déclara que: « le sous-marin du point de vue d'opérations offensive ou défensive contre une force navale organisée s’est montré au cours de la guerre un facteur presque méprisable ». Les Français comme les Italiens et les Japonais repoussèrent cette demande d’abolition, cette suppression par laquelle l’Angleterre visait principalement la France (10).
Lord Lee, pour démontrer les mauvaises intentions de notre pays et l’usage que nous comptions faire de nos sousmarins, cita devant la Conférence quelques passages dénaturés d’un article du Commandant Castex, historien maritime français (11). Le Gouvernement français, comme toujours, au lieu de s'élever contre cette mauvaise foi évidente, véritable manœuvre qui avait pour objet de jeter le discrédit sur nous, réagit avec douceur et glissa sur l'incident.
Mais si la Grande-Bretagne n’arriva pas à faire prononcer l'abolition du sous-marin d’une manière formelle, elle obtint cependant une quasi-satisfaction dans la rédaction par le juriste, homme d'Etat américain, M. Root d’une série de résolutions (12) qui portent le nom de leur rédac-
(10) Voir le discours de Lord Lee et les réponses de MM. Sarraut et Schanzer à la 5° séance de la commission de limitation des armements : Documentation internationale : La Conférence de Washington, p. 126 et suiv., tome II. à
(11) Article intitulé « La synthèse de la guerre sous-marine », qui était paru dans la Revue Maritime du 20 janvier 1920. Voir une thèse de J. Fourcade : Le problème du désarmement et la Conférence de Washington (Toulouse, 1923, Soubirou).
(12) Voir le texte de ces résolutions tel qu’il fut présenté par M. Root le 28 décembre 1921 à la commission de limitation des armements navals : Documents diplomatiques : La Conférence de Washing-
ton, p. 84 et suiv.
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teur, et qui furent adoptées par la Conférence et incluses dans le traité signé à Washington le 6 février 1922 par les cinq puissances présentes et auquel les autres nations maritimes furent invitées à donner leur adhésion.
Si le sous-marin a échappé à la suppression absolue où même à une simple restriction, c’est grâce à la fermeté de la délégation française qui réfuta avec force les arguments anglais qui réclamaient l’abolition de l’arme sous-marine au nom des lois de l'humanité et de la civilisation.