LE TIBÉTAIN
Le système vocalique est assez simple, celui des consonnes assez riche.
La numération est décimale.
Après tout ce que nous avons dit des langues monosyllabiques en général, et du chinois en particulier, il nous semble inutile d'examiner d'une façon plus minutieuse la structure du tibétain. Elle n'est pas différente de la structure des autres langues isolantes, et il ne faut point se laisser prendre à ce que les grammaires ordinaires disent de ses prétendus genres, nombres, cas, personnes, temps et modes. Ce sont là tout autant de façons de parler qui ne doivent pas êtres prises à la lettre, et dont il n'y aura plus trace dans la syntaxe comparée des différentes langues monosyllabiques, qu'un avenir prochain verra sans doute paraître. Celui qui entreprendrait de réaliser cette tâche et la mènerait à bonne fin, sans tenter de réduire à une forme commune les racines tout à fait diverses 'de ces langues, aurait rempli l'un des premiers desiderata de la linguistique.
Mais, avant tout, il faudrait voir plus répandue cette idée que pour étudier une langue monosyllabique quelconque, il est nécessaire d'oublier momentanément ce que l'on sait de la structure et du mode de fonction de nos langues à flexion. Il paraît, malheureusement, que ce n'est point une petite difficulté.
Les régions situées au nord et à l'est de l'Inde sont le domaine d'un grand nombre d'idiomes, dont une bonne partie doivent être rangés, par leur structure, dans l'ordre des langues monosyllabiques, tout en donnant des témoignages non équivoques d'une tendance fort marquée à l'emploi des procédés d'agglutination. D'autres, classés à côté des précédents, devraient plutôt être regardés comme véritablement entrés dans la période agglutinante.
Quoi qu'il en soit, citons, immédiatement au nord du
Népaul britannique et dans la région himalayenne, immédiatement au sud du Tibet : le gouroung, le magar, le mourmi, le néwar, le kiranti ; puis, en continuant vers l'est, le léptcha, sur le territoire des Sikhs indépendants ; plus à l'est encore, le kachari, Yaka, le dophlia,.le miri, Vabor, longeant tous cinq la frontière septentrionale de l'assami (idiome aryen) ; à la limite orientale de ce dernier (et tout contre le domaine du khamti, voir ci-dessus), le michmi ; dans la bande de territoire de langues non aryennes, rentrant entre l'assami et le bengali : le garo, le mikir. A l'est du bengali (et au nord du siamois), le munipuri et vingt ou trente autres idiomes. On peut consulter sur la géographie linguistique de toute cette région le livre déjà cité de R. Cust, excellent ouvrage de linguistique et d'ethnographie.
Le khasia est parlé entre l'assami (au nord), le bengali (au sud), le garo (à l'ouest), dans le pays montagneux qui sépare la vallée du Brahmapoutra (au nord) du Bengale oriental (au sud); il comprend jusqu'à six variétés dialectales, plus ou moins différentes les unes des autres, mais parmi lesquelles il est difficile de reconnaître la variété qui peut être regardée comme type. C'est la langue de deux cent mille individus environ, assez civilisés si on les compare à nombre d'autres populations du sud du Tibet et du nord de la Birmanie.
Cet idiome, toutefois, n'a aucune littérature propre, aucun système graphique. Les documents que l'on a. recueillis, soit des récits populaires, soit des traductions des livres chrétiens, sont transcrits en caractères bengalis ou en caractères européens.
Le khasia est pour le linguiste d'un intérêt tout spécial, en ce qui concerne la structure. On peut trouver, sans doute, dans les contrées du Tibet méridional et de l'extrême Orient, plus d'un idiome présentant, comme le khasia, la phase de développement morphologique qui
LE KHASIA. 59
répond au passage du munuayllabisine à l'agglutination; mais on n'en connaît pas, jusqu'ici, qui présente d'une façon plus frappante ce phénomène capital d'évolution. Nous n'insistons pas pour l'instant ; un peu plus loin, en effet, nous prendrons le khasia pour exemple lorsqu'il s'agira d'expliquer le passage de la phase linguistique, isolante, ou monosyllabique, à la phase agglutinante.
Au fond du golfe de Martaban, c'est-à-dire à l'embouchure de l'Irawaddi, du Sitang et du Salwen, est parlé le mon ou pégouan, ainsi nommé de la province dont il occupe une grande partie. Les villes de Pégu, Martaban, Moulmein Yey sont situées dans le domaine du mon ; le pays est habité par les Talains, de religion bouddhique. Cette langue est tout à fait distincte du birman qui l'avoisine et qui, vraisemblablement, l'a jadis repoussée au sud, dans la région qu'elle occupe actuellement.
Si nous remontons plus au nord, par delà même la ville d'Amarapoura, et toujours entre l'Irawaddi, à l'ouest, et le Salwen, à l'est, nous rencontrons le territoire assez peu considérable du paloung, confinant, à l'occident, au birman, et, à l'orient, à des dialectes siamois. La ville de Bamo est à une petite distance, au nord du territoire du paloung.
On regarde également comme appartenant par leur structure à l'ordre des idiomes monosyllabiques les différents dialectes parlés par les populations plus ou moins sauvages qui habitent au nord du Cambodge, entre le pays de Siam, à l'ouest, et l'Annam, à l'est, c'est-à-dire dans la région moyenne du fleuve Mékong : ce sont les Pnoms des Cambodgiens, les Mois des Annamites, les Khous des Siamois. En tout cas, nous sommes ici sur un terrain encore bien peu connu.
Que dire aussi du cambodgien, parlé dans le territoire du Mékong mériodional par un million et demi d'indi-
vidus, regardé comme un dialecte siamois (idiome auquel il a d'ailleurs emprunté beaucoup de mots) ? En somme, les renseignements que l'on possède sont insuffisants. En tout cas, le cambodgien est parlé « recto tono » et ignore les tons qui jouent un si grand rôle dans les idiomes monosyllabiques.